00:00Et avec nous ce soir sur ce plateau, Chirine Arda Kani, bonsoir.
00:04Bonsoir.
00:04Vous êtes l'avocate de la famille Collère, vous êtes également présidente de l'association Iran Justice.
00:08On voit que l'État français n'oublie pas Cécile Collère et Jacques Paris, qu'ils se mobilisent.
00:13Est-ce que vous avez des nouvelles d'eux ?
00:15Je n'ai pas de nouvelles directes d'eux.
00:18En revanche, bien que je n'ai pas de mandat pour m'exprimer aujourd'hui,
00:22je devine l'État qui doit être le leur, c'est-à-dire un État évidemment d'angoisse absolue
00:28qui est celui qui est partagé en fait par tous les Iraniens qui sont sous l'enfer des bombes
00:34puisqu'on sait que les frappes se sont intensifiées sur Téhéran et que littéralement Téhéran brûle.
00:39Donc je peux me mettre en empathie à la place de Cécile Collère et Jacques Paris
00:44et imaginer quelle peut être leur anxiété ce soir.
00:48Vous êtes également l'avocate du prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohamadi.
00:52Elle est actuellement en prison, condamnée à 7 ans et demi de détention.
00:55Est-ce que vous savez où elle se trouve actuellement et dans quel état ?
00:58Oui, nous savons qu'elle est dans la prison de Zanjan.
01:02Malheureusement, le pays est évidemment coupé en termes de connexion Internet.
01:08Il faut savoir que Narges Mohamadi, depuis sa réincarcération en décembre 2025,
01:13elle a été placée à l'isolement.
01:15De toute façon, avant même la coulure des communications,
01:18elle ne pouvait pas s'entretenir avec son avocat iranien.
01:21De sorte qu'à un moment, on s'est même interrogé au plus fort des frappes avoisinantes la prison de
01:28Zanjan,
01:28si elle était toujours en vie.
01:30Donc voilà où on en est.
01:31Malheureusement, son cas n'est pas isolé.
01:33C'est celui de tous les prisonniers politiques aujourd'hui qui sont livrés à eux-mêmes.
01:37On sait qu'il y a des défections dans certaines prisons
01:41où l'administration pénitentiaire a complètement abandonné les prisonniers.
01:46Et donc, on a comme ça des gens qui dépérissent absolument.
01:50Et la société civile iranienne de demander la libération de tous ces dissidents.
01:56Alors, vous êtes franco-iranienne.
01:58Vous présidez l'association Iran Justice.
01:59De quelle heure vous voyez ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient ?
02:04Ce conflit en Iran qui est parti pour durer, c'est ce qu'en disent les autorités américaines et les
02:08autorités iraniennes.
02:10Ce régime iranien qui s'accroche au pouvoir, ces bombardements sur l'Iran.
02:15Vous êtes dans quel état d'esprit ?
02:17Écoutez, moi je suis épouvantée par ce qui se passe.
02:21En janvier dernier, pendant quelques semaines, on s'est retrouvés, nous, iraniens de France et franco-iraniens,
02:28sans aucune connexion avec nos proches,
02:32parce qu'ils faisaient face à une répression épouvantable de la part de la République islamique d'Iran,
02:36qui a fait s'amonceler les corps.
02:39On se souvient encore, le 8 et le 9 janvier dernier,
02:41des millions d'Iraniens étaient allés dans les rues pour demander la démocratie, la chute du régime.
02:47Et la seule réponse a été les mitraillettes et avec des milliers de morts et d'arrestations.
02:52Et voilà que le calvaire reprend.
02:54Alors, la répression se poursuit, parce que, alors même que nous sommes en guerre,
03:00les Iraniens continuent de se faire exécuter au petit matin.
03:04J'ai vu d'ailleurs à la télévision d'État, alors même qu'elle a été bombardée,
03:08elle continue d'émettre.
03:10Et on voit que les dignitaires iraniens, alors même que les uns après les autres,
03:13sont alors certes assassinés, parce qu'il faut dire les choses,
03:17mais ils continuent de menacer les Iraniens qui ne seraient des traîtres,
03:21qui ne seraient pas patriotes, etc.
03:23Et on voit que c'est la double peine,
03:24parce que s'ajoutent à la répression les bombes de l'étranger.
03:29Donc finalement, le sentiment que les Iraniens, rien ne leur a été épargné.
03:33Et au fond, ils sont bien seuls ce soir, entre le marteau et l'enclume.
03:37Un mot de ce successeur désormais officiel d'Ali Khamenei,
03:41c'est son fils, Mojtaba Khamenei.
03:44On imagine que ça n'enchante pas grand monde.
03:47Non, et d'ailleurs, il y a quelques minutes,
03:49les Iraniens, massivement, sont allés à la fenêtre
03:53pour reprendre les slogans qu'ils n'ont jamais cessés.
03:55D'ailleurs, mort au dictateur, et désormais, c'est le dictateur-fils.
04:00Puisque Mojtaba Khamenei n'est que le digne héritier d'un grand criminel.
04:04Et sans vouloir faire la loi de la lignée, et sans être devin,
04:09je pense qu'effectivement, on a là la stricte continuité
04:12de ce qui a été l'œuvre de son père.
04:14C'est quelqu'un, vous l'avez présenté dans votre reportage,
04:17qui en fait est le cœur de cette république islamique,
04:21une république islamique népotique,
04:23qui a volé en fait le pays,
04:26qui a accumulé des richesses au détriment de la population,
04:30et qui est responsable lui-même
04:32de vagues et de vagues de répression.
04:34Donc on n'en attend évidemment rien.
04:36Et aujourd'hui, la question se posera de savoir
04:39quand est-ce que ces Iraniens vont enfin parvenir
04:41à s'autodéterminer et à la démocratie.
04:43On va y revenir justement, mais je voulais vous poser d'abord cette question.
04:47Vous en voulez à qui ce soir ?
04:48Au régime iranien ?
04:49Aux forces israéliennes qui mitraillent ?
04:52Aux Américains ?
04:53Moi j'en veux à tout le monde,
04:54mais finalement mon sentiment n'est pas très intéressant.
04:58Je pense que les Iraniens sont désespérés.
05:01Ils alternent en réalité entre des phases de fatalité.
05:04Moi j'ai des proches qui m'ont dit
05:05mais au fond Chérine, après tout,
05:07est-ce qu'on ne mérite pas autre chose que la mort ?
05:09Puisque au fond c'est ce qu'on explique
05:11à longueur de journée aux Iraniens.
05:13Ce qu'on leur dit c'est finalement
05:15bon, on va vous libérer par les bombes,
05:18autrement dit choisissez les modalités de mode mort.
05:20Si vous avez survécu aux mitraillettes de Khamenei,
05:23peut-être que vous serez parmi, vous savez,
05:26ce terme abject, victime collatérale.
05:28Mais c'est qui les victimes collatérales ?
05:30En fait ce sont mes proches,
05:31ce sont mes parents qui sont là-bas.
05:32Il est évidemment inacceptable
05:35de pouvoir estimer que des populations civiles
05:37pourraient mourir au nom de la liberté.
05:39Donc moi ce soir j'en veux évidemment à toute la Terre.
05:42Et à la France qui selon vous
05:44ne prend pas suffisamment position,
05:45Dominique de Villepin s'est exprimé là-dessus aujourd'hui.
05:49Il s'est révolté contre la France
05:50qui est en train de rater le coche,
05:52rater l'histoire.
05:53Écoutez, tout à l'heure,
05:54il se trouve que par inadvertance
05:55j'étais sur un plateau télévision
05:57avec un des représentants de la diplomatie française.
06:01Hélas, les mots étaient en dessous de tout.
06:03La rhétorique c'était celle d'appeler à la désescalade,
06:06c'était d'appeler ce régime criminel
06:09de la République islamique d'Iran
06:11à changer de posture.
06:12En fait la France,
06:13elle est passée complètement à côté de la séquence.
06:16Elle n'est pas intervenue.
06:17Et quand je dis intervenir,
06:18pour moi, attention qu'on se comprenne bien,
06:19ça ne veut pas dire aller bombarder.
06:21Mais elle n'a pas été sincèrement solidaire
06:24des efforts du peuple iranien.
06:26Ça fait des années qu'on demandait, par exemple,
06:28à ce que les gardiens de la révolution
06:29soient classés sur la liste des entités terroristes.
06:31Ça n'a jamais été fait.
06:33Nous avons demandé à ce que le Conseil de sécurité
06:35des Nations Unies soit réuni
06:36pour que d'ores et déjà la France
06:38et plus singulièrement l'Europe
06:40appellent à ce que des élections libres
06:42puissent se tenir en désavouant
06:44de façon diplomatique la République islamique d'Iran.
06:46Et à l'inverse, on voit que c'est des appels
06:48à négocier avec ce régime qui a été fait.
06:50Donc, en réalité, oui, moi, je suis aussi en colère,
06:53malheureusement, contre mon propre gouvernement
06:55et plus singulièrement contre l'Europe
06:56qui est attentiste et qui a accompagné
06:59toutes ces années les violations des droits humains,
07:01aussi bien de la part de la République islamique
07:03que de Netanyahou et de Trump,
07:05parce que je rappelle quand même que ces messieurs
07:06qu'il s'agisse de Netanyahou,
07:08qui est visé par un mandat d'arrêt
07:10pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre,
07:13n'est pas en position aujourd'hui d'expliquer
07:15qui doit être, eh bien, vivre en démocratie,
07:18parce que ce monsieur est lui-même responsable
07:20d'un certain nombre de morts civiles,
07:22partout d'ailleurs, au Liban,
07:24évidemment dans les territoires palestiniens
07:26et partout ailleurs.
07:27Hier, on en a parlé sur notre antenne,
07:28la diaspora iranienne en France
07:31s'est rassemblée ce week-end,
07:32avec d'un côté ceux qui sont favorables
07:34à la monarchie en Iran
07:35et au retour du fils du chat d'Iran, Reza Palavi,
07:37et de l'autre, ceux qui clamaient
07:38ni chat ni Mola.
07:40Alors, comment vous envisagez cet après, justement ?
07:44Est-ce que vous envisagez que le régime chute ?
07:46Et dans ces cas-là, est-ce que vous n'avez pas peur
07:48pour la suite et pour que les Iraniens
07:50puissent se mettre d'accord ?
07:51Écoutez, non, moi, je n'ai pas peur
07:52de la diversité des opinions et des sensibilités.
07:55Évidemment que la société iranienne,
07:57elle est traversée par des lignes de rupture
07:59et c'est fort heureux.
08:0092 millions d'Iraniens ne peuvent pas penser
08:02de façon homogène la même chose
08:04et n'importe quel camp qui viendrait dire
08:05« Les Iraniens pensent ça, moi, je suis le porte-parole des Iraniens. »
08:09Ce serait évidemment faux,
08:10mais encore faut-il qu'il y ait des conditions aujourd'hui
08:12pour qu'il y ait cette expression.
08:13Or, là, on parle d'une guerre.
08:16Donc, évidemment que dans une période de guerre,
08:18ce n'est pas demain que les Iraniens
08:19vont pouvoir choisir leur leader.
08:21Donc, en réalité, aujourd'hui,
08:22il faut que, évidemment, les bombes s'arrêtent,
08:25mais pas pour sauver le régime de la République islamique d'Iran.
08:28Il ne s'agirait pas de revenir au statu quo ante
08:31et de dire « Finalement, reprenez votre vie comme ci. »
08:34Non, il faut que ce régime, il chute, évidemment.
08:36Et il faut que, désormais, les Européens,
08:37les démocrates aident à ce que les Iraniens
08:41puissent choisir leur propre leader.
08:43Et à ce moment-là, les Iraniens choisiront.
08:46S'il faut que ce soit le retour de la monarchie,
08:48ce sera le retour de la monarchie.
08:49S'il faut que ce soit une république démocratique hors Molla,
08:53ce sera le cas.
08:54Mais, encore une fois, ce sera à eux de décider
08:56et certainement pas à Donald Trump, à Netanyahou
08:59ou à qui sais-je d'autre.
09:00Aujourd'hui, c'est la journée de défense des droits des femmes.
09:02Vous arriverez sur votre T-shirt à l'antenne
09:05le fameux slogan « Femme, vie, à liberté »
09:06qui avait été scandé après la mort de Marsa Amini.
09:09Est-ce que cette période très sombre,
09:11elle est malgré tout porteuse d'espoir
09:13pour les femmes iraniennes ?
09:15Moi, je suis évidemment une grande optimiste
09:16puisque je suis une militante pour les droits des femmes
09:19et plus singulièrement pour les droits humains.
09:21Après, il faut dire que « Femme, vie, liberté »
09:23en ce moment, c'est quand même attaqué
09:25partout dans le monde.
09:27Et vous voyez, j'ai mis ce T-shirt
09:29parce que je trouvais que c'était bien de le rappeler.
09:30Les iraniennes, elles se sont battues
09:32depuis des décennies et des décennies,
09:34des siècles, en réalité, pour exiger quoi ?
09:37Leur droit légitime à l'existence
09:39et surtout le fait de pouvoir vivre libre
09:42mais libéré du tyran du dedans.
09:44C'est-à-dire l'époux sous lesquels,
09:47d'ailleurs, il y a 170 femmes aujourd'hui,
09:50y compris en France,
09:51qui sont mortes sous les coups de leur époux.
09:53Donc, ce n'est pas que les iraniennes,
09:54mais aussi le tyran du dehors.
09:56C'est-à-dire la république islamique infâme
09:58qui va, de toute façon,
10:00tyranniser l'ensemble de la population.
10:01Et donc, je crois que ce message,
10:02« Femme, vie, liberté »,
10:03c'est un message qui est universel,
10:05qui ne s'adresse pas qu'aux iraniennes,
10:06qui s'adresse aux Afghans, aux Soudanaises,
10:09que sais-je encore, aux Libanaises,
10:10aux Françaises aussi,
10:11parce que nous aussi,
10:12on a besoin de ce slogan,
10:13« Femme, vie, liberté ».
10:14Voilà.
10:14Donc, non, moi, je suis quand même optimiste,
10:16malgré tout.
10:17Je pense qu'à la fin,
10:18évidemment, on triomphera,
10:19mais en ce moment,
10:20il faut dire quand même
10:21qu'on a des adversaires assez redoutables.
10:23Merci beaucoup, Chirine Ardacani,
10:25d'être venue sur le plateau de Trans24.
10:27On termine justement avec une image,
10:28celle de Gisèle Pellicot
10:30et de sa fille, Caroline Darian,
10:31dans le cortège parisien,
10:33cortège à lequel vous avez pris part vous-même.
10:35C'était à l'occasion de la journée
10:36de défense des droits des femmes.
10:38Gisèle Pellicot,
10:39devenue le symbole de la lutte
10:40contre les violences faites aux femmes.
10:41On ne lâchera rien,
10:43a-t-elle lancé,
10:44acclamé par la foule.
10:45Au total,
10:45200 000 personnes se sont rassemblées
10:47dans toute la France ce dimanche.
10:52Restez avec nous,
10:53c'est la fin de ce journal.
10:54On se retrouve dans quelques minutes
10:55pour un nouveau point
10:56sur l'actualité internationale.
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