00:00C'est une région où j'adore me rendre, c'est une région qui étrangement me manque alors que je
00:05m'y suis rendu trois fois en réalité dans ma vie.
00:07Le Québec, vous le connaissez peut-être pour ses grands espaces, son fleuve ou encore son fjord.
00:12Mais aujourd'hui, Brut a demandé à Augustin Trapenard de nous partager sa vision de cette province et forcément, ça
00:17parle littérature.
00:21Ce qui m'a tout de suite frappé, c'est la taille, c'est l'immensité de cette nature qu
00:24'on ne trouve pas à nous en France.
00:26Ce qui est très beau, c'est que je trouve qu'on est tout petit, en fait, on se sent
00:29tout petit face à cette nature.
00:31Et je pense à deux poétesses, l'une qui s'appelle Hélène Dorion.
00:35Et Hélène Dorion, elle a publié notamment un livre qui s'appelle Mes forêts, qui est un livre assez extraordinaire,
00:39qui est pénétré de nature.
00:41Et moi, c'est exactement l'expérience que j'ai pu vivre au Québec où tout est grand.
00:45L'autre poétesse, elle s'appelle Marie-Hélène Voyer et elle a grandi, elle, dans une ferme laitière dans le
00:49Bas-Saint-Laurent.
00:50Sa poésie est nourrie, justement, de ses territoires.
00:53Et je pense notamment à un de ses textes qui s'appelle Mouron des Champs.
00:56C'est comme ça que j'aborde un paysage, c'est-à-dire qu'il se recouvre quelque part de
01:00mots, il se recouvre de mes lectures.
01:05Ce qui m'a le plus frappé quand je me suis rendu au Québec pour la première fois et que
01:07j'ai pu rencontrer des Québécois,
01:09c'était la mixité culturelle, linguistique, qui se retrouvait autour du français.
01:15C'était des vies, des histoires qui venaient du monde entier.
01:19Et ça, c'est quelque chose que j'ai beaucoup retrouvé dans la littérature québécoise.
01:23Et là, je pense tout de suite à Daniela Ferrière, qui est académicien.
01:25Et je trouve que dans l'œuvre de Daniela Ferrière, il y a justement ce multiculturalisme.
01:30Daniela Ferrière, c'est un écrivain qui refuse d'être cantonné à une identité et à un seul espace,
01:35et qui, au contraire, n'hésite pas à dire « je suis un écrivain japonais »,
01:38alors qu'il n'a évidemment rien d'un écrivain japonais.
01:43Que ce soit en termes de liberté, d'égalité, que ce soit en termes d'écologie, de réflexion, d'inclusivité,
01:50j'ai l'impression que c'est un espace, en fait, le Québec, qui est en avance sur le nôtre,
01:55et dont on devrait s'inspirer.
01:56C'est à Montréal que j'ai commencé à me poser des questions sur le genre, par exemple,
02:00mais aussi sur le fait politique, sur les minorités, sur l'écologie.
02:03Je pense en particulier à Kev Lambert, qui a un intérêt, c'est que ses livres ne se ressemblent pas
02:08et ne cessent de se réinventer, de se questionner.
02:13Quand vous vous confrontez à une langue étrangère, vous réfléchissez sur votre propre langue.
02:17Et quand on se confronte à une autre langue française,
02:20là on met vraiment en question sa propre langue.
02:22Ça nous permet de réfléchir sur ce qui est devenu notre langue vivante.
02:26Ce qui me frappe beaucoup, la langue québécoise, ainsi qu'on pourrait l'appeler,
02:30c'est sa richesse et son immense créativité.
02:34Et en fait, je pense à une romancière qui s'appelle Catherine Mavrikakis
02:37et qui réfléchit beaucoup sur la langue française,
02:40notamment dans un livre qui s'appelle L'absente de Toubouquet,
02:43qui est l'un de ses plus beaux livres.
02:44Et je trouve que c'est absolument passionnant.
02:45Et je trouve que c'est aussi très très beau et très émouvant.
02:48Et maintenant, on vous laisse écrire votre propre histoire au Québec.
Commentaires