Le régime iranien intensifie les contrôles autour du port du voile alors qu’une partie des Iraniennes a arrêté de le porter dans la foulée des manifestations de septembre 2022 et l’émergence du mouvement Femme-Vie-Liberté. Récit.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : France 24, AFP, TV5 Monde et Antenne 2.
#iran #femme #liberté
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le lundi 29 avril, le Parisien consacrait sa une au climat de terreur qui s'intensifie en Iran ces dernières
00:17semaines.
00:18Récemment, un célèbre rappeur, symbole de la contestation du régime, a été condamné à mort
00:24et plus largement, depuis le 13 avril, la police des mœurs a réinvesti les rues à l'appel du pouvoir
00:30qui est détenu par des religieux.
00:32Les femmes qui ne portent pas le voile ou qui le portent mal sont désormais systématiquement arrêtées.
00:38Cet épisode de Codesources est raconté par Charles de Saint-Sauveur, chef du service international du Parisien.
00:44Il a rencontré la famille de Narges Mohamadi, l'une des figures de l'opposition iranienne, lauréate du prix Nobel
00:51de la paix 2023.
00:58Charles de Saint-Sauveur, le mardi 23 avril, vous vous rendez dans un appartement situé dans l'Est parisien
01:03où vous accueillent le mari et les deux enfants, le fils et la fille, de Narges Mohamadi,
01:09une opposante iranienne de 52 ans, incarcérée en Iran depuis 2021.
01:14Est-ce que vous pouvez nous décrire cette famille ?
01:16C'est une famille en apparence normale, puisqu'il y a deux ados de 17 ans, des jumeaux,
01:20et puis un papa un peu taiseux, comme ça, qui les couvre du regard.
01:23Deux adolescents qui s'apprêtent à passer leur bac français, un peu comme beaucoup de jeunes de leur âge.
01:29Sauf qu'évidemment, derrière cette apparence de normalité, il y a une vie qui est tout à fait inhabituelle.
01:34Dans le couloir de l'appartement trône un grand portrait de leur mère, Narges Mohamadi.
01:39Elle est comment sur cette photo ?
01:41Un visage rayonnant, grand sourire, pas de voile, et un visage qui est cerné de grandes boucles brunes.
01:46Enfin, vraiment, c'est un portrait qui a dû être pris il y a une toute petite dizaine d'années,
01:50peut-être un peu moins,
01:51qui est dans le couloir, qui distribue toutes les pièces, donc impossible de la louper.
01:55D'ailleurs, les enfants disent qu'elle est avec eux tout le temps, comme ça.
01:58Et les enfants, ils n'ont que ce moyen pour la voir, puisqu'ils ne l'ont pas vue en
02:02vrai depuis presque dix ans.
02:06Vous allez nous raconter comment s'est déroulée cette rencontre et comment Narges Mohamadi est devenu un symbole de la
02:12lutte pour les droits humains en Iran.
02:13Charles de Saint-Sauveur, pour bien comprendre tout ça, on va d'abord faire un peu d'histoire en remontant
02:18à l'année 1979,
02:20année très importante, puisqu'à ce moment-là, l'Iran connaît une révolution, un renversement de régime.
02:26Oui, un renversement de régime qui est dominé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale par Reza Palavi, qui
02:31est le Shah d'Iran, le souverain d'Iran.
02:33C'est un régime qui n'a pas su se faire aimer du peuple et qui, progressivement, s'est coupé
02:38de toute adhésion populaire,
02:40jusqu'à un grand soulèvement en 1978 avec plein de factions différentes, religieuses, mais pas seulement politiques, marxistes par exemple,
02:47nationalistes.
02:48Tout cet agrégat de mécontentement finit par dégénérer en grève générale.
02:52Et le Shah, qui est malade, il souffre d'un cancer, ne tient plus du tout son pays, il finit
02:58par s'exiler.
02:58Le Premier ministre, qui est nommé à l'époque pour essayer de concilier un peu tous les mécontentements,
03:02n'a plus d'autre choix que de faire revenir d'exil l'Ayatollah Rodola Romenei,
03:08qui est, Ayatollah, c'est vraiment un chef religieux, une des figures religieuses les plus importantes d'Iran,
03:13qui vit à Nofle-le-Château, en banlieue parisienne.
03:15Il est exilé depuis 1964, il revient à Téhéran, il est ovationné par la foule le 1er février 1979.
03:23Ça a abouti en avril 1979, deux mois après le retour de l'Ayatollah Romenei,
03:30à l'instauration de la République islamique d'Iran.
03:33Mais d'abord l'Iran, l'Iran qui ce matin a définitivement changé de visage.
03:38Une seule loi, celle du Coran, un seul régime désigné par l'Ayatollah Romenei.
03:42Qui dirige le pays à partir de ce moment-là ? Comment ça fonctionne ?
03:45Ce sont clairement les religieux qui finissent par contrôler le pays.
03:49Ce n'est pas n'importe quel islam, c'est l'islam chiite qui est dominant en Iran,
03:52qui a un guide suprême à la tête de la nation, qui est la figure centrale,
03:56la plus respectée, la plus écoutée, celle qui donne le la.
03:59Et en dessous, il y a effectivement un président de la République qui est aussi un religieux,
04:03qui s'appelle Ali Romenei, qui deviendra ensuite le guide suprême lorsque l'Ayatollah Romenei mourra.
04:08Il y a tout un corps social qui sont les gardiens de la Révolution,
04:12qui sont ceux qui sont censés tenir un petit peu les idéaux de la Révolution.
04:17En fait, toute la société s'organise autour de ce pouvoir religieux
04:20qui contrôle l'appareil judiciaire, l'appareil politique et l'appareil parlementaire.
04:29Dans les années qui suivent, de nombreuses lois sont mises en place pour encadrer ce qu'on appelle les mœurs.
04:33Et un bon nombre d'entre elles visent à restreindre la liberté des femmes.
04:37Le discours qui est fondamental de ce point de vue-là, c'est le discours de l'Ayatollah Romenei,
04:41qui est début mars, donc vraiment un mois après son retour d'exil.
04:44Il dit, en gros, les femmes doivent porter le hijab, c'est-à-dire le voile.
04:48C'est le porte-étendard du nouveau régime, son pilier.
04:52Il y a d'autres mesures qui sont prises, qui briment de plus en plus le droit des femmes.
04:57La polygamie, par exemple, qui redevient légale.
05:00L'âge du mariage des filles, qui est fixé à 9 ans contre 15 ans sous le Shah d'Iran.
05:04Pour appliquer tout cela, il y a la police des mœurs, les patrouilles,
05:07les fameuses fourgonnettes blanches que les Iraniens et surtout les Iraniennes connaissent bien
05:11et qui patrouillent très régulièrement dans les rues du pays,
05:14avec effectivement des effectifs de police, mais aussi des femmes en tchador
05:18qui n'hésitent pas à arrêter brutalement et à emmener de force
05:22les femmes qui ne respecteraient pas exactement le port du voile obligatoire.
05:25Tous ces changements surviennent lorsque Nargess Mohamadi est encore enfant.
05:29Elle n'a que 7 ans au moment de la révolution islamique.
05:32Qu'est-ce qu'elle devient ensuite ?
05:33Quand elle grandit ensuite dans ce nouveau régime,
05:36assez rapidement, elle devient une lycéenne engagée pour la défense des droits humains,
05:40révoltée par, par exemple, les détentions en prison, la torture, la peine de mort,
05:46le sort réservé aux femmes.
05:47Donc tout ça commence à grandir en elle.
05:50Elle fait des études d'ingénieur en physique,
05:52commence une carrière professionnelle,
05:54mais se voit assez rapidement licenciée.
05:57Là, c'est vraiment un coup porté par le régime pour ses activités militantes.
06:00Et de la même façon, dans son hobby le plus cher, l'alpinisme,
06:04elle qui adorait les courses en montagne,
06:06se voit là aussi interdite d'ascension et doit renoncer à cette passion.
06:14Elle est arrêtée et incarcérée une première fois en 1998,
06:18quand elle a 26 ans.
06:19Elle passe un an en prison et à sa sortie,
06:22elle épouse le journaliste Tagir Rahmani,
06:24qui est cet homme en quelques mots.
06:26Lui, c'est déjà une figure, à l'époque, une figure célèbre de l'opposition.
06:30Elle rencontre Tagir Rahmani en 1996,
06:33lors d'un cours clandestin sur l'histoire de la société iranienne.
06:36Cours auquel elle participe, elle a 24 ans, elle est étudiante.
06:39Lui en a 37, c'est déjà un militant confirmé.
06:42Il fait l'objet d'une mobilisation internationale.
06:44C'est un nom qui est très connu dans les années 90,
06:46pour son opposition au régime, pour ses écrits.
06:49Et d'ailleurs, il détient à l'époque le record d'années de détention en prison pour raison politique.
06:54Ensemble, ils ont deux enfants, des jumeaux, Ali et Kiana.
06:58Le père, Tagir Rahmani, passe une grande partie de la décennie 2000-2010 en prison.
07:03D'après l'ONG Reporters sans frontières,
07:05il est le journaliste le plus fréquemment emprisonné en Iran.
07:08En 2012, il décide de quitter le pays pour s'exiler en France.
07:12Mais son épouse, Narges Muamadi, décide, quant à elle, de rester en Iran avec les enfants.
07:17Lui n'a pas vraiment eu le choix.
07:19Il a été détenu longtemps.
07:20Et là, il savait qu'il allait être à nouveau arrêté
07:22et que cette arrestation risquait de lui être fatale.
07:26Alors, il décide de partir en exil.
07:28Il se souvient des adieux déchirants avec sa femme et ses enfants lors d'une nuit glaciale.
07:33Elle, elle fait le choix de rester.
07:35C'est déjà une militante confirmée.
07:37Et qui sait que son combat portera beaucoup plus s'il est fait de l'intérieur de l'Iran.
07:42Elle prend un risque évidemment très important.
07:44Les enfants, eux, rejoindront leur père en exil en 2015 à Paris, après une nouvelle arrestation de leur mère.
07:55Dans les années 2010, Narges Muamadi multiplie les allers-retours en prison.
08:00Elle s'est engagée vraiment résolument dans la défense des droits humains, pour le droit des femmes,
08:04contre la torture en prison, contre les exécutions.
08:07Tous ces écrits, toutes ces prises de parole, toutes ces activités,
08:11la conduisent immanquablement à être poursuivie par les tribunaux.
08:14Alors, au début, c'est un petit peu en tant que femme d'eux,
08:17parce que c'est son mari qui est principalement détenu.
08:19C'est lui l'opposant célèbre.
08:20Et puis, très progressivement, et surtout après le départ de son mari en exil,
08:25c'est elle qui est en première ligne.
08:26Et elle est poursuivie en tant que Narges Muamadi,
08:29une opposante qui fait de plus en plus parler d'elle.
08:32Elle est à nouveau arrêtée et emprisonnée pour la 13e fois en 2021
08:37et condamnée à plusieurs peines qui se cumulent,
08:40soit plus de 10 ans de prison au total.
08:42Charles de Saint-Sauveur, la même année, le 18 juin 2021,
08:46un nouveau président est élu à la tête de la République islamique d'Iran
08:49avec plus de 72% des voix.
08:52Il s'appelle Ebrahim Raisi et succède à Hassan Rouhani,
08:56qui a exercé cette fonction pendant 8 ans.
08:58Qui est ce nouveau président, Ebrahim Raisi ?
09:01Ebrahim Raisi, c'est un apparat-chic religieux
09:04qui a fait sa carrière dans l'appareil judiciaire
09:07jusqu'à devenir le chef de l'appareil judiciaire répressif.
09:10Il s'est distingué notamment en 1988,
09:12juste après la guerre Iran-Irak,
09:14par toute la vague d'exécutions massives.
09:18En gros, ils ont pris tous les prisonniers politiques,
09:20ils les ont exécutés sommairement ou pendus.
09:22Il a été un des acteurs de cette répression épouvantable,
09:25à tel point qu'il a hérité d'un surnom,
09:27le boucher, ou le boucher de Téhéran.
09:29Comment ça se passe une fois qu'il arrive au pouvoir ?
09:31À partir de son élection, tous les pouvoirs en Iran,
09:35religieux, avec Ali Ramenei comme guide suprême,
09:38président, Ebrahim Raisi, judiciaire, parlementaire,
09:43tous les pouvoirs sont aux mains des plus durs.
09:45L'élection d'Ebrahim Raisi, quelque part,
09:47enfonce le clou de cette dérive du pouvoir vers un durcissement total.
09:53Le vendredi 16 septembre 2022,
09:56une jeune Iranienne d'origine kurde de 22 ans,
09:58Marsa Jina Amini, meurt dans un hôpital de Téhéran,
10:02trois jours après avoir été arrêtée et embarquée par la police des mœurs.
10:06Elle était depuis plongée dans le coma.
10:08Charles de Saint-Sauveur, qu'est-ce qu'on sait des circonstances de sa mort ?
10:11On sait que c'est une jeune vendeuse de vêtements,
10:14qu'elle venait à Téhéran avec son frère.
10:16Ce n'est pas du tout une militante.
10:18On sait qu'a priori, elle portait le voile,
10:19mais qu'il laissait passer quelques mèches.
10:21Il y a effectivement une patrouille de la police des mœurs
10:23qui l'a arrêtée, qui l'a emmenée de force.
10:25À partir de là, évidemment, les versions divergent.
10:27La plus probable, malheureusement, c'est qu'elle a été tabassée
10:30et qu'elle a fini par succomber après trois jours de coma à l'hôpital.
10:34Les autorités iraniennes, elles, se sont défendues en disant
10:36qu'elle avait fait un malaise
10:38et que son arrestation n'était pour rien dans sa mort.
10:41L'annonce de sa mort est le point de départ
10:43d'un mouvement de protestation de grande ampleur en Iran.
10:46Ça commence au Kurdistan,
10:47la région dont était originaire Massa, Jina, Amini.
10:51La population kurde est réprimée de longue date
10:53par le pouvoir chiite iranien.
10:56Donc là, il y a un départ de feu qui est immédiat.
10:59Et puis très rapidement, l'embrasement se propage
11:01partout dans les villes, près de la jeunesse.
11:07Des femmes, mais aussi des hommes,
11:08ils n'en peuvent plus de ce régime.
11:10Les femmes se coupent les cheveux,
11:12enlèvent le voile, le mettent au bûcher.
11:14Il y a des manifestations.
11:16De toutes les fenêtres jaillissent des slogans
11:18comme « A mort le dictateur, abat le régime ».
11:22Et puis des manifestations qui drainent
11:24des dizaines de milliers de personnes dans les rues
11:27avec effectivement des attaques de commissariat.
11:29Le régime, là, vraiment, commence à perdre le contrôle.
11:31Ce mouvement, baptisé par les manifestants et manifestantes
11:34« Femmes, vie, liberté »
11:36est très sévèrement réprimé par le régime.
11:38Oui, c'est un régime qui est notoirement corrompu,
11:41incompétent et liberticide,
11:42et qui a fini par perdre tout contact avec sa population.
11:45En gros, il est soutenu par une vingtaine de pourcents
11:47de cadres fonctionnaires qui lui doivent tout,
11:49et puis de religieux qui continuent à croire à tous ses discours.
11:53Pour les autres, c'est vraiment peine perdue.
11:55Donc qu'est-ce qui reste, au fond, à ce régime ?
11:57Le fusil, la matraque et la corde.
11:59C'est-à-dire, en gros, la répression la plus brutale.
12:02La répression menée par le régime est très dure.
12:04Plus de 500 morts.
12:06Après, les chiffres sont évidemment toujours compliqués
12:08à établir dans un régime qui a totalement fermé les écoutilles,
12:12où il est très difficile d'avoir des informations.
12:13Il y a aussi la logique de terreur que le régime impose.
12:17Et pour ça, elle a un système qui est très bien rodé depuis longtemps.
12:20C'est les procès qui envoient à la potence quelques figures, comme ça,
12:25de la contestation, souvent des gens de la classe moyenne.
12:28Neuf, à ce jour, ont été pendus pour leur participation aux manifestations de l'automne 2022.
12:37À la fin de l'année 2022, depuis sa cellule,
12:40Nargess Mohamadi fait parvenir à la BBC, la chaîne publique britannique,
12:44une lettre adressée à l'ONU,
12:46dans laquelle elle dénonce les sévices que subissent en prison
12:49les jeunes femmes arrêtées pendant les manifestations.
12:52Oui, par notamment des abus sexuels en prison,
12:55Nargess Mohamadi a pris l'habitude d'envoyer des messages depuis la prison.
12:59Elle les fait sortir sans doute avec la complicité d'autres détenus
13:03qui, eux, ont accès à l'extérieur.
13:04Ça reste un mystère, mais en tout cas, elle y arrive, et plutôt régulièrement.
13:10Qu'est-ce qu'on sait à ce moment-là, plus globalement, des conditions de sa détention ?
13:13On sait qu'elle est enfermée actuellement à la prison d'Evine,
13:17qui est la tristement célèbre prison de Téhéran,
13:20où sont détenus beaucoup de prisonniers politiques,
13:22là où, effectivement, il y a aussi des pendaisons.
13:24Elle est à la section 209, dans le quartier des femmes.
13:26Elle vit avec 62 détenus.
13:29Elle a elle-même fait part dans ses messages, de ses conditions.
13:33Pas question de s'apitoyer sur son sort.
13:35Elle dit qu'elle lit, qu'elle participe à des réunions féministes,
13:37qu'elle regarde des films, qu'elle a des discussions avec ses co-détenus.
13:41Elle assure une sorte de leadership dans sa cellule.
13:43C'est vraiment une des figures les plus connues de l'opposition iranienne.
13:47Aussi parce qu'elle a enduré les sévices du régime,
13:51mais aussi des longues années de prison,
13:53qu'elle a un courage qui force l'admiration.
13:56Est-ce qu'elle donne des informations sur son état de santé ?
13:59Elle en donne très peu.
14:00Par contre, on sait par ses soutiens qu'elle a toujours des gros problèmes de santé.
14:04Elle souffre de problèmes pulmonaires, de problèmes cardiaques
14:06qui sont clairement liés à son régime carcéral,
14:09à tout ce qu'elle a subi, notamment l'isolement.
14:11On sait aussi que, comme elle refuse catégoriquement d'être voilée,
14:15elle n'avait pas pu, par exemple, aller à l'hôpital
14:17pour une opération qu'elle devait subir.
14:19Son entêtement a fini par payer puisqu'elle a eu, à la fin, un gain de cause.
14:23Elle est vraiment prête à aller très très loin pour défendre ses droits
14:27et défendre les droits des iraniennes.
14:32Au début de l'année 2023, le pouvoir iranien amnistie
14:36et libère de nombreux manifestants emprisonnés.
14:38La contestation dans les rues se tarie,
14:41mais pas les actes de désobéissance.
14:43Il y a eu une période de flottement après les manifestations.
14:46Le pouvoir iranien réfléchit à la suite à donner.
14:49C'est une période de flottement qui permet aux femmes
14:51de faire tomber, en quelque sorte, le mur de la peur.
14:53De plus en plus de femmes iraniennes sortent non voilées.
14:56On dit que, par exemple, à Téhéran,
14:58quasiment 70% des femmes ne sont plus voilées.
15:01Ou alors le gardent dans le sac,
15:03ou elles le jettent négligemment sur l'épaule.
15:05C'est ce qu'on appelle « just in case »
15:07au cas où la police des mœurs passe par là
15:11et à ce moment-là, elles le remettent très vite sur la tête.
15:13À partir du mois d'août,
15:14le régime procède à une nouvelle vague de répression
15:16envers les femmes qui veulent défier les lois
15:19en ne portant pas le voile
15:20ou encore, par exemple, en conduisant un deux-roues.
15:23Oui, à l'été 2023,
15:25le régime reprend en quelque sorte les rênes
15:28avec une loi qui durcit les sanctions
15:30contre les femmes qui ne portent pas le voile
15:33dans les lieux publics,
15:34avec évidemment des sanctions financières à la clé.
15:36C'est le nerf de la guerre pour le régime,
15:37puisque en sanctionnant d'amendes
15:40très lourdes parfois les femmes,
15:42elles sanctionnent les familles.
15:43Et tout ça dans une société
15:44qui peine à joindre les deux bouts,
15:46qui est minée par la crise.
15:47Donc ça fait une sorte de pression sur les femmes.
15:50C'est la grande perversité
15:51et la grande subtilité de ce régime.
15:52En contrôlant le corps des femmes,
15:54ils contrôlent le corps social en quelque sorte.
15:58Le vendredi 6 octobre 2023,
16:01l'Académie Nobel en Suède
16:02décerne son prestigieux prix Nobel de la paix
16:06à Nargis Mohamadi.
16:18Charles de Saint-Sauveur,
16:19cette distinction, aussi symbolique soit-elle,
16:21n'a aucune conséquence pour le pouvoir iranien, j'imagine.
16:24Non, aucune, elles sont assez peu perméables aux sanctions.
16:28En revanche, pour Nargis Mohamadi,
16:30ce prix Nobel, il a un prix.
16:31C'est qu'elle ne peut plus,
16:32depuis qu'elle l'a reçu,
16:34parler à personne.
16:35Avant, elle avait deux possibilités
16:37de contact en Iran,
16:39notamment sa soeur.
16:40Et depuis le Nobel,
16:41elle ne peut plus leur parler.
16:43Ce sont ces deux enfants
16:44qui se rendent le 10 décembre
16:46à Oslo en Suède
16:47pour récupérer le prix Nobel
16:49au nom de leur mère.
16:55On en revient au début de cet épisode de Code Source,
16:57Charles de Saint-Sauveur.
16:58Ces deux enfants,
16:59vous les rencontrez le mardi 23 avril à Paris
17:02où ils vivent désormais depuis 2015 avec leur père.
17:05Ils sont au lycée.
17:07Qu'est-ce qu'ils vous disent d'abord
17:08de leur enfance et de leurs parents ?
17:10Ils ont connu leurs parents
17:11ensemble que 4 ans.
17:13Parce qu'après,
17:13ça a été une succession
17:14de quand l'un était en prison,
17:16l'autre les gardait
17:17et vice-versa.
17:18Ils disent qu'ils se sont habitués.
17:19Il n'y a pas de pathos dans leurs propos.
17:22Et puis maintenant qu'ils sont adolescents,
17:23qu'ils ont une conscience politique
17:24et surtout depuis le Nobel,
17:26ils savent pourquoi leurs parents se battent.
17:29Il y a une forme de résignation
17:30mais aussi de compréhension
17:32et notamment chez Kiana, la jumelle,
17:34qui, avant le Nobel,
17:35s'intéressait finalement assez peu
17:37aux activités de sa mère
17:38et qui, depuis,
17:39s'y intéresse beaucoup plus.
17:40Est-ce qu'ils ont encore l'espoir
17:41de revoir leur mère un jour ?
17:43On sent que l'espoir,
17:44il est, on va dire,
17:45assez mince,
17:46malgré tout.
17:47Narguesse, leur mère,
17:47a été condamnée
17:48à plus de 30 ans de réclusion.
17:50Plus elle envoie des messages
17:51à l'extérieur,
17:52plus elle est condamnée.
17:53Ça l'éloigne toujours un peu plus
17:55du moment où elle pourra
17:56serrer ses enfants dans les bras.
17:58En gros, soit le régime tombe
17:59et ils la retrouveront,
18:00soit le régime continue
18:02et c'est peine perdue.
18:05Ces deux enfants
18:06et leur père,
18:07Tagir Rahmani,
18:08est-ce qu'ils sont inquiets
18:09de la répression
18:10qui s'accentue
18:10de jour en jour,
18:11surtout envers les femmes
18:13en Iran,
18:13mais pas seulement ?
18:14Ils sont très inquiets.
18:15Ils observent avec beaucoup
18:16d'acuité
18:17ce qui se passe en Iran,
18:18notamment depuis
18:19le 13 avril,
18:20qui est le jour
18:21où l'Iran
18:22a lancé ses missiles
18:23sur Israël,
18:23mais de façon
18:24moins évidente,
18:25en fait,
18:26c'est le jour
18:26où les camionnettes blanches
18:27de la police des mœurs
18:28sont revenues massivement
18:30dans les rues d'Iran
18:31pour arrêter les femmes
18:32qui portaient mal le voile.
18:33Le 13 avril,
18:34c'est vraiment un tournant
18:35dans le durcissement
18:37du régime iranien
18:37et le symbole
18:39de cette répression,
18:40c'est la condamnation
18:41à mort du rappeur
18:42Toumaj Salehi,
18:44qui était une des figures
18:45du mouvement
18:45Femmes,
18:46Vie,
18:46Liberté
18:47de l'automne 2022.
18:54On craignait
18:55qu'il soit condamné à mort.
18:56Le régime a fini
18:57par le faire.
18:58Un rappeur,
18:59un homme,
19:00donc qu'on peut exécuter
19:01plus facilement.
19:08Le dimanche 19 mai,
19:10le président iranien
19:11Ebrahim Raisi
19:12meurt
19:13dans l'accident
19:14de l'hélicoptère
19:15qui le ramenait
19:15d'une visite
19:16à son homologue,
19:17le président d'Azerbaïdjan.
19:18Sa disparition
19:19est confirmée
19:20par les médias iraniens
19:22dans la soirée.
19:28Le lendemain,
19:29le guide suprême
19:30du régime,
19:31l'ayatollah Ramenei,
19:32nomme un nouveau président
19:33par intérim
19:34en attendant
19:34de nouvelles élections
19:35programmées le 28 juin.
19:37Charles de Saint-Sauveur,
19:38on a dit dans ce podcast
19:40que le président Raisi
19:41avait participé
19:42depuis son élection
19:43au durcissement du régime.
19:45Est-ce que sa mort
19:46peut désormais
19:46ouvrir la voie
19:47à un assouplissement ?
19:48Sans doute pas
19:49puisque la ligne dure
19:51du régime
19:51vient directement
19:52du guide suprême
19:53Ali Ramenei.
19:55Le régime trouvera
19:56d'autres personnes
19:57que Raisi
19:57pour incarner
19:58cette ligne très dure.
20:00Évidemment,
20:01on va beaucoup observer
20:02ce qui va se passer
20:03dans les 50 prochains jours
20:04jusqu'à l'élection présidentielle
20:06puisque les candidats
20:08qui seront habilités
20:09seront très certainement
20:10des durs,
20:11issus des rangs
20:12du service
20:12de renseignement iranien
20:14ou des gardiens
20:15de la révolution.
20:15On peut s'attendre
20:16à ce que les modérés
20:17entre guillemets
20:18puisqu'en Iran modérés,
20:20on ne l'entend pas
20:21comme chez nous,
20:22que les modérés
20:23n'aient pas voix
20:24au chapitre
20:24dans cette élection.
20:29Charles de Saint-Sauveur,
20:30de son côté,
20:31Nargès Mohamadi,
20:32a réussi encore récemment
20:33à faire passer
20:34des messages
20:35en dehors
20:35des murs de sa prison.
20:36L'un des derniers en date,
20:37c'est celui
20:38qu'elle adresse
20:38à la communauté internationale
20:40pour appeler
20:40à la mobilisation
20:41pour le rappeur
20:43Toumage.
20:43Elle en fait régulièrement
20:45des messages,
20:46elle y arrive,
20:47notamment après son Nobel,
20:48elle avait dit
20:49que cette distinction
20:50l'honorait
20:51et qu'elle continuerait
20:52à se battre
20:53sans relâche
20:53contre le régime,
20:54qu'au contraire,
20:55ça lui donnait
20:55de la force
20:56pour défier les autorités
20:57et pour faire triompher
20:59les droits humains.
21:00Puis,
21:00le 28 novembre dernier,
21:01elle n'a pas oublié
21:02de souhaiter
21:03l'anniversaire
21:04de ses deux enfants,
21:05Ali et Kiana,
21:06qui fêtaient sur là
21:07leurs 17 ans
21:07et leur envoyer
21:09un message déchirant
21:10puisqu'elle ne les a pas
21:11vus depuis 9 ans
21:12pour leur dire
21:13toute sa tendresse
21:14et qu'elle était triste
21:15de ne pas pouvoir
21:15les serrer dans ses bras.
21:24Merci à Charles de Saint-Sauveur.
21:26Côte-Source,
21:27c'est le podcast
21:28quotidien d'actualité
21:29du Parisien.
21:30Parlez-en autour de vous
21:31et surtout,
21:32laissez-nous des commentaires
21:33et des petites étoiles
21:34sur votre plateforme
21:35d'écoute préférée.
21:36C'est ce qui nous aide
21:37le plus à nous faire connaître.
21:39Cet épisode a été produit
21:40par Clara Garnier-Amourou,
21:42Barbara Gouy
21:43et Raphaël Pueillot.
21:44Réalisation,
21:45Pierre Chaffanjon.
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21:47les deux autres podcasts
21:48du Parisien,
21:49Crime Story,
21:50une affaire criminelle
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21:52et le mercredi,
21:53un ou une médaillée d'or
21:55olympique ou paralympique
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