00:00Le réveil 100% local, ici matin.
00:04Le BHV de Dijon a accueilli hier l'ouverture d'un corner de la marque de fast fashion Shein.
00:10L'espace de vente est installé en sous-sol des anciennes galeries Lafayette.
00:1330 000 vêtements attendent les clients.
00:16Cette boutique est présentée comme une expérimentation d'un an
00:18pour redynamiser une affluence en perte de vitesse au BHV.
00:22Mais la marque chinoise est très critiquée pour son modèle de production
00:25et ses conséquences environnementales.
00:27Votre invitée, ce matin, Anne-Laure Labalette, est opposée à cette mode jetable.
00:31C'est le président de l'association Les Amis de la Terre à Dijon.
00:34Bonjour Stéphane Dupas.
00:35Bonjour.
00:35Quelques membres de votre association étaient hier devant le BHV,
00:39banderoles à la main pour dénoncer l'ouverture de Chine.
00:42Pourquoi ils avaient décidé d'être présents hier ?
00:44En fait, ça fait plusieurs semaines qu'on attendait l'ouverture hypothétique.
00:49Elle a été reportée.
00:50Elle a été reportée plusieurs fois.
00:51Et puis en fait, on dénonce tout le modèle de l'ultra fast fashion Shein.
00:54On est un exemple typique, mais il n'y a pas que lui.
00:57Il y a H&M, Primark et d'autres.
00:58Alors, quelles sont justement les conséquences ?
01:01Vous parlez de conséquences environnementales, sociales, essentiellement.
01:03Exactement.
01:04En fait, il y a une surproduction de vêtements.
01:07La plupart des vêtements chez Chine, c'est fait à base de plastique.
01:11Donc, on retrouve du microplastique après dans les rivières, dans les océans.
01:14Et il y a les conditions sociales, les conditions de travail de ces vêtements.
01:19Les gens qui ont fabriqué ces vêtements sont très, très mal payés.
01:22Enfin, voilà, c'est à l'autre bout du monde.
01:24C'est-à-dire, par exemple, pour un t-shirt qu'on va payer sur le site internet 3, 4
01:29euros,
01:29c'est une personne qui va travailler peut-être plus de 50, 60, 70 heures par semaine ?
01:34Oui, et puis dans des conditions qui ne sont pas géniales.
01:36Enfin, voilà, il y a plein d'études, on en trouve partout,
01:39qui montrent que les gens ne travaillent...
01:41De toute façon, c'est de l'esclavage moderne, tout simplement.
01:43Alors, Chine, on en parle évidemment pour les vêtements,
01:46mais il y a quelques mois aussi, il y a eu ces scandales.
01:48Les poupées à caractère pédopornographique, les armes aussi, c'est pas rien.
01:52Oui, mais alors bon, ils ont fait le tri,
01:54mais bon, je pense qu'on doit retrouver des choses pas très correctes sur leur site web.
01:59Là, c'est localement, bon, il n'y a que des vêtements au BHV, mais...
02:05Ça vous laisse sceptique quand même, tout ça ?
02:07Oui, c'est des vêtements de mauvaise qualité,
02:09et c'est surtout Chine, c'est une incitation à acheter plus.
02:12En fait, chez Chine, on ne s'habille pas, on change de vêtements.
02:17C'est plus ça.
02:18Du jetable, de la mode jetable, c'est ce qu'on dit.
02:20Exactement.
02:20Alors vous, à l'association, au sein des Amis de la Terre,
02:23votre objectif, c'est surtout d'informer les gens.
02:24Mais c'est vrai qu'on en parle depuis longtemps,
02:26on a aussi un peu l'impression qu'on a tout dit sur le modèle économique,
02:29sur ces nombreux excès, et en même temps,
02:31on entendait dans le journal de 7h, tout à l'heure,
02:33des étudiantes qui nous disaient
02:34« Nous, on veut bien faire travailler les commerçants, les artisans français,
02:39mais ça reste cher. Nous, on est étudiante,
02:42et nos deux postes de dépense, c'est « On pense à manger en premier,
02:45on pense à s'habiller ensuite, et on regarde au prix, évidemment. »
02:48Oui. Alors évidemment, il y a des gens pour qui chaque centime est important,
02:52donc ils font attention, ils vont acheter effectivement des vêtements le moins chers possible,
02:56mais il faut vraiment calculer, parce qu'un vêtement en chaîne,
03:01enfin de l'ultra-fast fashion, d'une façon générale,
03:03qu'on va porter quelques fois, parce qu'il va être dégradé quand on le lave,
03:06ou alors un vêtement qui va coûter plus cher,
03:08mais qu'on va réutiliser de nombreuses fois, il faut voir le calcul.
03:11Mais il faut savoir aussi, on parle souvent,
03:13comme ça les gens pauvres peuvent s'habiller chez nous,
03:16en fait, la plupart, une bonne partie des gens qui vont sur chaîne,
03:20ont de l'argent. Ils vont là-bas,
03:22c'est plus pour changer de vêtements sans arrêt que vraiment s'acheter le cas où vous disiez.
03:29On en revient toujours à cette idée de mode jetable,
03:32ça va, ça vient, on change régulièrement.
03:34En fait, même, en fait, chaîne crée des besoins illusoires,
03:39et elle a une aimante de 40 millions d'euros par l'Union Européenne l'année dernière,
03:43pour pratiques commerciales trompeuses.
03:46Hier, il n'y avait pas grand monde, finalement,
03:48pour l'ouverture du magasin Chine à Dijon.
03:50À Paris, le BHV, il se vide aussi,
03:52il y a eu l'effet de mode, et puis ça s'essouffle un peu.
03:55Peut-être que c'est que l'information,
03:56elle fait son chemin aussi dans la tête des gens, tout doucement.
03:58Oui, clairement.
04:00La dernière fois qu'on a distribué tout plein de flyers,
04:03on a fait une sensibilisation devant le BHV,
04:06les chaînes qui devaient ouvrir.
04:08Il y a énormément de gens qui viennent nous soutenir.
04:10On a été surpris.
04:11Sur d'autres sujets, ce n'est pas toujours le cas,
04:13mais là, il y a vraiment beaucoup de gens.
04:14Il y a très peu de personnes qui nous critiquaient.
04:16Donc, il y a vraiment une sensibilisation,
04:18et ça avance, et il y a des choses alternatives.
04:21On va peut-être en parler, mais...
04:22Ce que vous dénoncez aussi,
04:24et ça, je voudrais bien qu'on en parle,
04:25c'est aussi le cynisme de ces grands magasins,
04:28le BHV, pour ne citer que lui,
04:32qui accueille ces marques de fast fashion
04:35pour relancer un petit peu aussi l'affluence
04:36en perte de vitesse de grandes marques,
04:38comme Dior, etc.
04:40ont quitté le BHV quand ils ont appris que Chine allait arriver.
04:42Oui, pour Dior, d'un côté,
04:45et Chine de l'autre,
04:46l'image de Dior, ça ne va pas.
04:48Alors, ça remonte celle de Chine,
04:49évidemment, mais les autres ont bien fait partir,
04:51de toute façon.
04:52Et je pense que Frédéric Merlin,
04:54qui est propriétaire des BHV,
04:56c'est lui qui a fait venir Chine,
04:57c'est une première mondiale.
04:58Il n'y a pas d'autre endroit dans le monde
04:59où Chine a une implantation physique.
05:02Cinq villes en France, en tout.
05:03Cinq villes en France,
05:04et je pense que Frédéric Merlin
05:06doit s'en vendre les doigts.
05:07On parle aussi du cynisme,
05:09peut-être aussi de nos politiques,
05:10parce qu'on les a tous entendus.
05:11Ils sont tous contre.
05:12Alors, on les a beaucoup entendus
05:15s'exprimer sur le sujet,
05:16mais à côté de ça,
05:16pour ne citer que Dijon,
05:17vu que Chine s'est installée à Dijon,
05:19il y a des panneaux d'affichage
05:21sur l'ouverture de Chine.
05:23En fait, oui, nous, aux Amis de la Terre,
05:25on critique l'affichage publicitaire,
05:28notamment sur les abribus.
05:30J'ai lu, vous aviez invité
05:32Nathalie Kenders dans vos locaux,
05:35et elle disait que si la marque chinoise
05:37de fast fashion a choisi Dijon,
05:38Dijon ne l'a pas choisie.
05:39Effectivement, c'est une bonne remarque.
05:40Mais nous, on a des photos
05:42où on voit de la publicité
05:44pour la Chine,
05:45et aussi Primark, etc.,
05:47sur les abribus.
05:48Et ça fait depuis des années
05:50qu'on demande à ce qu'il n'y ait plus
05:51d'affichage pour ce type
05:52de multinational sur les abribus.
05:55Alors, on ne peut pas agir partout,
05:56elle ne peut pas, effectivement,
05:57empêcher Chine de s'implanter,
05:59mais on peut éviter
06:01de faire la promotion
06:02de ces entreprises-là.
06:03Eh bien, merci beaucoup,
06:04Stéphane Dupas,
06:05d'avoir été avec nous ce matin.
06:06Vous êtes le président de l'association
06:08Les Amis de la Terre.
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