00:00Et nous accueillons également Ravi Chahir. Bonsoir, merci d'être là également, monsieur l'ambassadeur, ambassadeur du Liban en France.
00:06Il y a une image que je voulais vous montrer parce qu'elle résume ce qu'ont vécu aujourd'hui
00:09les habitants de Beyrouth.
00:11C'est une séquence, elle dure quelques secondes. Je vous demande de la regarder et on la commente ensemble juste
00:15après.
00:30Comment vous réagissez, monsieur l'ambassadeur, face à ces images-là ce soir ?
00:34Bien sûr, je constate que le Liban est la seule victime dans toute cette guerre-là, surtout les talibanais qui
00:41ne voulaient pas de cette guerre.
00:43Et puis ça fait un an qu'on essaye d'appliquer la résolution 1701 et la cessation du feu.
00:50Ni Israël l'applique, il ne veut pas, pour des raisons bien évidentes.
00:55Et puis ni Hezbollah ne le veut, pour des raisons aussi bien évidentes.
00:59Et je me réjouis qu'aujourd'hui, mon gouvernement a pris une décision historique en considérant d'un côté que
01:06l'aile armée et sécuritaire de Hezbollah est considérée illégitime.
01:13Et ça, c'est historique.
01:15Et puis de l'autre côté, bien sûr, on condamne toutes ces frappes israéliennes qui ne font qu'alimenter le
01:22rhétorique de Hezbollah et qui prouvent qu'Israël ne veut pas la paix avec le Liban.
01:27Sinon, elle aurait retiré du Liban.
01:30Ça fait un an qu'on essaye de la pousser à se retirer du Liban et puis à arrêter ses
01:36hostilités, à la continuer à frapper, à tuer et puis à agresser le Liban.
01:40Mais vous êtes d'accord pour dire que ces dernières heures, la nuit dernière en l'occurrence, c'est le
01:45Hezbollah qui a poussé d'une certaine manière le Liban dans cette guerre ?
01:50Malheureusement, ça a été confirmé par mon président, par le premier ministre, par le gouvernement.
01:55Bien sûr, le Hezbollah, il a mené les talibanais vers cette guerre-là et d'une façon illégitime, inacceptable et
02:06suicidaire même.
02:07Donc, il a quoi ? Il a envoyé six missiles sur Israël pour se venger.
02:12Donc, ces six missiles n'ont pas touché le sol israélien. En contrepartie, qu'est-ce qu'il a recolté
02:19?
02:19Il a recolté des assassinats de ses dirigeants, la destruction des infrastructures libanaises et puis une déportation des Libanais.
02:30On a aujourd'hui 6 000 familles dans les rues. 33 000 personnes dans les rues. On ne trouve pas
02:36des lieux pour les loger.
02:38Pourquoi ? Chaque fois, chaque deux, trois années, cinq années, ces mêmes populations vont subir le même sort parce que
02:46Hezbollah, il a une certaine idée qui n'a pas marché.
02:48J'aurais bien aimé que ça a marché, mais ça n'a pas marché.
02:51Mais on entend ce soir votre fermeté vis-à-vis du Hezbollah, la fermeté de votre gouvernement qui interdit les
02:55activités militaires du Hezbollah.
02:57Mais comment faire respecter cette décision-là ? Avec quels moyens militaires, vous, gouvernement libanais, vous pouvez empêcher le Hezbollah
03:06de faire ce qu'il veut dans cette guerre face à Israël ?
03:08Regardez, demain, je dis, on avait une conférence internationale pour le soutien des armées libanaises, justement parce que l'armée
03:16libanaise, par elle-même,
03:17elle n'est pas capable vraiment d'aller jusqu'au bout dans cette mission-là.
03:23Mais ne serait-ce qu'on a nos moyens, on est ferme, on est bien déterminés.
03:30Et puis, il faut dire que ce qui s'est passé aujourd'hui, c'est ce qui est le plus
03:35important aussi du fait de cette décision qui est très importante,
03:40c'est qu'une partie des ministres chahites ont voté pour.
03:44Ça veut dire Nabi Berri, le chef de notre Assemblée.
03:47– Se sont désolidarisés aussi.
03:48– Parce qu'ils ont été convaincus que, voilà, c'est un axe suicidaire,
03:55et il est temps que l'État libanais a le monopole de ses armes, et on va l'avoir, toi
04:00ou t'as.
04:01– Ulisse Gossé, ensuite, j'ai une autre image à vous montrer, monsieur l'ambassadeur, Ulisse Gossé.
04:04– Non, c'est vrai que c'est la question majeure, est-ce que l'État libanais peut arriver à
04:10désarmer le Hezbollah ?
04:12– Regardez, ce qu'on a fait dans le sud de l'Italie, c'est historique, depuis 1969,
04:16les talibans n'avaient pas le monopole des armes dans le sud.
04:20Même les Israéliens étaient convaincus, mais ils n'osaient pas le dire pour ne pas donner un cadeau au Liban.
04:26Et c'était confirmé par la communauté internationale.
04:30On a le monopole des armes dans le sud du Liban, dans le sud de l'Italie,
04:35et on était en train de commencer le second plan.
04:37Et d'ailleurs, aujourd'hui, même au Conseil des ministres, il y a eu un débat,
04:41et il y a eu une demande de l'armée libanaise, avec ses moyens,
04:45avec ses moyens modestes quand même, mais héroïques,
04:49de vraiment continuer d'affirmer la volonté de l'État d'avoir le monopole de César.
04:53– On a cette information qui tombe à l'instant, qui est plutôt une confirmation d'ailleurs,
04:57d'une information qu'on a déjà eue dans la journée, mais qui est confirmée ce soir par le gouvernement
05:00chypriote.
05:01Les drones qui ont visé la base britannique à Chypre, donc, ont été envoyés du Liban.
05:07Voilà ce que dit ce soir le gouvernement chypriote.
05:09– C'est inadmissible, on ne peut plus accepter ça.
05:12Le Liban n'a rien à voir avec cette guerre, ne veut pas cette guerre.
05:15Le Liban, il est temps qu'on vraiment soit en paix, on veut une paix juste.
05:19Le Hezbollah, il est dans une situation illégale maintenant,
05:25quand il attaque des pays, ou quand il déclenche vraiment une guerre,
05:30ou des hostilités contre la vie et la volonté de l'État liban.
05:36– Oui, monsieur, vous avez dit, décision historique de l'État libanais, du gouvernement,
05:41d'interdire les activités militaires du Hezbollah, et c'est vrai.
05:45Mais aujourd'hui, vous n'êtes pas en capacité d'empêcher le Hezbollah d'avoir cette activité.
05:51Donc, je voudrais que vous nous disiez ce que vous pouvez dire sur cette...
05:54Quelle est votre réaction après l'intervention israélienne ?
05:58Premièrement, comment vous réagissez ?
06:00Vous vous condamnez ? Qu'est-ce que vous dites ?
06:01Et puis, deuxièmement, est-ce que vous redoutez une incursion terrestre,
06:07une invasion terrestre d'Israël ?
06:09Est-ce que c'est, selon vous, un risque, une alternative, une possibilité ?
06:13Comment vous voyez l'évolution ?
06:14– Pour compléter la question du Nice, regardez cette image que l'on a ce soir
06:18de ces chars israéliens qui sont littéralement à un mètre de la frontière.
06:23Ce soir, voilà, je ne vous ment pas, on a ces images-là,
06:26la frontière entre Israël et le Liban,
06:28les chars israéliens sont vraiment juste derrière la frontière.
06:31Comment vous réagissez ? Qu'est-ce que vous craignez ?
06:33Et qu'est-ce que vous dites ce soir aux Israéliens ?
06:35– Bien sûr, bien sûr, je suis indigné de cette agression israélienne
06:42qui perdure depuis des années.
06:45Et d'ailleurs, moi, on a l'impression qu'Israël,
06:48malgré la bonne intention du gouvernement libanais
06:52et même du président libanais de négocier,
06:54et même de nommer un civil pour négocier avec Israël,
06:58regardez, ils ont arrêté ces négociations
07:00parce qu'ils ne veulent pas vraiment avancer,
07:02parce que peut-être ils ont d'autres projets en tête.
07:03– Mais Israël dit qu'il y a la menace du Hezbollah.
07:06– Regardez, la menace, à vrai dire,
07:09en fait, les armes de Hezbollah ne menacent plus vraiment Israël,
07:13Israël le sait bien.
07:14C'est une plutôt menace à l'intérieur du Liban
07:16plutôt qu'à l'extérieur du Liban.
07:19Et puis, il fallait donner une chance à l'État libanais
07:21qui était en train de vraiment avancer vers là.
07:24Et puis, on a demandé à Israël, regardez,
07:26arrêtez les hostilités, rendez-nous quelques otages.
07:30Et puis, qu'est-ce qui justifie
07:36cette agression israélienne,
07:38non pas seulement vis-à-vis des citoyens,
07:41vis-à-vis des villages.
07:42Elle a détruit 36 villages.
07:44Maintenant, elle demande l'évacuation
07:45de 58 villages dans le sud du Liban.
07:47– Mais alors, M. Razab, la question, c'est
07:49est-ce que vous redoutez d'une invasion terrestre israélienne ?
07:51– Oui, je redoute fort.
07:53Israël a fait appel à 100 000 réservistes.
07:56Pourquoi faire ?
07:58Donc, je redoute fort.
07:59Et puis, peut-être, Israël, c'est une chance historique pour elle.
08:02mettre la main sur l'eau de l'Italie et puis occuper le sud du Liban,
08:06créer cette zone tampon qu'elle rêve d'avoir depuis des années.
08:11Et puis, elle nous livre à l'intérieur du Liban
08:13quelques centaines de milliers de déportés.
08:16Et puis, les Libanais s'entretuent entre eux ou j'en sais pas quoi.
08:20Et puis, le temps qu'on se réveille,
08:22elle aura mis la main sur le sud du Liban
08:24et c'est devenu...
08:25– Ça, c'est le scénario que vous avez en tête.
08:27– Voilà, je crains vraiment parce que je n'ai pas confiance
08:29en ce régime qui est maintenant instauré en Israël.
08:32Pas du tout.
08:33– Guillaume.
08:33– Monsieur l'ambassadeur, décrivez-nous les conséquences concrètes
08:37de ces frappes sur le Liban aujourd'hui.
08:39C'est quoi les conséquences pour les Libanais ?
08:42– Regardez, la première frappe, elle nous a coûté,
08:44bon, des milliers de morts,
08:47mais surtout 12 aussi à 14 milliards de coûts,
08:53d'infrastructures et puis une déportation de 120 000 personnes.
08:57– Vous parlez d'ailleurs en 2020.
08:58– Oui, bien sûr.
08:59– Oui, c'est la précédente intervention.
09:00– Mais aujourd'hui, actuellement.
09:02– On ne peut plus, on ne peut plus.
09:03L'État libanais, ça fait un an,
09:05depuis 40 ans, il ne s'est pas redressé comme il le fait maintenant.
09:09Depuis un an, on essaye de vraiment rétablir l'État de droit
09:12et avancer sur tous les fronts.
09:14Et maintenant, une frappe pareille, elle peut vraiment mettre en péril
09:19toutes les actions de l'État libanais.
09:22Et puis, que sais-je, est-ce que la communauté internationale,
09:26elle sera toujours là à l'appel pour vraiment aider le Liban ?
09:30Voilà un problème.
09:30– Vous demandez dans un instant ce que vous demandez à la France ce soir.
09:32Mais d'abord, on va aller au Liban retrouver Clotilde de Bigot,
09:36notre correspondante Clotilde.
09:38cette inquiétude ce soir face à une possible opération terrestre
09:43de la part des Israéliens sur le sol libanais,
09:45elle est partagée globalement par les Libanais ce soir ?
09:49– Oui, exactement.
09:51Elle est vraiment partagée par tous les Libanais du nord au sud.
09:55Surtout au sud, on a vu plusieurs frappes sur la ville de Tir,
09:58notamment la capitale du sud-Liban,
10:00avec toujours cette crainte, avec ces chars,
10:03comme vous l'avez dit, qui ne sont plus qu'à un mètre de la frontière libanaise.
10:06Et en fait, c'est quelque chose qu'on avait déjà vu auparavant
10:08dans la guerre précédente.
10:10Mais aujourd'hui, tout semble se concrétiser.
10:12Et les Libanais, à Beyrouth notamment, sont extrêmement inquiets.
10:15Et on voit toute cette vague de déplacés
10:18qui viennent du sud du Liban pour se réfugier dans la capitale.
10:21Mais il y a aussi cette crainte,
10:22parce que les Israéliens ont indiqué qu'ils allaient frapper fort le Hezbollah,
10:27mais aussi possiblement des infrastructures au Liban.
10:31Et donc maintenant, les Libanais ont ce sentiment
10:33que personne n'est réellement en sécurité.
10:35– Claude Hilbigot, en direct de Beyrouth ce soir,
10:39qu'est-ce que vous demandez à la France ?
10:40– Regardez, la France, elle a tout donné,
10:44elle est inconditionnelle avec le Liban.
10:46On ne demande rien qu'elle confirme ce qu'elle a fait
10:49tout au long de l'histoire avec le Liban.
10:53Non, la France est le plus puissant pays
10:56qui est toujours à côté du Liban, inconditionnellement.
10:58Donc on ne peut pas lui demander plus ce qu'elle nous donne.
11:01Et bien sûr, on constate qu'il y a des acteurs
11:05qui ne veulent pas de la France, plus de la France au Liban.
11:07Notamment l'Israël, qui a arrêté le mécanisme,
11:10qui ne veut pas une implication de la France
11:13dans les négociations de la paix,
11:15qui ne veut pas vraiment renouveler pour la finur.
11:17où la France a le plus grand, le plus nombreux contingent
11:20de 750 personnes, elle ne veut plus une implication
11:22dans la délimitation des frontières de la France.
11:26Regardez maintenant, déjà, pour tenir les conférences,
11:35que ce soit pour le soutien de l'armée libanaise
11:37ou pour la reconstruction du Liban,
11:39il n'y a que la France qui a fait ça pour le Liban,
11:40elle continue à le faire.
11:41– Et la conférence dont vous parliez qui était prévue.
11:42– Et puis on est très satisfait de l'appui de la France.
11:45– La conférence dont vous parliez, qui est très importante,
11:47qui était prévue le 5 mars,
11:49est-ce qu'elle est maintenue ou pas en raison de l'investissement ?
11:51– Regardez, il y a eu un communiqué entre nos deux présidents,
11:53en fait le président français et le président libanais,
11:55elle a été reportée pour avril.
11:57– Ah oui, c'est ça.
11:58– Ce qui est logique.
11:59– Mais alors, M. l'ambassadeur, une dernière question peut-être.
12:02Pour la première fois, on a vu des militants
12:05ou la base du Hezbollah être en colère contre le mouvement
12:09et en dénonçant l'attitude suicidaire.
12:11– Ce que je ne disais rien.
12:12– Est-ce que, on a entendu des témoignages tout à l'heure,
12:14donc est-ce que vous pensez que le Liban, la classe politique,
12:18mais la population est capable effectivement
12:20d'avoir un impact sur le Hezbollah
12:22et de réduire son influence
12:24et d'empêcher ce type de nuisances
12:27qui sont évidemment dramatiques pour le pays ?
12:28– Regardez, le Hezbollah, il a tenu sa rhétorique
12:31et sa notoriété du fait que l'absence de l'État dans le Sud
12:34est celui qui est le seul protecteur,
12:36surtout de cette communauté shahite
12:38qui est agressée tout le temps d'Israël.
12:40Et puis, bon, d'un côté, Israël, il alimente cette rhétorique
12:45pour des raisons qu'on le sait,
12:47et puis de l'autre côté, ces populations sont désespérées,
12:51ils n'ont pas trouvé vraiment un échappatoire
12:54pour vraiment quitter Hezbollah.
12:58Maintenant, l'État libanais se reconstruit
13:00et c'est le seul échappatoire pour cette population-là.
13:03Elle a besoin de voir un État fort et solide et neutre.
13:07Et d'autant plus que les aventures suicidaires de Hezbollah
13:11allaient mener cette population à quitter leur maison
13:13au fur et à mesure où les gens ne peuvent plus.
13:16On parle de la résilience libanaise,
13:18elle a des limites, cette résilience-là.
13:19Les gens passent 20 heures sur les routes
13:22pour vraiment quitter leur maison
13:23et ils dorment dans les rues, dans leur voiture maintenant.
13:2733 000 personnes sont dans les rues, la plupart d'entre eux.
13:30Donc, il y a un moment où cette population va dire
13:34« Basta, c'est fini ».
13:36Mais bon, c'est beaucoup plus compliqué que ça, malheureusement.
13:39– Merci.
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