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  • il y a 6 semaines
Le 12 juillet 1998, l'équipe de France remporte la Coupe du Monde de Football pour la première fois au stade de France. Derrière ce moment historique, Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports de l'époque, raconte à Yves Thréard les coulisses de cet événement dont elle a assumé l'organisation jusqu'à cette victoire finale, à l'issue de laquelle elle a ressenti un « grand soulagement » et une forte émotion.Issue du Parti communiste français, Marie-George Buffet, personnalité politique majeure de ces dernières années avoue qu'elle n'aurait « jamais imaginé devenir ministre des sports » jusqu'à ce que Lionel Jospin lui propose. De ce passage au ministère, elle retient qu'on « ne peut pas demander au sport de régler tous les problèmes de la société », mettant en garde contre toute instrumentalisation, mais qu'il peut contribuer à améliorer notre société s'il est correctement soutenu et financé, ce pour quoi elle s'est battue durant son ministère jusqu'en 2002.Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.

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Transcription
00:00I will survive ! Hey, hey !
00:21Bonjour Marie-Georges Buffet.
00:23Bonjour.
00:23Nous sommes le 12 juillet 1998, date inscrite dans la mémoire des Français pour être la première fois où l
00:33'équipe de France de football gagne la Coupe du Monde.
00:36C'est à Paris, plus exactement à Saint-Denis, une ville que vous connaissez bien.
00:41Et depuis un an, vous êtes ministre de la Jeunesse et des Sports et donc vous assistez à la finale
00:46de la Coupe du Monde de football que la France va gagner, 3-0.
00:50Vous êtes assise à quel endroit dans le stade à ce moment-là ?
00:54Nous sommes dans la tribune officielle.
00:56Au centre, il y a bien sûr le président de la République, Jacques Chirac, qui va exprimer avec beaucoup de
01:02vigueur sa joie.
01:04Alors, ôtez-moi d'un doute, on dit, la légende veut, qu'ils ne connaissaient pas le nom des joueurs.
01:09C'est vrai ça ou pas ?
01:10Oui, je crois qu'on en rajoute un peu. Bon, s'il y avait l'émotion, il y avait la
01:14joie, et bon, après on peut des fois se tromper.
01:17Moi, j'avoue que lorsqu'il y a eu le coup de sifflet final, ma première réaction, ça a été
01:23de sortir à l'arrière de la tribune parce que pour moi, c'était le soulagement.
01:27La Coupe du Monde était terminée.
01:30Oui.
01:30Et à part ce qui s'était passé avec quelques hooligans et notamment l'officier Nivelle qui avait été blessé,
01:40la Coupe du Monde s'était déroulée de bonne façon, avec un public présent, etc.
01:46Soulagement.
01:47Soulagement. Et après, je suis revenue en tribune officielle pour, bien sûr, participer à la joie de l'Etti. Et
01:54ensuite, nous sommes rentrés chez nous, en banlieue.
01:58Et autant au début de la Coupe du Monde, je me rappelle la cérémonie au début qu'avait organisée Michel
02:03Platini.
02:03Qui avait lieu au Stade de France aussi.
02:05Oui, dans les rues de Paris aussi.
02:06Dans les rues de Paris, oui.
02:07Il n'y avait pas eu d'enthousiasme populaire.
02:09Et puis au fur et à mesure que l'équipe de France...
02:11Ça vous avait inquiété ?
02:12Un peu, parce que quand même, on ne sentait pas...
02:15Un engouement.
02:16Un engouement, une indision.
02:18Et puis, dès que l'équipe de France a commencé à marquer des points, à marquer des buts, l'enthousiasme
02:24est monté.
02:25Et là, quand on est rentrés, après la finale, plein de gens dehors.
02:29Oui.
02:30Avec des drapeaux.
02:31Alors, on va en parler.
02:32Pendant la finale, est-ce que vous avez redouté que la France va perdre ?
02:38Parce que si elle avait perdu, ça n'aurait pas été le même film.
02:41On ne peut pas regarder un match comme ça.
02:43Oui.
02:44Enfin, moi, je ne peux pas regarder un match comme ça.
02:46Un match, c'est toute une série de moments où vous espérez, vous êtes inquiet, vous marquez.
02:52Donc, vous dites, ça y est, c'est bon.
02:55Puis après, il y a eu le deuxième.
02:56Et puis bon, voilà.
02:57Le troisième.
02:57Voilà.
02:57Donc, on n'est pas à faire des séputations.
03:00On vit les instants.
03:01Enfin, moi, j'ai un rapport au sport comme ça.
03:03On vit à l'instant même, quoi.
03:05En plus, c'était contre le Brésil.
03:06Ce n'est pas contre n'importe qui.
03:07C'est une équipe, comment je dirais ?
03:09Une affiche extraordinaire.
03:10Une affiche extraordinaire.
03:11Puis le Brésil, c'est quelque part l'histoire du foot aussi.
03:13Ah, voilà.
03:13Dans les imaginaires, etc.
03:15Exactement.
03:16Est-ce que c'était pour vous une grande chance, ministre des Sports ?
03:20Est-ce que vous aviez imaginé un jour que vous seriez ministre des Sports ?
03:24Non, je n'ai jamais imaginé.
03:25Et d'avoir une finale de Coupe du Monde, gagnée par la France, en France ?
03:29Je n'ai jamais imaginé être ministre des Sports avant que j'ai un coup de fil de Robert Rue
03:33qui me dise qu'il fallait que je revienne au siège du parti.
03:35J'ai un coup de fil de Jonette Jospin qui me dise que j'allais être ministre de la jeunesse
03:39des Sports et de l'éducation populaire.
03:41Je n'y avais jamais pensé avant, ni d'être ministre, ni de m'occuper de sport.
03:47Après, il y a l'organisation de la Coupe du Monde qui était déjà entamée, bien évidemment,
03:51que je prends en cours, qui va bien sûr occuper beaucoup le ministère,
03:56mais surtout le comité d'organisation, avec à sa tête Michel Blatini.
04:00Et puis, voilà, je commence aussi à m'occuper d'autres dossiers au sein du ministère.
04:06Enfin, je veux dire, on va peut-être y venir, mais le sport, ce n'est pas simplement l'événement
04:12sportif,
04:12ce n'est pas simplement la victoire ou la défaite sportive.
04:16Le sport, c'est aussi des milliers de clubs qui fonctionnent grâce à des bénévoles,
04:21grâce à des collectivités territoriales qui font des équipements, qui donnent des subventions.
04:26Et puis, le sport, c'est aussi une bataille contre la marchandisation, la financiarisation, pour l'éthique, etc.
04:31Donc, il y a la Coupe du Monde, mais on commence aussi à se préoccuper de tous ces sujets-là.
04:38– Bien sûr. Et vous, vous n'étiez pas sportive ou portée vers le sport particulièrement, avant d'être nommée
04:45ministre ?
04:46– Non, et peut-être que ça a été un plus pour moi, parce que ça m'a forcé à
04:52beaucoup écouter,
04:54à beaucoup me concerter à la fois avec des hommes et des femmes qui ont composé mon cabinet,
04:59mais qui venaient la plupart du mouvement sportif,
05:02et puis à beaucoup débattre avec le mouvement sportif lui-même.
05:06– D'accord. – À l'époque, c'était Henri Serrandour qui était président du Comité national olympique et sportif
05:11français.
05:11– Oui. – On n'était pas toujours d'accord, on sait même des fois, mais ça m'a obligée
05:15à apprendre.
05:16– Michel Platini, vous dites que c'était lui qui était chargé de l'organisation de la Coupe du Monde.
05:21Vous êtes bien entendu avec lui, parce que fort caractère, Michel Platini.
05:24– Oui, mais heureusement qu'il avait justement cette détermination, cette volonté, etc.
05:29Parce qu'organiser une Coupe du Monde, ça demande quand même un logiciel extrêmement important,
05:36et puis aussi des exigences par rapport au pouvoir public, tout ça.
05:40Donc non, je n'ai pas eu de problème avec Michel Platini.
05:42– Qu'est-ce que vous redoutiez le plus dans l'organisation de cette Coupe du Monde ?
05:46– À l'époque, on en parle beaucoup moins aujourd'hui et heureusement,
05:50à l'époque nous avions le phénomène des hooligans.
05:52– Oui.
05:53– Notamment venus de certains pays du nord de l'Europe, etc.
05:57Et la crainte, c'était qu'il y ait des affrontements entre différents groupes,
06:02ce qu'on a eu un peu dans certaines villes quand même.
06:04– Marseille, on l'a dit.
06:05– Marseille, etc.
06:06Donc la crainte, c'était cela, c'était des débordements liés à des manifestations de violence
06:12de la part de certains groupes, je ne les appelle pas des supporters,
06:15de certains groupes hooligans.
06:18Aujourd'hui, ce phénomène a reculé, même s'il y a encore beaucoup de problèmes
06:23parfois dans certaines tribunes, mais à l'époque, c'était encore en actualité.
06:27– Alors, la France gagne la Coupe du Monde, ils montent à la tribune pour porter la Coupe.
06:33Vous êtes là, vous êtes à côté de Jacques Chirac, vous saluez chacun des joueurs ?
06:37– C'est d'abord le président de la République, bien évidemment.
06:40Bien sûr, on a salué les joueurs, on les a…
06:43Mais après, ils sont repartis vers leur public, parce que pour eux, quand même,
06:48l'essentiel, c'était ce rapport à ce public.
06:52– Aux Français.
06:52– Aux Français.
06:53– Robert Pires, qui est un des joueurs, dit,
06:56Jacques Chirac est allé dans les vestiaires et il était heureux comme un enfant, disait-il.
07:00– Oui, oui, je comprends, mais le président de la République, Jacques Chirac,
07:04avait un rapport au sport qui était un rapport très passionné.
07:08Il n'était pas un spécialiste du sport ou de telle ou telle pratique,
07:11comme Lionel Jospin, qui lui, par contre,
07:12était plutôt assez fin connaisseur et toujours, sûrement, assez fin connaisseur.
07:17– Grand lecteur de l'équipe.
07:17– Voilà, ce n'est pas le cas du président de la République, Jacques Chirac,
07:20mais il aimait cette ambiance.
07:22Et l'ambiance qu'il y avait, bien sûr, au Stade de France et tout,
07:25il était rayonnant à l'époque.
07:28– Et alors, ce qui vous a beaucoup marqué,
07:29c'est qu'une fois que vous êtes reparti chez vous,
07:32c'est de voir cette liesse dans les rues de Paris et de toute la région parisienne.
07:37– Voilà, moi, je n'ai pas traversé Paris ce soir-là, je suis rentrée dans ma banlieue.
07:40Et c'était émouvant parce que les gens descendaient de façon presque individuelle.
07:46C'était des familles qui descendaient ou des familles qui se mettaient à leur balcon
07:49pour exprimer, tout simplement, ils avaient vécu une soirée de bonheur,
07:53ce que peut apporter un événement sportif lorsqu'il se déroule dans de bonnes conditions.
07:57Voilà, et puis il y avait un peu ce…
08:01On a tous été un peu naïfs, on a tous un peu rêvé.
08:05Il y avait aussi l'image de cette équipe de France.
08:08– Black Blanbeur.
08:09– Black Blanbeur.
08:10– C'est une expression qui a beaucoup été…
08:12– Voilà, et ce qui était une réalité.
08:13– Ce qui était une réalité.
08:16– Sur le terrain.
08:17– Sur le terrain.
08:17Et on a, je dis on parce que j'ai certainement pendant un moment pensé aussi cela,
08:23on a pensé que ça allait peut-être permettre qu'il y ait des rapprochements,
08:28qu'il y ait du collectif qui se crève plus, de l'unité dans la société, etc.
08:33– Vous-même, vous avez pensé ça ?
08:35– Pas longtemps, pas longtemps parce que la réalité de terrain m'a vite ramenée aux difficultés.
08:43Et puis le ministère des Sports m'a très vite appris qu'on ne peut pas demander au sport
08:48de régler les problèmes qui sont dans la société.
08:50On ne peut pas demander au sport de régler les dérives de la société.
08:53Le sport peut contribuer.
08:54Il peut contribuer parce qu'il apporte un bien-être physique, psychique aux individus.
08:59Il crée du collectif, on fait des choses ensemble, on respecte des règles.
09:03Donc le sport a un rôle important à jouer pour le bien-être dans la société.
09:08Mais quand la société va mal, il ne faut pas demander au sport de le régler.
09:12Le sport est traversé lui aussi de dérives.
09:15Quand vous avez du racisme dans la société, vous pouvez le retrouver dans des tribunes.
09:19Quand vous avez de l'homophobie dans la société, vous pouvez le retrouver dans les tribunes, du sexisme, etc.
09:24Quand vous avez de la violence dans la société, voilà.
09:27Donc je pense qu'il faut donner des moyens au sport de jouer son rôle,
09:31mais il ne faut surtout pas l'instrumentaliser au plan politique pour lui dire
09:34« On a gagné la Coupe du Monde, tout va bien se passer dans les banlieues ».
09:38Je rappelle qu'il y a eu aussi après le match France-Algérie.
09:41– Qui s'est mal passé.
09:42– Qui s'est mal passé.
09:43– 2001.
09:44– 2001 avec l'envahissement du terrain.
09:48Mais je dirais, ce n'est pas ça le plus…
09:50C'est le sifflement très fort, très fort, très massif de l'hymne national, la Marseillaise.
09:58– Vous étiez là aussi vous ?
09:59– Bien sûr, il y avait le Premier ministre Lionel Jospin qui était présent aussi.
10:03C'est certainement un des plus bénéfices souvenirs de…
10:06– De votre passage au ministère.
10:09– Et puis ensuite, quelques années plus tard, mais je dirais le lendemain,
10:13il y a les émeutes des banlieues, il y a 2005.
10:16Et moi je me rappelle dans ma ville, le gymnase qui brûle, tout cela.
10:21Donc le sport peut contribuer, mais laissons le sport à sa place
10:26et de non-lui les moyens de fonctionner.
10:28– Il va lui prêter plus qu'il ne peut donner.
10:30– Vous savez, moi je suis très étonné,
10:32quand vous regardez, quand vous suivez une campagne électorale,
10:35que ce soit la présidentielle ou que ce soit des législatives et tout,
10:39personne ne parle de sport.
10:41Alors il y a toujours quelques lignes dans le programme quand même,
10:43il faut faire quelques lignes, mais ce n'est pas un objet politique le sport.
10:47Quand vous regardez l'Assemblée nationale, à part quand il y a des grosses lois,
10:51bon on y consacre une heure et demie quand il y a le budget des sports qui arrive,
10:53bon là il a coulé, après les GOP, mais c'est tout.
10:57Comme si le sport c'était l'affaire des bénévoles
10:59et puis l'affaire après des professionnels, des financeurs, etc.
11:03Mais ce n'était pas un objet politique.
11:04Si, le sport c'est un objet politique, comme l'éducation.
11:07Moi je pense que l'accès à la pratique sportive devrait être un droit,
11:10comme le droit à l'éducation, comme le droit à la santé.
11:13Mais pour ça il faut donner aux bénévoles du mouvement sportif les moyens de fonctionner,
11:18il faut se battre pour qu'il y ait une préservation de l'éthique dans le sport,
11:21qui est quand même malmenée aujourd'hui à tout point de vue.
11:25Et puis il faut qu'il y ait de la démocratie dans la vie du mouvement sportif, etc.
11:28pour qu'il y ait du renouvellement et tout cela.
11:30Et tout ça, ça demande que les responsables politiques,
11:34ceux qui sont élus, ceux qui sont au gouvernement, etc.
11:37se mêlent de tout ça.
11:39Voilà, ça demande de la volonté politique.
11:41Et pas simplement que le jour où la France gagne,
11:44on soit au premier rang dans la tribune prévidentielle
11:46pour dire, vous avez vu, c'est nous.
11:48Non, c'est pas vous, c'est les joueurs.
11:50Petit détail, vous avez bu du champagne le soir de la victoire des Bleus ?
11:54Je crois, oui.
11:55Je suis revenue à la tribune, je pense qu'ils ont dû servir,
11:58je me rappelle plus tard, ils ont dû servir du champagne dans la loge de la prévidentielle.
12:02Et puis après, non, après je suis rentrée.
12:03Vous n'avez pas fait la fête, vous êtes rentrée chez vous ?
12:05Non, non, on est rentrée.
12:05Vous savez, j'étais un peu tendue, on va dire.
12:09Tant que ce n'était pas terminé, j'étais un peu tendue.
12:12J'avais plutôt envie de...
12:14Oui, de savourer tranquillement.
12:16Voilà.
12:17D'accord.
12:18Est-ce que vous comprenez, deux jours après, le 14 juillet 1998,
12:22à l'Elysée, il y a encore la réception à l'époque,
12:25il y avait encore la partie offerte par le président de la République,
12:29les joueurs et leurs compagnes d'ailleurs viennent à l'Elysée
12:32et se voient remettre la Légion d'honneur.
12:36C'est normal, on leur remet la Légion d'honneur ?
12:38C'est une tradition, quand on regarde notre histoire,
12:43que les grands champions et championnes soient salués par la nation
12:48à travers la remise d'un Légion d'honneur.
12:50Si ces champions et ces championnes se conduisent bien,
12:54ce sont des hommes et des femmes qui ont une certaine conception de l'éthique
12:57dans le sport, etc., je ne vois pas pourquoi ça scandaliserait, etc.
13:03Je trouve que ça peut être, en effet, le signe de la reconnaissance de la nation
13:07vers ceux et celles qui ont passé des années à se préparer,
13:10à travailler, etc.
13:12C'est atteindre les niveaux qu'on demande aujourd'hui aux athlètes,
13:17très élevés.
13:18C'est aussi beaucoup de, j'emploie ce mot, de sacrifices.
13:23Mais ne pensons pas qu'aux athlètes professionnels, bien sûr.
13:26Quand on parle du foot, on parle de sommes énormes,
13:28on parle de...
13:30Mais vous avez eu les Jeux olympiques et paralympiques,
13:34vous avez des athlètes qui se sont préparés pendant des années,
13:37qui ont fait ces Jeux olympiques,
13:38qui aujourd'hui sont dans la précarité.
13:42Bien sûr.
13:42Parce que le sponsor arrêtait juste après les JOP,
13:46et je pense notamment aux Parasports,
13:48et puis qu'il n'y a pas eu la relève ensuite,
13:50vu la baisse du budget des sports, etc.
13:51Donc, qu'on puisse leur rendre hommage, ça ne me choque pas.
13:55C'est normal.
13:56Est-ce que vous avez gardé des relations, même épisodiques,
13:59avec certains des joueurs de foot de l'équipe de France de l'époque ?
14:02Non, ce serait... Non, non.
14:04J'ai revu M. Zidane, parce qu'il a accepté
14:08de parrainer et d'être présent au Stade de France
14:11à une énorme initiative du Secours Populaire
14:13qui avait rassemblé des milliers d'enfants.
14:15Oui.
14:16Et il est resté...
14:17Le milieu plutôt modeste, non ?
14:19Ah oui, oui, oui, des enfants qui sont...
14:21les familles qui sont aidées par le Secours Populaire.
14:22Et il a été présent pendant toutes ces...
14:25Voilà.
14:25J'ai eu l'occasion de...
14:27Parce que j'étais...
14:28Je m'étais rendue à Marseille pour d'autres raisons.
14:31Aller dans le quartier et de croiser le papa de Zidane.
14:35On s'est juste salué, elle a beaucoup de respect.
14:37Et voilà.
14:39Non, après, je n'ai pas eu d'occasion pour le faire, enfin, je veux dire.
14:43Quels enseignements vous avez tirés de cette journée,
14:45de cette soirée, de cet événement ?
14:48Vous savez, pour les Jeux olympiques et paralympiques,
14:50il y a eu une expression qui a circulé,
14:52qui en fin de compte était très juste.
14:53Oui.
14:55L'expression, cette parenthèse...
14:56Enchantée.
14:57Enchantée.
14:58C'était pareil.
14:59C'était une parenthèse enchantée en 1998.
15:02Le problème, c'est le mot parenthèse.
15:04Oui.
15:05C'est-à-dire que la parenthèse s'est refermée après,
15:08comme elle s'est refermée après les JOP.
15:11Et vous avez cherché à la faire durer, cette parenthèse ?
15:15Après, il y a eu tout le combat qu'on a mené,
15:17budget après budget.
15:18Il y a eu la taxe buffet, puisque...
15:20Oui.
15:21Ce n'est pas très populaire.
15:22Alors, rappelez ce qu'elle a expliqué.
15:23Eh bien, on a prélevé sur l'argent
15:26que touche le sport professionnel
15:27à travers les droits de retransmission,
15:29on a prélevé une taxe
15:31qui était, oui, à aller au sport amateur.
15:34Bercy, depuis quelques années,
15:36pique la moitié de cette taxe.
15:38Bon, déjà, c'est une bataille
15:39pour au moins que toute la taxe
15:41aille au sport amateur.
15:43Donc, j'ai envie de...
15:44C'est la Coupe du Monde qui vous a donné cette idée ?
15:45Ben, c'est surtout, après la Coupe du Monde,
15:49quand même, les enjeux financiers
15:52qui traversent le milieu du foot professionnel.
15:55Il y a d'autres sports professionnels,
15:56il y a le tennis, il y a tout ça,
15:57mais le foot était quand même, à ce moment-là,
16:00le roi.
16:00Et avec l'arrivée des grands groupes financiers
16:04qui commencent à se militer de tout ça,
16:06avant, on avait des clubs
16:07qui appartenaient à des grandes entreprises,
16:09mais bon, qui étaient plutôt des entreprises...
16:12Locales.
16:12Locales, régionales, etc.
16:14Là, on a maintenant des groupes financiers
16:16qui arrivent, parfois de l'étranger, etc.,
16:18qui commencent à...
16:19J'ai envie de dire,
16:20y compris lorsqu'on voit
16:21tout le feuilleton des transferts et tout,
16:23on a une marchandisation,
16:24y compris de l'athlète lui-même,
16:26du sportif lui-même, quoi.
16:28Il fallait établir des règles
16:29par rapport à ça,
16:30de redistribution,
16:31de mutualisation de l'argent
16:33qui rentrait dans le sport professionnel.
16:34D'où la taxe buffet.
16:35D'où la taxe buffet,
16:36mais ce n'est pas suffisant.
16:37Il existe encore.
16:37Oui, oui, il existe encore,
16:38même si Bercy, je répète,
16:40hop,
16:41en pile, toujours une partie,
16:42en gèle, toujours une partie.
16:43Mais ce n'est pas suffisant,
16:45on n'a pas été assez loin
16:46dans la mutualisation.
16:47Alors, il se trouve que,
16:48juste après la victoire
16:49de la France des Bleus
16:51le 12 juillet 1998,
16:54Jacques Chirac,
16:55pendant un temps,
16:55prend 15 points
16:56dans les sondages de popularité.
16:58Lionel Jospin
16:59prend 10 points.
16:59Vous-même,
17:01vous devenez aussi
17:04beaucoup plus connue,
17:05beaucoup plus...
17:06Vous confirmez ?
17:08Oui, évidemment.
17:09Vous êtes, quelque part,
17:10les gens...
17:10Le centre du jeu, quoi.
17:11Les gens vous associent.
17:12Mais tout cela
17:14est très provisoire.
17:17Oui.
17:17Et très, j'ai envie de dire,
17:18superficiel,
17:19parce que les gens
17:20sont intelligents.
17:21Et il faut vite
17:22la différence
17:23entre la victoire
17:24d'une équipe,
17:25la victoire d'un athlète
17:26ou d'une athlète,
17:27et puis le comportement
17:28d'un homme
17:29ou d'une femme politique,
17:30les décisions qu'il prend,
17:31etc.
17:32Donc, on peut avoir
17:33une espèce d'effervescence
17:34qui suit l'événement sportif.
17:37Mais j'ai envie de dire,
17:37l'actualité récente
17:39d'après les GOP
17:41montre que ça ne dure
17:42pas longtemps, quand même.
17:42Oui.
17:43Alors, je l'ai dit,
17:44vous avez été élue
17:45longtemps de Saint-Saint-Denis.
17:46Et la construction
17:48du Stade de France
17:49a quand même changé
17:50la physionomie
17:51du département.
17:52Est-ce que
17:53le Stade de France,
17:55après,
17:55vous avez cherché
17:56à le valoriser,
17:58à en faire
17:59un joyau ?
18:00Parce qu'en fait,
18:01aujourd'hui,
18:02on s'aperçoit
18:02que c'est un stade
18:03qui est plutôt mal aimé.
18:04C'est un stade
18:05qui est mal aimé
18:06et qui n'est pas suffisamment
18:07utilisé, quelque part.
18:09Et on a eu tout ce...
18:11Moi, je n'ai pas bien suivi,
18:12je ne suis plus dans les affaires,
18:12mais tout ce problème
18:14entre le consortium
18:16avec Bouygues,
18:17puis les nouveaux
18:17qui ont voulu être
18:18les maîtres du consortium,
18:20les différents
18:21entre la Fédération française
18:22de foot
18:22et la Fédération française
18:24de rugby, etc.
18:25Il y a même eu
18:26ce projet de vente.
18:28Moi, je m'étais élevé
18:29contre ce projet de vente.
18:31Il faut que le Stade de France
18:32reste la propriété
18:34de l'État français
18:35et qu'il soit utilisé
18:36au maximum.
18:37Il faut revaloriser
18:38l'athlétisme
18:39à l'intérieur
18:39du Stade de France.
18:40On ne peut pas simplement dire
18:41que ça va être le foot
18:42ou ça va être le rugby
18:43ou ça va être un peu
18:43des deux et poids final.
18:44Et puis, on peut créer
18:45de...
18:46Mais c'est le cas, déjà.
18:47En ce moment,
18:48on peut créer aussi
18:48des gros événements culturels
18:50au sein du Stade de France.
18:51Il se prête à ça.
18:51C'est quand même le cas.
18:52Oui, oui, oui.
18:52C'est pour ça que je dis
18:53que c'est le cas en ce moment.
18:54Il se prête à ça.
18:56Mais,
18:58Saint-Denis,
18:58c'est aussi maintenant
18:59ce qu'a été
19:00le village olympique.
19:01Donc, comment tout cela
19:02donne à voir
19:03que la Seine-Saint-Denis,
19:04la ville de Saint-Denis,
19:05la Seine-Saint-Denis,
19:05c'est aussi des villes
19:07où il fait bon,
19:08il fait bon vivre,
19:09il fait bon habiter.
19:10Le sport a changé
19:11ce département ?
19:12Il n'a pas changé
19:13ce département.
19:15Les difficultés
19:15à la Seine-Saint-Denis
19:17demeurent
19:17et je dirais même
19:18qu'elles s'aggravent
19:22la scolarisation des enfants
19:23au niveau, voilà,
19:24et y compris
19:25des clubs sportifs
19:26qui ne sont plus
19:27en capacité,
19:29malgré l'engagement
19:30des bénévoles,
19:30qui ne sont plus
19:31en capacité
19:32d'accueillir
19:33les enfants
19:34qui veulent s'inscrire
19:35parce qu'ils n'ont pas
19:36les moyens
19:36pour le faire.
19:37Donc, non,
19:39les événements sportifs
19:40n'ont pas réglé
19:41les problèmes
19:42que connaît
19:42la Seine-Saint-Denis
19:43et d'autres départements.
19:45Ça a peut-être
19:46modifié l'image
19:47qu'avaient des gens
19:49extérieurs
19:49à la Seine-Saint-Denis
19:50de ce département.
19:51Ou parfois,
19:52il y avait une image
19:53un peu caricaturale
19:54de la Seine-Saint-Denis.
19:55Là, on a vu
19:56qu'on pouvait
19:57se dérouler
19:58un grand événement sportif,
20:00que ce département
20:01pouvait accueillir le monde
20:02et que les choses
20:03se passaient bien.
20:04Alors, justement,
20:05quand en 1998,
20:07la France,
20:08les Bleus,
20:09gagnent la Coupe
20:09du monde de football,
20:10c'est une première.
20:13Depuis,
20:14les Bleus
20:15sont considérés
20:16comme une très bonne équipe
20:17de par le monde.
20:18Il y a eu l'épisode
20:19de 2002
20:20en Asie,
20:21ça ne s'est pas bien passé.
20:22Il y a eu l'épisode
20:23de l'Afrique du Sud,
20:24ça ne s'est pas bien passé
20:25non plus.
20:25Mais enfin,
20:26ils ont regagné
20:26la Coupe du Monde depuis.
20:28Il y a eu les Jeux Olympiques.
20:29Vous êtes resté 5 ans
20:30ministre de la Jeunesse
20:32et des Sports.
20:33Est-ce que le sport
20:34a pris une importance
20:36bien plus considérable
20:38qu'à votre époque,
20:39aujourd'hui,
20:39dans la société française
20:40et, je dirais,
20:43dans le rayonnement
20:43de la France dans le monde ?
20:45Je pense que le sport
20:47tient une place
20:49plus importante aujourd'hui
20:51dans...
20:52L'éducation aussi.
20:53...dans l'entourage médiatique,
20:56que peut-être,
20:57aujourd'hui,
20:58les responsables politiques
21:01utilisent pas mal le sport
21:03pour valoriser leur action.
21:05Ce n'est pas nouveau.
21:06on a eu des régimes totalitaires
21:08qui ont utilisé
21:09à bon escient le sport
21:11pour valoriser leur régime,
21:14etc.
21:14Et ça a duré
21:15dans certains pays
21:17avec tout ce que ça entraîne
21:18sur le dopage, etc.
21:19et la maltraitance.
21:21Mais, oui,
21:22je pense que ça donne à voir
21:24de par le monde
21:26de la capacité
21:28de la France
21:30à avoir une pratique sportive
21:32et tout.
21:33On n'a toujours pas assez
21:35d'enseignement,
21:36d'éducation physique et sportive
21:37dans nos collèges
21:38et nos lycées.
21:40On nous a inventé
21:41les 30 minutes
21:41dans les cours d'école.
21:42Enfin,
21:43voilà.
21:44C'est un parent pauvre.
21:44Voilà,
21:45parent pauvre.
21:46J'ai parlé des clubs
21:47qui connaissent
21:48des grandes difficultés
21:49avec le coût
21:51d'arrêt sur les finances
21:52pour les collectivités territoriales.
21:54Ça va être dur
21:54pour, par exemple,
21:55aménager les gymnases
21:57et tout
21:58pour la pratique parasportive.
21:59D'ailleurs,
22:00vous avez beaucoup d'athlètes
22:01qui étaient présents
22:02aux jeux parasports,
22:03aux jeux olympiques
22:05qui se sont exprimés
22:06dans la dernière période
22:07pour dire leur colère
22:08de voir
22:09que, bon,
22:10on avait fermé le rideau
22:11et qu'il n'y avait pas
22:12les moyens pour...
22:13Vous avez eu la baisse
22:14de passe-sport
22:15qui fait qu'on limite
22:16que le passe-sport
22:17ne sera plus attribué
22:18pour les enfants
22:19au bas âge,
22:19etc.
22:20Donc, on a un revers
22:23de la médaille.
22:24Vous parlez de médaille,
22:25on a un revers
22:25de la médaille
22:26assez dur quand même.
22:27Si vous deviez retenir
22:28un souvenir
22:29du 12 juillet 1998,
22:32lequel serait-il ?
22:35Ah, c'est...
22:36Personnel, hein ?
22:37Personnel.
22:38Vous avez pleuré
22:39ce jour-là
22:40quand vous...
22:40Pleurez de joie.
22:42Je n'ai pas pleuré,
22:44mais...
22:44J'avais la gorge,
22:45j'irai assez de moins
22:45qu'on puisse dire.
22:47Non, c'est vraiment
22:48ce retour
22:51et ces gens...
22:52Enfin,
22:53ce bonheur.
22:54Ce bonheur
22:55sur la figure
22:56des femmes
22:57et des hommes
22:57qui étaient dehors.
22:59Et d'un seul coup,
23:00au lieu de rester
23:00devant sa télé
23:02tout seul,
23:03les gens sont descendus
23:04et se sont retrouvés
23:05ensemble.
23:06Mais ce n'est pas souvent.
23:07C'est un mouvement
23:08historique, alors.
23:09Ce n'est pas souvent
23:09que les gens
23:10se retrouvent ensemble
23:12pour fêter quelque chose
23:13quand on sort de la famille.
23:14Ce n'est pas souvent
23:15qu'entre voisins
23:15ont fait quelque chose.
23:17Bien sûr, bien sûr.
23:17Et là, il y a eu ça quand même.
23:18Oui.
23:19Il y a eu ça.
23:20Et ça, ça m'a...
23:22Ça m'a plu.
23:23Enfin, c'était...
23:24Et c'était un peu
23:24votre victoire aussi
23:26quand vous étiez
23:26ministre des sports.
23:27Une victoire,
23:28c'est beaucoup dire.
23:29Moi, la victoire,
23:30c'est les joueurs,
23:31c'est l'organisation,
23:32c'est les joueurs,
23:32c'est pas moi.
23:34Mais c'est...
23:35Ça vous fait mesurer
23:36ce que le sport
23:37pourrait apporter.
23:39Ce que le sport peut
23:40et pourrait encore plus apporter
23:42si on le développait.
23:44Je pense notamment
23:44au sport féminin.
23:46Là, je suis les filles
23:49du rugby
23:50qui font un parcours intéressant.
23:52Le rugby féminin,
23:54on le voit depuis
23:54la retransmission maintenant
23:56du tournoi
23:57des six nations féminins.
23:58Et donc,
23:59le rugby féminin
24:00prend sa place.
24:01Et les clubs de rugby
24:02me disent
24:02que les fillettes,
24:03elles viennent.
24:06il y a d'autres sports,
24:08on ne voit pas les femmes.
24:10Bien sûr.
24:10Le foot,
24:11on voit très peu
24:12le foot féminin
24:12dans les médias.
24:13Un peu plus maintenant.
24:14Un peu plus,
24:14mais il y a deux ans,
24:17on voyait
24:17les retransmissions
24:18du sport féminin,
24:19c'était 16% moins
24:21que le sport masculin.
24:23Donc,
24:24on est encore quand même,
24:26c'est mon côté féministe,
24:27mais on a encore
24:28des combats menés pour ça.
24:29Parce qu'il vous arrive
24:30de re-regarder
24:31cette finale
24:32de la Coupe du Monde,
24:33des extraits,
24:34des...
24:34Non, non, non.
24:35Autant j'ai plaisir
24:36à regarder
24:37un certain nombre
24:38de sports.
24:39Mais vous n'êtes pas
24:39dans la nostalgie,
24:40vous n'êtes pas dans le...
24:41Non, non.
24:42Non, parce que je mène
24:45un combat d'actualité
24:46pour le sport
24:47et pour les clubs
24:48et tout ça,
24:49parce que je suis invitée
24:50à participer à des débats
24:51suite au rapport
24:52sur le comité
24:54pour la vie démocratique
24:55et l'équipe dans le sport.
24:56Donc, je suis en contact
24:58avec des acteurs
24:58et des actrices
24:59du mouvement sportif
25:00et qui me font part
25:01souvent de leur désarroi,
25:03de leur...
25:03Et donc, je suis plutôt
25:04dans une période
25:05encore de combat.
25:06Plus que de regard
25:08sur l'histoire.
25:09Donc, je suis plutôt
25:10en bagarre.
25:13Merci, Marie-George Buffet.
25:14Merci à vous.
25:14Merci beaucoup.
25:15Merci.
25:15Merci.
25:16Merci.
25:16Merci.
25:25Sous-titrage Société Radio-Canada
25:28Sous-titrage Société Radio-Canada
25:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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