L'un prône une liberté libérale, l'autre une liberté libertaire. Pour Le Point, les philosophes Michel Onfray et Gaspard Koenig confrontent leurs visions de l'autonomie. Malgré leurs nuances, une connivence surprenante émerge autour de « l’anarchie positive » et d'un rejet radical du centralisme étatique. S'ils s'accordent pour dénoncer le dirigisme et les dérives des libertariens radicaux — ces « trotskistes du libéralisme » —, des divergences subsistent sur l'échelle de cette liberté. Michel Onfray défend l'idéal d'une « nation girondine et mutuelliste », tandis que Gaspard Koenig mise sur des « biorégions » dépassant les frontières. Une rencontre intellectuelle au sommet sur l'ordre spontané.
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00:00:00Bonjour à vous deux, merci beaucoup d'avoir répondu à l'invitation du point.
00:00:05En début d'année, il y a 8 ans après, vous avez publié une biographie intellectuelle de Pierre-Joseph Proudhon,
00:00:11titrée « L'anarchie positive, bon usage de Proudhon ».
00:00:15Vous défendez comme depuis toujours votre gauche libertaire et anarchiste.
00:00:20Nous allons discuter ici avec Alain Gaspard, d'Essa Péning, vous êtes également philosophe.
00:00:26Et de l'autre côté, vous défendez moins une liberté libertaire, mais plus libérale, on va en discuter.
00:00:31Vous pouvez se passer de tous les ismes, ça commencerait mieux même.
00:00:35Vous êtes également un lecteur des penseurs anarchistes, et vous avez lu le livre de Michel Onfray.
00:00:41La première question, elle sera pour vous.
00:00:44On sait que vous êtes un grand lecteur des anarchistes.
00:00:48Qu'est-ce qui vous séduit chez les anarchistes ?
00:00:50D'abord, ce livre, déjà, m'a séduit. C'est un très bon livre.
00:00:54Moi, j'avais jamais lu, enfin, j'ai lu Proudhon par extrait ou par petit livre.
00:00:58Là, j'ai, par exemple, dans ma bibliothèque, un petit livre contre l'impôt.
00:01:01Et en fait, un extrait pris dans un de ces énormes sommes que tu décris.
00:01:06Et donc, j'ai trouvé que c'était un livre qui est non seulement très informatif,
00:01:10mais qui se met un peu comme un roman, puisque l'option biographique que tu prends
00:01:16fait qu'on tourne les pages en se demandant, bah tiens, qu'est-ce qu'il va penser maintenant ?
00:01:19Qu'est-ce qui va lui arriver ? Est-ce qu'il va changer d'avis ?
00:01:22Est-ce qu'il va...
00:01:25Donc, ça se lit vraiment très agréablement et c'est très dense.
00:01:30Enfin, c'est très bien, très agréable.
00:01:33Voilà. Et puis, de toute façon, moi, je trouve qu'il y a des passerelles...
00:01:40Enfin, je pense qu'il y a deux manières de...
00:01:43C'est bien décrit par Michel, d'ailleurs, dans le livre.
00:01:45Au fond, il y a deux manières de faire de la philosophie ou de poser des doctrines.
00:01:48Il y en a une où on a des utopies, avec un espèce de schéma de société assez précis
00:01:53qu'on essaye d'imposer au réel, d'un côté comme de l'autre, et ça se passe toujours mal.
00:01:58Et puis, il y a ceux qui cherchent à faire émerger un ordre spontané et gouverner le moins possible,
00:02:04et laisser les gens se gouverner eux-mêmes au maximum.
00:02:08Et après, ça part dans des branches libéralisme, anarchisme, voire libertarien, on en reparlera,
00:02:15mais je pense qu'il y a quand même une même matrice, qui est une matrice, pour moi, positive,
00:02:19qui est comment on laisse les gens se gérer eux-mêmes, tout en organisant ça au sein d'une société.
00:02:27Donc, il y a évidemment mille options possibles, mais assez naturellement, je me suis retrouvé depuis longtemps dans des lectures...
00:02:34Ce n'est pas contradictoire de lire Tocqueville et de lire Proudhon.
00:02:37Je trouve qu'on retrouve beaucoup de choses, notamment une défiance par rapport à la tyrannie de la majorité,
00:02:42par rapport au despotisme démocratique.
00:02:44D'ailleurs, sur le coup d'État, Louis-Napoléon, Bonaparte, ils ont tous les deux exactement la même conception,
00:02:50puisque Tocqueville est un court instant aussi en Bastillé, en 1951, quand il proteste contre le coup d'État.
00:02:58Et puis, deuxièmement, quand on se plonge, comme je le fais depuis plusieurs années, dans les biographies écologiques,
00:03:06là, les anarchistes sont partout.
00:03:09Quelques décennies après Proudhon, ils se croisent, il y a Élisée Reclus.
00:03:14Bookshin, Graeber, et donc, on voit très bien qu'il y a cette idée que, finalement, l'ordre spontané de
00:03:22la société humaine
00:03:23devrait nimer la manière dont les écosystèmes fonctionnent, qui est assez puissante.
00:03:28Soro aussi, côté peut-être un peu plus libertarien, enfin, je ne sais plus si ça veut dire grand-chose,
00:03:33tout séisme.
00:03:37Et puis, c'est toujours des lectures, moi, qui m'ont beaucoup fait échanger d'avis, de perception, notamment Graeber.
00:03:43Vraiment, chaque livre, qui est écrit globalement de 2000 à 2020, quoi, qui est penseur du début du XXIe siècle,
00:03:50dont chaque livre m'a beaucoup fait... Je partais, en fait, avec un sentiment d'opposition et j'en sortais
00:03:56convaincu.
00:03:56Et il faut se laisser aussi prendre par ces lectures-là.
00:04:00Vous, Michel, vous êtes libertaire, mais certainement pas libéral.
00:04:04Quel regard vous portez sur l'œuvre de Lester Koenig ?
00:04:08Moi, depuis, dès le début, j'ai trouvé... J'ai vu que c'était une œuvre importante.
00:04:12Ce serait. Au début, ça l'est, maintenant, et ça le sera, aujourd'hui, je pense.
00:04:16Parce que, d'abord, c'est une jeune génération, parler comme un vieux.
00:04:21Et il y a chez Gaspard une philosophie du corps, du corps engagé.
00:04:26Moi, j'ai beaucoup aimé, il le sait, parce que je l'ai dit, je l'ai écrit, son voyage
00:04:29dans les traces de Montaigne.
00:04:32Et il n'y avait pas plus un philosophe incarné que Montaigne.
00:04:35D'abord, parce qu'il parle de lui, il part à partir de lui, et puis il nous dit que,
00:04:39philosophie, ce n'est pas juste commenter des auteurs.
00:04:41C'est quand on a commenté un auteur, que fait-on du commentaire qu'on aura pu en faire ?
00:04:45Donc, il y a sa fameuse librairie, il y a mille livres dans sa librairie, comme il dit, dans sa
00:04:51bibliothèque.
00:04:52Il a quelqu'un qui est là, qui est un serviteur, on le sait, il le dit trois fois dans
00:04:56les essais,
00:04:57et puis le serviteur en question, le domestique, il prend les livres, il trouve une phrase,
00:05:02et puis Montaigne commente, et puis hop, il écrit.
00:05:04Et puis voilà, les essais, c'est d'abord ça.
00:05:06Et il s'essayait à la lecture.
00:05:08Puis après, s'étant essayé à la lecture, il s'essayait à sa propre vie.
00:05:13Et il veut que la vie produise, que la philosophie produise des effets dans la vie.
00:05:17Et en ce sens, c'est le dernier des philosophes anciens, des philosophes antiques.
00:05:22Et moi, j'aime que Gaspard reprenne ce flambeau-là,
00:05:25parce que c'est une philosophie que j'appellerais existentielle,
00:05:28elle a, je le dirais, la morflée sous le coup de boutoir de la philosophie universitaire.
00:05:34C'est la philosophie qui se fait dans les amphithéâtres, par des professeurs de philosophie.
00:05:39Puis, ça finalement, ça commence avec Kant, Kant, Hegel, l'idéalisme allemand.
00:05:43Et puis ça continue, ça peut aller jusqu'à Deleuze et le magistère de Deleuze à Vincennes.
00:05:48Et à chaque fois, on fait des livres sur des livres qui font des livres.
00:05:50Et en même temps, on peut vivre indépendamment de ce qu'on aura enseigné.
00:05:54Et moi, ce que j'ai aimé voir surgir chez Gaspard,
00:05:58c'est la liaison à nouveau entre philosophie, pratique,
00:06:02aller-retour entre la théorie et la pratique.
00:06:05Parce que si Gaspard est un bon théoricien, c'est aussi un bon praticien.
00:06:10D'abord, vous ne faites pas des semaines et des semaines de cheval sans être un praticien.
00:06:13Dans son livre, il y a des détails très techniques.
00:06:16Puis moi, je l'ai vu, il m'a fait l'amitié de passer à Caen avant de partir.
00:06:20Et Tajumont était là, sur les pelouses, juste devant.
00:06:23Moi, je suis dans un immeuble, place de la Résistance.
00:06:25Il y a des pelouses et on a mangé deux ou trois choses.
00:06:29Et puis Tajumont était attaché à un arbre là.
00:06:31Et je me dis, mais c'est ça la philosophie pour moi.
00:06:33Et donc, ça, c'est une première chose.
00:06:36Une deuxième chose, c'est qu'on a démarré une correspondance à une époque
00:06:39sur justement la question de la liberté.
00:06:41Mais j'ai écrit trop vite pour moi.
00:06:44Donc, liberté libérale, liberté libertaire,
00:06:47liberté libérale au sens 18e, mais aussi au sens contemporain.
00:06:50Enfin bon, on était un peu parti là-dessus.
00:06:52Ça s'est arrêté et puis voilà, ça existe et c'est bien comme ça.
00:06:57Mais je ne poserai pas de problème en termes de liberté,
00:07:01libertarien, libertaire, etc. ou libérale,
00:07:03qu'en termes de grande individualité.
00:07:05Je pense qu'il faut fabriquer des grandes individualités.
00:07:08C'est la question de la responsabilité.
00:07:09C'est la question de l'existence qu'on construit soi-même.
00:07:12Et quand on est capable, comme Gaspard le dit,
00:07:16c'est-à-dire de dire un livre change ma vie.
00:07:18Et un auteur même change ma vie.
00:07:20Je pars avec peut-être un a priori négatif.
00:07:22Je le lis et je me dis, bon sens et bien sûr.
00:07:24Ça, c'est extraordinaire.
00:07:26Moi, ça m'est arrivé avec Camus, quand j'ai fait ma biographie,
00:07:29qui s'appelait L'ordre libertaire.
00:07:31Déjà un éloge de cette pensée libertaire.
00:07:33Parce que c'est Camus.
00:07:34J'ai aussi fait un livre sur Orwell et puis là, ce livre sur Proudhon.
00:07:37Enfin, il y a des gens qui disent à peu près la même chose.
00:07:40Et Camus dit à un moment donné, enfin tout le monde connaît plus ou moins cette phrase,
00:07:43mais si la vérité devait être de droite, je serais de droite.
00:07:45Homme de gauche qui dit ça.
00:07:47Et donc, je me suis arrêté.
00:07:49Je lisais ça.
00:07:50Je me souviens.
00:07:51Presque la plume en l'air comme ça en me disant, mais et toi, dans ta vie, qu'est-ce
00:07:55que ça doit produire comme effet ?
00:07:56Et c'est à ce moment-là qu'on se libère.
00:07:58On se dit, mais il dit juste une chose très simple.
00:08:01C'est que la vérité est supérieure aux engagements politiques.
00:08:05Ou même aux engagements existentiels.
00:08:07Croire en Dieu, ne pas y croire.
00:08:08Aimer la nature, ne pas l'aimer ou je ne sais quoi.
00:08:10Et là, on se dit, mais la vérité d'abord, quoi.
00:08:12Donc, grande liberté, grande subjectivité, grande individualité.
00:08:16Tout ça, c'est ce qui fait qu'il y a chez Gaspard, qui est pour moi encore en devenir.
00:08:22J'ai l'âge qui me permet presque de parler comme ça.
00:08:25Il y a une œuvre qui est déjà là.
00:08:28Et elle est très concrète.
00:08:31L'idée qu'on puisse partir du ver de terre, moi, je trouve ça génial.
00:08:34Partir du ver de terre, en faire un livre.
00:08:37Et après la théorie du ver de terre, être capable de dire, et je continue,
00:08:41parce que tout ça va faire système, au sens noble du terme.
00:08:44Il ne s'agit pas de fabriquer un meuble à la Hegel ou à la Kant,
00:08:48en disant un meuble massif, mais une vision du monde globale.
00:08:52Voilà pourquoi Thoreau ou d'autres philosophes dont tu parles sont des,
00:08:55je ne veux pas dire des maîtres à penser,
00:08:56mais sont des individus qui n'ont jamais eu souci de faire système,
00:09:00mais qui ont fait vision du monde, qui ont produit une vision du monde.
00:09:02Et il y a chez Gaspard, il y a eu des visions du monde
00:09:05qui ont été remplacées, mais comme entre le gland et puis le chêne,
00:09:10il s'est passé des choses, il y a une métamorphose.
00:09:12Et je vois la métamorphose dans l'œuvre de Gaspard, ça me réjouit.
00:09:16Je vais en revenir juste sur l'idée de système,
00:09:18parce que j'avais lu, quand j'étais étudiant,
00:09:21j'avais fait mon premier mois de maîtrise, ou deuxième,
00:09:23sur Condillac, sur le traité des systèmes.
00:09:25Et c'est un texte qui m'avait beaucoup frappé,
00:09:28parce que Condillac dit une chose extrêmement simple,
00:09:31il dit en fait tous les philosophes avant moi ont faux,
00:09:32pour la seule raison qu'ils ont voulu avoir raison.
00:09:35Et qu'ayant fait un système du monde cohérent, définitif,
00:09:39où tout est censé se tenir,
00:09:42il est bien évident que la production d'un esprit humain
00:09:44ne veut pas correspondre à la complexité du réel.
00:09:47Et donc, je n'ai même pas besoin de discuter le contenu.
00:09:49C'est l'idée même d'avoir un système fixe qui les décrédibilise.
00:09:53Et alors, en même temps, c'est compliqué,
00:09:54parce que l'esprit humain, il avance par système.
00:09:55On a toujours envie que les choses soient cohérentes dans notre tête,
00:09:58de penser ci, parce qu'on pense ça.
00:10:00Et en fait, chacun, à sa mesure, quand il construit une opinion politique,
00:10:05il essaye de faire système.
00:10:06Et je pense qu'il y a une espèce de tension vers le système.
00:10:09Mais dès qu'on y arrive, il faut se dire, bon, si je l'ai bouclé,
00:10:11c'est qu'il faut recommencer, en fait.
00:10:12C'est que c'est faux.
00:10:13Il faut juste que ce soit une espèce d'idéal régulateur.
00:10:15On a envie de mettre en cohérence.
00:10:17Mais constamment, le truc se dépenaille.
00:10:21Et c'est normal, c'est bien.
00:10:22Il y a un truc qui s'en va, un truc qui est faux.
00:10:24Mais alors, il faut avoir le courage de changer, de repartir.
00:10:28Et il y a vraiment des intellectuels qui s'enferment,
00:10:31parce que c'est facile, même commercialement, je dirais,
00:10:33ou universitairement, comme une fois qu'on a une spécialité,
00:10:35qu'on a choisi un thème, qu'on a choisi une opinion.
00:10:38En fait, tout est fait pour qu'on la garde toute sa vie.
00:10:43Il faut quand même une certaine intégrité pour changer d'avis.
00:10:47Vous irez jusqu'à reprendre cette phrase de Camus, justement,
00:10:49s'il avait été de droite, alors ?
00:10:50Moi, dans ce que je défends, il y a des trucs...
00:10:52Je pense que je sais exactement ce que je défends et pourquoi.
00:10:57Je défends l'agroécologie, c'est plutôt de gauche.
00:11:00Je défends la simplification administrative, c'est plutôt de droite.
00:11:02Mais je sais exactement pourquoi je le fais.
00:11:03Pour moi, ça a un sens.
00:11:05Mais des fois, ça tombe dans des cases, dans une case ou une autre.
00:11:08Et puis, ces trucs de gauche et de droite, maintenant,
00:11:10sont plutôt des tribus, je trouve, que des corpus intellectuels intéressants.
00:11:16Alors, on va essayer maintenant de parler justement d'anarchisme
00:11:20et rentrer concrètement dans ce que ça veut dire politiquement, l'anarchisme.
00:11:25C'est forcément aussi une pensée économique.
00:11:28Donc, le pendant économique d'anarchiste, comment penser le rôle du marché
00:11:33dans une économie anarchiste, Michel Roux ?
00:11:37D'abord, c'est laisser de côté tout ce qui est communisme.
00:11:41C'est un anticommunisme absolu, la pensée de Proudhon.
00:11:46Alors, le communisme, à l'époque, c'est plutôt KB.
00:11:48C'est plutôt une espèce de communisme littéraire.
00:11:50C'est le voyage en Icarie.
00:11:52Donc, on imagine qu'il y aura ceci, puis il y aura cela.
00:11:55On a l'impression d'entendre un enfant qui dit,
00:11:57on serait ceci, puis on serait cela.
00:11:59Et là, on joue à la société égalitaire, parfaite,
00:12:02alors sur les vêtements, sur les costumes, sur les horaires, etc.
00:12:04Donc, le communisme, c'est ça.
00:12:06Historiquement, évidemment, il n'y a pas encore d'expérience communiste.
00:12:10L'expérience communiste, c'est 1917, donc on en est loin.
00:12:13Et puis après, il y a la théorie de Marx.
00:12:14Et la théorie de Marx, pour le coup, elle est diverse, elle est multiple,
00:12:17suivant qu'on est dans les manuscrits de 1844, dans le Capital, ou dans le manifeste.
00:12:23Le manifeste du Parti communiste, c'est 1848.
00:12:25Donc, Proudhon lit le manifeste, il le connaît.
00:12:27Et il y a l'histoire de la lutte des classes, il n'est pas forcément contre,
00:12:31mais il y a l'histoire de la dictature du prolétariat.
00:12:33Il est contre.
00:12:34Il est contre le communisme, il est contre l'égalitarisme,
00:12:36il est contre la dictature, quelles que soient les dictatures,
00:12:39fût-ce la dictature du prolétariat.
00:12:41Donc, on commence par mettre de côté tout ce qui est dirigisme.
00:12:45C'est-à-dire que ce n'est pas une économie colbertiste,
00:12:47si on veut partir un peu en amont,
00:12:49mais ce n'est pas non plus une économie du plan.
00:12:51C'est une économie de la libre entreprise,
00:12:52qui consiste à dire, faites, allez-y.
00:12:55Et moi, je défends ça depuis toujours, en disant,
00:12:57dès qu'il y a un problème dans une école, dans un village,
00:12:59c'est, on manifeste, on demande de l'argent,
00:13:01on demande des crédits.
00:13:02Je dis, mais il y a une autre solution qui consiste à faire vous-même l'école.
00:13:06Ce n'est pas l'école qui est obligatoire,
00:13:07c'est l'instruction.
00:13:08Et vous pourriez très bien, aujourd'hui, fabriquer votre école,
00:13:11en disant, dans le village, il y a des gens qui, etc.,
00:13:14et on va chercher des initiatives,
00:13:16peut-être un instituteur ou une institutrice retraitée,
00:13:18peut-être des gens qui, etc., etc.
00:13:20Donc, allez-y.
00:13:21Le mode de production, ça peut être aussi le paysan
00:13:23qui dit, moi, je passe un temps fou sur mon tracteur,
00:13:25et puis, à un moment donné, j'ai des légumes,
00:13:27j'ai des fruits, j'ai des légumes, etc.
00:13:29Et des gens qui diraient, nous, on va s'en occuper,
00:13:31et on va peut-être demander dans un village
00:13:33l'autorisation au maire pour disposer d'une espèce de friche commerciale,
00:13:39en disant, vous avez une épicerie qui est vidée depuis 30 ans,
00:13:43il n'y a plus rien,
00:13:43et nous, on va vendre nos produits directement.
00:13:46Donc, une espèce de chaîne courte
00:13:48qui fait que vous économisez les intermédiaires.
00:13:51Quand je vois, aujourd'hui,
00:13:52que le parangon de la résistance au capitalisme,
00:13:55c'est Michel-Édouard Leclerc,
00:13:56je me dis, il y a un truc qui ne va pas, quoi.
00:13:58Donc, évidemment, ce n'est pas la grande entreprise,
00:14:01mais c'est une diffusion coopérative, mutualiste,
00:14:04qui permet à des individus de dire,
00:14:06entre le producteur et le consommateur,
00:14:08il faut qu'il y ait le moins de parasites possibles.
00:14:10D'ailleurs, il faudrait qu'il n'y en ait pas du tout.
00:14:11Il faudrait que les gens soient payés pour faire ce qu'ils font.
00:14:14Si vous avez un producteur et un acheteur,
00:14:15il y a quelqu'un qui est un vendeur entre deux,
00:14:17ça suffira bien pour payer les gens qui sont ici.
00:14:19Et là, pour le coup,
00:14:20même d'un point de vue de l'écologie,
00:14:22on n'a pas besoin d'emmener les légumes
00:14:23dans un endroit où on va être transporté
00:14:25pour qu'ils reviennent éventuellement,
00:14:27et qu'on finisse par les retrouver
00:14:28sur l'étalage de la petite épicerie locale.
00:14:30Donc c'est une organisation autogestionnaire,
00:14:32mutualiste, coopérative, immanente,
00:14:35c'est-à-dire c'est sur le terrain,
00:14:36avec de l'initiative individuelle.
00:14:38Alors après, moi, je ne suis pas compétent
00:14:40dans la question qui est,
00:14:42mais qu'est-ce qu'on fait avec les grands groupes internationaux ?
00:14:44Qu'est-ce qu'on fait avec la banque ?
00:14:46Qu'est-ce qu'on fait avec l'argent ?
00:14:47Faut-il créer des monnaies alternatives ?
00:14:48Il avait essayé, la banque Proudhon, de la réformer ?
00:14:50Pardon ?
00:14:51Il avait essayé de créer une alternative banque Proudhon.
00:14:54D'ailleurs, qui est citée aujourd'hui
00:14:55par les banques dites mutualistes actuelles.
00:14:57Bien sûr, parce que l'idée était excellente,
00:14:59elle l'est toujours d'ailleurs.
00:15:00Sauf que quand vous demandez de l'argent
00:15:02pour constituer cette banque,
00:15:03vous ne la demandez qu'à des gens
00:15:04qui ne sont pas très riches.
00:15:05Et donc vous avez beaucoup de gens pauvres
00:15:07qui donnent de l'argent,
00:15:08mais très peu d'argent,
00:15:09donc pas assez pour démarrer la banque.
00:15:10Donc l'échec de Proudhon,
00:15:11c'est pas du tout, il est incompétent,
00:15:13il ne sait pas faire fonctionner son truc.
00:15:14C'est que concrètement, quand vous y allez
00:15:16et que vous dites, de toute façon,
00:15:17on ne va pas demander aux riches de faire des banques,
00:15:19les banques prêtent de l'argent aux gens riches.
00:15:21Ils ne servent qu'à ça,
00:15:22ils ne prêtent pas d'argent aux gens pauvres.
00:15:23Sauf les microcrédits, par exemple,
00:15:25ou sauf éventuellement des banques
00:15:26qui seraient vraiment populaires.
00:15:28Donc une vraie banque populaire dirait
00:15:29eh bien on a la possibilité
00:15:30de vous prêter de l'argent.
00:15:31Alors après, moi je ne suis pas assez technicien,
00:15:33mais avec quel taux d'intérêt c'est à voir.
00:15:36C'est-à-dire en fonction des projets,
00:15:38en plus de ça.
00:15:40Et moi je ne pense pas qu'on puisse être
00:15:43une espèce d'encyclopédie
00:15:44qui permettrait de dire moi tout seul
00:15:45ce que laissent toujours croire
00:15:47les candidats aux présidentielles.
00:15:48Je sais tout sur tout.
00:15:49Et je suis capable de vous dire
00:15:51combien il y a de sumards nucléaires.
00:15:52Je suis aussi capable de vous dire
00:15:53quelle est la production de nickel en France.
00:15:55Je suis capable de vous expliquer
00:15:56combien il y a de personnes en Nouvelle-Calédonie.
00:15:59Non, on ne sait pas tout.
00:16:00Donc on doit pouvoir travailler avec des gens
00:16:01qui ont le génie de l'alternative.
00:16:05Génération de Gaspard.
00:16:06Des gens beaucoup plus plastiques,
00:16:08beaucoup moins idéologues,
00:16:09très soucieux de la théorie et de la pratique
00:16:11et de l'articulation de la théorie et de la pratique.
00:16:13En disant, moi je peux éventuellement
00:16:15indiquer une direction libertaire
00:16:17qui serait celle de la coopération
00:16:18et de la mutualisation
00:16:18à chacun après en fonction du lieu.
00:16:21Parce qu'on ne peut pas faire une théorie générale.
00:16:22En fonction du lieu,
00:16:23si vous êtes dans une école de quartier,
00:16:25si vous êtes dans une école de village,
00:16:26si vous êtes dans une école de montagne,
00:16:27je ne sais quoi,
00:16:28quel type d'école pouvez-vous faire ?
00:16:30Quel type de relation pouvez-vous avoir
00:16:32avec le département,
00:16:33avec la région,
00:16:33avec le privé ?
00:16:35Moi j'ai bien vu
00:16:35quand j'ai voulu démarrer
00:16:36des universités populaires,
00:16:38il faut trouver de l'argent.
00:16:39Parce que quand vous dites
00:16:40moi je suis bénévole,
00:16:40on vous dit
00:16:41oui d'accord,
00:16:41vous êtes peut-être bénévole,
00:16:42mais qui va payer
00:16:43le chauffage, l'électricité,
00:16:44l'assurance,
00:16:44l'allocation des locaux, etc.
00:16:46Et c'est là que vous découvrez
00:16:47qu'effectivement sans argent
00:16:48c'est assez difficile.
00:16:49Donc il faut des partenariats,
00:16:51il faut des gens
00:16:51qui soient susceptibles
00:16:52de faire ce genre de choses.
00:16:54Mais il y a aussi
00:16:55une jeune génération
00:16:55de banquiers,
00:16:56d'économistes,
00:16:57de fiscalistes
00:16:58avec lesquels il faut travailler.
00:17:00D'ailleurs,
00:17:01il y a un moment donné
00:17:02dans le livre vers la fin
00:17:05où émerge un peu
00:17:06cette combinaison possible
00:17:09entre la libre concurrence
00:17:11pour les petits entrepreneurs,
00:17:12les individuels
00:17:13qui vendent directement
00:17:14leur production,
00:17:15un peu comme les écrivains
00:17:16d'ailleurs,
00:17:16et puis les structures
00:17:19qui nécessitent
00:17:20beaucoup de gens
00:17:21qui allient leurs forces
00:17:22de travail type,
00:17:23je crois que
00:17:24ou dont on cite
00:17:24les chemins de fer,
00:17:26où là,
00:17:27l'idéal est d'imaginer
00:17:28des sociétaires
00:17:29sous forme mutualiste.
00:17:32C'est absolument
00:17:34l'idéal.
00:17:36J'ai trois exemples
00:17:37en tête
00:17:38qui marchent aujourd'hui.
00:17:39Parce qu'il y a quand même
00:17:40un renouveau de l'économie,
00:17:41enfin un renouveau,
00:17:41il y a une définition maintenant
00:17:42de l'économie sociale et solidaire
00:17:43avec les scopes
00:17:44qui permettent de faire des trucs.
00:17:46Je reviens,
00:17:46j'étais hier
00:17:47dans la librairie des volcans
00:17:49à Clamont-Ferrand.
00:17:50C'est une librairie
00:17:50qui est en scope,
00:17:51donc c'est une coopérative.
00:17:52Et c'est une grosse librairie
00:17:53qui emploie 50 personnes.
00:17:55J'en ai vu une autre,
00:17:56toute petite,
00:17:58en Bretagne,
00:17:59mais pareil,
00:17:59scope.
00:18:00Près de chez moi,
00:18:01il y a des agriculteurs
00:18:02qui se sont mis ensemble
00:18:04pour ouvrir un supermarché.
00:18:06Le supermarché fonctionne
00:18:07de 9h à 17h.
00:18:08Tu as tous les avantages
00:18:09d'un supermarché,
00:18:10il y a tous les produits,
00:18:11sauf que c'est une coopérative.
00:18:12Les agriculteurs locaux,
00:18:14ils sont eux-mêmes à la caisse,
00:18:16ils ont réussi à salarier
00:18:17deux personnes.
00:18:18Ils vendent directement
00:18:19leurs produits,
00:18:20globalement bio,
00:18:21de saison et tout ça,
00:18:22aux consommateurs.
00:18:23Ça marche très bien.
00:18:24Et puis,
00:18:24il y a après,
00:18:25encore plus grande entreprise,
00:18:26Duralex,
00:18:27qui a été repris par ses salariés.
00:18:29Et c'est une histoire
00:18:30que je ne connais pas précisément,
00:18:31mais qui a l'air intéressante,
00:18:32qui a l'air de fonctionner.
00:18:33Alors, est-ce qu'on peut faire ça
00:18:34pour une très grande banque internationale ?
00:18:36Peut-être pas,
00:18:36mais du coup,
00:18:37peut-être,
00:18:37est-ce qu'on en a besoin ?
00:18:38On peut se poser la question aussi.
00:18:39Est-ce qu'on n'est pas capable
00:18:40de passer à l'échelle ?
00:18:41Est-ce qu'on en a vraiment besoin
00:18:42pour fonctionner en tant que société ?
00:18:44Et en tout cas,
00:18:45que ce développement
00:18:46de l'esprit de la coopérative
00:18:50se fasse aujourd'hui,
00:18:52prenne le pas petit à petit
00:18:53sur les processus de marché classique,
00:18:55me semble assez sain.
00:18:56C'est-à-dire qu'on ne va pas
00:18:56tout remplacer du jour au lendemain
00:18:58en obligeant les gens
00:18:58à se mettre en coopérative.
00:18:59Mais si ça se fait petit à petit
00:19:01par la pratique,
00:19:02par l'exemple
00:19:02et par la dissémination,
00:19:06c'est une dynamique
00:19:07qui est quand même très positive.
00:19:09À un moment donné,
00:19:09elle y est reclus justement
00:19:10à la fin de l'histoire d'un ruisseau.
00:19:13Donc l'histoire d'un ruisseau,
00:19:15il suit un ruisseau
00:19:15de sa source jusqu'à l'embouchure.
00:19:20Et quand il arrive vers l'embouchure,
00:19:22donc il apparaît plein de choses
00:19:23d'histoire naturelle.
00:19:24Et quand il arrive vers l'embouchure,
00:19:25il se met à parler d'économie,
00:19:27d'entreprise,
00:19:27et puis il dit,
00:19:27« Tiens, près de l'embouchure,
00:19:28il y a une entreprise
00:19:29justement à côté de Serviceo. »
00:19:30C'est un peu artificiel,
00:19:31mais voilà.
00:19:32Et là, il imagine une entreprise
00:19:33où, de même qu'il y a
00:19:36de l'interaction en tout cas
00:19:38entre les individus dans la nature,
00:19:40reclus est un lecteur
00:19:41non pas de Bakounine
00:19:42mais de Kropotkin
00:19:42qui réinterprète Darwin
00:19:45sous l'angle
00:19:46pas seulement de la lutte
00:19:48du struggle for life
00:19:49mais aussi de la coopération,
00:19:50en tout cas des services mutuels
00:19:52rendus entre les êtres vivants,
00:19:53comme les champignons
00:19:54qui rendent des services aux arbres,
00:19:55qui menent des services aux champignons.
00:19:56Et tout ça interagit.
00:19:58Ce n'est pas de la gérosité,
00:19:59mais disons que c'est
00:20:00une forme de don contre don
00:20:02perpétuelle.
00:20:03Et il dit,
00:20:03« En fait, ce qu'on a vu dans la nature,
00:20:04on va le transposer
00:20:06à la société industrielle. »
00:20:08Donc, il ne condamne pas
00:20:08la société industrielle
00:20:09en tant que telle.
00:20:10Et il imagine une entreprise.
00:20:12Alors bon,
00:20:12c'est très idyllique,
00:20:13au milieu de la nature,
00:20:14il y a des petits oeufs qui chantent,
00:20:15il y a des enfants qui courent.
00:20:16Et dans cette entreprise,
00:20:17il y a des ouvriers
00:20:18qui sont traités
00:20:18comme des êtres humains.
00:20:19C'est-à-dire qu'ils ont...
00:20:20Et en fait,
00:20:21c'est quoi la définition
00:20:21d'un être humain
00:20:22et pas d'un esclave
00:20:23pour reclus ?
00:20:24C'est qu'il décide,
00:20:27à un moment donné,
00:20:27il décide de son propre destin.
00:20:29Et donc, en l'occurrence,
00:20:29il a une voix
00:20:30et il participe
00:20:31au comité XY
00:20:32au sein de la coopérative.
00:20:34Et cette histoire
00:20:35de prise de décision,
00:20:37ce n'est pas une question
00:20:38de revenus,
00:20:39ce n'est pas une question
00:20:39de statut.
00:20:42C'est vraiment une question
00:20:43d'autogouvernement.
00:20:46Et le système actuel,
00:20:48pour le coup,
00:20:49mésestime complètement
00:20:50ce besoin anthropologique
00:20:52fondamental.
00:20:52C'est-à-dire que
00:20:53quand on fait des intercôts
00:20:54parce qu'on crée des synergies,
00:20:56c'est plus efficace,
00:20:56on optimise et tout ça,
00:20:58et que la commune
00:20:58perd son sens
00:20:59et que du coup,
00:21:00la démocratie perd son sens,
00:21:01on ne se rend pas compte
00:21:01à quel point
00:21:03on crée un ressentiment
00:21:05parce que les gens,
00:21:07même s'ils ont accès
00:21:08aux services,
00:21:09aux ordures,
00:21:10à l'eau, etc.,
00:21:10le fait d'être
00:21:11complètement dépossédés
00:21:13des décisions
00:21:14et de recevoir constamment
00:21:17des injonctions,
00:21:19de ne pas avoir
00:21:20son mot à dire
00:21:20sur la manière
00:21:21dont s'organise
00:21:22notre espace même proche
00:21:23est quelque chose
00:21:24d'extrêmement déstabilisant,
00:21:27déprimant
00:21:28et qui nourrit
00:21:28le ressentiment
00:21:30au-delà même
00:21:31de la question du confort
00:21:32et parfois,
00:21:34on préfère
00:21:35une petite dose
00:21:36d'inconfort
00:21:38sous quelque chose
00:21:39d'un peu sous-optimal.
00:21:40Et pareil,
00:21:40dans une coopérative,
00:21:41il faut beaucoup discuter,
00:21:42c'est laborieux,
00:21:43donc ça prend plus de temps,
00:21:45il faut s'engager.
00:21:47C'est peut-être
00:21:48un peu moins efficace,
00:21:49mais on s'est approprié
00:21:50quelque chose
00:21:51et on participe
00:21:52à la décision finale
00:21:54et ça,
00:21:55c'est en fait
00:21:57inestimable
00:21:57d'un point de vue
00:21:59anthropologique,
00:22:00c'est presque
00:22:01un besoin fondamental,
00:22:02en fait.
00:22:03ajouter quelque chose
00:22:04à ce que dit...
00:22:05Oui,
00:22:05j'ai une question
00:22:06qui va revenir un peu
00:22:07sur ce que vous disiez,
00:22:07c'est pour passer
00:22:08au fédéralisme,
00:22:09à la question
00:22:09de ce que vous évoquiez,
00:22:10la prise de décision,
00:22:12la question démocratique
00:22:13de comment on prend
00:22:14les décisions de nos sociétés.
00:22:15L'anarchisme suppose aussi,
00:22:17selon vous,
00:22:18un fédéralisme,
00:22:19c'est-à-dire
00:22:19une décentralisation massive
00:22:21des pouvoirs
00:22:21et une manière
00:22:22de réorganiser
00:22:22la vie politique
00:22:23à échelle locale.
00:22:25Oui,
00:22:26ce que je voulais dire
00:22:26est presque déjà
00:22:27intégré dans la réponse
00:22:28parce qu'il faut signaler
00:22:29que les frères reclus
00:22:31sont protestants.
00:22:32Et que ça joue
00:22:33un rôle extrêmement important.
00:22:34Il y a dans le catholicisme
00:22:35cette idée
00:22:35qu'on attend le Christ roi
00:22:37et qu'il y a
00:22:38la société de Dieu,
00:22:39la cité de Dieu,
00:22:40la cité des hommes
00:22:41et que globalement,
00:22:41dans la cité des hommes,
00:22:43il faut prendre modèle
00:22:44sur la cité de Dieu
00:22:45et que vous avez Dieu,
00:22:46les anges,
00:22:47les archanges,
00:22:47etc.,
00:22:47une espèce de vision
00:22:48prise pyramidale.
00:22:49Et il y a dans le catholicisme
00:22:50l'idée qu'il faut
00:22:51un Christ roi
00:22:52et puis voilà.
00:22:53Le patron de droit divin,
00:22:55ça existe aussi.
00:22:56Et le jacobinisme,
00:22:57c'est ça.
00:22:57Robespierre,
00:22:58c'est l'homme
00:22:59qui voulait être roi
00:23:00à la place du roi
00:23:00ou après le roi.
00:23:01Dans le protestantisme,
00:23:02il y a ça.
00:23:03On fait l'économie du clergé.
00:23:04C'est-à-dire que vous avez
00:23:05un rapport direct avec Dieu
00:23:06et quoi que vous fassiez,
00:23:07Dieu le voit
00:23:08et le jour où vous arriverez
00:23:09devant lui,
00:23:10il vous demandera des comptes
00:23:10sur ce que vous avez fait.
00:23:11Il n'y aura pas la possibilité
00:23:12des indulgences
00:23:14ou d'un certain nombre
00:23:15de choses
00:23:16qui énervent Luther
00:23:16et qui permettent
00:23:17au protestantisme
00:23:18de se constituer.
00:23:19C'est-à-dire que
00:23:20le protestantisme dit
00:23:21tu as un libre arbitre
00:23:22faisant bon usage
00:23:23et soit dans l'initiative
00:23:24personnelle et privée.
00:23:25C'est pourquoi par exemple
00:23:26aux Etats-Unis,
00:23:26les gens qui gagnent
00:23:27beaucoup d'argent
00:23:28ne sont pas des gens détestés
00:23:29parce que ce sont des gens
00:23:29qui disent moi je donne
00:23:30de l'argent pour créer
00:23:31des fondations,
00:23:31des musées,
00:23:32des hôpitaux
00:23:33et que la machine
00:23:34fonctionne beaucoup mieux.
00:23:35Dans un pays catholique,
00:23:36il y a un rapport particulier
00:23:37à l'argent,
00:23:38à la production,
00:23:38au pouvoir,
00:23:39au jacobinisme,
00:23:40à l'individu
00:23:42qui prendrait le pouvoir
00:23:43et qui l'incarnerait.
00:23:44Ça c'est la première chose.
00:23:45La deuxième chose,
00:23:46c'est que
00:23:48quand on pense
00:23:49en termes
00:23:49d'organisation fédérale,
00:23:52il ne faut pas penser
00:23:53à un fédéralisme
00:23:53qui serait négateur
00:23:55des Etats et des Nations
00:23:56chez Proudhon,
00:23:57mais chez moi aussi.
00:23:58C'est-à-dire que
00:23:58je reste gaullien
00:23:59sur ce sujet-là,
00:24:00d'ailleurs j'ouvre une parenthèse
00:24:01pour dire que le général de Gaulle
00:24:02a dit du bien de Proudhon
00:24:03et que la théorie
00:24:04de la participation,
00:24:05l'association du capital-travail,
00:24:07c'est chez de Gaulle.
00:24:09Quand Proudhon meurt,
00:24:10la grand-mère du général de Gaulle
00:24:11qui tient une petite rubrique
00:24:13dans un journal,
00:24:13elle fait l'éloge de Proudhon.
00:24:15Donc il y a des choses à dire
00:24:16sur justement
00:24:18ce qui serait
00:24:18le socialisme français
00:24:20dont le général de Gaulle
00:24:20nous dit
00:24:21qu'on n'est pas allé chercher
00:24:22très loin,
00:24:23mais pourtant
00:24:23ce serait une réponse
00:24:24au socialisme marxiste.
00:24:25Ça c'est parenthèse fermée
00:24:27parce que
00:24:27si on commence à dire
00:24:28on organise autrement
00:24:29et qu'on dit aux gens
00:24:31prenez des initiatives,
00:24:33alors c'est le chef
00:24:34qui dit prenez des initiatives,
00:24:36mais je pense qu'un jour
00:24:36on pourrait ne plus avoir
00:24:37besoin du chef
00:24:38parce qu'on prendrait
00:24:39naturellement l'initiative.
00:24:40Quand on est dans un pays
00:24:41de tradition protestante,
00:24:42si vous prenez l'initiative,
00:24:43c'est très bien,
00:24:44on va vous aider.
00:24:45Si en France
00:24:45vous prenez l'initiative,
00:24:46d'un seul coup on dit
00:24:47c'est qui, c'est quoi,
00:24:48il veut quoi,
00:24:48c'est suspect,
00:24:49et donc on vous embête,
00:24:50il y a la bureaucratie,
00:24:52il y a l'administration,
00:24:53il y a la police,
00:24:53il y a tout ce qu'il faut
00:24:54pour vous rendre
00:24:55les inspecteurs de ceci,
00:24:57les contrôleurs de cela,
00:24:58pour vous rendre
00:24:59la vie impossible.
00:25:00Donc oui,
00:25:01il faut de la coopérative,
00:25:02de la mutualisation
00:25:03et puis après
00:25:04il faut coopérer
00:25:06entre coopératives
00:25:07parce qu'évidemment
00:25:08la question nationale
00:25:08se pose à un moment donné.
00:25:10Et j'ai cherché
00:25:11scrupuleusement
00:25:12ce qu'était la question
00:25:13de la nation
00:25:14chez Proudhon.
00:25:15Et lui ne veut pas
00:25:16que les nations disparaissent
00:25:19dans une espèce
00:25:20d'Europe qui serait fédérale
00:25:21dans l'esprit de Maastricht,
00:25:22du genre
00:25:23une Europe fédérale
00:25:24dans laquelle on fait
00:25:25de telle sorte
00:25:25que les nations disparaissent
00:25:26et pourront peut-être
00:25:27vivre comme des provinces
00:25:29indépendantes,
00:25:29pas indépendantes
00:25:30mais avec un certain type
00:25:31d'autonomie intellectuelle
00:25:33dans une grande Europe fédérale.
00:25:35Lui,
00:25:35sans fédéralisme,
00:25:36il est mutualiste
00:25:37et coopératif.
00:25:38D'abord,
00:25:38on n'a pas la démographie
00:25:39d'aujourd'hui,
00:25:40à l'évidence,
00:25:41c'est beaucoup plus facile.
00:25:42Les grandes villes
00:25:43sont des petites villes
00:25:44d'aujourd'hui,
00:25:45les grandes villes d'alors
00:25:45sont des petites villes
00:25:46d'aujourd'hui
00:25:46et on le sait avec Rousseau,
00:25:48la démocratie n'est pas possible
00:25:50quand vous avez
00:25:50des grandes villes
00:25:51ou des grands peuples.
00:25:52Il dit,
00:25:53citoyen de Genève,
00:25:54ça va,
00:25:54si on veut faire
00:25:54une république à Genève,
00:25:55c'est très bien,
00:25:56c'est compliqué pour la France
00:25:57du XVIIIe siècle.
00:25:58Donc imaginez
00:25:59ce que ça peut signifier
00:26:00quand il s'agit de la Chine
00:26:01d'aujourd'hui
00:26:02ou de l'Inde d'aujourd'hui.
00:26:04Il y a quelque chose
00:26:05qui est toujours étonnant,
00:26:06ce sont les trous
00:26:06dans la bibliographie.
00:26:07Il y a toujours
00:26:08une quantité de livres
00:26:14préfèrent la commune
00:26:15évidemment à la Révolution française.
00:26:16La Révolution française,
00:26:17elle invente la guillotine,
00:26:18la commune,
00:26:19elle brûle les bois
00:26:20de la guillotine
00:26:20parce que chercher
00:26:21des noms d'intellectuels
00:26:22dans la commune,
00:26:23vous n'en trouverez pas.
00:26:24En revanche,
00:26:25dans la Révolution française,
00:26:26vous n'avez que
00:26:26des intellectuels,
00:26:27des avocats,
00:26:28des poètes ratés,
00:26:30des dramaturges ratés,
00:26:31un scientifique raté,
00:26:32marin ou je ne sais quoi.
00:26:33Il n'y a pas de nom particulier
00:26:34simplement parce que
00:26:35c'est communaliste,
00:26:36c'est prodoniens,
00:26:37c'est libertaires,
00:26:38la commune.
00:26:39Et puis un autre trou
00:26:40dans la bibliographie française,
00:26:42c'est l'Ip,
00:26:43l'affaire Lipp,
00:26:43ce qui s'est passé à Lipp.
00:26:45Parce que c'est vraiment
00:26:46une entreprise autogestionnaire,
00:26:47c'est des gens
00:26:47qui à un moment donné
00:26:48à Besançon,
00:26:49donc ville natale
00:26:50de Victor Hugo,
00:26:51de Charles Fourier
00:26:52et une ville
00:26:54qui est chère ici
00:26:55au cœur de Proudhon,
00:26:56bien sûr.
00:26:57Et les gens de Lipp
00:26:58disent
00:26:58mais nous,
00:26:59on prend les stocks.
00:27:01Alors ça voulait dire
00:27:02évidemment
00:27:03enlever les stocks.
00:27:04On a dit à un moment donné
00:27:05qu'on les volait au patron,
00:27:06on était à un moment donné.
00:27:06Ils disent
00:27:06on garde,
00:27:07on produit,
00:27:08on diffuse,
00:27:09on redessine nos montres,
00:27:10on les refait,
00:27:10etc.
00:27:11Et on va faire voir
00:27:11que ça fonctionne.
00:27:13Et ça fonctionne tellement bien
00:27:14que Pierre-Victor,
00:27:17le futur Benny Lévy,
00:27:18le secrétaire de Sartre,
00:27:20visite,
00:27:20enfin je ne sais pas
00:27:21s'il visite physiquement,
00:27:22mais quand il parle
00:27:22de cette expérience,
00:27:23il dit mais bon,
00:27:24il était maoïste,
00:27:25il dit mais on n'a pas besoin
00:27:26d'une dictature du prolétariat
00:27:27et d'une espèce
00:27:29d'état fort et jacobin.
00:27:30La production à la base
00:27:32et de manière autogérée,
00:27:33ça fonctionne.
00:27:34Et il arrête
00:27:35d'être maoïste.
00:27:36Alors ça ne veut pas dire
00:27:37qu'il développe
00:27:38l'hypothèse
00:27:39ou la thèse autogestionnaire,
00:27:40mais il devient talmudiste
00:27:41et il pense que le messianisme
00:27:42vient du côté des juifs,
00:27:43etc.
00:27:43Puis on connaît l'histoire
00:27:44avec la fin de Jean-Paul Sartre
00:27:46en brigadé,
00:27:47lui aussi,
00:27:47du côté de ce sionisme
00:27:49messianiste et politique.
00:27:51Mais ça marche quand on veut.
00:27:53Qui voulait que ça ne marche pas
00:27:54à l'époque aussi,
00:27:56l'affaire Lippe ?
00:27:57Un certain François Mitterrand.
00:27:58Parce qu'il avait intérêt
00:27:59à dire
00:28:00mais il nous faut des chefs,
00:28:02dont moi,
00:28:03qui serait le chef des chefs.
00:28:04Il nous faut des responsables,
00:28:06il nous faut des directeurs,
00:28:07il nous faut des gens
00:28:07qui décident, il nous faut une hiérarchie,
00:28:09etc.
00:28:09Moi, je ne crois pas.
00:28:10Je crois que quand on s'attrête...
00:28:11Des fois, les gens me disent
00:28:12mais quand on vous écoute,
00:28:13on a l'impression d'être intelligent.
00:28:15Je dis mais vous êtes intelligent.
00:28:16Parce que si on s'adresse
00:28:17à l'intelligence des gens,
00:28:18ils sont intelligents.
00:28:19Si on s'adresse à leurs bêtises,
00:28:21ils seront bêtes.
00:28:22Et si on s'adresse
00:28:23à la faculté individuelle
00:28:25d'entreprendre
00:28:26chez les individus,
00:28:27ils vont retrouver
00:28:28la faculté d'entreprendre.
00:28:29Ils vont avoir des idées,
00:28:30ils vont débattre.
00:28:31À un moment donné,
00:28:31il faut décider aussi.
00:28:32On va dire,
00:28:32on va faire des assemblées générales
00:28:34qui vont durer cinq heures
00:28:35pour le remplirage d'un chemin,
00:28:36etc.
00:28:36Il faut des règles
00:28:37pour que ça puisse avancer,
00:28:38que ce ne soit pas juste
00:28:39une tribune perpétuelle.
00:28:41Mais ça, globalement,
00:28:42ça se fait
00:28:43parce qu'il y a des gens
00:28:44qui ont le talent pour ça.
00:28:45Il y a des gens qui sont là,
00:28:46qui écoutent,
00:28:47qui votent
00:28:47et puis qui se taisent.
00:28:48Puis il y a des gens qui animent,
00:28:49puis il y a des gens qui...
00:28:50etc.
00:28:51On peut imaginer
00:28:52des maisons du peuple
00:28:53qui permettraient
00:28:54à des individus
00:28:55de s'exprimer librement.
00:28:56C'est-à-dire pas
00:28:57comme à l'Assemblée nationale
00:28:58avec des individus
00:28:58qui disent
00:28:59« Alors, c'est quoi ?
00:29:00Qu'est-ce qu'on vote, nous ?
00:29:01Qu'est-ce que notre parti vote ?
00:29:02C'est oui ?
00:29:03Ah bon, c'est oui.
00:29:03Ah non, finalement, c'est non.
00:29:04Ah ben, c'est non, etc. »
00:29:05Là, si on est dans la logique
00:29:07de la sollicitation individuelle,
00:29:09moi, je pense que
00:29:10le puzzle se fait tout seul.
00:29:11C'est-à-dire,
00:29:12les pièces prennent place
00:29:14presque naturellement.
00:29:16Michel, en fait,
00:29:17a parlé rapidement
00:29:18des États-Unis.
00:29:19Ça me donne l'occasion
00:29:19de sauter sur, évidemment,
00:29:21ce qu'on entend aujourd'hui
00:29:22quand on parle d'anarchisme.
00:29:23Il y a aussi une partie
00:29:24de ce qu'on pourrait dire
00:29:25des anarchistes de droite
00:29:26qui est le vent libertarien
00:29:28qui souffle un peu
00:29:28sur le monde
00:29:29avec Ravier Milley
00:29:30et cette ronçonneuse,
00:29:31Elon Musk et son doge.
00:29:33Quel regard vous portez,
00:29:35Gaspard Conning,
00:29:36sur ce nouveau courant ?
00:29:38Ça, je vais faire vite
00:29:39parce qu'il ne mérite pas
00:29:42beaucoup de temps
00:29:42de parole, en fait.
00:29:44Bon, intellectuellement,
00:29:45on sait d'où ça vient.
00:29:46C'est Rothbard.
00:29:46D'ailleurs, c'est la référence
00:29:47explicite de Milley.
00:29:49Rothbard, c'est libertarien
00:29:51très radical
00:29:52qui s'inspire de Locke,
00:29:53mais pas vraiment
00:29:54parce qu'il n'a vraiment
00:29:55pas lu Locke.
00:29:55Il apprend un truc de Locke
00:29:56qui est la sacralité
00:29:57du droit de propriété,
00:29:58enfin la propriété de soi,
00:30:00la propriété de soi,
00:30:01dont je déduis la propriété
00:30:02sur les choses extérieures.
00:30:03Mais chez Locke,
00:30:04il n'y a pas que ça.
00:30:04Chez Locke,
00:30:05il y a un proviso,
00:30:05il y a une limite,
00:30:06on n'a pas le droit
00:30:07de gaspiller.
00:30:08Enfin, chez Locke,
00:30:09il y a quasiment
00:30:10une vision de la tempérance.
00:30:11Il y a d'ailleurs
00:30:12une reconnaissance
00:30:13des vertus
00:30:13des sociétés amérindiennes,
00:30:14la manière
00:30:15dont elles gèrent
00:30:15leurs ressources.
00:30:16Tout ça est effacé
00:30:17par Rothbard
00:30:18qui ne prend que ça
00:30:18de Locke.
00:30:19Du coup,
00:30:20ça donne un système
00:30:20très logique,
00:30:22mais complètement systématique.
00:30:24C'est vraiment
00:30:24les Trotskis du libéralisme
00:30:27où il y a des droits
00:30:28de propriété,
00:30:29c'est tout.
00:30:30Le seul rôle de l'État,
00:30:31c'est de garantir
00:30:32les droits de propriété
00:30:32et les contrats.
00:30:35Les externalités négatives,
00:30:36on n'en parle pas,
00:30:37l'environnement,
00:30:37on n'en parle pas
00:30:38et la société n'existe pas.
00:30:40C'est quand même
00:30:41assez limité intellectuellement.
00:30:44Et ce qui est assez amusant,
00:30:45c'est que c'était
00:30:45quand même très minoritaire
00:30:46aussi philosophiquement
00:30:47jusqu'à il y a
00:30:48très peu de temps.
00:30:49C'était vraiment
00:30:49des marges.
00:30:51Moi, j'avais été,
00:30:52parce que je suis curieux,
00:30:53j'avais été une semaine,
00:30:54pour le point d'ailleurs,
00:30:55il y a plusieurs années,
00:30:56dans un camp libertarien
00:30:57du Hampshire,
00:30:58des gens qui voulaient
00:30:59faire sécession
00:31:00du reste des États-Unis
00:31:01parce que ce qui est bien
00:31:01chez les Américains,
00:31:03c'est qu'ils vont jusqu'au bout
00:31:03de leurs idées,
00:31:05de leurs projets.
00:31:05Donc, c'est toujours
00:31:06quand même intéressant à voir.
00:31:07Mais c'est effectivement
00:31:08un individualisme
00:31:08complètement radical,
00:31:09une tolérance réelle.
00:31:14religion, sexualité, origine,
00:31:16enfin, on s'en fout.
00:31:17Mais ce n'est même pas
00:31:18on tolère,
00:31:18c'est on s'en fout.
00:31:19C'est un peu différent aussi.
00:31:20Tout le monde est armé
00:31:21parce qu'il faut pouvoir
00:31:22se protéger soi-même.
00:31:23Bon, donc,
00:31:25Michel, à un moment donné,
00:31:26il fait la distinction
00:31:27entre, justement,
00:31:29le proudonisme mutualisme
00:31:30et puis l'égoïsme nihiliste.
00:31:31Bon, là, on est évidemment
00:31:32plus proche de Stirner
00:31:33que de Proudhon
00:31:34chez ces libertariens-là.
00:31:36Et puis, tout d'un coup,
00:31:37ils ont pris le pouvoir.
00:31:39Je pense aussi par réaction
00:31:42par rapport à la lourdeur
00:31:44aujourd'hui
00:31:44de la bureaucratie centrale
00:31:46dans tous les pays.
00:31:47Quand on ne traite pas
00:31:48le problème
00:31:48de manière sereine
00:31:49et rationnelle,
00:31:51du coup, ça donne
00:31:51ces excès-là
00:31:52où il y a un type
00:31:52qui prend sa tronçonneuse
00:31:53et qui dit
00:31:53« je vais tout casser ».
00:31:54Évidemment, pas une bonne manière
00:31:55de faire de la politique
00:31:57et qui ensuite induit
00:31:58des rapports, évidemment,
00:31:59humains fondés
00:32:00sur la domination.
00:32:02Parce que c'est vraiment
00:32:03qui a plus que qui
00:32:05qui peut payer
00:32:06pour tout,
00:32:07pour les routes,
00:32:08pour la santé.
00:32:09C'est uniquement fondé
00:32:11sur le transactionnel.
00:32:12Il faut comprendre
00:32:13quand même
00:32:13que ça devient
00:32:14une philosophie,
00:32:15d'une idéologie
00:32:16parce que les idées
00:32:16mènent le monde
00:32:17et que même les gens
00:32:18qui nous paraissent
00:32:18complètement fous
00:32:20viennent de quelque part
00:32:20même s'ils n'en ont pas
00:32:21complètement conscience
00:32:22et qu'il faut aujourd'hui,
00:32:24ce qui n'est pas très compliqué
00:32:24d'ailleurs,
00:32:24réfuter ce libertarianisme
00:32:28extrême
00:32:29en sachant qu'il y a d'autres
00:32:30dans ce mouvement-là,
00:32:31il y a d'autres nuances.
00:32:32Il y a
00:32:32« left libertarianism »,
00:32:34il y a « libertarianism »
00:32:35de gauche
00:32:36qui sont pour le revenir.
00:32:37Il y a toute une conurbation.
00:32:38Mais là,
00:32:39l'option qui a été prise,
00:32:40c'est l'option
00:32:40Rosbart,
00:32:41la plus
00:32:44un peu
00:32:45basse
00:32:46de plafond
00:32:47quand même.
00:32:48Donc maintenant
00:32:49qu'on a réglé
00:32:49le sort des libertariens,
00:32:50je pense que ça suffit,
00:32:54j'aimerais bien revenir
00:32:54un peu à l'histoire
00:32:55des communes
00:32:56parce que je pense
00:32:57que c'est vraiment
00:32:58en fait,
00:32:59c'est le cœur,
00:32:59c'est la clé du sujet.
00:33:00Michel,
00:33:00il l'a dit à mon oeil,
00:33:01il a dit,
00:33:02il ne faut pas attendre,
00:33:02je reformule
00:33:03comme j'aurais dit moi,
00:33:05il ne faut pas attendre
00:33:05que les gens soient intelligents
00:33:06ou sages
00:33:07ou raisonnables
00:33:07pour leur donner le pouvoir.
00:33:08Il faut leur donner
00:33:09le pouvoir d'abord
00:33:10et en fait,
00:33:12ça a des effets
00:33:14vertueux.
00:33:14Moi,
00:33:14j'ai été fasciné
00:33:15parce que j'avais vu,
00:33:16pour le point encore,
00:33:16ce n'est pas pour faire la pub,
00:33:17mais en Suisse,
00:33:19les Lensgemeinde,
00:33:20où les gens du canton,
00:33:22quand même 10 000
00:33:23sur la place centrale,
00:33:24donc ce n'est pas rien,
00:33:24c'est une certaine organisation
00:33:26qui, une fois par an,
00:33:29proposent amende
00:33:29et votent la loi,
00:33:30ça marche,
00:33:32ça marche parce qu'ils savent
00:33:33que ce qu'ils votent
00:33:33va être exécuté
00:33:34et que le pouvoir exécutif,
00:33:35comme son nom l'indique,
00:33:36une seule fonction,
00:33:37c'est d'exécuter justement
00:33:38et qu'il est jugé
00:33:39sur la mise en œuvre
00:33:39de ce qu'a décidé le peuple
00:33:40et pas du goût
00:33:41d'où sur ses idées à lui.
00:33:42D'ailleurs,
00:33:42c'est des présidences tournantes
00:33:43comme le président suisse
00:33:44qui, tous les deux ans,
00:33:46circule.
00:33:46Et c'est vraiment
00:33:47une démocratie vivante.
00:33:49Mais on peut encore aller
00:33:50en deçà
00:33:50parce que là,
00:33:51on est au niveau du canton.
00:33:52Mais si on va au niveau
00:33:52des communs,
00:33:53Michel en parlait,
00:33:54des choses communes
00:33:55qu'on peut gérer en commun.
00:33:57Tout le roman que j'ai écrit,
00:33:58à quoi ?
00:33:58C'est un roman là-dessus,
00:33:59en fait.
00:33:59C'est est-ce qu'aujourd'hui
00:34:00dans notre société
00:34:01dont on connaît
00:34:03les travers,
00:34:03les habitudes,
00:34:06l'hétérogénéité aussi,
00:34:07est-ce que face à une crise,
00:34:08en l'occurrence,
00:34:09une crise de l'eau,
00:34:10puisque l'eau,
00:34:10c'est vraiment l'élément
00:34:11du local
00:34:11et c'est l'élément
00:34:12de la démocratie,
00:34:13est-ce qu'on peut reconstituer,
00:34:14est-ce que se reconstitue
00:34:15des communs ?
00:34:16Et pour ça,
00:34:17j'ai pris des gens
00:34:19particulièrement désagréables,
00:34:20en fait.
00:34:21Je n'ai pas hésité.
00:34:22D'ailleurs,
00:34:23tu cites la terre de Zola.
00:34:25J'étais un peu triste
00:34:26parce que c'est quand même
00:34:26un auteur et un livre
00:34:27que j'adore.
00:34:28Mais alors Zola,
00:34:29il va lui encore plus loin
00:34:30dans la noirceur totale
00:34:31de toutes les âmes
00:34:32de ce village.
00:34:34Bon, mais moi aussi,
00:34:34je l'ai fait descendre
00:34:35un peu dans le vice
00:34:36parce que je me dis
00:34:37s'il y avait que ces gens-là.
00:34:38Et à mon avis,
00:34:39il le dit d'ailleurs,
00:34:39il ne faut pas attendre
00:34:39que les gens soient,
00:34:40il le dit Proudhon,
00:34:41il ne faut pas attendre
00:34:41que les gens soient gentils.
00:34:42On fait avec la nature humaine
00:34:43telle qu'elle est.
00:34:44On les met dans les conditions
00:34:45pour que la fraternité apparaisse.
00:34:46On n'attend pas
00:34:47que la fraternité soit là
00:34:48dès le début
00:34:49parce que les gens
00:34:49seraient vertueux,
00:34:50idéalistes.
00:34:51Donc, je prends des gens
00:34:52tels qu'ils sont,
00:34:53pas très sympathiques.
00:34:55Et je vois si face à la crise
00:34:57et justement parce qu'il n'y a
00:34:58plus de recours à l'État central
00:34:59pour des raisons narratives,
00:35:00ils font commun.
00:35:01Et commun,
00:35:02c'est en fait quelque chose
00:35:04qui est très ancré
00:35:05dans notre histoire
00:35:07française et mondiale.
00:35:08C'est-à-dire qu'on a
00:35:11localement géré
00:35:11les biens rares
00:35:13et vitaux
00:35:14que sont
00:35:15et exploitables
00:35:16que sont les pâturages,
00:35:17les bois,
00:35:18les étangs
00:35:18avec les ressources en poisson
00:35:20ou les sources.
00:35:22On les a pendant très longtemps
00:35:23gérés en commun.
00:35:24Ça veut dire que c'est
00:35:25ni l'État
00:35:25ni le marché.
00:35:26C'est ceux
00:35:28les ayants droit,
00:35:30ceux qui ont intérêt
00:35:31à la ressource
00:35:32mais qui ont intérêt
00:35:33à l'exploiter
00:35:33sans que les autres
00:35:34la surexploitent
00:35:34puisque sinon plus personne
00:35:35n'en a.
00:35:36Donc aussi intérêt
00:35:37à ce qu'elle se régénère.
00:35:38Qui discutent,
00:35:39dans des formats
00:35:40flous,
00:35:41mal institutionnalisés
00:35:42mais néanmoins récurrents
00:35:44et qui ont un peu
00:35:44force de loi
00:35:46de la manière
00:35:47dont on va
00:35:47cette année
00:35:48se répartir
00:35:49le bois
00:35:50ou les tours d'eau,
00:35:52les torres d'Aqua,
00:35:53il y en a encore en Corse,
00:35:54on a un grand canal
00:35:55et puis on répartit.
00:35:56Lui, il a droit
00:35:56l'eau à 5 heures,
00:35:57lui l'eau à 6 heures
00:35:58en fonction de la culture,
00:35:58en fonction de son âge,
00:35:59en fonction de plein de choses
00:36:02et ce qui est très fort
00:36:03chez Elinor Ostrom
00:36:03qui est l'économiste
00:36:04des communs,
00:36:05qui a eu le prix Nobel
00:36:05pour ça en 2009,
00:36:07première femme à la voir,
00:36:09c'est pas tellement
00:36:09la théorie des communs,
00:36:10c'est qu'elle a montré
00:36:12avec plein d'exemples historiques
00:36:13et aussi aujourd'hui
00:36:14d'exemples dans le monde entier
00:36:15que ça marche.
00:36:16Et en France,
00:36:17on a encore 30 000 sections
00:36:18de communes,
00:36:18communaux,
00:36:20bien de sections,
00:36:20on appelle ça parfois
00:36:21en droit administratif,
00:36:22qui sont gérées
00:36:24de cette manière
00:36:24et qu'évidemment,
00:36:25l'État ne supporte pas,
00:36:26c'est exactement ce que tu disais,
00:36:27l'État ne supporte pas
00:36:28parce que ça sort
00:36:29du droit administratif en fait.
00:36:30C'est quelque chose,
00:36:31c'est le bordel.
00:36:32Mais c'est justement
00:36:33ce bordel qui permet,
00:36:34qui force les gens
00:36:35à discuter entre eux,
00:36:37à utiliser leur savoir vernaculaire.
00:36:39Bah oui,
00:36:39mais on sait bien
00:36:40que là,
00:36:40la dernière fois,
00:36:41on avait fait une erreur,
00:36:42quand on avait coupé ça,
00:36:42ça a mis trop de temps
00:36:43à se régénérer,
00:36:44donc on va peut-être
00:36:44faire comme ci,
00:36:45comme ça.
00:36:45Et on fait des erreurs,
00:36:46on expérimente.
00:36:47Mais en fait,
00:36:48c'est ça qui force à se parler,
00:36:49c'est vraiment l'origine
00:36:51en fait de la...
00:36:54de l'agora.
00:36:56C'est gérer une ressource rare.
00:36:59Depuis 2013,
00:37:00on n'a plus le droit d'en créer,
00:37:02alors que c'est aussi
00:37:02une réponse très puissante
00:37:03à la crise écologique
00:37:04parce que localement,
00:37:06ça induit un intérêt immédiat
00:37:08de l'ensemble des parties prenantes
00:37:10à avoir des biens
00:37:11qui se régénèrent
00:37:12puisqu'on ne peut pas les vendre.
00:37:14On ne peut pas faire du profit
00:37:15avec les communs.
00:37:17Ça existe encore,
00:37:18je reviens d'Auvergne,
00:37:18ça existe encore beaucoup
00:37:19en Auvergne,
00:37:19on n'a plus le droit d'en créer.
00:37:20Et puis,
00:37:21l'obsession des préfets,
00:37:22c'est de municipaliser
00:37:23les sections de communes,
00:37:24c'est-à-dire les faire rentrer
00:37:25dans l'ordre du collectif
00:37:27avec son système représentatif
00:37:28et les arrêter du maire.
00:37:30Et voilà,
00:37:30le début quand même
00:37:31de la structure hiérarchique.
00:37:33Et donc,
00:37:34moi,
00:37:35je suis persuadé
00:37:36que dans un contexte de crise,
00:37:37en fait,
00:37:38le commun,
00:37:38il renaît très vite.
00:37:39Et on voit d'ailleurs,
00:37:40il y a des livres
00:37:40de notre apologie anarchiste
00:37:41sur les effondrements.
00:37:44Quand il y a des grandes inondations
00:37:45ou des tremblements de terre
00:37:46et que tout d'un coup,
00:37:47il n'y a plus de service,
00:37:48il n'y a plus rien,
00:37:48il n'y a plus d'État.
00:37:50La théorie du contrat social
00:37:52voudrait que ce soit
00:37:52la guerre de tous contre tous.
00:37:53Et c'est quand même
00:37:54cette théorie-là
00:37:54qui rigue encore
00:37:56nos institutions.
00:37:57En fait,
00:37:58qu'est-ce qui se passe ?
00:37:58Évidemment,
00:37:59tout l'inverse.
00:37:59C'est à ces moments-là
00:38:00que se forment,
00:38:02se reforment
00:38:03des phénomènes
00:38:03de solidarité spontanée,
00:38:05des communautés
00:38:06qui s'organisent.
00:38:07Et c'est ce qu'on voit
00:38:08quand il y a des inondations.
00:38:09D'ailleurs,
00:38:09les gens, évidemment,
00:38:10vont rendre service
00:38:10à leur prochain.
00:38:11C'est juste un réflexe naturel.
00:38:14Ce que décrit Gréber aussi,
00:38:15il parle du communisme
00:38:16de tous les jours,
00:38:17c'est-à-dire ces espèces
00:38:18de petits gestes
00:38:19de don sans contre don
00:38:20qui fait qu'on se sent humain.
00:38:23Et donc,
00:38:23je pense que c'est
00:38:25qu'en repartant
00:38:26de ces choses très concrètes,
00:38:27en fait,
00:38:29avant de partir
00:38:30sur les sujets nationaux,
00:38:34par exemple,
00:38:35qu'on peut reforger
00:38:38un appétit démocratique
00:38:41un peu primal.
00:38:42Et justement,
00:38:42vous avez utilisé
00:38:43l'expression
00:38:43de lourdeur démocratique.
00:38:45Vous aviez fait campagne,
00:38:47enfin, candidature en 2022
00:38:48sur ce thème
00:38:49de la simplification.
00:38:50Est-ce que vous vous scrivez
00:38:51à cette idée
00:38:52que la simplification,
00:38:53aujourd'hui,
00:38:53c'est l'urgence,
00:38:54simplifier les normes,
00:38:55simplifier l'organisation
00:38:56de l'État,
00:38:57les règlements,
00:38:57etc.
00:38:58Oui, oui, oui.
00:39:00Mais on ne va pas
00:39:01dans ce sens-là.
00:39:01On va dans le sens
00:39:02absolument inverse.
00:39:03Maintenant,
00:39:03dès que la vie
00:39:04apparaît quelque part,
00:39:06il y a toujours
00:39:06une paire de ciseaux
00:39:07qui arrive en disant
00:39:07qu'on n'avait pas le droit
00:39:09dans ces circonstances-là,
00:39:10mais alors si c'est ceci,
00:39:11oui, autrement, non,
00:39:12etc.
00:39:13Il y a une bureaucratie,
00:39:14une administration incroyable.
00:39:15Moi, je me souviens
00:39:16d'avoir rencontré Sarkozy
00:39:17pour faire un entretien
00:39:18d'un philo magazine.
00:39:19À l'époque,
00:39:20il était candidat.
00:39:22Et il disait,
00:39:23mais moi,
00:39:23de toute façon,
00:39:24je vais détruire
00:39:2610% du code de ceci,
00:39:27du code de cela.
00:39:28Il y a trop de lois,
00:39:28il y a trop de lois.
00:39:29Un, il ne l'a pas fait.
00:39:30Deux, il a ajouté lui aussi
00:39:31aux lois, quoi.
00:39:32Et j'ajoute que,
00:39:33comme nous avons perdu
00:39:34notre souveraineté en 92
00:39:35avec le traité de Maastricht,
00:39:36il faut bien que j'en parle,
00:39:37eh bien,
00:39:40tout ce qui est bureaucratie,
00:39:42administration,
00:39:42nous tombe de Bruxelles.
00:39:43Et puis nous,
00:39:44on en rajoute une couche aussi,
00:39:45quoi.
00:39:45Parce que, de fait,
00:39:46on a toujours
00:39:47cette crainte
00:39:48du libre-arbitre individuel
00:39:50et personnel,
00:39:50cette peur de l'individu.
00:39:52Parce qu'il y a
00:39:53le vieux fond,
00:39:53c'est, on parlait tout à l'heure
00:39:54de Tocqueville,
00:39:55mais dans l'Ancien Régime
00:39:56et la Révolution,
00:39:57Tocqueville dit
00:39:57que la Révolution française
00:39:58n'a pas touché
00:39:59à l'essentiel
00:40:00qui est le jacobinisme,
00:40:01qui est la centralisation étatique.
00:40:02Depuis Philippe le Bel,
00:40:03c'est ça.
00:40:04Et on pourrait ajouter
00:40:05à l'analyse de Tocqueville
00:40:07que quand on ajoute
00:40:08Napoléon,
00:40:09quand on ajoute
00:40:09le général de Gaulle,
00:40:10voire même Mitterrand,
00:40:11si on veut aller jusque-là,
00:40:14évidemment,
00:40:14on ne va pas
00:40:15dans ce sens-là.
00:40:16Donc oui,
00:40:16il y a toujours,
00:40:22il n'a pas fait grand-chose
00:40:22contre des lois
00:40:24parce que vous allez
00:40:25vous retrouver très vite
00:40:25au tribunal,
00:40:26parce que vous aurez fait ceci,
00:40:27il n'aura pas fallu faire cela.
00:40:30Les codes sont sidérants.
00:40:33Les codes de l'eau,
00:40:34par exemple,
00:40:34il y a une police de l'eau
00:40:35qui est quand même
00:40:35un truc incroyable.
00:40:36Moi, dans mon village,
00:40:37j'ai appris à nager
00:40:39dans une rivière
00:40:40où il y avait 90 cm d'eau
00:40:41et on inventait
00:40:42des bateaux avec des pneus,
00:40:43etc.
00:40:43Enfin, on jouait là
00:40:44pendant qu'il y avait
00:40:44des lavandires,
00:40:45pendant que ma mère
00:40:46lavait le linge
00:40:47dans le lavoir
00:40:47avec trois ou quatre copines,
00:40:48etc.
00:40:49Et on voyait les couleuvres
00:40:50qui traversaient,
00:40:51etc.
00:40:52Cette rivière est morte
00:40:53parce que des écologistes
00:40:54ont estimé qu'il fallait
00:40:55que les saumons
00:40:55puissent remonter la rivière.
00:40:57Il n'y a jamais eu
00:40:57de saumon dans cette rivière.
00:40:59Et mon père,
00:40:59qui était né en 1921,
00:41:01m'a dit
00:41:01« J'ai jamais vu de saumon
00:41:02dans cette rivière. »
00:41:03Mon frère qui est pêcheur,
00:41:04mon petit-neveu qui est pêcheur,
00:41:05il n'y en a jamais vu
00:41:06un seul saumon.
00:41:07Vous avez beau dire
00:41:08que ce serait peut-être bien
00:41:09qu'on remette les vannes
00:41:11puisque de toute façon,
00:41:11il n'y a pas de saumon
00:41:12qui n'est pas question
00:41:13pour les saumons
00:41:13de remonter,
00:41:13il n'y en a pas.
00:41:14Eh bien non.
00:41:15C'est-à-dire qu'il y a
00:41:16une police de l'eau
00:41:16extrêmement puissante
00:41:18qui nous explique
00:41:18ce qu'on doit faire,
00:41:19pas faire,
00:41:19ce qu'on a le droit de faire
00:41:20et pas le droit de faire,
00:41:21etc.
00:41:22Donc oui,
00:41:22on a le pays des normes,
00:41:24de la bureaucratie,
00:41:24de l'administration
00:41:25et ça,
00:41:26je ne sais pas
00:41:26comment ça peut fonctionner
00:41:28sauf avec des rebelles
00:41:29qui diraient
00:41:29« Nous, on a remis les vannes
00:41:31dans le village
00:41:31et puis voilà,
00:41:32faites-nous un procès. »
00:41:33Mais ça coûte cher.
00:41:34Vous faites des procès,
00:41:35vous êtes au tribunal,
00:41:43l'administration
00:41:43et la bureaucratie française.
00:41:44Après,
00:41:44sur l'hydrologie,
00:41:45il faut voir que
00:41:47pendant deux siècles,
00:41:48on a eu un modèle
00:41:49de fabrication des rivières
00:41:50qui était un modèle
00:41:52en ligne droite,
00:41:52c'est-à-dire que la rivière
00:41:53devait aller tout droit,
00:41:54on a drainé les champs
00:41:56et on a créé
00:41:57des berges artificielles
00:41:58pour les rivières
00:41:59et après,
00:41:59on s'étonne
00:41:59qu'il y ait des inondations
00:42:00parce qu'en fait,
00:42:01normalement,
00:42:01la rivière,
00:42:02elle communique
00:42:02avec les sols,
00:42:04avec les zones humides
00:42:05et donc le paysage
00:42:06autour de la rivière,
00:42:07les méandres de la rivière
00:42:08font éponge
00:42:09de sorte qu'elles vont absorber
00:42:11les crues l'hiver
00:42:13et qu'elles vont rendre
00:42:14l'été
00:42:14pendant des périodes
00:42:15de sécheresse
00:42:15et le but de la vie
00:42:17sur Terre,
00:42:17ça a toujours été
00:42:18de ralentir l'eau.
00:42:19Aujourd'hui,
00:42:20l'eau va trop vite
00:42:21et la logique
00:42:23des bassins de rétention
00:42:28et de ces constructions
00:42:31et même des digues,
00:42:32c'est quand même
00:42:33une logique ingénériale.
00:42:35On considère l'eau
00:42:37comme un espèce de fluide
00:42:38qui va d'un point A
00:42:39à un point B
00:42:40et qu'il faut gérer
00:42:41comme on gère
00:42:42l'électricité.
00:42:44Quand on reprend,
00:42:45quand on remet l'eau
00:42:45dans le vivant
00:42:47et qu'on la reconnecte
00:42:49au sol,
00:42:50à la répicile,
00:42:51enfin aux forêts
00:42:52qui sont le long des berges,
00:42:54aux castors
00:42:55qui vont faire des barrages
00:42:56et tout ça,
00:42:57quand on prend soin
00:42:58de la rivière,
00:42:59eh bien,
00:43:00on lui redonne,
00:43:01en fait,
00:43:02qu'on lui redonne
00:43:02un peu de liberté,
00:43:03en fait,
00:43:03on revient exactement
00:43:04à la même chose,
00:43:04en fait,
00:43:05ce qu'on dit pour les êtres
00:43:05humains,
00:43:06on peut le dire
00:43:06pour les rivières,
00:43:07qu'on fait le pari
00:43:08de lui redonner
00:43:08un peu de liberté,
00:43:10eh bien,
00:43:10en fait,
00:43:10on se protège nous-mêmes
00:43:12parce qu'elle va
00:43:14rester dans certaines limites
00:43:16à condition de lui avoir
00:43:17accordé sa plaine alluviale,
00:43:19de lui avoir accordé
00:43:19sa connexion avec les nappes.
00:43:21Et ça,
00:43:21justement,
00:43:21ça peut se faire
00:43:22par la discussion
00:43:23et par la discussion
00:43:23à l'échelle du bassin versant.
00:43:25Les gens peuvent se parler,
00:43:27négocier,
00:43:28voilà.
00:43:30Je voudrais revenir
00:43:31sur un mot
00:43:32qu'a dit Michel
00:43:33en commençant
00:43:33par la biocratie.
00:43:34Il a dit
00:43:34qu'elle coupe la vie.
00:43:37Et la vie,
00:43:37enfin,
00:43:38et je pense qu'effectivement,
00:43:39c'est le même combat,
00:43:41le combat pour le vivant,
00:43:42y compris pour le vivant
00:43:44non humain,
00:43:45c'est aussi le combat
00:43:46pour retrouver du vivant
00:43:47en soi
00:43:48et du vivant
00:43:49hors des cases,
00:43:51du vivant qui,
00:43:54inattendu,
00:43:55qui n'obéit pas
00:43:56à la norme,
00:43:57au canevas,
00:43:58au sillon,
00:44:00que l'administration,
00:44:01mais aussi les algorithmes
00:44:02nous tracent aujourd'hui.
00:44:03Public et privé
00:44:04sont quand même
00:44:04dans la même logique
00:44:05d'asservissement
00:44:08continuent.
00:44:09Toutes les semaines,
00:44:10là,
00:44:11je ne vais pas
00:44:11commencer à râler,
00:44:12mais enfin,
00:44:12il y a la facturation
00:44:13électronique qui arrive
00:44:14pour les indépendants
00:44:15que je suis.
00:44:16C'est un nouveau cauchemar.
00:44:17S'il faut de nouveau
00:44:18rentrer plein de codes,
00:44:19se mettre dans
00:44:19un espèce de grand tableur,
00:44:21un tableur médié
00:44:22par une administration
00:44:23qui, du coup,
00:44:24crée des intermédiaires
00:44:25qui sont homologués,
00:44:26enfin,
00:44:26c'est un cauchemar.
00:44:28C'est-à-dire que la relation
00:44:29contractuelle,
00:44:29sinalagmatique,
00:44:30comme dirait Proudhon,
00:44:31individuelle,
00:44:31entre quelqu'un
00:44:32qui donne une prestation
00:44:34et l'autre qui le paye,
00:44:35est maintenant
00:44:37mise dans un espèce
00:44:38de grand panier commun
00:44:41qui crée
00:44:42toutes sortes
00:44:43de complexités
00:44:45kafkaïennes.
00:44:47Bon,
00:44:48mais,
00:44:48ça pour dire que,
00:44:50comme on parlait de Tocqueville,
00:44:51qui, effectivement,
00:44:52a critiqué
00:44:54cette continuité
00:44:55de l'État
00:44:56administratif français,
00:44:58le même Tocqueville,
00:44:59dans un texte moins connu
00:45:00qui s'appelle
00:45:00« Quinze jours dans le désert »,
00:45:02un très beau petit texte
00:45:02qui a été publié
00:45:03à titre posthume,
00:45:04finit son voyage
00:45:05aux États-Unis
00:45:06en partant à cheval
00:45:06avec Gustave de Beaumont,
00:45:08à la fin,
00:45:09quand il a fait
00:45:09toutes ses prisons,
00:45:10tout ça,
00:45:11dans les forêts du Michigan
00:45:12et il part en balade
00:45:13quinze jours.
00:45:14Et il est dans
00:45:15une forêt primaire,
00:45:17donc il voit
00:45:17les arbres morts
00:45:18qui se décomposent,
00:45:19il ne voyait pas ça
00:45:20en France, évidemment,
00:45:21donc c'est un choc pour lui.
00:45:23Il voit des très belles
00:45:25étendues d'eau
00:45:25et donc on découvre
00:45:26un Tocqueville,
00:45:27Lamartinien,
00:45:28amoureux de la nature,
00:45:28il rencontre aussi
00:45:29des peuples indigènes
00:45:31et il s'émerveille
00:45:32de la manière
00:45:33dont ils vivent entre eux
00:45:34dans une certaine égalité.
00:45:36Et en fait,
00:45:36on découvre un Tocqueville,
00:45:37un peu le même Tocqueville
00:45:38qui quand il va à Manchester
00:45:40aussi déplore
00:45:41la pollution industrielle.
00:45:43On découvre un Tocqueville
00:45:45écolo
00:45:46parce que c'est le Tocqueville
00:45:47du vivant
00:45:48et pour moi,
00:45:48c'est le même en fait.
00:45:49Lutter contre l'administration
00:45:50au niveau social
00:45:51et chercher à conserver
00:45:53le vivant
00:45:54dans les écosystèmes,
00:45:55c'est exactement
00:45:55la même démarche.
00:45:56Souvent,
00:45:57les gens me disent
00:45:57qu'il y a une contradiction
00:45:58quand même.
00:45:59Vous êtes d'un côté
00:46:00pour moins de règles
00:46:01et de l'autre côté,
00:46:02vous êtes pour l'écologie
00:46:03qui est réputée
00:46:05pour être coercitive
00:46:06aujourd'hui.
00:46:07On peut parler
00:46:08de la question des règles
00:46:09mais c'est exactement
00:46:10la même démarche intellectuelle.
00:46:11C'est aller respecter
00:46:13la singularité
00:46:14en fait
00:46:15de chaque individu
00:46:16qui soit humain
00:46:17ou non humain.
00:46:18Je voudrais dire juste
00:46:19deux mots
00:46:19sur ce que vient de dire
00:46:21Gaspard
00:46:21parce qu'il a raison
00:46:23de dire qu'on veut
00:46:25faire des autoroutes
00:46:25avec les rivières
00:46:26et que ça n'a aucun sens
00:46:27et je le vois bien
00:46:28moi dans ma campagne
00:46:29et j'ai beaucoup dit
00:46:30par exemple
00:46:30que dans les prisons
00:46:31il y avait trop de gens
00:46:32qui ne devraient pas
00:46:33s'y trouver
00:46:34et que ceux qui devraient
00:46:35s'y trouver
00:46:35ne sont pas correctement
00:46:36traités
00:46:37et que la prison
00:46:38ne peut pas faire
00:46:38son travail correctement.
00:46:39Mais il y a un tas
00:46:40de jeunes
00:46:41qu'on pourrait mobiliser
00:46:42pour nettoyer les rivières
00:46:43en disant
00:46:44on va faire des camps
00:46:45ou je ne sais quoi
00:46:45mais on va faire un travail
00:46:47collectif
00:46:47il faut se réveiller
00:46:48il faut y aller
00:46:48il faut être ensemble
00:46:49il faut travailler
00:46:50avec des individus
00:46:51qui ont des projets
00:46:52puis on voit ce que c'est
00:46:53qu'une espèce de forêt vierge
00:46:55dans la rivière
00:46:56et puis trois semaines plus tard
00:46:57on voit comment on a nettoyé
00:46:58la rivière
00:46:59et tout ce travail-là
00:47:00pourrait être fait
00:47:01comme ça
00:47:01ce n'est pas des peines
00:47:02de substitution
00:47:04auxquelles on ne songe pas
00:47:05mais on pourrait imaginer
00:47:06que la nation
00:47:07se soucie de la nature
00:47:09parce que qui fait ça sinon ?
00:47:10Ça a un coût
00:47:10mais qui le fait ?
00:47:11Il y a quand même
00:47:11des essences aujourd'hui
00:47:12de non-pris
00:47:13d'un nime
00:47:14Je ne dis pas que ça n'existe pas
00:47:15mais je dis qu'on pourrait avoir
00:47:17un vrai programme étatique
00:47:18qui serait en relation
00:47:19avec le ministère de la justice
00:47:21et qui permettrait
00:47:22à un tas de gamins
00:47:22qui n'ont pas grand chose
00:47:23à faire dans les prisons
00:47:25d'être rééduqués justement
00:47:26avec un peu d'autorité
00:47:27un peu d'ordre
00:47:28un peu de capacité
00:47:29à remettre
00:47:29de la communauté
00:47:31dans cette aventure
00:47:31puis travailler de ses mains
00:47:32c'est fatigant
00:47:33le soir
00:47:33on va se coucher
00:47:34on a envie de dormir
00:47:35et je pense qu'il y aurait
00:47:37des choses à faire
00:47:38qui seraient assez faciles
00:47:39à mettre en place
00:47:39c'est juste une remarque
00:47:42Justement vous avez parlé
00:47:42un peu de nation
00:47:43ce serait un peu
00:47:44le troisième thème
00:47:45que j'aimerais aborder
00:47:46avec vous
00:47:46sur la question
00:47:47de qu'est-ce qu'on fait
00:47:48de l'identité nationale
00:47:50sous le prisme
00:47:51des lectures anarchistes
00:47:53parce que
00:47:54sous couvert de liberté
00:47:55faut-il restreindre
00:47:56certaines mœurs
00:47:58pour
00:47:59encourager
00:48:00une forme de cohésion
00:48:02une cohésion
00:48:04culturelle
00:48:05qu'est-ce que vous en pensez
00:48:07Gaspard ?
00:48:08Moi je pense que
00:48:09plus ça va
00:48:10plus je suis très méfiant
00:48:11de l'idée de nation
00:48:12voire même
00:48:14je trouve que
00:48:15dans les différents échelons
00:48:16de subsidiarité
00:48:17qu'on peut imaginer
00:48:18les pérus du fédéralisme
00:48:20croudonien
00:48:21ou autre d'ailleurs
00:48:22l'idée de subsidiarité
00:48:23qu'on va
00:48:23au bon niveau
00:48:25à chaque fois
00:48:25donc l'eau
00:48:26c'est probablement
00:48:27le niveau du bassin versant
00:48:29l'électricité
00:48:29c'est un peu plus haut
00:48:30c'est sûr
00:48:31la régulation de l'IA
00:48:32c'est encore plus haut
00:48:33à chaque fois
00:48:34on trouve le bon niveau
00:48:36et dans cette version là
00:48:38alors on n'est pas encore
00:48:39abouti à
00:48:41on n'est pas encore
00:48:42abouti à un schéma
00:48:43institutionnel très précis
00:48:44mais je trouve que
00:48:44la nation
00:48:45elle est à la fois
00:48:46trop grosse
00:48:47et trop petite
00:48:47c'est à dire que
00:48:49à 60 millions
00:48:50quand on dit un peuple
00:48:51une décision
00:48:52en fait c'est totalement abstrait
00:48:5360 millions de personnes
00:48:54ne se connaissent pas
00:48:55ne peuvent pas vraiment
00:48:57coalescer
00:48:59et en même temps
00:48:59c'est trop petit
00:49:00parce que
00:49:01la nation n'a pas
00:49:02aujourd'hui
00:49:03dans le contexte
00:49:04géopolitique actuel
00:49:05de quoi
00:49:06imposer véritablement
00:49:07sa volonté
00:49:08ou se débrouiller
00:49:09ou affronter
00:49:10les autres puissances
00:49:11ou les autres empires
00:49:12en formation
00:49:12encore plus aujourd'hui
00:49:15et donc
00:49:16j'ai pas de
00:49:17et puis j'ai pas
00:49:18d'attachement particulier
00:49:19à la nation française
00:49:20par exemple
00:49:21il y a une langue
00:49:22c'est sûr
00:49:22d'ailleurs une langue
00:49:23quand même
00:49:23qui a été aussi
00:49:25alors là
00:49:25de manière très autoritaire
00:49:27imposée à l'ensemble
00:49:28de cet hexagone
00:49:29puisque encore au 19ème siècle
00:49:31jusque dans les tranchées
00:49:32de la première guerre mondiale
00:49:3360% des bidasses
00:49:35ne parlent pas français
00:49:36ils apprennent le français
00:49:36pour pouvoir comprendre
00:49:38les ordres des officiers supérieurs
00:49:39il y a un livre
00:49:40qui s'appelle
00:49:41la France des terroirs
00:49:42je crois
00:49:43d'un historien
00:49:43dont on oublie absolument
00:49:44toujours le nom
00:49:45je suis bloqué
00:49:46à chaque fois
00:49:46je le perds
00:49:49roumano-américain
00:49:50souvent les étrangers
00:49:51Paxton le premier
00:49:53je trouve
00:49:53voient bien notre histoire
00:49:54et qui raconte
00:49:56qu'au 19ème siècle
00:49:56la France
00:49:57est une mosaïque absolue
00:49:58de pratiques
00:50:00de culture régionale
00:50:01micro-locale
00:50:03et que finalement
00:50:05le jacobinisme
00:50:06reste quelque chose
00:50:07quand même
00:50:07d'assez lointain
00:50:09quelque chose
00:50:10imposé par les avocats
00:50:11effectivement
00:50:12de la révolution française
00:50:14qui ont voulu
00:50:15c'est le truc
00:50:16de l'abbé Grégoire
00:50:17je crois
00:50:18qui voulait
00:50:18détruire
00:50:19les patois
00:50:20et qui a réussi
00:50:22parce que là
00:50:23je vois en Normandie
00:50:24c'est vraiment
00:50:24la fin
00:50:25la toute fin
00:50:26des patois
00:50:27il y a certaines régions
00:50:27qui essayent
00:50:29de les remettre
00:50:30en route
00:50:31mais c'est évidemment
00:50:32compliqué
00:50:33parce que tout de suite
00:50:33c'est un peu artificiel
00:50:35donc je pense que
00:50:36la nation française
00:50:37en fait
00:50:37elle est assez
00:50:39ce concept là
00:50:40est en fait
00:50:41assez autoritaire
00:50:42assez récent
00:50:44c'est fait
00:50:44dans la violence
00:50:45moi quand j'ai traversé
00:50:46la France à la cheval
00:50:47je demandais toujours
00:50:47aux gens où suis-je
00:50:49quand j'arrivais le soir
00:50:49ils ne me répondaient
00:50:50jamais par le nom
00:50:51du département
00:50:52et encore moins
00:50:52par le numéro
00:50:53du département
00:50:54ils me répondaient
00:50:54par le nom
00:50:55de la région historique
00:50:56vous êtes dans le Valencé
00:50:56vous êtes dans l'abri
00:50:57vous êtes dans la Champagne
00:50:58Pouilleuse
00:50:59il y a encore
00:51:01une identité
00:51:02survie par miracle
00:51:04au jacobinisme
00:51:04une identité
00:51:05quand même profonde
00:51:07qu'il faut cultiver
00:51:08je pense
00:51:09comme un bien très précieux
00:51:10et sur laquelle
00:51:11la gouvernance politique
00:51:12devrait être plaquée
00:51:13c'est l'idée
00:51:14des biorégions
00:51:15l'idée des biorégions
00:51:16c'est
00:51:16on dessine
00:51:17les ensembles
00:51:18de gouvernance politique
00:51:19en fonction
00:51:21du milieu
00:51:22naturel
00:51:23en acceptant
00:51:25qu'une société
00:51:25n'échappe pas
00:51:26à son milieu
00:51:27et donc
00:51:28pour prendre
00:51:28des décisions
00:51:28en commun
00:51:29il faut être
00:51:29sur le même bassin
00:51:30hydrographique
00:51:32avoir un peu
00:51:32les mêmes cultures
00:51:36avoir la même géologie
00:51:39suivant qu'on est
00:51:39dans la Normandie
00:51:40du Granite
00:51:40ou la Normandie
00:51:41de la Cré
00:51:41le contexte
00:51:44est très différent
00:51:45pour les cultures
00:51:45ou pour la gestion
00:51:47de l'eau
00:51:48et donc
00:51:49avoir ces biorégions
00:51:52sur lesquelles
00:51:53la gouvernance démocratique
00:51:54peut ensuite
00:51:55naturellement
00:51:56prendre place
00:51:56je rêve
00:51:58mais bon
00:51:58on est là pour ça
00:51:59et qu'ensuite
00:52:00on ait ces poupées
00:52:01des poupées russes
00:52:02en ensemble
00:52:02jusqu'à l'Europe
00:52:03jusqu'au monde
00:52:03pourquoi pas
00:52:05dans une sorte
00:52:06de cosmopolitisme
00:52:07qui aujourd'hui
00:52:08est quand même
00:52:08assez nécessaire
00:52:09pour régler
00:52:09les questions
00:52:10des armes nucléaires
00:52:11la question de l'IA
00:52:12la question écologique
00:52:14enfin la question
00:52:14du quart des émissions carbone
00:52:15c'est vraiment
00:52:16la question mondiale
00:52:19me semblerait
00:52:21l'option idéale
00:52:23et dans cette stratification
00:52:25je trouve que
00:52:26l'échelle de la nation
00:52:27en particulier
00:52:28pour la France
00:52:30je ne vais pas
00:52:30je ne veux pas
00:52:31l'annuler
00:52:32mais enfin
00:52:32pourrait tranquillement
00:52:33aller vers son obsolescence
00:52:34naturelle
00:52:35en tout cas
00:52:35moi je ne me sens pas
00:52:37particulièrement
00:52:38attaché
00:52:39on a peut-être trouvé
00:52:40un point de désaccord
00:52:40en partie
00:52:42sur la question
00:52:42sur votre rapport
00:52:43à la nation
00:52:44oui et non
00:52:45parce que
00:52:45je vois que
00:52:47quand
00:52:48Gaspard parle de nation
00:52:49il parle de nation
00:52:50jacobine
00:52:50et moi je ne suis pas
00:52:52défenseur non plus
00:52:52de la nation jacobine
00:52:53c'est-à-dire que
00:52:54de fait
00:52:54l'abbé Grégoire
00:52:55est contre les langues
00:52:56régionales
00:52:56pour une raison bien simple
00:52:58c'est que
00:52:58quand les ordres
00:52:59sont donnés de Paris
00:53:00et pour la totalité
00:53:02de la France
00:53:02il faut que les gens
00:53:03soient capables
00:53:03de les entendre
00:53:04et de les comprendre
00:53:04donc de parler
00:53:05une langue unique
00:53:06ce que veut
00:53:07l'abbé Grégoire
00:53:08c'est très précisément
00:53:09une uniformisation
00:53:11linguistique
00:53:11de façon à ce que
00:53:12les ordres
00:53:12puissent être transmis
00:53:13et compris
00:53:14et obéis
00:53:15par la totalité
00:53:16des français
00:53:17c'est-à-dire
00:53:18les corses
00:53:19les occitans
00:53:20les bretons
00:53:20les je ne sais quoi
00:53:21enfin les picards
00:53:22les normands
00:53:22et autres
00:53:23peu importe leur langue
00:53:25on détruit ça
00:53:26de fait
00:53:26c'est d'une grande violence
00:53:27le texte
00:53:28de l'abbé Grégoire
00:53:28est d'une grande violence
00:53:31parce qu'il faudra
00:53:32que les ordres
00:53:32soient rédigés
00:53:33en français
00:53:34et que tout le monde
00:53:34obéisse
00:53:35moi je défends
00:53:36une nation girondine
00:53:37c'est pas nation
00:53:38ou pas nation
00:53:38c'est pas nation
00:53:39jacobine
00:53:40mais nation girondine
00:53:42à l'époque
00:53:42il y a 83 départements
00:53:43et les girondins
00:53:44disent
00:53:45il faut que Paris
00:53:46pèse 1,83ème
00:53:47de la représentation nationale
00:53:491,83ème
00:53:50c'est-à-dire
00:53:50votre part
00:53:51mais pas plus
00:53:52c'est pas le cas
00:53:53aujourd'hui
00:53:53c'est Paris qui décide de tout
00:53:54après que Bruxelles
00:53:55eut décidé
00:53:56bien sûr
00:53:57Bruxelles décide
00:53:57et dit à Paris
00:53:58ça va être comme ça
00:53:58et après
00:53:59ça va être comme ça
00:54:00à Saint-Pierre-et-Miquelon
00:54:01ça va être comme ça
00:54:01en Nouvelle-Calédonie
00:54:02ça va être comme ça
00:54:03en Martinique et en Guadeloupe
00:54:04ça va être comme ça
00:54:05au fin fond de la Cayenne
00:54:06de la Guyane
00:54:08moi quand je suis allé
00:54:09dans la forêt amazonienne
00:54:10avec des gamins
00:54:11qui allaient à l'école
00:54:11ou nu avec un étui pénien
00:54:13et qu'on me disait
00:54:14on est ici en Europe
00:54:15on part d'un grand éclat de rire
00:54:16on se dit
00:54:17mais une nation jacobine
00:54:18qui nous dit
00:54:20c'est Paris
00:54:21qui va décider
00:54:22de ce qu'on doit faire
00:54:23ou pas faire
00:54:23dans la forêt amazonienne
00:54:25au nom de la France
00:54:26mais surtout de l'Europe
00:54:26il y a un truc qui ne va pas
00:54:28c'est colonial
00:54:28pardon ?
00:54:29et en plus c'est colonial
00:54:30bien sûr
00:54:31mais bien sûr
00:54:32c'est pour ça
00:54:32que je ne suis pas universaliste
00:54:34et l'universalisme
00:54:35c'est le colonialisme
00:54:35on arrive là-bas
00:54:36puis on dit
00:54:37c'est comme ça
00:54:37que ça doit se faire
00:54:38moi j'ai eu une discussion
00:54:39avec un chaman
00:54:39qui m'a expliqué
00:54:40que les rites initiatiques
00:54:41se faisaient avec des brûlures
00:54:43de piqûres de fourmis
00:54:44avec les petits garçons
00:54:45qui deviennent des hommes
00:54:46d'un seul coup
00:54:46et il m'a dit
00:54:47mais l'Europe nous l'interdit
00:54:49mauvais traitement aux animaux
00:54:50mauvais traitement aux enfants
00:54:52et puis en fait
00:54:53comment on fait
00:54:54dans cette société ?
00:54:56tout le monde boit
00:54:56puis les gamins se pendent
00:54:57donc c'est formidable
00:54:58donc je disais
00:54:59il faut penser la nation
00:55:01garder la nation
00:55:02mais la penser
00:55:03en termes
00:55:04en termes
00:55:06girondins
00:55:07et ce que dit Gaspard
00:55:08m'intéresse
00:55:09c'est-à-dire
00:55:09il a une conception
00:55:11spatiale, géographique
00:55:11géologique
00:55:12et géomorphologique
00:55:14j'y souscris
00:55:15mais je pense qu'on peut aussi
00:55:17associer l'histoire
00:55:17parce que j'ai dit toujours
00:55:18il y a la géologie
00:55:19il y a l'histoire
00:55:20il y a la géographie
00:55:21il y a l'histoire
00:55:21la métaphysique
00:55:22la philosophie
00:55:23etc.
00:55:23enfin tout ça se tient
00:55:24mais ça démarre par un sol
00:55:25par un territoire
00:55:26je comprends ce que tu dis
00:55:27de la Normandie
00:55:27parce que
00:55:28quand on est en Normandie
00:55:29et quand on est à Argentan
00:55:31on n'est pas de Caen
00:55:31et quand on est de Caen
00:55:32on n'est pas de Cherbourg
00:55:32et quand on est de la Basse-Normandie
00:55:34on n'est pas de La Haute
00:55:34etc.
00:55:35donc tout ça est assez problématique
00:55:37mais on doit pouvoir
00:55:38reconstituer une nation
00:55:40en ce sens
00:55:41je suis assez d'accord
00:55:46tu parlais tout à l'heure
00:55:46de Kropotkin
00:55:47et de l'entraide
00:55:48c'est un très beau livre
00:55:49un darwinisme social
00:55:50qui n'est pas celui de Spencer
00:55:51du genre
00:55:52les forts
00:55:54soumettent les faibles
00:55:55et puis basta
00:55:55c'est comme ça que ça se passe
00:55:56c'est le fameux struggle for life
00:55:58et tout est formidable
00:55:58Kropotkin ne dit pas du tout
00:56:00on peut être dans des logiques d'entraide
00:56:01donc on peut être dans des logiques d'entraide
00:56:04de manière communaliste
00:56:05de manière départementale ou régionale
00:56:07je suis contre le découpage
00:56:09des régions actuelles
00:56:11une décision de François Hollande
00:56:13qui n'a aucun sens
00:56:14moi mon village s'appelait Chamboy jadis
00:56:16il y a je ne sais combien de communes
00:56:17on appelle ça
00:56:18Gouferne en Auge
00:56:19alors ça ne dit rien à personne ici
00:56:20parce qu'il faut savoir
00:56:21ce qu'est la forêt de Gouferne
00:56:22et savoir ce qu'est le pays d'Auge
00:56:23mais c'est comme si je disais
00:56:25Dunkerque sur Méditerranée
00:56:26les gens comprennent
00:56:27que Dunkerque sur Méditerranée
00:56:28c'est une sottise
00:56:29et bien là c'est exactement
00:56:30la même chose
00:56:30c'est à dire qu'il y a
00:56:31des identités communales
00:56:32il y a des identités régionales
00:56:34il y a aussi des identités départementales
00:56:36je ne suis pas contre
00:56:38et puis après
00:56:38une identité nationale
00:56:40ce qui n'interdit pas
00:56:42évidemment
00:56:42qu'il y ait des flux migratoires
00:56:44moi je ne suis pas contre
00:56:45l'immigration
00:56:46ou la migration
00:56:48ou l'immigration
00:56:48ou l'immigration
00:56:49comme on voudra
00:56:49je suis contre le fait
00:56:50que des gens disent
00:56:51je suis ici
00:56:52mais je n'ai pas envie
00:56:52de vivre comme
00:56:54vous vivez ici
00:56:55mais après on accueille
00:56:57mes ancêtres
00:56:58j'ai mille ans de normandité
00:56:59moi je suis normand
00:57:00depuis mille ans
00:57:01si je peux le dire comme ça
00:57:02et après il y a des gens
00:57:03qui arrivent
00:57:04comme Gaspard
00:57:05qui s'installent
00:57:06et Gaspard il a autant le droit
00:57:07d'être normand que moi
00:57:08parce qu'il aime la Normandie
00:57:09quand vous aimez la Normandie
00:57:10que vous y vivez
00:57:11vous êtes normand
00:57:12Léopold Sédar Senghor
00:57:13a écrit des pages magnifiques
00:57:14sur la normanditude
00:57:16et c'est un mot
00:57:17qu'il utilise
00:57:18et ce n'est pas une invention
00:57:20de Ségolène Royal
00:57:20cette fois-ci
00:57:21et il dit des choses
00:57:22extraordinaires
00:57:23sur la Normandie
00:57:24donc je pense
00:57:24qu'on peut repenser
00:57:25la nation
00:57:25que oui
00:57:26il faut en finir
00:57:27avec la nation jacobine
00:57:29centralisatrice
00:57:29parce qu'il y a
00:57:30quelqu'un qui à Paris
00:57:31a pondu un truc
00:57:31et on va dire
00:57:32maintenant à Saint-Pierre-et-Miquelon
00:57:34vous n'aurez pas le droit
00:57:35de je ne sais pas quoi
00:57:36de manger des oursins
00:57:37il n'y a pas d'oursins
00:57:38donc ce n'est pas le problème
00:57:39enfin j'en sais rien
00:57:40si ça se trouve
00:57:40il y a des oursins
00:57:41à Saint-Pierre-et-Miquelon
00:57:41mais cette espèce
00:57:43de bureaucratie française
00:57:45qui décide
00:57:46pour le moindre coin
00:57:47de France
00:57:48que ça va se faire
00:57:48comme ceci ou comme cela
00:57:49je connais un peu
00:57:50la Martinique
00:57:50et bien dans les Antilles
00:57:52il y a la possibilité
00:57:54d'un certain type
00:57:55d'autonomie
00:57:55d'ailleurs je connais
00:57:56un peu Yves De Gaulle
00:57:57petit-fils du général
00:57:59et qui m'a fait
00:58:00un jour une confidence
00:58:01je lui ai dit
00:58:01est-ce que vous m'autorisez
00:58:02à faire un état public
00:58:03de cette confidence
00:58:04parce que
00:58:05vous me le dites personnellement
00:58:06mais j'aimerais bien
00:58:07pouvoir en parler
00:58:07publicement
00:58:08et il me dit
00:58:09mais il était
00:58:09sur la fin de son existence
00:58:10en train de dire
00:58:11qu'il fallait décoloniser
00:58:12très au-delà
00:58:13de ce qu'on avait fait
00:58:13de ce qu'il avait fait
00:58:14avec l'Afrique
00:58:15beaucoup de pays
00:58:16notamment
00:58:17les Antilles
00:58:18notamment la Guyane
00:58:19notamment etc.
00:58:20c'est-à-dire qu'il pensait
00:58:21sur la fin
00:58:22il était très proudhonien
00:58:23la réponse civilisationnelle
00:58:24à mai 68
00:58:25pour lui
00:58:25c'est la décentralisation
00:58:27mais c'est pas
00:58:27l'espèce de gadget
00:58:29de François Mitterrand
00:58:30et de Gaston Deferre
00:58:30c'était vraiment
00:58:31donner du pouvoir aux régions
00:58:32et pas du genre
00:58:34aujourd'hui
00:58:35vous avez le pouvoir
00:58:35pour le remplirage des mains
00:58:37vous avez le pouvoir
00:58:38pour les lycées
00:58:39pour les collèges
00:58:40enfin les collèges
00:58:41pour le département
00:58:42le lycée
00:58:43etc.
00:58:44ça c'est des choses
00:58:45dont on ne veut pas s'occuper
00:58:46on vous les file
00:58:46vous aux départements
00:58:47et aux régions
00:58:47département aujourd'hui
00:58:49il gère l'assistance sociale
00:58:50quand on leur dit
00:58:50comment s'en occuper
00:58:51et on peut aller chercher l'argent
00:58:52absolument
00:58:53on ne leur en donne pas
00:58:54on leur demande d'en trouver
00:58:55et on leur demande
00:58:56de le distribuer comme ça
00:58:57puis maintenant on dit
00:58:57allez-y
00:58:59ça s'appelle la décentralisation
00:59:00non il faut dans la décentralisation
00:59:02des autonomies
00:59:03c'est pourquoi
00:59:04on pourrait régler
00:59:05des problèmes nombreux
00:59:05la Nouvelle-Calédonie
00:59:07la Corse
00:59:07les Antilles
00:59:08les Guyannes
00:59:09ça pourrait se trouver
00:59:10réglé comme ça
00:59:10un certain type de relation
00:59:12également avec
00:59:13avec les peuples
00:59:15l'Occitanie
00:59:16la Bretagne
00:59:16etc.
00:59:17je pense qu'il faut
00:59:18repenser la nation
00:59:20pas se défaire de la nation
00:59:21mais juste dire
00:59:22qu'il y a une espèce
00:59:22de chape de plomb
00:59:25du jacobinisme
00:59:25sur l'histoire
00:59:26de la révolution française
00:59:27même chose
00:59:28moi j'ai pas mal de choses
00:59:29sur la bibliothèque
00:59:30de livres sur la révolution française
00:59:32si vous cherchez
00:59:33ce qui a été consacré
00:59:34aux Girondins
00:59:35c'est peu de choses
00:59:36et c'est souvent
00:59:37le même livre
00:59:37et on dit souvent
00:59:38la même chose
00:59:39donc il y a un programme
00:59:40idéologique
00:59:41un programme politique
00:59:42un programme
00:59:42d'ailleurs Girondins
00:59:43la Gironde
00:59:44Bordeaux
00:59:45etc.
00:59:45c'est une opposition
00:59:47à Paris
00:59:48et donc je pense
00:59:49que ça doit pouvoir se faire
00:59:51une nation
00:59:51autrement
00:59:52différemment
00:59:52repensons-la
00:59:53d'accord avec Gaspard
00:59:54une vieille nation
00:59:55jacobine
00:59:56qui centralisatrice
00:59:58qui décide de tout pour tout
00:59:59ça fait son temps
01:00:00mais refaisons
01:00:01une France
01:00:03qui soit nation
01:00:05mais avec des régions
01:00:06des régions écologiques
01:00:08des régions historiques
01:00:09des régions linguistiques
01:00:10avec le désir
01:00:11de vivre
01:00:12dans une même culture française
01:00:14je complète avec deux choses
01:00:15d'abord
01:00:16quand on donne
01:00:16l'autonomie locale
01:00:17c'est pas le centre
01:00:18qui doit déterminer
01:00:19les compétences
01:00:20c'est l'inverse
01:00:21c'est le plus petit échelon
01:00:22qui doit déterminer
01:00:24les compétences
01:00:25dont il souhaite se saisir
01:00:26les outils
01:00:27y compris fiscaux
01:00:29afférents
01:00:29et ensuite déléguer le reste
01:00:30à l'échelon supérieur
01:00:31tout ça jusqu'à l'État
01:00:32qui récupère en fait
01:00:33ce dont personne ne veut
01:00:34ce qui est son rôle
01:00:35et puis
01:00:36deuxième remarque
01:00:37c'est qu'en fait
01:00:38il y a un exemple
01:00:38aujourd'hui
01:00:39de régions
01:00:41extraordinairement autonomes
01:00:42beaucoup plus autonomes
01:00:42en tout cas
01:00:43que ce que voudraient
01:00:43être les Corses
01:00:44aujourd'hui
01:00:44qui fonctionnent parfaitement
01:00:45et dont personne ne parle jamais
01:00:46c'est l'Alsace-Lorraine
01:00:48l'Alsace-Lorraine
01:00:48c'est pas seulement
01:00:49qu'il y a le Concordat
01:00:52c'est aussi
01:00:53un droit des assurances
01:00:54qui est différent
01:00:55un droit héréditaire
01:00:56qui est différent
01:00:56un droit des associations
01:00:58qui est différent
01:00:58c'est pour ça qu'il y a
01:00:59beaucoup d'associations
01:00:59qui ont d'ailleurs
01:00:59leur siège
01:01:01en Alsace ou à Strasbourg
01:01:03un droit du travail
01:01:04qui est différent
01:01:05en fait
01:01:05quand on rentre dans le détail
01:01:07c'est une législation
01:01:10totalement différente
01:01:10de la France
01:01:12et pourtant
01:01:13les Alsaciens
01:01:14ne se sentent pas
01:01:14ni plus ni moins
01:01:15français que les autres
01:01:16en tout cas
01:01:16il n'y a pas de grand
01:01:18problème
01:01:19identitaire
01:01:20en Alsace-Lorraine
01:01:21et ils ont beaucoup
01:01:22plus d'indépendance
01:01:23aujourd'hui
01:01:23pour des raisons historiques
01:01:24de conquête
01:01:25par l'Allemagne
01:01:26et puis ensuite
01:01:27d'indépendance
01:01:28que ce que réclament
01:01:29l'écorce
01:01:30qui est beaucoup plus
01:01:30lignal
01:01:31et on voit que ça fonctionne
01:01:32et personne ne cherche
01:01:33à remettre en cause
01:01:34l'exception alsacienne
01:01:36alors même que
01:01:37c'est vraiment
01:01:38une
01:01:40enfin c'est un trou béant
01:01:41dans le jacobinisme
01:01:42en fait
01:01:43l'Alsace
01:01:43qu'on dit
01:01:44il faut l'égalité
01:01:45il faut que
01:01:46mais en fait
01:01:46l'Alsace est complètement
01:01:47sur un autre
01:01:49sur un autre modèle
01:01:50et d'ailleurs
01:01:50quand on va là-bas
01:01:51on sent d'ailleurs
01:01:51la présence très agréable
01:01:53de cette identité régionale
01:01:55forte
01:01:56et enfin
01:01:57dernière chose
01:01:57je lisais là
01:01:58les
01:01:59moi j'avais beaucoup aimé
01:02:00Deleuze
01:02:01j'avais vraiment été
01:02:02mais je crois toi aussi
01:02:02d'ailleurs
01:02:02tu le cites
01:02:03dans pas mal de livres
01:02:06j'ai aimé
01:02:07le Deleuze intellectuel
01:02:08des années
01:02:09j'ai pas aimé
01:02:10le philosophe
01:02:11auquel j'ai jamais
01:02:12rien compris
01:02:12je suis toujours
01:02:14preneur de leçons
01:02:14pour comprendre
01:02:15l'anti-édip
01:02:16et le plateau
01:02:17enfin en tout cas
01:02:17le premier plateau
01:02:18justement des milles
01:02:20c'est le plus parlant
01:02:21parce qu'il oppose
01:02:22l'arbre et le rhizome
01:02:23et donc
01:02:23globalement
01:02:24l'arbre c'est pas bien
01:02:25c'est la transcendance
01:02:26c'est la verticalité
01:02:27c'est le pouvoir
01:02:29puis il a plein
01:02:30tout son vocabulaire
01:02:31enfin il a créé un système
01:02:32pouvoir molaire
01:02:33voilà
01:02:33contre les processus moléculaires
01:02:36enfin il y a tout ce truc
01:02:37il y a des belles analyses
01:02:38là-dedans
01:02:38de la société de surveillance
01:02:39et tout ça
01:02:39puis il oppose ça au rhizome
01:02:41donc l'arbre
01:02:42il pousse ses racines
01:02:43il est quelque part
01:02:43il peut pas bouger
01:02:44et puis le rhizome
01:02:45ça court partout
01:02:46sous la terre
01:02:47et puis de ce rhizome
01:02:48pouf
01:02:48naissent des arbres
01:02:49mais finalement
01:02:50l'individu
01:02:50en fait la singularité
01:02:51n'est jamais que
01:02:53n'est pas première
01:02:54elle émerge
01:02:55de la connexion
01:02:56mais ce qui compte d'abord
01:02:57c'est la connexion
01:02:58alors que le modèle de l'arbre
01:02:59c'est l'inverse
01:03:01alors d'abord
01:03:01on pourrait
01:03:02et voilà
01:03:03relisant ce texte
01:03:04avec mes yeux d'aujourd'hui
01:03:05je me dis
01:03:05un
01:03:06bon en termes botaniques
01:03:08c'est un peu n'importe quoi
01:03:09parce qu'en fait
01:03:09les racines d'un arbre
01:03:10il y a des mycorhizes
01:03:11il y a des champignons
01:03:12il y a plein de choses
01:03:12et l'arbre il n'est pas tout seul
01:03:13à pousser au milieu de nulle part
01:03:14et à installer une identité molaire
01:03:16en fait
01:03:16c'est en connexion
01:03:17avec tout le reste
01:03:18et il n'y a pas de différence
01:03:19finalement fondamentale
01:03:20entre le processus rhizomatique
01:03:22et puis l'arborescence
01:03:24premièrement
01:03:25mais surtout
01:03:26deuxièmement
01:03:26il y a une espèce de mépris
01:03:30du local quoi
01:03:31chez Deleuze
01:03:32enfin quelque chose
01:03:33qui s'implante
01:03:35qui perdure quand même
01:03:37dans la sphère intellectuelle
01:03:39et qui fait juger
01:03:43le communalisme
01:03:43ou les biorégions
01:03:44etc.
01:03:44comme un espèce de truc
01:03:45un peu archaïque
01:03:47vitaliste
01:03:47donc d'extrême droite
01:03:48et ça
01:03:49je pense que
01:03:51c'est
01:03:52c'est nourri
01:03:53de cette tradition
01:03:54post-moderne
01:03:56et que là
01:03:57il y a vraiment
01:03:58quelque chose
01:03:58qui a été raté
01:03:59et quand je relis
01:04:00ces textes là
01:04:00je me dis qu'en fait
01:04:01il faut réhabiliter l'arbre
01:04:03et d'ailleurs
01:04:03c'est ce qu'on fait
01:04:04d'un point de vue écologique
01:04:05aujourd'hui
01:04:05on plante des arbres
01:04:06et tout à l'heure
01:04:08Michel Onfray
01:04:08a parlé de la question
01:04:09de l'immigration
01:04:10et de l'accueil
01:04:11comment résoudre
01:04:12cette tension
01:04:12entre une liberté
01:04:14pas totale
01:04:15mais une vocation
01:04:16à avoir le plus
01:04:17de liberté
01:04:17et s'assurer
01:04:19du respect
01:04:19d'une cohésion
01:04:20d'un groupe
01:04:21des mêmes valeurs
01:04:21d'un socle commun
01:04:23ensemble
01:04:25ça je pense
01:04:26moi j'ai pas
01:04:26de grands avis
01:04:28sur tous les sujets
01:04:30je pense que ça doit
01:04:31être normalement
01:04:31c'est des choses
01:04:32qui se font par ordre
01:04:33spontané
01:04:33c'est à dire
01:04:34que comme dans
01:04:34les écosystèmes
01:04:35d'ailleurs
01:04:35il y a énormément
01:04:37de plantes exotiques
01:04:40les EEE
01:04:40les espèces exotiques
01:04:42envahissantes
01:04:42qui arrivent
01:04:43et puis
01:04:45alors tout le monde
01:04:45les gens s'interrogent
01:04:46est-ce qu'il faut
01:04:46les éradiquer
01:04:47est-ce qu'il faut
01:04:48supprimer les espèces
01:04:48exotiques
01:04:49c'est des grands débats
01:04:49chez les botanistes
01:04:50ou est-ce qu'il faut
01:04:51au contraire
01:04:51les laisser venir
01:04:52et bien on s'aperçoit
01:04:53que l'option
01:04:54de Gilles Clément
01:04:55c'est que quand
01:04:56on laisse faire
01:04:58cette plante exotique
01:04:59bon bah petit à petit
01:05:00ils vont trouver
01:05:01des contrepoids
01:05:03qui vont s'organiser
01:05:04en fait dans l'écosystème
01:05:05et puis que les choses
01:05:05vont repartir
01:05:06sur un nouvel équilibre
01:05:07et qu'il n'y a pas
01:05:08d'équilibre dans la nature
01:05:08il n'y a rien de figé
01:05:09il y a toujours
01:05:10des perturbations
01:05:11et sur ces perturbations
01:05:12on construit
01:05:13quelque chose de nouveau
01:05:14on prend ce qu'il y a de mieux
01:05:16les choses
01:05:17au début
01:05:17sont un peu tendues
01:05:19et puis après
01:05:19ça s'harmonise
01:05:22et je pense que
01:05:23c'est globalement
01:05:24la même chose
01:05:24avec l'immigration humaine
01:05:25ça vient
01:05:27ça crée
01:05:28un choc
01:05:28ensuite
01:05:29on s'adapte
01:05:32l'identité
01:05:32se modifie
01:05:33on passe à la suite
01:05:35et que plus on essaye
01:05:36de penser
01:05:38ce processus
01:05:39de le rationaliser
01:05:41de l'administrer
01:05:44moins ça va se faire
01:05:45de manière
01:05:48pacifiée
01:05:49la question
01:05:50vous souscrivez
01:05:51à cette vision
01:05:52c'est plutôt une intuition
01:05:55mais
01:05:56je pense qu'il faut
01:05:57qu'on commence
01:05:57par s'aimer
01:05:58pour pouvoir être aimable
01:05:59et que
01:06:00si des gens viennent en France
01:06:01non pas parce qu'ils aiment
01:06:02la France
01:06:03mais parce qu'ils voudraient
01:06:04transformer la France
01:06:05profiter de la France
01:06:06je ne sais quoi
01:06:07c'est pas
01:06:08ce soit pour le coup
01:06:09tu parles d'espèces invasives
01:06:10tout à l'heure
01:06:11mais je veux dire
01:06:11il y a des espèces parasites
01:06:12ça existe aussi
01:06:13le fameux
01:06:14Sipomatador
01:06:15de Nietzsche
01:06:16c'est à dire que
01:06:16c'est cette liane
01:06:18qui veut absolument
01:06:19chercher la lumière
01:06:20et qui en même temps
01:06:20détruit l'arbre
01:06:21parce qu'elle s'en sert
01:06:22comme un support
01:06:23les parasites n'ont pas intérêt
01:06:24à détruire leur autre
01:06:25généralement
01:06:25sinon ils meurent avec
01:06:27non non
01:06:28mais je veux dire
01:06:29l'arbre cesse d'être vivant
01:06:31mais il reste comme un support
01:06:32donc il est mort
01:06:33mais en même temps
01:06:33c'est comme si c'était
01:06:34un poteau de béton
01:06:35et puis voilà
01:06:36donc je pense qu'on peut
01:06:39moi j'incrimine moins
01:06:40les gens qui migrent
01:06:41que nous
01:06:42dans notre capacité
01:06:43à les accueillir
01:06:44on ne fait rien
01:06:45qui permette
01:06:46de leur dire
01:06:47intègrez-vous
01:06:48dans une société
01:06:48qu'on va transformer
01:06:50modifier
01:06:50rendre aimable
01:06:51etc
01:06:51si on ne rend pas
01:06:52la France aimable
01:06:52c'est normal
01:06:53que les gens ne l'aiment pas
01:06:54et si on présente
01:06:55la France comme détestable
01:06:56là pour le coup
01:06:57c'est un président
01:06:58de la république
01:06:59ou un certain nombre
01:07:00d'individus
01:07:00qui estiment
01:07:01que la France
01:07:01c'est vichy
01:07:01c'est pétain
01:07:02c'est la collaboration
01:07:03c'est le nazisme
01:07:04c'est la Shoah
01:07:05ou comme Bernard Rory Lévy
01:07:06que c'est la France
01:07:07qui a inventé
01:07:07les chambres à gaz
01:07:09évidemment dans ces cas-là
01:07:09vous avez des gens
01:07:10qui vous disent
01:07:10je vous prends au mot
01:07:11d'accord
01:07:11je pense que vous avez raison
01:07:12la France est détestable
01:07:13et donc moi je suis
01:07:15pour qu'on retrouve
01:07:16un art de vivre français
01:07:18un art d'aimer la France
01:07:19et que là pour le coup
01:07:23les passages
01:07:23se fassent dans la facilité
01:07:25on voit bien
01:07:26qu'effectivement
01:07:27il y a des gens
01:07:27qui nous apportent
01:07:28d'autres coutumes
01:07:29façon de faire
01:07:30d'être
01:07:30de manger
01:07:30de penser
01:07:31d'être
01:07:31de vivre
01:07:32etc
01:07:32et moi je trouve ça très bien
01:07:34quand Camus parle
01:07:35des devoirs communes
01:07:36par exemple
01:07:36pour faire des propositions
01:07:38girondines
01:07:38pour régler le problème
01:07:39de la guerre d'Algérie
01:07:40je me dis
01:07:40nous avons des leçons
01:07:41à prendre
01:07:41je suis allé au Pôle Nord
01:07:42jadis avec mon père
01:07:43j'ai un livre
01:07:44appelé Esthétique du Pôle Nord
01:07:45où je disais
01:07:45mais prenons des leçons
01:07:47tu as allé
01:07:47dans un certain nombre
01:07:48d'endroits
01:07:49comme ça
01:07:49où je me suis dit
01:07:50mais nous avons
01:07:50des leçons à prendre
01:07:51des peuples primitifs
01:07:52qu'on appelle primitifs
01:07:54au sens premier du terme
01:07:55donc il y a des leçons
01:07:56à prendre des Inuits
01:07:57il y a des leçons
01:07:57à prendre
01:07:58de peuples
01:08:00que je suis allé voir
01:08:00aussi sur les traces
01:08:02d'Artaud
01:08:03les Tarahumaras
01:08:04et il y a quelque chose
01:08:05à faire
01:08:06un lien nouveau
01:08:06mais pas
01:08:08une façon de dire
01:08:09nous détestons la France
01:08:10et nous allons contribuer
01:08:11à la remplacer
01:08:12par autre chose
01:08:13je ne suis pas pour
01:08:13une nouvelle France
01:08:14qui serait une France
01:08:15de substitution
01:08:15ce n'est ni le goût
01:08:17de Zemmour
01:08:18pour résister
01:08:19à la créolisation
01:08:22ni la passion
01:08:23de Mélenchon
01:08:23pour désirer
01:08:25la créolisation
01:08:26la créolisation
01:08:26chez Glissant
01:08:27c'est quand même
01:08:27la transformation
01:08:29des individus
01:08:30en méduses
01:08:30c'est lui-même
01:08:31qui prend la méduse
01:08:32comme modèle
01:08:32de la créolisation
01:08:34il faut avoir lu
01:08:35Glissant
01:08:36pour estimer
01:08:36que quelqu'un
01:08:37qui nous propose
01:08:37d'être une méduse
01:08:38comme destin
01:08:39c'est quand même
01:08:39un truc extraordinaire
01:08:40moi j'ai plutôt envie
01:08:41qu'on refasse
01:08:42quelque chose
01:08:43à partir des régions
01:08:44à partir des provinces
01:08:45à partir des campagnes
01:08:46il y a des gens
01:08:47qui arrivent
01:08:48en avion
01:08:49ici en France
01:08:49et puis ils s'installent
01:08:50dans des villes
01:08:50où ils sont subventionnés
01:08:52c'est pas quelque chose
01:08:53qu'on doit pouvoir faire
01:08:54c'est inhumain
01:08:55pour tout le monde
01:08:56en revanche
01:08:57s'il y a des possibilités
01:08:58de s'installer
01:08:59dans les campagnes
01:08:59il y a des villages
01:09:00qui sont morts
01:09:00il y a des maisons
01:09:01qui sont vides
01:09:02il y a des travaux
01:09:03à faire ensemble
01:09:03et en commun
01:09:04et avec une entraide
01:09:05qui peut accueillir
01:09:05ces gens
01:09:06qui plutôt que de dire
01:09:07on va s'installer
01:09:08sous les ponts
01:09:08moi quand je vois
01:09:09des gens qui vivent
01:09:10sous des ponts
01:09:11sous des plastiques
01:09:12ou dans des cageots
01:09:14je me dis
01:09:14mais est-ce que
01:09:15le problème se trouve réglé
01:09:16quand on a accueilli
01:09:17ces gens
01:09:18bien sûr que non
01:09:19donc si on veut
01:09:20les accueillir
01:09:21et bien il faut
01:09:23s'en donner les moyens
01:09:23et là pour le coup
01:09:24une nation girondine
01:09:25devrait le permettre
01:09:26mais là pour le coup
01:09:28refaire un contrat
01:09:29refaire un contrat social
01:09:30qui pour le coup
01:09:30n'existe pas
01:09:31là c'est la loi de la jungle
01:09:32et personne ne peut
01:09:33se satisfaire
01:09:33de la loi de la jungle
01:09:36merci beaucoup
01:09:37d'avoir accepté
01:09:38ce débat
01:09:38c'était vraiment
01:09:39très très intéressant
01:09:40merci j'ai montré
01:09:41je vous en prie
01:09:42je rappelle même
01:09:42que vous avez sorti
01:09:43la marché positive
01:09:45cette biographie
01:09:46intellectuelle de Proudhon
01:09:47et merci Gaspard
01:09:48c'était très sympa
01:09:50et vous avez sorti
01:09:51à quoi ?
01:09:51et oui
01:09:52qui est en librairie
01:09:53depuis quelques semaines
01:09:54moins maintenant
01:09:56merci à vous deux
01:09:57puis peut-être
01:09:58à bientôt
01:09:58merci
01:09:59à vous
01:10:00merci
01:10:02à bientôt
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