00:00Malheureusement, ça fait seulement un an et demi.
00:03C'est-à-dire qu'on a eu une guerre entre Israël,
00:07qui déjà voulait en finir avec le Hezbollah il y a un an et demi,
00:11qui ressemblait pour l'instant à ce que l'on vit pour le moment.
00:14On croyait la nuit dernière qu'on allait assister à quelque chose d'encore plus spectaculaire,
00:21dans le sens négatif du terme, c'est-à-dire un tapis de bombe sur la banlieue du Sud.
00:26L'opération a été, si je peux me permettre, plus modérée,
00:29dans le sens où elle a ressemblé davantage à ce qu'on a vécu jusqu'à maintenant.
00:33Ce qui montre que pour le moment, l'enjeu pour les Israéliens,
00:38c'est vraiment de terroriser la population locale,
00:41puisque, je le rappelle, des centaines de milliers de personnes
00:44ont été poussées à fuir en quelques heures.
00:47Vous le disiez, ça veut dire qu'une grande partie de la population est terrorisée,
00:52en tout cas ce sont les objectifs.
00:53Est-ce que ça fonctionne ? Qu'est-ce qu'on en dit autour de vous ?
00:57Oui, je pense que ça fonctionne très bien.
01:00Imaginez la scène à Paris.
01:02Imaginez, on vous dit à Paris,
01:03la moitié de la ville doit être évacuée dans quelques heures,
01:07sinon elle va être bombardée.
01:08Imaginez les scènes de panique.
01:10Alors effectivement, les Libanais ont peut-être plus l'habitude de ce genre de choses.
01:14Oui, justement, vous disiez qu'il y avait un sentiment déjà vu.
01:17Mais on ne s'y habitue jamais complètement.
01:19Et encore une fois, on est dans des guerres,
01:22nous sommes tous dans des guerres où nous ne connaissons pas la suite.
01:24Nous ne savons pas exactement jusqu'où iront les Israéliens.
01:28S'ils ont les moyens, déjà, compte tenu de l'aviation
01:30qui est aujourd'hui déployée pour frapper l'Iran,
01:33est-ce qu'ils ont les moyens de faire la même chose au Liban ?
01:37Est-ce qu'ils en ont la volonté ?
01:38Ou est-ce qu'ils veulent faire ça pour, d'une part,
01:41détruire les infrastructures du Hezbollah,
01:42terroriser la population et pousser le gouvernement libanais
01:46à agir face au parti ?
01:48Ce sont des centaines de milliers de Libanais
01:50qui ont été appelés à quitter leur maison en quelques heures.
01:53Anthony Samrani, l'accueil...
01:55Alors, le Liban a une tradition d'accueil,
01:56même de réfugiés syriens,
01:58mais comment ça se gère, ça, en 24 heures ?
02:00Ils sont où, tous ces gens, aujourd'hui ?
02:03C'est extrêmement compliqué pour deux raisons.
02:05La première, c'est que le Liban est un pays à terre.
02:08Le Liban est un pays qui a vécu un siècle en cinq ans
02:11une crise économique, l'une des pires de l'histoire contemporaine.
02:17La double explosion au port de Beyrouth,
02:19la guerre, il y a déjà un an et demi.
02:22Et donc, à nouveau, ce conflit que le Liban,
02:26une fois de plus, n'a pas choisi.
02:27C'est une guerre pour les autres,
02:29comme dans l'histoire libanaise.
02:31Et la deuxième raison, c'est qu'il y a des tensions énormes au Liban
02:34autour de la question du Hezbollah,
02:36qui est la question la plus polarisante.
02:38Et donc, les centaines de milliers de personnes
02:40qui partent, qui sont en grande majorité,
02:42qui appartiennent en grande majorité à la communauté shahite,
02:45ne sont pas toujours les biens reçus
02:48auprès des autres communautés,
02:49qui y voient parfois des partisans du Hezbollah
02:54ou des cibles potentielles des frappes israéliennes.
02:58Donc, les gens craignent également pour leur vie.
03:02Anthony Samrani, quand les Libanais quittent leur maison en ce moment-même,
03:08est-ce qu'ils ont conscience qu'ils ne reviendront peut-être pas tout de suite
03:11là où ils vivent ?
03:13Je vais vous raconter deux scènes, je pense,
03:15qui illustrent parfaitement ça,
03:18qu'on a recueilli hier, que nos équipes ont recueilli hier.
03:21C'est cette dame qui refuse de partir,
03:25qui est âgée et qui dit
03:27« Où est-ce que je vais aller ? »
03:28De toute façon, on n'a pas de quoi se payer un hôtel
03:33ni un appartement,
03:34on sera accueilli nulle part.
03:36Et par ailleurs, je ne vais pas aller.
03:37Vous savez, les écoles publiques, notamment,
03:39ont été réquisitionnées pour accueillir les réfugiés.
03:41Mais vous imaginez qu'une femme de 70 ans ou plus,
03:44elle n'a pas envie de se retrouver par terre
03:46dans une école publique pour fuir la guerre.
03:49Et il y a ces familles entières
03:52qui ont quitté hier les routes
03:54avec à peine un bagage
03:56et qui ne savent pas.
03:58On leur demande « Est-ce que vous comptez revenir ? »
04:00Ils n'en ont aucune idée
04:01parce qu'ils ne savent pas si le lendemain...
04:03Le premier réflexe des habitants de la banlieue sud,
04:06comme lors de la précédente guerre,
04:07le matin au réveil,
04:09c'est d'appeler pour savoir
04:10si leur immeuble est encore debout.
04:12Bien sûr.
04:12Et si leur immeuble est encore debout,
04:15ils pensent qu'ils reviendront.
04:16Mais encore une fois,
04:17qui nous dit qu'Israël ne va pas reproduire
04:21la même scénographie encore aujourd'hui
04:24et demain, etc., etc.,
04:26au moins jusqu'à ce que la guerre iranienne dure ?
04:29Et cette incertitude,
04:31elle vaut aussi, Anthony Samrani,
04:32pour les habitants du Sud-Liban.
04:33J'ai presque envie de dire encore plus
04:35parce que dans ce qui se dessine,
04:36on n'a pas l'impression
04:37qu'Israël soit décidé
04:39à délaisser le terrain avant longtemps.
04:44Non, je ne crois pas.
04:45Pour l'État hébreu,
04:46en tout cas, c'est perçu
04:47comme une occasion historique
04:50d'en finir avec le Hezbollah.
04:52Encore une fois,
04:52on a vu à Gaza ce que voulait dire
04:54en finir avec le Hamas
04:57et l'illusion un peu
04:58de cet objectif absolutiste.
05:01Donc non, Israël ne reculera pas.
05:03Je ne vois pas ce qui peut l'arrêter.
05:04Je sais qu'Emmanuel Macron
05:06était en négociation intense hier
05:08et tant mieux,
05:09c'est le seul président aujourd'hui
05:10qui se mobilise à ce niveau-là
05:12pour essayer d'épargner le Liban.
05:14Mais malheureusement,
05:16ses leviers pour pousser Israël
05:18à arrêter sont assez faibles
05:20et le seul qui pourrait éventuellement le faire,
05:23c'est Donald Trump.
05:24Et Donald Trump, pour l'instant,
05:25s'en fiche complètement du sort du Liban.
05:28Merci Anthony Samrani
05:29d'avoir réagi avec nous
05:31sur l'antenne de BFM TV,
05:32de nous avoir fait sentir le pouce
05:34ce matin de la société libanaise
05:36qui découvre les images
05:36de ces bombardements.
05:38Après ce qui s'est passé cette nuit
05:40et tôt ce matin...
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