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Dans le périscolaire, les cas de maltraitances, d’abus sexuels et d’accidents graves augmentent. Des défaillances concernant le recrutement des animateurs sont dénoncées au sein du secteur. Récit avec Victoire Haffreingue-Moulart, journaliste au pôle fait-divers et Vincent Mongaillard, journaliste au pôle reportage du Parisien.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Pénélope Gualchierotti, Clara Garnier-Amouroux, et Clara Grouzis - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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Dans le périscolaire, les cas de maltraitances, d’abus sexuels et d’accidents graves augmentent. Des défaillances concernant le recrutement des animateurs sont dénoncées au sein du secteur. Récit avec Victoire Haffreingue-Moulart, journaliste au pôle fait-divers et Vincent Mongaillard, journaliste au pôle reportage du Parisien.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'est une question qui inquiète de nombreux parents.
00:15Nos enfants sont-ils bien traités pendant les activités périscolaires ?
00:19Ces activités qui se déroulent à l'école mais en dehors du temps scolaire
00:22et qui ne sont pas gérées par l'éducation nationale mais par les communes.
00:26Ces derniers mois, dans Le Parisien, nous avons parlé de plusieurs affaires
00:30qui ont écorné l'image du périscolaire et le 30 septembre, dans un dossier,
00:35nous avons expliqué comment sont recrutés les salariés de ce secteur.
00:39L'un de nos reporters s'est fait embaucher en quelques jours
00:42et sans diplôme, sans formation et sans même avoir signé de contrat,
00:47il s'est retrouvé à s'occuper d'enfants de 5 ans.
00:50Les deux auteurs de cette enquête sont dans Codesources aujourd'hui,
00:53Vincent Mongaillard du service Reportage et Victoire Afring-Moulard du service Police Justice.
01:04Victoire Afring-Moulard, le mardi 30 septembre 2025,
01:08le Parisien consacre un dossier à la question du recrutement dans le périscolaire.
01:13D'abord, de quoi on parle ? C'est quoi le périscolaire ?
01:16Alors le périscolaire, c'est la prise en charge des enfants au moment de la cantine, du goûter et après
01:21l'école.
01:22C'est aussi le centre du loisir les mercredis et à Paris, ça concerne aussi l'étape,
01:26donc les temps d'activité périscolaire et ça se passe les mercredis et vendredis.
01:30Et le périscolaire est organisé et financé par les communes ou par des regroupements de communes.
01:35Dans ce dossier, Victoire Afring-Moulard, vous revenez sur un fait divers très surprenant
01:39qui s'est passé le mercredi 17 septembre à Ronis-sous-Bois en Seine-Saint-Denis
01:43et qui concerne une petite fille de 3 ans.
01:47Oui, alors nous on a décidé de l'appeler Nora.
01:49Elle a 3 ans, elle sort du centre de loisir, donc on est en fin de journée
01:53et elle va échapper à la vigilance des animateurs
01:55et elle va tout simplement rentrer chez elle à pied.
01:59Alors on ne parle pas d'une centaine de mètres,
02:00elle habite à 20 minutes à pied du centre de loisir,
02:03donc elle va traverser un boulevard,
02:05elle va monter des escaliers et elle va finir par arriver dans le hall de son immeuble
02:10où elle sera toute seule, elle n'arrivera pas à rentrer dans l'immeuble
02:13et là elle va être prise en charge par une voisine,
02:16mais ça aurait pu être dramatique.
02:18Ces derniers mois, plusieurs affaires ont montré des dysfonctionnements
02:21dans le secteur du périscolaire, à Paris et en banlieue,
02:25des affaires très différentes les unes des autres et parfois dramatiques.
02:28Oui, effectivement, cet été, en fait, on a vu fleurir des affaires en tout genre.
02:32Alors il y a eu des cas de maltraitance,
02:34je pense notamment à une affaire qui se passe dans l'Essonne
02:37où un petit garçon de 9 ans va dénoncer des faits de violence.
02:40Alors on ne sait pas exactement ce qui s'est passé,
02:42les versions divergent, mais voilà,
02:43il y a quand même deux animateurs placés en garde à vue.
02:46Et outre les maltraitances, il y a eu aussi des affaires d'agression sexuelle,
02:49c'est-à-dire qu'il y a eu une petite dizaine de signalements
02:52qui ont été faits à Paris contre des animateurs
02:54pour des faits d'agression sexuelle sur mineurs.
02:56Et cet été, en fait, ça ne s'est pas arrêté là,
02:58il y a aussi eu d'autres drames
03:00puisqu'il y a trois enfants qui sont décédés,
03:02il s'agit de trois enfants autistes
03:04qui étaient pris en charge par des centres de loisirs d'Île-de-France
03:07et qui se sont noyés en l'espace d'une semaine.
03:11Victoire Afrin-de-Moulard,
03:12combien de personnes animent les activités du périscolaire à Paris
03:16et combien ils gagnent ?
03:17Alors à Paris, on compte environ 10 000 animateurs.
03:20Alors il faut savoir qu'ils ne gagnent pas très bien leur vie,
03:23on parle de 11 euros environ net par heure.
03:26Et quand vous avez un contrat et que vous êtes animateur à temps plein,
03:30on va dire, vous gagnez à peu près 1 700 euros.
03:33Est-ce qu'il faut avoir été formé pour travailler dans le périscolaire ?
03:36Alors oui et non.
03:37En fait, la loi impose qu'il y ait 50% d'une équipe périscolaire
03:42qui soit composée de personnel formé,
03:44donc qui soit titulaire d'un diplôme du style BAFA,
03:47mais il y a toute une série de diplômes qui sont acceptés.
03:49Et l'État, à côté de ça, accepte qu'il y ait 20% de l'équipe
03:54qui soit non diplômée, donc pas du tout formée.
03:57En fait, la variable d'ajustement,
03:58ça va être ce qu'on appelle les animateurs stagiaires, en fait.
04:01Ceux qui ne sont pas encore diplômés,
04:03mais qui sont en cours de formation.
04:06Le secteur peine à recruter.
04:08Actuellement, il n'y a pas assez de personnes
04:10qui veulent travailler dans le périscolaire.
04:12Vincent Mongaillard, vous avez décidé de faire une immersion
04:15pour essayer de voir comment sont effectués les recrutements.
04:19dans ce secteur.
04:20D'abord, pourquoi ce choix de l'immersion ?
04:22Eh bien, pour voir de l'intérieur ce qui se passe vraiment.
04:25Moi, l'immersion, c'est un genre journalistique que j'apprécie.
04:29Je me suis déjà mis dans la peau d'un SDF,
04:31j'ai repassé mon bac,
04:33je me suis mis dans la peau d'un Père Noël.
04:35L'idée d'une immersion, ce n'est pas de piéger nos interlocuteurs,
04:39mais au vu des différents témoignages que nous avons récoltés,
04:43on se dit qu'il y a de gros dysfonctionnements
04:46dans les recrutements
04:47et qu'il faut, pour mieux les dénoncer,
04:50les vivre nous-mêmes.
04:52Et donc, si nous les vivons nous-mêmes,
04:54ça devient alors une preuve irréfutable.
04:59Vous décidez d'essayer donc de vous faire embaucher
05:02comme animateur dans le périscolaire.
05:04Vous faites un CV.
05:05Qu'est-ce que vous écrivez sur ce CV ?
05:07Alors, il y a des expériences réelles et totalement fictives.
05:11Pour ce qui est du vrai, je donne mon identité.
05:14J'évoque aussi mes diplômes, mon bac, ma maîtrise de sciences politiques,
05:19l'existence de mes deux enfants.
05:21Et pour ce qui est du bidonné,
05:24évidemment, je ne vais pas dire que je suis journaliste,
05:27parce que je serai évidemment immédiatement identifié.
05:30Mais donc, j'invente une expérience dans une ONG,
05:33une expérience de livreur Uber Eats pendant six ans.
05:37Je précise que je n'ai pas de diplôme dans l'animation,
05:40donc que je n'ai pas ce fameux BAFA.
05:43Mais pour être crédible,
05:44j'évoque une expérience dans le scoutisme,
05:47quand j'étais enfant,
05:48une expérience de babysitting quand j'étais étudiant,
05:51et puis aussi un congé de paternité pendant six ans,
05:54durant lesquels je me suis occupé de mes enfants.
05:57Donc sur cette partie, c'est faux, c'est imaginé,
05:59mais vous avez bien précisé votre vrai nom de journaliste,
06:03donc Vincent Mongaillard.
06:04Qu'est-ce que vous faites ensuite ?
06:05Comment vous faites pour postuler ?
06:06J'ai repéré que de nombreuses communes
06:09étaient en manque d'animateurs périscolaires,
06:11et donc tout simplement,
06:13j'envoie un mail au service des ressources humaines de ces communes,
06:17en envoyant donc mon CV et également une lettre de motivation.
06:22Vous recevez une première réponse quelques jours plus tard,
06:25et vous êtes invité à venir à une réunion d'information et de recrutement
06:29d'une mairie proche de Paris.
06:31Vous vous y rendez ?
06:32On est où ?
06:33Qui est présent ?
06:34Comment ça se passe ?
06:35On est dans une école d'une grande ville de la banlieue parisienne.
06:40Il y a une vingtaine de candidats, comme moi,
06:43parmi eux beaucoup d'étudiants qui sont venus avec leur petite pochette et leur CV.
06:48Il y a aussi une mère de famille.
06:51Je suis le plus âgé de ces candidats,
06:53je suis le daron en quelque sorte, puisque j'ai 52 ans.
06:57Face à nous, on a tous les directeurs des centres de loisirs,
07:01de la commune, ainsi que les responsables du service des ressources humaines.
07:06On nous donne les salaires,
07:09et on nous dit que prochainement, si vous êtes sélectionné,
07:12vous viendrez signer votre contrat à l'hôtel de ville.
07:18Et ce jour-là, vous passez un entretien d'embauche devant deux directeurs de centres de loisirs.
07:23Oui, ils regardent mon CV, ils s'aperçoivent que j'ai une expérience de scoutisme.
07:29Alors, d'emblée, ils me demandent quelle activité je ferais avec des enfants si on était en forêt.
07:36Je leur réponds une cabane, spontanément.
07:39Et ensuite, ils me font parler sur deux cas très précis pour savoir comment je vais réagir.
07:45Le premier cas, scénario, c'est une bagarre dans la cour de l'école entre deux enfants,
07:51avec un enfant qui dit à son camarade,
07:54« Tu es sale parce que tu as mangé du porc. »
07:57Alors, on me demande comment je réagirais.
07:59Je dis, tout simplement, pour moi, les faits sont très graves,
08:02donc j'en réfère au directeur du centre de loisirs.
08:05La réponse, là aussi, semble leur convenir.
08:07Et l'autre scénario, c'est un enfant vomit à l'heure du déjeuner.
08:12Qu'est-ce que vous faites ?
08:15Comment les secours ? Puis-je en réfère au directeur ?
08:18C'est peut-être un peu trop, mais la réponse aussi semble leur convenir.
08:22On me demande si je sais faire la différence entre une punition et une sanction.
08:26Alors là, je m'en mêle les pinceaux.
08:27C'est quoi la différence ?
08:28Alors, la sanction, c'est constructif.
08:30Vous allez accompagner l'enfant, l'aider.
08:33Par exemple, s'il jette de la peinture sur le mur, vous allez nettoyer avec lui.
08:39Alors que la punition, vous le laissez seul face à lui-même.
08:43Et est-ce que ces deux directeurs vous donnent des consignes sur comment il faut se comporter avec les enfants
08:48?
08:49Non, aucune consigne.
08:50Ils voient que je n'ai pas le BAFA, le diplôme d'animateur.
08:54Ils me disent simplement que, voilà, c'est pas très grave.
08:57Vous pouvez commencer, par exemple, par quelques heures à la cantine.
09:02Et ensuite, on pourra vous former au cours de vos missions.
09:06Que se passe-t-il après cette journée d'information et de recrutement ?
09:10Que se passe-t-il ensuite ?
09:11Alors, quelques heures après, je reçois un mail du service des ressources humaines
09:17qui me dit très concrètement que ma candidature a été retenue.
09:22Pour la valider, il faut que j'envoie quelques documents,
09:25notamment mon RIB, mon numéro de sécurité sociale.
09:29Et il faut aussi que je leur soumette un certificat d'aptitude à travailler en collectivité.
09:37Tout simplement, je prends un rendez-vous avec un médecin
09:39qui vérifie dans mon carnet de santé que mes vaccins sont à jour.
09:43J'envoie ce document et tout est validé.
09:45Là, vous vous dites quoi ?
09:46Là, je me dis que ça va au-delà de nos espérances
09:49et que c'est allé beaucoup plus vite que je ne l'imaginais.
09:52C'est quasiment en direct, la réponse positive.
09:55Et là, je commence à me dire que ça confirme tous les témoignages
09:59que nous avons reçus jusqu'à maintenant.
10:02Victoire à Franck-Moulard, à ce moment-là,
10:03Vincent ne sait pas si son casier judiciaire a bien été vérifié.
10:08Mais a priori, d'après vos informations, c'est fait systématiquement.
10:11Oui, en fait, effectivement, à chaque fois qu'il y a un nouvel animateur qui est embauché,
10:15son casier judiciaire fait l'objet d'une vérification.
10:18Et on s'assure qu'il n'a pas été condamné,
10:20notamment pour des crimes à caractère sexuel.
10:22Et de la même manière, on va s'assurer qu'il n'est pas inscrit à ce qu'on appelle
10:26le FIGES.
10:27Donc c'est un fichier qui recense tous les auteurs d'infractions sexuelles.
10:30Et concrètement, comment ça se passe ?
10:32En fait, c'est la collectivité qui va donner le nom de l'animateur
10:35et il y a un service spécialisé qui va s'assurer que l'animateur n'a pas de casier.
10:41Vincent Mongaillard, une semaine plus tard, votre téléphone sonne.
10:44C'est une employée de la mairie dont on parlait,
10:47donc une grande ville proche de Paris,
10:48que nous avons fait le choix de ne pas nommer.
10:51Oui, à 10h30, je reçois cet appel de la coordinatrice
10:54qui me demande si je peux être disponible 45 minutes plus tard, à 11h15,
10:59pour assurer le service à la cantine dans une école maternelle
11:04et de savoir aussi si je suis dispo le même jour, l'après-midi à 16h15,
11:08dans une école élémentaire, cette fois-ci, pour assurer la garde du soir.
11:12Et donc vous dites oui ?
11:13Je dis oui, donc j'enfourche mon scooter et je fonce à cette école,
11:18même si je suis étonné quand même d'une chose,
11:20c'est que je n'ai pas signé le moindre contrat comme on me l'avait pourtant annoncé.
11:25Décrivez-nous l'école où vous arrivez et racontez-nous comment se passe le début de votre prise de poste.
11:31Alors, c'est une école dans un quartier populaire.
11:35Le directeur me donne un listing avec le nom des enfants.
11:39Et il me dit, il faudra faire l'appel des enfants dès qu'ils sortent
11:42et dès qu'ils sont remis par la maîtresse.
11:45Il me dit aussi, tu vas t'occuper d'une dizaine d'enfants à la cantine.
11:50C'est un temps où ils mangent, ce n'est pas un temps de récréation,
11:52donc ils me laissent entendre qu'il n'y a pas grand-chose à faire.
11:54Et voilà, je suis jeté en pâture sans aucune expérience.
11:59Et là, d'un seul coup, je me sens totalement perdu.
12:01Pourquoi ?
12:02Eh bien d'abord, parce qu'on me demande de faire l'appel d'enfants
12:05qui sont en grande section de maternelle, des enfants de 5 ans.
12:09Et quand je les appelle par leur prénom,
12:12certains ne répondent pas ou d'autres sont déjà partis jouer au toboggan.
12:15Donc moi, je me dis, mais il y a peut-être un enfant qui est parti,
12:18que je vais perdre, qui va se planquer.
12:20Donc ça, c'est quand même une angoisse.
12:22Et ensuite, en fait, les enfants sont dans la cour.
12:25Et en tant qu'animateur périscolaire,
12:27je ne sais pas s'il faut que je joue avec eux.
12:29Est-ce qu'il faut que je reste en retrait ?
12:30Donc ça, personne ne me l'a dit.
12:32On m'a quand même précisé qu'il y avait ce qu'ils appellent
12:35deux pénibles, deux enfants turbulents,
12:39sur lesquels il fallait avoir un œil vigilant.
12:42Effectivement, l'un d'eux va s'en prendre à une petite
12:45et la faire pleurer.
12:47Et là aussi, je suis impuissant,
12:48parce que je ne sais pas quelle autorité il faut imposer.
12:51Est-ce qu'il faut rouspéter, gronder cet enfant ?
12:54Comment consoler cette petite qui a été frappée ?
12:57Encore une fois, je suis impuissant.
13:01Un peu plus tard, il y a un autre moment gênant
13:04quand les enfants qui sont donc en grande section,
13:06qui ont cinq ans, vont aux toilettes.
13:08Alors là, je suis totalement perdu.
13:10Je ne sais pas quoi faire.
13:11Je reste en retrait.
13:12Je ne sais pas si, à un moment donné,
13:14il faut aller essuyer les enfants.
13:16Est-ce qu'il faut séparer garçon-fille ?
13:19Je regrette de ne pas avoir de formation,
13:21pas eu de consignes claires.
13:23Et je me dis que des personnes mal intentionnées
13:27pourraient passer à l'acte.
13:29Là, à ce moment-là, vous avez une dizaine d'enfants
13:31sous votre responsabilité.
13:33Comment ça se passe ensuite, au moment du déjeuner ?
13:36Je m'aperçois qu'en fait, il faut les servir,
13:38leur demander s'ils veulent de la salade de haricots.
13:42Je ne sais pas s'il faut insister pour que l'enfant
13:45finisse ou pas son assiette.
13:47Là, je suis perdu.
13:48Mais ce que je remarque, c'est que c'est un métier
13:51extrêmement épuisant, puisque vous servez des enfants
13:54le dos courbé, puisque ce sont des petites tables.
13:57Et surtout, c'est extrêmement bruyant.
14:00Et ce que me dit ma collègue animatrice périscolaire,
14:03c'est qu'à la fin, chaque jour de cantine,
14:06elle a mal à la tête.
14:07Et le même jour, comme vous nous le disiez,
14:09vous devez vous occuper d'autres enfants
14:11dans une autre école, cette fois avec des enfants
14:13un peu plus grands.
14:14Oui, ce sont des enfants à l'école élémentaire,
14:17c'est-à-dire en classe de CEP au CM2.
14:20Là, j'arrive et étonnamment, cette fois-ci,
14:22il n'y a même pas un directeur ou une directrice
14:24pour m'accueillir, mais uniquement
14:26d'autres animateurs périscolaires.
14:29Il y a aussi une petite nouvelle
14:30et elle aussi n'a pas signé
14:32de contrat.
14:33Ce qui m'étonne également
14:35dans cette mission, c'est qu'on se retrouve
14:38à cinq animateurs, cette fois
14:40pour sept enfants.
14:41Mais des fois, il y a beaucoup plus d'enfants quand même.
14:43Oui, évidemment.
14:44Le mercredi, c'est extrêmement stressant,
14:47extrêmement bruyant parce qu'il y a beaucoup plus d'enfants.
14:49100 enfants pour à peu près
14:50une quinzaine d'animateurs.
14:52L'un des vrais dysfonctionnements
14:54chez les animateurs périscolaires en France,
14:56c'est que souvent, en fait,
14:57l'animateur doit s'occuper
14:58de 15 ou 20 enfants,
15:01bien plus que ce qu'autorise
15:03le taux d'encadrement.
15:04Et après, vous décidez d'arrêter votre immersion,
15:06c'est ça ? Le but était seulement
15:07de savoir comment se passe le recrutement
15:10et l'accueil des nouveaux salariés ?
15:12Oui, mes deux premières expériences
15:14ont eu lieu le vendredi.
15:16Lundi matin, j'ai un appel
15:18de cette même coordinatrice
15:20qui, cette fois, me demande
15:21si je suis disponible
15:22tous les midis pour travailler
15:24dans une école.
15:25Là, je lui réponds que non, j'arrête
15:27parce que je prends prétexte
15:29de ne pas avoir signé de contrat
15:30pour mettre fin à ma mission.
15:32Elle avait tellement besoin
15:33d'avoir du personnel
15:35qu'elle était prête à tout
15:36pour essayer de me convaincre.
15:38Victoire à Franck-Moulard,
15:39pour le même dossier
15:40que vous préparez avec Vincent,
15:42vous rencontrez un directeur périscolaire
15:44qui vous dévoile les coulisses
15:45des recrutements dans ce secteur.
15:48Un homme que nous appellerons Philippe.
15:50Il occupe ce poste de directeur
15:52depuis une vingtaine d'années
15:53et il vous explique d'abord
15:54que le secteur se porte mal.
15:56Oui, alors pour commencer,
15:57il faut savoir que les directeurs
15:59périscolaires n'ont pas le droit de parler.
16:00En fait, il s'agit de fonctionnaires
16:01et ils sont tenus
16:03par un droit de réserve.
16:04Mais là, Philippe, il va nous parler
16:06parce qu'en fait, il n'en peut plus.
16:07Comme beaucoup de ses collègues,
16:08en fait, lui est confronté
16:09au dysfonctionnement
16:11dans le périscolaire
16:12et au recrutement
16:12qui ne sont pas toujours opportun.
16:15C'est un euphémisme.
16:16Et du coup, il va venir nous parler
16:17et nous raconter un peu
16:19ce qu'il vit au quotidien, en fait.
16:20Il vous explique que le filtrage,
16:22c'est le mot qu'il utilise,
16:24est très approximatif.
16:25Oui, quand je lui raconte
16:26que Vincent a été recruté comme ça
16:28en l'espace de quelques heures,
16:29il n'est pas du tout étonné.
16:30Il travaille à Paris
16:31et il a une formule marrante.
16:33Il dit, si vous savez marcher,
16:35si vous savez parler,
16:36on va vous recruter, en fait.
16:37Donc, l'expérience de Vincent
16:38ne l'étonne pas du tout.
16:39Il vous explique aussi, d'ailleurs,
16:40qu'il était censé avoir
16:41un droit de regard
16:42sur les recrutements
16:43et que ça n'a pas été le cas.
16:45Oui, effectivement.
16:45En fait, la mairie de Paris,
16:46il lui envoie des animateurs
16:48et il est obligé de faire avec.
16:49Alors après, il peut donner
16:50des appréciations en disant
16:51« Bon, celui-là,
16:53ça ne va pas être possible, etc. »
16:54Mais on lui impose
16:55quand même ses animateurs.
16:56Et il vous donne
16:57des exemples très précis
16:58de cas d'animateurs
17:00qui ne font pas l'affaire.
17:01Oui, alors il y a des situations
17:02assez hallucinantes.
17:04Il m'a raconté notamment
17:05avoir eu affaire
17:06à une animatrice
17:07qui, au moment de faire l'appel,
17:08en fait, lui a donné
17:09la feuille d'appel
17:10en lui disant
17:11« Écoute, je ne sais pas lire,
17:12il faut que tu fasses l'appel pour moi. »
17:14Donc, elle ne savait
17:14ni lire ni écrire.
17:15Il me raconte aussi
17:17qu'une animatrice recrutée,
17:19en fait, passait son temps
17:20sur son téléphone.
17:21Il avait beau lui dire
17:22« Le téléphone,
17:23quand tu es avec les enfants,
17:24c'est dans la poche. »
17:25Et en fait, il revient
17:25une heure plus tard
17:26et elle est là
17:27en train de filmer
17:28les enfants, en fait,
17:28sur Snapchat.
17:30Victoire Afrin-Moulard,
17:31Vincent Mongaillard,
17:32votre enquête est publiée
17:33dans Le Parisien
17:33le 30 septembre,
17:34on le disait au début
17:35de cet épisode de Code Source.
17:37Est-ce qu'il y a eu
17:37des réactions
17:38après la publication ?
17:39Oui, justement,
17:40suite à l'apparution
17:41de ce papier,
17:42j'ai à nouveau échangé
17:43avec Philippe
17:43et qui me racontait
17:44qu'effectivement,
17:45dans le milieu
17:46du périscolaire
17:46et notamment des directeurs
17:47du périscolaire parisien,
17:50voilà, ils étaient en fait
17:50très contents du papier
17:52parce qu'ils avaient
17:53le sentiment
17:53que c'était exactement
17:54ce qu'ils vivaient au quotidien
17:55et que ça montrait
17:56en fait un peu
17:57les dysfonctionnements
17:58qu'ils dénoncent
17:59tous les jours.
18:00Oui, parce qu'eux aussi,
18:01quelque part,
18:01ils subissent cette situation
18:03et ça pourrait
18:04leur retomber dessus.
18:05Oui, oui, eux,
18:05ils subissent ça en fait
18:06de plein fouet
18:07parce qu'ils doivent composer
18:08avec ces équipes d'animateurs
18:09dont certains sont parfois
18:10pas du tout formés
18:11et ils ont la responsabilité
18:13en fait de ces enfants
18:14donc si quelque chose dérape,
18:16s'il y a un drame,
18:17en fait, c'est eux
18:17qu'on va venir directement chercher.
18:19Vincent Mongaillard.
18:19Moi, ce qui m'étonne,
18:21c'est le silence radio
18:23de mon employeur
18:24depuis qu'on a révélé
18:25cette expérience.
18:27Évidemment,
18:27on n'a pas donné
18:28le nom de la commune
18:29mais on a donné
18:29pas mal d'indices.
18:31Étonnamment,
18:31ces derniers jours,
18:33je suis désormais harcelé
18:34par la mairie
18:36pour que je vienne
18:37signer mon contrat
18:38et à l'heure
18:39où je vous parle,
18:40là, ça vient de tomber
18:41sur mon mail,
18:42j'ai un message
18:43des ressources humaines
18:45qui me demande
18:46merci de bien vouloir
18:47vous rendre au service RH
18:48pour signer votre contrat
18:49à noter que
18:50sans la signature
18:51de votre contrat,
18:52vous ne serez pas
18:53autorisé à travailler.
18:54Il se trouve que
18:55j'ai réussi
18:56à travailler
18:57sans contrat
18:58et j'espère
18:59qu'à travers
19:00cette mission
19:01avec, évidemment,
19:02Victoire,
19:03on va pouvoir faire
19:04office de lanceur d'alerte.
19:10Merci Vincent Mongaillard,
19:12Victoire Afring-Moulard.
19:13Cet épisode de Code Source
19:14a été produit par
19:15Pénélope Gualchirotti,
19:16Clara Garnier-Amourou
19:17et Clara Grosis.
19:19Réalisation,
19:20Julien Moncouquiol.
19:21Code Source
19:22est le podcast quotidien
19:23d'actualité du Parisien.
19:25N'oubliez pas
19:26Crime Story,
19:27chaque samedi
19:27dans Crime Story,
19:28une nouvelle affaire criminelle
19:30racontée par
19:30Claudia Prolongeau
19:31avec Damien Delsenis,
19:33le chef du service
19:34Police-Justice
19:35du Parisien.
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