00:00Ce jour-là, tu avais l'impression d'être en danger de mort ?
00:03Oui. Ce jour-là, en fait, ça va très très vite.
00:07Et d'un seul coup, je pense à Marie Trintignant.
00:12Et je me suis dit, une mauvaise chute.
00:14Tu sais, tu tombes sur la tête, tu te... machin, et...
00:17Donc tu t'es vue morte ?
00:19Oui. Et je me suis dit, j'ai pensé à mes enfants,
00:21je me suis dit, je ne peux pas accepter ça,
00:25parce que si je meurs...
00:27C'était jamais aller aussi loin ?
00:29Tu n'avais jamais eu cette peur de mourir ?
00:32Non, c'était la première fois.
00:33C'est-à-dire que quand tu subis des violences,
00:36tu vas avoir mal, il y a des mots qui vont résonner
00:39pendant des mois dans ta tête, etc.
00:41Mais même si les mots peuvent tuer,
00:45malgré tout, c'était jamais aller aussi loin, en fait.
00:47Et tes enfants ?
00:48Mes enfants, en fait, ils n'ont connu que ça.
00:51Donc en fait, ils ne remettent pas en question ce qu'ils vivent à ce moment-là.
00:54Mais ils n'ont connu que ça ?
00:55C'était des violences que sur toi ?
00:57Non, c'était des violences sur eux aussi.
00:59Mais on est tous dans un...
01:00Enfin, je ne sais pas comment expliquer.
01:01C'est une espèce de...
01:03Souvent, c'est ce que je dis, c'est qu'il y a tout ça qui se passe chez nous.
01:06On sort à l'extérieur.
01:07Et comme d'un accord tacite, c'est-à-dire qu'en fait,
01:09on ne signe pas de contrat.
01:10Il n'y a pas un truc comme ça qui nous dit,
01:12surtout, tu ne dis rien à l'extérieur.
01:14C'est nous-mêmes.
01:15Les enfants ne parlent pas, je ne parle pas.
01:17La porte est fermée.
01:18Tu n'en parles pas parce que tu veux le protéger ou parce que tu as honte ?
01:22Alors, c'est un peu des deux.
01:24J'ai honte.
01:25Alors, j'ai honte parce que ce n'est jamais agréable d'arriver à se dire,
01:30voilà ce que je subis.
01:31Et puis, pour le protéger parce qu'il a un statut social
01:34et qu'aujourd'hui, des fois, je me dis, ma pauvre fille,
01:37tu étais vraiment complètement hypnotisée,
01:43complètement manipulée au sens comme une marionnette.
01:46Même des moments qui étaient critiques,
01:47qui étaient hyper graves,
01:50et qui, par exemple, me tendaient le téléphone en me disant,
01:53vas-y, appelle la police, vas-y.
01:54J'étais incapable.
01:55Parce que moi, dans ma tête, je me disais,
01:56si j'appelle la police, ils vont venir,
01:58ils vont constater qu'il y a eu ça.
02:00et en fait, ça va détruire sa carrière.
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