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  • il y a 2 jours
Ce documentaire met en lumière une femme injustement effacée de l'Histoire et retrace le long chemin vers sa réhabilitation. À travers une approche à la fois historique et intime, il éclaire l'héritage d'une femme qui, jusqu'à l'échafaud, a lutté pour la liberté et la vérité.
Née Marie Gouze en 1748, fille naturelle d'un marquis, mariée de force à 17 ans et veuve l'année suivante, elle refuse très tôt le destin que la société lui impose. C'est à Paris qu'elle prend le nom d'Olympe de Gouges et s'engage, par la plume, dans les grands débats de son époque : abolition de l'esclavage, justice sociale, égalité des droits, rejet de la peine de mort, égalité entre les sexes.
Sa plus grande oeuvre reste la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, un texte avant-gardiste et fondateur du féminisme, rédigé en 1791 pendant la Révolution, un pastiche intelligent de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Coûte que coûte, elle veut prendre la parole dans le débat révolutionnaire et se fait plus provocatrice, plus combative : cette ferveur va lui coûter la vie. Le 3 novembre 1793, elle est guillotinée.
Pendant près de deux siècles, Olympe de Gouges sombre dans l'oubli jusqu'à ce que, dans les années 1980, une nouvelle génération d'historiens et de militantes redonne vie à son combat. Pourquoi une figure aussi exceptionnelle a-t-elle été effacée des mémoires si longtemps ? Quels échos ses idées trouvent-elles dans les luttes féministes contemporaines ?
Ce documentaire retrace le parcours exceptionnel d'une femme de lettres, déterminée, militante et visionnaire, dont l'héritage résonne encore aujourd'hui.

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Transcription
00:01Femme de lettres, pamphlétaire, déterminée, féministe avant l'heure et auteur en 1791 de la
00:08Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges fut de tous les combats.
00:15Elle est dans l'action, je suis actrice de ma vie, vous n'allez pas me la voler, elle est
00:20à moi et j'ai ma place.
00:21Abolition de l'esclavage, justice sociale, droit au divorce, rejet de la peine de mort, égalité des sexes.
00:30Elle défie le temps, elle défie les hommes et elle défie la société.
00:35Dans un ballet dramatique de passion, de rébellion, de trahison et de courage, elle fut guillotinée en 1793.
00:45C'est cette force, ce courage, être capable de mourir pour ses idées.
00:51Pendant deux siècles, Olympe de Gouges sera totalement ignorée de l'histoire, négligée, incomprise,
00:59le plus souvent caricaturée, traitée de courtisane ou d'hystérique.
01:05On peut dire aujourd'hui sans trembler que c'est la plus grande figure humaniste de la
01:09Révolution française, sinon de l'histoire de France.
01:11Il est temps de découvrir le destin transgressif de cette femme éclairée, cette figure humaniste de la
01:18fin du XVIIIe siècle qui paya de sa vie sa volonté de réforme.
01:23Et qui finalement sera la plus grande penseuse peut-être de ce siècle puisque c'est aujourd'hui
01:28la pensée moderne du XXIe siècle.
01:40Il a suffi de tomber sur la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour
01:44se rendre compte de l'importance fondamentale qu'avait Olympe.
01:47Et après en découvrant petit à petit tous ces autres textes, on a pu voir de façon évidente
01:53l'importance de son action, de ses écrits, de sa présence et toute la dimension historique du personnage.
02:02Olympe de Gouges a prêché pour les femmes par l'exemple véritablement.
02:06Elle a montré la marche à suivre.
02:09Elle considérait qu'il était vain de discuter dans les salons pendant des heures sans que rien ne sorte.
02:13Et ce qu'elle a voulu faire, c'est montrer l'exemple et donner donc une visibilité, une respectabilité
02:19à l'engagement politique des femmes.
02:21Que ce soit dans l'espace public, sur les réseaux sociaux, elle demeure une référence
02:26dans les luttes contre les violences faites aux femmes et l'égalité des genres.
02:30Dans l'histoire des femmes, parler, c'est le premier acte le plus important.
02:36Il y a cette même libération de la parole, cette volonté de parler,
02:39qui je pense leur est commune à Olympe de Gouges et aux féministes actuelles, au mouvement MeToo.
02:44Sans doute pour ça qu'elle est énormément citée aussi.
02:48La profondeur de ses engagements et la richesse de son univers littéraire
02:52sont intimement liées à son vécu personnel,
02:55reflétant ainsi les méandres de son âme.
02:58Marie Gouze, devenue Olympe de Gouges par la suite, est née à Montauban en 1748.
03:05Quelque chose qui a eu beaucoup d'importance pour elle, c'est qu'elle était une fille naturelle, une bâtarde.
03:12Sa mère et Jean-Jacques Lefranc de Pompignan ont grandi ensemble.
03:16Le grand-père maternel d'Olympe était le précepteur du jeune Pompignan,
03:20ce qui a naturellement rapproché les deux jeunes gens.
03:25« Mais malheureusement, le mariage était impossible puisqu'il n'appartenait pas au même milieu social.
03:31Le franc de Pompignan était marquis, appartenant à la noblesse. »
03:36Le marquis quitte Montauban et s'installe à Paris.
03:39La mère d'Olympe sera mariée de force à un boucher, Pierre Gouze, dont elle aura plusieurs enfants.
03:46Cependant, la ville les réunira à nouveau.
03:49Ensemble, ils concevront Olympe, symbole d'un amour défiant les conventions.
03:56« En 1748, Pierre Gouze était absent de Montauban pour ses affaires.
04:01Et un Olympe a revu Jean-Jacques Lefranc de Pompignan. »
04:05Qui, étant à Paris, avait publié, avait eu une petite notoriété, est revenu à Montauban la retrouver.
04:13Donc, l'amour est reparti entre eux et née de cette union Olympe ou Marie Gouze.
04:19« Lorsqu'elle est devenue adolescente, elle a été mise au courant de sa naissance illégitime.
04:25Et à l'époque, ses enfants étaient mal vus ou étaient marginalisés et rarement légitimés. »
04:33« On est quand même à Montauban, dans une ville où tout se sait, où tout le monde se connaît.
04:37Donc, à la fois, ça peut être dur et en même temps, peut-être ce qui la rend du coup
04:42très forte jeune. »
04:44C'est une fille bâtarde d'un académicien français.
04:47Donc, très très jeune, elle va décider qu'elle est quand même la fille du Marquis de Pompignan.
04:54C'est pas parce qu'elle est une fille qu'elle devrait être moins cultivée, moins créatrice que son père,
05:02que son géniteur.
05:03Et d'ailleurs, c'est une manière de se rapprocher de son géniteur que d'être cette femme cultivée.
05:07On est une femme cultivée et éclairée par les lumières.
05:11À cette époque-là, on peut déjà lire les textes de Rousseau, de Voltaire,
05:17même le Manon Lescaux de la V. Prévost, qui est pourtant interdit en France.
05:22Elle est dans ce mouvement-là.
05:24Elle est en quête de reconnaissance de la part de ce Marquis qu'elle idolâtre.
05:29Il influence son désir de devenir elle-même dramaturge.
05:33Mais de par son sexe, c'est seule qu'elle s'instruit dans un milieu simple
05:37où sa filiation illégitime est grandement moquée.
05:41Et cette différence qui l'a frappée très jeune, en fait, est quelque chose qui l'a probablement marquée pour
05:48la suite,
05:49puisqu'elle s'est toujours attachée à défendre les minorités, les gens qui n'étaient pas reconnus pour ce qu
05:56'ils étaient.
05:57Sa noblesse d'âme sera renforcée par les circonstances difficiles de sa vie.
06:03À l'aube de ses 17 ans, elle se verra contrainte au mariage.
06:07L'homme est violent. Cela façonnera non seulement son caractère déjà bien trempé, mais surtout son parcours de vie.
06:14Elle s'est mariée contre son gré avec un Parisien d'origine, Louis-Yves Aubry.
06:21C'était un homme violent. Elle en a souffert.
06:25Le viol conjugal, elle le décrit quasiment comme ça. Elle sait ce que c'est.
06:30Et ce Louis-Yves Aubry l'a abandonné, ou en tout cas il est mort prématurément.
06:34Et Olympe a donc dû affronter à nouveau le regard assez peu sympathique d'une société qui n'aimait pas
06:44trop les femmes célibataires,
06:47ou les femmes non mariées, ou les femmes dans des situations qui n'étaient pas traditionnelles.
06:53Donc on part de très loin. On part de cette époque où les femmes étaient considérées comme des enfants si
06:57elles ne se mariaient pas.
06:58Et donc Olympe a cette chance d'être veuve et donc elle d'être émancipée.
07:03C'est-à-dire qu'elle est libre. Elle n'est ni sous tutelle de son père, ni sous tutelle
07:08d'un mari.
07:09Ce qui est quand même une chance en fait. Et elle le comprend très vite.
07:13Et donc il n'est pas question qu'elle se remarie pour se mettre sous tutelle d'un autre homme.
07:16Donc ça c'est une prise de conscience extrêmement jeune et qui sort directement de ce qu'elle vient de
07:21vivre.
07:22Plus question de revivre ça.
07:24Plus tard elle écrira...
07:25Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour.
07:30Elle avait un regard assez lucide sur la violence faite aux femmes.
07:36Aujourd'hui on en parle.
07:37A l'époque c'était la même chose qu'aujourd'hui sauf que c'était un sujet qui n'entrait
07:42pas dans les débats publics.
07:44Et Olympe de Gouges va aborder le sujet en demandant que la France puisse voter le divorce en sorte que
07:52les femmes battues puissent avoir une seconde vie.
07:55C'est grâce à un veuvage présumé qu'Olympe aura la chance de pouvoir vivre une seconde vie.
08:01Elle a 18 ans, quitte Montauban avec son jeune fils et choisit de ne pas conserver le nom de son
08:07défunt mari.
08:09En adoptant le nom d'Olympe de Gouges, elle se forge une nouvelle identité.
08:14Cette décision témoigne de sa volonté de se démarquer et de tracer sa propre voie dans la société française du
08:2118e siècle.
08:22Marie Gouges devient Olympe de Gouges de manière graduelle.
08:26Alors on change de Marie à Olympe parce qu'on aime beaucoup sa mère et que sa mère s'appelait
08:30Anne Olympe en fait.
08:31Elle trouvait ce prénom magnifique et elle disait qu'il avait quelque chose de céleste.
08:37Le nom de Gouges se transforme en Gouges.
08:39Peut-être c'est lié à la prononciation montalbanaise de ce nom.
08:43Et Olympe va ajouter une particule.
08:46Je pense qu'elle l'a choisie à l'époque où elle a commencé à écrire.
08:52Puisqu'à l'époque, la plupart des auteurs appartenaient à la noblesse ou à la grande bourgeoisie.
08:59Elle exploite les codes sociaux de son époque pour pouvoir se promouvoir et s'introduire plus facilement dans les cercles
09:04littéraires parisiens.
09:05Qui sont, je le rappelle, les seuls espaces de sociabilité dans lesquels les femmes se réfugient pour pouvoir s'exprimer
09:12politiquement.
09:13Quand elle arrive à Paris, Paris finalement c'est assez petit.
09:16Tout se passe dans un mouchoir de poche et que c'est impossible de ne pas se connaître les uns
09:22les autres.
09:22Donc effectivement elle est très vite dans une certaine société entre aristocratique et haute bourgeoisie.
09:31Elle va rencontrer toutes sortes de personnes et notamment des femmes de salon qui vont devenir pour certaines d'entre
09:41elles des amies.
09:42Je pense en particulier à une certaine Fanny de Beauharnais qui est la tante par alliance de Joséphine, l'impératrice.
09:49Et cette Fanny de Beauharnais, dans les années 1770-1789, va jouer un rôle important dans les milieux d'avant
09:58-garde.
09:58Elle va être une des principales actrices de diffusion des idées nouvelles.
10:03Elle va recevoir un certain nombre de philosophes.
10:06Et c'est dans ce milieu-là, qui est un milieu éclairé, que Olympe de Gouges va à la fois
10:12se former et faire des rencontres décisives pour l'avenir.
10:16C'est quelque chose de mystérieux, comment elle a été admise dans ses cercles auprès de Manon Roland.
10:24Ça, c'est quelque chose qui demeure pour moi énigmatique quand même.
10:28Les autres femmes utilisent la parole uniquement.
10:31Sophie de Condorcet ou Madame Roland, qui sont des femmes d'influence extrême pendant la Révolution française,
10:38sont des femmes qui agissent à travers leurs hommes, en les inspirant.
10:43Et en les inspirant de belles manières, par ailleurs.
10:46Mais Olympe, elle est toute seule.
10:49Donc, elle y va, elle va au front et elle monte en première ligne toute seule.
10:53Si elle est farouchement attachée à son indépendance et à sa liberté, son cœur reste grand ouvert.
11:01Prête à accueillir l'amour, mais sans compromis.
11:04Et un homme est présent dans sa vie.
11:06Alors, on est au 18e siècle.
11:09C'est une veuve, sans ressources, sans revenus.
11:14Ça ne l'empêche pas d'être une amoureuse.
11:15C'est probablement dans le salon de Jean Dubarry que Olympe de Gouges a rencontré l'homme qui allait devenir
11:22son amant pendant 17 ans,
11:25son grand amour, un dénommé Jacques Bietrix de Rosière,
11:29qui était haut fonctionnaire au ministère de la Marine et qui va tomber fou amoureux d'Olympe.
11:34Et pourtant, elle lui refuse le mariage, mais qui va lui rester fidèle jusqu'au dernier combat.
11:42Bietrix de Rosière lui donne une pension.
11:45Là, on a des archives qui lui laissent une rente, en quelque sorte,
11:49donc qui la met à l'abri, elle et son enfant.
11:51C'est lui qui va, d'une certaine manière, financer pas seulement son train de vie, mais aussi son travail.
11:59Ce qui permettra à Olympe de Gouges entière de pouvoir se consacrer entièrement à des activités littéraires.
12:10En raison de ses origines et de son fort accent occitan, elle est souvent qualifiée d'illettrée.
12:17De plus, ses idées avant-gardistes sur la liberté sexuelle et le mariage
12:21lui valent d'être principalement considérée comme une courtisane.
12:26Cependant, elle ne se soucie guère de scandaliser l'opinion publique.
12:31Il y a une très jolie anecdote dans laquelle elle raconte qu'elle est dans une calèche
12:36et que quelqu'un dit « Oh, mais moi, je la connais, Olympe de Gouges, elle n'écrit pas ».
12:39Et elle raconte elle-même.
12:41Et oui, de la même manière qu'on a dit d'elle que c'est une courtisane parce qu'elle
12:44était libre,
12:45cette volonté de la décrédibiliser.
12:47Alors déjà, pour le côté inculte, je ne pense pas que ce soit le cas.
12:51En tout cas, elle a une culture parce qu'elle cite Rousseau, Voltaire, Montesquieu,
12:56elle cite des touches, donc elle cite des philosophes, des dramaturges.
13:00Donc, elle a une culture savante.
13:02Elle a aussi une culture populaire qu'elle aime mettre en avant.
13:07Donc, la part d'illettrisme ou d'absence de culture, je pense qu'il faut la relativiser.
13:12Et en revanche, ce qui est sûr, c'est qu'elle est arrivée, elle voulait être auteure en fait.
13:17Donc, elle a commencé par écrire des pièces de théâtre.
13:19Elle voulait surtout se faire jouer à la comédie française.
13:22C'était ça son objectif premier.
13:24Olympe, c'est avant tout une communicante.
13:26Elle veut communiquer auprès du plus grand nombre.
13:30Et à l'époque, au XVIIIe siècle, et ça va perdurer encore jusqu'au XXe siècle,
13:35la meilleure façon de communiquer auprès de plus de gens possibles, c'est le théâtre.
13:39Voilà. On a envie d'exprimer ses idées.
13:42On fait monter sur scène des acteurs.
13:45D'ailleurs, elle-même, Olympe va montrer sa propre troupe avec ses propres décors, ses propres costumes,
13:50pour arriver à défendre ses idées.
13:52Et ses idées, on les connaît aujourd'hui.
13:53C'est effectivement contre l'esclavage, contre le fait d'enfermer les femmes au couvent.
13:58Elle utilise le théâtre pour défendre ses choix de vie et ses idées pré-révolutionnaires.
14:06Par le théâtre, on voit son engagement politique, puisque bien souvent, elle écrit des pièces qui ont une résonance immédiate.
14:12On voit qu'elle répond à l'actualité du temps en écrivant d'abord du théâtre.
14:17À l'époque, les femmes sont faiblement représentées comme autrices.
14:23En outre, lorsque les pièces de femmes sont représentées, elles sont souvent sifflées, j'allais dire, avant même que le
14:29rideau soit ouvert.
14:30Donc, c'est très, très compliqué, à cette époque-là, de se faire reconnaître pour ses talents et notamment sur
14:39le plan de la littérature.
14:40Vous imaginez la difficulté, la pression, mais la force de caractère qu'elle a, parce qu'elle est une femme.
14:52C'est une société d'hommes et elle a osé.
14:55Il faut savoir qu'elle est protégée aussi à cette époque-là par une femme extrêmement puissante qui s'appelle
15:02Madame de Montesson.
15:04Donc, cette Madame de Montesson est passionnée par le théâtre et elle est passionnée par le féminisme avant la lettre.
15:10Et elle protège les auteurs brimés par la comédie française ou par le système, par la censure.
15:16Quelle audace pour cette autodidacte de revendiquer sous sa plume les idées des Lumières.
15:23Le droit au divorce et la suppression du mariage forcé.
15:27Le remplacement du mariage religieux par un contrat social.
15:32Et surtout, briser les fers de l'esclavage, cette tâche indélébile sur la conscience de l'humanité.
15:41Elle écrira...
15:43Je suis contre la ségrégation raciale et l'esclavage.
15:47Les Noirs et les Blancs sont des hommes et des femmes.
15:50Ils ne sont pas de races différentes.
15:53Elle va sur un thème où personne ne va.
15:57L'égalité des droits.
15:59En pleine révolution, la question des droits est posée.
16:02Et elle, elle dit, ceux qui m'intéressent en France, c'est ceux qui sont loin, les Noirs.
16:10Et elle pose la question de l'égalité des droits.
16:13Elle dit, il faut que ces hommes et ces femmes soient libres.
16:16Et à travers ce qu'elle sait faire, qu'elle a appris à faire, l'écriture, elle commet un texte
16:24qui s'appelle « Zamor et Midza ».
16:26On verra plus tard que ce texte a évolué puisqu'elle a fait une première écriture en 1882.
16:32Et donc, le titre change.
16:34Ça devient l'esclavage des nègres ou le renaufrage.
16:38Donc, en 88-89, elle est jouée trois fois.
16:40Et ensuite, la pièce encore réécrite et change en 92.
16:44Et elle devient l'esclavage des Noirs ou le renaufrage.
16:47Donc, rien que le changement des titres est signifiant.
16:49Si elle était jouée trois jours, la pièce appartenait à la comédie française, à la troupe.
16:53Et donc, ne pouvait plus être jouée ailleurs.
16:56Et c'était une façon d'enterrer la pièce, en fait.
17:02La pièce appartenait maintenant au répertoire de la comédie française.
17:07Mais les comédiens refusèrent de la rejouer,
17:10encouragés par les critiques qui citent le poète Alexis Piron.
17:14Il faut de la barbe au menton pour faire de bons ouvrages dramatiques.
17:18Et bien sûr, par l'influence des hauts fonctionnaires d'État,
17:22investisseurs du commerce colonial.
17:26Évidemment, comme c'était contre l'esclavage,
17:29elle avait les sucriers, les grands propriétaires dans les colonies
17:34qui étaient les grands mécènes de la comédie française,
17:37qui avaient les loges et donc qui ont fait huer sa pièce.
17:40Alors, cette pièce de théâtre, dont on va beaucoup parler à la fois,
17:43parce que c'est une pièce courageuse,
17:45où justement Olympe va prendre le risque d'être arrêté et envoyé à la Bastille
17:51par lettre de cachet, parce que c'est une pièce qui dérangeait
17:56les gentils hommes de la chambre propriétaire aux colonies,
17:59parmi lesquels le duc de Duras, qui réclame donc cette lettre de cachet.
18:02Heureusement, Olympe de Gouges a des protecteurs
18:04et la lettre de cachet n'a aucun effet.
18:07On comprend pourquoi on demande à ce qu'elle soit mise au cachet,
18:12puisqu'elle soulève une question qui dérange l'économie même.
18:18Parce que l'esclavage, ce n'est pas que la violence sur les êtres humains,
18:22que l'exploitation, mais aussi c'est un système économique.
18:25Je ne pense pas que dans le calendrier des hommes politiques de l'époque,
18:30la question de l'esclavage était inscrite.
18:32Elle s'est imposée à eux.
18:35Et c'est là toute la difficulté.
18:37Et la société était florissante.
18:40Et cette richesse qui était ramenée du fait de l'exploitation d'êtres humains
18:47loin à 7000 kilomètres,
18:51ceux qui commerçaient de ce fouet, de l'esclavage,
18:56ne souhaitaient pas l'abolir.
18:58Il faut comprendre que ces amateurs,
19:01ils se sont opposés violemment à Olympe de Gouges.
19:06Et ils étaient pour la plupart membres de l'Assemblée nationale.
19:09Elle fait preuve d'une incroyable précocité
19:12en écrivant Zamor et Mirza en 1782,
19:16trois ans avant la publication de Brissot
19:19et cinq ans avant la fondation de la Société des Amis des Noirs.
19:24Un exploit d'autant plus extraordinaire pour une femme à l'époque.
19:28L'abbé Grégoire dira dans un texte
19:31qu'il consacre à l'esclavage des Noirs en 1808,
19:35il dira qu'Olympe de Gouges est la seule femme de cette époque-là
19:42à avoir pris publiquement le parti des Noirs contre les esclavagistes.
19:48Avec le recul, on se dit qu'elle a été extraordinaire.
19:51Elle est de courage qui me surprend.
19:58Olympe de Gouges écrit sans relâche.
20:00Elle inonde la cour, les députés, les simples citoyens
20:04de brochures et de pamphlets.
20:06Ses combats sont si avant-gardistes
20:08qu'elle se retrouve de plus en plus seule.
20:11Elle brave les dangers
20:12et malgré la violence à son égard dans les rues parisiennes,
20:16elle persiste.
20:17Elle veut être le témoin direct de l'histoire.
20:22Elle va d'ailleurs à Paris déménager maintes fois.
20:25Et très vite, ça a été analysé par certains historiens
20:27comme une forme d'hystérie.
20:29Quand elle va s'installer à Versailles,
20:30c'est pour être au plus près des états généraux,
20:32pour y assister,
20:34pour accompagner aussi les femmes dans leur cri
20:37de manque de pain
20:39et aller alpaguer le roi et la reine pour cela.
20:42Après, elle déménage à Paris au palais royal
20:46quand elle a ses pièces à faire jouer.
20:49Elle est tout le temps à l'endroit où il se passe quelque chose
20:52et où elle peut avoir une incidence politique.
20:56Elle est toujours, d'une certaine manière,
20:58à la pointe de la communication avec le plus grand nombre.
21:02Pendant la période révolutionnaire,
21:03elle va continuer à écrire des pièces de théâtre,
21:05mais elle va aussi passer au pamphlet.
21:08Elle va en écrire près d'une vingtaine quand même,
21:10qui sont distribuées gratuitement.
21:12Ses toutes premières brochures politiques,
21:13Olympe les rédige en 1788.
21:15Donc c'est très tôt,
21:16c'est un an avant la Révolution française.
21:18Et déjà, à ce moment-là,
21:20elle propose un certain nombre de réformes inédites à l'époque
21:24qu'aucun autre révolutionnaire masculin n'a proposées.
21:27Donc la lettre au peuple, projet d'impôt volontaire,
21:32je pense que c'est vraiment l'un des textes les plus solidaires,
21:34social.
21:35Donc elle veut qu'il y ait la création d'un impôt volontaire.
21:38Elle veut qu'il y ait la création de maisons de charité,
21:41donc pour les pauvres, les plus démunis, les filles de joie,
21:44donc les prostituées, les femmes seules qui élèvent les enfants.
21:48Parce qu'en réalité, elle écrit sur ces femmes qu'elle retrouvait à l'Hôtel Dieu,
21:52qui avaient été séduites par des hommes avec l'idée qu'ils allaient les épouser
21:56et qu'ils ne le faisaient pas.
21:58Et donc ces femmes désespérées qui tombaient enceintes et qui se retrouvaient avec un enfant,
22:02la honte, l'humiliation, sans argent, finissaient à l'Hôtel Dieu dans le désespoir.
22:08Et elle raconte que certaines se jetaient par la fenêtre.
22:10Donc là, c'est peut-être davantage encore même que ces pièces de théâtre.
22:15C'est plutôt à partir de cette lettre au peuple qu'elle commence véritablement à entrer dans l'arène politique.
22:22En 1788, Olympe de Gouche s'engage avec Fougue dans l'arène politique,
22:27portant haut l'étendard des réformes qui forcent l'admiration aujourd'hui.
22:33Elle propose des ateliers d'ouvriers, une régénération des mœurs par l'égalité,
22:38ça c'est son grand combat.
22:40Et, tout particulièrement, elle propose le divorce,
22:43où elle bat en brèche l'institution du mariage.
22:47Elle réclame la formation d'un tribunal avec un jury populaire,
22:52chose qui n'existait pas.
22:54Elle condamne la justice d'ancien régime de manière très ferme.
22:59Elle est contre la peine de mort.
23:00Donc, elle est aussi très avant-gardiste sur ce point-là.
23:03Sur le plan fiscal, elle invite les plus riches à contribuer plus largement que les moins fortunés.
23:10Et ça, c'est encore dans le débat d'aujourd'hui.
23:13On pourrait multiplier les exemples.
23:16Et c'est là qu'on voit que c'est un véritable humaniste.
23:19Ces propositions qualifiées d'avant-gardistes ont inspiré des mesures postérieures,
23:24comme le développement de la sécurité sociale,
23:27la reconnaissance des enfants nées hors mariage,
23:30et même le remplacement du mariage par un paxe avant l'heure.
23:34Mais en raison de son statut de femme, elle n'est jamais reconnue dans ses avancées.
23:39Je pense que le récit qu'on fait de l'histoire, et en particulier au sein de l'éducation nationale,
23:43ne peut pas être partiel.
23:45Évidemment que ça compte, si on entend dans son cours d'histoire,
23:49quand on a 11, 12, 13, 14 ans,
23:51qu'à cette époque-là, au moment de la Révolution,
23:53des hommes et des femmes du peuple, du clergé, de la noblesse,
23:57ont décidé que ça suffisait avec ce régime-là et qu'il en fallait un autre,
24:01que les femmes étaient capables de penser qu'elles faisaient des propositions
24:04et que leurs propositions n'ont pas été écoutées,
24:07c'est le récit de l'histoire, c'est de là dont on vient.
24:10Il faut qu'on nous le dise, il faut qu'on l'entende.
24:12Et bien sûr que ça change tout, ça façonne une manière d'être au monde.
24:16Il est important que les filles aujourd'hui, les garçons aussi, bien évidemment,
24:19aient de nouveaux modèles, des modèles féminins pour penser autrement,
24:22pour avancer un petit peu dans ce qu'on a dans la tête,
24:25pour embrasser de nouvelles idées et vraiment accepter l'égalité.
24:30Ce qu'on appelle les fameux rôles-modèles.
24:31Si une femme prend la parole dans les états généraux,
24:34alors je peux faire de la politique.
24:36Si une femme décide d'écrire la déclaration des droits des citoyennes,
24:41alors je peux penser que la liberté me concerne aussi
24:43et que j'ai une voix à porter au chapitre.
24:48Olympe voulait porter sa voix au chapitre de l'histoire.
24:51Mais ses idées humanistes sont de plus en plus difficiles à faire entendre
24:56dans le tumulte et la violence qu'annonce la terreur.
24:58Mais elle persiste. Elle persiste encore.
25:03Olympe de Gauche se plaint à Jacques-Pierre Brissot, un des chefs girondins,
25:08de recevoir des lettres anonymes d'une grande violence.
25:11Elle est menacée de toutes parts.
25:13Et cet aspect-là des choses, j'ai l'impression qu'il a été occulté
25:18par un certain nombre de personnes qui jugent Olympe de Gauche
25:22de façon assez péremptoire, de manière injustifiée,
25:25sans prendre en compte la richesse de ses propositions,
25:30de sa générosité, son désintéressement extraordinaire.
25:37Olympe, son seul intérêt, sa seule préoccupation,
25:41c'est réformer la société et donner une voix à celles et ceux
25:45que même la Révolution n'entend pas.
25:49Pour s'adresser au plus grand nombre, elle va publier des affiches.
25:52Parce qu'à l'heure-là, on est sûr de s'adresser au peuple.
25:55C'est-à-dire qu'une affiche, on la colle sur le mur
25:57et parmi la foule qui est autour de l'affiche,
26:01il y en a au moins un ou deux qui savent lire et qui vont pouvoir le lire aux autres.
26:03Au moment de la Révolution, on voit un déchaînement des affiches.
26:06À partir de 1991, les affiches qui représentent le pouvoir doivent être noir et blanc.
26:12Et la couleur est autorisée pour toutes les autres affiches.
26:15Et du coup, on voit justement un déchaînement de couleurs vives dans Paris.
26:21C'est plus facile de se faire afficher que d'avoir un éditeur
26:25ou alors de pouvoir prendre la parole dans les clubs ou dans les assemblées.
26:32On peut penser qu'Olympe est la première propagandiste politique, femme politique.
26:39En tout cas, la première à vraiment s'exprimer avec les outils modernes de l'époque.
26:44Et puis sans doute aussi qui a créé des échos avec les affiches contemporaines,
26:48les colleuses où il y avait une sorte de caractère extrêmement contemporain
26:53de ces textes, de leur architecture, de leur choix des couleurs, de la typographie.
27:00Sa plume incisive forge un manifeste intemporel.
27:04Un cri de ralliement qui transcende les époques.
27:08L'exigence d'une égalité absolue et sans concession entre les femmes et les hommes.
27:17La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte qui a été publié en septembre
27:231791,
27:24au moment où Louis XVI ratifie la constitution terminée, œuvre donc de l'assemblée constituante.
27:32Cette constitution que Olympe de Gouges trouvait imparfaite parce que les femmes n'étaient pas prises en compte
27:42et que le droit d'être électrice ou éligible ne leur était pas accordé.
27:48C'est pourquoi elle a publié cette fameuse déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,
27:53qui est un pastiche intelligent de la déclaration des droits de l'homme.
27:58Avant la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, il y a un texte qui s'appelle
28:01« À la reine ».
28:02Donc elle interpelle véritablement Marie-Antoinette et justement elle lui demande en tant que femme
28:07d'être celle qui porte la cause des femmes. Donc elle demande d'abord à la reine de porter cette
28:12cause.
28:12En 1991, c'est après Varennes, donc on sent qu'Olympe est partagée puisqu'à la fois il y a
28:18un respect pour la fonction de Marie-Antoinette,
28:21donc sa fonction de reine, et puis Olympe de Gouges est quand même pour la monarchie constitutionnelle.
28:27En tout cas chez elle, il y a toujours un imaginaire de la famille royale, une importance aussi de la
28:33famille royale qui perdure.
28:35Donc c'est pour ça que c'est important qu'elle adresse ce texte à la reine.
28:38Elle dit, je vais vous dire la vérité, elle a vraiment cette parole de vérité, cette parole de franchise qu
28:44'elle veut dire à la reine.
28:46La déclaration des droits de l'homme, c'est super, et si on faisait toute l'humanité éventuellement,
28:51parce qu'on est là, on fait des choses, on est proactives. Ce sont des femmes qui ont marché sur
28:55Versailles,
28:56plus de femmes que d'hommes d'ailleurs.
28:57À Bastille, c'était des femmes aussi. Les femmes ont été très importantes, elles ont eu un rôle très important,
29:03elles ont pris une part très importante, et elles ont pensé aussi et réfléchi.
29:07Elles n'étaient pas à ces postes-là, mais elles l'ont fait malgré tout.
29:10Et elle, elle a pris la parole comme une citoyenne, tout simplement.
29:14En tout cas, j'ai envie de croire que c'est ça qu'elle a essayé de faire.
29:18Et on aura fait quand même un long voyage, parce qu'il ne faut pas oublier qu'à l'époque
29:22où Olympe de Gauche dit
29:24« la femme est l'égale de l'homme », il y a des députés qui montent à la tribune
29:30pour expliquer que les femmes ont un cerveau beaucoup plus petit que celui des hommes
29:33et que donc il n'est pas question qu'elles puissent voter.
29:38Elle vient de loin, l'idée d'Olympe de Gauche, elle vient de très loin.
29:43Olympe de Gauche enflamme les esprits avec son manifeste en 17 articles.
29:49Droits de vote et d'éligibilité pour les femmes, éducation pour toutes,
29:54liberté d'expression sans entrave, participation active à la vie politique.
29:59Elle défie les normes et trace la voie d'une société révolutionnaire
30:04où les femmes seraient enfin reconnues comme citoyennes à part entière.
30:09Quelle audace, quel zèle pour l'époque, sachant que toute femme mérite la guillotine pour prononcer ses propres mots.
30:17Elle est finalement la seule à lutter sur ce sujet, c'est la seule même à réfléchir sur ce sujet
30:23à l'aune de ce qu'on connaît aujourd'hui au 21ème siècle.
30:27Si tout à coup on fait les profils de tous les révolutionnaires,
30:30finalement on va garder qui ? Olympe de Gauche parce qu'elle est visionnaire
30:33et qu'aujourd'hui on est encore en train d'appliquer ce qu'elle a vu.
30:36Que les hommes et les femmes peuvent être égaux, au moins en droit.
30:41Moi ce que j'aime en fait, c'est les premiers mots du postambule.
30:46Femme, réveille-toi.
30:48Le toxin de la raison se fait entendre dans tout l'univers.
30:52Reconnais tes droits.
30:53Il ne faut pas attendre que l'égalité nous arrive, il ne faut pas attendre que les postes, que les
31:00fonctions, qu'elles soient de la nomination ou de l'élection, nous soient proposées, nous soient apportées.
31:07Femme, réveillez-vous, c'est femme, levez-vous, battez-vous, engagez-vous, osez, osez prendre juste la place qui vous
31:17revient.
31:17Et moi c'est ça parce que c'est d'une formidable actualité.
31:22Mais encore aujourd'hui, il y a quelque chose qui clive, c'est incompréhensible, c'est cette violence contre celles
31:31qui veulent simplement plus de justice, voilà l'égalité, la parité, l'égalité salariale qui n'est toujours pas présente.
31:39Olympe de Gouges, indomptable et visionnaire, ne s'est jamais contenté de simples revendications.
31:45Face à la terreur qui s'abat sur la France, elle se dresse, prête à en découdre.
31:51Ses idéaux de liberté et d'égalité, loin d'être étouffés par la brutalité ambiante, s'enflamment davantage.
31:59À partir de 92, par exemple, les choses s'accélèrent au niveau historique en soi.
32:04Après le 10 août, la chute de la monarchie constitutionnelle, il y a une violence, il y a les massacres
32:10de septembre.
32:11On va voir le clan robespierriste qui va faire l'apologie des massacres,
32:14qui était acceptable parce que c'était une juste revanche des Français, que c'était une expression de leur colère.
32:22En revanche, les Girondins considéraient que, et Olympe de Gouges aussi, que ces massacres étaient un danger pour la Révolution.
32:30Ça a été, à partir de ces fameux massacres de septembre, il y a eu un développement de la violence
32:34en France,
32:35qu'il a été très, très difficile d'arrêter.
32:37Donc c'est ce contre quoi va s'opposer Olympe de Gouges pendant les deux années qu'il lui reste
32:43à vivre.
32:43Donc ces textes en eux-mêmes, ceux d'Olympe, sont plus véhéments, les métaphores sont plus agressives,
32:52elles commencent à s'adresser aussi directement à Robespierre, donc il y a une urgence de la situation qui se
32:58traduit aussi dans ses écrits.
33:01Cet antagonisme entre Olympe et Robespierre s'est développé au point qu'elle l'a provoqué en duel, avec la
33:09volonté de le tourner en dérision en fait.
33:12Il y a beaucoup d'affiches où elle dit « je te jette le gant du civisme, oseras-tu le
33:17ramasser ? »
33:20Donc c'est sûr qu'elle récolte aussi ce qu'elle a semé et c'est même un peu étrange
33:26qu'elle ait réussi à vivre jusqu'en novembre 93,
33:28parce qu'il y a des affiches donc dès 92 qui sont extrêmement virulentes à l'égard de Robespierre.
33:33Elle disait qu'elle était prête à se sacrifier pour débarrasser la terre d'un personnage comme lui.
33:39Olympe sait pourtant que les paroles s'envolent, les écrits restent.
33:43Et au moment où Robespierre et les Montagnards vont prendre le pouvoir à l'Assemblée,
33:49elle continue à écrire contre Marat, qui a toujours été sa bête noire,
33:54contre Robespierre qu'elle traite de vile conspirateur
33:57et qu'elle soupçonne de vouloir devenir le maître suprême
34:03uniquement par, et ce sont ses propres mots, meurtre et assassinat.
34:08C'est un peu compliqué de prendre une telle position au moment où la terreur s'installe en France.
34:15Et en s'en prenant directement à Robespierre, on ne défie pas n'importe qui.
34:20On défie la figure de proue de la terreur révolutionnaire.
34:24Le destin de l'âme de Gouges se scelle dans un tourbillon de courage et d'audace.
34:29Ces prises de position incendiaires contre Robespierre, Marat et les Montagnards
34:34résonnent comme un défi à l'ordre établi.
34:37Elle riposte avec une plume acérée, mêlant vigueur et ironie mordante.
34:42Son audace atteint son apogée lorsqu'elle propose de défendre le droit à un procès équitable
34:49pour le roi lui-même.
34:51L'étau se resserre autour de cette voie trop libre
34:54pour une époque qui prône l'égalité, tout en étouffant la différence.
35:01Parce que la politique, même à l'époque, est quand même un petit peu plus sournoise qu'on ne le
35:08pense,
35:09évidemment, elle ne va pas être condamnée parce qu'elle a insulté Marat et Robespierre.
35:13Ce serait trop gros.
35:14Ah ben vous m'insultez, je vais vous couper la tête.
35:16Non, bien sûr, ça marche pas comme ça.
35:17C'est parce qu'elle écrit une dernière affiche qui s'intitule « Les trois urnes »
35:22où elle pense que c'est le peuple qui doit décider du mode de gouvernement à venir.
35:26Elle propose au peuple de France de choisir l'option politique
35:32vers laquelle il faudrait aller pour rétablir la paix.
35:36Elle disait qu'il fallait demander aux Français de s'exprimer librement
35:41sur le type de gouvernement qu'il voudrait avoir, soit une monarchie constitutionnelle,
35:48soit un gouvernement fédéraliste, soit une république une et indivisible.
35:52Elle prend soin de montrer son affiche au comité de salut public
35:56et comme elle ne reçoit pas de réponse, elle demande à un afficheur de se charger de ce texte.
36:02C'est son éditeur qui est allé la dénoncer à la police politique révolutionnaire
36:09parce qu'il a pris peur.
36:10Quand il a lu les affiches, il s'est dit « je risque d'y passer ».
36:13Et donc il est allé la dénoncer au comité de sûreté général
36:17et ça s'est immédiatement retourné contre elle.
36:19C'est sans doute de ces textes le moins virulent, le moins pamphlétaire et le plus démocrate.
36:26Et c'est à cause de ce texte qu'elle va être emprisonnée.
36:31Elle va être conduite à la prison de l'Abbaye
36:34et quelques jours plus tard, elle va subir un interrogatoire
36:37par Fouquier-en-Ville, l'accusateur public,
36:40qui va décider qu'elle sera inculpée
36:44pour être contrevenue à la loi du 28 mars 1793
36:48sur les écrits contre-révolutionnaires.
36:50Elle s'est quand même fait tellement d'ennemis parmi les Montagnards,
36:54tellement d'ennemis au tribunal révolutionnaire
36:56que de toute façon, le moindre prétexte était bon
36:59pour l'envoyer sur l'échafaud.
37:01Il faut savoir que dans le jury
37:02qui a été constitué pour juger Olympe de Gouges,
37:07un certain nombre sont des amis directs de Robespierre.
37:11Les plus influents de ces jurés, c'est Duplet, le menuisier Duplet,
37:15chez lequel Robespierre loge,
37:17mais également Nicolas de Mircourt, qui est un imprimeur,
37:21qui est un ami personnel de Robespierre,
37:24plusieurs gardes du corps de Robespierre.
37:26On voit bien que ces procès politiques
37:28qui ont coûté la vie à tant de personnes innocentes
37:33étaient des procès truqués.
37:34La loi est contournée, les droits de l'homme sont voilés
37:37et c'est comme ça qu'il faut envisager cette période de terreur.
37:41Olympe de Gouges dit elle-même d'ailleurs
37:43l'esprit de 1789 doit renaître
37:46pour effacer celui du 2 septembre 92.
37:51C'est une femme qui est attachée à la paix, aux réformes
37:55et elle a peur d'une révolution dans la rue brutale, sanglante.
38:01C'est ce pourquoi elle se bat les derniers mois de sa vie.
38:05Seule, Olympe affronte courageusement ses accusateurs,
38:09affaibli, mais l'esprit indomptable.
38:12Son amant, son fils, ses amis, personne ne peut la sauver.
38:17Face à une cour impitoyable, elle déclare une grossesse.
38:21Malgré la vie médicale qui semble favorable,
38:24Fou qui est un ville implacable
38:26rejette cette ultime tentative de sursis.
38:30Elle écrira à son fils bien-aimé
38:34« Je meurs victime de ma dévotion absolue à la patrie et au peuple. »
38:43Elle voulait ce procès puisqu'elle considérait
38:45qu'elle était une vraie révolutionnaire.
38:47Et d'ailleurs, c'est la seule femme qui a été guillotinée
38:49pour ses idées politiques.
38:51Et non pas parce qu'elle était la femme d'eux,
38:53comme Madame Roland, ou parce qu'elle était une aristocrate.
38:56Elle a vraiment été guillotinée pour ses idées politiques
38:58et parce qu'elle intervenait dans la politique.
39:00Et donc, on l'a traitée d'hystérique, de folle, de complotiste,
39:04de tout ce qu'on veut, pour la condamner à la peine capitale.
39:09Et ça a été terrible.
39:10On a même obligé son fils après à renier sa mère
39:14par rapport à ses idées, justement,
39:16qui étaient, soi-disant, contre-révolutionnaires
39:18alors qu'elles étaient tellement novatrices.
39:27Elle fut donc conduite en charrette à la guillotine.
39:30Le trajet durait une heure.
39:32On partait de la conciergerie,
39:34on traversait la rue Saint-Honoré
39:36et l'exécution avait lieu sur l'actuelle place de la Concorde,
39:40qu'on appelait à l'époque place de la Révolution.
39:43Les témoins qui l'ont vu à ce moment-là ont tous été unanimes.
39:49Elle a montré un courage extraordinaire.
39:51Le 3 novembre 1793,
39:55le destin d'Olympe de Gouges s'achève sur l'échafaud.
39:59Dans un dernier souffle de courage,
40:02elle lance un cri poignant.
40:03« Enfant de la patrie, vous vengeriez ma mort. »
40:08Sur la plateforme de l'échafaud,
40:11à un moment d'être engloutie dans le néant,
40:13elle s'est tournée vers les Français
40:15et elle s'est écriée
40:17« Enfant de la patrie, vous vengeriez ma mort. »
40:21Je pense que c'est une femme qui est restée combative
40:23jusqu'au dernier moment.
40:27Un journaliste qui était au pied de l'échafaud,
40:29et témoin de la scène,
40:31a entendu ses voisins dire
40:33« Voilà une place où on a bien tué de l'esprit
40:35et on en tuera encore. »
40:37Elle était convaincue de la justesse de ses idées,
40:40de ses opinions.
40:41Elle les a défendues,
40:42sans concession,
40:45seule.
40:49Elle parle souvent de sa postérité.
40:51Elle dit qu'elle sera au Panthéon.
40:53Elle dit que la patrie jettera des fleurs sur sa tombe.
40:57Il y a aussi cette conscience de la mort,
41:00des derniers mots,
41:01une sorte d'écriture un peu épitaphe,
41:02qui reflète les dernières lettres des condamnés.
41:05Et ça, c'est vraiment une écriture très particulière,
41:08un signe d'une époque et de la violence de l'époque.
41:12Quant à son corps, il fut jeté dans une fosse commune.
41:16Son propre fils, Pierre Aubry,
41:18dans un acte désespéré pour sauver sa vie,
41:21avait renié sa mère face à la menace de la guillotine.
41:27On va lui couper la tête, comme Marie-Antoinette.
41:29C'est terrifiant.
41:31C'est terrifiant parce que, finalement,
41:32ce n'était que des mots.
41:34Et ces mots l'ont amené là,
41:36là où elle ne pensait jamais arriver.
41:38Elle disait que si une femme pouvait monter à l'échafaud,
41:42il fallait aussi qu'elle monte à la tribune.
41:44mais elle, c'est le contraire qui lui est arrivé.
41:52Elle meurt tragiquement, mais elle meurt en pleine lumière.
41:55Et paradoxalement, sa fin tragique en a fait une icône aussi.
42:04Donc, la guillotine, c'est la fin tragique par excellence,
42:07mais c'est aussi la fin qui a inscrit plus dans l'histoire.
42:15Elle est guillotinée juste après Marie-Antoinette
42:17et juste avant Manon Roland,
42:19de figure extrêmement importante, plus importante qu'elle.
42:22La reine et puis l'égérie des Girondins,
42:25la femme de ministre.
42:26Donc, le fait qu'il y ait Olympe de Gouges,
42:28l'exécution d'Olympe de Gouges entre ces deux femmes,
42:31prouve quand même qu'elle avait un statut évidemment moins important
42:34que ces deux femmes, mais un statut important tout de même.
42:38Dès le lendemain, la mort d'Olympe est en but aux critiques et aux colibés.
42:43Un journal écrit à son sujet.
42:45Elle voulut être un homme d'État.
42:47Et il semble que la loi ait puni cette conspiratrice
42:50d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe.
42:53Cette déclaration va marquer le début d'une très longue période
42:58de dénigrement misogyne à l'encontre de cette femme visionnaire.
43:02Après l'exécution d'Olympe de Gouges,
43:04il y a eu une déclaration du procureur général de la commune,
43:08qui s'appelle Chaumette,
43:09qui considérait que les femmes comme Olympe de Gouges,
43:14Madame Roland, Marie-Antoinette,
43:15étaient des femmes qui étaient sorties du contexte familial,
43:19qui avaient pris des positions politiques.
43:22Au nom de la nature, il les condamnait de manière formelle.
43:26Il invitait les femmes républicaines à ne pas imiter ces exemples
43:31et ajoutait que l'âme de Gouges avait bien mérité son sort.
43:35C'est l'invisibilisation des femmes.
43:38L'historien Jules Michelet l'a traité de tricoteuse et d'hystérique.
43:42Les tricoteuses, ce sont ces femmes de sans-culottes
43:45qui étaient au tribunal révolutionnaire
43:46et qui passaient la journée, effectivement,
43:49chaque fois qu'un aristocrate ou une aristocrate montait sur l'estrade,
43:53elles criaient à mort, à mort, à mort.
43:55Et c'était presque un club fermé des tricoteuses.
43:58Penser un seul instant qu'Olympe faisait partie du club des tricoteuses
44:02est évidemment un contresens historique.
44:05Pourtant, c'est Michelet qui a inventé l'histoire de France moderne.
44:09Il y a un docteur du début du XXème siècle
44:11qui en fait un symbole de l'hystérie révolutionnaire,
44:15donc les rares moments aussi parfois où elle est mentionnée,
44:19c'est plutôt à charge,
44:21dans une misogynie un peu ordinaire.
44:24Donc, elle a été dégagée directement de l'histoire de France
44:28puisque c'était une espèce de sorcière ou de folle
44:31qui n'avait pas sa place dans la grande histoire
44:32et on n'a même pas lu ses textes, comme ça c'était réglé.
44:35C'est bien après que les premières féministes ont commencé à en parler
44:40à la fin du 19ème siècle
44:41et puis ensuite, bien après, dans les années 70,
44:44avec les féministes autour de Benoît de Groux
44:48qui ont déterré, je dirais, un peu les textes d'Olympe,
44:52qui ont commencé par les lire tout simplement.
44:54Son héritage est resté dans l'ombre pendant près de 200 ans.
44:58Ce n'est qu'à partir des années 80
45:00qu'il a refait discrètement surface dans le discours public,
45:04résultat d'un travail acharné d'historien, d'auteur,
45:08de passionné et de militante féministe.
45:13Aujourd'hui, en France, des rues, des places, des hôpitaux,
45:16des médiathèques portent son nom.
45:19Et ce fut devant le monde entier qu'Olympe de Gouges
45:22fut enfin reconnu comme symbole de l'abolition de l'esclavage
45:26et de l'égalité des sexes.
45:33Je n'étais pas au courant du tableau, d'une façon générale,
45:37des dix statues en or, ni du fait qu'Olympe serait là et serait la première.
45:42Mais ce qui s'est passé, c'est qu'on a tous été complètement émerveillés.
45:45Et j'entendais autour de moi des gens qui ne la connaissent pas.
45:49Alors évidemment, Olympe de Gouges, lorsqu'on est féministe,
45:51on la connaît bien sûr, mais c'est toujours important
45:54de pousser ces femmes dans la sphère publique,
45:58qu'on leur redonne aussi leur crédit pour leurs idées.
46:02Et là, vraiment, je trouvais que c'était une jolie manière
46:05de montrer Olympe de Gouges.
46:07Ensuite, Yaël Braun-Pivet a organisé cette exposition
46:10à l'intérieur de l'Assemblée.
46:12Tout de suite, j'ai reçu des messages pendant la cérémonie,
46:14pendant qu'elles étaient sur la scène et qu'on les voyait à l'image,
46:18de parlementaires, députés et sénateurs, hommes,
46:21qui m'écrivaient en me disant
46:22« Mais Yaël, il faut que tu les mettes à l'Assemblée nationale, ces statues. »
46:26Je trouve que la symbolique aussi, elle est très forte.
46:28Donc je crois aujourd'hui qu'il faut voir Olympe de Gouges autrement,
46:32la voir comme une femme qui est l'ancêtre de la femme politique moderne.
46:38Véritablement, je crois que les femmes politiques du monde entier
46:42lui doivent beaucoup.
46:44C'est leur ancêtre commune.
46:49En 2016, le buste d'Olympe de Gouges est rentré à l'Assemblée
46:54et il est fréquent que des femmes politiques d'aujourd'hui
46:57s'expriment avec en arrière-plan le buste d'Olympe de Gouges
47:01en oubliant parfois que c'est probablement avec des femmes comme Olympe
47:05que la femme politique en France peut aujourd'hui avoir sa place juste
47:10et nécessaire dans notre débat public.
47:14Mais bon, on aimerait bien maintenant qu'elle soit panthéonisée
47:16parce que la façon dont elle a marqué la France, mais je dirais même l'humanité,
47:22est-ce bien normal qu'elle ne soit pas au Panthéon parmi nos plus grands hommes
47:27avec un grand H ?
47:31On parlait de droits de l'homme, de droits de la femme,
47:33mais ne serait-il pas tant aussi de parler de droits humains tout simplement.
47:36Il n'y a plus qu'en France qu'on utilise ces termes-là
47:38parce que partout c'est human rights.
47:39C'est incompréhensible qu'on reste dans cette histoire de l'homme avec le grand H.
47:44Si on changeait le paradigme et qu'on dise les droits de la femme avec un grand F,
47:48je pense que les hommes réagiraient assez vivement.
47:52Olympe de Gouges au Panthéon est un sujet qui suscite des controverses
47:55et des débats depuis plusieurs décennies.
47:58Et pour le moment, toutes les propositions ont été systématiquement rejetées ou ignorées.
48:06Il y a une tradition historiographique qui présente Olympe de Gouges
48:10comme une femme non républicaine en fait.
48:13C'est un leitmotiv imbécile.
48:15Faux, faux mais absolument faux.
48:18Olympe de Gouges a appartenu à un mouvement, celui des Girondins.
48:21Or en France, c'est les montagnards qui ont écrit l'histoire de la révolution.
48:25Les Girondins ont mauvaise presse et ça, ça pèse lourd.
48:29C'est pourquoi sa présence dans le Temple des Républicains n'est pas souhaitée.
48:36Maintenant, moi, je vois une femme qui était en avance sur son temps,
48:40qui a mené des combats féministes mais pas seulement.
48:44C'est une femme qui était pour l'abolition de l'esclavage,
48:46c'est une femme qui était pour l'abolition de la peine de mort.
48:50Ce n'est pas rien à cette époque-là d'avoir porté ces combats.
48:53Reconnaissons qu'elle fait partie de celles qui ont considérablement
48:58fait avancer cette cause de l'égalité.
49:01Et au moment où le masculinisme triomphant apparaît de plus en plus dans les urnes,
49:07l'audace d'Olympe de Gouges, son courage, sa détermination à défendre le droit des femmes
49:13nous rappellent une vérité essentielle.
49:16Il ne faut rien lâcher.
49:20Elle reste un modèle aujourd'hui pour nous parce qu'elle se sera battue jusqu'au bout
49:25pour que ses idées prennent forme.
49:27Et aujourd'hui, elle est toujours vivante et plus d'actualité que jamais.
49:32Olympe de Gouges demeure vivante et d'actualité car il y a une part d'Olympe de Gouges
49:37chez chaque femme qui continue de militer pour l'égalité des droits.
49:42À notre époque, c'est aussi notre rôle de contribuer à faire avancer les choses.
49:46Ça avance malheureusement trop lentement.
49:48On sait qu'il faudrait encore plus de 300 ans pour atteindre l'égalité femmes-hommes dans le monde.
49:54C'est des chiffres de l'ONU.
49:55Une part d'Olympe de Gouges chez celles qui prennent place dans la vie associative et les institutions politiques.
50:02En fait, lorsque vous accédez au perchoir et que vous êtes la première femme présidente de l'Assemblée nationale,
50:07vous vous inscrivez dans les pas de toutes celles qui vous ont précédées.
50:11Et donc Olympe de Gouges, dans cette histoire des combats des femmes,
50:15est évidemment une des figures éminentes.
50:18Parce qu'il y a une part d'Olympe de Gouges dans chaque femme qui se lève et prend la
50:23parole.
50:24C'est comme si Olympe était une de ces femmes-là.
50:27Et ces femmes-là, aujourd'hui, on ne les voit pas et elles sont sur le terrain tous les jours.
50:31Une part d'Olympe de Gouges dans celles et ceux qui veulent être libres, égaux et vivre sans préjugés.
50:38C'est ça la force d'Olympe, c'est la puissance d'être ensemble.
50:42Et c'est donc ensemble, enfants de la patrie, unis dans notre diversité,
50:48qu'il nous appartient de transformer son désir en réalité.
51:15Sous-titrage Société Radio-Canada
51:27Sous-titrage Société Radio-Canada
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