00:00Comme je crois reconnaître quelques-uns d'entre vous, j'ai senti l'ambiance attentive et amicale qui correspond à
00:10vos traditions.
00:12Je ne sais pas vous décrire comment je le ressens. Je le ressens.
00:18C'est un honneur pour moi d'être devant vous. Vous le savez bien.
00:24Je suis uni à votre histoire par d'innombrables liens et je sens ce qui m'unit à vous, quelles
00:36que soient les circonstances et nos opinions, qu'il est bien normal que nous professions chacun à notre manière.
00:44Je partage ce goût pour la diversité, la pluralité et la contradiction avec vous.
00:51Mais je sens que notre pays va avoir des moments très difficiles.
00:57L'Europe, une partie est engagée dans le monde dont ma aspect reste caché.
01:06Les Etats-Unis d'Amérique sont entrés dans une crise décisive pour leur histoire.
01:12Ils ont inondé le monde de papier-monnaie qui n'a pas la valeur du papier ni de l'encre
01:17qu'il y a dessus.
01:20Ils ont, pour le confort de leur situation, fait que la Chine s'est montée progressivement en première puissance productive
01:29du monde.
01:31Derrière l'Europe, mais bien au-dessus des Etats-Unis d'Amérique.
01:36Si donc le monde cesse d'acheter du papier de dette des Etats-Unis d'Amérique, ils ne passeront pas
01:41de la première à la deuxième place,
01:42mais de la première place à la place où on paye à court réel ce que l'on consomme,
01:48ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis d'Amérique depuis des lustres, au moins depuis 1971,
01:54date à laquelle ils ont décidé de ne plus compenser le dollar par de l'or, c'est-à-dire
01:58par aucune valeur matérielle.
02:01Et dans cette situation, après la crise de 2008, ils ont vu arriver ce qui les effraie plus que tout.
02:09Les avoirs de la Banque centrale chinoise et de quelques autres se portant progressivement vers d'autres monnaies de réserve,
02:17et notamment l'euro.
02:20Tant et si bien que tout aussitôt, il leur a fallu se racheter à eux-mêmes 2500 milliards de titres
02:26de dette de l'Etat.
02:27Et nous, en Europe, nous faisons petite figure dès qu'ils agissent d'acheter les quelques titres de la misérable
02:36dette des Grecs.
02:37Nous confions ça aux banques, aux marchés, aux marchés secondaires,
02:41et nous allons d'une catastrophe à l'autre pour complaire aux visions étriquées du gouvernement allemand,
02:46qui vit dans une peur panique de l'inflation,
02:48puisqu'il pense, lui, représenter et défendre la petite coterie des rentiers vieillissants qui dirigent ce pays.
02:57Les États-Unis d'Amérique ont donc cherché la faille, et ils l'ont trouvée facilement.
03:01Les institutions européennes, le traité de Lisbonne, multiplient les failles,
03:05puisqu'il met les peuples en compétition les uns avec les autres sous la loi du libre-échange et de
03:10la compétition libre et non faussée.
03:12C'est là-dessus qu'on compte pour financer le rattrapage, M. Barroso l'avait dit.
03:16Ils ont trouvé la faille en Grèce.
03:17Ça arrangeait tout le monde de faire peur et d'avoir une démonstration de force possible à faire.
03:24Mais la situation leur a glissé entre les doigts.
03:28Et dorénavant, vous voyez, tout en même temps se produire.
03:31Les États-Unis d'Amérique avançaient la main.
03:33En 2015, il y aura le grand marché transatlantique.
03:36Ça a été voté une demi-douzaine de fois.
03:39Abolition des frontières juridiques, fiscales, douanières, entre les États-Unis d'Amérique et l'Europe.
03:45Et vous voyez d'ores et déjà, M. le secrétaire d'État aux finances des États-Unis d'Amérique participer
03:50à la réunion des ministres des Finances européennes.
03:53Qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ?
03:54Il vient nous dire comment on doit gérer les finances européennes.
03:56C'est une mauvaise plaisanterie.
03:58Que ne s'occupe-t-il de gérer son pays ?
04:00Sur la base de ce qu'il nous recommande à nous.
04:03On voit le président Obama participer non pas au sommet du G20, il y était, mais aussi au sommet des
04:07chefs d'État européens.
04:08Qu'est-ce qu'il fait là, celui-là ?
04:10Quelle est sa place ?
04:11Vous voyez qu'il y a une partie qui se joue, on convoque des chefs d'État.
04:15L'italien, le grec, on humilie, on rabaisse.
04:19Tout ça nous conduit à des tensions gigantesques.
04:26Je vous l'ai dit pour commencer.
04:28C'est dans ce contexte-là que nous sommes.
04:30La saison des tempêtes est commencée.
04:33J'ai dit que c'était l'heure des caractères.
04:37On a pensé que je me décrivais.
04:39Je n'avais pas besoin.
04:42Je veux dire seulement qu'il faut avoir l'audace, quelle que soit, j'ose vous le dire, son opinion
04:52politique, de s'élever au-dessus des routines.
04:57Je suis frappé de voir les élites dirigeantes, comme celles de l'ancien régime, répéter comme pour s'y accrocher
05:09leurs anciennes certitudes.
05:12Le libre-échange nous conduit au désastre.
05:14Alors faisons plus de libre-échange parce qu'il n'y en a pas assez.
05:17La concurrence libre et non faussée produit d'un chaos infini.
05:20C'est parce qu'il n'y en a pas assez.
05:22Faisons davantage.
05:24Il faut s'élever au-dessus de ça.
05:26Il faut être capable d'inventer des horizons collectifs qui nous arrachent à cette situation.
05:31Sinon, ce sera la guerre.
05:35Les vieilles blessures sont cicatrisées, mais les oeufs sont là.
05:41Et l'Europe se déchire toujours au même endroit.
05:45Depuis tantôt deux siècles.
05:47C'est notre devoir de veiller à la paix et donc d'en réunir la condition initiale qui est l
05:53'égalité.
05:55Bien sûr, j'en parle avec fougue et véhémence.
06:01Je n'attends pas d'une soirée comme la nôtre des suffrages supplémentaires.
06:06J'y compte quand même, mais je ne le dis pas.
06:11Je me dis qu'une bonne campagne électorale est celle qui fait avancer les idées,
06:16qui donne le goût de réfléchir, de ne pas s'enfermer dans des certitudes.
06:23Et encore une fois, pour la patrie, je précise toujours républicaine,
06:31pour la patrie républicaine des Français,
06:34je vous invite, étant la cinquième puissance du monde,
06:40la deuxième du continent,
06:43et très bientôt la première population, le premier territoire,
06:47nous avons des responsabilités individuelles et collectives devant l'Europe et devant le monde.
06:53Et il est très facile pour nous de les assumer.
06:58Plus facile que pour un Bolivien, un Tunisien, un Libyen,
07:05qui a mille fois moins de moyens que nous pour assumer cette responsabilité.
07:10A nous tous, je nous souhaite bonne République.
07:14Merci d'avoir participé.
07:16Alors la tradition de notre institution,
07:19vous le devinez, vous le subodorez,
07:21c'est que le Grand Maître dise un mot à la fin.
07:24J'ai envie, après vous avoir écouté,
07:27de rappeler des propos que j'ai tenus au convent du Grand Orient de France,
07:32en citant Thomas Mann dans La Montagne Magique,
07:36quand il fait dire à un de ses personnages,
07:38qui est Ludovico Settambrini,
07:41« La franc-maçonnerie n'a jamais été apolitique,
07:44et si elle a cru l'être,
07:47elle s'est trompée sur sa nature. »
07:51C'est pour vous dire que quand l'un des nôtres,
07:54et je ne parle pas de vous,
07:57s'engage dans le combat politique,
08:00nous pensons qu'il est dans une démarche qui est une démarche naturelle,
08:05qui est une démarche qui est fondée par le chemin initiatique,
08:11dans la mesure où ce chemin nous apporte un savoir,
08:15et que ce savoir débouche obligatoirement sur un pouvoir qu'il est moral d'exercer.
08:20Qu'il est moral de dire sa vision du monde,
08:24et qu'il est moral de dire surtout la vision que l'on peut avoir de l'homme et de
08:31la femme,
08:32dans la dignité qui leur est due,
08:33parce que la finalité est bien là.
08:37Dans cette notion que nous avons de l'homme en maçonnerie,
08:42je crois qu'au-delà de nos pratiques rituelles,
08:46il n'y a évidemment pas grand-chose d'autre.
08:49Mais, pour vous faire plaisir aussi,
08:52j'ai envie de rappeler ce que disait Salvador Allende en 1970,
08:58il faisait à ce moment-là sa campagne de président de la République,
09:01et vous voyez le rapprochement,
09:03il planchait devant la grande loge du Chili,
09:06et il disait que si la franc-maçonnerie n'est pas capable,
09:10en tant qu'institution,
09:13de se mobiliser pour défendre les valeurs qu'elle veut promouvoir,
09:17alors les francs-maçons seront toujours suspects de poursuivre des buts égoïstes.
09:25J'y crois profondément,
09:27et devant certains avertissements que vous avez donnés,
09:32même si vous l'avez dit, tout le monde ici ne partage pas,
09:37non pas votre analyse, il est difficile de ne pas la partager,
09:40mais peut-être les solutions,
09:42je crois qu'il est important pour nous tous
09:46de prendre la mesure de cette responsabilité que vous avez dite pour les Français.
09:50Et plus encore,
09:53parce que si nous, francs-maçons,
09:56ne savons pas prendre la dimension de notre pouvoir et de notre savoir,
10:01comme nous avons su prendre nos responsabilités dans d'autres conditions
10:06qui étaient soit révolutionnaires,
10:08soit, au début du XXe siècle,
10:11dans la fondation de certaines lois sociales,
10:15je crois que, vraiment, nous aurons manqué le coche
10:19parce que c'était votre conclusion et c'est la mienne.
10:22Nous ne sommes pas dans un débat politique,
10:25nous sommes dans un débat de société.
10:29Et que si nos politiques,
10:31qui vont se présenter à la candidature,
10:34ne savent pas qu'il faut élever le débat
10:39à cette dimension de l'homme
10:43dans son destin tragique,
10:46je crois que nous aurons perdu notre temps.
10:50Ce soir, je n'ai pas l'impression de l'avoir perdu
10:53et, finalement,
10:56dans les difficultés que je mène
10:57dans mon mandat,
10:59je crois que je ne peux que me réjouir
11:02d'être dans cette période
11:04qui était une période que vous avez dite dangereuse,
11:08mais la franc-maçonnerie
11:10sait la dangerosité de sa propre démarche
11:13et je crois que,
11:15dans les incertitudes qui ont été dites,
11:18certains d'entre nous vont se manifester.
11:21Merci encore.
11:22J'ai dit.
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