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  • il y a 9 heures
Une grande partie ouest de la France est sous la pluie depuis plusieurs jours. Une nouvelle tempête arrive. "Se surimposent des pluies qui sont trop intenses pour que les territoires ne puissent pas réagir violemment", explique l'hydrologue Emma Haziza.

Retrouvez l'invitée de 6h20 sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-jeudi-19-fevrier-2026-6404418

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Transcription
00:00France Inter
00:04Mathilde Munoz
00:07Le 5-7
00:08Il est 6h20, nous sommes le 19 février
00:11et la France n'a connu que 6 jours sans pluie depuis le début de l'année.
00:15Un enchaînement de perturbations et de tempêtes
00:17comme Pedro qui balaye depuis hier soir l'ouest et le sud du pays
00:20alors que les sols sont déjà gorgés d'eau et qu'un certain nombre de rivières débordent.
00:24Les inondations sont-elles une fatalité ? Peut-on s'y adapter ?
00:28Bonjour Emma Aziza.
00:29Bonjour.
00:29Vous êtes hydrologue, experte en adaptation climatique
00:32et présidente fondatrice de Mayan.
00:34C'est un centre de recherche sur la résilience face aux risques inondations.
00:38C'est vraiment une situation exceptionnelle qu'on vit en ce moment ?
00:41Oui, elle est exceptionnelle parce que tout d'abord on a des crues généralisées
00:45c'est-à-dire que ce n'est pas un seul bassin versant qui est concerné.
00:48C'est vraiment une grande partie de la France.
00:50Si on prenait la France, on la coupe en deux.
00:52C'est vraiment la moitié ouest qui a subi des précipitations depuis des semaines.
00:58Ces cumuls ont fini par gorger les territoires en eau, les sols, bien sûr les nappes,
01:05mais également tous ces cours d'eau qui sont actuellement en train de réagir.
01:09Et à ça se surimposent des pluies qui sont arrivées dans la nuit et qui s'avèrent particulièrement plus intenses.
01:16Et ça c'est quelque chose de nouveau en termes de signature parce que jusque-là c'était vraiment le
01:20cumul de pluie
01:21qui n'était pas très important en soi.
01:24Ce n'était pas des précipitations diluviennes, mais là se surimposent des pluies qui sont trop intenses
01:30pour que les territoires ne puissent pas réagir violemment.
01:32Et pour ne rien arranger, il y a des fortes marées en plus en ce moment.
01:34Exactement, on est vraiment sur les périodes de plus haut coefficient de marée
01:39qui arrivent en général un à deux jours après la nouvelle lune.
01:42Et donc là, depuis hier jusqu'à dimanche, on va avoir cette espèce de bouchon
01:48qui empêche l'eau de s'évacuer alors que nos territoires sont complètement gorgés et saturés en eau.
01:57Et donc il n'y a pas cette possibilité de s'évacuer à l'échelle des exutoires.
02:02Si on essaye de dessiner la carte de France, vous me disiez que la partie ouest est vraiment la plus
02:05touchée.
02:05Mais est-ce qu'il y a des régions épargnées ou pas ?
02:08Alors, cette nuit, les pluies ont vraiment traversé l'intégralité de la France.
02:15Donc il n'y a pas un territoire qui n'a pas été concerné par les précipitations diluviennes
02:19qui ont traversé la France.
02:21Par contre, on voit que ce sont des logiques de bassins qui réagissent.
02:25Donc on a beaucoup parlé de la Garonne avec énormément de sinistrés.
02:29En ce moment, c'est assez intéressant de comprendre que c'est la Dordogne qui est en train de réagir,
02:35mais pas directement.
02:37C'est vraiment les sous-bassins qui sont actuellement en train tous de venir,
02:42ce qu'on appelle se mettre en charge,
02:44à cause des précipitations les plus importantes qui sont arrivées dans la nuit.
02:48C'est vraiment le secteur de Tulle, toute la zone sur la Vézère,
02:53donc des petits cours d'eau qui sont des affluents,
02:55qui vont avoir des impacts sur le fleuve,
02:56alors qu'à la Val, on a ces coefficients de marée
02:59et déjà le résultat des plus précédentes.
03:02Et il y a toujours un petit décalage,
03:04parce que là, si on suit les prévisions de Météo France,
03:06demain, après-demain, ça va se calmer.
03:07Normalement, on aura un temps sec.
03:08Mais l'arrêt des pluies, ça ne signifie pas l'arrêt des crues ?
03:10Non, puisque à partir du moment où les précipitations sont tombées,
03:14c'est ce qu'on appelle la réaction hydrologique,
03:16c'est-à-dire la manière dont le fleuve et ses affluents
03:19vont accueillir ces ondes de crues.
03:21On voit très bien que le secteur d'Angers
03:23est actuellement complètement pris en tenaille
03:26entre à l'amont des cours d'eau qui arrivent sur la ville.
03:30Il faut imaginer trois cours d'eau avec trois propagations d'ondes de crues
03:33qui arrivent et qui se concentrent sur Angers,
03:36qui ensuite va donner la mène,
03:38qui est un tout petit cours d'eau de 11 km,
03:41mais qui elle-même ne peut pas s'épancher dans la Loire,
03:43qui est trop haute.
03:44Donc on voit que ce sont vraiment des territoires très épidermiques
03:48qui peuvent réagir.
03:49Et le problème, c'est que les nouvelles pluies
03:51ont notamment concerné ce secteur.
03:52Est-ce qu'au moins, ces quantités d'eau impressionnantes
03:55rechargent les nappes phréatiques ?
03:56Alors oui, clairement.
03:59Par contre, on a aujourd'hui un historique
04:02sur ces dernières années
04:03qui nous permet de nous montrer
04:05à quel point, dans un contexte de réchauffement,
04:08et ce n'est pas une lubie,
04:09c'est une réalité que l'on enregistre
04:11tout simplement en mesurant la température,
04:14on voit très bien qu'on a une atmosphère beaucoup plus chaude,
04:17qu'on a des situations arrivées,
04:20dès que le printemps arrive et l'été,
04:22de canicules qui se répètent.
04:24Et donc, malgré le fait qu'on puisse avoir
04:27des inondations généralisées,
04:28ça a déjà été le cas en 2018,
04:30avec notamment des crues importantes de la Seine,
04:32et malgré l'excédent,
04:34en 2018, on avait 30% d'excédent,
04:37ça n'empêche pas que,
04:38eh bien, sur cette année-là,
04:40durant le mois de juillet,
04:41on a eu trois semaines continues de canicules,
04:43et un mois après, fin juillet,
04:46on était dans un état de sécheresse historique.
04:48Donc, toute cette eau ne nous garantit pas
04:49un été sans sécheresse ?
04:50Et c'est ça qui est nouveau.
04:51Parce que jusque-là,
04:53quand on avait une sécheresse,
04:54ça mettait des mois à venir,
04:55maintenant, en trois semaines,
04:56la situation peut basculer,
04:58et c'est sans doute la plus grande signature
05:00que l'on a du changement climatique en France.
05:01Et est-ce que pour vous,
05:02c'est comme une fatalité,
05:03ou est-ce qu'on peut s'y adapter ?
05:05Alors, on peut clairement s'y adapter,
05:07on est plutôt bon en France,
05:08on a 20 ans d'avance sur la plupart des pays.
05:11Pourquoi ?
05:11Parce qu'on a été marqués très tôt dans notre histoire,
05:16notamment les téléspectateurs ont découvert,
05:19avec Vaison à la Romaine en 1992,
05:21à quel point ce choc est notre vulnérabilité.
05:25On avait eu, quatre ans avant,
05:27des inondations très importantes à Nîmes,
05:30en 1988.
05:32Donc, on voit que les politiques
05:33qui ont été mises en place
05:35ont été très fortes,
05:36et ont conduit à être très en avance
05:39par rapport aux autres pays.
05:40Ce qui fait qu'aujourd'hui,
05:41on a de très gros programmes
05:42de réduction de vulnérabilité,
05:44qui consistent à aller maison par maison,
05:47entreprise par entreprise,
05:48chercher à comprendre la hauteur d'eau
05:50qui peut atteindre dans le bâtiment,
05:52accompagner aussi les gens à s'organiser,
05:54à avoir les bons comportements,
05:56parce qu'on n'est pas tous exposés
05:57à la même situation.
05:58Parfois, il va falloir fuir, évacuer.
06:00Parfois, il va falloir se confiner.
06:02Et donc, tout ça, ça s'accompagne
06:04et ça se prépare en amont,
06:05parce qu'on sait vraiment le déterminer.
06:07Et surtout, il y a un ensemble de mesures
06:08qui sont financées par l'État.
06:11Donc, il y a des aides colossales.
06:13Les habitants peuvent aujourd'hui
06:16compter sur cette organisation générale,
06:19que ce soit de la crise,
06:20on suit en temps réel,
06:22que ce soit de l'alerte.
06:23Enfin, on voit que tout s'est amélioré.
06:25Par contre, ça prend du temps.
06:27Et donc, c'est ça qui est le plus grand enjeu
06:28qu'on a à venir.
06:29Est-ce qu'il y a un manque d'entretien des fleuves ?
06:31On l'entend parfois dans les reportages,
06:32les riverains de la Garonne,
06:33qui nous disent qu'il faut la draguer et tout.
06:35Est-ce que c'est utile ou est-ce que c'est une idée reçue ?
06:37Alors, c'est un grand débat qui arrive souvent
06:39à chaque inondation.
06:41Il y a deux avis qui se confrontent.
06:44Et ça ne concerne pas tant les grands bassins
06:46de ce niveau-là,
06:47parce que ce n'est pas un arbre ou deux
06:48qui va changer la donne
06:49quand on a des inondations
06:51qui s'étendent sur quasiment des kilomètres,
06:54parfois, sur l'imageur,
06:55je pense à la Garonne
06:56ou à des grands fleuves.
06:58C'est plutôt sur des tout petits cours d'eau
07:01qui peuvent réagir.
07:02La question, c'est est-ce qu'on laisse
07:03les bois morts qui vont laisser
07:05une continuité écologique
07:07permettre à cette biodiversité
07:09d'avoir un rôle,
07:11notamment un rôle de filtre,
07:13un rôle derrière de maintien des digues.
07:16Donc, en réalité,
07:17il y a des choses qui sont très positives
07:20dans le fait de laisser
07:21la vie de la rivière naturellement.
07:23Et bien entendu, il y a un risque
07:25qui est celui d'avoir cet ensemble
07:28d'éléments qui vont encombrer
07:30les goulots d'étranglement
07:31et qui risquent de provoquer
07:33des barrages temporaires.
07:34Donc, il faut trouver un juste milieu.
07:35Exactement.
07:35Merci pour votre expertise,
07:37Emma Aziza, hydrologue
07:38et présidente fondatrice
07:39du Centre de recherche Mayane.
07:41Vous étiez l'invité du 5-7.
07:42Merci.
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