00:00Avec nous, Emmanuel Echivar. Bonjour, merci d'être sur notre chaîne ce matin.
00:05Vous êtes politologue, professeur à Sciences Po Reims.
00:08On va essayer de passer en revue cette séquence, entre guillemets, Quentin de Ranck.
00:12Première question, Emmanuel Echivar.
00:14Le fait que la manifestation d'hier, à mémoire de ce militant, se soit déroulée dans le calme,
00:19est-ce que c'est un signe d'apaisement du débat public, après toute la controverse autour de sa mort
00:25?
00:27Un signe d'apaisement, pas exactement.
00:30Un signe de contrôle des choses, soit par les organisateurs, soit les forces de l'ordre.
00:37Ce qui frappe dans toute cette séquence, c'est la jeunesse.
00:43La jeunesse de celui qui est décédé, la jeunesse de ceux qui ont porté les coups, la jeunesse radicalisée.
00:49Et donc, face à cette jeunesse radicalisée, la société essaye de maintenir un ordre,
00:54mais un ordre qui est en fait assez fragile.
00:59Et donc, il faudra voir dans les jours à venir ce que tout ça deviendra.
01:03Sur un plan politique, on a assisté Emmanuel Echivar, cette dernière semaine,
01:07à des attaques sévères visant la France insoumise, qui elle-même a dénoncé une cabale.
01:12Est-ce que cette nature a pesé sur les prochaines élections municipales ?
01:17Moi, je pense que, pour l'instant, les municipales, on en parle très peu.
01:23Il y a comme quelque chose de sous-jacent dans ces municipales.
01:29Et ce qui est sous-jacent, c'est qu'il est possible, en effet,
01:33que les Français ne répondent pas à la question posée pendant les municipales.
01:36Les municipales, la question qui est posée, c'est la politique municipale du logement, des transports, etc.
01:45Et il est possible que les Français répondent à autre chose face au désordre du monde.
01:51On a vu dans notre journal ce désordre du monde.
01:55Que peut faire la politique française ?
01:58Et c'est peut-être à cela qu'en effet, les électeurs vont répondre, ceux qui vont se déplacer, en
02:03tout cas.
02:04Je vais essayer de tourner la question différemment.
02:05Au-delà des algarades, des cris d'orfraie que poussent les uns les autres en fonction de leur chapelle,
02:11quel poids politique pèse d'abord l'ultra-gauche, par exemple ?
02:17En termes de poids politique, l'ultra-gauche ne pèse pas beaucoup plus que l'ultra-droite.
02:25Ce n'est pas en termes de poids politique mathématique, si vous voulez, que cela se traduit.
02:33Ces radicalités, d'ailleurs, ne croient pas spécialement au vote et à l'élection.
02:38Donc ce n'est pas là-dessus que ça se joue, à mon avis.
02:42Ça se joue sur l'ambiance que cela crée, sur le sentiment que les Français, une nouvelle fois, ont de
02:50l'impuissance du politique à pouvoir gérer les affaires,
02:54et de cette fragilité dont le débat démocratique fait preuve, en fait.
03:00Donc les Français regardent cela avec soit colère, soit crainte, je dirais.
03:07Et c'est ça qui va jouer dans l'élection municipale, c'est ce qui est sous-jacent qui va
03:10jouer.
03:11Donc pas de poids politique si important que cela pour l'ultra-gauche, pareil pour l'ultra-droite, vous avez
03:17répondu à la question.
03:19Quand Emmanuel Macron promet une réunion sur les liens politiques entre les partis politiques et les groupes ultra,
03:26qu'ils soient de gauche ou de droite, qu'est-ce qu'ils cherchent à faire, à votre avis,
03:30sachant que les groupes en question sont connus, sont identifiés ?
03:36Je crains que ce soit surtout de l'affichage, en fait.
03:40Je crains qu'en effet, comme vous le dites, tous ces groupes sont connus.
03:47Voilà, on essaye de gérer, les forces de l'ordre essayent de prévenir.
03:53Donc il y aurait une question qui serait quel débouché politique pour la jeunesse autre que la radicalité ?
03:59C'est ça qui serait la vraie question.
04:01Ça, c'est une question pour plus tard, pour la présidentielle.
04:04Donc pour l'instant, on essaye de gérer en suivant les faits divers,
04:08et en étant un peu à la poursuite de la réponse des faits divers.
04:12Est-ce que, professeur Echivar, vous diriez qu'en France, le débat politique est de moins en moins serein,
04:18pour ne pas dire de plus en plus violent ?
04:21Le débat politique est violent.
04:23Alors il est violent dans le physique, il est violent dans les mots.
04:28Regardez dans les réseaux sociaux la violence des insultes.
04:32Il est violent parce que la politique est impuissante,
04:36et parce qu'il n'y a plus d'espace de délibération et de construction démocratique des projets politiques.
04:45En particulier, les élections ne sont plus des moments de discussion sur des projets,
04:50mais uniquement sur des personnes.
04:52Et donc, tout ce qui aurait dû être de la délibération démocratique,
04:57tout ce qui aurait dû être de la discussion entre des personnes d'opinion opposée,
05:03tout ça se transforme en violence, d'abord sous-jacente dans les réseaux,
05:07et puis ensuite dans la rue.
05:08Donc effectivement, c'est un signe de la faiblesse du débat démocratique.
05:12C'est un très grand enjeu.
05:14Ce que vous nous dites là, en gros, tout ça c'est la manifestation, l'expression d'une démocratie en
05:20panne.
05:22Exactement.
05:23Exactement.
05:24Une démocratie en panne, une démocratie en panne,
05:26parce qu'en 2022, il n'y a pas eu de débat politique,
05:29parce qu'en 2017, déjà, le débat politique n'a pas vraiment eu lieu.
05:34Et donc, arrive le 2027,
05:38et l'enjeu c'est comment on construit un véritable débat
05:41entre des propositions claires et différentes,
05:44entre une vraie droite, une vraie gauche, un vrai centre,
05:47comment on construit ça,
05:48plutôt que de jouer au plus beau sourire ou à la personnalité la plus nouvelle.
05:56On va se retourner la question, justement, professeur Ichivar, pour essayer d'aller plus loin.
06:01Il fut un temps où, en France, on était habitué à ces petites phrases qui font l'actualité.
06:06On a de moins en moins des petites phrases, mais de plus en plus de communiqués,
06:10notamment sur les fameux réseaux.
06:12Une parole politique qui prenne de la hauteur, qui prenne du champ d'où, est-ce qu'elle peut venir
06:18?
06:21Alors, si vous êtes ce matin optimiste,
06:24et puis nous sommes dimanche matin tôt,
06:25donc autant commencer la journée de façon optimiste,
06:27on peut se dire qu'il y a souvent des bonnes surprises dans une élection présidentielle.
06:32Bon, les bonnes surprises,
06:34elles arrivent quand une voix qui n'était pas spécialement attendue peut se lever.
06:41Voilà, est-ce qu'il faut donner des noms ? Je ne sais pas.
06:45On verra bien, les choses ne sont pas encore engagées.
06:50Mais oui, alors on peut croire à l'homme neuf, à la rencontre du peuple et d'un homme.
06:59Et puis, si on est pessimiste, mais encore une fois, ne le soyons pas,
07:03mais si on est pessimiste, on peut dire que ça va recommencer,
07:06et en fait, le lendemain de l'élection présidentielle, on sera toujours en situation de blocage.
07:09C'est aussi le risque possible.
07:12Voilà, mais en tout cas, il est important que tous les citoyens,
07:15à un moment donné, se disent, nous voulons un débat démocratique, en parole,
07:21et pas en violence physique,
07:23parce que sinon, c'est vraiment la désagrégation de la société.
07:26Je m'adresse enfin au professeur des universités que vous êtes, Emmanuel Echivar.
07:31Cette séquence, entre guillemets, Quentin Durant, a démarré parallèlement à ce qu'il s'est passé,
07:37à Sciences Po Lyon, en marge de la conférence de Rima Hassan.
07:41Quel rôle pour les universités dans cette démocratie,
07:45dans ce débat démocratique aujourd'hui, dont on peine à trouver une route sereine ?
07:52Il est absolument fondamental, et il y a un autre sujet connexe, d'ailleurs,
07:58c'est l'état des universités en France.
08:00C'est le financement des universités.
08:02C'est leur capacité d'être des lieux où, en effet, non seulement on apprend,
08:08mais on apprend à débattre, on apprend à construire des espaces de discussion et délibération.
08:14Mais pour cela, on a besoin d'universités fortes, on a besoin de professeurs valorisés,
08:19et on a besoin d'étudiants qui soient heureux d'être là,
08:22et qui ne vont pas trouver dans d'autres lieux plus radicaux des espaces politiques.
08:27Il faut qu'en effet, l'université soit un espace de politique,
08:30mais de politique de la délibération, et pas de politique de l'insulte, de l'inviolence et de l'invective.
08:35Soyons optimistes, on reste sur ces mots.
08:38Merci beaucoup, Emmanuel Echivar, d'avoir accepté de répondre à nos questions ce matin.
08:43Politologue, professeur à Sciences Po Reims, merci.
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