Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 semaines
En Turquie, en octobre 1923, un jeune officier, progressiste, Mustafa Kemal, convaincu que la religion était un frein à la modernité, prit la tête du pays et mena un plan de transformation et de réformes radicales sans précédent. Il fit de la Turquie la première nation musulmane à devenir une république laïque. Républicain mais pas démocrate, Atatürk - "père des Turcs" -, par son chauvinisme et son culte de la personnalité, installa également durablement une fierté nationaliste exacerbée.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:0210 novembre 1938, la jeune nation turque orpheline pleure son fondateur.
00:10Mustafa Kemal, dit Atatürk, le père de la Turquie, est mort d'une cirrhose du foie à l'âge de
00:1757 ans,
00:18dans le palais de Dolmabatshe, la demeure des anciens sultans ottomans.
00:27Istanbul défile trois jours du rang devant son catafalque, avant son transport à Ankara, la nouvelle capitale qu'il s
00:35'est choisie.
00:38C'est un monarque sans couronne ni turban qui s'est éteint.
00:42Maître absolu d'un pays profondément transformé, après une vie de combat.
00:47Entre guerre et révolution, en particulier contre l'emprise de la religion et la volonté populaire.
00:58Atatürk a instauré la laïcité, sa laïcité, le laïclic.
01:05Pour gouverner toutes les activités humaines, en lieu et place de l'islam, pour régir vie politique et vie intime,
01:14spirituelle et temporelle.
01:19Après 15 années passées au pouvoir à moderniser la Turquie, devenue la seule nation laïque en terre d'islam,
01:26son héritage marque toujours la République turque, 100 ans après sa proclamation, en 1923.
01:46Sous-titrage Société Radio-Canada
02:18Moustapha Kemal a grandi en Europe.
02:21Il est né à Salonique, la ville des Balkans la plus cosmopolite de l'Empire ottoman.
02:29Une ville plus ouverte, plus moderne, plus libre même que la capitale, Istanbul.
02:40Il y voit le jour en 1881, alors que l'occidentalisation de l'Empire est en marche.
02:54Son père, ancien douanier, ruiné dans son commerce de bois par un concurrent grec,
03:00meurt de tuberculose quand Kemal a 7 ans.
03:09Après un bref passage dans une école coranique, le petit Kemal s'inscrit de son propre chef au concours de
03:15l'école militaire à 12 ans et le réussit.
03:21Porté par le prestige de l'uniforme, l'envie de quitter la maison, la volonté de s'extraire d'un
03:27milieu modeste et le désir d'une solide éducation.
03:38Kemal se plaît à la vie de soldat, aux soirées arrosées où l'on discute sans fin entre officiers éduqués.
03:48Il a le verbe haut, le tempérament impulsif et ombrageux.
03:53En jouisseur, il court les balles costumées.
03:57Amateur de danse et de beuverie, il vit mille et une nuits de fêtes et fréquente les bordels.
04:28Ouvertes à tous, les écoles militaires forment une avant-garde moderniste dans un état autoritaire.
04:35L'influence sur le jeune homme est indiscutable.
04:40Admirateur de la révolution française et de Napoléon, il apprend le français et l'allemand, lit les philosophes des Lumières,
04:47Balzac, Flaubert, Daudet ou Hugo.
04:51C'est un autodidacte insatiable.
04:56Comme d'autres membres de l'élite, Kemal rejoint rapidement les jeunes turcs, un mouvement politique nationaliste, moderniste et réformateur.
05:07Ses recrues débattent du darwinisme, du positivisme et des effets de la laïcité, instaurés depuis seulement sept ans en France,
05:15non sans mal.
05:25Kemal, comme les autres, pressent la fin du plus grand empire musulman qui y ait jamais été.
05:41L'Empire ottoman, vieux de six siècles, avec sa majestueuse capitale, l'antique Constantinople, pas encore appelée Istanbul,
05:51dominait autrefois plus de 3 millions de kilomètres carrés, enjambant sans mal l'Afrique, l'Asie et l'Europe, qui
06:00assistent depuis à son inexorable déclin.
06:07Aux musulmans turcs, arabes, tatars, kurdes, berbères, persans, s'ajoutent les chrétiens d'Orient et d'Occident,
06:16grecs, slaves, albanais, hongrois, coptes, arméniens.
06:23Une mosaïque fragile, menacée par le réveil des peuples et des nationalismes.
06:33Alors jeune officier, Moustapha Kemal participe en vain à la défense de l'Empire contre les Italiens en Libye,
06:40contre les Serbes et les Grecs dans les Balkans.
06:44Jusqu'à la perte de Salonique, sa ville natale, en 1912, au profit de la Grèce.
06:51Un traumatisme.
06:58A la veille de la Grande Guerre, au gré des tractations et des prédations européennes,
07:04l'Empire n'est déjà plus que l'ombre de lui-même.
07:08En quelques décennies, il a perdu l'essentiel de ses territoires en Europe centrale, dans les Balkans et l'Afrique
07:14du Nord.
07:17Animé d'un fort désir de revanche contre les Britanniques, Russes et Français,
07:20en partie responsables de cette déliquescence, le sultan Mehmet V, calife de l'Islam,
07:27chef religieux de tous les sunnites depuis six siècles,
07:31entre dans la Première Guerre mondiale au nom d'Allah.
07:37Au grand bénéfice de l'empereur d'Allemagne, le Kaiser Guillaume II,
07:42qui viendra en personne sceller alliance avec lui.
07:56Le Pays de l'Empereur d'Allemagne,
08:15La ligne de front face aux alliés s'étire des Dardanelles à la péninsule arabique,
08:20des Balkans au Caucase, de catastrophes en désastre.
08:48Au lieu du djihad contre une partie de l'Occident,
08:51les Arabes de l'Empire ottoman entrent en révolte et proclament leur indépendance,
08:57poussés par les Britanniques et leurs officiers de liaison,
09:01Laurence d'Arabie.
09:06A l'Est, les deux tiers des Arméniens de l'Empire ottoman,
09:10plus d'un million d'habitants,
09:12assimilés aux autres ennemis chrétiens,
09:15perçus comme une menace intérieure insupportable,
09:18sont déportés ou liquidés par le pouvoir.
09:23Le premier génocide du XXe siècle.
09:32Kemal, retenu ailleurs, n'y a pas participé.
09:36C'est sa chance.
09:38Il a les mains propres.
09:40Jamais il n'approuvera ni ne réprouvera l'ignoble crime d'État.
09:44Ce qui le rendra plus tard présentable aux yeux des Occidentaux.
09:52Devenu général, porté en triomphe par sa victoire lors de la campagne des Tardanelles,
09:57à ses yeux, l'Empire ottoman a démontré son obsolescence.
10:06Cette seule bataille a empêché les Britanniques et les Français d'atteindre Istanbul.
10:10Mais elle a coûté 250 000 hommes à l'Empire.
10:22Les hécatombes s'enchaînent les unes après les autres.
10:26Jusqu'à la défaite.
10:37En novembre 1918, la capitulation déshonorante de l'Empire
10:43est négociée par le frère et successeur de Mehmet V, Mehmet VI,
10:47le dernier des sultans ottomans.
10:53L'Empire doit être démembré.
10:58Le Proche-Orient est placé sous mandat franco-britannique,
11:01au motif que ces peuples ne sont pas encore capables de se diriger eux-mêmes.
11:09L'Arménie deviendra indépendante longtemps après le génocide.
11:21Français, Britanniques, Italiens et Grecs
11:24débarquent en vainqueurs pour occuper l'Empire déchu.
11:47Les soldats français flânent devant les caméras du service cinéma des armées.
12:21watcher les poils
12:25Le 14 juillet suivant, au cœur d'Istanbul, pour ajouter à l'humiliation, l'ambassade de France organise une garden
12:33party.
13:10Loin de la capitale, le général Kemal entre en révolte contre le sultan, que l'occupation a réduite à l
13:18'état de marionnette.
13:21Le héros de la grande guerre, lui, est fort d'une armée de 35 000 hommes, qu'il réussit à
13:27ranger à ses côtés.
13:38Depuis Ankara, au centre du pays, il forme un gouvernement parallèle et un parlement composé de jeunes Turcs, de conservateurs
13:46et de religieux.
13:53Par pur calcul, Kemal courtise toutes les mouvances de l'islam turc en se présentant comme protecteur de la religion,
14:02en comparant l'occupation des alliés à la dernière offensive d'une croisade.
14:14Le 10 août 1920, la trahison du sultan paraît éclater au grand jour.
14:21Le traité de Sèvres confirme la désagrégation des territoires de l'Empire.
14:30Il perd subitement la moitié de ses terres, passant de 1 800 000 km² avant la guerre à 783 000.
14:47L'opinion turque bascule alors massivement en faveur des nationalistes et prête la main aux rebelles.
14:58La révolte se change en révolution.
15:11L'armée de l'Empire ottoman se désagrège d'elle-même.
15:21La guerre d'indépendance de Kemal, culminant par des combats contre les Grecs,
15:26s'achève avec l'incendie de la ville de Smyrne et le massacre de ses habitants chrétiens.
15:32Entre 10 000 et 100 000 morts selon les sources.
15:47Après trois années d'une violence inouïe, Kemal gagne le plus haut des titres militaires musulmans.
15:53Il devient le gazi, le victorieux.
16:03Le 1er novembre 1922, le sultan Mehmet VI fuit son palais de Dolmabatché à bord d'un cuirassé britannique.
16:16La conférence de Lausanne s'ouvre quatre jours après.
16:20Elle accouche d'un nouvel état, libéré de toute présence étrangère, basé sur l'unité ethnique et religieuse.
16:281 200 000 Grecs orthodoxes turcophones, ou bien confisqués, sont expulsés de Turquie.
16:39400 000 musulmans de Macédoine grécophone font le chemin inverse.
16:45Les transferts de population consacrent de fait la confession musulmane comme premier critère d'appartenance à la Turquie.
16:54Avec 99% de musulmans, la société multiculturelle ottomane n'existe plus.
17:03Mais la Turquie est libre, souveraine et indépendante.
17:21Moustapha Kemal, le chef des nationalistes rebelles d'Ankara, seul prétendant légitime pour succéder au sultan,
17:29tâtonne d'abord dans la construction de son image, hésitant entre l'ancien et le nouveau, l'uniforme de l
17:37'armée et, finalement, le costume trois pièces de l'homme politique.
17:44Pour asseoir son style et sa stature, à chaque revue de troupe, il exhibe comme un trophée à ses côtés
17:51sa récente conquête,
17:52venu de la ville de Smyrne, qu'il prendra bientôt pour épouse, Latife, Usaki, la fille d'un mania de
18:00la navigation, de 20 ans sa cadette.
18:06Seule femme parmi les soldats, elle est diplômée de droit à la Sorbonne et d'une université américaine.
18:13Une exception.
18:16Kemal la surnomme son aide de camp.
18:20Ce choix matrimonial lui vaudra les honneurs de la presse internationale.
18:25Une journaliste américaine écrit
18:27La jeune épouse se bat pour libérer les femmes de Turquie de leur dégradante vie de harem.
18:36Abandonnant le voile, Latife devient brièvement, mais de manière marquante, le visage de la nouvelle femme turque que Kemal s
18:44'emploiera à faire entrer dans les mœurs du pays.
18:54Toute sa vie durant, il dressera le même constat sans appel.
18:58L'islam comme civilisation a échoué.
19:06Kemal en est persuadé.
19:08Il faudra un jour s'en affranchir.
19:11Il dit
19:12« Je n'ai pas de religion.
19:14Et parfois, je souhaite que toutes les religions soient rejetées au fond de l'abîme. »
19:21Mais l'heure n'est pas encore venue de placer sous contrôle cet islam omniprésent.
19:26Des lois aux coutumes,
19:27de la justice chariatique aux usages,
19:30de l'enseignement dans les écoles aux mœurs.
19:39Au début des années 1920,
19:42profitant de l'immense popularité conférée par ses succès militaires et diplomatiques,
19:48Kemal initie la grande mutation dont il a rêvé.
19:51Fonder une république.
19:55Lui qui aime le pouvoir ne s'est jamais rêvé commandeur des croyants ou empereur.
20:00son ambition secrète est plus radicale.
20:04Il sera Prométhée,
20:06celui qui dérobe le feu de l'Occident pour en faire don aux Turcs.
20:11Il veut être leur nouveau prophète.
20:16Il commence par abolir le sultanat
20:18pour asseoir la légitimité unique du parlement d'Ankara,
20:22devenu le centre du pouvoir à ses côtés.
20:28L'abolition du sultanat ne va pas de soi.
20:32Les compagnons de Kemal
20:33sont loin d'incriminer le système monarchique lui-même.
20:37Pour s'assurer du résultat,
20:40le gazi les fait voter à main levée.
20:42Les députés approuvent,
20:44plus terrorisés que convaincus.
20:48La date de l'abolition
20:50coïncide avec la naissance du prophète Mahomet.
20:57Jouant sur cette ambiguïté,
20:59un décret rend le jour férié.
21:02Les croyants seront associés,
21:04malgré eux,
21:05aux célébrations.
21:18La République est proclamée
21:20le 29 octobre 1923.
21:31Élu président,
21:33Moustapha Kemal dirige le Parti du Peuple,
21:35le seul parti politique autorisé.
21:41C'est la première expérience
21:43de régime républicain
21:44dans le monde musulman,
21:46bien loin des modèles démocratiques.
21:50Le droit de voter pour le parti unique
21:52n'est octroyé qu'aux hommes.
21:57L'islam est déclaré religion d'État
22:00dès l'article 2 de la Constitution.
22:02Les députés achèvent leur séance
22:05par des prières en présence de Kemal.
22:08Lors du vote du Parlement,
22:10il a arraché leur consentement
22:12à la hussarde,
22:13brutale et efficace,
22:14comme à son habitude.
22:22Il commence par dissocier symboliquement
22:25l'autorité politique
22:26de l'autorité religieuse.
22:29Ankara,
22:31berceau de la révolution,
22:32devient la nouvelle capitale du pays.
22:35Istanbul reste le siège
22:37du plus puissant symbole de l'islam.
22:41Le califat.
22:43C'est le dernier vestige
22:44du passé ottoman.
22:46La fonction religieuse autrefois dévolue
22:48au sultan,
22:49qui échoua désormais à son cousin,
22:52Abdulmejid II,
22:54élu par le Parlement.
23:00Kemal est pourtant bien décidé
23:02à en finir avec cette théocratie ottomane
23:04qui a bloqué le chemin vers la modernité.
23:08Pour avoir demandé plus de moyens
23:10à Ankara,
23:11Abdulmejid II est exilé,
23:13moins d'un an après sa prise de fonction.
23:16Après le sultanat,
23:18l'abolition du califat est un choc.
23:25De l'Egypte à l'Inde,
23:27le monde musulman vient de perdre
23:29son symbole vivant,
23:30l'ombre de Dieu sur terre.
23:33Une décision que Mustafa Kemal
23:35assume au nom de l'indépendance.
23:37de l'indépendance turque.
23:55C'est une nouvelle étape
23:57vers l'État laïque
23:58qui l'appelle de ses voeux.
24:00Plutôt qu'une séparation
24:01de l'Église et de l'État,
24:03comme en France,
24:04Kemal étatise l'islam.
24:13La République s'attribue
24:15toutes les prérogatives
24:16du puissant corps des oulémas.
24:18Ses gardiens de la loi sacrée
24:20doivent céder à l'État
24:21l'organisation des services religieux,
24:24les fondations de charité,
24:26la justice.
24:35Désormais, la charia,
24:37la loi islamique,
24:38est aussi chassée des prétoires turcs.
24:41Les tribunaux islamiques
24:43sont supprimés.
24:46L'État nomme et salarie
24:48oulémas, chèques, prédicateurs,
24:50muezines, mouftis et imams.
24:54Ils régulent les rituels,
24:56supervisent la pratique du culte,
24:58imposent la langue turque
25:00et non l'arabe
25:01dans les prêches du vendredi,
25:03suppriment les écoles coraniques.
25:13L'enseignement,
25:15autrefois monopole religieux,
25:18devient laïque,
25:19mixte et obligatoire.
25:24Jusque-là,
25:26à peine 10% de la population
25:27était alphabétisée.
25:31Kemal proclame
25:34il y a un seul endroit
25:35où la nation dispense
25:36les besoins humains
25:37et cet endroit
25:38s'appelle l'école.
25:41Mais la religion
25:43reste le langage
25:44des ennemis du nouveau régime,
25:46la rhétorique des opposants
25:48qui prêchent la révolte.
26:05Même les notables conservateurs
26:07qui avaient soutenu le président
26:08rejettent cette fois
26:10ces réformes.
26:13Le 13 février 1925,
26:16mené par Sheikh Saïd,
26:17un guide religieux,
26:1910 000 hommes kurdes
26:20et anciens soldats ottomans
26:22entrent en révolte,
26:23soutenus par des sociétés
26:25secrètes islamiques
26:26et de grands journaux.
26:28En avril,
26:30les insurgés sont plus de 50 000.
26:33L'insurrection prend des proportions
26:35inquiétantes
26:36dans les confins orientaux du pays,
26:38tenant en échec le pouvoir
26:39pendant deux mois et demi.
26:42Sa répression fait plus de 250 000 morts
26:45parmi les civils.
26:47Kemal met la terreur
26:49à l'ordre du jour.
26:50L'usage de la violence
26:52n'effraie pas le soldat
26:53qu'il a été,
26:54fidèle à l'armée.
26:56Il l'érige en gardienne
26:57de ses valeurs,
26:59en garante du pouvoir
27:00dans les périodes de crise,
27:01le restituant une fois
27:03les troubles passés.
27:06Une loi liberticide
27:08s'en prend à la presse
27:09et aux opposants.
27:11Tout individu
27:12utilisant la religion
27:13à des fins politiques
27:14risque la condamnation à mort.
27:19Débute alors
27:20la période autoritaire
27:21du kémalisme.
27:29Résolu à faire le bien
27:30des Turcs malgré eux,
27:32ils tranchent l'un après l'autre
27:34tous les liens
27:35qui rattachent la Turquie
27:36à son passé ottoman.
27:40Le 25 novembre 1925,
27:43une loi du chapeau
27:44interdit dorénavant
27:46le port du Fès.
27:48L'étonnante ordonnance
27:50n'est pas qu'à faire de style.
27:52Car le Fès,
27:53un chapeau sans visière,
27:55s'est répandu voilà un siècle
27:57parce qu'il permet aux croyants
27:59de poser son front sur le sol
28:01pendant la prière.
28:09Kémal veut débarrasser
28:10l'espace public
28:11des signes religieux.
28:12Il parcourt en personne
28:14le pays en missionnaire laïque,
28:16multipliant les discours
28:17et les tournées
28:18aux quatre coins de la Turquie.
28:20Dans une de ses leçons publiques,
28:23il voit dans le Fès
28:24une marque d'ignorance,
28:26de stupidité et d'hostilité
28:28au progrès et à la civilisation.
28:31sont recommandés
28:32le feutre ou la casquette.
28:40Cinq jours après la loi du chapeau,
28:42un amendement interdit
28:44le port du costume religieux
28:45à tous les clercs non officiels.
28:47puis c'est au tour du turban.
28:54Les réactions à ces changements
28:56qui touchent le quotidien
28:57sont plus hostiles encore
28:59que celles suscitées
29:00par l'abolition du califat.
29:04Quelques mois après cet épisode,
29:06le président Kemal
29:08échappe à un attentat.
29:10Le complot donne l'occasion
29:11de faire taire
29:12les dernières voix dissidentes
29:14dans l'armée
29:14et la classe politique.
29:17Le président ne mollit pas
29:19devant la résistance
29:19d'une partie du peuple.
29:22Sur son ordre,
29:23des tribunaux fantoches
29:24condamnent à tour de bras.
29:27Kemal signe les arrestations
29:29de ses anciens amis
29:30sans sourciller.
29:32Parmi eux,
29:33certains de ses compagnons
29:34de la guerre d'indépendance
29:36et des dirigeants jeunes turcs.
29:40Les révolutions sanglantes
29:41sont les plus solides,
29:43commentent-ils.
29:45Des milliers d'hommes
29:46sont condamnés,
29:4870 sont pendus.
30:15La Turquie se plie rapidement
30:17au goût et au vœu
30:18de son fondateur,
30:20bien décidée à remodeler
30:21le pays à son image,
30:23occidentale et moderne.
30:26à le hisser au rang
30:28des autres grandes nations.
30:35Le 1er janvier 1926,
30:38le calendrier reprend
30:39le modèle de l'Ouest,
30:41obligeant les Turcs
30:42à compter les années
30:43à partir de la naissance
30:44du Christ
30:45et non de l'Égypte.
30:48Les nombreux occidentaux
30:50remplacent leurs équivalents
30:51d'Orient.
30:53Les marchés mondiaux
30:55sont fermés le dimanche.
30:56L'argument est imparable.
30:59En lieu et place du vendredi,
31:01le dimanche devient ainsi
31:02jour de repos.
31:06La journée débute maintenant
31:07par une poignée de mains
31:08au lieu du salam islamique.
31:18Les conservatoires de musique
31:19et les radios
31:20doivent désormais puiser
31:22dans le répertoire européen.
31:37Moustapha Kemal
31:38organise des bals
31:39de la République.
31:41Les députés
31:42sont sommés
31:43de venir y danser
31:44avec leurs épouses
31:45pour montrer l'exemple.
31:52La danse de couple,
31:54considérée autrefois
31:55comme obscène
31:55par la proximité
31:56des deux corps,
31:57est fortement encouragée.
32:07Le couple est placé
32:09au centre
32:09des préoccupations politiques.
32:11La polygamie
32:13et les unions arrangées
32:14sont interdits.
32:15Le mariage civil
32:17prime sur le religieux.
32:19Avec lui,
32:20la femme n'appartient plus
32:21à son mari.
32:22La répudiation
32:23est interdite.
32:25L'héritage revient
32:26à part égale aux filles.
32:27Le divorce civil
32:29est enfin reconnu.
32:30L'égalité des sexes
32:31proclamée.
32:35Échaudée peut-être
32:37par la révolte du Fès,
32:39Kemal ne légiférera
32:40en revanche
32:41jamais sur le voile,
32:42se contentant
32:43d'en recommander l'abandon.
32:47Kemal comprend
32:48qu'accorder des droits
32:49aux femmes
32:50est l'indice
32:51le plus évident
32:51du progrès
32:52dans une société musulmane,
32:53où la domination masculine
32:55s'impose
32:56par la loi divine.
33:01Sa modernité à lui
33:03s'impose
33:04par le code civil.
33:07son instauration
33:08chamboule les fondements
33:09même de la famille
33:10telle qu'elle existait
33:11depuis au moins six siècles.
33:17Pour autant,
33:18on sait peu de choses
33:19sur ses rapports intimes
33:20avec l'autre sexe.
33:23Séparé de la jeune natifée
33:24après seulement 18 mois
33:26de vie maritale,
33:27il ne s'affiche jamais
33:28en séducteur.
33:30Ses conquêtes non tarifées
33:32se comptent
33:33sur les doigts
33:33d'une main.
33:39On ne lui connaîtra
33:40jamais de descendance
33:41biologique,
33:42mais il adopte
33:43huit filles,
33:45ses seules héritières.
33:47Cette filiation choisie,
33:49dit-on par féminisme,
33:51et pour ne pas fonder
33:52une dynastie
33:52à la manière ottomane,
33:54conforte surtout
33:55l'image iconoclaste
33:56du père de la Turquie moderne.
34:01Deux de ses filles
34:02sont restées célèbres.
34:05Afet Inan,
34:06sociologue,
34:07auteur d'un mémoire
34:08sur l'Anatolie,
34:09pays de la race turque,
34:11fait vibrer
34:12la corde nationale
34:13et féministe.
34:15Fана
34:16Papheth Hanum,
34:16n'as pas pensé
34:18si-tu un homme
34:19et féministe.
34:20Physique
34:20l'Amélie
34:21c'est
34:22l'Anatolie
34:23m'as
34:24l'as
34:24l'as
34:24l'as
34:24l'as
34:26l'as
34:27l'as
34:27l'as
34:42l'as
34:48Une autre des filles adoptives du président, Sabia Göksen, la première pilote militaire en Turquie, l'une des premières femmes
34:56pilotes au monde,
34:57est l'objet d'une intense propagande tordant le cou au cliché de l'orientale oisive et voluptueuse.
35:04Son nom est donné à l'aéroport international d'Istanbul, qui le porte encore.
35:10On découvrira beaucoup plus tard, selon certaines sources, qu'elle serait une orpheline arménienne, rescapée du génocide de 1915.
35:39En 1928, démarre la plus radicale de toutes les réformes, la révolution des signes, l'épuration des mots dérivés de
35:49l'arabe et du persan, le passage à l'alphabet latin.
36:0029 lettres, dont 8 voyelles.
36:03Quelques sons n'existent qu'en turc sont traduits par des lettres créées de toutes pièces.
36:10Kemal a lui-même choisi les caractères de l'alphabet, qu'il enseigne, pour les caméras, à la plus jeune
36:16de ses filles adoptives.
36:21L'arabe, explique Kemal, n'est plus le langage de l'érudition et de la science.
36:27Ces symboles ont emprisonné nos esprits depuis des siècles.
36:31Il faut s'en libérer.
36:43Dans les rues de Constantinople, bientôt rebaptisées Istanbul, on change les enseignes.
36:52Des affiches initient la population à cette écriture venue de l'Occident.
36:56Les vieux textes ottomans deviendront incompréhensibles aux jeunes générations.
37:02Du jour au lendemain, 14 millions de turcs doivent réapprendre à lire et à écrire.
37:09Là encore, occidentalisation et rejet du sacré convergent.
37:15Le turc ne s'écrira plus avec le même alphabet que le Coran.
37:19La langue, donc la culture, se libère du carcan de la religion.
37:25La langue turque devient nationale et laïque.
37:32Le mot même de laïcité, laïclik en turc, est créé à partir d'un vocable étranger, français.
37:41Une autre langue que Kemal affectionne et maîtrise à la perfection.
37:46Il n'y a que cinq années que nous avons commencé à travailler ici.
37:51Avant, il était un terrain tout à fait marécageux.
37:55C'est surtout Tasimbe qui travaille ici et qui surveille, n'est-ce pas?
38:02Voulez-vous que je vous présente?
38:04Vous en priez, excellent.
38:06Tasimbe.
38:13En 1928, l'islam-religion d'état disparaît de l'article 2 de la Constitution.
38:19La mention « au nom de Dieu » est supprimée des articles 16 et 38.
38:25L'application de la charia de l'article 26.
38:31A l'Assemblée nationale, les religieux ne formeront bientôt plus que 3% des députés, contre 20% en 1920.
38:48Rompant avec la tradition musulmane qui interdit la représentation humaine,
38:53Moustapha Kemal multiplie son image.
38:56Il devient une icône, à l'aura quasi religieuse, le prophète de la modernité.
39:08Bien d'autres monuments à sa gloire orneront la majorité des villes turques.
39:29Les années 1930 marquent un tournant dans la réorganisation du parti unique,
39:33appelé à devenir un parti de masse, comme ceux qui s'imposent en Europe à la même époque.
39:46En 1933, à l'occasion des 10 ans de la proclamation de la République,
39:51la Turquie de Kemal s'impose comme un modèle de réussite.
40:02Aujourd'hui, l'aura de l'aura comme un�니다.
40:06Sous-titrage MFP.
41:02Sous-titrage MFP.
41:33Sous-titrage MFP.
41:36Sous-titrage MFP.
42:33Sous-titrage MFP.
43:01Sous-titrage MFP.
43:06« Mon succès », écrit Miss Univers à son président, témoigne des idées que vous avez inspirées aux femmes de
43:13votre pays.
43:16« La belle » personnifie surtout l'incroyable émancipation féminine au pays des harems.
43:22« En la matière, le « laïcité à la turque » dépasse son modèle français.
43:33« En 1934, une décennie avant la France, le droit de vote et d'être élu est accordé aux femmes
43:39turques. »
43:41« L'année suivante, 17 femmes entrent au Parlement comme députées. »
43:52Kémal dit, « Écinateur, laïcité à la turquette est aujourd'hui. »
43:58« Le « laïcité à la religion de la religion » est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »
44:04Son intuition est qu'il faut bâtir une identité nouvelle, détachée de la religion musulmane, ce dogme étranger qui a
44:11colonisé la culture et l'histoire turque.
44:21Sainte Sophie, la basilique chrétienne convertie en mosquée plus de cinq siècles auparavant, est transformée en musée, offerte à l
44:30'humanité selon les mots de Mustafa Kemal.
44:34Le lieu de culte désacralisé incarne maintenant la laïcisation du pays.
44:42Mustafa Kemal s'attelle à une entreprise monumentale dans laquelle il s'investit en tant que penseur quinze années durant.
44:50Il discute de ses trouvailles sur la langue, la race, la religion, au cours de dîners sans fin, alcoolisés, avec
44:58des amis et l'armée d'anthropologues, linguistes, juristes, historiens plus ou moins sérieux.
45:04Qui compose son laboratoire de l'homme turc authentique.
45:11Avec eux, il produit la thèse d'histoire, un invraisemblable récit national anti-islamique qui efface la période ottomane, révisionniste,
45:21racialiste et chauvin.
45:24Entièrement vouée à la grandeur et à la primauté des turcs partout, dans tous les domaines.
45:45En 1934, pour établir leur état civil, les citoyens turcs sont sommés de se choisir un nom de famille en
45:52lieu et place du traditionnel prénom suivi de celui de leur géniteur.
45:58C'est là qu'Atatürk reçoit son patronyme, le troisième et dernier attribut de sa titulature.
46:06Du général au dardanelles, au gazi de la guerre d'indépendance, il devient Atatürk, le père des turcs au crépuscule
46:14de sa vie.
46:19Le dernier geste fort du président est de faire graver le laïclic dans le marbre de la constitution en 1937.
46:29Un an avant la mort de son fondateur, la Turquie se proclame comme république laïque.
46:35Atatürk prend la précaution de rendre le principe intangible.
46:40Alors que la maladie commence à le miner.
46:46Entouré d'officiers, il s'adonne jusqu'à ses derniers jours aux soirées où l'on trinque, jusqu'au petit
46:51matin.
46:53Le raki, cet alcool anisé qu'il appelle le lait de lion, aura raison de sa santé.
47:02Avant de plonger dans le coma, ces derniers mots auraient été « au revoir ».
47:10Il meurt en novembre 1938.
47:26À la fois chef d'état et prophète, Atatürk lègue à son pays un héritage incommensurable.
47:33La création, en marchant, d'un projet utopique de société,
47:38où le nationalisme, la sécularisation, la glorification du progrès et le culte de la personnalité ont tenu lieu de religion.
47:48Pendant près d'un siècle, cet héritage lui a survécu,
47:53contesté dès la mort d'Atatürk par l'apparition du multipartisme,
47:58remis en cause aujourd'hui par le retour d'un islam politique et identitaire dans le pays.
48:21Sous-titrage Société Radio-Canada
48:40Sous-titrage Société Radio-Canada
48:45Sous-titrage Société Radio-Canada
48:46...
Commentaires

Recommandations