- il y a 5 mois
Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot se retrouvent pour parler de l'engagement des artistes. Beaucoup d'entre eux considèrent que s'engager est un devoir afin de mettre en lumière ce que la société refuse de voir. Mais aujourd'hui, les artistes ont-ils encore du pouvoir ?
Pour en parler, le Banquet reçoit Boualem Sansal, écrivain franco-algérien emprisonné durant un an à Alger, Jean-Marie Rouart, écrivain connu pour avoir défendu toute sa vie l'innocence d'Omar Raddad, Sara Forestier, actrice et réalisatrice engagée contre les violences sexuelles dans le cinéma et autrice de la bande dessinée « Maudite du cul » et Antoine d'Agata, photographe dont le travail explore les marges de la société.
Parce qu'il manquait une émission qui prenne la culture au sérieux sans se prendre au sérieux. Parce que comprendre le monde, c'est aussi comprendre les récits qui le façonnent. Parce qu'il est temps de réconcilier le savant et le populaire. « Le banquet » est une émission qui parle de la culture savante de manière populaire et de la culture populaire de manière savante. Un temps long, une respiration, un espace de réflexion, dans un monde saturé d'informations et de débats immédiats. Aux manettes : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot, tous deux journalistes et écrivains, dressent une table singulière où se croisent idées, oeuvres, figures et imaginaires.
Deux fois par mois, « Le banquet » s'attaque à un grand thème culturel, éclairé à la fois par l'histoire des idées, la sociologie, la politique, et la pop culture. Dans un esprit résolument humaniste, mais jamais élitiste, l'émission fait dialoguer Platon et Netflix, Molière et Marvel, Barthes et les réseaux sociaux.
C'est vendredi, installez-vous à table, la discussion peut commencer.
Présenté par : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot
Pour en parler, le Banquet reçoit Boualem Sansal, écrivain franco-algérien emprisonné durant un an à Alger, Jean-Marie Rouart, écrivain connu pour avoir défendu toute sa vie l'innocence d'Omar Raddad, Sara Forestier, actrice et réalisatrice engagée contre les violences sexuelles dans le cinéma et autrice de la bande dessinée « Maudite du cul » et Antoine d'Agata, photographe dont le travail explore les marges de la société.
Parce qu'il manquait une émission qui prenne la culture au sérieux sans se prendre au sérieux. Parce que comprendre le monde, c'est aussi comprendre les récits qui le façonnent. Parce qu'il est temps de réconcilier le savant et le populaire. « Le banquet » est une émission qui parle de la culture savante de manière populaire et de la culture populaire de manière savante. Un temps long, une respiration, un espace de réflexion, dans un monde saturé d'informations et de débats immédiats. Aux manettes : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot, tous deux journalistes et écrivains, dressent une table singulière où se croisent idées, oeuvres, figures et imaginaires.
Deux fois par mois, « Le banquet » s'attaque à un grand thème culturel, éclairé à la fois par l'histoire des idées, la sociologie, la politique, et la pop culture. Dans un esprit résolument humaniste, mais jamais élitiste, l'émission fait dialoguer Platon et Netflix, Molière et Marvel, Barthes et les réseaux sociaux.
C'est vendredi, installez-vous à table, la discussion peut commencer.
Présenté par : Anna Cabana et Christophe Ono-dit-Biot
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00:00Bonjour à tous, bonjour Christophe, je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau banquet.
00:04Boilem sans salle, Sarah Forestier, Jean-Marie Roir et Antoine Dagata sont déjà à table.
00:09Est-ce que ces quatre artistes ont en commun ? Christophe, c'est l'engagement.
00:12Mais les artistes ont-ils encore du pouvoir ? C'est la question qu'on va se poser et qu
00:16'on va leur poser dans un instant.
00:18Oui Anna, je me révolte, donc nous sommes, selon la belle phrase de Camus.
00:22Et c'est le menu, mais nous ne faisons pas attendre nos invités. À table.
00:44Bonjour Boilem sans salle, on est ravis de vous accueillir.
00:47Vous êtes cet écrivain franco-algérien devenu un symbole depuis votre embastissement par les autorités algériennes
00:53et votre libération après un an en prison.
00:56Vos co-détenus vous appelez La Légende, vous nous raconterez ça.
01:00Vous avez été libérés le 12 novembre et depuis vous avez été élus à l'Académie française
01:05où vous avez rejoint les immortels, dont votre voisin Jean-Marie Roir.
01:11Bonjour, académicien donc, écrivain.
01:14Vous avez été une des grandes figures du Figaro.
01:16Et vous n'avez jamais eu peur de vous engager et d'essuyer les critiques,
01:20comme quand vous avez pris Fête et Cause pour Maradade en contestant, dès le début de l'affaire,
01:26sa culpabilité dans le meurtre de Guylaine Marchal.
01:30Bonjour, Sarah Forestier.
01:32Bonjour.
01:32Vous êtes actrice, réalisatrice.
01:34Vous faites partie de celles qui ont brisé le silence sur les violences sexistes et sexuelles.
01:39L'Assemblée nationale vous a auditionné dans le cadre de la commission d'enquête sur les violences dans le cinéma.
01:44Et vous venez de publier une bande dessinée engagée, elle aussi, maudite du cul, aux éditions de l'Iconoclaste.
01:51Et ça vous fait rire.
01:51C'est toujours un petit plaisir d'entendre les journalistes dire ce titre.
01:55Vous avez vu, j'ai fait ce que j'ai pu pour le dire.
01:57Parfait.
01:58Antoine Dagata, bonsoir.
02:00Vous êtes photographe et votre travail explore les marges, le monde invisible de la nuit notamment.
02:07Mais vous ne documentez pas, vous allez nous expliquer ça,
02:10parce que votre démarche, votre éthique est celle d'une immersion totale.
02:15Merci à tous les quatre d'avoir accepté de banqueter, n'est-ce pas, avec nous.
02:19Et bienvenue au Poinçon.
02:21Alors, avant de vous entendre, j'aimerais vous montrer une archive vieille de plus de 50 ans,
02:27Solzhenitsyn, interrogée par Bernard Pivot.
02:30Tous les souffrants, toutes les victimes qui n'ont pas eu l'occasion,
02:38la possibilité de parler d'eux-mêmes, de raconter leur épreuve,
02:41et ce n'est pas seulement l'archipel du goulag dont je parle,
02:46mais de 150 ans peut-être d'histoire qui nous est commune,
02:49tous les documents, toutes les archives brûlées, détruites,
02:52tout ce qui a disparu sans trace, m'obligent à parler jusqu'à ma tombe.
02:57– On est le 11 avril 1975.
03:02Solzhenitsyn a été, Boilem Sansan, incarcéré huit ans durant par le régime soviétique.
03:07Vous, vous avez été emprisonné par un régime qui vous a accusé, je cite,
03:11d'avoir commis un acte terroriste visant la sécurité de l'État,
03:15l'unité nationale, la stabilité et le fonctionnement normal des institutions, fin de citation.
03:20Et l'acte terroriste en question, ce sont des propos que vous avez tenus sur les frontières algériennes.
03:25Est-ce que c'est le rôle d'un écrivain ?
03:28– Le rôle d'un écrivain, je pense, c'est d'être un peu Gaston Lagaffe.
03:32C'est de dire ce que les gens ne disent pas, ou le sous-entendent, ou il faut pouvoir dire.
03:38Et moi, je suis naturellement un Gaston Lagaffe.
03:40Je ne prépare pas mes réponses.
03:43Moi, dans une interview, on m'a posé la question.
03:46Je ne sais d'ailleurs même pas si on m'a posé la question.
03:49Spontanément, j'ai dit que la frontière entre l'Algérie et le Maroc ne passe pas, normalement, là où elle
03:56est.
03:58Historiquement, elle se situe ailleurs, plutôt que du côté du Maroc.
04:02Et ça, ça a déclenché un patacasse incroyable en Algérie.
04:06Ce n'est pas seulement atteinte à la sûreté de l'État, c'est un crime contre l'humanité, c
04:13'est un crime contre le peuple, c'est un crime contre la religion.
04:16On m'a accusé de tout.
04:17Mais je crois que le régime algérien était dans une phase où il avait besoin d'un coupable, un seul.
04:24Et en ce moment, il remplit les prisons de gens qu'on ramasse dans la rue.
04:29Il avait besoin de quelqu'un, qu'il soit une figure, on va dire, qui synthétise toutes les frayeurs du
04:35régime.
04:36On l'a, le coupable numéro un, on l'a, il est là.
04:39Et j'étais ce coupable.
04:41Mais un écrivain, un artiste, en fait, ne fait pas simplement de la littérature.
04:45Non, la responsabilité d'un écrivain va au-delà.
04:49La littérature est subversive dans tous les cas de figure.
04:52Donc, quand on parle de politique ou de sexualité ou de n'importe quoi, un écrivain qui répète ce que
04:58les gens disent, ce n'est pas l'écrivain.
04:59Il faut qu'il aille...
05:00Voilà, l'intérêt, c'est de provoquer des réactions, d'interroger les gens, de les stabiliser, déstabiliser dans leurs convictions.
05:10Une société qui vit sur des convictions quasi religieuses, c'est un peuple qui vit en intercie, qui se ferme
05:18à tout.
05:19Il faut donc quelqu'un, que de temps en temps, des gens viennent donner un coup de pied là-dedans
05:23et viennent avec des nouvelles différentes, qui vont déstabiliser, bien sûr.
05:29Quand je gaffe et je dis des choses, j'attends des débats.
05:33On me met en prison à chaque fois, ou on m'engueule.
05:36Pas en prison à chaque fois, heureusement.
05:37Si, j'ai été limogé, enfin si je raconte toute mon histoire, c'est une succession de petits emprisonnements.
05:44J'ai été limogé de mon travail, j'ai été dépossédé de tout.
05:49Ça, c'est l'aboutissement, la prison était l'aboutissement de quelque chose qui a duré 20 années.
05:54Enfin, plutôt, depuis 2003, où j'ai été vraiment accusé par le président de l'époque, M. Boutilika,
06:02que j'étais un ennemi, l'ennemi de l'Algérie.
06:05À moi tout seul.
06:07Mais ça ne vous a jamais fait taire.
06:08Vous ne vous êtes pas dit, finalement, je vais retourner à mes écritures et je vais rester dans la protection
06:14du papier.
06:15Une fois que vous avez gaffé, vous ne pouvez plus revenir en arrière.
06:18Ça y est, depuis cela que j'ai fait, on ne revient pas en arrière.
06:21Donc j'étais l'ennemi, le gars qui dérange.
06:23Je parle, je dérange, je ne parle pas, je dérange.
06:26Oui, mais dans le mot gaffé, il y a le fait que ce serait une erreur, que ce pourrait être
06:31une bêtise.
06:32Or, en fait, vous ne gaffez pas vraiment.
06:33Vous savez très bien ce que vous dites.
06:34Je suis quand même un peu intelligent.
06:36J'essaie d'abiller ma...
06:37Ça ne s'appelle pas gaffé.
06:39Si, si, gaffé, parce que, regardez, si j'avais dit ce que j'ai dit dans cette émission à propos
06:45de la frontière algérienne,
06:46si j'avais dit ici, ça serait peut-être passé inaperçu.
06:49Mais je l'ai dit dans un journal d'extrême droite.
06:50Voilà.
06:52Et ça, c'était une gaffe ?
06:53Ah, c'est une gaffe terrible.
06:55Parce que c'est tout ce qu'on a retenu.
06:57Si j'avais dit ça dans Le Monde ou l'Ibé, ça aurait été formidable.
07:00C'était calme, qu'il y a de l'intelligence, c'est beau et l'absence sale.
07:03Mais j'ai dit ça dans un...
07:05Vous n'auriez pas dû lire dans un journal d'extrême droite ?
07:08Est-ce que c'était une erreur, ça, de votre point de vue, aujourd'hui ?
07:11Sur le moment, oui.
07:13Sur le moment, je ne sais pas, je n'aurais pas dû le dire.
07:16C'est vrai.
07:17Mais c'est venu comme ça, spontanément.
07:19Puis je m'en suis rendu compte.
07:20Mais je me suis dit, il n'y a pas de raison.
07:21C'est la réalité.
07:22La frontière entre l'Algérie et le Maroc, ce n'est pas celle-là.
07:26Au cours de l'histoire, elle a beaucoup changé.
07:29Et elle a été déplacée par la France coloniale,
07:32qui est arrivée, qui a tracé les frontières comme elle a voulu.
07:34Dans toute l'Afrique, ce n'est pas un problème typiquement algérien.
07:37La France a tracé toutes les frontières.
07:42Souvent, c'est des lignes droites, juste comme ça.
07:44Voilà, ça, c'est le Mali, ça, c'est le truc, le Niger.
07:49Et puis ensuite, on a hérité de cette difficulté après.
07:52Ce n'est pas la véritable frontière.
07:54C'est une frontière militaire, on va dire.
07:57Vous êtes un faux gaffeur, Boalem Sansal.
07:59Nous le savons tous, n'est-ce pas, Jean-Marie Rouard ?
08:01Il vient d'être élu à l'Académie française.
08:04Est-ce que c'était, pour vous, l'académicien,
08:08vous avez regardé ça comme une façon de s'engager de l'Académie ?
08:12C'est dans la logique de l'Académie française
08:14qui l'a reconnu comme écrivain.
08:17C'est pour ça que vous savez qu'il y a eu une polémique.
08:19Est-ce qu'il devait être élu à l'Académie quand il était en prison ?
08:24C'est vrai que ça a beaucoup, un peu déchiré l'Académie,
08:27parce que d'un point de vue humain, on avait envie de venir à son secours.
08:31Mais en même temps, ça aurait été le considérer comme une victime,
08:35l'élire comme victime et non pas comme écrivain.
08:38Donc, moi, je me suis rallié à cette considération de dire
08:42c'est quand même l'écrivain qu'il faut honorer d'abord,
08:46plus que la victime, même si on peut être à la fois écrivain et victime.
08:50Oui, enfin, c'est quand même un écrivain engagé que vous avez élu à l'Académie.
08:54Mais oui, mais alors, si vous voulez, moi, il me semble
08:58que tous les écrivains, au sens où je l'entends, sont engagés.
09:04Tous les écrivains.
09:05Écrire, c'est vraiment une fraternité
09:08et partager une fraternité de gens qui ont voulu s'opposer à la société.
09:13Parce qu'il ne faut pas se dissimuler les choses.
09:17Un écrivain, c'est un peu un asocial, même quand il était à l'Académie.
09:21Vous voyez ? Je peux vous donner des exemples.
09:23Pourtant, c'est les plus urbains, quand même, à l'Académie.
09:25Ça dépend, vous savez, regardez comme Ionesco.
09:30Non, fondamentalement, je crois que les gens écrivent
09:33parce qu'ils ne supportent pas, finalement, les dictacles de la société.
09:37Alors, ça peut être une société très répressive,
09:39c'est le cas caricatural de l'Algérie.
09:43Mais je vous souviens qu'en France,
09:44nous avons eu des attentats contre la liberté à toutes les époques.
09:50Quand on a voulu condamner Flaubert, quand on a condamné Baudelaire,
09:52il y a beaucoup d'écrivains qui ont été condamnés.
09:56Donc, toute société, finalement, voit d'un mauvais œil
10:01quelqu'un qui a un langage libre
10:04et qui n'est pas dans les valeurs qui peuvent changer.
10:07Parce que, regardez, l'opposition de la société à l'homosexualité
10:11a énormément de questions à l'adultère,
10:15qui a complètement changé, et grâce aux écrivains,
10:17parce que ce sont les écrivains qui, d'une certaine façon,
10:20ont fait évaluer la société.
10:22– Alors, vous êtes allé loin, quand même,
10:23parce que vous avez défendu Omar Haddad
10:25avec presque autant de verve que son avocat, Jacques Vergès.
10:31Et pourquoi vous êtes autant impliqué dans cette affaire, Jean-Marie Roir ?
10:36– C'est comme être humain.
10:38Vous savez, un écrivain, c'est aussi un être humain qui partage.
10:41Et je crois que là où les écrivains se sont le moins trompés,
10:45parce qu'on peut s'engager et se tromper.
10:47Il y a eu pas mal d'exemples.
10:48– On a quelques exemples, quand même.
10:50– Et je crois que quand on défend les malheureux,
10:52quand on défend les gens qui sont victimes d'une injustice,
10:55on ne se trompe jamais.
10:57Et je dois dire, moi, j'ai été le peu de fois où,
11:00ce que vous appelez « engagé »,
11:02mais je trouve que c'est pas vraiment un engagement au sens sartrien,
11:05c'est une respiration.
11:06On respire et on se dit qu'à partir du moment où on est quelqu'un d'un peu public,
11:12eh bien qu'on a le moyen d'écrire, d'être publié
11:15et de pouvoir défendre des gens,
11:18eh bien pourquoi ne pas l'utiliser, ce moyen ?
11:21Donc je l'ai utilisé, mais je peux très bien comprendre
11:24qu'il y a des écrivains qui n'aient pas envie de s'engager du tout.
11:26Regardez, il y a des gens, de merveilleux écrivains comme Proust ou comme Malarmé,
11:30et ça n'a pas empêché de penser un certain nombre de choses,
11:33mais ils n'ont pas voulu, disons, compromettre leur œuvre
11:38avec ce que Malarmé appelait le journalisme.
11:40– C'est ça, le débat public, peut-être,
11:42tandis que vous, vous n'avez pas eu peur de cette compromission,
11:45pour reprendre ce mot.
11:46– Non, pas du tout, pas du tout.
11:47– Au contraire, vous aimez ça.
11:48– Non, parce que je voulais être efficace, en l'occurrence,
11:52je voulais, mais j'étais un peu naïf,
11:56essayer qu'on puisse innocenter, ce qui me paraissait évident, Omar Radard.
12:00J'y suis parvenu d'une certaine façon,
12:03parce que maintenant, plus personne ne croit à la culpabilité de Omar Radard.
12:07Il n'y a que quelques juges de la Cour de cassation qui en sont persuadés.
12:10Mais, un, ils changeront, ils changeront.
12:12– Vous avez mis le bazar, en tout cas, dans la perception sur ce sujet.
12:16Christophe ?
12:17– Oui, et en en payant le prix.
12:18Je crois qu'il y a eu aussi, votre journal, finalement, a pris quelques sanctions.
12:24– Oui, mais mon journal, qui était le Figaro,
12:26m'a beaucoup soutenu dans les articles que j'ai écrits en faveur de Omar Radard.
12:29Et puis après, finalement, j'ai été obligé de quitter le journal.
12:34Je ne suis pas parti à cause de mes articles sur Châteaubriand, c'est certain.
12:37Mais j'ai été condamné par les 17e gens pour diffamation.
12:41Mais ça fait partie du jeu.
12:43Moi, je ne regrette rien.
12:45Je crois que c'est normal que la société ait une vision différente de l'écrivain.
12:51L'écrivain essaie de dépasser, finalement, les préjugés de la société.
12:56– Sarah Forestier, on ne compte plus dans votre bouche les déclarations engagées,
13:04c'est-à-dire les déclarations féministes.
13:06Vous êtes une militante autant qu'une artiste ?
13:08Ou alors, un artiste, c'est aussi un militant ?
13:11– Militante, je ne sais pas.
13:13Non, je dirais que…
13:16Moi, si vous voulez, ce qui a été…
13:19Je dirais qu'on est assez, quand on est artiste aussi,
13:24pas formé, mais il y a un espèce de truc quand même pour nous rendre un peu tiède.
13:27Moi, je trouve que dans mon parcours, il n'y a pas de grandes choses qui nous amènent
13:32à vraiment pouvoir être sauvage et être vraiment qui on est par notre pensée.
13:36Parce qu'on parlait des mots et…
13:39Effectivement, je ne pense pas que ça existe.
13:41Un écrivain, un vrai écrivain désengagé, c'est impossible.
13:43Parce que les mots, ça lave, quoi.
13:45C'est une nécessité, vraiment.
13:47Et dans un parcours d'actrice, effectivement, on n'est pas trop amené à ça.
13:53Alors, je vous prends un exemple.
13:55Vous savez que la première fois que j'étais au Festival de Cannes,
13:58j'ai porté une robe.
13:59J'avais 18 ans.
14:01C'était n'importe quoi.
14:03Mais alors, je ne suis pas Gaston Lagaffe, mais presque.
14:06C'est-à-dire, Gaston Lagaffe et la grosse gaffe.
14:09C'est pour ça qu'on vous a mis à côté.
14:11On avait pressenti.
14:12J'ai fait mon premier Festival de Cannes, en fait, en portant une robe pour Amnesty International,
14:15avec des flingues et avec des vrais douilles,
14:18qui était une campagne pour contrôler le commerce international des armes,
14:23pour pas qu'elles puissent être vendues,
14:24parce qu'on ne peut pas éradiquer les rapports de force, la géopolitique et l'être humain, et ainsi fait.
14:31Mais, en tout cas, on essaie de resserrer l'étau et qu'il y ait une pression
14:34pour qu'on ne puisse pas vendre des armes, par exemple, dans des pays
14:36où c'est avéré qu'on tue des innocents.
14:41Et si vous voulez, un artiste qui arrive à la télévision et qui va dire
14:46« La guerre, c'est mal », franchement, c'est bien, mais ce n'est pas grand-chose.
14:51Mais, par exemple, de commencer toute jeune, à 18 ans, à se dire
14:55« En fait, il faut réguler le commerce international des armes »,
14:58là, c'était autre chose.
14:59Eh bien, j'ai plutôt eu l'impression qu'après, j'ai été plutôt tiédie,
15:02puis j'ai l'impression maintenant que je redeviens un peu plus moi-même,
15:05maintenant que j'ai arrêté plus ou moins d'être comédienne.
15:07Alors, votre BD1, au titre provoquant, que vous aimez entendre les journalistes prononcer,
15:12je le reprononce, maudite du cul, provoqué, est-ce que c'est aussi une façon de s'engager ?
15:17Je ne sais pas, moi, je trouve que, par exemple, ce que j'ai trouvé plus intéressant
15:20dans ce que j'ai fait, moi, c'était de témoigner à l'Assemblée nationale, dans la commission.
15:25On va y revenir, bien sûr.
15:26Voilà, et moi, je préfère faire les choses qui ne vont pas être forcément dans la forme,
15:31mais qui, dans le fond, vont vraiment essayer de changer les choses.
15:34Moi, ce qui m'intéressait à l'Assemblée nationale, de témoigner,
15:36c'était ensuite le travail avec les députés pour essayer de changer la loi.
15:39Voilà.
15:40Antoine Dagata, chacune de vos photos est un engagement.
15:44Est-ce qu'un engagement, c'est, pour vous, c'est forcément politique ?
15:48C'est à la fois politique et physiologique et physique.
15:52Depuis une trente-d'années, j'ai fait tout ce que je pouvais
15:54pour ne pas être spectateur ou voyeur ou consommateur,
15:59et pour être acteur de ma propre existence et de confronter ces violences du monde
16:06de la manière la plus juste et intense possible.
16:11Donc, oui, c'est politique et en même temps, ça dépasse la politique.
16:15Alors, on va avoir quelques-unes de vos photos.
16:17On va préciser qu'on a dû en faire une sélection pour les yeux sensibles
16:21à une heure de grande écoute.
16:24On les regarde.
16:26Votre travail, Antoine Dagata, est-ce que c'est aussi de rendre visibles les invisibles ?
16:31Au fil des derniers, oui, je me suis efforcé de montrer
16:35ce qui ne pouvait pas être montré, ce que les gens ne voulaient pas voir.
16:39Et je crois que c'est partie de cette fonction du photographe de révéler
16:43et d'aller chercher les choses qui ne sont pas censées être vues.
16:48En même temps, tous les photographes ne le font pas avec la même force que vous.
16:53Oui, en même temps, je ne pense pas en tant que photographe.
16:55Je pense en tant qu'être social et qu'être...
16:59Qu'être humain.
17:00Être humain.
17:01C'est ça, vous dites comme votre voisin.
17:03Exactement.
17:04Et en fait, je suis des rêves qui me sont propres
17:06et j'essaie de vivre à l'auteur de cette responsabilité qu'on a
17:11et qu'il reste un privilège en ce qui me concerne
17:14d'avoir cette liberté de mouvement, de faire face
17:17et de participer à l'état physique et à l'état réel du monde.
17:22C'est une responsabilité, vous dites ?
17:24Oui, je vois comme quelque chose à laquelle j'ai droit
17:29mais à laquelle je dois respecter et assumer.
17:36Oui, vous parliez, Antoine Dagata, des règles.
17:39Voilà, chacun a ses règles, j'ai les miennes.
17:42Qu'est-ce que sont ces règles dans un monde où tout le monde a un appareil photo,
17:47beaucoup cherchent la belle photo.
17:49Vous, ce n'est pas la belle photo où vous cherchez ?
17:51Pour moi, la photographie, ça aurait été un outil, pas un but en soi.
17:55Et donc, j'ai mis sur la photographie pour vivre...
17:58J'ai grandi à l'aune de grands écrivains,
18:01de Bataille, Céline, Arthaud, Debord.
18:04Et donc, j'ai utilisé la photographie pour vivre à la hauteur de ses idées,
18:10de mes convictions, à la hauteur parfois de la fiction même.
18:13Ma matière, c'était mon existence et la photographie était un outil.
18:16J'ai tenté de vivre ce que j'avais lu et imaginé.
18:23Vous me disiez tout à l'heure, ce n'est pas un secret,
18:25on en a parlé un petit peu avant,
18:26que vous aviez parfois un doute quant à la...
18:30non pas à la force de votre photo,
18:31mais à leur pouvoir de modifier les consciences.
18:34Je crois qu'il y a 30 ans, quand j'ai commencé,
18:36j'ai cru en cette puissance de l'image,
18:39cette capacité qu'a l'image à cristalliser et à communiquer les choses.
18:44En 30 ans, les choses ont beaucoup changé.
18:46On vit dans un monde maintenant où l'image est passée de la plus puissance
18:49à une dégénérescence,
18:50ce qui fait qu'elle est en train de nous avaler.
18:53Elle a pris le dessus et en même temps,
18:56elle a perdu son sens,
18:57parce qu'on est envahi, on est accablé
18:59sous une accumulation sans fin d'image.
19:02Et donc, je m'émerfie beaucoup,
19:03quoi comme tout le monde, je crois ou j'espère,
19:07de l'image.
19:08Et je tente parfois de me battre contre elle.
19:12Alors Christophe, vous vous aimez quand les œuvres ébranlent le pouvoir.
19:17Et vous avez choisi quelques œuvres
19:19qui ont en effet fait vaciller le pouvoir.
19:22Oui, quelques-unes, parce que c'est vrai
19:24qu'on peut critiquer parfois les artistes engagés
19:27ou sous-estimer leur engagement,
19:28mais il est bon de rappeler que certaines,
19:30par leur puissance esthétique ou leur force de témoignage,
19:32ont effectivement ébranlé parfois des pouvoirs bien établis
19:35ou fait basculer l'opinion carrément, presque mondialement.
19:40Alors j'ai choisi d'abord un tableau, évidemment, Guernica.
19:42C'est toujours bon de rappeler Guernica, 1937.
19:45Vous connaissez l'histoire, la petite ville basque de Guernica
19:47est bombardée par l'aviation allemande et italienne.
19:50C'est un peu la répétition générale de ce qui va se passer après.
19:53On teste des nouvelles techniques.
19:55On a demandé à Picasso une grande œuvre pour le pavillon espagnol,
19:59l'exposition universelle de Paris.
20:01Il avait prévu au départ de représenter tout à fait autre chose.
20:04Le peintre est son modèle.
20:05Finalement, il change de sujet suite au bombardement de Guernica.
20:08Et qu'est-ce qu'il fait ?
20:09Il choisit une économie de moyens.
20:11Non pas le réalisme, mais des formes très symboliques.
20:14Pas de couleur, mais du noir et du blanc.
20:17Et il crée finalement ce qu'on pourrait appeler un cri visuel
20:20contre la barbarie fasciste, une sorte de joconde de la guerre.
20:24Guernica, c'est ce qu'elle est devenue aujourd'hui.
20:26À tel point qu'en 2003, une tapisserie représentant Guernica à l'ONU
20:32sera masquée au moment où Colin Powell doit prononcer un discours
20:36pour justifier la guerre en Irak.
20:38On masque Guernica, signe que l'œuvre restait politiquement dérangeante
20:43dans le bon sens du terme.
20:44J'ai choisi ensuite un film, Le dictateur de Chaplin.
20:47C'est un film qui sort en 1940 au moment où les États-Unis sont encore neutres,
20:52pourrait-on dire.
20:53Une partie de l'opinion ignore ou du moins minimise la menace nazie,
20:57en tout cas aux États-Unis.
20:58Le film de Chaplin va utiliser l'humour, c'est aussi l'une des armes
21:02des écrivains ou des artistes en général, pour désamorcer
21:05ce qui faisait la fierté de ses pouvoirs, c'est-à-dire la mystique du chef.
21:09Il ridiculise Adolf Hitler à travers le personnage d'Adenoïde Inkel
21:13et il réalise finalement un acte de résistance sans précédent
21:18qui culminera dans l'appel final, discours final humaniste
21:22qui appelle les peuples à s'unir contre la tyrannie.
21:25Une photo aussi, en guise de clin d'œil à Antoine Dagata,
21:30c'est la fillette au napalm de Nick Hoot en 1972.
21:33C'est la jeune Kim Phu qui fuit nue et brûlée après un bombardement au napalm,
21:39l'une des images les plus influentes du XXe siècle.
21:41Elle incarne de manière insoutenable le coup humain du conflit au Vietnam
21:45et elle va mobiliser l'opinion publique et finalement forcer le pouvoir politique
21:50à faire face à la réalité, à la crudité de ses interventions militaires.
21:54C'est une chanson !
21:55Oui, Asim Bonanga quand même.
21:58En tout cas, notre génération si je puis dire,
22:01même si Anna vous êtes beaucoup plus jeune que moi,
22:03écrite en hommage en Johnny Clegg,
22:05le groupe Savouka écrite en hommage à Nelson Mandela
22:08alors qu'il était encore emprisonné.
22:09Son nom était interdit de citation.
22:12Et on a cette chanson qui apparaît,
22:15elle mêle l'anglais et le zoulou,
22:17elle est interprétée par un groupe multi-ethnique,
22:19elle brise totalement les barrières de l'apartheid
22:21et elle devient un hymne mondial de solidarité
22:24qui a maintenu la pression internationale sur le régime de Pretoria.
22:28C'était les grandes années du top 50.
22:30Alors en préparant cette émission, on a retrouvé une pépite.
22:33Pasolini qui définit l'artiste par son engagement
22:35et par les attaques qu'il suscite.
22:37On regarde.
22:39Je pense que n'un artiste, n'un artiste, n'un artiste est libre.
22:46Parce qu'un artiste est pour se-même une contestation vivante.
22:53Parfois j'ai fait expérience de ça.
22:56Mais une expérience particulière.
22:58Parce qu'on sait, l'a dit Lucas par exemple,
23:02que la borghese, en un certain sens,
23:03est disposta à accéder ces contestations vivantes
23:06qui sont les écriteurs, les poètes et les artistes.
23:09En ce qui dit Lucas, on considère les individus problématiques.
23:16Un artiste par lui-même est une contestation vivante.
23:19On est le 15 novembre 1966.
23:23Voilem Sansal, vous n'avez pas que des défenseurs,
23:26vous avez été attaqué aussi pour vos prises de position.
23:30Mais est-ce que comme Pasolini,
23:31vous considérez qu'un artiste est une contestation vivante ?
23:36Écoutez, c'est vraiment une question très compliquée.
23:39L'engagement, c'est un processus.
23:41Au départ, ça démarre sur un mot, une phrase,
23:45une musique, une photographie.
23:49Comme ça, dans l'absolu, ça ne représente pas grand-chose.
23:52Ça reste très local.
23:54Et puis petit à petit, ils viennent s'incruster dans ce petit truc.
23:58C'est qu'il y a un terreau de quelque chose d'autre.
24:01Chacun vient déposer sa révolte, sa colère, ses mots.
24:06Moi, quand je suis rentré à la prison,
24:10c'était la plus grande prison d'Afrique.
24:136 000 prisonniers.
24:14Quand j'arrive dans cette prison,
24:16après avoir passé tout le processus de la justice,
24:20j'entends dire, on m'a appelé la légende.
24:23On l'a construit autour de mon nom,
24:26autour de ce qui s'est passé, une légende.
24:28C'est quoi ? Je ne sais pas.
24:30Jusqu'à présent, je ne sais pas.
24:31C'est peut-être le fait qu'en France,
24:33un peu partout, des gens se sont mobilisés pour ma défense
24:38et que peut-être ça a inspiré dans l'esprit des prisonniers.
24:43Cet homme dénonce le régime.
24:46Il est soutenu par le monde entier.
24:47Le régime va tomber.
24:48Donc c'est notre sauveur.
24:50Le petit gaffeur devient pratiquement le Christ, le sauveur.
24:58Vous vous rendez compte, la légende, le sauveur.
25:00Et puis, on arrive en France.
25:01Mais c'est pareil, la récupération.
25:03Il s'est passé quelque chose entre l'Algérie et la France
25:06qui a fait tous les plans, militaires, philosophiques, religieux, etc.
25:10C'est énorme.
25:12Tout le monde essaie soit de prendre un morceau,
25:14soit d'ajouter un morceau à la fantasmagone.
25:17Mais justement, vous devenez un symbole.
25:19Et est-ce que ça ne vous donne pas une responsabilité ?
25:21Et notamment, la responsabilité de veiller à ne pas être récupéré
25:24ou instrumentalisé.
25:26Mais c'est que la récupération est très insidieuse.
25:28Vous ne vous rendez pas compte.
25:31Le fait d'être là, est-ce que c'est une récupération ?
25:34LCP est en train de vous récupérer, Valème Sassal.
25:37Christophe et moi, nous vous récupérons.
25:38Mais on peut évidemment se poser la question.
25:41Tout geste, tout mot devient suspect par la suite.
25:45Ceux qui me détestent, évidemment,
25:47ils s'en parlent du moindre détail pour en faire un axe d'accusation.
25:52Et puis les autres, je peux faire absolument tout ce que je veux
25:55et ils me le pardonneront au titre de la victime,
25:59de la rédemption, de trucs.
26:01Donc vous allez devenir parano ?
26:02On devient parano.
26:03C'est ça ?
26:03En tant que c'est vous qui parlez, Valème Sassal, ça va ?
26:05Non, mais c'est vrai.
26:06Je crois que l'état idéal pour l'être humain,
26:09comme pour les sociétés et les États, c'est la paranoïa.
26:13Parce que trouver son identité, c'est quelque chose d'absolument impossible.
26:18C'est quoi la France ?
26:19La personne ne le sait.
26:19C'est une fantasmagourie qui s'est construite au cours des siècles.
26:22Donc chacun voit ça de son côté.
26:25Et puis on transforme au fur et à mesure,
26:28en fonction des intérêts, en fonction des circonstances.
26:32Et voilà, c'est normal.
26:34Donc on va tous être parano ?
26:36On devient un engagé professionnel, en quelque sorte.
26:40C'est ce que vous êtes devenu ?
26:41Je ne veux pas, mais presque.
26:44Mais vous ne pouvez rien contre ça ?
26:45Comment faire ?
26:47Jean-Marie Roy, comment on fait pour ne pas devenir un engagé professionnel ?
26:51Non, je pense que ce qui est important, c'est la vérité du combat qui est menée.
26:55Mais je ferais la différence peut-être entre les provocateurs
26:58et puis des gens comme Solzhenitsyn, comme Boilem Sassal,
27:04vraiment aux prises avec des régimes effrayants.
27:07Donc c'est un peu différent.
27:08C'est à leur corps défendant.
27:10Ils n'ont pas été à la recherche de la provocation.
27:13Ils sont devenus des symboles parce qu'ils sont tombés sur des régimes extrêmement…
27:18Il faut faire une nuance entre cette provocation.
27:23Mais il me semble qu'en effet, tous les artistes, tous les écrivains, d'une certaine façon,
27:29s'opposent de toute façon.
27:30Il y a un malentendu parce qu'ils s'opposent à la société
27:32et cette société a besoin d'eux pour se régénérer.
27:36Mais Jean-Marie Roy, la provocation, c'est une question de point de vue.
27:39Pour tout régime tyrannique, l'engagement d'un écrivain ou d'un artiste
27:44est vu et passe pour une provocation, de toute façon.
27:48C'est une question de point de vue, la provocation.
27:50– Non, parce qu'il y a quand même des régimes…
27:52Regardez l'exemple de Solzhenitsyn.
27:55Franchement, on ne peut pas dire que la liberté,
27:58vouloir prôner les valeurs de liberté, ce n'est pas une provocation.
28:02Ça paraît légitime.
28:04C'est là où, justement, ce que la société n'admet pas,
28:09c'est qu'on ne suive pas, finalement, les modèles qu'elle donne
28:12et les lois qu'elle impose.
28:14Alors que l'écrivain est du côté de la loi naturelle.
28:18Voilà, elle est du côté de la loi naturelle.
28:20Et vous remarquerez que tout au long des siècles,
28:23au fond, ils ont été le fer de lance d'un certain progrès dans les mœurs.
28:28J'ai cité, je crois, tout à l'heure l'homosexualité,
28:32mais également l'adultère.
28:34Et qui était très réprimée.
28:36Et même le suicide.
28:37Donc les religions, d'une certaine façon,
28:39je ne veux pas attaquer les religions en soi,
28:41parce qu'il y a beaucoup de choses positives dans les religions,
28:44mais très souvent, les religions,
28:47eh bien, se sont finalement modelées avec la société
28:52dans une forme de répression.
28:55– Jean-Marie Roy, dans le monde d'avant, comme on dit,
28:58il y avait une vraie culture de l'engagement des intellectuels et des artistes.
29:01Aujourd'hui, ils sont quand même plus rares à s'engager.
29:04Pourquoi ?
29:05– Ah non, je veux dire, vous savez,
29:08il faut s'entendre sur le terme d'engagement,
29:10si c'est le sens sartrien, c'est-à-dire c'est engagement politique.
29:15Si on suit Sartre,
29:17eh bien il faudrait qu'il lui-même ne s'était pas beaucoup engagé.
29:19Il faut bien reconnaître, il s'est engagé après.
29:22C'est devenu un résistant de 45.
29:25Cet engagement politique, pour moi, est très discutable.
29:29Moi, je considère qu'un écrivain est engagé par nature,
29:33puisqu'il défend des valeurs de liberté et de tolérance
29:36face à une société qui est souvent intolérante,
29:40mais disons, ce n'est pas l'engagement politique.
29:42Moi, je ne prouve pas, parce que je crois que les engagements politiques,
29:45il n'y a qu'à avoir l'exemple, on peut se tromper.
29:48– On les regrette après, c'est ça que vous allez nous dire.
29:50Les conséquences de ces engagements politiques
29:53dépassent complètement les apparences.
29:55– J'aimerais vous montrer une archive plus récente.
29:58C'est un écrivain italien, il vit sous la menace de la mafia
30:01comme un animal traqué, c'est Roberto Saviano.
30:04Il est au micro de France Inter, c'était il y a 8 ans.
30:06– Comment on fait quand on est sous protection policière depuis 12 ans ?
30:10Comment on fait pour ne pas devenir parano ?
30:11– En réalité, je suis complètement paranoïaque.
30:15– En réalité, on vit brisé, petit morceau.
30:29– Parce que pour ma famille, pour ma mère,
30:33ils se sont habitués à ma condition,
30:36un peu comme si j'étais mort,
30:40mais par chance, je ne suis pas mort.
30:43Et donc, vu de ce point de vue, c'est déjà un privilège.
30:47La chose la plus difficile pour moi est de me rendre compte
30:50qu'ils ne m'ont pas tué, mais ils ne m'ont pas laissé vivant.
30:54– Alors, je ne sais pas vous, mais moi, quand j'entends ça,
30:56je suis bouleversée de la tête aux pieds.
30:58C'est-à-dire qu'on pense à Salman Rushdie,
31:01on pense à Riz, on pense à la rédaction de Charlie Hebdo.
31:04Alors, il parle de paranoïa.
31:05En fait, il dit que ce n'est plus une vie, Jean-Marie Roir.
31:09– Je crois qu'il faut le mettre dans la catégorie des héros,
31:12c'est-à-dire des gens moulins,
31:13d'un certain nombre de personnalités
31:15qui dépassent la qualité d'écrivain
31:17pour devenir des héros, c'est-à-dire Jeanne d'Arc,
31:19enfin bon, on peut multiplier des gens tout à fait exceptionnels
31:23qui ont décidé de se battre pour un idéal
31:25et de mourir pour cet idéal.
31:27Pour les écrivains, c'est assez rare,
31:29sauf l'exemple de Solzhenitsyn
31:31et celui de Bolem Sansal, récemment.
31:34Mais si vous voulez, c'est différent.
31:36Là, ce sont des gens qui ont mené des combats
31:40comme des héros.
31:41– Mais parce que, aussi, ce qui est intéressant de dire,
31:44la chose centrale, c'est que ça va contre des intérêts.
31:48Donc là, c'est par rapport à la corruption
31:49qui est le mal, de toute façon,
31:50que ce soit la corruption politique,
31:52que ce soit la corruption religieuse,
31:54parce que les islamistes, c'est quoi,
31:55à part la corruption religieuse ?
31:57La corruption, d'une manière générale,
31:59c'est ce contre quoi on se bat.
32:01Mais on va contre des intérêts.
32:03Il faut voir aussi que les féministes,
32:04c'est exactement la même chose.
32:06C'est-à-dire que ça va contre certains intérêts,
32:09de gens qui sont confortablement placés
32:11dans un système où on a l'habitude
32:12d'écraser les mêmes personnes,
32:15d'étouffer les affaires et de silencer les victimes.
32:17C'est pour ça que moi, j'ai beaucoup d'admiration
32:19pour les féministes,
32:20parce qu'en réalité, bien sûr que socialement,
32:23derrière, c'est énormément de bâtons dans les roues.
32:25Voilà, donc c'est...
32:27Je retrouve une souffrance commune.
32:29Alors, ce n'est pas des assassinats,
32:31mais c'est d'être...
32:33On va contre certains intérêts.
32:34Il faut en avoir totalement conscience.
32:36Et pendant votre audition à l'Assemblée nationale,
32:37vous avez raconté que vous aviez été giflée
32:39par un acteur sur un tournage.
32:41La production et le monde du cinéma
32:43ne vous ont pas soutenue,
32:44et c'est vous qui avez été montrée du doigt.
32:46C'est une double peine, ça, Sarah Forestier.
32:48Alors, en fait, ce qui était intéressant pour moi,
32:50c'était de montrer...
32:51Ce mécanisme-là, il n'existe pas que dans le cinéma.
32:53C'est-à-dire qu'en général,
32:55les gens qui se permettent d'agresser une femme
32:58dans le cadre du travail,
32:59ils savent qu'ils vont avoir...
33:01Soit ils sont supérieurs,
33:03mais les agresseurs sont lâches.
33:06Donc ils vont utiliser une situation
33:07où ils sont dans une situation dominante.
33:09Et ce qui se passe très souvent,
33:11c'est que...
33:11Qu'est-ce qui se passe pour avoir justice
33:13ou sur le moment pour être protégé ?
33:15Vous allez voir votre supérieur,
33:16mais si c'est votre supérieur
33:18qui vous a agressé, comment vous faites ?
33:20Et donc, moi, c'était important pour moi d'expliquer.
33:22Et ça, je tiens vraiment...
33:23C'est pour ça que j'étais contente d'être sur LCP.
33:25C'est que les fausses enquêtes internes,
33:27c'est un sujet majeur.
33:28Et moi, j'ai parlé à l'Assemblée nationale
33:31parce que je veux mettre les institutions
33:32face à leurs responsabilités.
33:34Il ne faut pas croire
33:35que c'est les féministes qui vont tout régler.
33:37Il ne faut pas croire
33:37que c'est les gens qui doivent se débrouiller
33:39en fonction de leur secteur d'activité.
33:40Moi, je voudrais parler de l'inspection du travail.
33:43D'accord ?
33:43Parce que c'est un travail, le cinéma.
33:45Pourquoi un acteur comme Gérard Depardieu
33:47n'était pas sorti des tournages ?
33:49Parce que le faire partir d'un tournage,
33:51ça coûtait trop d'argent.
33:52D'accord ?
33:53S'il agresse quelqu'un sur un tournage,
33:56vous imaginez, il faut retourner
33:57toutes les scènes qu'il a tournées, etc.
33:58Les assurances,
33:59il n'y avait pas encore tout ce qu'il fallait, etc.
34:02Donc, qu'est-ce qu'on faisait ?
34:03Naturellement, on fait taire la victime.
34:04On lui dit,
34:05ce n'est pas si grave ce qui t'est arrivé.
34:06Tiens bon, on est avec toi,
34:08mais en fait, pas du tout.
34:09Et on étouffe les affaires.
34:11Quand la fille parle un peu trop fort,
34:12elle dit, non, je ne vais pas laisser passer.
34:14Ils sont obligés de faire une enquête interne,
34:16ils font des fausses enquêtes internes.
34:17C'est ce qui m'est arrivé.
34:19Et quand on fait une fausse enquête interne,
34:20moi, j'ai été licenciée.
34:22Il y a plein de filles qui ont été licenciées.
34:24Je vous prends l'exemple du festival d'Angoulême.
34:26Pourquoi le festival de BD d'Angoulême
34:28ne s'est pas tenu cette année ?
34:29Parce qu'il y a une jeune femme
34:31qui a accusé un homme de viol.
34:33Et au final, qu'est-ce qui s'est passé ?
34:34Elle a été licenciée.
34:36Et moi, je voudrais parler aussi
34:37pour toutes les femmes qui travaillent.
34:38Parce qu'en fait, c'est dans le monde du travail en général.
34:40Et moi, ce qui m'intéresse, si vous voulez,
34:42c'est de comprendre les mécanismes
34:43dans les institutions, où sont les failles ?
34:46Et la réalité, c'est qu'on ne peut pas laisser
34:49n'importe quelle entreprise
34:50faire les enquêtes internes à leur manière
34:53parce qu'ils étouffent les choses.
34:54Et donc, il faut que l'inspection du travail
34:56mette son nez dedans.
34:58Et moi, après avoir été auditionnée
35:01à l'Assemblée nationale,
35:02c'est exactement le travail
35:04que j'ai voulu faire derrière.
35:06Et vraiment, je pense qu'il faut
35:08une campagne nationale d'information
35:10parce que vous, dans votre travail,
35:12mais je pense à des gens
35:13qui nous regardent à la télé,
35:14qui peuvent se faire agresser sur,
35:15je ne sais pas, une serveuse,
35:16une caissière ou quelque chose comme ça.
35:19Sachez que vous pouvez saisir
35:20l'inspection du travail.
35:22Ce n'est pas la foire à la saucisse,
35:23en fait, les inspections.
35:25C'est-à-dire qu'il y a un protocole
35:27et on doit pouvoir protéger les victimes.
35:29Et une dernière chose très importante,
35:32un employeur, il a le devoir
35:35de vous garantir un espace de sécurité
35:37dans votre travail.
35:38Vous n'allez pas vous faire agresser
35:39sur votre lieu de travail.
35:40Vous, Sarah Forretti,
35:41vous avez arrêté le cinéma
35:42pendant plusieurs années.
35:43Est-ce que c'était un choix ?
35:44J'en ai ras-le-cul, ouais.
35:46Tout à fait.
35:48Oui, oui, bien sûr, ça dégoûte.
35:49Quand vous voyez que, en fait,
35:52ce système qui écrase,
35:54quand vous vous révoltez.
35:55Parce que la réalité, c'est que si moi,
35:57j'avais laissé passer l'agression
35:59que j'ai subie,
36:00parce que ce n'est pas juste une gifle.
36:01Il a mis des coups,
36:02il a mis un coup de poing
36:03à côté de mon visage dans une vitre,
36:04il a tapé dans un tabouret,
36:05il a mis un coup de pied.
36:06Enfin, c'était ultra-violent.
36:08Et si j'avais, en fait,
36:11accepté ses excuses,
36:12parce qu'il est venu pour s'excuser
36:13devant le commissariat,
36:14pour m'empêcher de porter plainte,
36:16mais en fait, au final,
36:18ça serait allé, en fait.
36:19Ça aurait été très bien
36:20avec le milieu du cinéma.
36:21Mais quand vous dites non,
36:23et d'ailleurs,
36:24ce n'est pas que dans ce milieu-là,
36:25à un moment donné,
36:26c'est ce que je vous dis,
36:27vous allez contre des intérêts.
36:28Et maintenant, moi, je veux
36:29qu'on arrête la débrouille
36:31et je veux que l'État français
36:33et l'inspection du travail
36:36fassent exactement ce qu'il faut faire.
36:38Voilà.
36:40C'est du petit lait, là,
36:42ce qu'elle vient de...
36:42C'est quoi, c'est quoi ?
36:43C'est du petit lait.
36:44C'est du petit lait.
36:45J'ai écouté ça avec beaucoup...
36:46Mais c'est vrai,
36:47c'est que si les institutions
36:48faisaient leur travail,
36:50on n'a pas besoin
36:51d'engagement individuel.
36:53C'est vrai.
36:54Donc, en fait,
36:54vous seriez tranquille.
36:56Oui, on serait tous tranquille
36:57chez soi.
36:58C'est ça.
36:58C'est parce que les institutions
36:59ne font pas leur travail,
37:00comme l'affaire Haddad...
37:02Qu'on a besoin de vous.
37:03...l'affaire, etc.,
37:04qu'il faut des gens.
37:06Pas forcément,
37:06ça peut être spontané,
37:07ça peut être...
37:08On peut devenir un héros
37:09en cinq minutes,
37:10on ne l'a pas cherché.
37:11C'est des circonstances
37:12qui font que l'affaire
37:13d'un individu,
37:14d'un petit groupe.
37:15Et en fait,
37:16qu'est-ce qu'ils réclament ?
37:17C'est qu'ils demandent
37:17aux institutions
37:18de faire leur travail,
37:19c'est tout.
37:19L'engagement,
37:20c'est que ça.
37:22On ne va pas libérer,
37:24monter en commando
37:25pour aller libérer Haddad.
37:27On demande à la justice
37:29de réexaminer l'affaire
37:30et de le libérer.
37:32C'est ça,
37:32le rôle de l'engagement.
37:33Ça me fait rebondir.
37:34Mais par exemple,
37:34l'histoire de l'affaire
37:35de Polanski.
37:37C'est fou comme en fait,
37:38ce qui n'est pas réglé
37:39par l'État
37:40se déplace ailleurs.
37:42Je veux dire,
37:42c'était dingue
37:43que ça se régle
37:43à la cérémonie des Césars.
37:45Évidemment qu'on n'est pas juge
37:46et ce n'est pas à nous
37:46de savoir s'il faut l'extrader
37:47ou pas.
37:48Mais par contre,
37:49on peut quand même
37:49questionner l'État français.
37:50Il s'est complètement défaussé.
37:51On n'a parlé que des Césars
37:53mais l'État français,
37:54c'est quoi le concept en fait ?
37:55C'est que quand il y a quelqu'un
37:56qui est fugitif
37:57et qui a été condamné
37:59pour pédocriminalité
38:00dans un autre pays,
38:00c'est open bar
38:01pour venir en France.
38:03Donc en fait,
38:03c'était ça le vrai sujet.
38:04Si vous voulez,
38:05tout se déplace.
38:06Vous prenez par exemple
38:07Gajit Macron
38:08qui traite les militants
38:09de Salcon.
38:10C'est un sujet en soi
38:11mais le sujet fondamental
38:13derrière
38:13qui ne va pas.
38:15C'est comment est-ce que
38:18dégueu alors qu'il y avait
38:20autant d'éléments
38:22et à partir du moment
38:23où des choses avaient
38:23fuité dans la presse,
38:25c'est incompréhensible
38:26pour le grand public.
38:27On aurait préféré
38:28que la justice se mouille
38:29quitte à faire un procès
38:30à acquitter
38:32mais elle aurait dû le faire
38:34en public.
38:34C'est-à-dire que
38:35quand vous tenez un procès,
38:36la justice doit se justifier
38:37de l'acquittement.
38:38Et là, c'était scandaleux
38:40d'avoir un non-lieu
38:41de cette manière-là.
38:41Et moi, je veux à chaque fois
38:43recentrer les choses
38:44et de dire en fait
38:45quelle est la faille,
38:48qu'est-ce que n'a pas fait
38:49l'institution ?
38:49Alors par exemple,
38:50la justice
38:51dans l'histoire
38:52de Harry Habitant,
38:53ce non-lieu-là,
38:54est-ce qu'il est acceptable
38:55et on a le droit
38:55de le questionner
38:56en tant que citoyen
38:57et citoyenne ?
38:58On peut aussi
38:59circonscrire et dire
39:00voilà, il y a des cas
39:01pour des crimes
39:02aussi graves que le viol,
39:03un non-lieu
39:04ne peut pas être prononcé
39:05aussi rapidement.
39:06Et moi,
39:07j'aurais préféré
39:07qu'on centre ça sur ça
39:08que l'insulte
39:09de Brigitte Macron
39:10parce qu'on a l'impression
39:12que les institutions
39:13se défaussent
39:14systématiquement,
39:15systématiquement.
39:16Bolem Sansal,
39:17on a entendu
39:18donc Roberto Saviano
39:19dire
39:19ils ne m'ont pas tué
39:20mais ils ne m'ont pas
39:21laissé vivre.
39:22Est-ce que vous,
39:23ils vous ont laissé vivre ?
39:24Ils ne vous ont pas tué,
39:25vous êtes là,
39:26mais est-ce qu'ils
39:27vous ont laissé vivre ?
39:29C'est une question
39:30que je me pose.
39:31J'ai été condamné
39:32à 5 années de prison.
39:35Du fait de mon âge,
39:36c'est une condamnation
39:37à mort.
39:38Pour moi,
39:38l'affaire n'est pas finie.
39:39Je me retournerai
39:40à un moment ou à un autre
39:41contre l'État algérien.
39:43Voilà,
39:44l'institution doit faire
39:46son travail.
39:46À laquelle ?
39:47Pas l'institution algérienne,
39:48évidemment.
39:49Mais heureusement,
39:50il y a des institutions
39:51internationales.
39:52Et donc,
39:53j'irai à ce niveau-là.
39:54C'est une condamnation
39:55à mort.
39:56Déguisée en truc,
39:57atteinte à la sûreté
39:58de l'État,
39:59ça ne vaut que 5 années.
40:00Mais quand on condamne
40:02quelqu'un
40:04de mon âge malade
40:05et tout ça
40:06à 5 années,
40:06c'est qu'on veut le tuer.
40:07Il va mourir en prison.
40:08Et j'ai failli
40:09mourir en prison.
40:11Littéralement,
40:12en poison.
40:13Ah bon ?
40:14Non,
40:15évidemment,
40:16la prison est en poison.
40:18Oui,
40:18tout à fait.
40:19De diverses manières,
40:20par la nourriture,
40:21par le truc,
40:22par les sévices,
40:23par etc.
40:24Donc,
40:25voilà.
40:26C'est ça,
40:26c'est l'institution.
40:28Vraiment,
40:28la question
40:29essentielle est celle-ci.
40:31Et c'est une série
40:33d'institution.
40:33Si la première instance
40:36ne fait pas son travail,
40:38il faut remonter
40:38et ainsi de suite.
40:39Et vous allez le faire.
40:41Vous allez saisir
40:42des institutions
40:44internationales.
40:45Le moment venu,
40:46je le ferai.
40:50Oui,
40:51maître François Zimay.
40:53Pour le moment,
40:54je ne le fais pas
40:55parce qu'il ne faut pas
40:55gêner les relations
40:58entre l'Algérie et la France
40:59parce qu'il y a
41:01Christophe Gleize
41:02qui est dans
41:02une situation comme moi.
41:04C'est un otage.
41:05Ce n'est pas un prisonnier.
41:07Il n'a rien fait.
41:20Bien sûr.
41:20Ce serait quand même
41:21intéressant que
41:22l'institution nationale
41:23soit derrière vous.
41:27Je ne sais pas
41:28si c'est le cas
41:28pour le moment.
41:29C'est une litote
41:30qui veut dire
41:30que vous savez
41:31que ce n'est pas encore le cas.
41:32Ce n'est pas encore le cas.
41:34Antoine Dagata,
41:35je me tourne vers vous
41:36parce que votre travail
41:37suppose une vie
41:38à la marge.
41:39Est-ce que c'est
41:40un mode de vie
41:42que vous aimez
41:42ou est-ce que c'est aussi
41:44le prix à payer
41:45pour être cet être humain
41:47et cet artiste engagé ?
41:48Non,
41:49c'est un prix à payer.
41:50C'est un choix délibéré
41:51de vivre
41:53non pas dans le confort
41:54de la société
41:55mais d'aller chercher
41:57ces territoires
41:58où les gens sont
41:59victimes,
42:00sont exploités
42:00et forcés
42:01de générer
42:02des stratégies
42:03autres
42:03pour exister.
42:05Souvent des stratégies
42:07criminelles
42:09mais qui sont
42:10la seule manière
42:11pour eux
42:11d'imposer leur présence
42:14et aider l'adolescence.
42:15C'est un choix
42:16de vivre
42:17sur ces territoires-là.
42:18Mais est-ce que parfois
42:19vous vous sentez en danger ?
42:21Est-ce qu'il vous arrive
42:21d'avoir peur ?
42:23Honnêtement,
42:23je continue de considérer
42:25ma position
42:26et mon parcours
42:27comme un privilège.
42:30J'ai accès
42:31à des humanités
42:32qui,
42:33bien que blessées,
42:33bien que tragiques,
42:35vont au-delà
42:35de ce que nous,
42:36de ce côté-là du monde,
42:37on peut imaginer
42:38ou supposer.
42:40Et vivre à la hauteur
42:41de ces destinées-là,
42:42vivre à proximité
42:44de ces intensités-là,
42:45c'est quelque chose
42:46qui est précieux pour moi.
42:48Alors,
42:48il y a des artistes
42:49qui regrettent.
42:50On va regarder une archive
42:51qui date de 1970,
42:54un certain Yves Montand.
42:56Les gens qui croyaient,
42:57en tout cas,
42:58dans cette forme
42:58de socialisme-là,
43:00on y croyait,
43:01il faut bien le dire,
43:03d'une façon presque
43:03quasiment religieuse.
43:05Et ce n'est pas vrai
43:06et ce n'est pas aussi simple.
43:08On ne peut pas faire des aides
43:09et puis se taire
43:11lorsque l'on sait
43:12ce qui peut se passer,
43:13ce qui a pu se passer
43:14dans les pays de l'Est,
43:14vous comprenez.
43:15Et là,
43:16je reprends encore une phrase,
43:17je crois qu'elle est de Brest,
43:18qui dit,
43:19bon,
43:19celui qui ne sait pas
43:20est un imbécile,
43:21mais celui qui sait
43:22et qui ne dit rien
43:23est un criminel.
43:24N'est-ce pas ?
43:25Et puis,
43:26je sais que personnellement
43:27et avec Simon,
43:28nous avons donné la leçon
43:29souvent aux gens.
43:30Vous savez,
43:30on se levait de table,
43:31nous on disait
43:31qu'il y avait des camps
43:32de concentration
43:32en l'Union soviétique,
43:33on quittait la table,
43:34on partait.
43:36Christophe,
43:37il y a deux formes de regrets,
43:38celui d'avoir sacrifié
43:39sa vie à un engagement
43:40et celui d'avoir embrassé
43:44alors quelques exemples encore.
43:47Alain Badiou,
43:48par exemple,
43:48et le régime des Khmer Rouges
43:50en 1979,
43:51donc le philosophe publie
43:52dans Le Monde
43:53une tribune intitulée
43:54Kampuchea vaincra,
43:56dans laquelle il apporte
43:57un soutien politique
43:58au régime de Pol Pot,
44:00alors même qu'on sait,
44:01comme le disait Montand là,
44:03on sait déjà,
44:04il y a les premiers témoignages
44:05sur l'ampleur des massacres.
44:07Face à la réalité historique
44:09du génocide cambodgien,
44:10deux millions de morts,
44:12cette position est devenue
44:14indéfendable.
44:14Et des décennies plus tard,
44:16en mars 2012,
44:17Alain Badiou a exprimé
44:18des regrets publics,
44:20avec Honnêteté,
44:21je lui avais posé la question,
44:22ça me brûlait les lèvres,
44:24c'était sur le plateau
44:25d'Avant Première
44:25sur France 2,
44:26il avait eu cette réponse,
44:28je le regrette
44:29et je suis heureux
44:30de le dire ici publiquement,
44:31je regrette d'avoir écrit ce texte,
44:33mais il ne suffit pas
44:34de regretter,
44:35regretter et se repentir,
44:36on peut toujours le faire,
44:38au-delà donc du fait
44:39que je regrette
44:40d'avoir écrit ce texte,
44:41je m'intéresse à la question
44:42de savoir pourquoi
44:43je l'ai écrit,
44:44je l'ai écrit parce que
44:45j'avais été enthousiasmé
44:47par la victoire
44:47des Khmer Rouge en 75,
44:49je n'ai pas été le seul,
44:50relisait les premières pages
44:51du monde à cette époque-là,
44:52j'ai ensuite voulu garder en moi
44:54cet enthousiasme,
44:55y compris contre le réseau
44:56des informations
44:56peu à peu disponibles,
44:58quel aveu,
44:58en politique,
45:00le découragement
45:01est monnaie courante
45:01et l'enthousiasme
45:03est une denrée précieuse.
45:05Intéressant,
45:06honnête,
45:07intéressant
45:07et qui pose plein de questions.
45:08L'enthousiasme,
45:10la responsabilité,
45:11ça vous est arrivé,
45:12Antoine Dagata,
45:12de regretter
45:13certaines photos ?
45:16Non,
45:17je crois qu'au contraire,
45:18avec l'âge
45:20et l'expérience,
45:21j'ai atteint
45:21un certain type
45:21de sérénité
45:22dans le sens
45:23où une conscience
45:24de l'effort
45:24qui a été fait,
45:25bien sûr le sentiment
45:26jamais d'avoir achevé
45:28ou abouti à quoi que ce soit.
45:29On a tous des fonctions
45:31qui sont minimes
45:31et des rôles
45:32qui sont infimes
45:33dans ce processus
45:34mais voilà,
45:35j'ai toujours tenté
45:37intellectuellement
45:38et physiquement
45:40de faire l'effort
45:42de confronter
45:43la manière la plus totale
45:44et la plus sincère possible.
45:46Jean-Marie Roy,
45:47est-ce qu'il y a des choses
45:48que vous avez regrettées ?
45:50Oui,
45:50de ne pas avoir réagi
45:52certainement
45:52plus justement
45:54dans le domaine
45:55de la compassion,
45:56c'est évident.
45:57mais enfin
45:58dès que j'ai pu
45:59m'exprimer
46:00mais je crois
46:01qu'il faudrait
46:01quand même voir
46:03que le fond des choses
46:05en dehors
46:06de la provocation,
46:07en dehors
46:07d'un certain nombre
46:08de choses,
46:08de la répression,
46:10c'est quand même
46:10le but d'un artiste,
46:12d'un écrivain,
46:13c'est de créer
46:14de la beauté.
46:15Vous savez,
46:15Dossi Fki disait
46:16« La beauté sauvera le monde ».
46:17Eh bien je crois
46:18qu'il faut voir
46:19parce que ce sentiment
46:20d'injustice,
46:21nous l'éprouvons toujours,
46:23quelle que soit
46:23l'attitude des États
46:26qui peuvent
46:26admettre
46:27leur culpabilité.
46:28De toute façon,
46:29l'injustice,
46:30elle fait partie
46:31du destin humain.
46:32Et quelle est la seule chose
46:34qui puisse aider
46:35justement
46:36à lutter
46:37contre cette injustice,
46:38c'est la création artistique
46:40parce qu'elle apporte
46:41de la beauté,
46:42elle donne un sens
46:43au monde,
46:44elle donne un sens
46:45à chaque individu
46:46et vous voyez même
46:47quelqu'un comme Proust.
46:48On peut dire
46:49que Proust était
46:50très dégagé finalement,
46:51il s'est très peu compromis.
46:54Peut-être qu'il était intervenu
46:55dans l'affaire Dreyfus
46:56mais c'est tout.
46:58Et dans l'affaire
46:58de la séparation
46:59de l'Église et de l'État
47:00bizarrement.
47:02Mais si vous voyez
47:02ce qui est important,
47:04je crois,
47:04c'est cette création
47:05quand vous le disiez Proust,
47:07eh bien finalement
47:07ça redonne à l'être humain,
47:10ça lui permet
47:10de se situer,
47:12de se comprendre
47:12et d'élargir
47:14sa vision du monde.
47:15Et ça je crois
47:15que c'est très important
47:16parce qu'il ne faudrait pas
47:17qu'on reste uniquement fixé
47:19sur cette idée
47:20de provocation
47:21et en même temps
47:23et de combat.
47:24Je crois que c'est Tolstoy
47:26qui disait à la fin de sa vie
47:27finalement
47:28et qui avait mené
47:29énormément de combats,
47:31c'était un homme
47:31vraiment engagé
47:33au sens où vous l'entendez,
47:35eh bien il disait finalement
47:36si je peux écrire
47:37quelque chose
47:38qui restera,
47:39qui pourra donner
47:41un sens à la vie
47:42dans d'autres générations,
47:43eh bien j'aurais gagné
47:45ma vie.
47:46– Vous savez que Roberto Saviano,
47:48donc on a entendu
47:48et dont on a dit ici
47:50qu'il était un héros,
47:51il a déclaré publiquement
47:53que si c'était à refaire,
47:54Gomorra
47:54et tout son combat
47:55contre la mafia,
47:56il ne referait pas,
47:57que le prix à payer
47:59faisait qu'il ne recommencerait pas.
48:01Quand vous entendez ça,
48:02Boisdames Sansal,
48:02ça fait mal.
48:03– Vous savez,
48:04oui,
48:05mais il a raison,
48:06moi-même,
48:07je me pose la question.
48:09J'ai été condamné,
48:11expulsé de mon pays,
48:13mon passeport a été désactivé,
48:15j'ai été déchu de ma nationalité,
48:17le prix est vraiment trop lourd
48:19pour une phrase dite dans une…
48:21– Dans un journal.
48:23– Dans un journal.
48:24– Oui,
48:24mais ça veut dire que si c'était à refaire,
48:25vous ne referiez pas ?
48:27– Je le ferais…
48:28Non,
48:28mais c'est toujours…
48:31On a le devoir,
48:32quand on fait les choses,
48:33on a le devoir d'être intelligent.
48:35C'est-à-dire qu'il y a toujours
48:36plusieurs options
48:37et choisir la plus intelligente.
48:39Là, je crois qu'en l'occurrence,
48:40ce n'était pas la plus intelligente
48:42de mes actions,
48:44j'aurais pu le dire autrement
48:46parce que le but pour moi,
48:47ce n'est pas d'avoir raison
48:48sur la frontière.
48:50Le but pour moi,
48:52pour tout le monde,
48:53c'est de faire chuter
48:53ce régime criminel
48:55qui fait un mal fou
48:56et pas qu'aux Algériens,
48:58mais à tout le monde.
48:59Il devient hyper dangereux
49:00pour toute la périphérie.
49:02Donc, il faut agir contre ça.
49:04– Mais ça a surtout été une révélation.
49:05– Là, moi,
49:05c'est un épiphélon même
49:07qu'il faut resituer
49:08dans un cadre plus global
49:10et dans ce cadre-là,
49:11ça pèse peanuts.
49:12C'était pas…
49:14– Vous avez surtout révélé
49:16quelque chose.
49:16– Oui,
49:17c'était révélé quelque chose.
49:18– C'est-à-dire qu'au final,
49:19ce que ça a révélé du régime
49:21et ça a tout découvert.
49:24– Il tirait un mal
49:25dans le pied, là,
49:25franchement.
49:26Oui, oui, bien sûr.
49:27– Est-ce qu'il faut garder
49:28une certaine naïveté ?
49:29Vous vous souvenez
49:29de l'affaire Tangor ?
49:32L'affaire Tangor,
49:33en 1980,
49:34donc Pierre Vidal-Naquet,
49:35Marguerite Duras,
49:36François Sagan
49:37se mobilisent
49:37pour obtenir la grâce
49:38de Luc Tangor
49:39qui était condamné
49:40pour viol.
49:40Il le présente
49:41comme la victime
49:42d'une erreur judiciaire
49:43flagrante,
49:44le comparant d'ailleurs
49:45à un nouveau Dreyfus.
49:47il est gracié en fait
49:48par François Mitterrand
49:50en 1987,
49:52mais peu après
49:52la libération de Tangor,
49:54il récidive
49:55et il commet
49:56de nouveaux viols
49:57pour lesquels
49:58il sera condamné.
49:59Alors cette affaire,
50:00évidemment,
50:01les intellectuels
50:01qui s'étaient trompés
50:02se sont retrouvés
50:04un peu gênés
50:05et ils ont admis
50:07avoir été manipulés
50:08par un récit d'innocence
50:10construit sur des bases
50:11émotionnelles
50:11plutôt que factuelles.
50:13Encore une fois,
50:13c'était honnête,
50:14mais est-ce qu'au fond
50:15cette naïveté
50:17que doivent garder
50:17les artistes engagés
50:18et les photographes,
50:19est-ce qu'il faut
50:20au fond la revendiquer
50:21même si parfois
50:22on se trompe ?
50:23La vérité,
50:24je pense qu'on y accède
50:25par l'innocence.
50:27Si on est trop compliqué,
50:29c'est des artifices,
50:31on est dans un fait
50:33artificieux
50:33comme raisonnement.
50:35Oui,
50:37c'est comme ça
50:38que l'écrivain,
50:38je pense,
50:39fait de belles heures.
50:40C'est quand il est
50:40complètement innocent
50:41et qu'il a les mains faibles
50:42et qu'il fait un chef d'oeuvre
50:44et qu'il est taillé
50:45dans le granit.
50:47L'innocence.
50:48Oui,
50:48il faut être innocent
50:50pour être efficace.
50:51C'est un risque,
50:52c'est un risque toujours.
50:53Défendre quelqu'un,
50:54l'affaire Tangor,
50:55moi j'y ai beaucoup pensé
50:56dans l'affaire Omar Radad
50:57parce qu'au bout de 30 ans
50:59je suis certain maintenant
51:00que Omar,
51:02mais c'est évident
51:02que j'ai vu tellement de gens
51:03de bonne foi
51:04s'engager dans l'affaire Tangor.
51:06Il y a toujours un risque
51:07quand on défend quelqu'un,
51:08quand on défend l'innocent,
51:09dans l'engagement,
51:11je veux dire,
51:11l'aspect,
51:12ça ce n'est pas
51:12l'engagement politique,
51:13c'est l'engagement
51:14pour une cause humaine
51:15mais je crois
51:16qu'il vaut mieux
51:16s'être trompé
51:18comme dans l'affaire Tangor
51:19en défendant un coupable
51:20que je refusais
51:22de défendre un innocent.
51:23Moi je dirais
51:24qu'au-delà de...
51:26En fait,
51:26il y a quelque chose
51:27qui n'est pas de l'ordre
51:29de choisir par exemple
51:30un camp.
51:31C'est-à-dire dans une situation
51:32de dire
51:32est-ce qu'une personne
51:33est coupable ou pas,
51:34quel est l'innocent,
51:35quelle est la victime.
51:35J'ai l'impression
51:36que ce qui est beaucoup
51:37plus important
51:37c'est de comprendre
51:38les mécanismes profonds
51:39dans chacun des cas
51:42qui nous est présenté
51:43et de voir en fait.
51:45Et un artiste
51:45n'est pas obligé
51:46de se positionner forcément
51:47dans une histoire de camp
51:48parce qu'effectivement
51:49on peut se tromper aussi.
51:52Mais ce qui est important
51:53c'est de comprendre
51:53ce qui est sous-jacent.
51:55Et par exemple,
51:55en géopolitique,
51:57il y a beaucoup d'artistes
51:58qui vont s'exprimer
52:00sans comprendre en fait
52:01ce qui sous-tend réellement
52:04certaines guerres.
52:05et je pense qu'il y a
52:07une nécessité,
52:08un minimum de rigueur
52:09à avoir
52:10pour comprendre
52:11les enjeux
52:12et ensuite se positionner
52:15mais tout de suite
52:16d'emblée.
52:17Enfin je veux dire
52:17chacun aussi parle
52:18d'un endroit.
52:19Je veux dire
52:19nous on est en Occident,
52:22on a un narratif occidental.
52:26Vous voyez ce que je veux dire ?
52:27Donc c'est aussi quelque chose
52:28qui est une forme
52:29de rigueur intellectuelle
52:30à avoir.
52:31Et vous êtes la seule
52:31Sarah Forestier
52:33au fond de la table ?
52:34Non, femme.
52:37Vous êtes la seule
52:38à ne pas avoir répondu
52:39à la question
52:40parce qu'on ne vous l'a pas posée
52:41de savoir
52:41est-ce qu'il vous est arrivé
52:42de regretter
52:43certaines de vos prises
52:45de parole
52:46ou de vos prises
52:47de position ?
52:48Non, mais après
52:49je suis jeune,
52:49encore.
52:51Vous avez le temps ?
52:52Vous êtes vieux ?
52:54C'est pas pour dire ça ?
52:55Mais il faut dire
52:56que simplement...
52:58Vous avez le temps
52:58de regretter ça ?
52:59Je ne sais pas
53:00de passer des choses.
53:00J'ai pas fait non plus.
53:01Demain le regret.
53:02Voilà.
53:02Non mais je pense que
53:04dans un parcours de vie
53:05il y a aussi
53:08la multiplication
53:08des engagements
53:09fait qu'on ne peut plus
53:11se foirer
53:11si on est un peu
53:12Gaston Lagaffe
53:13sur les bords.
53:14On va se faire de la gaffe.
53:15C'est une table
53:16de Gaston Lagaffe.
53:17Merci à tous.
53:19Merci d'avoir été
53:20avec nous
53:21pour ce banc
53:21que je rappelle
53:22vos actualités.
53:23Sarah Forestier
53:23et votre BD
53:24Maudite du cul
53:25avec la dessinatrice
53:27Jeanne Alcala
53:28aux éditions
53:29de l'Iconoplast.
53:30Alors ça me fait juste rire
53:30parce que depuis tout à l'heure
53:31on parle de géopolitique
53:32et que moi je suis avec
53:33une bande dessinée
53:34qui parle de sexualité
53:36mais c'est vraiment
53:38une BD féministe.
53:39Non mais pour qu'il y ait
53:39un lien
53:39parce que sinon
53:40les téléspectateurs
53:41ne vont pas comprendre.
53:42C'est un engagement ?
53:42C'est un engagement.
53:43Il y a tout à fait un lien.
53:44Alors c'est une BD
53:45très très engagée
53:46je peux vous le dire
53:47à vous confirmer
53:48Boilem Sansal ?
53:48Absolument.
53:49Voilà.
53:50Vraiment choqué même.
53:52Je blague.
53:53Je ne suis pas
53:53choqué comme les ados.
53:55Choqué dans le bon sens.
53:56Oui, choc-bar.
53:57Jean-Marie Roir
53:57votre dernier roman
53:59est paru en septembre
54:00La maîtresse italienne
54:01n'est-ce pas ?
54:02Chez Gallimard
54:02Antoine Dagata
54:03votre coffret méthode
54:04va être édité au printemps
54:06chez Studio Vortex.
54:08Boilem Sansal
54:08on peut retrouver
54:09toute votre oeuvre
54:10en folio.
54:11Est-ce que vous connaissez déjà
54:12le titre de votre prochain livre ?
54:13La légende.
54:14Oui.
54:15Et il paraîtra quand ?
54:17Je ne sais pas.
54:17Vous l'avez écrit ?
54:18Il est presque écrit.
54:19Pas le bureau
54:20de la légende, non ?
54:21La légende,
54:22la légende majuscule.
54:23Au revoir à tous.
54:25C'était un plaisir
54:25d'être avec vous.
54:26Cher Christophe,
54:27à très bientôt
54:28pour un nouveau banquet.
54:29Sous-titrage Société Radio-Canada
54:32Sous-titrage Société Radio-Canada
54:40Sous-titrage Société Radio-Canada
54:41Sous-titrage Société Radio-Canada
54:45Sous-titrage Société Radio-Canada
54:46Sous-titrage Société Radio-Canada
54:46Sous-titrage Société Radio-Canada
54:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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