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Ce lundi, sur Europe 1, Olivier Babeau s'intéresse à la taxe Amazon sur les livres, une mesure désastreuse selon lui.

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Transcription
00:00Et à 7h19 sur Europe 1, Jacques Serret, c'est l'heure de l'édito éco.
00:03Avec Olivier Babaud, bonjour Olivier.
00:05Bonjour Jacques, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:07Olivier, vous nous parlez ce matin de la fameuse taxe Amazon sur les livres.
00:12Selon vous, c'est une mesure désastreuse ?
00:14Oui Jacques, c'est un parfait exemple de cette manie française,
00:16croire qu'on peut protéger une activité en rendant le produit plus cher pour tout le monde.
00:20Officiellement, il ne s'agit pas d'une taxe, mais en réalité, c'en est une.
00:23Depuis 2023, l'État impose un tarif minimum de livraison d'environ 3 euros pour les livres vendus en ligne.
00:29Autrement dit, il est interdit de proposer la livraison gratuite,
00:32même lorsque les plateformes sont capables d'en absorber le coût grâce à leur logistique.
00:35L'objectif était de protéger les librairies indépendantes ?
00:39Oui, l'intention paraît louable, mais le mécanisme est profondément paradoxal.
00:42On prétend défendre la lecture en renchérissant l'accès aux livres.
00:45Concrètement, ce sont les lecteurs qui payent.
00:47Pour un ouvrage à 7 ou 8 euros, ces frais représentent parfois près de la moitié du prix total.
00:52C'est une pénalité directe pour les étudiants, les jeunes et tous ceux qui habitent loin d'une librairie,
00:57notamment dans les zones rurales.
00:58Cette mesure ne pénalise donc pas vraiment Amazon ?
01:01Au contraire, puisqu'il encaisse le tarif minimum qu'on l'oblige à pratiquer.
01:05Non seulement le géant gagne plus d'argent, mais aussi il conserve ses avantages structurels.
01:08Le choix gigantesque, la livraison rapide, l'abonnement prime,
01:12la puissance logistique et les recommandations algorithmiques.
01:153 euros ne changent rien à son modèle économique.
01:17En revanche, il change beaucoup du point de vue d'un lecteur occasionnel qui doit payer.
01:21Et les librairies, y gagnent-elles vraiment ?
01:23Pas autant qu'on l'imagine. Le vrai concurrent des libraires aujourd'hui, ce n'est pas Amazon,
01:27ce sont les écrans, Netflix, TikTok, les jeux vidéo.
01:30Le combat central n'est plus celui du canal de vente, mais celui du temps d'attention.
01:34Or, cette mesure ne favorise pas la lecture, elle la rend simplement plus chère,
01:38sans traiter le problème essentiel de l'attractivité culturelle.
01:40Vous y voyez, Olivier, un symbole plus large.
01:43Oui, cette taxe illustre une tendance très française.
01:45On tente de protéger un modèle traditionnel en pénalisant ceux qui sont plus efficaces.
01:49On préfère freiner l'innovation plutôt que renforcer la compétitivité.
01:53Au final, on fait payer le consommateur, qui devrait pourtant être le premier bénéficiaire
01:56de toute politique économique.
01:57Il y a de quoi être en colère, les chiffres du Centre National du Livre
02:00montrent année après année un effondrement de la lecture.
02:02Au lieu de tout mettre en œuvre pour la rendre plus accessible,
02:05cette lecture, on finit par en faire ce livre, un objet de luxe.
02:08On marche vraiment sur la tête.
02:09Donc une politique contre-productive.
02:11Exactement, sous couvert de protection culturelle, on rigidifie le marché,
02:15on affaiblit l'accès au livre, on se donne l'illusion d'avoir résisté au changement.
02:18C'est cela au fond notre masochisme fiscal,
02:20transformer des intentions vertueuses en coûts bien réels pour la société.
02:24L'édito éco signé Olivier Babaud sur Europe 1.
02:27Très bonne journée à vous, Olivier.
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