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  • il y a 4 semaines
Si le jardinier demeure trop souvent un tâcheron, il est pour Gilles Clément, paysagiste écrivain reconnu, un acteur essentiel de la vie sur Terre. Frédéric Lapouge, "ouvrier des espaces verts", considère Gilles Clément comme son "père spirituel". Ces deux jardiniers atypiques, aux origines sociales différentes, croisent leur regard sur cette passion commune qu'ils partagent avec de jeunes jardiniers à la Saline Royale d'Arc-et-Senans près de Dole. Ainsi la pensée et la pratique de Gilles Clément se transmettent sur plusieurs générations et réinventent ce métier d'avenir bien mal rémunéré. Artiste hybride et scientifique curieux, le jardinier se doit de connaître les plantes et leurs milieux avant d'agir. Ses gestes réfléchis sont aussi politiques. Philosophe à ses heures, le jardinier est surtout poète quand il dialogue avec le vivant.

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Transcription
24:18Et bien de la pluie
24:20Ça fait comme une cloche
24:22Ça fait un abri
24:24Là on est sur la sphère tombeau
24:27la tombe d'un arbre en fait
24:29c'était un fruitier
24:31qui était sur mon jardin
24:33Les branches, au lieu de m'en débarrasser
24:38J'ai décidé de rendre hommage à l'arbre
24:43Je vais travailler qu'avec
24:46tout ce que me produit mon jardin
24:48Toute la biomasse qu'elle m'offre en fait, on peut tout recycler, la nature n'a pas de poubelle.
24:57Ça refait de l'humus et puis c'est une petite réserve de vie.
25:15Alors celle-là, je l'avais posée là pour toute autre chose et puis du coup, le temps que je
25:24me dise qu'est-ce que je vais faire dans cette sphère, imaginer, rêver, lui c'est improvisé là.
25:30Et du coup, je l'ai laissé là et je compose mon jardin comme ça des fois par ce côté
25:36où je jardine le sauvage.
26:05J'ai envie d'être le plus végé possible, je voudrais jardiner comme un oiseau.
26:36Sous-titrage Société Radio-Canada
26:47J'ai commencé par une prépa littéraire et après j'ai poursuivi jusqu'à un master de recherche.
26:57Dans lequel il y avait déjà beaucoup de réflexions sur le rapport de l'homme à la nature, l'écologie.
27:13Je me suis rendu compte en étant professeur que l'activité physique me manquait beaucoup.
27:32Et que je me suis rendu aussi compte que quand j'ai les mains dans la terre, je ne vois
27:39pas le temps passer.
27:46Je pense que de mettre son corps en mouvement, c'est quand même quelque chose de...
27:56Je ne sais pas comment expliquer ça, mais ça fait du bien.
28:01Même si c'est parfois douloureux à la fin de la journée ou à la fin de la semaine.
28:09Ça fait circuler l'énergie dans le corps.
28:13C'est comme si j'étais absorbée dans un autre monde.
28:49C'est comme si j'étais absorbée dans un autre monde.
28:50Un pigné, il se lève des fois le matin, il a des douleurs.
28:54Il les néglige. Il ne les écoute pas, ces douleurs.
28:58Jusqu'au jour où... Voilà.
29:02J'ai eu une hernie foraminale qui a touché la moelle épinière.
29:06Ça a mis un petit peu le bazar dans mon bras.
29:08J'ai perdu un peu de force.
29:09Et puis, moi, j'ai pris ça comme un avertissement.
29:13Donc, il a fallu que je m'adapte.
29:16Là, en l'occurrence, c'est du matériel un peu médical.
29:19Là, c'est une poignée de déambulateurs.
29:24Et ça, c'est un garde-corps de l'immédicalisé.
29:27C'est les barreaux.
29:28C'est ce qui se monte sur le côté.
29:31Et au bout, c'est simplement un bout de fer.
29:35Fer plat que j'ai plus ou moins cintré, affûté.
29:41Le but de créer un outil, c'est de trouver l'outil qui convient,
29:44qui soit adapté.
29:48Il y a plein d'étapes.
29:51Chaque outil est différent.
29:53Chaque outil a son petit caractère.
29:54C'est comme un stylo plume.
29:56On n'a pas la même sensation d'une plume à l'autre.
29:59C'est ce qui me sert à écrire sur le sol, voilà.
30:14On devrait jardiner la surface du sol de manière légère.
30:19On va se faire moins mal, déjà.
30:21Et puis, on va faire moins de mal à la terre.
30:34C'est le prolongement de mon bras, tout ça.
30:38La douleur, de toute façon, elle est toujours un peu là.
30:42Mais avec l'outil, elle est plus légère.
30:53Le corps du jardinier, c'est l'équilibre même.
30:56Parce qu'on est sans arrêt en train de faire des gestes.
30:59On peut se mettre à genoux par terre, coucher debout, monter sur des échelles.
31:05On est dans des situations spatiales très variées.
31:11On agit en tant qu'outil complexe.
31:14On permet au corps et à l'esprit qui fonctionnent ensemble, là,
31:19de jouer avec tout ce qu'on peut faire.
31:22Les mains, évidemment.
31:24Et c'est un privilège considérable par rapport à énormément d'autres métiers.
31:32Les jardiniers ne répètent pas.
31:35Parce que tout est différent, à des niveaux différents.
32:05Les jardiniers ne répètent pas.
32:35Les jardiniers ne répètent pas.
32:48J'ai l'impression qu'ils me portent à la fin.
45:01Je n'ai pas envie de finir dans un musée ou quoi que ce soit.
45:06Je me consacre beaucoup plus au jardin,
45:09puis il y a la réflexion qui gravite autour du jardin,
45:11et de l'homme dans son jardin,
45:14et l'homme dans sa maison.
45:17Mais sa maison, c'est en définitive, quelque part,
45:21enfin pour moi, c'est plus le jardin.
45:36La balançoire, c'est ma petite cabane.
45:43C'est ici que je tente le hamac de l'été,
45:46avec la moustiquaire surtout.
45:49La façon que tu as de jardiner,
45:53c'est une approche émotionnelle et onirique du monde.
45:58Dans ta rêverie, tu fais naître en même temps les végétaux,
46:02parce que tu es dans la création,
46:05et dans la création, tu as un lien avec le végétal,
46:08comme si tu jardinais en toi-même,
46:13comme si tu jardinais le monde.
46:15Là, tu vois, on voit ce poirier.
46:18Si on s'invite,
46:22si on arrête de le regarder
46:26comme un sujet végétal,
46:29on va dire biologique,
46:32et qu'on arrive,
46:33qu'on se laisse aller à la rêverie,
46:36on voit un vieil être,
46:38on voit ces vieilles branches,
46:41toutes ces limousses
46:42qui racontent son vécu.
46:45Même avec la branche morte,
46:46ça a été une partie vivante,
46:48un jour, que j'ai connue, que j'ai soignée,
46:51il y a tout plein que j'ai accompagné,
46:53et puis bon, si elle est morte,
46:55il y a une raison,
46:55c'est peut-être que le jardinier
46:57n'a pas taillé au bon moment,
47:00mais je vais la réutiliser,
47:02en la réutilisant au jardin,
47:04pour composer quelque chose avec,
47:05je vais rendre hommage à ce vieillet.
47:08Batch, c'est une rencontre.
47:10C'est ça qui est beau,
47:11c'est que tu t'imagines aussi
47:12peut-être ce qu'il a pu vivre avant,
47:14et avant d'intervenir,
47:15tu essayes de comprendre d'abord qui il est.
47:33Il y a le cogito de Descartes,
47:35« Je pense, donc je suis »,
47:37et le jardinier, c'est « Je rêve, donc je suis ».
47:41« Je rêve, donc je suis dans le jour »
47:44« Je rêve, je rêve ! »
48:30Je le laisse pousser, je voudrais, tant qu'il rentre, je l'invite en fait dans mon habitat.
48:39Je vis en symbiose avec mon sol, c'est un amusement, mais il y a quelque chose, je partage quelque
48:47chose, un peu animiste, je suis un peu tout je crois, un peu hybride.
49:04Je sais d'être un homme.
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