00:00Bonjour Michel Galabru, merci de répondre aux questions de TV Liberté.
00:05Alors, vous avez tourné un film de Michel Audiard qui s'intitule « Elle cause plus
00:10elle flingue » avec Annie Girardot, et vous avez également tourné 4 films de Georges
00:17Lautner dialogués par Michel Audiard, c'était à l'époque « Flick ou voyou », « Le
00:22guignolo », « Est-ce bien raisonnable » et « La cage au folle 3 ». Bon, je sais que
00:26vous n'avez pas conservé de grands souvenirs de Michel Audiard, non pas parce que vous
00:29n'aimiez pas, mais parce que vous avez tourné juste 5 jours avec lui dans le premier film.
00:33Oui, j'ai eu l'avantage d'avoir ces dialogues dans la bouche, ça c'est pas rien.
00:39Mais vous vous rappelez peut-être effectivement des répartis et du scénario des dialogues de
00:45Michel Audiard, notamment dans « Le guignolo », par exemple, vous campez un personnage très
00:49vaudevillesque, très outré, avec Belmondo à Venise, à l'Hôtel Danielli, et vous faites
00:55quasiment un rôle de théâtre filmé, quasiment du fait d'eau, et vous avez dû vous régaler
01:01en récitant, si j'ose dire, les dialogues de Michel Audiard.
01:04Bien entendu, Michel Audiard, c'était le grand dialoguiste, c'est le grand dialoguiste
01:08d'une époque, il y avait Henri Jansson aussi, c'était des très grands, et j'ai eu ce privilège
01:14parce que c'était des films avec Belmondo, avec des superstars, par conséquent il leur
01:20fallait un dialoguiste à leur hauteur, voilà.
01:22J'ai profité de ça, bien entendu, c'était un type charmant en plus, parce que j'ai déjeuné
01:28avec lui, c'était un type, un poète, c'était charmant, un homme comme ça, très agréable, oui.
01:33Michel Audiard, c'est aussi un dialoguiste que vous connaissez par le biais des dialogues
01:38d'autres films.
01:39Bien entendu, c'est le grand dialoguiste de notre époque, oui.
01:44Vous ne participiez pas, si j'ose dire, à la bande de Michel Audiard, comme Bernard Blier,
01:49comme André Pousse, comme Maurice Birault, et quelques autres acteurs qui faisaient partie
01:57de la bande à Audiard.
01:58D'ailleurs, ils avaient l'accent un peu parisien, tous.
02:01Oui, oui, oui.
02:01C'était, oui, c'était, une époque, c'était un groupe, c'était, comme il y en a au cinéma,
02:07un groupe très agréable, c'était des gens qui avaient beaucoup d'humour, tous, autant
02:12Birault, Maurice Birault qu'on a oublié, et là, ce n'est pas juste parce que c'était
02:16un homme qui avait beaucoup d'esprit, beaucoup d'humour, qui a séli longtemps à Europa,
02:21c'est lui qui a lancé un peu ses speakers, et après nous avions,
02:28ce parigot-là, qui faisait du vélo, comment il s'appelait, lui ?
02:34Ah ben André Pousse !
02:35Eh ben oui !
02:36Ah oui, il me faisait rire, Pousse, parce que c'était le titi parisien qui n'existe
02:42plus, avec cet accent faubourrien.
02:45Alors un jour, il y a ce type-là qui interrogeait sur ses caméras, vous savez, vous se foutez
02:50de votre gueule, là, comment il s'appelait, je ne sais pas quoi, et alors il y a, il se
02:54faisait
02:54des farces, alors il disait à Pousse, il lui disait, qu'il y avait un restaurant ?
02:59Napoléon Schex, dans le 15ème.
03:02Eh dis donc, alors, il lui disait, alors il paraît que tu t'es fait reculer, à voir,
03:08qu'est-ce que tu dis, toi, de me ? Oh, j'ai hurlé de rire !
03:14Et vous, effectivement, vous n'aviez pas l'accent titi parisien du tout ?
03:16Moi, j'étais plutôt du midi ! Eh oui, eh oui, eh oui ! Moi, j'avais corrigé mon
03:20accent un peu pour m'immiscer chez...
03:24Alors vous, qui avez quand même fait, qui avez tourné dans de très nombreux films,
03:28qui avez fait de nombreuses pièces de théâtre, vous n'êtes pas insensible aux dialogues
03:32très écrits et très littéraires, très sélinien même de Michel Audillard ?
03:36Mais attendu, vous pouvez...
03:38C'est très rare maintenant d'entendre des dialogues très littéraires.
03:42J'ai un livre, là, je ne sais pas où il est, qui est sur les compilations des dialogues...
03:48Audillard par Audillard.
03:49Oui. J'ai un livre, là, un gros livre, là, les répliques les plus savoureuses.
03:54Michel Audillard, finalement, a été un petit peu un... a été à une époque critiquée
03:59par la Nouvelle Vague, critiquée par les cahiers du cinéma, comme étant un dialoguiste
04:03populiste, voire anarchiste de droite, ça déplaisait beaucoup à une certaine intelligentsia
04:08parisienne. Est-ce que vous avez été témoin, vous, de cette...
04:11opprobre dont il a été victime ?
04:13Tout le monde avait des opprobres. Il y avait la partie de gens comme moi qui jouaient
04:18des plaisantes, des conneries, qui étaient immondes, des petits films bêta, des petits
04:25films commerciaux.
04:27Mais aujourd'hui, vous êtes réhabilité, Audillard comme Galabru.
04:31Ça ne veut rien dire, on n'a même pas été abattu, ça ne veut rien dire, ça, c'était
04:34des gens qui étaient... Pourquoi, pourquoi ils faisaient ça, on ne sait pas.
04:38Par snobisme.
04:39Par snobisme, pourquoi ils disaient... D'ailleurs, à un moment donné, les acteurs, tout le monde
04:44y passait, il y avait un critique au Figaro, le critique qui faisait Chauvet, Louis Chauvet,
04:49qui faisait la critique du cinéma. Je ne vois pas en quoi les grimaces de Gérine, et
04:55oui, sont supérieurs à celles de De Funès, voilà. Et c'était vrai, et c'était très
05:01vrai.
05:02Enfin, vous, vous avez tourné avec Jean Giraud, et pas avec Roman Polanski, et pourtant
05:06les films de Jean Giraud étaient des comédies extrêmement sympathiques, très populaires,
05:10qui ont beaucoup marché, qui ont fait rire le public.
05:12C'est ça. Mais à l'époque, c'était... C'était esquinté. C'était... On crachait
05:18dessus, on disait des choses très... C'était un imbécile, c'était un ringard. Ils étaient
05:23très, très critiqués. Ils étaient très critiqués. Vous savez, on est pris par
05:27l'ambiance. Alors, bon, moi, je disais, je tourne des conneries, bon, ben, j'en ai
05:32besoin, j'en ai besoin. Mais...
05:35Mais vous savez, Michel Galabru, il y a Marion Gamme qui doit vous regarder en ce moment,
05:41parce qu'elle sera présente à notre émission, et Marion Gamme a tourné aussi dans un certain
05:45nombre de films qu'on appelle des nanars. Mais tous ces nanars que vous avez faits, vous,
05:48Marion Gamme, Dari Cole, Henri Guibet, Daniel Prévost, etc., ce sont souvent des films
05:53qui n'ont pas un grand intérêt, mais dont les scènes à l'intérieur sont souvent très
05:57drôles. Il y a quelques scènes très drôles, et rien que pour ça, il n'y a pas à être
06:01complexé, vous voyez. Ça a beaucoup plu au public, tout ça. Marion Gamme, elle est
06:05très, très connue. Elle est très, très populaire. C'est une très bonne comédienne,
06:10d'ailleurs. Et charmante, en plus, dans la vie. Oui, tous ces gens-là, plaisés au public.
06:17Il faut se méfier, parce que le public, c'est ce qu'il veut, hein.
06:22Alors, est-ce que vous avez un message à faire passer à Marion Gamme, justement,
06:25puisqu'elle nous regarde ? Ah, Marion Gamme, il ne faut pas s'empêcher de sourire,
06:32de rire en pensant à elle, parce qu'on n'a que de bons souvenirs. C'était une fille
06:36charmante. Enfin, c'était... J'ai le dit parce que je la vois moins.
06:40Et oui, vous avez tourné avec elle seulement dans les années 60.
06:41Oui, oui. Elle l'aime beaucoup, Marion Gamme, beaucoup, beaucoup. Parce que c'est
06:46une tendre, en plus. Elle est gentille. Et ça, il y a le talent, mais il y a... Après,
06:53il y a les types qui sont gentils et les types qui ne sont pas gentils. Et elle, c'est
06:57une gentille, voilà. Une vraie. Une vraie. Et je me réjouis qu'on la voit encore,
07:03et très souvent, et des émissions qui marchent très bien, parce que la preuve qu'elle est
07:08très populaire. Le public les aime. Ça l'emmerde certains, mais c'est comme ça.
07:12Merci Michel Galabré.
07:13Oui.
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