00:068h56, bonjour François Morel.
00:08Bonjour, le salon de l'agriculture va ouvrir ses portes et cette année, dans un contexte sanitaire difficile,
00:15aucune vache ne sera présente et aucune épreuve bovine n'aura lieu sur le salon.
00:20Je sais que je n'ai pas la vocation de répondre au courrier des auditeurs,
00:23c'est Véro qui s'en charge chaque lundi, mais ce courrier m'étant adressé,
00:28je me permets de vous en faire part.
00:30Bonjour, je m'appelle Chouquette, je suis une vache laitière
00:35et comme tous les ans, je me faisais une joie de venir au salon pour ce raout annuel et distrayant
00:41où pendant dix jours, nous sommes les reines admirées et vénérées, les stars adulées et inclamées, les vedettes.
00:47Je ne sais pas si vous avez déjà lu l'écriture d'une vache, c'est très spécial.
00:53Presque aussi illisible qu'un courrier de médecin et aussi moins soigné, ce n'est pas une critique,
00:58je sais que nombre de bovins calligraphes s'en plaignent, c'est parfois très compliqué dans une étable
01:02de trouver un coin suffisamment nettoyé pour y écrire sa correspondance.
01:07Chouquette me fait en introduction toute une série de compliments sur mes chroniques du vendredi
01:12qu'elle écoute assidûment, force de l'expression, force de la pensée, humour d'une élégance remarquable,
01:19véritable génie, je n'aurais pas la vanité de vous lire cette partie du courrier si laudatif
01:24qu'il me gêne moi-même.
01:26Tâter le cul d'une vache, vous avez évoqué vous-même la question devant la ministre, Ali,
01:32tâter le cul d'une vache, m'écrit Chouquette, c'est sans doute un passage obligé pour le politicien ambitieux,
01:38un geste convenu qu'il accomplit presque automatiquement, de façon parfois insincère,
01:43dans le seul but de créer des images médiatiques et se faire bien voir du monde paysan.
01:47Mais a-t-on jamais pensé que se faire tâter le cul pour la vache,
01:52c'est parfois le seul geste un peu avenant dans un désert affectif,
01:57la seule approche un peu sensuelle dans une ambiance si souvent impersonnelle
02:01où l'élevage intensif s'est substitué à une relation privilégiée entre l'animal et l'homme.
02:08Ne jetons pas, poursuit Chouquette, la pierre aux paysans qui, vivant dans un contexte difficile,
02:13happé par un travail pénible, embarrassé par des contraintes administratives chronophages,
02:19n'a pas toujours la possibilité de développer toute la tendresse qu'il aimerait offrir à ses vaches.
02:25C'est le point de vue de Chouquette qui conclut en disant
02:28« Je trouve que ce serait bien si pendant le salon de l'agriculture,
02:32les candidats à la présidentielle venaient dans un petit matin brousseron ou bannormand,
02:37dans la fraîcheur ou la discrétion d'une matinée bretonne ou picarde,
02:40dans la modestie d'une étable sans micro, sans selfie, sans appareil photo, sans caméra,
02:46exprimait toute leur affection vis-à-vis des vaches et ainsi,
02:50un peu en guise de l'eau de consolation, tâter nos culs ».
02:54Voilà, je tenais à vous faire part de ce courrier original de Chouquette
02:58qui me précise qu'elle s'appelle bien Chouquette et non pas Choupette,
03:02elle tient beaucoup au cul.
03:04Je n'ai pas vocation à commenter son meuglement.
03:07J'imagine que d'autres vaches, au contraire, seront sans doute cette année très heureuses
03:12d'être dispensées de cette tradition un peu stéréotypée du salon de l'agriculture.
03:17Merci.
03:18Merci.
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