- il y a 2 jours
Le 21 août 1940 à Mexico, Léon Trotski, figure de la révolution bolchévique et fondateur de la 4e Internationale, meurt assassiné sur ordre de Staline. Pendant plus de 30 ans, ces deux hommes que tout oppose, de leurs origines à leur projet pour l'URSS, se sont livrés une lutte pour le pouvoir qui s'est conclue par le bannissement puis le meurtre de Léon Trotski.
Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Sophie Coeuré et Stéphane Courtois, historiens spécialistes du communisme et de l'URSS.
Pour en parler, Jean-Pierre Gratien reçoit Sophie Coeuré et Stéphane Courtois, historiens spécialistes du communisme et de l'URSS.
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00:00:08...
00:00:15Bienvenue à tous au menu de ce débat d'hoc aujourd'hui.
00:00:18Staline Trotsky, le Tsar et le prophète.
00:00:21Un documentaire écrit par Alain Frère-Jean et réalisé par Marie-Laurence Rincet.
00:00:26Je vous laisse tout de suite le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau
00:00:30en compagnie des historiens Stéphane Courtois et Sophie Curé.
00:00:34Et avec eux, nous nous interrogerons sur l'affrontement mortel
00:00:38auquel se sont livrées ces deux figures majeures de la révolution bolchevique
00:00:42après la disparition de Lénine.
00:00:45Bon doc.
00:00:47...
00:01:00Mexico, 20 août 1940.
00:01:04Trotsky est assassiné d'un coup de piolet dans le crâne.
00:01:07Avec cette mort, prend fin à un duel au cœur du communisme.
00:01:12Staline, le maître du Kremlin, a fini par éliminer celui qui a toujours été son rival.
00:01:20Staline, Trotsky.
00:01:22Tout sépare ces deux hommes.
00:01:25Le fils du cordonnier géorgien contre l'intellectuel juif.
00:01:29Le calculateur méthodique contre l'enthousiaste brillant.
00:01:34Le cynique contre l'idéaliste.
00:01:39C'est un duel de plus de 20 ans qui vient de s'achever.
00:01:43Un duel politique.
00:01:45Un duel pour le pouvoir.
00:01:47Un duel entre deux hommes que tout oppose, mais surtout et avant tout, un duel à mort.
00:01:56Mais une question demeure.
00:01:58Pourquoi Joseph Staline a-t-il voulu exécuter Léon Trotsky,
00:02:01qu'il avait déjà écarté du pouvoir et condamné à un exil lointain ?
00:02:49Pétrograde, février 1917.
00:02:52Le tsar, Nicolas II, abdique sous la pression de la rue.
00:02:58Mais pour Lénine, le révolutionnaire, se débarrasser du tsar n'est pas suffisant.
00:03:04Il faut mettre en place un ordre nouveau.
00:03:05Le communisme.
00:03:10Il organise avec méthode la prise du pouvoir en octobre 1917.
00:03:15Elle va lui permettre de mener à bien sa révolution.
00:03:20Avec lui, deux lieutenants d'une trentaine d'années, prometteurs, mais aux qualités presque opposées,
00:03:28Joseph Staline et Léon Trotsky.
00:03:31Mais l'histoire du duel entre Staline et Trotsky a commencé dix ans plus tôt.
00:03:44Londres, 1907.
00:03:47Congrès du parti social-démocrate russe.
00:03:52Trotsky et Staline se croisent pour la première fois.
00:03:55Trotsky est à la tribune, Staline dans la salle.
00:04:00Le brio de Trotsky fascine autant qu'il exaspère le complexé camarade Staline.
00:04:06Entre eux, un poison lent commence à se distiller.
00:04:10Pour Staline, d'abord, c'est le sorti du Caucase.
00:04:13Il voit pour la première fois Londres, la métropole de l'Occident.
00:04:17Il encrope à ses yeux.
00:04:19Il est délégué à un congrès du parti social-démocrate
00:04:22où sont rassemblées toutes les vedettes dont il a entendu parler dans les journaux
00:04:26et avec lesquelles il va pouvoir s'entretenir.
00:04:29Et il a, pour Trotsky, c'est évident, une admiration
00:04:31qu'il aura du mal à cacher tout au long de sa vie.
00:04:34Il est impressionné par Trotsky.
00:04:37Donc, évidemment, Staline a remarqué Trotsky.
00:04:39Trotsky ne pouvait que lui déplaire.
00:04:40C'est un orateur extraverti, brillant, alors que lui n'était pas brillant.
00:04:47Staline était un très mauvais orateur.
00:04:49Quand on l'entend parler sur les enregistrements, c'est tout à fait extraordinaire.
00:04:53Quand il devient le chef de l'URSS, il prononce une phrase,
00:04:56il s'arrête, tout le monde applaudit.
00:05:13Il boit un verre d'eau, il reprononce une deuxième phrase,
00:05:16il s'arrête, tout le monde applaudit.
00:05:17C'est absolument extraordinaire, on a l'impression d'une espèce de mécanique.
00:05:24Physiquement, Staline partait avec un grand handicap.
00:05:27Il était vérolé, il était petit.
00:05:29Et puis, Trotsky, évidemment, c'était un personnage physiquement d'une très grande stature d'emblée.
00:05:40Révolutionnaires tous les deux,
00:05:41Staline et Trotsky combattent le régime tsariste en empruntant des pseudonymes.
00:05:45Joseph Vissarionovitch Dugashvili se fait appeler Staline, l'homme de fer.
00:05:51Tout un programme.
00:05:53De son côté, Lev Davidovitch Bronstein se cache sous l'identité de Léon Trotsky.
00:05:59L'un et l'autre rêvent de changer la société.
00:06:02Mais, socialement, tous les opposent.
00:06:07Trotsky a eu une enfance, entre guillemets, heureuse.
00:06:10Dans une famille où il était parfaitement intégré,
00:06:14qui s'occupait de lui, on lui faisait faire des études,
00:06:17on lui prévoyait un grand avenir, etc.
00:06:19Alors que Staline, lui, véritablement, il est quasiment né dans le caniveau, presque.
00:06:25Vraiment, les spectacles de violence, il n'a pas eu besoin de sortir de chez lui pour les avoir.
00:06:29Un père alcoolique qui le frappe violemment, etc.
00:06:33Le cas de Staline est très intéressant dans la social-démocratie russe,
00:06:37qui donnera le parti bolchevique.
00:06:39C'est pratiquement le seul bolchevique,
00:06:42et d'ailleurs le seul social-démocrate, qui est issu du peuple.
00:06:45Tous les autres étaient issus de familles intellectuelles, de fonctionnaires.
00:06:51Staline ne sera jamais tout à fait comme eux.
00:06:52Ils auront toujours le sentiment qu'il n'a pas reçu la même éducation,
00:06:56qui n'est pas des leurs.
00:07:01Staline et Trotsky ont tous les deux grandi dans une Russie, dominée par le Tsar.
00:07:07Depuis des siècles, ce régime autocratique nourrit bien des inégalités.
00:07:12L'immense majorité de la population, essentiellement des paysans,
00:07:17vit dans des conditions sociales et économiques très dures.
00:07:21Le pays rêve d'une autre société.
00:07:28Staline a 20 ans quand il débute sa carrière de révolutionnaire.
00:07:31Trotsky, 17.
00:07:33Mais leur combat prend des formes radicalement différentes.
00:07:38Par sa culture et sa formation,
00:07:40Trotsky a une vision plus intellectuelle de la révolution.
00:07:44Il aime débattre,
00:07:45il élabore des théories sur la manière de prendre le pouvoir.
00:07:50Son analyse se nourrit auprès des grandes figures européennes
00:07:53du socialisme et du marxisme qu'il rencontre régulièrement.
00:07:59Trotsky est en exil.
00:08:01Et en exil, il vit dans un milieu socialiste,
00:08:05j'allais dire, de haut niveau.
00:08:07D'abord, il circule dans toute l'Europe
00:08:08et il fréquente couramment tous les grands socialistes européens.
00:08:13Il a une vie, j'allais presque dire,
00:08:15une vie mondaine socialiste.
00:08:18C'est en exil à Londres
00:08:19que Trotsky fait la connaissance de Lénine,
00:08:21dont il devient l'un des collaborateurs.
00:08:24Ses voyages,
00:08:26ses longues discussions avec les intellectuels étrangers
00:08:28ont poussé Trotsky à penser la révolution à l'échelle mondiale.
00:08:33Pour lui,
00:08:34la prise de pouvoir ne peut se faire dans un seul pays.
00:08:46A l'opposé,
00:08:48Staline le Géorgien reste un provincial,
00:08:50un homme volontiers méprisé par l'intelligentsia socialiste.
00:08:53Sa seule priorité est la révolution en Russie.
00:08:57Pour Lénine,
00:08:58le camarade Staline est un peu l'exécuteur des bases œuvres.
00:09:01Son passé de délinquant est habilement utilisé pour renflouer les caisses du parti.
00:09:06Staline ne recule devant rien.
00:09:08Raquettes,
00:09:09sabotage
00:09:10et hold-up.
00:09:12C'est le roi révolutionnaire du Caucase.
00:09:14On joue au chat-la-souris avec la police.
00:09:16On fait des coups fumants.
00:09:18On fait des hold-up.
00:09:19On fait du racket révolutionnaire.
00:09:21On fait de l'assassinat, etc.
00:09:23Et puis,
00:09:24il joue un rôle très important
00:09:25parce qu'avec ses hold-up,
00:09:27avec son racket révolutionnaire,
00:09:28il ramasse l'argent
00:09:29qui va permettre à la fraction bolchevique en exil
00:09:32de survivre.
00:09:33Parce que quand vous êtes en exil
00:09:35et que vous n'avez aucun revenu,
00:09:37comment vous faites ?
00:09:38C'est pour ça que Lénine le qualifie de merveilleux géorgien.
00:09:41Le merveilleux géorgien qui ramène des sous.
00:09:44C'est formidable.
00:09:49En 1913,
00:09:50Staline et Trotsky se croissent à nouveau.
00:09:53Cette fois-ci à Vienne.
00:09:55Et cette rencontre confirme la première impression de Staline.
00:09:58Il se sent méprisé.
00:10:00Dans sa volonté d'éliminer Trotsky,
00:10:03il y a de la part de Staline
00:10:04un complexe.
00:10:07Une vexation originelle
00:10:08jamais surmontée.
00:10:12L'heure de la révolution approche.
00:10:15Si Staline et Trotsky sont désormais
00:10:16l'un comme l'autre au service de Lénine,
00:10:19on sait déjà que bien au-delà
00:10:20de l'idéal commun qui les unit,
00:10:22tous les opposent.
00:10:351917 constitue une année charnière
00:10:36dans l'histoire de la Première Guerre mondiale.
00:10:39La Russie qui se bat aux côtés de la France
00:10:40et de l'Angleterre
00:10:41est affaiblie par un conflit
00:10:43qui dure depuis trois ans.
00:10:49Les soldats se révoltent.
00:10:521917, c'est l'année des mutineries dans les tranchées
00:10:54et c'est le début de la révolution russe.
00:11:00En février,
00:11:02les grèves et les manifestations
00:11:03se multiplient à Pétrograde.
00:11:07Le tsar est contraint d'abdiquer.
00:11:10Un gouvernement provisoire est mis en place
00:11:13mais il est renversé quelques mois plus tard
00:11:15par les bolcheviques.
00:11:17En octobre,
00:11:19Lénine prend la tête
00:11:20du premier régime communiste de l'histoire.
00:11:23Autour de lui,
00:11:24il a su fédérer des hommes brillants,
00:11:26des révolutionnaires.
00:11:27Il y a Trotsky, bien sûr,
00:11:30mais aussi Lev Kamenev,
00:11:32Grégory Zinoviev,
00:11:36et Nikolai Bukharin.
00:11:40Staline,
00:11:41l'homme du peuple,
00:11:43tranche parmi ses intellectuels.
00:11:46Face à ce nouveau régime,
00:11:47les partisans du tsar rêvent
00:11:49de reprendre le pouvoir.
00:11:51Une guerre civile va les opposer aux bolcheviques
00:11:53pendant cinq ans.
00:11:55Dans cette bataille,
00:11:57Lénine a compris qu'il avait besoin
00:11:58de l'éloquence et du charisme de Trotsky.
00:12:02Staline, lui,
00:12:03est relégué au second plan.
00:12:09Trotsky a d'éminentes qualités.
00:12:11Quelles sont ses qualités ?
00:12:12Un grand orateur,
00:12:14un grand révolutionnaire,
00:12:16un grand entraîneur d'hommes,
00:12:17un type qui, physiquement,
00:12:19n'a peur de rien.
00:12:20Il se promène avec son train blindé
00:12:22sur le front, etc.,
00:12:23de la guerre civile.
00:12:24ce n'est pas son problème.
00:12:26Bon.
00:12:27Mais de son côté,
00:12:28Staline,
00:12:29attention,
00:12:30Staline,
00:12:30lui,
00:12:31il mène ses petites affaires.
00:12:33Dans les congrès du parti bolchevique
00:12:35ou des soviets,
00:12:35Trotsky arrivait,
00:12:37il soulevait la foule
00:12:38par un art oratoire consommé,
00:12:40les gens l'applaudissaient,
00:12:41il était déjà parti.
00:12:42Et Staline,
00:12:43il faisait les poignées de main,
00:12:45il s'occupait du militant de base,
00:12:48il s'intéressait à son sort,
00:12:49il connaissait son nom même.
00:12:51Bref,
00:12:51toute chose
00:12:52auxquelles Trotsky
00:12:53était totalement étranger.
00:12:55Et donc,
00:12:56effectivement,
00:12:56Staline passait
00:12:57pour un brave type.
00:12:58Il faut rappeler
00:12:59que Staline,
00:13:00dès que les bolcheviques
00:13:02se transportent
00:13:03de Saint-Pétersbourg
00:13:04à Moscou
00:13:05au printemps 1918
00:13:06et s'installent au Kremlin,
00:13:08Staline a immédiatement
00:13:09ses appartements au Kremlin.
00:13:10Il travaille
00:13:11dans le bureau
00:13:11mitoyen de Lénine.
00:13:13Donc,
00:13:13c'est vraiment,
00:13:14et ce n'est pas par hasard
00:13:15que Lénine
00:13:15va le nommer secrétaire général.
00:13:17C'est,
00:13:18voilà,
00:13:18c'est l'homme du parti
00:13:19et qui colle à Lénine.
00:13:22Et Staline,
00:13:23à partir de ce poste,
00:13:25va ainsi,
00:13:27petit à petit,
00:13:28tisser tout un réseau
00:13:29de relations
00:13:30qui vont lui permettre
00:13:31d'avoir la mainmise
00:13:33sur les cadres du parti
00:13:35et sur la nomination
00:13:36des cadres.
00:13:40Staline comprend l'intérêt
00:13:42qu'il va pouvoir tirer
00:13:42du parti.
00:13:44Mais pour l'heure,
00:13:45le héros de la révolution
00:13:46et de la guerre civile,
00:13:48c'est Trotsky.
00:13:50Il parcourt des milliers
00:13:51de kilomètres
00:13:52pour mobiliser les troupes
00:13:53qui vont former
00:13:54l'armée rouge.
00:14:02À bord de son train blindé,
00:14:05Trotsky sillonne le pays
00:14:06et utilise l'arme
00:14:07qu'il manie le mieux,
00:14:08les mots.
00:14:11Il redonne l'espoir
00:14:12aux rouges,
00:14:13tout en démoralisant
00:14:14les contre-révolutionnaires,
00:14:15les blancs.
00:14:22Pour Trotsky,
00:14:23ce train est autant
00:14:24une arme de guerre
00:14:25qu'une arme de propagande.
00:14:28Chaque jour,
00:14:30il écrit un journal
00:14:30qu'il fait imprimer à bord
00:14:32et distribuer le long
00:14:33du parcours.
00:14:37En vrai chef de guerre,
00:14:39il partage le quotidien
00:14:40des militaires,
00:14:41les encourage,
00:14:42les récompense.
00:14:48Mais Trotsky use aussi
00:14:49de la force
00:14:50et de la répression
00:14:50pour contraindre les hommes
00:14:51à s'engager dans l'armée rouge
00:14:52qui passe d'un million
00:14:54de soldats en 1918
00:14:56à 5 millions
00:14:56deux ans plus tard.
00:14:58Il n'hésite pas
00:14:59à faire fusiller
00:15:00tous ceux
00:15:00qui s'opposent
00:15:01à son combat.
00:15:11Fort de son succès
00:15:13en Russie,
00:15:14Trotsky espère étendre
00:15:15la révolution
00:15:15à toute l'Europe.
00:15:17En 1920,
00:15:18il lance une offensive
00:15:20sur l'armée polonaise
00:15:20à Varsovie,
00:15:21alliée aux contre-révolutionnaires
00:15:23blancs.
00:15:26Alors que la victoire
00:15:27est toute proche,
00:15:29Staline va
00:15:29contre-caresser
00:15:30ses plans.
00:15:33L'armée rouge attaque
00:15:34sous les ordres
00:15:35de Trotsky,
00:15:36qui est le chef
00:15:36de l'armée rouge,
00:15:37et de Tukhachevski,
00:15:38qui est le général
00:15:39en chef,
00:15:40attaque d'est en ouest
00:15:42directement sur Varsovie
00:15:43et au sud,
00:15:44il y a une colonne
00:15:45qui doit remonter
00:15:46du sud
00:15:47directement sur Varsovie
00:15:48qui est sous la direction
00:15:49de Staline.
00:15:50Or Staline
00:15:50n'en fait qu'à sa tête
00:15:52comme d'habitude
00:15:52et au lieu de foncer
00:15:54sur Varsovie
00:15:56pour prendre
00:15:57les polonais
00:15:57en tenaille,
00:15:58il s'arrête
00:15:58devant une ville
00:15:59qui va mettre le siège.
00:16:00Il va mettre le siège.
00:16:01Résultat,
00:16:01il n'est pas au rendez-vous
00:16:02comme on dit.
00:16:05Plutôt que d'obéir
00:16:06aux ordres,
00:16:07Staline veut remporter
00:16:08une victoire personnelle
00:16:09en essayant de prendre
00:16:10la ville polonaise
00:16:11de Lvov.
00:16:14Son entêtement
00:16:14va conduire
00:16:15les soviétiques
00:16:15à la défaite.
00:16:17Ils devront ensuite
00:16:18faire d'importantes
00:16:18concessions territoriales
00:16:20à la Pologne.
00:16:22Entre Staline
00:16:22et Trotsky,
00:16:23cet épisode sonne
00:16:24comme une déclaration
00:16:25de guerre.
00:16:27Et là,
00:16:28il y a des accrochages
00:16:29violents
00:16:29qui expliquent la suite.
00:16:31Parce qu'évidemment,
00:16:33Lénine va demander
00:16:34des comptes
00:16:34sur cette affaire
00:16:35et donc Trotsky
00:16:36va faire un rapport
00:16:37très critique
00:16:38sur Staline.
00:16:39Tout Kaczewski
00:16:40va faire un rapport
00:16:41très critique
00:16:41sur Staline.
00:16:42Inutile de dire
00:16:43que le camarade Staline
00:16:44réglera les comptes
00:16:4515 ans plus tard.
00:16:50Staline rumine
00:16:50sa vengeance.
00:16:51Mais pour l'heure,
00:16:53il doit serrer les dents.
00:16:58Trotsky est parvenu
00:16:59à asseoir
00:17:00le pouvoir bolchevique
00:17:01dans tout le pays.
00:17:03L'armée rouge
00:17:04est venue à bout
00:17:04des soldats partisans
00:17:05de l'ancien régime
00:17:06tsariste,
00:17:07les Blancs.
00:17:13Mais cet épisode
00:17:14a aussi réduit
00:17:15la Russie
00:17:15à un champ de ruines.
00:17:20En 1921,
00:17:22après une terrible sécheresse,
00:17:23la famine ravage
00:17:25tout le sud du pays
00:17:26et fait un million
00:17:27et demi de morts.
00:17:35Pourtant,
00:17:36au sein du parti,
00:17:37Trotsky est au sommet
00:17:38de sa popularité.
00:17:42Il apparaît comme
00:17:43l'héritier naturel
00:17:43de Lénine,
00:17:45gravement malade
00:17:45et dont la succession
00:17:46va bientôt s'ouvrir.
00:17:50Au poste de secrétaire général,
00:17:52Staline sait
00:17:52qu'il ne fait pas partie
00:17:53des favoris.
00:17:55Mais il a déjà réfléchi
00:17:56à la manière
00:17:56de revenir dans la course.
00:18:06Staline,
00:18:06qui est moins brillant
00:18:07que les autres,
00:18:07est en même temps
00:18:08un remarquable stratège.
00:18:10Et pas seulement
00:18:10un remarquable pragmatique,
00:18:12mais c'est un remarquable stratège.
00:18:14Il a une véritable stratégie
00:18:15de la formation,
00:18:16et ce n'est pas seulement
00:18:17un symbole,
00:18:18de la formation
00:18:19d'un mythe de Lénine
00:18:20dans lequel il va se glisser.
00:18:24Créer un mythe de Lénine,
00:18:26voilà l'idée machiavélique,
00:18:28fomentée par Staline
00:18:29pour déjouer toutes les critiques
00:18:30et gagner la bataille
00:18:32contre Trotsky.
00:18:34Et cela va se jouer
00:18:35en deux temps.
00:18:37Le premier acte se déroule
00:18:38le jour des obsèques de Lénine.
00:18:40Victime de trois attaques cérébrales
00:18:42qui l'ont laissé très affaibli,
00:18:43le fondateur de la Russie soviétique
00:18:46s'éteint le 21 janvier 1924.
00:18:49Il a 53 ans.
00:18:54À Gorky, près de Moscou,
00:18:57une foule impressionnante
00:18:58vient rendre hommage
00:18:59aux révolutionnaires.
00:19:04Ses fidèles compagnons
00:19:05sont là également.
00:19:06Kamenev, Zinoviev,
00:19:09Bukharin.
00:19:19Avec Staline,
00:19:20il porte le cercueil.
00:19:23Ses trois bolcheviques,
00:19:25vieux amis de Lénine,
00:19:26peuvent aussi prétendre
00:19:27à sa succession.
00:19:31Mais ce qu'ils ne savent pas encore,
00:19:33c'est que Staline compte
00:19:35s'appuyer sur eux
00:19:35pour prendre le pouvoir
00:19:36et qu'il leur réserve ensuite
00:19:38un destin funeste.
00:19:41Un seul cadre du parti
00:19:43manque à l'appel,
00:19:44c'est Trotsky.
00:19:48Trotsky était assez gravement malade
00:19:50à ce moment-là.
00:19:51Il se soignait au Caucase
00:19:52dans une station balnéaire.
00:19:54Et on sait aujourd'hui,
00:19:56et on a su dès l'époque,
00:19:57que Staline lui avait menti,
00:19:58il lui avait dit
00:19:59ne rentre pas, ça ne sert à rien,
00:20:00on va inhumer tout de suite Lénine.
00:20:02Alors que justement,
00:20:03la décision venait d'être prise
00:20:04de lui construire un mausolée.
00:20:06Et donc,
00:20:08Trotsky a obéi,
00:20:09a s'est dit qu'effectivement,
00:20:11c'était trop tard
00:20:12et il fallait à cette époque-là
00:20:12plusieurs jours de train
00:20:13pour revenir.
00:20:15Et donc,
00:20:16il a pris la décision,
00:20:17lourde de conséquences historiquement,
00:20:19de ne pas revenir.
00:20:33Staline,
00:20:34il a organisé
00:20:35ces funérailles
00:20:37absolument extraordinaires.
00:20:38C'était un fait nouveau.
00:20:40On n'était pas dans le système impérial,
00:20:42on était dans un système révolutionnaire.
00:20:44L'embaumement de Lénine
00:20:45pour l'exposer,
00:20:47pour l'éternité,
00:20:48aux yeux d'un peuple ébloui
00:20:50et des peuples éblouis,
00:20:52c'est une idée tout à fait aberrante.
00:20:55Et c'est Staline qui l'a.
00:20:57La veuve de Lénine,
00:20:59c'est insurgé
00:20:59contre l'embaumement,
00:21:01contre les funérailles,
00:21:01contre tout.
00:21:02C'est là que Staline a dit
00:21:04« Attention,
00:21:06je peux trouver
00:21:06une autre veuve de Lénine immédiatement. »
00:21:09Et oui,
00:21:10ça a été une menacée.
00:21:12Pas implicite,
00:21:13pas...
00:21:14Non, ça a été dit.
00:21:16Ça a été fini.
00:21:20Krupskaya,
00:21:21la veuve de Lénine,
00:21:22est contrainte de se plier
00:21:24à toutes les décisions de Staline.
00:21:27Le deuxième acte de sa prise de pouvoir
00:21:29se joue avec le testament de Lénine.
00:21:33Le 23 mai 1924,
00:21:35quatre mois après les obsèques,
00:21:37s'ouvre à Moscou
00:21:38le 13e congrès du Parti communiste.
00:21:41C'est Staline qui lit le document.
00:21:45Quelques mois avant sa disparition,
00:21:47se sachant condamné,
00:21:48le père de la Révolution
00:21:50a dicté quelques notes
00:21:51à sa secrétaire.
00:21:52Sans désigner explicitement
00:21:54son successeur,
00:21:56Lénine a donné son avis
00:21:57sur les qualités
00:21:57et les défauts des bolcheviques
00:21:59susceptibles de le remplacer.
00:22:03Voilà ce qu'il dit.
00:22:04Le camarade Staline,
00:22:06devenu secrétaire général,
00:22:07je vous rappelle que c'est Lénine
00:22:09qui a nommé Staline secrétaire général,
00:22:11début 1922,
00:22:12quelques mois plus tôt.
00:22:13Le camarade Staline,
00:22:14devenu secrétaire général,
00:22:15a concentré entre ses mains
00:22:17un pouvoir illimité.
00:22:19C'est fort.
00:22:20Et il continue,
00:22:21et je ne suis pas sûr
00:22:22qu'il puisse toujours s'en servir
00:22:24avec assez de circonspection.
00:22:27La suite montrera qu'effectivement.
00:22:29Le paradoxe,
00:22:30c'est que c'est sans doute Lénine
00:22:32dans son testament
00:22:33qui met en avant
00:22:35le caractère dangereux de Staline
00:22:37alors que la figure de Staline
00:22:39est encore une figure de second plan
00:22:41pour les autres dirigeants bolcheviques.
00:22:44Et que le conflit
00:22:45pour la succession au départ
00:22:46ne se joue pas entre Staline et Trotsky.
00:22:48Elle se joue entre Trotsky,
00:22:51Zinoviev, Kamenev, Bukharin.
00:22:52Et que Staline est à ce moment-là
00:22:55encore à l'arrière-plan.
00:22:58Là, on est entre le 23 et le 31 décembre.
00:23:01Et voilà que le 4 janvier,
00:23:02donc, 8 jours plus tard,
00:23:05Lénine se reprend
00:23:06et ce sera sa dernière expression
00:23:07sur l'affaire.
00:23:08C'est quand même extraordinaire.
00:23:09Voilà ce qu'il dit.
00:23:10Staline est trop brutal.
00:23:12Il serait peut-être temps
00:23:13de s'en apercevoir
00:23:13au milieu de tous ces bolcheviques
00:23:15extrêmement brutaux.
00:23:17Staline est trop brutal
00:23:18et ce défaut,
00:23:19parfaitement tolérable
00:23:20dans notre milieu
00:23:21et dans les relations
00:23:22entre nous communistes,
00:23:23ne l'est plus
00:23:24dans les fonctions
00:23:25de secrétaire général.
00:23:26Je propose donc aux camarades
00:23:29d'étudier un moyen
00:23:30pour démettre Staline.
00:23:35Dans ce testament,
00:23:37Lénine se montre
00:23:38beaucoup plus clément
00:23:38avec Trotsky.
00:23:40Certes,
00:23:41il lui reproche
00:23:42son excès d'assurance,
00:23:43mais il salue aussi
00:23:44ses qualités intellectuelles.
00:23:46Il le présente
00:23:47comme l'homme
00:23:48le plus capable
00:23:48du comité central.
00:23:51Pourtant,
00:23:52Trotsky ne va tirer
00:23:53aucun bénéfice
00:23:54de l'appréciation de Lénine.
00:23:56Contre toute attente,
00:23:57c'est Staline
00:23:58qui pousse l'avantage.
00:24:02Staline est très malin.
00:24:03Il fait une mise en scène
00:24:05de la révélation
00:24:06du testament de Lénine
00:24:08et il dit,
00:24:09voilà, camarade,
00:24:10voilà,
00:24:10les dernières paroles
00:24:11du camarade Lénine,
00:24:13etc.
00:24:14dont le camarade Lénine
00:24:16a proposé
00:24:17que je sois démis
00:24:17de mes fonctions.
00:24:19Donc,
00:24:19je vous propose
00:24:20de me démettre
00:24:20de mes fonctions.
00:24:21Évidemment,
00:24:22comme c'est lui
00:24:22qui a fait le congrès,
00:24:23tout le congrès,
00:24:24camarade Staline,
00:24:25non, non, non,
00:24:25restez avec nous.
00:24:28Sympathique,
00:24:28mise en scène.
00:24:29Et dans cette ambiance-là,
00:24:31Trotsky est coincé.
00:24:32Voilà ce qu'il déclare,
00:24:33ce qu'il le ficelle
00:24:34définitivement.
00:24:36Aucun de nous
00:24:37ne peut ni ne veut
00:24:38avoir raison
00:24:39contre son parti.
00:24:40En dernière analyse,
00:24:41c'est toujours
00:24:42le parti qui a raison,
00:24:44évidemment.
00:24:44Si le parti est tenu
00:24:45par Staline,
00:24:46eh bien c'est Staline
00:24:48qui aura toujours raison.
00:24:57À partir de là,
00:24:58il crée véritablement
00:24:59une sorte de héritage
00:25:01de Lénine.
00:25:02Il crée véritablement
00:25:03la pensée de Lénine.
00:25:05Ça peut être là
00:25:07comme ça,
00:25:07la pensée de Marx,
00:25:08Engels,
00:25:09Lénine.
00:25:10Et s'ajoutera Staline.
00:25:17Alors que Lénine
00:25:18lui-même
00:25:18recommandait
00:25:19la plus grande
00:25:19méfiance à son égard,
00:25:21Staline réussit
00:25:22le tour de force
00:25:22d'apparaître
00:25:23comme son héritier.
00:25:26Trotsky commence
00:25:26à comprendre
00:25:27qu'il a sous-estimé
00:25:28Staline
00:25:29et il n'est pas
00:25:30au bout
00:25:30de ses surprises.
00:25:43En 1926,
00:25:45Staline et Trotsky
00:25:46se retrouvent
00:25:46à l'enterrement
00:25:47d'un ancien bolchevik,
00:25:49Dzerzhinsky,
00:25:49un de leurs proches.
00:25:57Staline marche devant.
00:25:59Trotsky
00:26:00est plus en retrait.
00:26:07Celui qui a mené
00:26:08la révolution
00:26:09dix ans plus tôt
00:26:09sait sans doute
00:26:10que ses jours
00:26:11au sein du parti
00:26:11sont désormais comptés.
00:26:15C'est la dernière fois
00:26:16que Staline et Trotsky
00:26:16apparaissent ensemble
00:26:17en public.
00:26:19Maintenant que la guerre civile
00:26:20a fait des millions
00:26:21de morts,
00:26:22Staline,
00:26:23comme la plupart
00:26:23des bolcheviques,
00:26:24a abandonné
00:26:25l'idée
00:26:25de la révolution mondiale.
00:26:28En revanche,
00:26:29pour Trotsky,
00:26:30elle reste une idée fixe.
00:26:32Il veut reprendre
00:26:33les armes.
00:26:36Staline, lui,
00:26:37a compris que
00:26:38dans le pays
00:26:38comme dans le parti communiste,
00:26:40l'heure n'est pas
00:26:40à l'exportation
00:26:41de la révolution.
00:26:43C'est parce que
00:26:44cet appareil
00:26:45veut vivre tranquille.
00:26:47Il veut bénéficier
00:26:48des avantages
00:26:48que Staline,
00:26:49en tant que secrétaire
00:26:50du Comédie centrale,
00:26:51lui attribue,
00:26:53qui sont
00:26:53des avantages matériels.
00:26:55Et c'est des avantages
00:26:56matériels
00:26:56dans un pays
00:26:57qui a faim.
00:26:58Ce qu'il faut rappeler
00:26:59que l'URSS
00:27:00est un pays
00:27:00qui a toujours
00:27:01connu la pénurie.
00:27:02Donc le fait
00:27:03d'avoir un poste
00:27:04où vous avez
00:27:05des avantages matériels,
00:27:06où vous avez
00:27:07un petit paquet
00:27:07d'alimentation
00:27:09tous les mois,
00:27:10où vous avez
00:27:10un salaire double,
00:27:12puis triple,
00:27:12puis quadruple,
00:27:13etc.,
00:27:14c'est très important.
00:27:16Et qu'est-ce que
00:27:16Stroski leur dit
00:27:17à ces gens-là ?
00:27:18Il leur dit
00:27:18qu'il faut aider
00:27:18la révolution en Allemagne,
00:27:20il faut aider
00:27:21la révolution en Chine,
00:27:22il faut aider
00:27:22la révolution en Angleterre.
00:27:24Mais non,
00:27:25laisse-nous vivre tranquille.
00:27:26C'est le prof
00:27:27de tout appareil.
00:27:28Vive tranquille.
00:27:28Staline,
00:27:29il avait
00:27:31une très bonne connaissance
00:27:32des ressorts
00:27:33de la psychologie humaine.
00:27:34Et je pense
00:27:35qu'il savait flatter
00:27:36chez un certain nombre
00:27:37de personnes
00:27:38qui étaient plus ou moins
00:27:39de même type que lui,
00:27:40des ressorts,
00:27:41des ressorts d'ambition,
00:27:42des ressorts de jalousie,
00:27:44d'envie,
00:27:45des ressorts de violence.
00:27:47Et qu'il savait faire ressortir
00:27:48chez toutes ces personnes-là
00:27:51ces traits psychologiques
00:27:52qui les poussaient à agir
00:27:54et qui les poussaient à agir
00:27:55dans le sens
00:27:56des intérêts de Staline.
00:27:59Pour atteindre
00:28:00le sommet du parti,
00:28:02Staline va s'appuyer
00:28:03sur les membres
00:28:03du bureau politique
00:28:04et les liguer
00:28:05les uns contre les autres.
00:28:07Il parvient d'abord
00:28:08à convaincre Zinoviev
00:28:09et Kamenev
00:28:10de faire équipe
00:28:11avec lui
00:28:12pour écarter Trotsky.
00:28:15Puis la manipulation continue.
00:28:17Il monte Bukharin
00:28:18contre Trotsky,
00:28:19Zinoviev et Kamenev.
00:28:22Dissimulateur hors pair,
00:28:23il parvient ainsi,
00:28:24lentement mais sûrement,
00:28:26à écarter
00:28:27de sa route
00:28:27les anciens révolutionnaires
00:28:28polchéviques.
00:28:32Dans le même temps,
00:28:34il profite de son poste
00:28:35de secrétaire général
00:28:36pour nommer des hommes
00:28:37à sa botte.
00:28:39Il va même jusqu'à organiser
00:28:40une promotion lénine
00:28:41pour ouvrir aux militants
00:28:43de base
00:28:43les portes du parti
00:28:45jusque-là réservées
00:28:45à l'élite de 1917.
00:28:50En fait, c'était un poste-clé
00:28:51puisque ça a permis
00:28:52à Staline,
00:28:53par toute une succession
00:28:54de nominations
00:28:55très bien orientées,
00:28:56de remplacer progressivement
00:28:57ceux qui avaient fait
00:28:59la révolution
00:28:59et surtout la guerre civile
00:29:01par un certain nombre
00:29:02d'affidés
00:29:02qui lui devaient leur carrière,
00:29:03qui devaient non pas leur carrière
00:29:04à leurs exploits révolutionnaires,
00:29:07mais au fait du prince,
00:29:08déjà,
00:29:08le prince de Moscou,
00:29:09Staline.
00:29:12Staline s'est créé
00:29:13une cour de fidèles.
00:29:15Trotsky a beau dénoncer
00:29:16la bureaucratisation du parti,
00:29:18il a beau critiquer Staline
00:29:19parce qu'il est un homme
00:29:20de l'appareil,
00:29:21il est trop tard.
00:29:24Le piège du tsar
00:29:25se referme implacablement
00:29:27sur le prophète.
00:29:31Trotsky a été victime
00:29:33certainement de lui-même,
00:29:35c'est-à-dire à la fois
00:29:36de son intelligence remarquable,
00:29:39de son côté brillant
00:29:40qui l'a conduit
00:29:41incontestablement,
00:29:42comme d'autres,
00:29:43à sous-estimer Staline.
00:29:46Trotsky disait
00:29:46c'est une médiocrité.
00:29:48C'était comme ça
00:29:49qu'il qualifiait Staline.
00:29:50Jamais on a vu
00:29:51dans l'histoire
00:29:52une telle pléiade
00:29:53d'esprits brillants,
00:29:56cultivés,
00:29:58extraordinaires,
00:29:59attachés à un même dessin.
00:30:00Détruire l'ordre ancien
00:30:01et fonder un ordre nouveau.
00:30:02Très bien.
00:30:04Et parmi eux,
00:30:05il y avait la médiocrité.
00:30:06Et c'est la médiocrité
00:30:07qui l'a emporté.
00:30:12En 1927,
00:30:14Staline solde son différent
00:30:15avec Trotsky.
00:30:16Il l'exclut du parti.
00:30:22Trotsky est ensuite envoyé
00:30:23manu militari
00:30:24à Al-Mahata,
00:30:25au fin fond du Kazakhstan.
00:30:30Staline veut se débarrasser
00:30:32de son rival,
00:30:32mais il ne peut pas le tuer.
00:30:35Pas encore.
00:30:38Dix ans à peine
00:30:39après la révolution russe,
00:30:41personne au sein du parti
00:30:42ne comprendrait
00:30:42une telle décision.
00:30:45Puis Staline
00:30:45exile Trotsky
00:30:46en le chassant
00:30:47d'Union soviétique.
00:30:51Trotsky ne sait pas alors
00:30:52qu'il ne reviendra
00:30:53jamais dans son pays.
00:30:56si la partie
00:30:57semble gagner
00:30:58pour Staline,
00:30:58l'affrontement
00:31:00entre les deux hommes
00:31:00est loin d'être terminé.
00:31:04Le duel
00:31:05va se poursuivre
00:31:05à distance.
00:31:29En février 1929,
00:31:32Trotsky arrive en Turquie,
00:31:33dans l'archipel
00:31:35de Principio
00:31:35au large d'Istanbul.
00:31:39Sa femme Nathalia
00:31:40l'accompagne.
00:31:42Son fils Léon Sédhoff
00:31:43est là aussi.
00:31:49Trotsky pense que Staline
00:31:51a choisi de l'expulser
00:31:52en Turquie
00:31:52pour l'isoler davantage
00:31:54et le réduire
00:31:54à l'impuissance.
00:31:57Il ne connaît personne
00:31:58dans ce pays
00:31:58dont il ne parle pas
00:31:59la langue.
00:32:03Mais Trotsky
00:32:04ne se décourage pas
00:32:05pour autant.
00:32:07Dès le mois
00:32:07de juillet 1929,
00:32:09il crée le bulletin
00:32:10de l'opposition
00:32:11dans lequel il va
00:32:12dénoncer l'attitude
00:32:12et la politique
00:32:14de Staline.
00:32:17Le paradoxe,
00:32:19c'est qu'à partir
00:32:19du moment
00:32:20où il est exilé,
00:32:22éliminé politiquement,
00:32:23pense-t-on,
00:32:24en réalité,
00:32:25Trotsky va
00:32:25continuer son action
00:32:27et son activité
00:32:28dans les années 30
00:32:29et être un des points
00:32:31de référence
00:32:31et le seul
00:32:32qui se construit
00:32:33comme tel
00:32:34face à Staline
00:32:37et au pouvoir
00:32:37d'État russe.
00:32:38Parce que s'il est exilé,
00:32:40ce n'est pas simplement
00:32:41parce qu'on veut
00:32:42se débarrasser de lui
00:32:43parce qu'il est gênant,
00:32:44mais parce qu'il refuse
00:32:45les compromis politiques
00:32:47ou il refuse
00:32:47de se taire.
00:32:52Trotsky essaie
00:32:52de porter une parole
00:32:53d'opposant,
00:32:54mais depuis l'étranger,
00:32:55il a moins de chances
00:32:56d'être entendu
00:32:56en URSS.
00:33:04Staline,
00:33:04le petit bandit
00:33:05du Caucase
00:33:06auquel personne
00:33:07ne prêtait attention,
00:33:08devient le maître
00:33:09incontesté
00:33:09de l'Union soviétique.
00:33:12Il se fait appeler
00:33:14le petit père des peuples,
00:33:16une expression
00:33:16jadis réservée
00:33:17aux tsars.
00:33:31Peu à peu,
00:33:32il met en place
00:33:32sa politique,
00:33:34ses réseaux
00:33:34et ses hommes
00:33:35pour tenir d'une main
00:33:36de fer
00:33:36l'URSS.
00:33:40Staline s'est affranchi
00:33:40de toute opposition
00:33:42et désormais,
00:33:43son objectif
00:33:43est d'industrialiser
00:33:44le pays
00:33:44le plus rapidement possible
00:33:46pour qu'il puisse résister
00:33:47en cas de nouvelle guerre.
00:33:53En quelques années,
00:33:55Staline va totalement
00:33:56changer le visage
00:33:57de l'Union soviétique.
00:33:58Il fait construire
00:33:59le métro de Moscou,
00:34:02implanter des villes nouvelles,
00:34:04creuser des canaux
00:34:05et élever des barrages.
00:34:08Tout cela participe
00:34:09de l'édification
00:34:10du socialisme.
00:34:14L'aura qu'il offre
00:34:15à l'Union soviétique
00:34:16connaît un écho enthousiaste
00:34:18dans la plupart
00:34:18des partis communistes
00:34:19de l'Europe occidentale,
00:34:21principalement en Italie
00:34:22et en France.
00:34:28Nous avons la volonté
00:34:30d'aller plus loin
00:34:31jusqu'à la République française
00:34:33des soviets
00:34:33que nous ferons triompher
00:34:35sous le drapeau
00:34:36de l'international communiste
00:34:37sous la panière invincible
00:34:39de Marx, Engels,
00:34:41Lénine, Staline.
00:34:42Nous savons
00:34:43que la bataille sera rude
00:34:44mais nous sommes sûrs
00:34:46de la victoire
00:34:46et nous ne craignons pas
00:34:48à l'appel de Dimitrov
00:34:50d'affronter
00:34:51les flots tumultueux
00:34:52car à la barre
00:34:54de notre navire
00:34:55est entre les mains
00:34:56ferme du plus grand
00:34:57des pilotes
00:34:58de notre cher
00:34:58et grand Staline.
00:35:07Aucun secrétaire
00:35:08d'un parti communiste
00:35:09à cette époque-là
00:35:09dès le début des années 30
00:35:11ne peut être nommé
00:35:12sans l'accord de Moscou.
00:35:13C'est soit Staline
00:35:14personnellement
00:35:15qui vise ça,
00:35:16soit son secrétariat.
00:35:17Ils choisissent en général
00:35:18avec beaucoup de soin
00:35:20un secrétaire
00:35:21sur lequel
00:35:22par rapport auquel
00:35:23ils aient un petit élément
00:35:24compromettant
00:35:24qu'ils peuvent utiliser
00:35:26contre lui.
00:35:28Staline devient un héros
00:35:30pour les communistes
00:35:30du monde entier.
00:35:33Moscou est synonyme
00:35:34de terre promise.
00:35:37Fort de sa toute puissance
00:35:39et de sa réussite,
00:35:40Staline est entré
00:35:41dans la cour des grands
00:35:42et son portrait
00:35:43trône désormais
00:35:44à côté de ceux
00:35:44de Lénine,
00:35:45Marx et Engels.
00:35:56Mais pour que son pouvoir
00:35:57soit absolu,
00:35:59il doit se débarrasser
00:36:00de tous ceux
00:36:00qui, d'une manière
00:36:01ou d'une autre,
00:36:02pourraient encore
00:36:03lui faire de l'ombre.
00:36:05Une fois de plus,
00:36:07le camarade Staline
00:36:08fait preuve
00:36:09d'une ruse machiavélique.
00:36:12Il va profiter
00:36:13de l'assassinat
00:36:14de Kirov,
00:36:15un membre important
00:36:16du bureau politique,
00:36:18exécuté dans
00:36:18des conditions troubles,
00:36:20pour lancer
00:36:20l'élimination systématique
00:36:22de tous les opposants
00:36:22et mettre en marche
00:36:24la politique de la terreur.
00:36:27Staline a immé...
00:36:28Dès qu'il a eu l'information,
00:36:29il a immédiatement compris
00:36:30tout le bénéfice politique
00:36:32qu'il allait pouvoir tirer
00:36:33de cet assassinat.
00:36:34Il a foncé
00:36:35avec son train spécial
00:36:36à Saint-Pétersbourg,
00:36:38Leningrad à ce moment-là.
00:36:40Il a fait le ménage,
00:36:41il a fait liquider
00:36:42des témoins
00:36:43qui auraient pu
00:36:43contredire son discours.
00:36:45Il a dit, voilà,
00:36:46Kirov a été assassiné
00:36:48par les traîtres au parti.
00:36:50Et c'est Zinoviev
00:36:51qui est responsable.
00:36:52Et c'est Kameniev
00:36:53et au-dessus,
00:36:53c'est Trotsky.
00:36:54Et ça lui a permis
00:36:56d'inaugurer
00:36:56l'assassinat
00:36:57des membres du parti,
00:36:59ce qui jusque-là
00:37:00était presque impensable.
00:37:02Et alors,
00:37:02à partir de là,
00:37:03évidemment,
00:37:03ça a pris des proportions.
00:37:12Comme pour la succession
00:37:13de Lénine,
00:37:14Staline va procéder
00:37:15de manière très méthodique.
00:37:18Sa stratégie passe d'abord
00:37:20par une vaste campagne
00:37:20de propagande
00:37:21qui va bien au-delà
00:37:22des frontières
00:37:23de l'Union soviétique.
00:37:32Depuis 1933,
00:37:34Hitler a pris le pouvoir
00:37:35en Allemagne.
00:37:37Pour les communistes
00:37:38du monde entier,
00:37:39le Führer devient
00:37:40le principal ennemi.
00:37:43Staline ne va pas hésiter
00:37:45à entretenir
00:37:45une comparaison
00:37:46entre Trotsky
00:37:46et le chancelier
00:37:48du Troisième Reich.
00:37:52D'autant que
00:37:53la propagande
00:37:54anti-trotskiste
00:37:55est extrêmement violente.
00:37:57Le Parti communiste français,
00:37:58par exemple,
00:37:58publie une brochure
00:37:59contre Doriot
00:38:01et puis avec Doriot
00:38:02qui a un masque
00:38:03de Trotsky
00:38:04ou un masque
00:38:04de Hitler,
00:38:05etc.
00:38:06Donc vous imaginez,
00:38:07en pleine période
00:38:08de front populaire,
00:38:09si on dit Trotsky,
00:38:10les hitléraux trotskistes.
00:38:12Les trotskistes
00:38:12sont les alliés d'Hitler.
00:38:14Les gens sont tétanisés.
00:38:16On ne peut pas soutenir
00:38:17Trotsky,
00:38:18ce n'est pas possible.
00:38:19Donc là,
00:38:20Staline met en place
00:38:21un rouleau compresseur
00:38:22de propagande
00:38:23extraordinaire,
00:38:24y compris au Vietnam,
00:38:25y compris en Chine,
00:38:26partout.
00:38:27Dès qu'il y a un communiste
00:38:28dans les années
00:38:2933, 34, 35, 36,
00:38:31et si jamais
00:38:32il y a des trotskistes
00:38:33dans le secteur,
00:38:34ils sont attaqués
00:38:34et même ils sont liquidés
00:38:36si nécessaire,
00:38:37physiquement.
00:38:42Staline parvient peu à peu
00:38:43à décrédibiliser les hommes
00:38:45qui incarnent
00:38:45la vieille garde du parti
00:38:46et une certaine fidélité
00:38:48à Trotsky.
00:38:50Le deuxième acte
00:38:51de leur élimination
00:38:52se joue lors des trois procès
00:38:54qui vont se tenir à Moscou
00:38:55entre août 1936
00:38:56et mars 1938.
00:39:01Staline fait monter
00:39:02de toutes pièces
00:39:02des dossiers d'accusation.
00:39:06Il a chargé
00:39:07les agents
00:39:07du NKVD,
00:39:08sa police politique,
00:39:10d'extorquer
00:39:11des aveux
00:39:11aux vieux bolcheviques.
00:39:13Lors des audiences publiques,
00:39:15Zinoviev,
00:39:16Kamenev,
00:39:17Bukharin,
00:39:18entre autres,
00:39:18vont devoir subir
00:39:19les foudres
00:39:20et même les insultes
00:39:21du procureur
00:39:21Wischinski,
00:39:23un proche
00:39:23de Staline.
00:39:41On sait maintenant
00:39:42que ces procès
00:39:43étaient entièrement
00:39:44truqués.
00:39:45Entièrement truqués.
00:39:46C'était de véritables
00:39:47pièces de théâtre.
00:39:48Les accusés
00:39:49avaient appris
00:39:49leur rôle,
00:39:50le procureur
00:39:51avait appris son rôle,
00:39:52ont récité
00:39:53une pièce.
00:39:54Mais c'était très bien fait.
00:39:55C'était très bien fait
00:39:56parce que vous savez,
00:39:57avec la terreur,
00:39:58vous pouvez faire marcher
00:39:59les gens très très droits.
00:40:01Il y a des histoires
00:40:02cauchemardesques.
00:40:03On dit aux accusés
00:40:04« Est-ce que vous avez mis
00:40:05des clous dans le beurre
00:40:06du peuple ? »
00:40:07« Oui, disent ces hommes
00:40:08si intelligents,
00:40:09ces grands intellectuels.
00:40:10Nous avons mis des clous
00:40:11dans le beurre du peuple.
00:40:12Et vous en avez mis
00:40:12dans les œufs du peuple ?
00:40:14Non, disent ces hommes
00:40:15intelligents.
00:40:16Vous ne pouvez pas
00:40:17parce qu'il y avait
00:40:17une coquille. »
00:40:19Bon, la presse étrangère
00:40:21a assisté à ce procès
00:40:22et elle a trouvé ça
00:40:23tout à fait normal.
00:40:44Trotsky est condamné
00:40:45à mort lui aussi.
00:40:46Mais par contumasse.
00:40:48Il sait que Staline
00:40:49n'a pas l'intention
00:40:50de laisser ce jugement
00:40:51sans effet.
00:40:56Il sait qu'il n'a pas l'intention
00:40:57Ces étrangères
00:40:57ne se développent pas
00:40:59de communisme,
00:41:00pas de socialisme,
00:41:02mais de stalinisme.
00:41:04C'est-à-dire de l'inresponsabilité
00:41:05de la bureaucratie
00:41:07contre les gens.
00:41:08C'est maintenant
00:41:09ma principale tâche ?
00:41:11De révéler la vérité ?
00:41:13De montrer et de montrer
00:41:15que les vrais criminels
00:41:16se trouvent
00:41:17sous la clouche
00:41:18des accusés ?
00:41:23Mais les protestations
00:41:24de Trotsky
00:41:24pèsent peu
00:41:25face à la machine stalinienne
00:41:27qui écrase tout
00:41:27sur son passage.
00:41:30Tous les livres
00:41:31de Trotsky,
00:41:32tous les ouvrages
00:41:33où Trotsky apparaît
00:41:34en héros
00:41:34de la révolution russe
00:41:35sont retirés
00:41:36des bibliothèques
00:41:37jusqu'à gommer
00:41:38l'image du fondateur
00:41:39de l'armée rouge.
00:41:45Alors, il y a cette fameuse
00:41:46photo très connue,
00:41:48truquée,
00:41:49d'un discours de Lénine
00:41:50sur une tribune
00:41:51en plein air,
00:41:52et puis il y a un petit escalier
00:41:53pour monter à cette tribune,
00:41:54et Trotsky est dans l'escalier.
00:41:56Et bizarrement,
00:41:57un beau jour,
00:41:57il a disparu.
00:41:59Il n'y a plus personne
00:42:00dans l'escalier,
00:42:00et tout est comme ça.
00:42:02Mais ça,
00:42:03c'est la grande méthode
00:42:04stalinienne
00:42:04du trucage des photos.
00:42:15Ces photos n'étaient pas
00:42:16destinées à tromper
00:42:18les plus vieux bolcheviques,
00:42:20à tromper les responsables
00:42:21de partis,
00:42:22mais à diffuser un message.
00:42:24Le message était
00:42:25ne parlez plus
00:42:26de ces personnes.
00:42:28Maintenant,
00:42:28parlez de un tel
00:42:29ou de un tel,
00:42:30et parlez en particulier
00:42:31de Trotsky,
00:42:31et non seulement condamnable,
00:42:33mais dangereux pour vous.
00:42:36Après la Turquie,
00:42:38Trotsky a obtenu l'asile
00:42:39en France,
00:42:40puis en Norvège.
00:42:45Mais,
00:42:46peu à peu,
00:42:47il devient indésirable
00:42:48partout en Europe.
00:42:51Aucun dirigeant
00:42:52ne veut prendre le risque
00:42:52de déplaire à Staline
00:42:53en accueillant Trotsky
00:42:55sur son territoire.
00:43:03Seul le Mexique
00:43:04accepte de le recevoir.
00:43:07Trotsky arrive à Mexico
00:43:08en janvier 1937.
00:43:12Avec sa femme Natalia,
00:43:15il est hébergé par Frida Kahlo
00:43:16et Diego Rivera.
00:43:19Les deux peintres mexicains,
00:43:20militants communistes,
00:43:21ont accepté de les accueillir.
00:43:25Trotsky espère toujours fédérer
00:43:26des partisans autour de son nom.
00:43:28Il crée une nouvelle organisation,
00:43:30la quatrième internationale.
00:43:33Il met également sur pied
00:43:35une commission pour démonter
00:43:36les accusations des procès de Moscou.
00:43:40Mais même à des milliers de kilomètres
00:43:41de l'Union soviétique,
00:43:43Trotsky voit les taux
00:43:44se resserrer autour de lui.
00:43:46En 1938,
00:43:48il apprend la mort de son fils
00:43:49Léon Sédoff.
00:43:51Opéré à Paris pour une banale
00:43:52crise d'appendicite,
00:43:54Sédoff est décédé
00:43:55lors de l'intervention.
00:43:58Pour Trotsky,
00:43:59les conditions de son décès
00:44:00ne laissent place à aucun doute.
00:44:04Staline a fait assassiner son fils.
00:44:08Il est désormais le prochain sur la liste.
00:44:13Ils sont fermés plusieurs jours
00:44:15dans sa chambre avec Nathalie.
00:44:17Ils prenaient qu'un peu de thé.
00:44:21Et après, ils sortaient,
00:44:23mais beaucoup habillés
00:44:25après ces journées de deuil.
00:44:31Souvent, quand les secrétaires,
00:44:34les camarades, les gardes
00:44:38parlaient avec moi,
00:44:39ils leur indiquaient
00:44:40ne pas aller pas de politique
00:44:42avec mon petit-fils.
00:44:45Au contraire,
00:44:46ils voulaient m'éloigner
00:44:49de ce milieu.
00:44:51Toute la famille avait sucumbé,
00:44:56périt dans cette lutte.
00:44:59Au moins, ils voulaient
00:45:01que le petit-fils
00:45:05puisse survivre.
00:45:08Il a réussi.
00:45:09Une personne dans la famille
00:45:10est arrivée à l'âge
00:45:12de 48 ans.
00:45:14Je suis actuellement, oui.
00:45:18Mais Trotsky peut encore espérer
00:45:20endosser le costume
00:45:21du rival de Staline.
00:45:23C'est en tout cas
00:45:24la crainte du maître du Kremlin.
00:45:29Nous sommes en 1939.
00:45:31Staline,
00:45:32qui dénonçait
00:45:32quelques années plus tôt
00:45:33les hitlerotrotskistes,
00:45:35signe,
00:45:35à la stupéfaction générale,
00:45:37un pacte de non-agression
00:45:38avec l'Allemagne d'Hitler.
00:45:42Il veut se donner du temps
00:45:43pour combattre les nazis,
00:45:44mais il sait que son calcul
00:45:46n'est pas compris
00:45:46par bon nombre
00:45:47de militants communistes
00:45:48dans le monde entier.
00:45:53L'hostilité au pacte
00:45:54germano-soviétique
00:45:55est profonde.
00:45:56Alors, on est disciplinés
00:45:57jusqu'à un certain point.
00:45:59Mais si on pouvait
00:45:59se débarrasser
00:46:00de cette alliance
00:46:01invraisemblable
00:46:02avec Hitler,
00:46:02tout le monde serait d'accord.
00:46:04Eh bien, Trotsky
00:46:06représente un point fixe.
00:46:08Il est crédible.
00:46:09Il a ce prestige révolutionnaire.
00:46:11Il n'a jamais
00:46:13louvoyé avec Staline
00:46:14depuis le début de son exil.
00:46:16Et imaginons qu'à un moment donné,
00:46:17ils prennent clairement
00:46:19et fortement position
00:46:20en appelant tous les militants
00:46:21communistes
00:46:22à enterrer leur divergence
00:46:23et à rejeter
00:46:25le pacte germano-soviétique.
00:46:30Politiquement battu,
00:46:32condamné à l'exil,
00:46:34Trotsky n'en reste pas moins
00:46:35un danger pour Staline.
00:46:38En 1939,
00:46:40son élimination physique
00:46:41devient une priorité.
00:46:56Le 24 mai 1940,
00:46:58une vingtaine d'hommes
00:46:59habillés en policiers mexicains
00:47:00pénètrent dans la maison
00:47:02de Léon Trotsky.
00:47:05Armés de mitraillettes,
00:47:07ils arrosent de balles
00:47:08la chambre où il dort
00:47:09avec son épouse Natalia.
00:47:11Esteban,
00:47:12le petit-fils de Trotsky,
00:47:13est réveillé en sursaut
00:47:15dans la pièce voisine.
00:47:16Mon grand-père était
00:47:18moitié endormi
00:47:19parce qu'il prenait
00:47:20des somnifères
00:47:21et Nathalie,
00:47:22rapidement,
00:47:23l'a tirée du lit
00:47:25et l'a poussée
00:47:26dans le coin,
00:47:27de le coin sud-est
00:47:30de la chambre,
00:47:30sous une table
00:47:31et c'est ça
00:47:32qui leur a sauvé la vie.
00:47:45Léon Trotsky et Natalia
00:47:46s'en sortent miraculeusement.
00:47:49L'enquête montrera
00:47:50que l'attaque a été menée
00:47:51par Siqueiros,
00:47:52un membre du parti
00:47:53communiste mexicain,
00:47:55fervent partisan de Staline.
00:47:57Lui et ses complices
00:47:58seront arrêtés,
00:47:59mais très vite relâchés
00:48:00en l'absence de preuves.
00:48:02Dans les jours
00:48:03qui suivent l'attaque,
00:48:04la sécurité de la maison
00:48:06est renforcée.
00:48:07On y installe
00:48:08des portes blindées,
00:48:09une clôture électrifiée
00:48:10et un système d'alarme.
00:48:14Mais Trotsky sait
00:48:15que l'attentat du 24 mai
00:48:16n'est qu'une répétition générale.
00:48:19La prochaine tentative
00:48:20sera la bonne.
00:48:23C'est là que Ramon Mercader
00:48:24entre en scène.
00:48:26Ce jeune communiste espagnol,
00:48:28agent des services
00:48:29secrets soviétiques,
00:48:30qui se fait appeler
00:48:31Jacques Mornard
00:48:32ou Franck Jackson,
00:48:33se prépare depuis des mois
00:48:35à l'élimination de Trotsky.
00:48:38Il a d'abord séduit
00:48:39une jeune militante,
00:48:40Sylvia Agueloff.
00:48:42C'est elle qui va l'introduire
00:48:43dans la maison de Trotsky.
00:48:46Ramon Mercader
00:48:47devient peu à peu
00:48:48un habitué des lieux.
00:48:50Parfois, il nous a amenés
00:48:52en voiture,
00:48:55promenés dans la campagne
00:48:58de Mexico.
00:48:59Oui, il nous a...
00:49:01Il donnait des cadeaux aussi.
00:49:06Trotsky est tellement isolé
00:49:07dans sa maison
00:49:09bunkerisée au Mexique.
00:49:10Il voit arriver
00:49:11un jeune belge,
00:49:12paraît-il,
00:49:13bon,
00:49:14canadien,
00:49:14on ne sait plus très bien
00:49:15ce qu'il est,
00:49:15peu importe,
00:49:16qui est très admiratif,
00:49:17le grand Trotsky,
00:49:18etc.
00:49:20Mais vous savez,
00:49:20moi, je connais très peu
00:49:21de choses à la politique,
00:49:22mais je serais très désireux
00:49:23d'apprendre,
00:49:23etc.
00:49:23D'ailleurs,
00:49:24je suis tout prêt
00:49:25à essayer d'écrire
00:49:27un article
00:49:27pour vous soutenir,
00:49:28etc.
00:49:29Donc voilà.
00:49:30Le 20 août 1940,
00:49:33Ramon Mercader
00:49:33prétend vouloir
00:49:34soumettre à Trotsky
00:49:35un article
00:49:36qu'il vient d'écrire.
00:49:39Trotsky est assis
00:49:40à son bureau.
00:49:41Quand il se penche
00:49:42pour lire,
00:49:44Ramon Mercader
00:49:44saisit le piolet
00:49:45qu'il cache
00:49:46dans son imperméable
00:49:47et le frappe
00:49:48violemment au crâne.
00:49:58Esteban,
00:49:59le petit-fils de Trotsky,
00:50:01qui a 13 ans à l'époque,
00:50:03rentre du collège.
00:50:06Tout de suite,
00:50:06j'ai senti
00:50:07une angoisse,
00:50:09que quelque chose
00:50:09était en train d'arriver.
00:50:11Alors j'ai scéléré mon pas,
00:50:13je suis rentré
00:50:13dans le jardin
00:50:14et tout de suite,
00:50:16je suis cogné
00:50:17avec un des gardes
00:50:18et par la porte
00:50:19qui était
00:50:21entreouverte,
00:50:22alors j'ai vu
00:50:23le grand-mère
00:50:23qui était dans
00:50:25le parquet,
00:50:28plein de sang
00:50:29avec Nathalie,
00:50:31les gardes là.
00:50:32Et quand le grand-père
00:50:34a entendu
00:50:35mes marches,
00:50:36il a indiqué
00:50:37aux gardes
00:50:39éloignés,
00:50:40Siev,
00:50:41mon petit-fils,
00:50:41il ne doit pas
00:50:42voir cette scène.
00:50:46Et en même temps,
00:50:47s'il arrivait
00:50:49à indiquer
00:50:50aux gardes
00:50:51quand ils
00:50:52l'entendaient,
00:50:54les gémissements
00:50:56de l'assassin,
00:50:58n'allait pas
00:50:59les tuer,
00:50:59il doit parler.
00:51:05Trotsky est immédiatement
00:51:06transporté à l'hôpital.
00:51:08Il meurt le lendemain
00:51:09de son agression.
00:51:15300 000 personnes
00:51:16assistent
00:51:16à ses obsèques
00:51:17à Mexico.
00:51:21Avant de s'éteindre,
00:51:22ils prononcent
00:51:23ces dernières paroles.
00:51:26Dites à nos amis,
00:51:28je suis sûr
00:51:29de la victoire
00:51:29de la 4e internationale.
00:51:37Ramon Mercader
00:51:38est condamné
00:51:38à 20 ans
00:51:39de prison.
00:51:40De retour à Moscou
00:51:41dans les années 60,
00:51:42il est fait héros
00:51:44de l'Union soviétique.
00:51:47Trotsky reste
00:51:48pour l'histoire
00:51:48l'héritier contrarié,
00:51:51l'homme
00:51:51d'un autre communisme.
00:51:54Mais sa mort
00:51:55témoigne aussi
00:51:55de la force
00:51:56de Staline,
00:51:57capable d'abattre
00:51:58un adversaire
00:51:58à des milliers
00:51:59de kilomètres
00:52:00de Moscou.
00:52:01Le tuer politiquement
00:52:02n'était pas suffisant.
00:52:04Le tsar
00:52:05devait terrasser
00:52:06le prophète.
00:52:12Après la rupture
00:52:13du pacte germano-soviétique
00:52:15par Hitler
00:52:15en 1941,
00:52:17Staline va livrer
00:52:18un combat décisif
00:52:19contre l'Allemagne nazie
00:52:20pour s'imposer
00:52:21comme l'un des maîtres
00:52:22du monde occidental
00:52:24à l'égal
00:52:24d'un Churchill
00:52:27ou d'un Roosevelt.
00:52:31Staline a non seulement
00:52:32vaincu Trotsky
00:52:33mais il entre
00:52:34définitivement
00:52:35dans l'histoire.
00:52:41Staline Trotsky,
00:52:42le tsar
00:52:43et le prophète
00:52:44documentaire
00:52:44écrit par
00:52:45Alain Frère Jean
00:52:46et réalisé
00:52:47par Marie-Laurence
00:52:48Reincet
00:52:48où l'histoire,
00:52:49vous venez de le voir,
00:52:51de l'affrontement
00:52:52du duel mortel
00:52:53que se sont livrés
00:52:54ces deux figures
00:52:55majeures
00:52:55de la révolution
00:52:56bolchevique
00:52:57après la disparition
00:52:59de Lénine.
00:53:00Nous allons y revenir
00:53:01en compagnie
00:53:02de nos invités
00:53:02présents maintenant
00:53:03sur ce plateau
00:53:04de débats d'ox.
00:53:05Sophie Cœuré
00:53:05tout d'abord.
00:53:06Bienvenue,
00:53:07vous êtes historienne,
00:53:08spécialiste de l'Union
00:53:09soviétique
00:53:10et professeure
00:53:10d'histoire contemporaine
00:53:11à l'université
00:53:12de Paris-Cité
00:53:13et auteur
00:53:14de
00:53:14Georges Marchais
00:53:16ou la fin
00:53:16des Français rouges,
00:53:17un ouvrage
00:53:18publié
00:53:19aux éditions
00:53:20Payot.
00:53:20Et puis également
00:53:21avec nous
00:53:21Stéphane Courtois,
00:53:22bienvenue à vous.
00:53:22On vient de vous voir
00:53:23dans ce documentaire
00:53:24avec quelques années de moins.
00:53:25Vous êtes historien,
00:53:26spécialiste du communisme.
00:53:28Votre dernier ouvrage
00:53:28s'intitule
00:53:29Le Livre Noir
00:53:30de Vladimir Poutine
00:53:32co-écrit
00:53:32avec Galia Ackerman
00:53:34et publié
00:53:35chez Perrin
00:53:35Robert Laffont.
00:53:37Alors,
00:53:37dans ce film,
00:53:39évidemment,
00:53:40nous avons le droit
00:53:40à certaines images
00:53:42bien connues
00:53:42pour qualifier
00:53:44à la fois
00:53:44d'un côté
00:53:45Staline
00:53:46et de l'autre
00:53:47Trotsky.
00:53:48Alors,
00:53:48évidemment,
00:53:49c'est le fils
00:53:50du cordonnier
00:53:52georgien
00:53:53contre l'intellectuel
00:53:54juif.
00:53:54C'est encore
00:53:55le cynique
00:53:56contre l'idéaliste.
00:53:57Il nous faut parler
00:53:58des hommes
00:53:58peut-être pour bien
00:53:59comprendre
00:53:59ce qu'a été
00:54:01ce duel,
00:54:02ce combat à distance
00:54:02et ce duel mortel
00:54:03que se sont livrés
00:54:04les deux hommes.
00:54:05Est-ce qu'on peut sortir
00:54:06un peu des chemins battus
00:54:07en concernant
00:54:08la qualification
00:54:09de ces deux hommes ?
00:54:11Parce que la politique,
00:54:12c'est souvent une histoire
00:54:13d'hommes avant tout.
00:54:14Oui, tout à fait.
00:54:15C'est une histoire d'hommes
00:54:16qui se connaissent bien.
00:54:17C'est bien montré
00:54:17dans le film.
00:54:19Alors,
00:54:19ce qu'on peut peut-être
00:54:20ajouter par rapport
00:54:21à ce qui est dit
00:54:21dans le documentaire,
00:54:23c'est peut-être
00:54:24d'un côté
00:54:26que ce sont,
00:54:28on le voit
00:54:28avec nos yeux
00:54:30contemporains,
00:54:31ce sont deux hommes
00:54:32qui ne sont pas des Russes.
00:54:33Il y a
00:54:34le juif ukrainien
00:54:36et puis
00:54:37le géorgien orthodoxe,
00:54:39donc ce qu'on appelait
00:54:39à l'époque
00:54:40les allogènes,
00:54:41on peut dire
00:54:41comme Napoléon le Corse
00:54:42finalement
00:54:43ou Hitler
00:54:46l'Autrichien.
00:54:47Et ce qui est intéressant,
00:54:48c'est qu'ils vont arriver
00:54:49au cœur du pouvoir russe,
00:54:51mais que seul,
00:54:52bien sûr,
00:54:52on le sait,
00:54:53Staline s'approprie
00:54:54finalement l'image
00:54:56de l'Empire russe
00:54:58jusqu'à défendre
00:54:59complètement
00:55:00cette russité
00:55:02de l'Empire.
00:55:02Donc,
00:55:02c'est une évolution
00:55:04intéressante
00:55:04chez Staline.
00:55:06Et peut-être
00:55:07une deuxième chose
00:55:08qu'on sait maintenant,
00:55:09notamment avec l'ouverture
00:55:09de nouvelles archives,
00:55:11c'est que l'image
00:55:12de Staline,
00:55:13mauvais élève,
00:55:14médiocre,
00:55:15voire carrément idiot,
00:55:17est en réalité
00:55:18plutôt fausse,
00:55:20et qu'elle a été aussi
00:55:21construite par Trotsky
00:55:22dans ses mémoires,
00:55:23qui le traitent de médiocre
00:55:24abondamment.
00:55:25On a notamment
00:55:26la bibliothèque de Staline
00:55:27et on voit qu'il lit beaucoup,
00:55:28qu'il la note beaucoup,
00:55:29et qu'il intervient
00:55:30notamment dans le débat historique
00:55:31pour construire
00:55:32tout le récit
00:55:33du passé
00:55:34de la Grande Russie,
00:55:35de l'Union soviétique.
00:55:37Voilà,
00:55:37donc sans être
00:55:38un intellectuel
00:55:38comme Trotsky,
00:55:39c'est certainement
00:55:40un homme
00:55:41beaucoup plus intelligent,
00:55:42y compris
00:55:43dans son intérêt
00:55:44pour l'écrit
00:55:46que cela
00:55:47n'a été dit.
00:55:48L'éniférence
00:55:49de classe sociale,
00:55:50d'une part,
00:55:51et puis évidemment
00:55:52on a toujours
00:55:53le sentiment
00:55:53que Staline souffre
00:55:55d'un complexe
00:55:55d'infériorité
00:55:56vis-à-vis de Strosky.
00:55:57Ça,
00:55:58ça semble assez avéré
00:55:59aujourd'hui ?
00:56:00C'est,
00:56:00alors,
00:56:01c'est en tout cas,
00:56:02c'est aussi quand même
00:56:03une construction,
00:56:04je crois que c'est plutôt
00:56:04une haine de pouvoir,
00:56:07une opposition aussi
00:56:08de projets
00:56:10que Stéphane Courtois
00:56:11connaît bien,
00:56:12et puis à la fin,
00:56:14comme c'est bien montré
00:56:15dans le film,
00:56:17c'est aussi
00:56:17carrément
00:56:18une vengeance personnelle
00:56:19plutôt qu'un sentiment
00:56:21d'infériorité,
00:56:22c'est plutôt
00:56:23une jalousie,
00:56:24une rivalité
00:56:24qu'un sentiment
00:56:26d'infériorité,
00:56:26mais comment entrer
00:56:28vraiment dans la psychologie
00:56:30d'hommes aussi
00:56:31verrouillés
00:56:32de tous côtés ?
00:56:33Un mot peut-être
00:56:34sur Trotsky,
00:56:35le prophète,
00:56:36l'idéaliste,
00:56:37l'intellectuel,
00:56:38sauf que Trotsky,
00:56:39c'est tout sauf un ange
00:56:40mais en réalité
00:56:41Trotsky dans cette
00:56:42première période décisive
00:56:44de l'instauration
00:56:45de cette révolution
00:56:47sur le territoire
00:56:49de l'Union soviétique.
00:56:50Oui, oui,
00:56:50il joue incontestablement
00:56:52un rôle tout à fait décisif
00:56:53en 1917
00:56:55parce que Lénine
00:56:56est un idéologue
00:56:57d'action
00:56:58mais il se tient
00:56:59en retrait,
00:56:59il se considère
00:57:00un peu comme
00:57:01le général en chef
00:57:02donc quand ça commence
00:57:03à chauffer,
00:57:04il se met un petit peu
00:57:05en retrait
00:57:05mais Trotsky,
00:57:07lui,
00:57:07va au combat.
00:57:08Il est arrêté,
00:57:09il est en prison,
00:57:10il ressort,
00:57:11etc.
00:57:12Et puis pendant la guerre civile,
00:57:13il joue un rôle décisif.
00:57:14Il est le patron
00:57:15de l'armée rouge quand même,
00:57:16il est le fondateur
00:57:17et le patron
00:57:17de l'armée rouge,
00:57:18une armée qui à la fin,
00:57:19en 1921,
00:57:21comptera plusieurs millions
00:57:22d'hommes,
00:57:23près de 5 millions d'hommes.
00:57:25Et dans ce cadre-là,
00:57:26Trotsky,
00:57:27ça n'est pas du tout
00:57:27un ange,
00:57:28c'est un homme
00:57:29qui fait fusiller massivement
00:57:31les ennemis,
00:57:32les amis.
00:57:33Bon,
00:57:34on connaît cette histoire
00:57:35par exemple
00:57:35avec les anarchistes
00:57:36de Macno.
00:57:38Quand l'armée rouge
00:57:39a des difficultés
00:57:40face aux blancs,
00:57:41face aux contre-révolutionnaires,
00:57:44on est d'accord
00:57:45pour accepter
00:57:46les troupes de Macno
00:57:47qui connaissent bien
00:57:48le terrain
00:57:49et qui vont régler l'affaire.
00:57:50Et puis une fois
00:57:51que c'est fait,
00:57:53on les réunit,
00:57:54on les décore
00:57:55et on les fusille.
00:57:56Voilà,
00:57:56comme ça,
00:57:57on est débarrassé.
00:57:58Non, non,
00:57:58ce n'est pas du tout
00:57:59un ange,
00:58:01comme la plupart
00:58:02des hommes
00:58:02de ce moment-là.
00:58:04Tous les hommes
00:58:04qui ont participé
00:58:05à cette prise de pouvoir
00:58:07du parti bolchevique,
00:58:08ce sont quand même
00:58:09tous de grands assassins,
00:58:10il faut bien le dire.
00:58:12Alors,
00:58:12ce qu'on ne dit pas
00:58:12dans ce film,
00:58:13c'est aussi lui
00:58:15qui mettra en place
00:58:16les premiers camps
00:58:16de concentration
00:58:18et ça,
00:58:18dès le début
00:58:18de la mise en place
00:58:19du bolchevique
00:58:22qui nous viendront
00:58:23les goulags.
00:58:25Là,
00:58:25on est sur les ancêtres
00:58:26du goulag.
00:58:27Cela dit,
00:58:27il n'est pas tout seul.
00:58:28Lénine aussi
00:58:29donne des ordres,
00:58:30etc.
00:58:31Il faut prendre
00:58:31des otages.
00:58:32Il faut prendre
00:58:33des otages bourgeois
00:58:34ou des gens
00:58:36qui présentent un danger,
00:58:37on va les enfermer
00:58:38dans un camp
00:58:39de concentration
00:58:40et puis c'est
00:58:41effectivement
00:58:42un embryon,
00:58:44je dirais,
00:58:44qui ensuite
00:58:45se transportera
00:58:46dans les îles
00:58:47Solovki,
00:58:48tout à fait au nord
00:58:48et puis ensuite,
00:58:49ça deviendra
00:58:50le goulag.
00:58:50Mais dans un cadre
00:58:51beaucoup plus large
00:58:52et très différent
00:58:53d'une certaine manière.
00:58:55Je vous propose
00:58:55de revenir sur l'année décisive,
00:58:57elle apparaît comme telle,
00:58:58en tout cas dans ce documentaire.
00:58:59C'est l'année 1924
00:59:01pour deux raisons.
00:59:02Janvier 1924,
00:59:03c'est la mort de Lénine
00:59:05et puis quelques mois plus tard,
00:59:07quelques semaines plus tard,
00:59:08du 23 au 31 mai 1924,
00:59:10se tient le 13e congrès
00:59:11du Parti communiste
00:59:12de l'Union soviétique.
00:59:14Et à l'époque,
00:59:15c'était des congrès annuels.
00:59:17Alors, il en est question
00:59:18dans ce documentaire,
00:59:19cette année elle est décisive.
00:59:21D'abord,
00:59:22Trotsky n'assiste pas
00:59:24aux obsèques de Lénine,
00:59:26faute majeure,
00:59:26dit-on dans ce film,
00:59:27parce qu'il est dans le Caucase,
00:59:30ça a l'air compliqué.
00:59:31Ou Staline a voulu l'écarter
00:59:33immédiatement
00:59:34à travers cet épisode
00:59:35des obsèques ?
00:59:37Oui, ce qu'on sait maintenant,
00:59:39c'est que Staline volontairement
00:59:41n'a pas informé Trotsky
00:59:44ou plutôt lui a dit
00:59:44que ce n'était pas la peine de venir,
00:59:46que ce n'était pas important,
00:59:47etc.
00:59:48Trotsky était malade,
00:59:49c'est aussi ce qui les oppose,
00:59:50finalement.
00:59:51L'un est quand même souvent malade,
00:59:53l'autre,
00:59:54tout en étant plus petit
00:59:55et de moindre prestance,
00:59:57a une forte bonne santé.
01:00:00Faute majeure du côté de Trotsky à l'époque,
01:00:02comment n'a-t-il pas pu
01:00:03avoir le sens politique
01:00:04d'assister à ces...
01:00:05A posteriori, effectivement,
01:00:06c'est une faute majeure
01:00:07parce qu'il ne se rend pas compte
01:00:09que Staline va mettre en avant
01:00:12son rôle auprès de la veuve de Lénine
01:00:16et parmi l'élite des bolcheviques,
01:00:19tout en manœuvrant pour ce fameux congrès.
01:00:22Donc, il y a plusieurs choses.
01:00:23Il y a l'image
01:00:24qui va bientôt être construite
01:00:26du fidèle successeur de Lénine
01:00:30et puis, il y a les manœuvres de partis
01:00:33et pour lesquelles, effectivement,
01:00:35il faut bien sûr être sur place.
01:00:37Et puis, il décidera de momifier Lénine
01:00:40et puis, ensuite, de créer, évidemment,
01:00:43ce lieu où chacun peut aller encore aujourd'hui,
01:00:45d'ailleurs, aller voir la dépouille
01:00:47mortelle de Lénine.
01:00:49Ce fameux 13e congrès,
01:00:51je voudrais que vous nous précisiez un peu les choses
01:00:53par rapport à la chronologie du film.
01:00:54Lénine, il y a ce fameux testament de Lénine
01:00:57qu'il écrit donc peu de temps avant qu'il n'y a pas.
01:00:59Et on nous dit que ce testament est assez central
01:01:02dans ce congrès et c'est là que sera mis en minorité Trotsky.
01:01:06Je voudrais que vous décriviez un peu les choses, peut-être.
01:01:08Non, mais je crois...
01:01:09Ce qu'il faut bien expliquer, c'est que,
01:01:12tant que Lénine est là,
01:01:14jusqu'à la fin de 1922,
01:01:16c'est-à-dire le moment où, vraiment,
01:01:17il commence à avoir ses attaques cérébrales
01:01:19à répétition,
01:01:20c'est l'homme incontestable.
01:01:23C'est lui qui commande tout.
01:01:26Personne n'ose venir dire
01:01:28camarade Lénine, ça ne va pas, etc.
01:01:30Il est le patron absolu.
01:01:32Bon, à partir du moment où il est malade
01:01:35et où il y a une seule personne
01:01:37qui a accès à lui,
01:01:39c'est Staline.
01:01:39Staline s'est fait désigner comme
01:01:41la personne du comité central
01:01:43qui a accès à Lénine malade.
01:01:45Et donc, évidemment,
01:01:47Staline voit très bien que Lénine
01:01:48il est foutu.
01:01:50Il va crever.
01:01:51Donc, c'est le moment
01:01:52de préparer la suite.
01:01:54Les autres, bon,
01:01:55oui, le camarade Lénine est malade,
01:01:58mais peut-être il va se remettre, etc.
01:01:59Mais il ne va pas du tout se remettre.
01:02:00Au contraire, ça ne va faire que s'aggraver
01:02:02entre la fin 1922
01:02:04et puis janvier 1924.
01:02:06Donc, Staline,
01:02:07il a tout le temps de préparer des choses,
01:02:09d'autant qu'il a été nommé par Lénine
01:02:12secrétaire général du parti.
01:02:15Et ce qui, à l'époque,
01:02:16apparaît comme un poste presque secondaire.
01:02:19administratif.
01:02:20En réalité, Staline a parfaitement compris
01:02:22qu'avec ce poste,
01:02:23il tenait le parti.
01:02:24Parce que c'est à partir de ce poste
01:02:26de secrétaire général
01:02:27que vont se faire
01:02:28toutes les nominations.
01:02:29Et en plus,
01:02:30nous découvrons à travers les archives
01:02:31que Staline a créé,
01:02:33en parallèle,
01:02:34son propre secrétariat.
01:02:36Donc, il double,
01:02:37à l'insulte ses petits camarades,
01:02:38il double le secrétariat officiel.
01:02:40Et donc, c'est comme ça
01:02:41qu'il va pouvoir préparer
01:02:43ce fameux 13e congrès
01:02:45en faisant désigner des délégués
01:02:49qui commencent à être
01:02:52ce qu'on pourrait appeler
01:02:53sa clientèle,
01:02:54ses affidés,
01:02:55son équipe.
01:02:56Il y a déjà une équipe autour de lui.
01:02:58Il y a Molotov,
01:03:00il y a Vrochilov
01:03:03de l'armée rouge, etc.
01:03:05Donc, on va arriver...
01:03:07Mais cela dit,
01:03:08la bagarre a commencé avant.
01:03:10La bagarre a commencé
01:03:11dès 1922,
01:03:13officiellement.
01:03:14Je reviens à ce testament
01:03:18écrit...
01:03:18Bon, voilà.
01:03:19Vous en parlez, d'ailleurs,
01:03:21dans ce film.
01:03:22Parce qu'il porte un jugement
01:03:24sur ses proches.
01:03:25Staline, trop brutal.
01:03:26Kamenev, Simonieff,
01:03:27trop indécis.
01:03:28Boukharine,
01:03:29trop dogmatique.
01:03:30Donc, il n'y avait que Trotsky
01:03:31qu'il trouvait grâce à ses yeux.
01:03:33Non, pas tout à fait,
01:03:34parce qu'il lui reprochait
01:03:35ses méthodes bureaucratiques
01:03:36de commandement, etc.
01:03:38Mais il faut bien comprendre
01:03:39ce que c'est ce testament.
01:03:41C'est quelques lignes
01:03:42qu'on a appelées
01:03:43par la suite testament.
01:03:44Mais c'est quelques lignes
01:03:45qu'il a dictées
01:03:48à une secrétaire
01:03:49alors qu'il était en état...
01:03:51Parce qu'il était vraiment
01:03:53très affaibli
01:03:53à certains moments.
01:03:54– Enfin, il dit tout de même
01:03:55que Staline est trop brutal
01:03:56et qu'il conviendrait
01:03:58de l'écarter
01:03:59de la direction du parti.
01:04:00– Oui, parce qu'entre-temps,
01:04:02il y a eu un accrochage violent
01:04:03entre Staline et la femme
01:04:05de Lénine, Krupskaya,
01:04:07et que Staline,
01:04:08considérant que Lénine
01:04:09était déjà hors service,
01:04:12a commencé à traiter
01:04:13la Krupskaya
01:04:14comme...
01:04:15Bon, il l'envoyait balader.
01:04:16Et Krupskaya,
01:04:17c'est une vieille révolutionnaire
01:04:20traditionnelle.
01:04:20Elle ne tolère pas
01:04:22ce ton de voyou
01:04:24que va utiliser...
01:04:25Et elle va le faire savoir
01:04:27à Lénine.
01:04:29Bon, et donc ça,
01:04:29ça le met hors de lui.
01:04:32Donc, voilà,
01:04:33c'est là que ça se noue.
01:04:34C'est là que ça se noue.
01:04:35– Le moment décisif,
01:04:37c'est le 13e congrès.
01:04:38Trotsky est mis en minorité.
01:04:41C'est comme ça que les choses se passent ?
01:04:42Et là, il perd la partie ?
01:04:44– C'est comme ça que les choses
01:04:45se passent factuellement,
01:04:46mais en réalité,
01:04:46effectivement,
01:04:47la dynamique est déjà
01:04:48bien enclenchée.
01:04:49– Oui, ce que nous a,
01:04:50évidemment, rappelé,
01:04:51Stéphane.
01:04:51– Et puis, il va se poursuivre,
01:04:52parce que Trotsky
01:04:53ne comprend pas tout de suite
01:04:55qu'il a, en réalité,
01:04:56perdu le parti.
01:04:57C'est-à-dire que,
01:04:58certes, il y a
01:04:58cet affrontement des hommes
01:05:00et cet affrontement,
01:05:01en réalité,
01:05:01de légitimité
01:05:03par rapport au chef
01:05:04incontesté Lénine.
01:05:05Mais il y a aussi
01:05:06un affrontement de projet
01:05:08qui va se préciser
01:05:09petit à petit,
01:05:10puisque c'est vrai
01:05:10qu'ils sont, au départ,
01:05:12sur le même projet,
01:05:12bolchéviques,
01:05:13clivants,
01:05:14jusqu'à utiliser la terreur
01:05:15et pour émanciper,
01:05:17d'abord,
01:05:18une classe ouvrière
01:05:19dont ils se revendiquent.
01:05:21Donc,
01:05:22cet affrontement des hommes,
01:05:23c'est aussi un affrontement,
01:05:25et d'abord,
01:05:26pour le contrôle du parti.
01:05:27Et ce fameux congrès
01:05:28montre que Trotsky
01:05:30a perdu la partie
01:05:32alors qu'il pensait
01:05:33pouvoir reprendre
01:05:35le contrôle sur le parti,
01:05:37grâce aussi à ses soutiens
01:05:38dans l'armée rouge,
01:05:39etc.
01:05:40Donc, c'est vrai que,
01:05:41c'est ce qu'il faut comprendre
01:05:44pour bien comprendre
01:05:45le contexte historique
01:05:46de l'époque,
01:05:47c'est-à-dire qu'on construit
01:05:48un État-parti
01:05:49et que c'est le parti
01:05:50qui gouverne, en réalité.
01:05:52Donc, il est de toute importance
01:05:53de contrôler
01:05:54le parti communiste bolchévique
01:05:57et c'est là,
01:05:57effectivement,
01:05:58au congrès,
01:05:59la défaite de Trotsky,
01:06:02une défaite qui sera
01:06:02évidemment définitive.
01:06:04Alors, pardonnez-moi,
01:06:05mais ce qu'on comprend
01:06:06dans ce documentaire,
01:06:07à l'occasion de ce 13e congrès,
01:06:09c'est qu'il se tire
01:06:10une balle dans le pied
01:06:11avec cette phrase
01:06:12« Aucun de nous ne veut
01:06:14ou ne peut discuter
01:06:16la volonté du parti,
01:06:17car le parti a toujours raison.
01:06:19On ne peut avoir raison
01:06:21qu'avec et par le parti. »
01:06:23Il se tire une balle
01:06:24dans le pied,
01:06:24en disant ça.
01:06:26En tout cas,
01:06:26c'est ce qui est dit.
01:06:27Absolument,
01:06:28parce qu'en réalité,
01:06:30il espère malgré tout
01:06:31reprendre le contrôle
01:06:32sur le seul parti.
01:06:33Il n'a pas encore compris
01:06:34qu'il avait perdu
01:06:35et donc,
01:06:36il en appelle
01:06:37à ce qu'on appelle
01:06:37la discipline bolchévique,
01:06:38donc un parti d'élite,
01:06:40discipliné,
01:06:40qui contrôle l'URSS
01:06:42et qui bientôt
01:06:43contrôlera peut-être
01:06:44le monde socialiste.
01:06:45Donc, une fois
01:06:46qu'il l'aura compris,
01:06:47sa seule solution
01:06:48et qu'il aura été vaincu
01:06:49puis exilé,
01:06:51sa seule solution
01:06:51sera en fait
01:06:52de refonder
01:06:53un contre-parti
01:06:54ou une contre-internationale
01:06:56communiste
01:06:56pour essayer
01:06:57d'être lui aussi
01:06:58légitime
01:06:59à la tête
01:07:00de ses troupes.
01:07:00Mais c'est vrai
01:07:01qu'il a perdu la partie.
01:07:01Sauf qu'à l'époque,
01:07:01vous l'avez dit,
01:07:02le parti,
01:07:02c'était Staline.
01:07:03Absolument.
01:07:04C'était Staline.
01:07:06Cette balle dans le pied
01:07:07qu'il se serait tiré...
01:07:08Je crois que c'est
01:07:10assez compliqué
01:07:11parce qu'il y a effectivement
01:07:12un enjeu stratégique
01:07:13très important
01:07:15depuis 1923
01:07:15et l'échec
01:07:17d'une tentative
01:07:18de prise de pouvoir
01:07:19communiste
01:07:20en Allemagne
01:07:21qui a affronté...
01:07:23Les deux hommes
01:07:24se sont complètement affrontés
01:07:25parce que Trotsky
01:07:26était à fond
01:07:26pour cette tentative
01:07:27en Allemagne.
01:07:29Et alors,
01:07:29avant qu'elle ait lieu,
01:07:31lors de réunions,
01:07:32Staline a dit
01:07:32mais ça ne va pas marcher.
01:07:34Vous ne croyez tout de même pas
01:07:35que le prolétariat allemand
01:07:36va se révolter
01:07:37comme ça, etc.
01:07:38C'est ridicule.
01:07:39Et d'ailleurs,
01:07:40c'est à ce moment-là
01:07:41qu'il dit
01:07:43ce qu'il faut
01:07:43c'est commencer
01:07:44par construire
01:07:45le socialisme
01:07:46dans un seul pays.
01:07:47Ça c'est la ligne de fracture
01:07:48entre les deux hommes.
01:07:49Voilà, c'est la ligne de fracture.
01:07:50L'internationalisme
01:07:51du côté Trotsky.
01:07:52Révolution mondiale,
01:07:53etc.
01:07:54Et le socialisme
01:07:55dans un seul pays.
01:07:55Et puis voilà,
01:07:56quelque chose
01:07:57de très pragmatique.
01:07:58On va concentrer
01:08:01notre pouvoir
01:08:02en Russie
01:08:03et puis ensuite
01:08:04il va dérouler
01:08:05de manière très logique
01:08:06avec le plan quinquennal,
01:08:08etc.
01:08:09On va construire
01:08:10une grande armée moderne
01:08:11mécanisée
01:08:11et on va se défendre
01:08:12et puis si on est assez fort
01:08:14on va aller plus loin.
01:08:16On va s'emparer
01:08:18toujours dans une perspective
01:08:20internationale.
01:08:21Attention,
01:08:22je ne dis pas
01:08:22que Staline
01:08:23n'est pas internationaliste.
01:08:25Il est à mon avis
01:08:25purement internationaliste
01:08:28mais pragmatique.
01:08:29Pour l'instant
01:08:29on n'est pas assez fort
01:08:30pour s'emparer
01:08:31de la Chine,
01:08:32de ceci,
01:08:32de cela.
01:08:33C'est cette ligne-là
01:08:33qui l'a emportée
01:08:34à l'occasion
01:08:35de ce congrès.
01:08:36C'est cette ligne-là
01:08:37qui commence à l'emporter
01:08:38et avec effectivement
01:08:41ça a été dit,
01:08:42la récupération
01:08:44par Staline
01:08:44ensuite
01:08:45d'une histoire
01:08:46russe
01:08:47entre guillemets,
01:08:48une espèce
01:08:49de russisation
01:08:50et avec le triomphe
01:08:52de la Deuxième Guerre mondiale
01:08:53évidemment
01:08:53et avec les conséquences
01:08:55aujourd'hui
01:08:55parce que
01:08:56M. Vladimir Poutine
01:08:57est l'héritier
01:08:58de tout ça.
01:08:59L'ANEP,
01:09:01la nouvelle politique
01:09:02économique
01:09:02qu'avait lancée Lénine,
01:09:04est-ce que c'était
01:09:04un sujet central
01:09:06qui a pu diviser
01:09:07les deux hommes
01:09:08la continuation
01:09:08ou pas
01:09:09de cette politique,
01:09:10cette ouverture
01:09:11tant que soit peu libérale,
01:09:12cette pause,
01:09:13la manière dont
01:09:14ont été présentées
01:09:15les choses
01:09:16concernant l'ANEP,
01:09:17ça a été un sujet central
01:09:18à l'occasion
01:09:19de ce congrès,
01:09:19un sujet central
01:09:20entre les deux hommes
01:09:21ou pas ?
01:09:21L'économie est évidemment
01:09:22un sujet central
01:09:24dans la mesure
01:09:24où la Russie
01:09:25est ruinée
01:09:26à reconstruire
01:09:27et en plus qu'on doit
01:09:28mettre en place
01:09:28ce projet communiste,
01:09:30ce projet socialiste.
01:09:31Donc l'ANEP,
01:09:32cette nouvelle politique,
01:09:33c'est une espèce
01:09:33de pause finalement
01:09:35après les ravages
01:09:37de la guerre civile,
01:09:38de la famine
01:09:39qu'a connue la Russie.
01:09:41Donc on débat,
01:09:43alors il y a des débats
01:09:45de haut niveau,
01:09:45des débats économiques
01:09:46et les choix
01:09:47en réalité
01:09:48ne sont pas déterminés.
01:09:50Donc c'est plutôt
01:09:51la conséquence
01:09:53de la victoire
01:09:53de Staline
01:09:54qui s'exprimera
01:09:55dans les choix économiques
01:09:56qu'il va faire
01:09:57et qui effectivement
01:09:58seront complètement dirigés
01:10:00vers la consolidation
01:10:02de la puissance soviétique
01:10:05d'abord à l'intérieur
01:10:06et puis ensuite
01:10:07vers l'extérieur.
01:10:08Premier plan quinquennal,
01:10:09collectivisation
01:10:10à la toute fin
01:10:11des années 20.
01:10:12Alors justement,
01:10:13parce que là
01:10:13on parlait de 24,
01:10:15le plan quinquennal
01:10:16c'est 28.
01:10:16Ce qui est très intéressant
01:10:17c'est de voir
01:10:18qu'en réalité
01:10:19en 24,
01:10:20Trotsky est sur une ligne
01:10:21très dure
01:10:22concernant l'économie.
01:10:24pour un peu
01:10:26il faudrait faire
01:10:26des armées industrielles
01:10:27etc.
01:10:28avec les ouvriers
01:10:28et tout ça.
01:10:29Alors que Staline
01:10:30finalement
01:10:30avec Bukharin
01:10:32va plutôt être
01:10:33dans le sens
01:10:34de l'ANEP
01:10:34c'est-à-dire
01:10:35parce qu'à l'époque
01:10:36Bukharin dit
01:10:37enrichissez-vous.
01:10:39C'est quand même
01:10:39stupéfiant.
01:10:39C'est un peu
01:10:40l'aile droite du parti.
01:10:41C'est l'aile droite du parti
01:10:42mais tout l'enjeu
01:10:44c'est économie de marché
01:10:45ou pas économie de marché.
01:10:47Jusqu'à quel point ?
01:10:49Jusqu'à quel degré ?
01:10:50Et évidemment
01:10:52en 1928
01:10:53qu'est-ce qui se passe ?
01:10:54Staline ayant déjà
01:10:55écarté Trotsky
01:10:56il reprend son programme.
01:10:58Il prend le programme
01:10:58de Trotsky
01:10:59et là
01:10:59il le fait
01:11:00de manière extrêmement brutale
01:11:02le plan quinquennal
01:11:03la collectivisation
01:11:04c'est-à-dire
01:11:04disparition
01:11:05de la propriété privée
01:11:07dans tout le domaine
01:11:09économique.
01:11:10Alors ensuite
01:11:11les choses vont très vite
01:11:12concernant Trotsky
01:11:14il sera exclu
01:11:15du parti
01:11:16il sera exilé
01:11:18il est exilé
01:11:19à la toute fin
01:11:19des années 20
01:11:20il passera d'ailleurs
01:11:21par la France
01:11:21avant d'arriver au Mexique
01:11:22en 1937
01:11:24c'est ce que nous dit
01:11:25évidemment
01:11:26ce documentaire
01:11:27et ce documentaire
01:11:28se pose une question
01:11:29que j'ai envie aussi
01:11:29de vous poser
01:11:30pour voir si ça vous a convaincu
01:11:32ce qui a été dit
01:11:32dans ce film
01:11:33c'est finalement
01:11:34pourquoi ?
01:11:34Pourquoi Staline
01:11:35a tenu à tuer
01:11:37Trotsky
01:11:38alors que
01:11:38bon il faisait plus
01:11:39partie du paysage politique
01:11:41sur le plan intérieur
01:11:42il était exilé
01:11:43très loin
01:11:43vous y avez trouvé
01:11:44la bonne réponse
01:11:45dans ce film
01:11:46le pacte germano-soviétique
01:11:47par exemple
01:11:48qui aurait pu encore
01:11:50avoir une influence
01:11:50sur le plan intérieur
01:11:52en Union soviétique
01:11:54à l'époque
01:11:54en 1940
01:11:55vous avez une réponse
01:11:56à cette question ?
01:11:57il y a certainement
01:11:57plusieurs réponses
01:11:58et c'est là aussi
01:11:58effectivement que 1924
01:12:00est un tournant
01:12:01aussi en termes d'image
01:12:03puisque c'est à partir de là
01:12:04que Staline petit à petit
01:12:05et assez vite en réalité
01:12:06construit son image
01:12:07comme le chef suprême
01:12:09et l'héritier unique
01:12:11de Lénine
01:12:12aussi bien vers l'intérieur
01:12:13que vers l'extérieur
01:12:15alors autant à l'intérieur
01:12:16Trotsky
01:12:17n'est plus vraiment
01:12:18un danger
01:12:19même si en réalité
01:12:20les archives montrent aussi
01:12:21qu'il y a des trotskistes
01:12:23qui vont nourrir les prisons
01:12:25pendant toutes les années 30
01:12:26donc c'est pas si clair que ça
01:12:27mais vers l'extérieur
01:12:29et c'est là où Trotsky
01:12:30représente malgré tout
01:12:31aussi un danger
01:12:32une fois en exil
01:12:33il met en oeuvre
01:12:35ce qu'il sait faire le mieux
01:12:36c'est à dire
01:12:36une contre-propagande
01:12:40son talent pour l'écriture
01:12:42pour la plume
01:12:42et pour aussi fédérer des hommes
01:12:44et donc il apparaît malgré tout
01:12:46comme un leader
01:12:47comme un leader crédible
01:12:49ayant un contre-projet
01:12:51de la révolution
01:12:52dans un seul pays
01:12:53dénonçant sans relâche
01:12:54les crimes de Staline
01:12:56les crimes personnels de Staline
01:12:57pas les crimes de classe
01:12:59mais c'est
01:13:00les crimes de masse
01:13:01alors crimes de masse
01:13:03contre les élites du parti
01:13:04oui
01:13:05contre les ennemis du régime
01:13:07c'est justifié
01:13:08mais tuer ses propres alliés
01:13:09évidemment ça ne l'est pas
01:13:11à tel point qu'en 1938
01:13:12il demande à la société des nations
01:13:14de créer un tribunal
01:13:16contre le terrorisme politique
01:13:17ça c'est intéressant aussi
01:13:20où Staline serait accusé
01:13:25donc Trotsky représente
01:13:27c'est dit dans le film
01:13:29mais je crois que là
01:13:29c'est plutôt juste
01:13:31un point d'ancrage
01:13:33dans l'opposition à Staline
01:13:35et même l'unique point d'ancrage
01:13:36dans cette opposition
01:13:37dans ce contexte effectivement
01:13:39de 1900
01:13:40c'est ce qui justifierait à vos yeux
01:13:41que le NKVD se soit chargé
01:13:43de tuer
01:13:45par la main de Ramon Mercader
01:13:47l'année 1940
01:13:48c'est vrai que ça n'est pas
01:13:50une année comme les autres
01:13:50c'est l'année aussi
01:13:53qui suit immédiatement
01:13:54le pacte germano-soviétique
01:13:55donc le contexte là aussi
01:13:56est particulier
01:13:57et explique sans doute
01:13:58l'accélération
01:14:00du projet homicide
01:14:03Oui enfin
01:14:03l'assassinat de Trotsky
01:14:06s'inscrit
01:14:07c'est l'aboutissement
01:14:08d'un processus
01:14:09qui commence
01:14:10à partir de l'assassinat
01:14:12du fameux Kirov
01:14:13qui était le patron du parti
01:14:15à Leningrad
01:14:16qui est assassiné
01:14:17dans des conditions
01:14:17bon
01:14:17on n'en discutera pas aujourd'hui
01:14:19on y sera encore demain matin
01:14:21mais
01:14:22c'est une occasion pour Staline
01:14:24l'assassinat de Kirov
01:14:25Staline a immédiatement compris
01:14:27c'était d'ailleurs rappelé
01:14:28dans le film
01:14:28que
01:14:29voilà
01:14:30il fallait purger
01:14:32il allait en profiter
01:14:33pour se débarrasser
01:14:34d'un certain nombre
01:14:35de ses adversaires
01:14:36qui étaient pourtant déjà
01:14:37très marginalisés
01:14:39Zinoviev, Kameniev
01:14:40tout ça
01:14:40et Trotsky
01:14:41mais bon
01:14:42il fallait aller jusqu'au bout
01:14:44et mettre la terreur
01:14:46dans le parti
01:14:47alors avec les fameux
01:14:48grands procès
01:14:49qui sont quand même essentiels
01:14:50alors ça aussi
01:14:52c'est une épine
01:14:54dans le pied de Staline
01:14:55parce que
01:14:56ces grands procès
01:14:57sont entièrement truqués
01:14:58et évidemment
01:14:59Trotsky
01:15:00se fait un plaisir
01:15:01de dire
01:15:01mais c'est complètement bidon
01:15:03on dit que j'étais là
01:15:04à tel jour
01:15:05alors que j'étais
01:15:05à l'autre bout du monde
01:15:06etc
01:15:07et donc
01:15:08en réalité
01:15:08la seule forme de résistance
01:15:12qu'avait Staline
01:15:13au tout début
01:15:14des années 40
01:15:15en 1940
01:15:16c'était Trotsky
01:15:17et il était à l'extérieur
01:15:18c'est peut-être ce qui justifie
01:15:19tout simplement
01:15:19qu'il ait eu envie
01:15:20de l'assassiner
01:15:21oui
01:15:21non non
01:15:23Staline
01:15:23sur le point intérieur
01:15:25la purge a été totale
01:15:26Staline est un homme
01:15:28extrêmement méticuleux
01:15:29logique
01:15:30et il va jusqu'au bout
01:15:31donc voilà
01:15:32il faut
01:15:32il faut finir le travail
01:15:34alors le travail
01:15:35de la purge
01:15:36il y a la gigantesque purge
01:15:38de 1937-38
01:15:39quand même
01:15:40plus de 700 000 personnes
01:15:41assassinées d'une balle
01:15:42dans la tête
01:15:43700 000 autres
01:15:44expédiées au goulag
01:15:45donc voilà
01:15:46il faut
01:15:46et en plus
01:15:47Staline se permet
01:15:49de liquider
01:15:49les gens
01:15:50qui ont fait le travail
01:15:51comme ça
01:15:52il n'y a plus de témoins
01:15:53l'affaire est bouclée
01:15:54c'est clair et net
01:15:56mais il reste
01:15:57le petit problème
01:15:58Trotsky
01:15:58on va le régler
01:15:59mais cela dit
01:16:00on va le régler
01:16:01on a préparé
01:16:02le règlement
01:16:02depuis déjà
01:16:04deux ou trois ans
01:16:05c'est un homme
01:16:07extrêmement méticuleux
01:16:08on approche
01:16:09malheureusement
01:16:09de la fin de cette émission
01:16:10que reste-t-il
01:16:11de Staline
01:16:12et de Trotsky
01:16:13aujourd'hui en Russie
01:16:14sous l'ère poutinienne
01:16:15alors retour
01:16:16en état de grâce
01:16:17pour Staline
01:16:18j'ai vu qu'il y avait
01:16:18beaucoup de statuts
01:16:1995% des statuts
01:16:21aujourd'hui
01:16:21qui émergent en Russie
01:16:22sont dus finalement
01:16:23au bon vouloir
01:16:24de Poutine
01:16:25aujourd'hui
01:16:28mais concernant
01:16:29Strosky
01:16:29on en parle
01:16:30aujourd'hui en Russie
01:16:31qu'est-ce qu'on en dit
01:16:33figure-t-il seulement
01:16:34dans les livres d'histoire
01:16:35alors c'est vrai
01:16:36que la figure de Staline
01:16:37est complètement
01:16:38actuellement récupérée
01:16:40dans sa dimension
01:16:42de constructeur
01:16:43comme ça a été dit
01:16:45aussi de manager
01:16:46de la puissance soviétique
01:16:48puis russe
01:16:49et aussi bien sûr
01:16:50de vainqueur
01:16:52de la seconde guerre mondiale
01:16:53contre le fascisme
01:16:55en guerre patriotique
01:16:55c'est comme ça qu'on l'appelle
01:16:56voilà
01:16:56donc en toute logique
01:16:59l'assimilation
01:17:00que faisait Staline
01:17:01des trotskistes
01:17:03aux hitlériens
01:17:03fait que trotsky
01:17:04ne peut pas être bien considéré
01:17:07dans la Russie actuelle
01:17:09je pense qu'il est quasiment
01:17:11publiquement
01:17:12il est quasiment invisible
01:17:12il y a eu quelques séries
01:17:14où son image
01:17:14a été plutôt dévalorisée
01:17:17avec un relant
01:17:18d'antisémitisme
01:17:19tout à fait visible
01:17:21alors est-ce qu'il y a
01:17:23en souterrain
01:17:23un intérêt
01:17:24pour sa pensée
01:17:25et pour ses écrits
01:17:27peut-être
01:17:28parce que
01:17:29malgré tout
01:17:29ce qui reste de trotsky
01:17:30c'est l'attraction
01:17:33de sa
01:17:33je dirais
01:17:34de sa vision
01:17:36globale
01:17:37on dirait maintenant
01:17:39son projet
01:17:40son projet
01:17:41aussi anticapitaliste
01:17:43finalement
01:17:43qui a attiré
01:17:45qui a continué
01:17:45à attirer
01:17:46après sa mort
01:17:47parce que le trotskyisme
01:17:48le trotskyisme vit toujours
01:17:50on regarde simplement
01:17:50chez nous en France
01:17:51tout à fait
01:17:51des leaders même actuels
01:17:53aujourd'hui
01:17:53on peut évoquer
01:17:54Jean-Luc Mélenchon
01:17:55par exemple
01:17:56Lionel Jospin aussi
01:17:57venait du trotskyisme
01:17:58absolument
01:17:59voilà
01:18:00le trotskyisme
01:18:00lui a perduré
01:18:02on peut dire
01:18:03des choses comme ça
01:18:03chez nous
01:18:04le trotskyisme
01:18:05je ne dirais pas
01:18:06qu'il a perduré
01:18:06il prospère
01:18:07il prospère
01:18:08il est un peu partout
01:18:09dans la presse
01:18:11dans les médias
01:18:11dans la politique
01:18:13etc
01:18:13en particulier
01:18:15après 1981
01:18:16et même avant
01:18:17il y a tout un paquet
01:18:18de trotskistes
01:18:19qui ayant compris
01:18:20que la révolution
01:18:21n'était pas pour demain
01:18:22sont rentrés
01:18:24au parti socialiste
01:18:25tout en conservant
01:18:27cette espèce
01:18:28d'horizon
01:18:29politique
01:18:32trotskiste
01:18:32donc ça c'est
01:18:34ça c'est assez clair
01:18:35donc en Russie
01:18:36d'ailleurs
01:18:37Poutine
01:18:37il y a déjà
01:18:38de longues années
01:18:39avait
01:18:40c'est intéressant
01:18:41de voir que
01:18:42qu'est-ce qu'il garde
01:18:43de la révolution bolchevique
01:18:45il a éliminé
01:18:46Lénine
01:18:47et Trotsky
01:18:48il considère
01:18:49que Lénine
01:18:49et Trotsky
01:18:49sont les grands destructeurs
01:18:51de la grande Russie
01:18:52tsariste
01:18:53etc
01:18:53éternels
01:18:54mais que
01:18:55effectivement
01:18:56Staline
01:18:56est le reconstructeur
01:18:59et puis le vainqueur
01:19:00de la guerre
01:19:00bon
01:19:00parce qu'il faut voir
01:19:02ce que
01:19:02Vladimir Poutine
01:19:04fait comme propagande
01:19:05autour de la fameuse
01:19:06grande guerre patriotique
01:19:07il se met même
01:19:09en tête
01:19:09des défilés
01:19:10avec le portrait
01:19:11de son père
01:19:12etc
01:19:13bon
01:19:13donc
01:19:14c'est au coeur
01:19:15c'est même au coeur
01:19:17de son attaque
01:19:18contre l'Ukraine
01:19:20bon
01:19:20qu'il traite
01:19:21les ukrainiens
01:19:22qu'il traite
01:19:22d'Ukreno nazi
01:19:24ce qui est assez drôle
01:19:25puisque monsieur Zelensky
01:19:26est juif
01:19:26donc
01:19:28voilà
01:19:28quelque chose
01:19:29d'original
01:19:30mais
01:19:30donc voilà
01:19:31il y a toute une
01:19:35monsieur Poutine
01:19:36en tant que
01:19:36patron
01:19:38presque
01:19:39absolu
01:19:40de la Russie
01:19:40depuis
01:19:41depuis 20 ans
01:19:41est obligé
01:19:42de reconstruire
01:19:43un récit
01:19:43et
01:19:44que faire
01:19:45des deux
01:19:47de deux grands hommes
01:19:48qui ont été
01:19:49pendant 70 ans
01:19:5074 ans
01:19:51portés au nu
01:19:52en particulier
01:19:53Lénine
01:19:54ça
01:19:55il était partout
01:19:57et puis
01:19:57et puis Trotsky
01:19:59pour
01:19:59pour une espèce
01:20:01de contrepoids
01:20:01de
01:20:03donc voilà
01:20:04c'est
01:20:05c'est assez
01:20:06comment ça va se terminer
01:20:08comment
01:20:08comment la reconstruction
01:20:09de l'histoire
01:20:10en Russie
01:20:11va se terminer
01:20:12ça c'est
01:20:13on viendra
01:20:13pour une autre émission
01:20:15vous serez le bienvenu
01:20:16bienvenue à tous les deux
01:20:17d'ailleurs
01:20:18merci beaucoup
01:20:18en tout cas
01:20:19d'avoir participé
01:20:19à celle-ci
01:20:20l'émission
01:20:20pour évoquer
01:20:21ce qu'était
01:20:22le dieu et la mort
01:20:23finalement
01:20:23entre ces deux
01:20:25personnes phares
01:20:26de la révolution
01:20:27bolchevique
01:20:28après évidemment
01:20:28la mort de Lénine
01:20:30vos réactions
01:20:31ça sera sur
01:20:31hashtag
01:20:32debatdoc
01:20:32merci aussi
01:20:33à Félicité Gavalda
01:20:34Thibault Brosset et Kelle
01:20:35qui comme à l'accoutumée
01:20:36m'ont aidé à préparer
01:20:37cette émission
01:20:38prochain rendez-vous
01:20:39avec debatdoc
01:20:40ce sera à la même place
01:20:41la même heure
01:20:42et toujours
01:20:43avec son documentaire
01:20:44et son débat
01:20:45à très bientôt
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