00:00...
00:06Non, ma chérie, à part mon petit secret, je t'ai tout dit.
00:08Absolument tout.
00:10Et toi, tu m'as tout dit sur ton passé ?
00:12Je n'ai pas de passé.
00:14Oh, n'exagérons pas, tu as eu un amant, tu me l'as voué.
00:17Tu as été la maîtresse d'un camarade de magasin
00:20parce que tu t'ennuyais, parce que tu avais 18 ans.
00:24C'est pas un crime, évidemment.
00:26Tu ne me connaissais pas, je ne te le reproche pas.
00:28Tu m'en parles bien souvent.
00:29Mais je t'en parle souvent parce que j'ai l'impression que tu me caches d'autres choses.
00:33Tu es si étrange par moments.
00:35Tu me parles avec des mots que tu ne devrais pas connaître.
00:37J'ai beaucoup lu.
00:39Je sais, mais c'est égal.
00:42Tu me surprends bien souvent.
00:45Moi ?
00:45Tu comprends ?
00:46J'ai une idée de toi, une idée très nette et précise.
00:49Et tout d'un coup, tu dis un mot ou tu fais un geste qui ne colle plus du tout
00:53avec cette idée.
00:54Alors je corrige mon idée de toi, je la transforme, je la complète.
00:58Et dès que ce travail est fini, tu dis un autre mot ou tu fais un autre geste et tout
01:01est à recommencer.
01:04Parfois ton goût est surprenant chez une vendeuse de magasin.
01:07Pourquoi ?
01:08J'ai toujours vécu dans le luxe.
01:09Le luxe que je vendais, bien entendu, et qui ne m'appartenait pas,
01:12mais tout ce que j'avais sous les yeux et autour de moi, c'était le chic de Paris.
01:16La femme s'adapte vite.
01:19Est-ce que tu ne m'as pas tout entière ?
01:22Pourquoi veux-tu te faire une image de moi puisque tu m'as ?
01:24Et aussi longtemps que tu voudras.
01:27Ah, l'amour c'est un grand désir de connaître.
01:31Il me semble que tu m'as caché des choses, beaucoup de choses.
01:35Tu ne m'as pas tout dit.
01:37Je t'ai dit de moi tout ce que j'en sais.
01:39Alors je te connais ?
01:40Oui, tu me connais.
01:42Je dors contre toi.
01:47Florence, sur un grand amour, on peut bâtir un grand bonheur,
01:50mais quand on bâtit, il faut creuser jusqu'au rocher.
01:54J'avais un ami autrefois, c'était un maçon.
01:57Pas loin d'ici, tiens, à Latreille, tout près d'Aubagne.
02:01J'avais 12 ans et un jour à la campagne, je le regardais travailler.
02:06Il faisait une terrasse devant une haute villa.
02:08Là, il fallait d'abord nidler le sol et pour combler les trous,
02:11le manœuvre apportait des décombres qui venaient d'une maison démolie.
02:14Mais ces décombres, avant de les enfouir dans le sol,
02:17il les regardait l'un après l'autre.
02:19Il les triait, comme la bonne de l'hôtel l'autre jour quand elle triait des lentilles.
02:24Il y avait des morceaux de briques, des pierres, de petits blocs de ciment
02:27et il y avait de petites mottes de plâtre.
02:31Le plâtre, il le jetait, il ne s'en servait pas.
02:33Et il me dit, le plâtre, ce n'est pas bon parce que ça prend l'humide avec une force
02:38terrible.
02:39Tu vois, tu fais une belle terrasse avec le ciment le plus rapide et le plus dur.
02:44Si dans le remplissage du dessous, tu as laissé passer un morceau de plâtre,
02:48même qu'il ne soit pas plus gros qu'une amande,
02:50ce petit bastard va travailler et il va te manger toute la santé du ciment.
02:55Oh, il fera des jours et des mois, peut-être même des fois des années,
02:59mais ce plâtre est là, sous le ciment dur.
03:02Il prend l'humide qui est au toit, il s'en imbibe et il se gonfle.
03:06Et un matin, il se réveille au terrasse, tu verras une grande régrase
03:09qui sera pleine d'herbes au printemps.
03:11Voilà ce que c'est que le plâtre.
03:13Ça semble mou, mais c'est méchant.
03:16Florence, ça n'est pas plus méchant que les mensonges d'amour.
03:20Je t'aime, tu m'aimes.
03:24Un grand amour, ça se bâtit sur un terrain solide, comme une terrasse.
03:27Mais au départ, il faut bien trier les décombres, il faut jeter tous les morceaux de plâtre,
03:32c'est-à-dire les mensonges.
03:33Si dans un grand amour, il reste un mensonge, une seule chose inavouée,
03:39eh bien, ce plâtre va travailler méchamment.
03:44Longuement, sournoisement, il va se gonfler.
03:47Et la terrasse d'où l'on voyait le ciel et les arbres,
03:51d'où l'on voyait la mer et les petites voiles,
03:54la belle terrasse se fond et s'effondre.
03:56Et le grand amour, comme toute chose, nourrira de l'herbe et des ronces,
04:01parce qu'il sera mort.
04:04Tu me comprends ?
04:08Je te comprends.
04:10Je t'aime et rien d'autre ne compte.
04:12Tu es ma vie, mon bonheur, mon maître.
04:15Pourquoi nous pencher sur le passé ?
04:17Tu parles, tu parles, tu parles.
04:18Et tu parles toujours d'hier et tu me racontes des fables.
04:20Et je n'entends pas ce que tu me dis.
04:22Je ne vois que ta bouche qui bouge.
04:24Et je sais que pendant que tu parles, tu me voles des baisers.
04:27Je t'aime.
04:28Merci.
04:30Merci.
04:30Merci.
04:31Merci.
04:35Merci.
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