- il y a 2 jours
✨ Bienvenue dans le quatrième épisode de Passionnément ✨
Aujourd’hui, j’ai la joie de vous présenter une histoire d’amour aussi bouleversante qu’inattendue : celle de Marc et Ingrid. 💞
Marc était prêtre. Ingrid, elle, tentait de se reconstruire après des années de violences conjugales. Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… et pourtant, le destin en a décidé autrement.
Après leur rencontre, quelque chose s’impose progressivement : une évidence, une force, un amour capable de briser les interdits et de redonner à chacun une nouvelle chance de vivre.
Dans ce témoignage profondément sincère, Marc et Ingrid me racontent :
💫 comment leur lien s’est tissé malgré les obstacles,
💫 comment l’amour les a sauvés l’un l’autre,
💫 comment on s’autorise enfin à être heureux, même quand tout semblait perdu.
Leur histoire est une ode à la résilience, au courage et à la puissance du cœur. 💖
💌 Vous aussi, vous vivez une histoire d’amour extraordinaire, hors norme ou inattendue ?
Écrivez-nous et tentez de participer à la prochaine saison de Passionnément : castingsophiedavant@gmail.com
📺 On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer et découvrir d’autres récits d’amour uniques.
Production : Propulse by Reworld Media & Coyote - Sixtine Group
Directrice production : Sara Foucaut
Chargée de production : Julia Sanchez
Image : Guillaume / Buns Studio
Édito : Jenny Rougeoreille, Lisa Limoges (Sixtine) , Pauline Chapatte & Cécilia Hopital (Propulse)
Logo et motion design : Laure-Anne Felz
Maquillage : Stéphanie
Coiffure : Magali Haes
📩 Contact sponsoring : contact@propulse-media.com
Aujourd’hui, j’ai la joie de vous présenter une histoire d’amour aussi bouleversante qu’inattendue : celle de Marc et Ingrid. 💞
Marc était prêtre. Ingrid, elle, tentait de se reconstruire après des années de violences conjugales. Leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… et pourtant, le destin en a décidé autrement.
Après leur rencontre, quelque chose s’impose progressivement : une évidence, une force, un amour capable de briser les interdits et de redonner à chacun une nouvelle chance de vivre.
Dans ce témoignage profondément sincère, Marc et Ingrid me racontent :
💫 comment leur lien s’est tissé malgré les obstacles,
💫 comment l’amour les a sauvés l’un l’autre,
💫 comment on s’autorise enfin à être heureux, même quand tout semblait perdu.
Leur histoire est une ode à la résilience, au courage et à la puissance du cœur. 💖
💌 Vous aussi, vous vivez une histoire d’amour extraordinaire, hors norme ou inattendue ?
Écrivez-nous et tentez de participer à la prochaine saison de Passionnément : castingsophiedavant@gmail.com
📺 On se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode.
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer et découvrir d’autres récits d’amour uniques.
Production : Propulse by Reworld Media & Coyote - Sixtine Group
Directrice production : Sara Foucaut
Chargée de production : Julia Sanchez
Image : Guillaume / Buns Studio
Édito : Jenny Rougeoreille, Lisa Limoges (Sixtine) , Pauline Chapatte & Cécilia Hopital (Propulse)
Logo et motion design : Laure-Anne Felz
Maquillage : Stéphanie
Coiffure : Magali Haes
📩 Contact sponsoring : contact@propulse-media.com
Catégorie
🛠️
Style de vieTranscription
00:00:00Genre tu le trouvais beau gosse quoi ?
00:00:01Bah oui, pour moi c'était du gâchis.
00:00:02On regarde quand même les femmes, on laisse ou pas du tout ?
00:00:06Oui mais on se l'interdit.
00:00:07Je m'endormais le soir, durant ces 23 années, en ayant la trouille, les tuer pendant la nuit.
00:00:13Il t'est déjà arrivé de penser à mettre fin à tes jours ?
00:00:16Cette relation m'a sauvé.
00:00:18Donc il t'est arrivé de connaître l'amour charnel ?
00:00:21Ouais, ouais.
00:00:22Au presbytère ? L'idée d'être dans le péché t'a pas bloqué ?
00:00:27Peut-être 5 minutes.
00:00:28Encore au presbytère ?
00:00:30Bonjour à toutes et à tous et merci de nous rejoindre d'empassionnément
00:00:40avec encore aujourd'hui l'histoire d'un couple qui défie les tabous et qui défie les normes.
00:00:48Il s'agit de l'histoire d'amour d'Ingrid et de Marc.
00:00:52Une histoire d'amour qui ressemble à une résurrection.
00:00:54Marc qui a été prêtre pendant 17 ans et qui jamais ne pensait pouvoir vivre un jour un amour charnel.
00:01:03Et pour Ingrid qui a été mariée pendant de longues années, qui a été maman de 5 enfants victimes de violences conjugales
00:01:10et qui, elles, pensaient ne pas avoir droit au bonheur d'être aimées, tout simplement.
00:01:17Tous les deux, ils se sont trouvés, ils se sont mariés et ils sont plus heureux que jamais.
00:01:23Et je suis très heureuse de les accueillir.
00:01:25Bonjour Marc.
00:01:26Bonjour Ingrid.
00:01:27Bonjour Sophie.
00:01:28Merci d'avoir accepté de venir témoigner d'empassionnément.
00:01:32Présentez-vous.
00:01:33Bien, j'ai été prêtre pendant 17 ans.
00:01:36J'ai commencé mon ministère à l'âge de 21 ans.
00:01:40J'ai passé 17 ans dans les ordres.
00:01:43Et puis au bout de 17 ans, j'ai changé de voie par la rencontre avec Ingrid.
00:01:48Alors, vous allez nous raconter bien sûr cette rencontre.
00:01:50Vous étiez prêtre où ?
00:01:52J'ai été prêtre en Seine-Saint-Denis dans le 93 et j'ai été aussi enseignant en théologie.
00:01:57Alors Ingrid, vous, vous avez été mariée, vous avez rencontré votre ex-mari à quel âge ?
00:02:05J'avais 19 ans quand je l'ai rencontré.
00:02:07On s'est marié assez rapidement parce que je suis tombée très vite enceinte
00:02:09parce que je suis issue d'une famille catholique et en fait,
00:02:13même s'ils n'étaient pas catho-tradis au sens propre,
00:02:15mes parents n'envisageaient pas trop que je donne naissance
00:02:20en n'étant pas mariée.
00:02:22Et vous avez donné naissance à combien d'enfants ?
00:02:24J'ai donné naissance à 5 enfants, 4 filles et 1 garçon.
00:02:27Donc 5 enfants, tu étais, on va dire, un peu en dépendance de lui.
00:02:34On peut dire que cet homme-là avait des caractéristiques de pervers narcissique.
00:02:39On va dire ça comme ça, oui, tout à fait.
00:02:41Donc sous-dépendance, violence conjugale, violence aussi avec tes enfants ?
00:02:47Oui.
00:02:48Donc tu as assisté à tout ça, tu as envisagé de partir ?
00:02:51Ah ben c'est arrivé plusieurs fois.
00:02:53Durant 23 ans, j'avais juste envie de prendre mes valises,
00:02:55mes enfants sous le bras et puis de partir.
00:02:57Sauf que quand on...
00:02:58Alors il y a la dépendance, je veux dire, financière,
00:03:01puisqu'il avait fait en sorte que je ne travaillais pas.
00:03:03Et puis après il y a la dépendance affective et, je veux dire, psychologique.
00:03:08En sorte de t'isoler, ça c'est le propre des pervers narcissiques.
00:03:12C'est ça, c'est-à-dire qu'en fait, ces gens-là sont suffisamment intelligents
00:03:15pour effectivement isoler leurs victimes,
00:03:17donc isoler de la famille, isoler des amis.
00:03:20Et donc au moment où on se pose la question de savoir si on part ou pas,
00:03:24ben on est coincé.
00:03:26On a été prise dans le piège.
00:03:29Donc Ingrid, tu as 5 enfants, de quel âge ?
00:03:31Alors mon aîné va avoir 30 ans, la deuxième va avoir 27 ans,
00:03:35ensuite il y a 22, 17, presque 18 et 13.
00:03:40Vous vous connaissiez déjà à l'époque ?
00:03:41Vous vous êtes rencontrés à quel moment tous les deux et dans quelles circonstances ?
00:03:45Alors on s'est rencontrés dans une circonstance assez banale pour moi
00:03:48puisque c'était un baptême, c'était le baptême de la dernière enfant d'Ingrid.
00:03:52C'est le fameux 27 mai 2017.
00:03:54Et toi tu es allée à la messe tous les dimanches ?
00:03:56Moi j'étais, oui, j'étais fidèle paroissienne.
00:03:58Et tu appréciais le charme de Marc ?
00:04:02Tu pensais quoi de lui déjà à l'époque ?
00:04:04Il est vrai que quand je le voyais, je me disais
00:04:06c'est quand même trop dommage que des hommes,
00:04:09parce que je le trouvais assez...
00:04:11Genre tu le trouvais beau gosse quoi.
00:04:12Bah oui, il n'y avait aucun problème, ça j'assume total.
00:04:15Je le trouvais plutôt beau gosse et je me disais
00:04:17mais c'est quand même dommage que l'église empêche ces hommes
00:04:20de mener une vie...
00:04:21Oui, c'était du gâchis.
00:04:22Bah oui, pour moi c'était du gâchis.
00:04:24Un peu du gâchis.
00:04:24Voilà, mais en tout bien, en toute honneur.
00:04:27Oui, bien sûr.
00:04:27Voilà, c'était mon curé.
00:04:28Et toi, Marc, en tant que prêtre,
00:04:31il t'arrivait de laisser traîner ton regard
00:04:34sur certaines paroissiennes ?
00:04:36Pas en tant que telle, sachant que, voilà,
00:04:38moi je m'étais toujours quelque part empêché
00:04:42depuis très longtemps.
00:04:44J'avais fermé en fait cette question
00:04:46de me dire...
00:04:47Ah oui, tu t'étais empêché,
00:04:48donc ça veut dire qu'il y avait un peu de désir quand même.
00:04:51Oui, traîner mon regard peut-être,
00:04:53mais de dire, non, je ne peux pas aller plus loin
00:04:58et donc je me l'empêche.
00:05:00Et comment tu vivais d'ailleurs ça ?
00:05:01Bah en fait, je l'ai beaucoup vécu dans l'activisme.
00:05:06Voilà, je passais mon temps à être en activité.
00:05:09Après, j'ai fait une thèse.
00:05:11J'ai essayé de compenser par plein d'autres choses,
00:05:15finalement, le fait de ne pas avoir à penser
00:05:17à mes émotions, mes sentiments, mes désirs.
00:05:19Alors, à quel moment vous vous êtes vraiment rencontrés ?
00:05:22À quel moment vous avez été l'un face à l'autre ?
00:05:24Bah, c'est de la préparation du baptême.
00:05:25Moi, je suis venue seule parce que, voilà,
00:05:27le père de mes enfants se sentaient pas vraiment concernés
00:05:29et on s'est retrouvés à ce moment-là...
00:05:32Et comment ça s'est passé ?
00:05:34Qu'est-ce que vous avez ressenti ?
00:05:35Ah bah c'était...
00:05:35Alors moi qui suis...
00:05:36Parce que moi, je suis quelqu'un de très spontané
00:05:38et très...
00:05:39J'aime les gens, je suis très tactile,
00:05:41j'aime bien prendre les gens dans...
00:05:42Voilà, et leur montrer que je les apprécie
00:05:43et donc je me souviens parce que j'étais assez loin de Marc
00:05:45et je trouvais que dans la discussion,
00:05:46c'était pas très pratique.
00:05:47C'est moi qui me mettais loin.
00:05:48Donc Marc, il se met.
00:05:49Moi, j'avais tendance à me mettre à distance, peut-être.
00:05:52Tu sentais une attirance ?
00:05:54Non, pas du tout à ce moment-là.
00:05:56Voilà, pour moi, c'est une famille comme une autre
00:05:58qui vient préparer un baptême.
00:06:00Mais par contre, c'est une proximité.
00:06:03C'est-à-dire qu'en effet, Ingrid, elle casse les barrières.
00:06:06Et souvent, avec un prêtre,
00:06:08les gens se sentent un peu...
00:06:10En confiance ?
00:06:11À la fois en confiance,
00:06:12mais en même temps, c'est un être un peu céleste,
00:06:14un peu...
00:06:14Voilà, donc il y a une sorte de distance aussi qui s'instaure.
00:06:18Est-ce que ça t'était déjà arrivé
00:06:20d'éprouver une petite gêne
00:06:22avec peut-être une paroissienne un peu...
00:06:25Oui, ça s'est à plusieurs reprises...
00:06:28Présenté.
00:06:28Présenté, que je pense la paroissienne
00:06:31veuille aussi peut-être se rapprocher.
00:06:34Mais voilà, encore moi, encore une fois,
00:06:36je fermais automatiquement les choses.
00:06:38Avant, tu avais fait des études ?
00:06:41Oui, j'ai fait Sciences Po avant le séminaire et là...
00:06:45Ça veut dire qu'à Sciences Po,
00:06:47à l'époque, tu n'avais pas encore décidé
00:06:49de devenir prêtre ?
00:06:50J'étais en pleine réflexion,
00:06:52c'est-à-dire en première année de Sciences Po.
00:06:55Là, j'ai commencé à me dire
00:06:56est-ce que je bifurque vers la prêtrise
00:07:00ou est-ce que je continue mes études ?
00:07:02Mais à l'époque où tu étais à Sciences Po,
00:07:03tu avais des petites copines.
00:07:04Oui, tout à fait, oui.
00:07:05Donc, il t'est arrivé de connaître l'amour charnel.
00:07:08Oui.
00:07:08Et tu aimais bien ?
00:07:10Oui, mais là encore, j'étais tiraillé.
00:07:13Je me disais, à un moment donné d'ailleurs,
00:07:15je me disais, je me l'interdis
00:07:16parce que je suis déjà parti sur la prêtrise.
00:07:19Et ça ne te paraissait pas impossible
00:07:22de tenir toute une vie
00:07:24sans t'autoriser à vivre un amour charnel ?
00:07:28Je pense que l'idéal prenait le dessus sur ça,
00:07:31en disant, je vais consacrer toute ma vie
00:07:34à Dieu et aux autres
00:07:36et c'est ça qui va primer sur tout le reste.
00:07:38Et alors, cet idéal était là
00:07:41parce que tu avais une foi
00:07:42qui était plus forte que tout ?
00:07:45Oui, j'avais un grand désir
00:07:47de changer le monde,
00:07:49j'avais le désir
00:07:50d'aller vers les autres,
00:07:52de me donner.
00:07:53Donc, j'ai même pensé à la vie monastique,
00:07:57donc encore plus radicale.
00:07:58Ah oui ?
00:07:58À dire, je vais aller m'enfermer
00:08:00dans un monastère toute ma vie pour Dieu.
00:08:02Donc, je suis allé assez loin dans ma réflexion.
00:08:05Donc, tu deviens prêtre.
00:08:08Tu te sentais dans ta vie ?
00:08:10Assez vite, non.
00:08:12En fait, je me sentais dans ma vie
00:08:14toujours tiraillé.
00:08:15D'une part, j'étais super heureux.
00:08:18Je me suis retrouvé,
00:08:19c'était en 2005,
00:08:21à Neuilly-sur-Marne.
00:08:22C'était lors des émeutes de 2005
00:08:24dans les cités populaires.
00:08:27Donc, je me trouvais là,
00:08:28prêt à être engagé auprès des jeunes.
00:08:30Utile.
00:08:31Utile.
00:08:32Je faisais le médiateur souvent
00:08:33avec les jeunes.
00:08:36Donc, je me retrouvais très utile,
00:08:38très engagé socialement
00:08:39dans les quartiers populaires.
00:08:41Donc là, j'étais à mon aise
00:08:42et en même temps, intérieurement,
00:08:44il y avait quelque chose qui coinçait.
00:08:46Je me sentais un peu étouffé
00:08:47par une institution,
00:08:49j'étais avec un curé assez autoritaire.
00:08:53Je me sentais un peu contrôlé
00:08:54dans ma vie.
00:08:56Et donc, au bout de deux ans,
00:08:58il y a eu un mal-être
00:08:59qui s'est manifesté en moi.
00:09:01Et le désir d'aimer,
00:09:05ça te titillait ?
00:09:07Oui et non,
00:09:09parce que j'étais toujours
00:09:10dans cet interdit.
00:09:11Je me disais,
00:09:12j'ai fait une promesse,
00:09:13je suis rentré dans l'église,
00:09:14j'ai promis le célibat,
00:09:17l'abstinence,
00:09:18et donc,
00:09:20je suis dans cette règle.
00:09:21Alors, je suis quelqu'un
00:09:22assez...
00:09:22Je vais au bout.
00:09:23Mais dans ces cas-là,
00:09:24on regarde quand même
00:09:25les femmes,
00:09:26on laisse ou pas du tout ?
00:09:27Oui, mais on se l'interdit.
00:09:28En fait,
00:09:29c'est...
00:09:30Oui, mais c'est interdit.
00:09:31Et Ingrid,
00:09:31quand vous vous êtes rencontrée,
00:09:33en préparation de ce baptême,
00:09:35tu étais dans quelle étape ?
00:09:36Ah, moi, je ne suis pas bien du tout.
00:09:39Mais en fait,
00:09:40je me sens dans une voie sans issue,
00:09:41donc j'essaie de vivre
00:09:43malgré tout ça, quoi.
00:09:45Est-ce que tu te sens
00:09:45en confiance avec Marc ?
00:09:47Est-ce que tu as envie
00:09:48d'en faire ton confident ?
00:09:49Alors, c'est vrai que très vite,
00:09:50je me sens en confiance,
00:09:53mais je me sens en confiance
00:09:55parce qu'il y a ça.
00:09:57Alors, qu'est-ce que c'est, ça ?
00:09:58Parce qu'en fait,
00:09:59je comprends,
00:10:00durant les messes,
00:10:01durant les homélies,
00:10:02que Marc,
00:10:05enfin,
00:10:06que Marc,
00:10:07c'est bientôt son anniversaire,
00:10:08mais surtout,
00:10:08c'est 40 ans.
00:10:09Parce qu'il envoie
00:10:10des petits messages
00:10:10comme ça pendant les homélies.
00:10:12Et donc...
00:10:12Je parle beaucoup de 40,
00:10:13qui est un chiffre symbolique.
00:10:15Genre, quel petit message,
00:10:16ça serait bien
00:10:16que vous me fêtiez,
00:10:17mais 40 ans...
00:10:18Pas du tout.
00:10:18En fait, 40,
00:10:19c'est un chiffre très symbolique
00:10:20dans la Bible
00:10:21puisque c'est 40 ans
00:10:22dans le désert
00:10:23et c'est la fin de l'exil,
00:10:24c'est 40 ans de Jésus
00:10:25dans le désert aussi,
00:10:26avant la Pâque.
00:10:28Donc, j'en parle beaucoup.
00:10:29Et du coup,
00:10:30je me dis,
00:10:30pour son anniversaire,
00:10:32je vais lui offrir un livre.
00:10:33Alors, pourquoi ce livre ?
00:10:34La force de l'amitié.
00:10:36Tu l'avais lu ?
00:10:37Oui.
00:10:37Et donc, Marc,
00:10:39je crois que c'est
00:10:40à peu près son anniversaire.
00:10:41Je vais dans la sacristie.
00:10:43Je l'avais empaqueté, évidemment.
00:10:45Et je lui dis,
00:10:45j'ai un petit cadeau.
00:10:46Et là, il regarde et il me fait
00:10:47« Ah non, mais pas maintenant,
00:10:48là, ça va pas du tout.
00:10:49On est dans la sacristie. »
00:10:51Il me dit,
00:10:51mais si tu veux,
00:10:52on peut se voir à un autre moment.
00:10:53Ah oui.
00:10:54Moi, j'analyse ça comme ça.
00:10:55Tu avais une telle réticence
00:10:57que ça voulait dire
00:10:58que peut-être
00:10:58le désir était quand même là.
00:11:00Oui, oui.
00:11:01Tellement tu sur-réagissais, finalement.
00:11:04Oui, mais toujours
00:11:04en mettant de la distance
00:11:06avec mon propre désir, je pense.
00:11:09Et alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
00:11:11Là, du coup,
00:11:12il me dit,
00:11:13je lui dis,
00:11:13si tu veux,
00:11:14tu peux venir prendre le café
00:11:15à un moment.
00:11:16Je ne sais plus quand.
00:11:16Oui, c'était le dimanche après-midi.
00:11:18Voilà.
00:11:18Donc, là, à ce moment-là,
00:11:20vous vous étiez rencontré
00:11:21combien de fois
00:11:22pour la préparation de ce baptême ?
00:11:24On s'était rencontré
00:11:25une ou deux fois
00:11:26pour la préparation.
00:11:27Oui, et puis après,
00:11:28il y avait eu le baptême.
00:11:29Il y avait eu le baptême en soir
00:11:30puisque...
00:11:30Voilà, en mai.
00:11:32Voilà.
00:11:33Il était venu pour le dessert
00:11:34avec tous les invités.
00:11:35Ah oui, déjà au moment du baptême.
00:11:37Oui, le jour du baptême.
00:11:38Et ça s'était bien passé ?
00:11:39C'était sympa ?
00:11:40Oui, c'était marrant.
00:11:42C'était marrant.
00:11:42C'était la fin.
00:11:44C'était marrant, l'ambiance.
00:11:45Non, mais la fin, c'était...
00:11:46Moi, ce n'était pas super marrant.
00:11:47Pourquoi ?
00:11:47Qu'est-ce qui s'était passé ?
00:11:48Parce que c'était tendu.
00:11:50Il y avait ton ex-mari, là.
00:11:51Oui, et c'était très, très, très tendu.
00:11:53Mais là, tu en avais déjà parlé
00:11:55de ce que tu subissais ?
00:11:56Tu en avais parlé avec Marc ?
00:11:58À ce moment-là, non.
00:11:59Je pense que Marc avait dû sentir...
00:12:01Tu avais senti quand même
00:12:02que quelque chose
00:12:03n'allait pas forcément très bien.
00:12:04J'avais senti qu'il y avait une ambiance
00:12:05qui n'était pas forcément
00:12:06très paisible.
00:12:09Alors, donc, on en est au livre.
00:12:11Raconte-moi le livre.
00:12:12Alors, le livre.
00:12:12Du coup, tu l'invites à boire le thé.
00:12:14Il vient prendre le café,
00:12:16le thé à la maison.
00:12:17Du coup, comme je n'avais rien préparé,
00:12:19j'étais allé acheter
00:12:19deux, trois petits gâteaux
00:12:20dans une pâtisserie.
00:12:22Ça t'arrive souvent
00:12:22d'offrir des livres,
00:12:23de faire des petits cadeaux
00:12:24à des hommes célibataires ?
00:12:26Non, mais parce que là,
00:12:30en fait, comme il était prêt,
00:12:31je me disais,
00:12:31bon, il n'y a aucun...
00:12:32Oui.
00:12:32Il n'y a pas d'engagement.
00:12:33Est-ce que tu avais
00:12:34une petite idée derrière la tête
00:12:36ou c'était un cadeau
00:12:37totalement désintéressé ?
00:12:39C'était un cadeau
00:12:40totalement désintéressé
00:12:41et d'ailleurs,
00:12:42j'ai offert la force de l'amitié
00:12:43parce que ce n'est pas
00:12:44la force de l'amour.
00:12:44Alors, pourquoi ce livre ?
00:12:46Qu'est-ce qu'il y a dans ce livre
00:12:47qui est formidable ?
00:12:47Parce qu'en fait,
00:12:48ce livre, il explique justement
00:12:49qu'on peut très bien
00:12:51avoir des amitiés
00:12:52entre hommes et femmes
00:12:54sans que ça dérive forcément.
00:12:55Donc, c'est possible.
00:12:56Donc, c'est possible.
00:12:58Bon, voilà.
00:13:02Moi, je n'ai pas beaucoup d'exemples
00:13:03où ça ne dérape pas
00:13:04à un moment donné quand même.
00:13:06Mais donc, j'y croyais vraiment
00:13:07enfin fermement.
00:13:08En plus, dans ma vie d'avant,
00:13:10j'avais des amis hommes musiciens
00:13:13avec lesquels il ne s'est jamais rien passé
00:13:15et avec lesquels c'était tout à fait...
00:13:17Voilà.
00:13:18Donc, j'y croyais fermement.
00:13:19Donc, tu l'invites
00:13:20et toi, tu y vas
00:13:21malgré ta réticence à...
00:13:23Oui, oui, j'y vais
00:13:25en me disant que, voilà,
00:13:27c'est un moment de discussion.
00:13:30Et puis, j'y vais un peu
00:13:30toujours comme prêtre.
00:13:32Voilà, en disant...
00:13:33Ça fait partie de mon...
00:13:34Pas de tentation,
00:13:35pas d'arrière-pensée.
00:13:36Rien du tout à ce moment-là.
00:13:38D'ailleurs, après,
00:13:38je pars avec une équipe de prêtres
00:13:41en Bourgogne.
00:13:43Juste après.
00:13:43Juste après.
00:13:44Alors, comment ça se passe, ce thé ?
00:13:46On parle de plein de trucs.
00:13:47Donc...
00:13:48Mais pas de ta vie...
00:13:49À ce moment-là, non.
00:13:51Et donc, ça dure un petit...
00:13:53Mais finalement, assez peu de temps
00:13:54parce que Marc arrivait d'un autre...
00:13:56Enfin, il était dans l'activisme,
00:13:57c'est ce qu'il disait tout à l'heure.
00:13:58Donc, il sortait d'une réunion,
00:14:00on avait 10 minutes...
00:14:01Ah oui, il avait un emploi
00:14:02du temps de ministre.
00:14:02Voilà.
00:14:03Il repartait.
00:14:03Enfin, voilà.
00:14:04Et là, il repartait en Bourgogne
00:14:05avec son équipe de vie.
00:14:06Et à ce moment-là,
00:14:07je ne sais plus,
00:14:07on s'écrit un SMS.
00:14:09Et en fait, pour moi,
00:14:10c'est incroyable
00:14:10parce que c'est ses débuts.
00:14:13À partir de ce jour-là,
00:14:14on a cessé de s'écrire des SMS.
00:14:16Mais quel genre de SMS ?
00:14:18Ah ben, c'était très...
00:14:20C'était bien arrivé.
00:14:21Oui, voilà.
00:14:23Oui.
00:14:24Questionné en ce moment.
00:14:25Enfin, voilà.
00:14:26C'était vraiment...
00:14:27Vous vous étiez sentie bien
00:14:29dans ce moment
00:14:30où vous vous êtes retrouvée
00:14:32pour une réalité ?
00:14:32Oui, très bien.
00:14:33Pour moi, c'était une petite bulle
00:14:33de bien-être et de bienveillance.
00:14:37Un petit truc comme ça,
00:14:38je me disais,
00:14:39ah, ça, c'est toujours à prendre.
00:14:40Alors, vous vous échangez des SMS.
00:14:43Vous aviez l'habitude...
00:14:44Tu avais l'habitude, toi, Marc,
00:14:45d'échanger avec des paroissiennes ?
00:14:48Pas vraiment, non.
00:14:50Mais c'était arrivé
00:14:52avec une paroissienne,
00:14:54une ancienne paroissienne,
00:14:55oui, tout à fait,
00:14:55mais qui était plus âgée que moi.
00:14:57Oui.
00:14:58Mais jamais, jamais...
00:15:00Non, jamais vraiment.
00:15:01Donc plus âgée,
00:15:03donc il n'y avait pas de projet.
00:15:06Oui.
00:15:06Alors, voilà.
00:15:07Alors, je pense que de...
00:15:09Peut-être de son côté,
00:15:10mais pas du mien, en tout cas,
00:15:11mais...
00:15:12Ah oui, gros succès, Marc,
00:15:13vraiment,
00:15:14pour des paroissiennes.
00:15:15Gros décœur.
00:15:17C'était combien de SMS par jour ?
00:15:19Ah, c'était beaucoup.
00:15:19Des fois, je me disais...
00:15:20De plus en plus, oui.
00:15:21Mais genre, combien ?
00:15:23Je ne sais pas.
00:15:23Des fois, c'était 150.
00:15:24Ça pouvait être 100.
00:15:25Combien ?
00:15:25100 ?
00:15:25Oui, c'est beaucoup.
00:15:27100 ?
00:15:28Oui, oui.
00:15:29Mais c'est énorme.
00:15:30Oui, oui.
00:15:30Donc, vous passiez votre journée
00:15:32sur votre portable.
00:15:33On était très...
00:15:35Moi, en tout cas,
00:15:35d'un seul coup,
00:15:36je devenais très addict
00:15:36alors que je le suis.
00:15:37A priori, je ne le suis pas trop.
00:15:40On se répondait,
00:15:40mais des trucs bêtes de la vie, quoi.
00:15:43Mais quelque part,
00:15:44enfin, tu as raison
00:15:45de poser la question,
00:15:46parce qu'un peu
00:15:46comme un couple, en fait.
00:15:47Alors oui, c'est-à-dire,
00:15:48où es-tu ?
00:15:49Que fais-tu ?
00:15:49Voilà, c'est ça.
00:15:50Ou ça va ?
00:15:52Enfin, des petits trucs.
00:15:54Ils savaient que j'avais...
00:15:55que j'emmenais un enfant
00:15:56à tel endroit.
00:15:56Ben, ça va.
00:15:57T'es allé au conservatoire ?
00:15:58T'as fait ci ?
00:15:59Un peu protecteur ?
00:16:00Peut-être, au départ, oui.
00:16:02Je pense que...
00:16:03Oui, puis...
00:16:04Au départ !
00:16:05Mais une fois qu'Ingrid me parle
00:16:08de son histoire, forcément...
00:16:09Oui, mais ça, c'est pas encore, là.
00:16:11C'est pas au moment des SMS.
00:16:11Là, c'est entre deux,
00:16:12mais c'est assez vite, finalement.
00:16:14De l'humour, dans ses messages ?
00:16:15Oui, il y a de l'humour.
00:16:17Il y a des choses aussi...
00:16:19Grave.
00:16:19Moins...
00:16:20Moins humour.
00:16:22Et je me souviens d'une fois...
00:16:24C'est-à-dire des choses...
00:16:25Moins humour ?
00:16:26Des choses profondes ?
00:16:27Oui.
00:16:28On parle de nos familles,
00:16:31on parle de nos parents,
00:16:32on parle de...
00:16:33De votre passé.
00:16:34De notre passé, notre histoire.
00:16:35Et c'est là qu'on commence un petit peu
00:16:37à se dévoiler sur nos vies d'avant,
00:16:40enfin, nos vies de...
00:16:42Voilà.
00:16:42Et je me souviens d'une fois
00:16:44où j'avais demandé à Marc
00:16:45parce qu'on partait en vacances.
00:16:47Et il fallait qu'il y ait quelqu'un
00:16:48qui ait les clés de la maison
00:16:49pour récupérer le courrier.
00:16:50Il me dit, ben tiens,
00:16:50je vais proposer à Marc.
00:16:52Et donc, on arrête un jour
00:16:54pour qu'il vienne à la maison
00:16:54pour que je lui explique.
00:16:55Et là, je suis toute seule au départ.
00:16:58Je commence à lui expliquer.
00:16:59Et là, il y a le père de mes enfants qui arrive.
00:17:01Je te laisse après.
00:17:02Et là, le ton change.
00:17:03Parce qu'il dit à Ingrid,
00:17:07mais toi, tu sais pas,
00:17:08tu connais rien.
00:17:10Tu ne vois que rien.
00:17:11Je vais expliquer, quoi.
00:17:12Donc, de manière assez dure.
00:17:14Moi, je voulais prendre la parole
00:17:15puis il me fait,
00:17:15mais tu te tais,
00:17:16toi, tu connais rien, etc.
00:17:17Donc là, je sens qu'il y a
00:17:18quelque chose qui va pas, oui.
00:17:19Et toi, tu réagis comment, Ingrid ?
00:17:21Moi, dans ce cas-là,
00:17:22je me ferme comme une huître
00:17:22parce que ce qui est terrible,
00:17:24c'est qu'il m'a fait...
00:17:25Enfin, il a fait ça très souvent, forcément.
00:17:27Et ce qui est terrible,
00:17:27c'est qu'il fait ça devant quelqu'un
00:17:29que j'apprécie.
00:17:30Et c'est d'autant plus humiliant, en fait.
00:17:33C'est la première fois
00:17:34qu'il y avait un témoin
00:17:36de ce que tu subissais ?
00:17:38Non, c'était pas la première fois.
00:17:41Et c'est ça qui est dur pour moi.
00:17:43Enfin, à ce moment-là,
00:17:44c'est qu'il y a quelques personnes,
00:17:46évidemment,
00:17:47qui sont suffisamment intelligents
00:17:48pour pas faire ça comme ça devant...
00:17:50Mais c'était déjà arrivé plusieurs fois.
00:17:53Et je sais que les gens
00:17:53étaient assez surpris.
00:17:54Enfin, ils étaient...
00:17:56Oui, parce qu'en général,
00:17:56ces gens-là,
00:17:57ils sont très séducteurs.
00:17:58Ils séduisent l'entourage
00:18:00qui reste.
00:18:02Tu te confies à Marc ?
00:18:03Comment ça se passe ?
00:18:04Ce jour-là ?
00:18:05Alors, pas ce jour-là,
00:18:06mais c'est un jour où je...
00:18:07Donc, c'est un dimanche.
00:18:10Je m'apprête à aller à la messe.
00:18:11Donc, ça, ça...
00:18:12Il aimait pas trop, en fait,
00:18:12que j'allais à la messe.
00:18:13Il aimait pas que tu fasses
00:18:14des trucs sans lui, quoi.
00:18:15Ouais, c'est ça.
00:18:16Non, mais c'était insupportable.
00:18:16Ou il te contrôlait pas.
00:18:17Et en fait, juste avant la messe,
00:18:19il me pousse dans les escaliers.
00:18:20Donc là, je suis...
00:18:21Enfin, je veux dire,
00:18:23je suis en dessous de tout.
00:18:26Je pleure, etc.
00:18:27Mais je me dis,
00:18:27je vais quand même aller à la messe
00:18:28à me faire du bien, etc.
00:18:29Donc, je vais à la messe.
00:18:30J'y vais avec des lunettes noires,
00:18:31je me souviens.
00:18:31La messe s'est déjà commencée
00:18:32parce que j'arrive un peu en retard.
00:18:33Et je pense que Marc,
00:18:35tu dois me voir au loin.
00:18:37Oui, non, je te vois surtout
00:18:38dans la file de la communion.
00:18:40Ah oui, c'est ça.
00:18:40C'est au moment où elle vient
00:18:41pour la communion.
00:18:43Et donc là, je la vois en pleurs
00:18:45à ce moment-là.
00:18:46Donc, à la fin de la messe,
00:18:48je pense que je vais vers Ingrid.
00:18:49Et puis, je lui demande
00:18:51si elle veut qu'on parle.
00:18:52Ce jour-là,
00:18:53t'avais l'impression
00:18:54d'être en danger de mort ?
00:18:56Oui.
00:18:57Ce jour-là, en fait,
00:18:58ça va très, très vite.
00:18:59Et d'un seul coup,
00:19:00je pense à Marie Trintignon.
00:19:02« Non, ça va, ça va. »
00:19:04Et je me suis dit,
00:19:05une mauvaise chute.
00:19:06Tu sais, tu tombes sur la tête,
00:19:07tu te... machin, et...
00:19:09Donc, tu t'es vue morte.
00:19:11Oui.
00:19:11Et je me suis dit,
00:19:12j'ai pensé à mes enfants,
00:19:13et je me suis dit,
00:19:13je ne peux pas les...
00:19:14Enfin, je ne peux pas...
00:19:15Je ne peux pas accepter ça
00:19:17parce que si je meurs...
00:19:19C'était jamais aller aussi loin ?
00:19:21Tu n'avais jamais eu cette peur
00:19:23de mourir ?
00:19:24Non, c'était la moindre.
00:19:25C'est-à-dire que
00:19:25quand tu subis des violences,
00:19:28tu vas avoir mal.
00:19:29Il y a des mots
00:19:30qui vont résonner
00:19:31pendant des mois
00:19:32dans ta tête, etc.
00:19:33Mais même si les mots
00:19:35peuvent tuer,
00:19:35je suis...
00:19:36Malgré tout,
00:19:37c'était pas aller aussi...
00:19:38C'était jamais aller aussi loin,
00:19:39en fait.
00:19:39Et tes enfants ?
00:19:40Mes enfants...
00:19:42En fait, mes enfants,
00:19:42ils n'ont connu que ça.
00:19:43Donc, en fait,
00:19:44ils ne remettent pas en question
00:19:44ce qu'ils vivent à ce moment-là.
00:19:46Mais ils n'ont connu que ça.
00:19:47C'était des violences
00:19:48que sur toi ?
00:19:49Non, c'était des violences
00:19:50sur eux aussi.
00:19:51Mais on est tous dans un...
00:19:52Enfin, je ne sais pas
00:19:53comment expliquer.
00:19:53C'est une espèce de...
00:19:55Souvent, c'est ce que je dis,
00:19:55c'est qu'il y a tout ça
00:19:56qui se passe chez nous.
00:19:58On sort à l'extérieur
00:19:59et comme d'un accord tacite,
00:20:01c'est-à-dire qu'en fait,
00:20:02on ne signe pas de contrat.
00:20:02Il n'y a pas un truc
00:20:03comme ça qui nous dit
00:20:04surtout tu ne dis rien
00:20:04à l'extérieur.
00:20:06C'est nous-mêmes.
00:20:07Les enfants ne parlent pas,
00:20:08je ne parle pas,
00:20:09la porte est fermée.
00:20:10Tu n'en parles pas
00:20:10parce que tu veux le protéger
00:20:12ou parce que tu as honte ?
00:20:14Alors, c'est un peu des deux.
00:20:16J'ai honte.
00:20:17Alors, j'ai honte
00:20:18parce que ce n'est jamais agréable
00:20:19d'arriver à se dire
00:20:22voilà ce que je subis.
00:20:23Et puis, pour le protéger
00:20:25parce qu'il a un statut social
00:20:26et qu'aujourd'hui,
00:20:28des fois, je me dis
00:20:28ma pauvre fille,
00:20:29tu étais vraiment...
00:20:30Tu étais vraiment
00:20:31complètement hypnotisée,
00:20:33complètement manipulée
00:20:35au sens...
00:20:36Comme une marionnette.
00:20:38Même des moments
00:20:39qui étaient critiques,
00:20:39qui étaient hyper graves,
00:20:41hyper...
00:20:42Et qui, par exemple,
00:20:43qui me tendait le téléphone
00:20:44en me disant
00:20:45ben vas-y, appelle la police.
00:20:46Vas-y.
00:20:46J'étais incapable.
00:20:47Parce que moi, dans ma tête,
00:20:48je me disais
00:20:48ben oui, mais si j'appelle la police,
00:20:49ils vont venir,
00:20:50ils vont constater
00:20:50qu'il y a eu ça,
00:20:52que nanana,
00:20:52et en fait,
00:20:53ça va détruire sa carrière.
00:20:54Parfois, il peut y avoir
00:20:55quand même cette impulsion
00:20:56quand tu vois
00:20:56que tes enfants sont en danger.
00:20:58Il banalisait.
00:20:59C'est-à-dire que moi,
00:20:59des fois, il me disait
00:21:00mais tu crois quoi ?
00:21:01Tu crois que c'est comment
00:21:01chez les autres ?
00:21:02Et du coup, moi,
00:21:03je finissais par me dire
00:21:03ben oui, effectivement,
00:21:04en fait, les autres femmes,
00:21:05elles vivent la même chose que moi
00:21:05donc en gros, tais-toi quoi.
00:21:07Et en fait,
00:21:07il arrivait tellement
00:21:08à me convaincre de ça
00:21:09que je ne leur mettais pas
00:21:10du tout en cause.
00:21:11Incroyable.
00:21:12L'emprise et la manipulation,
00:21:14c'est tellement...
00:21:15Enfin, c'est compliqué
00:21:16parce que souvent,
00:21:17les gens me disaient
00:21:18après coup,
00:21:19mais pourquoi t'es pas partie avant ?
00:21:20Pourquoi t'as pas...
00:21:21Mais en fait,
00:21:22c'est tellement plus complexe
00:21:23que ça.
00:21:23Bien sûr.
00:21:24Donc ce jour-là,
00:21:26tu t'approches de Marc
00:21:27pour communier
00:21:28et tu n'arrives pas
00:21:30à retenir tes larmes.
00:21:31Je pleure.
00:21:33Je pleure, je pleure, je pleure.
00:21:34Et tu...
00:21:36C'était un appel au secours ?
00:21:37Je pense que j'avais envie
00:21:39qu'il y ait quelqu'un
00:21:39qui voit la détresse
00:21:40dans laquelle je me trouvais.
00:21:41Marc, il me dit
00:21:42ben écoute,
00:21:42à la fin de la messe,
00:21:43il vient me voir,
00:21:43il me dit
00:21:43si tu veux,
00:21:44on peut en parler.
00:21:45Vous êtes allé
00:21:45dans le confessionnal ?
00:21:47Oui, en quelque sorte.
00:21:48C'est une petite pièce
00:21:49qui était juste à côté
00:21:50de l'église
00:21:52dans laquelle on est allé.
00:21:53Et là, tu t'es...
00:21:54Ben là, je me suis lâchée.
00:21:56Tu as raconté
00:21:57un maximum de choses ?
00:21:58Oui.
00:21:58Là, j'ai craqué,
00:22:00j'ai commencé à tout déballer.
00:22:02Et je voyais Marc
00:22:03qui, au fur et à mesure
00:22:05que je racontais mes trucs,
00:22:05je le voyais
00:22:06qui se décomposait
00:22:07parce que je pense
00:22:08qu'il était très loin
00:22:09d'imaginer
00:22:09ce que je vivais
00:22:11depuis tant d'années.
00:22:12Ça t'était déjà arrivé, Marc,
00:22:13de recueillir
00:22:14ce genre de confidence
00:22:15très douloureuse
00:22:17et insupportable ?
00:22:19Oui, bien sûr.
00:22:19Dans la vie d'un prêtre,
00:22:20c'est quelque chose
00:22:21qui arrive souvent.
00:22:23Mais là,
00:22:23c'était quelqu'un
00:22:24qui était proche.
00:22:25C'est-à-dire,
00:22:26il y avait cette force
00:22:27déjà de l'amitié
00:22:28entre nous.
00:22:28Et donc,
00:22:29c'est une amie
00:22:30qui me parlait
00:22:31de cette histoire,
00:22:32de son histoire.
00:22:34Et donc,
00:22:36pour moi,
00:22:37c'était incompréhensible,
00:22:38intolérable.
00:22:39Et alors donc,
00:22:40qu'est-ce qui se passe ?
00:22:41Comment tu décides
00:22:43de l'aider ?
00:22:44Qu'est-ce que tu ressens, toi,
00:22:45en te laissant aller
00:22:46à la confidence ?
00:22:48Moi, je me dis,
00:22:49ça y est,
00:22:49j'ai pu enfin,
00:22:50enfin quelqu'un.
00:22:52Ça a dû te faire du bien.
00:22:53Ah bah non,
00:22:54mais c'était...
00:22:54C'était combien de temps
00:22:55après votre rencontre, ça ?
00:22:57Trois mois.
00:22:58Ouais,
00:22:59quelque chose comme ça.
00:23:00Ouais, quand même,
00:23:00assez rapide.
00:23:01Oui, oui, oui, oui.
00:23:03Et je me dis,
00:23:04ça y est,
00:23:04il y a au moins quelqu'un
00:23:05qui est au courant.
00:23:06D'ailleurs,
00:23:07c'est horrible ce que je vais dire,
00:23:08mais je me dis,
00:23:08si jamais je finis par décéder
00:23:11d'un des trucs,
00:23:13au moins,
00:23:14Marc,
00:23:14il pourra témoigner
00:23:15de ce que je vivais.
00:23:15C'est atroce,
00:23:16mais en fait,
00:23:17voilà, je...
00:23:18C'est terrible quand même
00:23:19d'entendre des choses comme ça.
00:23:21Comment tu réagis, toi, Marc,
00:23:22en t'entendant ça ?
00:23:23C'est glaçant,
00:23:24c'est...
00:23:25Et après,
00:23:25moi, c'était...
00:23:27Je me suis dit,
00:23:27je ne peux pas la laisser là.
00:23:29Mais que faire ?
00:23:31Bah déjà,
00:23:32c'était de lui dire
00:23:34que ce n'était pas acceptable,
00:23:36qu'elle n'avait pas le droit
00:23:38de se faire traiter ainsi.
00:23:40Après,
00:23:40c'était peut-être au jour le jour
00:23:43de l'écouter,
00:23:46de la soutenir
00:23:47et pour qu'elle,
00:23:48elle-même,
00:23:49finalement,
00:23:49mettre des mots
00:23:50sur ce qu'elle était en train de vivre
00:23:51puisqu'elle avait déjà commencé
00:23:53en venant me voir.
00:23:54Et je pense que quand on ouvre la porte,
00:23:56après,
00:23:57bah,
00:23:57elle m'a raconté tout.
00:23:59En fait,
00:23:59tu l'as aidée
00:24:00à trouver la force
00:24:01peut-être de réagir ?
00:24:03En fait,
00:24:03je crois que j'ai juste ouvert une porte
00:24:05et elle a pu,
00:24:06en fait,
00:24:06pendant tous ses premiers mois,
00:24:09elle me parlait,
00:24:10elle me parlait,
00:24:11elle me parlait de ses 23 ans.
00:24:12Donc je pense que je connais aujourd'hui
00:24:15les moindres détails
00:24:17des 23 ans
00:24:17de sa vie,
00:24:20mais elle avait besoin
00:24:20d'exprimer
00:24:21chaque détail
00:24:23et chaque...
00:24:25Et Ingrid a une bonne mémoire,
00:24:27donc quelque part,
00:24:28elle arrivait à exprimer
00:24:31au jour le jour
00:24:32ce qu'elle avait vécu
00:24:33pendant ses 23 ans.
00:24:34Est-ce que tu lui as conseillé
00:24:36d'aller porter plainte ?
00:24:37Est-ce que ça te traversait
00:24:39l'esprit ?
00:24:39Même pas parce qu'en fait,
00:24:41je voulais tellement pas
00:24:42lui faire de mal.
00:24:45Lui faire de mal à qui ?
00:24:47À ton ex-mari ?
00:24:48Ouais,
00:24:48que du coup,
00:24:49je me disais,
00:24:51mais non,
00:24:51si je porte plainte...
00:24:52Comment tu l'analyses, toi ?
00:24:53Tu dis,
00:24:54je voulais pas lui faire de mal
00:24:55par amour
00:24:56ou parce que
00:24:57j'étais manipulée ?
00:24:59Aujourd'hui,
00:24:59je peux dire
00:25:00parce que c'était
00:25:00de la manipulation.
00:25:03Aujourd'hui,
00:25:03je sais même pas
00:25:04si je peux parler
00:25:05d'amour entre...
00:25:06Aujourd'hui,
00:25:07parce qu'aujourd'hui,
00:25:09tu as rencontré l'amour.
00:25:09Parce qu'aujourd'hui,
00:25:10je sais ce que c'est.
00:25:11Les violences,
00:25:12c'était tous les jours ?
00:25:13Alors,
00:25:13c'était pas tous les jours.
00:25:14Alors,
00:25:14si,
00:25:15les violences,
00:25:16l'humiliation psychologique,
00:25:18oui,
00:25:19c'est tout le temps.
00:25:20Il rentre du travail,
00:25:22il a faim.
00:25:24Je lui prépare...
00:25:24Voilà,
00:25:25je lui dis,
00:25:26ah ben non,
00:25:26mais j'avais pas envie
00:25:26de s'asseoir.
00:25:27C'est trop chaud,
00:25:28c'est trop salé,
00:25:28c'est pas...
00:25:29T'as l'impression
00:25:30que si c'est gris,
00:25:30il aurait voulu noir,
00:25:31si c'est noir,
00:25:31tenez-vous les blancs.
00:25:32En fait,
00:25:32on finit par être
00:25:33en hyper vigilance.
00:25:36Moi,
00:25:36c'est pour te dire,
00:25:37je m'endormais le soir
00:25:38durant ces 23 années
00:25:40en ayant la trouille
00:25:41d'être tuée
00:25:42pendant la nuit.
00:25:43T'arrivais à dormir quand même ?
00:25:44Ben,
00:25:44c'était très compliqué.
00:25:45Alors que maintenant
00:25:46que je vis avec par cheveux,
00:25:47je m'endors comme un gros bébé.
00:25:49Donc,
00:25:49Marc,
00:25:50tu entends tout ça,
00:25:51cette somme de souffrance
00:25:52absolument difficile à entendre.
00:25:56C'est insupportable
00:25:57tout ce que tu racontes
00:25:58et de se dire
00:25:59qu'encore aujourd'hui,
00:26:00à notre époque,
00:26:01même de tout temps,
00:26:04des femmes
00:26:04ou des êtres humains
00:26:06subissent encore
00:26:06ce genre de comportement.
00:26:08Qu'est-ce que tu te dis
00:26:09et qu'est-ce que tu lui dis ?
00:26:10Ben,
00:26:10je me dis qu'elle me confie
00:26:11des choses vraiment,
00:26:12voilà,
00:26:13intimes,
00:26:13très fortes,
00:26:14très douloureuses
00:26:16et du coup,
00:26:17moi,
00:26:18j'ai envie en retour
00:26:19de lui confier aussi
00:26:20des choses de mon histoire.
00:26:22Ah oui,
00:26:22donc tu te confies aussi ?
00:26:23Peu à peu,
00:26:23je lui confie aussi
00:26:24ton ressenti,
00:26:28mon sentiment d'être
00:26:30un peu étouffé
00:26:31dans l'institution,
00:26:33de vouloir être plus humain
00:26:37finalement que divin,
00:26:39c'est-à-dire que je me sens...
00:26:40Est-ce que tu avais l'impression
00:26:42que quelque chose te manquait
00:26:44dans ta vie ?
00:26:45Oui,
00:26:46en fait,
00:26:46je l'ai cherché,
00:26:47donc c'est pour ça
00:26:48que j'ai fait une thèse
00:26:49en me disant,
00:26:50voilà,
00:26:50le travail intellectuel,
00:26:51peut-être que c'est ça
00:26:52qui me manque
00:26:52et ensuite,
00:26:54j'ai appris le tamoul
00:26:55pour aller partir en Inde
00:26:57et au Sri Lanka,
00:26:58en me disant,
00:27:00c'est là-bas,
00:27:00donc je vais partir en Inde
00:27:02ou au Sri Lanka,
00:27:03peut-être que c'est là
00:27:04que je vais trouver...
00:27:04Et t'y allé ?
00:27:05Alors,
00:27:06j'y suis allé en 2018
00:27:07quand on s'est connu,
00:27:10mais pas pour y rester,
00:27:12je voulais revenir.
00:27:14Donc voilà,
00:27:15je cherchais quelque part
00:27:16quelque chose
00:27:18qui me manquait.
00:27:19Donc vous êtes très proche,
00:27:21vous faites des confidences
00:27:22l'un à l'autre,
00:27:23mais concrètement,
00:27:24tu sais que tous les jours,
00:27:26elle risque sa vie.
00:27:27Tu lui as conseillé
00:27:28d'aller porter plainte ou pas ?
00:27:29Oui,
00:27:29je lui ai conseillé
00:27:30d'aller porter plainte
00:27:31et il y a même eu un soir où...
00:27:35Tu devais être inquiet
00:27:36de la savoir chez elle.
00:27:38Oui, c'est ça.
00:27:39En danger.
00:27:40Et donc même,
00:27:40je suis revenu un soir,
00:27:42j'étais dans le limousin
00:27:43et je suis revenu dans la nuit
00:27:45à Paris
00:27:46parce qu'elle était partie
00:27:47de la maison
00:27:48parce que lui était encore là
00:27:51et où était revenu,
00:27:52je ne sais plus.
00:27:53Et donc elle était partie,
00:27:55elle était avec sa fille
00:27:56dans la rue
00:27:57et finalement,
00:27:58elle était allée
00:27:58chez une amie.
00:28:00À ce moment-là,
00:28:00vous continuez à échanger
00:28:02par SMS.
00:28:04Vos SMS avez changé de nature,
00:28:08de contenu ?
00:28:09C'était plus...
00:28:11Il y avait de l'affection.
00:28:12Ça se traduisait comment,
00:28:13l'affection ?
00:28:14Du coup, c'était...
00:28:15Du souci pour l'autre,
00:28:16en fait, au quotidien.
00:28:17Non, mais il y avait des petits mots,
00:28:18je me souviens.
00:28:19Par exemple ?
00:28:20Ce n'était pas forcément
00:28:20bisous,
00:28:21mais enfin,
00:28:22vous voyez des petits trucs comme ça.
00:28:22Ah oui,
00:28:22on n'allait pas jusque-là quand même.
00:28:23On n'allait pas jusque-là quand même
00:28:24parce que voilà,
00:28:25mais des petits...
00:28:26Mais je t'embrasse quand même ?
00:28:27Voilà, des petits
00:28:28je t'embrasse,
00:28:29des petits...
00:28:30Prends soin de toi.
00:28:31Prends soin de toi.
00:28:32Enfin voilà,
00:28:33il me disait toujours
00:28:34fais attention à toi.
00:28:35C'était quoi le max du max
00:28:37dans la tendresse ?
00:28:39À ce moment-là ?
00:28:40Ouais.
00:28:41Le max du max...
00:28:42À quel moment ?
00:28:44Enfin,
00:28:45est-ce qu'il y a un moment
00:28:45où tu t'es dit
00:28:47tiens,
00:28:48il y a une petite évolution
00:28:49dans nos rapports ?
00:28:50Alors, ouais,
00:28:51si,
00:28:51il y a une fois.
00:28:52Et ça,
00:28:52je ne sais pas si tu t'en souviens
00:28:53parce qu'en fait,
00:28:54je parle d'un garçon
00:28:55avec qui j'ai eu une petite aventure,
00:28:58François.
00:28:59Et alors ?
00:28:59Je le connais.
00:29:00Et tu lui dis quoi ?
00:29:01Et là,
00:29:01Marc,
00:29:02donc je lui parle de François
00:29:03et puis il me dit
00:29:04oh bah le vénard.
00:29:05Et du coup,
00:29:05je me dis
00:29:05qu'est-ce qui lui arrive ?
00:29:07Ça te fait plaisir ?
00:29:09Bah oui,
00:29:09parce que je me dis
00:29:10ah bah ça veut dire
00:29:11qu'il y a plus...
00:29:13Donc là,
00:29:13quand même,
00:29:14on ne dit pas ça par hasard.
00:29:16Là,
00:29:16tu y pensais déjà.
00:29:17Il y a quelque chose
00:29:18de spontané en fait
00:29:19qui sort à ce moment-là.
00:29:20Mais oui,
00:29:21je pense que
00:29:23dans un monde idéal
00:29:26sans l'interdit
00:29:29et sans le fait
00:29:30que je sois
00:29:31dans une institution
00:29:33t'aurait laissé
00:29:35s'épanouir
00:29:37tes sentiments.
00:29:38Oui,
00:29:38je pense qu'à ce moment-là,
00:29:40je me dis
00:29:41oui,
00:29:41Ingrid,
00:29:42c'est certainement
00:29:42la femme
00:29:43avec qui j'aurais aimé
00:29:44vivre ma vie.
00:29:45C'est terrible
00:29:46d'en fouiller des sentiments.
00:29:47J'ai cette image-là
00:29:49où on essaie
00:29:49de colmater
00:29:51toutes les fuites possibles
00:29:53et puis pouf,
00:29:54non,
00:29:55c'est plus fort que tout.
00:29:56C'est ça.
00:29:56C'est ça.
00:29:57Mais alors là,
00:29:58il s'était toujours
00:29:59rien passé d'autre
00:30:00entre vous ?
00:30:00Non.
00:30:01Donc un an après
00:30:02votre...
00:30:03rencontre ?
00:30:03Oui,
00:30:03un peu plus d'un an
00:30:04après notre rencontre.
00:30:05Qu'est-ce qui se passe ?
00:30:07Là,
00:30:07j'invite Ingrid
00:30:08chez moi.
00:30:10C'est la première fois.
00:30:12Énorme !
00:30:12Que j'invite Ingrid.
00:30:13Alors là...
00:30:14Je l'invite à
00:30:15inviter chez...
00:30:16Oui.
00:30:18Alors tu l'invites
00:30:19à dîner ?
00:30:19Chez moi,
00:30:19chez moi.
00:30:20Tu l'invites
00:30:20à prendre le thé,
00:30:22à déjeuner ?
00:30:22À prendre le thé.
00:30:23Ah oui,
00:30:23donc on ne va quand même
00:30:24pas jusqu'au dîner.
00:30:25Non.
00:30:26Pas tout de suite
00:30:26le petit dîner
00:30:27avec les bougies.
00:30:30Et donc voilà,
00:30:32on prend le thé,
00:30:32on discute.
00:30:34Alors tu l'invites
00:30:35chez toi
00:30:36avec une arrière-pensée ?
00:30:37Non,
00:30:38sans aucune arrière-pensée.
00:30:39Là,
00:30:40vous ne vous êtes
00:30:40toujours pas
00:30:41à vous-même
00:30:42vos sentiments.
00:30:44et il n'y a rien.
00:30:44C'est ça qui est fou.
00:30:46Et alors ?
00:30:47Et ben voilà,
00:30:48donc on parle
00:30:48de plein de trucs.
00:30:50C'est comme d'hab,
00:30:51c'est-à-dire que c'est très
00:30:52dans la bienveillance,
00:30:56c'est très dans...
00:30:57Voilà.
00:30:58Et alors,
00:30:58donc,
00:30:59tu es invitée
00:31:00à prendre le thé,
00:31:01donc vous parlez
00:31:02de choses et d'autres.
00:31:02Voilà.
00:31:03Et puis,
00:31:04qu'est-ce qui se passe ?
00:31:04Et qu'est-ce qui se passe ?
00:31:05Et ben,
00:31:06moi je dois y aller
00:31:06parce que je dois aller
00:31:07chercher ma choupinette
00:31:08à l'école
00:31:08qui est juste à côté,
00:31:10mais bon,
00:31:10il faut quand même
00:31:10que j'y aille.
00:31:11Et là,
00:31:12en fait,
00:31:12d'habitude,
00:31:12quand on se quitte,
00:31:13que ce soit à la paroisse,
00:31:14on se fait la bise,
00:31:15quoi,
00:31:15enfin normal.
00:31:16Et là,
00:31:17franchement,
00:31:18c'est un truc
00:31:18que je n'arrive pas
00:31:19à expliquer encore aujourd'hui.
00:31:20Ben moi,
00:31:20je peux te l'expliquer très bien.
00:31:24Je m'apprête,
00:31:25alors que Marc
00:31:26est en clergymane,
00:31:28enfin je veux dire,
00:31:28il est avec son col en main,
00:31:29il est habillé tout en noir,
00:31:30il n'est pas en soutane quand même.
00:31:31Ah oui.
00:31:32Ah oui,
00:31:33et là,
00:31:33je m'approche,
00:31:34comme Marc est plus grand que moi,
00:31:36je m'approche
00:31:36pour aller lui faire la bise
00:31:37et je l'embrasse
00:31:40sur la bouche.
00:31:41Avec la langue ?
00:31:42Non.
00:31:42Non, non.
00:31:42Non, non.
00:31:43Juste sur la bouche.
00:31:44Juste un petit smack,
00:31:45comme ça.
00:31:46Et en fait,
00:31:46ce truc-là,
00:31:47j'ai l'impression que c'est...
00:31:48Une...
00:31:51Et toi,
00:31:53tu as un mouvement
00:31:54de recul ou pas ?
00:31:55Ouais,
00:31:56de surprise,
00:31:57de surprise,
00:31:57de recul.
00:32:02Non,
00:32:02parce que voilà,
00:32:02je ne rejette pas
00:32:03ce baiser.
00:32:05Ah ben si,
00:32:05jusqu'à présent,
00:32:06t'as tout enfoui,
00:32:07tout rejeté.
00:32:08Jusqu'à présent,
00:32:08oui,
00:32:09là,
00:32:09là...
00:32:10En fait,
00:32:10il ne bouge pas,
00:32:11je suis en face de lui,
00:32:11je l'embrasse,
00:32:13et là,
00:32:13ça va très très vite
00:32:14dans ma tête,
00:32:14et je me dis,
00:32:14ouais,
00:32:15qu'est-ce qui s'est passé ?
00:32:16Qu'est-ce qui...
00:32:16Enfin,
00:32:17je suis en train de tout...
00:32:17La force de l'amitié,
00:32:19là,
00:32:19j'ai tout...
00:32:21Alors,
00:32:22pardon,
00:32:22mais parfois,
00:32:23quand ce genre de choses
00:32:24arrive,
00:32:25et ça a pu m'arriver,
00:32:27bien sûr,
00:32:28tu fais un petit bisou,
00:32:29quand tu vois que l'autre
00:32:30n'est pas effrayé,
00:32:36là,
00:32:36j'étais tellement...
00:32:38Voilà,
00:32:40qu'en fait,
00:32:41je lui dis,
00:32:42il faut que j'y aille.
00:32:44T'es partie encore plus vite.
00:32:45Et en fait,
00:32:45je suis partie,
00:32:46il fallait qu'il m'accompagne,
00:32:47parce que,
00:32:47en fait,
00:32:47pour sortir du presbytère,
00:32:48il fallait qu'il y ait...
00:32:49Enfin,
00:32:49bon,
00:32:49bref,
00:32:49il y avait une clé,
00:32:50enfin,
00:32:50donc moi,
00:32:50je n'avais pas la clé,
00:32:51et il m'emmène jusqu'au bout,
00:32:53et là,
00:32:53je me retrouve dans la rue,
00:32:54et je lui ai écrit un SMS,
00:32:55je lui dis,
00:32:55Marc,
00:32:56je suis sincèrement désolée,
00:32:57voilà,
00:32:58enfin...
00:32:59T'as peur de quoi ?
00:33:00Bah,
00:33:00j'ai peur de le perdre,
00:33:01alors,
00:33:02pour le coup,
00:33:02de perdre un ami.
00:33:03Si tu veux,
00:33:03il est prêtre,
00:33:04donc pour moi,
00:33:05il a une vocation,
00:33:06et...
00:33:07Tu t'es dit,
00:33:07tu t'es dit,
00:33:08il ne voudra jamais aller plus loin,
00:33:10et il ne voudra plus me voir,
00:33:11parce que ça peut être dangereux pour lui.
00:33:12Voilà,
00:33:13exactement,
00:33:13ouais,
00:33:14et en fait,
00:33:14et du coup,
00:33:15c'est l'effet inverse
00:33:17de ce que je voulais,
00:33:17ce que je voulais,
00:33:18c'est-à-dire que moi,
00:33:18je voulais qu'on continue à se voir.
00:33:20Mais toi,
00:33:20tu as ressenti quoi,
00:33:21à ce moment-là ?
00:33:21Ah,
00:33:21j'étais transpercée
00:33:26par quelque chose de fou,
00:33:29quoi,
00:33:29enfin,
00:33:29c'était,
00:33:30je ne sais pas comment l'expliquer.
00:33:30C'est joli quand il est...
00:33:33En fait,
00:33:34c'est difficile à décrire
00:33:35avec des mots,
00:33:36mais en revanche,
00:33:37avec une respiration,
00:33:39ou des gestes.
00:33:39Ah ouais,
00:33:40c'est quelque chose
00:33:41de très puissant,
00:33:42quoi.
00:33:43Et je me dis,
00:33:44alors que fondamentalement,
00:33:45c'est juste un baiser,
00:33:46mais quel baiser,
00:33:47quoi.
00:33:47Et toi,
00:33:48t'étais dans quel état ?
00:33:49Pour moi,
00:33:49c'est une forme de révélation,
00:33:50en fait,
00:33:51à ce moment-là.
00:33:51C'est de dire...
00:33:53T'es resté quoi,
00:33:54derrière la porte,
00:33:55en te disant,
00:33:56qu'est-ce qui m'arrive ?
00:33:57J'étais derrière la porte,
00:33:58assez vite.
00:33:59Voilà,
00:33:59il y a le SMS d'Ingrid,
00:34:01mais pendant le petit temps
00:34:04entre les deux,
00:34:05oui,
00:34:05qu'est-ce qui m'arrive,
00:34:06mais qu'est-ce qui m'arrive
00:34:07d'un point de vue positif,
00:34:09pour une fois.
00:34:10Ah oui ?
00:34:10Ah,
00:34:10tu t'es dit,
00:34:11c'est ce que je cherchais ?
00:34:12C'est ça,
00:34:12ouais.
00:34:13Donc,
00:34:13elle t'envoie ce SMS
00:34:14ou elle s'excuse,
00:34:15et comment tu réagis ?
00:34:17Bah,
00:34:17je lui renvoie un SMS
00:34:19en lui disant,
00:34:21c'est ce qui devait se passer.
00:34:22Ah,
00:34:22tu quand même t'exprimes
00:34:23que c'est positif ?
00:34:25Oui,
00:34:25enfin,
00:34:26elle,
00:34:27elle est un peu dans la culpabilité,
00:34:28donc je lui dis,
00:34:29mais non,
00:34:29c'est ce qui devait se passer,
00:34:31et accueillons-le comme ça.
00:34:33Accueillons-le comme ça.
00:34:34Ah oui,
00:34:35et toi ?
00:34:35Ah bah du coup,
00:34:36je me sens totalement déculpabilisée
00:34:38de ce que je viens de faire.
00:34:40Est-ce que tu fais demi-tour
00:34:42pour là venir
00:34:43lui rouler une bonne pelle ?
00:34:45Bah non,
00:34:45parce qu'en fait,
00:34:46il faut que j'aille chercher
00:34:46ma petite choupinette à l'école,
00:34:49donc je suis pressée par le temps,
00:34:50entre guillemets,
00:34:51et en fait,
00:34:52en plus,
00:34:52on ne se revoit pas tout de suite.
00:34:53Alors,
00:34:53attends,
00:34:54attends,
00:34:54là,
00:34:54vous vous revoyez comment le lundi ?
00:34:56Où ?
00:34:57Chez qui ?
00:34:57De nouveau chez Marc.
00:34:59Au presbytère ?
00:35:00Ah bah oui !
00:35:01Bah dis donc !
00:35:02Ah bah oui,
00:35:02on est ici.
00:35:02Drôle de lieu pour une rencontre !
00:35:05Et là,
00:35:05on se prend dans les bras,
00:35:07et d'un seul coup,
00:35:08moi,
00:35:08il y a une question qui me vient.
00:35:10Alors,
00:35:10qui prend l'autre dans les bras ?
00:35:11Moi,
00:35:11je veux tout savoir.
00:35:12Je le prends dans les bras,
00:35:13on se retrouve là,
00:35:14enfin voilà,
00:35:14il finit par m'enlacer,
00:35:15et d'un seul coup,
00:35:16je lui dis,
00:35:17mais attends,
00:35:18Marc,
00:35:19ça fait combien d'années
00:35:19qu'il n'y a pas quelqu'un
00:35:20qui t'a pris dans les bras ?
00:35:21Et là,
00:35:23il me regarde et me fait,
00:35:23bah,
00:35:24jamais ?
00:35:2517 ans.
00:35:26Depuis que tu es prêtre ?
00:35:27Ouais.
00:35:27Sincèrement,
00:35:28moi,
00:35:28il y a une question
00:35:28qui me brûle les lèvres
00:35:30avec tout ce qu'on entend
00:35:32sur l'Église,
00:35:33sur les dérives
00:35:34sexuelles notamment.
00:35:37Est-ce que tu penses
00:35:38que cette idée
00:35:39qu'on interdise
00:35:41aux prêtres catholiques
00:35:43d'avoir une vie de famille,
00:35:46d'avoir des relations charnelles ?
00:35:48Est-ce que tu ne penses pas
00:35:49que ça puisse pousser
00:35:50certains d'entre eux
00:35:51à des dérives sexuelles ?
00:35:53Si, si,
00:35:54j'en suis même persuadé,
00:35:55c'est-à-dire qu'il y a
00:35:56une sorte de coupure
00:35:58entre notre humanité
00:36:02et nos sentiments,
00:36:03et donc on se cache
00:36:04quelque chose
00:36:05d'une partie de notre vie.
00:36:06Couper un homme
00:36:07d'une partie de soi-même,
00:36:08je pense que c'est
00:36:08toujours dangereux.
00:36:09Et là,
00:36:11pour moi,
00:36:13c'est le moment
00:36:13où je suis moi-même
00:36:16totalement, en fait.
00:36:17Oui, c'est-à-dire
00:36:17que c'est incroyable
00:36:18que tu aies aussi vite réalisé
00:36:21que tu avais trouvé
00:36:23ce que tu cherchais.
00:36:24Oui,
00:36:24je pense que c'était
00:36:25une évidence
00:36:26que j'avais été,
00:36:30en effet,
00:36:30coupé de moi-même
00:36:31pendant ces 17 ans
00:36:33et que, enfin,
00:36:34je me retrouvais
00:36:35totalement grâce à Ingrid.
00:36:37Et qu'est-ce que ça
00:36:39enlèverait à votre foi
00:36:41de vivre maritalement,
00:36:44d'avoir une vie de famille,
00:36:46d'avoir des relations sexuelles ?
00:36:47Rien, ça en rajouterait
00:36:48beaucoup.
00:36:49C'est ça ?
00:36:49Ça rajouterait
00:36:49de l'amour à l'amour.
00:36:50Oui, puis ça
00:36:51l'incarnerait justement.
00:36:51Ça incarnerait tout ce qu'on dirait.
00:36:53C'est-à-dire que le langage
00:36:54de l'amour serait
00:36:55un langage authentique.
00:36:56Et je pense que je le vis
00:36:57d'ailleurs dans...
00:36:58Parce que...
00:36:59Donc, on va commencer
00:37:00avec Ingrid
00:37:00deux ans de clandestinité.
00:37:03Parce qu'on va vivre
00:37:03notre amour
00:37:04de manière clandestine.
00:37:05À quel moment
00:37:07vous l'avez concrétisé
00:37:08charnellement ?
00:37:10C'était encore
00:37:12au presbytère.
00:37:14Encore au presbytère ?
00:37:15Oui, parce que chez toi
00:37:19c'était difficile
00:37:19avec les enfants.
00:37:20Oui, avec cinq enfants
00:37:22ça vient, ça va.
00:37:23La maison est quand même
00:37:23souvent remplie.
00:37:25Donc du coup,
00:37:25c'est effectivement...
00:37:26Tu vivais toujours séparé
00:37:28mais dans la même maison
00:37:30que ton ex-marin ?
00:37:31Alors là, il était déjà parti.
00:37:32Il s'est passé quoi en fait ?
00:37:33Il est parti de lui-même ?
00:37:35Oui.
00:37:36Et en fait,
00:37:36il a fini par partir.
00:37:37Mais pour quelle raison ?
00:37:38Parce qu'à cause
00:37:39de tes confidences
00:37:41à Marc ou rien à voir ?
00:37:42Non, non.
00:37:43En fait, je pense que
00:37:43comme il n'avait plus de prise
00:37:44du tout, du tout, du tout
00:37:45sur moi parce qu'en fait
00:37:46c'est ce que je faisais
00:37:48au quotidien.
00:37:49C'est-à-dire qu'il m'envoyait
00:37:50des pics, des machins,
00:37:51des humiliations.
00:37:52En fait, il perd.
00:37:52Il perd l'essence même
00:37:54de sa puissance à lui.
00:37:55Et donc du coup,
00:37:56je ne suis plus intéressante.
00:37:58Vous deviez être peut-être
00:38:00angoissé à cette idée
00:38:01d'aller plus loin ou pas ?
00:38:02Oui, oui.
00:38:03Intimidé, angoissé.
00:38:06Oui, oui.
00:38:07Et puis, on brise
00:38:08un sacré tabou quand même.
00:38:10Donc briser ce tabou,
00:38:13c'est quand même,
00:38:14c'est fort.
00:38:16Et comment ça se passe ?
00:38:17C'est incroyable parce que
00:38:18moi, je découvre d'un seul coup
00:38:19qu'en fait, il peut y avoir
00:38:20de la douceur,
00:38:21qu'il peut y avoir
00:38:21de la tendresse.
00:38:23Je découvrais même
00:38:24des zones de mon corps
00:38:25érogène.
00:38:26Je me dis, waouh,
00:38:27j'ai 43 ans
00:38:28et je peux encore découvrir
00:38:30des choses incroyables.
00:38:32Et puis, quand on fait l'amour
00:38:33en ayant des sentiments,
00:38:35ce n'est pas la même chose.
00:38:36Aussi.
00:38:38Et puis, sans être...
00:38:40Parce que quand on est victime
00:38:42de ce genre de personnes,
00:38:44il y a ce qu'on appelle
00:38:44les viols conjugaux.
00:38:45Que tu as subis aussi.
00:38:47Bah oui.
00:38:48Parce qu'en fait,
00:38:48on est...
00:38:49Comme on est la chose
00:38:50de ces gens-là, en fait.
00:38:53Terrible.
00:38:54Donc là, d'un seul coup,
00:38:55je découvre quelque chose.
00:38:56On lui dit, mais on peut...
00:38:58Enfin, ça peut être fait
00:38:58dans la douceur.
00:38:59Ça peut être fait
00:38:59dans le respect de l'autre.
00:39:01Ça peut être fait
00:39:01dans la tendresse.
00:39:03Enfin, moi, c'est...
00:39:05Voilà.
00:39:05Je découvre...
00:39:06Je me souviens
00:39:06parce que j'en pleure, quoi.
00:39:08J'en pleure de bonheur,
00:39:10évidemment.
00:39:11Sur le moment ?
00:39:11Ah bah oui.
00:39:12Et toi, Marc ?
00:39:13Moi, je connais son histoire.
00:39:15aussi.
00:39:16Donc, voilà.
00:39:17Je connais mes maladresses aussi.
00:39:21Donc, je sais pas.
00:39:21J'essaye d'être
00:39:22le plus naturel possible
00:39:24et en même temps,
00:39:25le plus respectueux
00:39:27par rapport à son histoire.
00:39:30Et voilà.
00:39:30mais en même temps,
00:39:33je me laisse aller, quoi.
00:39:34L'idée d'être dans le péché,
00:39:36t'as pas bloqué ?
00:39:38Peut-être cinq minutes,
00:39:40mais...
00:39:40Mais après,
00:39:42je me dis tellement,
00:39:44mais c'est avec elle,
00:39:46c'est elle.
00:39:47Ah oui, tu te dis ça.
00:39:48Voilà.
00:39:49C'est maintenant,
00:39:50c'est une autre histoire.
00:39:51J'imagine que les mois
00:39:52qui ont suivi
00:39:53n'ont pas été simples.
00:39:55Et quand on découvre
00:39:56cette communion charnelle
00:39:59et cette communion sentimentale,
00:40:02on a envie
00:40:02que ça se reproduise souvent,
00:40:04j'imagine ?
00:40:04Oui, on a envie
00:40:05que ça se reproduise souvent
00:40:06et c'est pas évident
00:40:07parce que, voilà,
00:40:08on a...
00:40:09Moi, je suis toujours
00:40:10dans ma paroisse.
00:40:11Vous vous culpabilisez ?
00:40:13Très vite, non,
00:40:14parce qu'Ingrid
00:40:15me sort de ce sentiment-là.
00:40:18Moi, j'aurais pu
00:40:18facilement y rentrer,
00:40:20mais elle m'en sort.
00:40:21Oui, parce que je lui dis,
00:40:22mais attends,
00:40:22pourquoi on va culpabiliser
00:40:24alors qu'on est juste
00:40:25deux êtres adultes
00:40:26consentants
00:40:27qui nous aimons ?
00:40:28Qu'est-ce que tu lui dis
00:40:28par rapport à sa fonction
00:40:30de prêtre ?
00:40:31Je lui dis qu'effectivement,
00:40:33il s'est engagé.
00:40:34Moi, je ne voulais surtout pas
00:40:35par rapport à sa foi
00:40:36que lui dire
00:40:38écoute, tu sors de tout ça
00:40:39et on n'en parle plus.
00:40:40Pas du tout.
00:40:41Est-ce que vous envisagez
00:40:42de vivre cette relation
00:40:43au grand jour ?
00:40:45Assez vite, oui,
00:40:45parce qu'on n'imagine pas
00:40:48la vivre de manière
00:40:49clandestine trop longtemps.
00:40:51Vous l'avez vécu
00:40:52de manière clandestine
00:40:52combien de temps ?
00:40:53Deux ans, quand même.
00:40:54T'en avais parlé
00:40:55à tes enfants
00:40:56à ce moment-là ?
00:40:57Non.
00:40:58Est-ce qu'il vous est arrivé
00:41:00de croiser des paroissiens
00:41:02qui se sont posés
00:41:03des questions
00:41:04à ce moment-là
00:41:05pendant ces deux ans ?
00:41:06Oui, parce que même
00:41:06si on était très vigilants
00:41:07et que la chance qu'on a,
00:41:09c'est qu'on est parisiens
00:41:09donc on a...
00:41:11C'est grand.
00:41:12Paris, c'est grand.
00:41:13Donc, on évitait
00:41:13d'aller dans notre coin
00:41:14pour faire des courses
00:41:15ou aller dîner.
00:41:17Alors Marc,
00:41:17il avait été super fort
00:41:18parce que lui,
00:41:19il rentrait quelque part,
00:41:20il scannait toute la salle.
00:41:21Et je me souviens d'une fois
00:41:25où on faisait des courses
00:41:27et puis là, d'un seul coup,
00:41:30on voit une paroissienne.
00:41:31Donc, du coup,
00:41:32je vois Marc qui part en vitesse.
00:41:34Moi, je me retrouve comme ça
00:41:35toute seule face à elle
00:41:36où elle me regarde.
00:41:37Alors, je me dis
00:41:37est-ce qu'elle a vu Marc derrière
00:41:38ou pas ?
00:41:39Enfin, je me sens un peu coincée.
00:41:42C'est des moments
00:41:42qui ne sont pas très agréables
00:41:43et après...
00:41:43Vous faisiez des courses
00:41:44dans quel but ?
00:41:46On a acheté
00:41:47de la lingerie fine.
00:41:48Et du coup,
00:41:52c'est vrai que tu te retrouves
00:41:53avec ta petite culotte.
00:41:55Parce que la paroissienne
00:41:56qui croise un prêtre
00:41:58dans le magasin
00:41:59de lingerie fine,
00:42:00ça ne le fait pas vraiment
00:42:01quand même.
00:42:01Non, ça ne le fait pas trop.
00:42:03Qu'est-ce qui vous manquait
00:42:04le plus
00:42:04quand vous viviez
00:42:06cette relation
00:42:07de manière clandestine ?
00:42:09D'être reconnue
00:42:09comme couple,
00:42:10en fait.
00:42:11D'être reconnue
00:42:12comme un couple normal,
00:42:14j'oserais dire.
00:42:15Et ça,
00:42:16ça a été douloureux.
00:42:18Et ce qui fait qu'assez vite,
00:42:19on est allé vers des amis
00:42:21qui n'étaient pas du tout
00:42:22dans l'église,
00:42:23etc.
00:42:24pour leur parler
00:42:25de notre amour.
00:42:26Et tu continues
00:42:27à être prêtre
00:42:28à ce moment-là ?
00:42:29Oui.
00:42:30Il n'y a pas une dualité
00:42:32qui s'installe ?
00:42:33Une culpabilité ?
00:42:35Il y a une peur
00:42:35d'être un peu dissocié.
00:42:37Oui.
00:42:38Il y a aussi...
00:42:39Alors qu'au fond,
00:42:40tu te sens bien plus unifié.
00:42:43Exactement.
00:42:43Alors je me sens vraiment
00:42:44moi-même.
00:42:45Je me sens...
00:42:45Mais cela dit,
00:42:46les paroissiens,
00:42:46ils le sentent.
00:42:47Les paroissiens,
00:42:48le sent.
00:42:48Tout le monde était là,
00:42:48mais Marc,
00:42:49qu'est-ce qu'il est en forme
00:42:50en ce moment ?
00:42:51Oh, c'est Zomélie,
00:42:52c'est dingue.
00:42:53Ça parle de l'amour,
00:42:54de machin.
00:42:55Parce qu'en fait,
00:42:55souvent,
00:42:55ils me disaient,
00:42:56j'ai écrit Zomélie
00:42:56en pensant à toi.
00:42:58Et tes enfants,
00:42:59ils ont constaté
00:43:01un changement chez toi ?
00:43:02Oui.
00:43:03Alors je me souviens
00:43:04de ma deuxième
00:43:05qui m'avait dit une fois
00:43:06mais maman,
00:43:06tu n'es plus la même.
00:43:08Qu'est-ce qui se passe ?
00:43:09Parce que je pense
00:43:10que j'avais en plus
00:43:10retrouvé ma joie de vivre
00:43:11que j'avais totalement perdue.
00:43:14Et donc forcément,
00:43:14qu'ils se disent
00:43:14qu'elle a changé
00:43:15de la disquette là.
00:43:17Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?
00:43:19Je n'ai pas tout de suite répondu
00:43:19que j'étais amoureuse.
00:43:20Je dis,
00:43:20ben voilà,
00:43:21dans ma vie,
00:43:22ça va mieux.
00:43:23Et puis après,
00:43:24j'ai fini par leur dire
00:43:24parce que mes enfants
00:43:25étaient scouts à la paroisse
00:43:27et donc il était l'aumônier.
00:43:28Et comment ils ont réagi ?
00:43:29Alors les deux plus jeunes,
00:43:31ça a été hyper heureuse
00:43:33en disant,
00:43:34ben c'est chouette.
00:43:36On va avoir,
00:43:36alors la petite qui disait,
00:43:37on va avoir un nouveau papa.
00:43:38Alors je lui ai dit,
00:43:38écoute,
00:43:39je ne sais pas quand c'est trop
00:43:39que ça va se passer
00:43:40mais en tout cas,
00:43:41il va y avoir un autre homme.
00:43:42Il y a un autre homme
00:43:43dans ma vie.
00:43:45Le garçon,
00:43:46sur le moment,
00:43:46il a mal réagi
00:43:47parce qu'en fait,
00:43:48il a eu super peur pour moi.
00:43:51Parce qu'il avait la trouille
00:43:52que je retombe
00:43:53dans quelque chose de pourri.
00:43:55Donc il a été très
00:43:55dans la protection.
00:43:57Et même au départ,
00:43:58les filles aînées,
00:43:58elles étaient vraiment
00:43:59contentes quoi
00:44:01parce qu'elles me voyaient heureuse.
00:44:03Pourquoi tu dis au départ ?
00:44:04Parce qu'aujourd'hui,
00:44:04ce n'est plus du tout le cas.
00:44:05C'est-à-dire ?
00:44:06En fait,
00:44:07sur cinq enfants,
00:44:09j'ai mes deux aînés
00:44:10qui ne me parlent plus.
00:44:11Depuis combien de temps ?
00:44:12Trois ans.
00:44:13C'est-à-dire que pour elles,
00:44:14je pense que si tu veux,
00:44:15elles ont vécu tellement,
00:44:17enfin elles n'ont vécu
00:44:17qu'avec ce modèle-là.
00:44:19Et en fait,
00:44:20remettre tout en cause,
00:44:21quelque part,
00:44:22psychiquement,
00:44:23je pense que c'est très compliqué.
00:44:24À quel moment
00:44:26tu as décidé,
00:44:27toi Marc,
00:44:28que tu allais changer
00:44:30de...
00:44:32Je peux parler de métier
00:44:33ou de vocation ?
00:44:34Oui.
00:44:36Donc à peu près,
00:44:37oui,
00:44:38deux ans,
00:44:39deux ans après le...
00:44:40ou un an et demi
00:44:41après le baiser.
00:44:42Mais pourquoi ça a pris
00:44:43tant de temps ?
00:44:44Mon idée,
00:44:44c'était de ne pas partir
00:44:46en me sentant culpabilisé,
00:44:48de ne pas partir d'un coup...
00:44:50En claquant la porte.
00:44:51En claquant la porte,
00:44:52mais de partir à la fois,
00:44:54on va dire,
00:44:55sereinement et proprement
00:44:56pour mes paroissiens.
00:44:57Justement,
00:44:58qu'est-ce que tu as trouvé
00:44:59chez Ingrid
00:45:00qui t'a fait
00:45:04quitter l'Église ?
00:45:06Son authenticité,
00:45:07sa spontanéité,
00:45:09sa capacité à exprimer
00:45:11ses sentiments,
00:45:11son amour,
00:45:16sa beauté.
00:45:17Voilà.
00:45:19Tout me dit...
00:45:23De toute façon,
00:45:24c'est avec elle.
00:45:25Qu'est-ce que tu serais
00:45:26aujourd'hui
00:45:26si tu ne l'avais pas rencontrée ?
00:45:28Sincèrement,
00:45:28je pense que...
00:45:30Enfin,
00:45:31cette relation
00:45:32m'a sauvée.
00:45:36En fait,
00:45:36en 2018,
00:45:38j'ai un ami
00:45:40avec qui j'ai fait
00:45:41tout le séminaire
00:45:42qui était prof aussi
00:45:46là où j'étais prof,
00:45:48qui s'est pendu
00:45:50dans son Église.
00:45:52Et donc,
00:45:53je vais à ses obsèques
00:45:54à Rouen.
00:45:56Je me retrouve
00:45:56à côté de sa mère
00:45:58devant le caveau.
00:46:02Et là,
00:46:03à ce moment-là,
00:46:03je me dis,
00:46:04je pense que
00:46:04je risque d'être
00:46:05le prochain.
00:46:07Et à ce moment-là,
00:46:08tu connaissais Ingrid ?
00:46:09Mais à ce moment-là,
00:46:10je connais Ingrid,
00:46:11on est encore...
00:46:12C'est au moment où...
00:46:13Oui, c'est au moment
00:46:13où on est enfin...
00:46:14On n'y a pas encore
00:46:15eu le baiser.
00:46:16C'est vrai.
00:46:16On se connaît,
00:46:17je lui en parle,
00:46:19je vais là-bas.
00:46:19Mais c'est vrai
00:46:20que je me sens
00:46:20très très mal
00:46:21à ce moment-là.
00:46:22Enfin,
00:46:23je me sens bien
00:46:24de connaître Ingrid,
00:46:25mais je me sens mal
00:46:26dans...
00:46:27Je me sens étouffée
00:46:28et enfermée
00:46:28dans mon ministère.
00:46:30Il t'est déjà arrivé
00:46:31de penser
00:46:32à mettre fin
00:46:33à tes jours ?
00:46:34Oui.
00:46:35Donc, on peut dire
00:46:35qu'Ingrid t'a sauvée ?
00:46:37Oui.
00:46:38Complètement, oui.
00:46:39Comment ça se passe ?
00:46:40Parce que quand même,
00:46:41vous avez vécu deux ans
00:46:42en secret,
00:46:44cette relation.
00:46:45Est-ce qu'il y a
00:46:46des gens,
00:46:47de gentils paroissiens
00:46:49qui ont été
00:46:49mauvaise langue ?
00:46:51Oui.
00:46:51Des âmes
00:46:52très charitables ?
00:46:53C'est-à-dire que,
00:46:54à un moment donné,
00:46:54moi, je décide
00:46:55d'aller parler
00:46:56à mon évêque
00:46:57pour lui dire
00:46:57que j'ai besoin
00:46:58de prendre du recul.
00:46:58Je ne veux pas lui parler
00:46:59d'Ingrid tout de suite,
00:47:00mais dire
00:47:01que j'ai besoin
00:47:01de réfléchir,
00:47:02de prendre du recul.
00:47:03Donc, je prends
00:47:03rendez-vous avec lui.
00:47:04On rediscute.
00:47:05Et puis, au bout d'un moment,
00:47:06il sort un dossier
00:47:07qui est devant lui.
00:47:11Et il me dit
00:47:11que j'ai reçu
00:47:12une lettre anonyme
00:47:13te concernant
00:47:15et concernant
00:47:16une certaine Ingrid.
00:47:17Qui disait quoi ?
00:47:18Que vous entretenez
00:47:20une relation.
00:47:22Vous avez su
00:47:22d'où elle venait,
00:47:23cette lettre ?
00:47:24Ici, je pense
00:47:24que c'était
00:47:25du presbytère.
00:47:26Très sympa.
00:47:27Oui.
00:47:27Et je pense
00:47:28que c'est une paroissaine.
00:47:30Et alors,
00:47:31il te dit quoi,
00:47:32l'évêque ?
00:47:33Alors là,
00:47:33moi, ça me permet
00:47:34de mettre
00:47:34les cartes sur la table.
00:47:35Ah, finalement,
00:47:36t'es soulagé, toi ?
00:47:36Oui, finalement,
00:47:37à ce moment-là...
00:47:40Ah, t'es soulagé ?
00:47:42Finalement,
00:47:42ça me permet
00:47:42de lui dire tout.
00:47:44Et alors,
00:47:44comment il réagit ?
00:47:45Assez mal.
00:47:47Il me pose
00:47:49trois conditions,
00:47:50en fait,
00:47:50à ce moment-là.
00:47:51Il me dit
00:47:51je te demande
00:47:53de t'éloigner
00:47:55d'Ingrid,
00:47:56que je sois accompagnée
00:47:56psychologiquement,
00:47:57soit dit en passant,
00:47:59qu'il y aura
00:47:59une sorte de déséquilibre.
00:48:01Et puis,
00:48:03il m'envoie
00:48:05dans une paroisse
00:48:05qui est à l'opposé
00:48:06du département.
00:48:08Donc,
00:48:08sous-entendu
00:48:10qu'on se verrait moins
00:48:11avec Ingrid.
00:48:11Et là,
00:48:12je lui réponds non.
00:48:14Donc,
00:48:14qu'est-ce qui se passe ?
00:48:15Tu jettes ta soutane,
00:48:16tu lui dis non,
00:48:17tu te lèves
00:48:18et tu t'en vas,
00:48:19tu plaques la porte ?
00:48:20Je lui dis non,
00:48:21je lui dis qu'on ne se comprend pas,
00:48:22je lui dis qu'on,
00:48:23voilà,
00:48:23qu'on ne,
00:48:24certainement,
00:48:25qu'on n'est pas
00:48:26sur la même longueur d'onde.
00:48:29Et je,
00:48:30et je,
00:48:32et je pars,
00:48:32oui,
00:48:33je pars,
00:48:34mais lui,
00:48:36comme il a peur
00:48:36du scandale,
00:48:38donc pendant un an,
00:48:39en fait,
00:48:40on va faire comme si
00:48:42j'étais encore
00:48:43dans mon ministère.
00:48:45Et toi,
00:48:45Ingrid,
00:48:46comment tu la vis
00:48:46cette année ?
00:48:48Donc,
00:48:48c'était un an
00:48:49en plus des deux ans ?
00:48:50Oui.
00:48:51Exactement.
00:48:52Parce que c'est un an caché
00:48:54ou quand même là,
00:48:55vous aviez le droit de...
00:48:56Ah bah non,
00:48:56parce que là,
00:48:57il y a un événement
00:48:58qui nous aide.
00:48:59Malheureux pour certains
00:49:00mais heureux pour nous
00:49:00parce que c'est le Covid.
00:49:01C'est le Covid.
00:49:01Et donc,
00:49:02confinement,
00:49:03donc,
00:49:04où est-ce que je me confine ?
00:49:06Et donc,
00:49:06j'ai décidé de me confiner
00:49:07chez Ingrid.
00:49:08Et comment ça se passe,
00:49:09le quotidien ?
00:49:10Bah,
00:49:10c'est super,
00:49:11parce que là,
00:49:11c'est génial.
00:49:12Donc,
00:49:12avec les enfants ?
00:49:13Oui.
00:49:14Du coup,
00:49:14là,
00:49:14on est,
00:49:15en plus,
00:49:16il y a quatre
00:49:18de mes cinq enfants
00:49:19et le petit copain,
00:49:20enfin,
00:49:20à l'époque
00:49:20d'une de mes filles.
00:49:22Je découvre une vie
00:49:23de famille.
00:49:25Je trouve ça super,
00:49:26en fait.
00:49:28Voilà,
00:49:29on fait des gâteaux,
00:49:30on fait de la musique.
00:49:32Il y a beaucoup de musiciens,
00:49:33on est tous musiciens,
00:49:34donc on fait de la musique.
00:49:35Des musiciens aussi ?
00:49:36Moi,
00:49:36je joue de la guitare.
00:49:37Ah bon.
00:49:38J'imagine que là,
00:49:39vous envisagez
00:49:40de vivre ensemble ?
00:49:41Oui,
00:49:41là,
00:49:41c'est clair que
00:49:42je ne retournerai pas
00:49:44à ma paroisse.
00:49:48Et donc,
00:49:48à la fin de ce confinement,
00:49:49je retourne voir l'évêque.
00:49:51Et là,
00:49:52je lui dis,
00:49:53c'est décidé,
00:49:54je quitte l'église.
00:49:55Alors,
00:49:55parce que pendant ces moments,
00:49:58confinement,
00:49:59les moments où vous avez
00:50:00continué à vivre ensemble,
00:50:01tu étais dans quelle situation,
00:50:03toi, Ingrid ?
00:50:03Moi,
00:50:04le divorce n'a été prononcé
00:50:06qu'en 2022,
00:50:08parce que divorcer
00:50:09d'un homme pervers,
00:50:12complexe comme ça,
00:50:13c'est très très long.
00:50:14Et il a mis des bâtons
00:50:15dans les roues tout le temps ?
00:50:16Dès qu'il pouvait,
00:50:18flamme,
00:50:18appelle,
00:50:19flamme,
00:50:19je te mets un progrès,
00:50:20flamme,
00:50:21flamme.
00:50:21Il a retrouvé quelqu'un,
00:50:23lui,
00:50:23ou il est jaloux de ton bonheur ?
00:50:25Ou les deux ?
00:50:25Alors,
00:50:26je pense que,
00:50:26alors ça,
00:50:27il a retrouvé quelqu'un.
00:50:30Je l'appelais,
00:50:31de tout mon cœur.
00:50:32Et d'ailleurs,
00:50:33si un jour,
00:50:33elle tombe sur cette...
00:50:34Je suis là pour...
00:50:37Tu penses qu'il reproduit...
00:50:38Il n'y a pas de raison.
00:50:39Il l'a fait avant moi.
00:50:43Il l'a fait avec moi.
00:50:44C'est des hommes,
00:50:45ils sont trop...
00:50:46Et si jamais
00:50:47tu avais un message
00:50:48à lui transmettre
00:50:49à cette femme ?
00:50:50Elle peut me contacter
00:50:52via les réseaux sociaux.
00:50:54Je fais exprès
00:50:55de ne pas bloquer justement
00:50:55mon profil
00:50:56pour cette raison-là.
00:50:57Comment il a réagi
00:50:58quand il a su pour vous ?
00:51:00Il a su à quel moment,
00:51:01d'ailleurs ?
00:51:02Alors,
00:51:02je pense que...
00:51:03C'est ça qui est fou,
00:51:04c'est que je pense
00:51:04qu'il l'a su,
00:51:05mais avant nous.
00:51:06Avant le baiser ?
00:51:08Une sorte d'intuition.
00:51:10Lui-même avait cette intuition,
00:51:11je pense que...
00:51:12Ces gens-là,
00:51:12ils sont très intelligents.
00:51:13Ils mettent l'intelligence
00:51:14au service de la perversité,
00:51:15mais ils sont très intelligents.
00:51:17Et je pense qu'il a senti,
00:51:19avant même
00:51:19qu'on se dévoile
00:51:22nos sentiments,
00:51:24qu'on finirait ensemble.
00:51:25Et comment ?
00:51:25Il t'avait dit quoi ?
00:51:26Il se foutait de...
00:51:27Ah, ton curé,
00:51:28le grand blond,
00:51:29il n'est pas là,
00:51:30le grand blond.
00:51:30Enfin,
00:51:31il était tout le temps
00:51:31en train de faire
00:51:32des vannes comme ça,
00:51:33des billes.
00:51:35À quel moment
00:51:35vous avez officialisé
00:51:37vraiment et comment ?
00:51:39Il y a eu plusieurs étapes
00:51:40parce qu'en fait,
00:51:41on a parlé déjà
00:51:41à un tout petit cercle
00:51:42de copains
00:51:43où on savait
00:51:43qu'ils n'étaient pas très
00:51:44en lien avec l'église,
00:51:46donc on savait très bien
00:51:48qu'ils l'accueilleraient
00:51:49de manière totalement
00:51:50déveillante.
00:51:51Et après,
00:51:53petit à petit,
00:51:54on a invité,
00:51:55on a été invité
00:51:57et au fur et à mesure,
00:51:59parce que ça a donné sens
00:52:00aussi à notre couple
00:52:00parce que je veux dire,
00:52:01vivre tous les deux
00:52:02l'un à côté de l'autre
00:52:03en se disant
00:52:03je t'aime toute la journée,
00:52:04c'est sympa
00:52:04mais on existe aussi
00:52:06avec le regard
00:52:07que les autres posent sur nous.
00:52:08Vous avez souffert
00:52:09des ragots ?
00:52:10Toi, Ingrid,
00:52:10tu dis que t'en as souffert.
00:52:11Oui, moi j'en ai souffert
00:52:12parce que dans ces cas-là,
00:52:14tu te doutes bien
00:52:14que c'est la femme
00:52:15qui est la fautive.
00:52:17C'est moi la pécheresse,
00:52:18c'est moi la tentatrice.
00:52:19Tu l'aurais détourné.
00:52:20C'est ça.
00:52:21Et du coup,
00:52:23tu vois,
00:52:24comme on habite toujours
00:52:25là où Marc était prêtre,
00:52:28au début,
00:52:28aujourd'hui ça y est,
00:52:29c'est fini,
00:52:30mais il y avait des gens,
00:52:30des paroissiens
00:52:31qui me croisaient,
00:52:31du coup,
00:52:32qui baissaient la tête
00:52:33pour surtout pas avoir,
00:52:34soutenir mon regard.
00:52:36Il y a eu des trucs aussi
00:52:37comme je suis prof
00:52:38au conservatoire,
00:52:39des parents
00:52:40qui ont retiré
00:52:40leurs enfants
00:52:41de mes cours.
00:52:42Et c'est pour ça
00:52:43que vous avez décidé
00:52:44de médiatiser votre histoire ?
00:52:46Oui.
00:52:47Pourquoi ?
00:52:47Pour ne pas,
00:52:49comme Ingrid le dit souvent,
00:52:52il n'y a pas de honte
00:52:53à aimer
00:52:54et à s'aimer.
00:52:55Et donc,
00:52:56on a eu envie
00:52:58de dépasser
00:52:59cette honte
00:53:01et d'en parler librement.
00:53:03Et puis aussi
00:53:03de pouvoir permettre
00:53:04à ceux qui vivent
00:53:05des choses,
00:53:06alors que ce soit un prêtre
00:53:07ou pas un prêtre,
00:53:08des choses qui,
00:53:09de leur dire,
00:53:10mais allez-y,
00:53:11s'il y a de l'amour,
00:53:12faites-le foncer.
00:53:13et la vie est trop courte
00:53:15pour passer à côté de ça.
00:53:16Parce que tu conseilles,
00:53:18Marc,
00:53:18des prêtres
00:53:20qui ne se sentent pas bien ?
00:53:22Oui.
00:53:23Aujourd'hui,
00:53:23j'accompagne pas mal
00:53:24de prêtres
00:53:24qui ne se sentent plus bien
00:53:26dans l'institution
00:53:27et qui cherchent
00:53:28à la quitter.
00:53:29Et qu'est-ce que tu fais,
00:53:31toi, aujourd'hui ?
00:53:31Moi, je fais du conseil
00:53:32en management.
00:53:33Je forme des managers
00:53:35dans les entreprises
00:53:36sur la relation managériale.
00:53:37Donc, je forme
00:53:38à des relations
00:53:39plus vertueuses
00:53:40dans les entreprises.
00:53:41Ce n'est pas si loin
00:53:42de ton rôle de prêtre.
00:53:44Exactement.
00:53:44Où tu accompagnes
00:53:45des familles.
00:53:46Exactement.
00:53:46Donc, c'est travailler
00:53:47sur la relation au travail.
00:53:48Tu as mis longtemps
00:53:49à te trouver ?
00:53:50Oui, ça a été
00:53:51un peu compliqué.
00:53:52Je suis allé à Pôle emploi.
00:53:54Enfin, à l'époque,
00:53:54c'était Pôle emploi.
00:53:54Aujourd'hui, France Travail
00:53:55le lendemain
00:53:57de mon départ de l'église.
00:53:59Et là,
00:54:01je leur ai dit
00:54:02que j'étais prêtre.
00:54:03Même pour eux,
00:54:03c'était lunaire.
00:54:06On ne trouve pas la case.
00:54:08La case ne peut pas
00:54:09être cochée
00:54:09sur le logiciel.
00:54:11Je me suis rapproché
00:54:12d'un autre ancien prêtre
00:54:14qui s'est marié également.
00:54:16Et lui était devenu coach
00:54:18de dirigeant et manager.
00:54:20Et ensuite,
00:54:20on a travaillé ensemble
00:54:22sur une autre approche
00:54:23justement managériale
00:54:24un peu plus vertueuse.
00:54:26Toi, tu avais besoin aussi
00:54:27de donner du sens
00:54:28en t'impliquant
00:54:29auprès de personnes
00:54:31qui souffrent.
00:54:31Je suis écoutante bénévole
00:54:34dans plusieurs associations.
00:54:37Et j'accompagne les femmes
00:54:38en sortie de violence
00:54:39à mon tour.
00:54:40Parce que pour moi,
00:54:41c'était...
00:54:42Il y a plein de gens
00:54:42qui m'ont dit
00:54:43pourquoi tu fais ça ?
00:54:44Parce que du coup,
00:54:44ça te remène.
00:54:45Et en fait,
00:54:45pas du tout.
00:54:46Parce que quelque part,
00:54:47ça me répare aussi.
00:54:48Et surtout,
00:54:49je me sens utile
00:54:50parce qu'effectivement,
00:54:50quand on vit ce genre de choses,
00:54:52on se sent très, très, très, très, très, très seul.
00:54:55Et que d'avoir une main
00:54:56qui se tend d'un seul coup
00:54:57et qui te sort du trou,
00:54:59c'est une main qui n'a pas de prix.
00:55:01Alors, est-ce qu'on peut dire, Ingrid,
00:55:03que ton corps a réagi à tout ça ?
00:55:06Car je n'ai pas pu m'empêcher
00:55:07de te demander
00:55:07pourquoi tu portais un turban.
00:55:10J'ai vu aussi,
00:55:11sur les photos que j'ai vues de vous,
00:55:14que tu en portais tout le temps.
00:55:16Donc, après,
00:55:17la chose à laquelle on pense,
00:55:18c'est qu'elle doit subir un traitement,
00:55:20elle subit peut-être une chimiothérapie.
00:55:22Mais en fait, pas du tout.
00:55:23Non.
00:55:23C'est la question que pas mal de gens me posent
00:55:25quand on commence à se connaître un petit peu.
00:55:28Ben non.
00:55:29En fait, ce n'est pas du tout
00:55:29ni de la chimio,
00:55:30ni par religion,
00:55:32je ne sais trop quoi.
00:55:33En fait, c'est parce que j'ai perdu mes cheveux
00:55:35quand j'ai rencontré le père de mes enfants.
00:55:37Et souvent, c'est ce que je dis.
00:55:39Écoutez votre corps
00:55:40parce qu'en fait,
00:55:40notre corps nous parle.
00:55:41Et là, je pense que lui,
00:55:43mon corps,
00:55:43il avait très vite compris.
00:55:44Incroyable.
00:55:45Et ils n'ont jamais repoussé tes cheveux ?
00:55:47Non.
00:55:48Alors, ça avait repoussé un tout petit peu,
00:55:49mais vraiment comme un petit duvet
00:55:50il y a quelques temps.
00:55:53puis ça n'a pas tenu.
00:55:54Je pense que ça fait tellement longtemps
00:55:56que mon corps était en souffrance.
00:55:58Et le bonheur que vous vivez tous les deux
00:56:01n'a pas favorisé la repousse des cheveux ?
00:56:03Bah, j'espérais.
00:56:06Mais visiblement,
00:56:07je pense que c'est tellement ancré en moi
00:56:10que c'est pour ça que je dis
00:56:12peut-être qu'un jour,
00:56:14je vais pouvoir me libérer totalement de tout ça.
00:56:18Donc, vous avez officialisé auprès de vos copains.
00:56:21Comment vous avez officialisé officiellement ?
00:56:25En vous mariant ?
00:56:26On s'est marié civilement.
00:56:27Dans quand ?
00:56:28Il y a 26 octobre 2024.
00:56:31Civilement.
00:56:31Civilement ?
00:56:32Pourquoi pas à l'église ?
00:56:34C'est Ingrid, déjà,
00:56:36parce qu'elle est divorcée,
00:56:38donc on ne peut pas se marier quand on est divorcé.
00:56:40On peut faire une bénédiction.
00:56:41Moi, j'ai pris aussi beaucoup de distance
00:56:43par rapport à l'institution,
00:56:44mais finalement,
00:56:45on a fait un temps avec nos invités,
00:56:51un temps spirituel,
00:56:53mais non sacramentel, on va dire.
00:56:55Alors là, je vois...
00:56:57Ça, c'est la photo du mariage, j'imagine ?
00:56:59Ça, c'est la photo du mariage civil.
00:57:02130 ?
00:57:03Oui.
00:57:03Ce qui est fou,
00:57:04c'est que moi,
00:57:04quand on avait évoqué notre mariage avec Marc,
00:57:08je lui avais dit,
00:57:09tu vas voir,
00:57:09tout le monde nous aura tourné le dos,
00:57:10on sera une vingtaine,
00:57:11et puis les irréductibles autour de nous.
00:57:14Et puis au final,
00:57:15on était 130 et c'était incroyable.
00:57:17Mais alors, 130,
00:57:18il y avait des paroissiens aussi ?
00:57:20Aussi, oui.
00:57:22En fait, c'est 130 personnes
00:57:23qui ont été un maillon
00:57:25dans notre histoire
00:57:27et qui nous ont permis
00:57:28d'arriver jusqu'à ce jour.
00:57:30Tu t'es demandé
00:57:32ce que tu serais aujourd'hui
00:57:34si tu n'avais pas croisé
00:57:37la route de Marc ?
00:57:38Oui, oui.
00:57:39Je te dis souvent,
00:57:40je n'ai pas honte de le dire.
00:57:42J'étais tellement dégoûtée des hommes
00:57:44que je trouvais que...
00:57:46Donc moi, je me voyais tout à fait
00:57:47finir ma vie en compagnonnage
00:57:50avec une femme,
00:57:51c'est-à-dire parce que je ne suis pas
00:57:52du tout homosexuel.
00:57:53Et je me voyais partager une maison,
00:57:55un appart avec quelqu'un
00:57:56avec laquelle je m'entends bien.
00:57:58Sauf que...
00:58:00Vous avez des projets,
00:58:01tous les deux,
00:58:02aujourd'hui ?
00:58:03Plein.
00:58:03Plein.
00:58:03On aime la Bretagne,
00:58:07donc peu à peu vivre en Bretagne.
00:58:11Donc vous avez envie
00:58:12de partir vivre là-bas ?
00:58:13À long terme, oui.
00:58:14Tout en gardant un pied-à-terre à Paris
00:58:16parce que c'est vrai qu'on est parisien
00:58:18et que la vie parisienne,
00:58:19c'est quand même super chouette.
00:58:21On a des projets d'écriture de livres.
00:58:22D'écriture de livres.
00:58:23Vous voulez écrire votre histoire ?
00:58:25Oui.
00:58:25Vous diriez quoi ?
00:58:26Quel est le secret de votre amour ?
00:58:28L'envie d'être libre.
00:58:30Le désir de toujours...
00:58:34D'être libre l'un par rapport à l'autre,
00:58:36ça veut dire vous pourriez être infidèle ?
00:58:38Non, d'être libre ensemble,
00:58:40c'est-à-dire de...
00:58:41Et de participer aussi à la liberté des autres,
00:58:44c'est-à-dire ensemble...
00:58:45De ne pas être sous emprise.
00:58:46Oui, c'est ça.
00:58:47Et en fait, moi aujourd'hui,
00:58:49c'est ça que je souhaite transmettre.
00:58:52C'est surtout...
00:58:54Parce que finalement,
00:58:55il y a des petits signaux.
00:58:55C'est-à-dire que moi, à l'époque,
00:58:56je ne savais pas ces petits signaux.
00:58:58Il y a quand même des petits signaux
00:58:59de départ, de mise sous emprise
00:59:01où si on réagit suffisamment tôt,
00:59:04casse-toi !
00:59:08Je n'ai pas su les détecter à ce moment-là.
00:59:11Mais j'ai envie de dire...
00:59:13Moi, j'aimerais intervenir dans les lycées,
00:59:14j'aimerais intervenir dans les collèges,
00:59:16intervenir même...
00:59:17Pour donner ces petits outils,
00:59:20outiller les gens,
00:59:21pour leur dire attention, là,
00:59:22parce que de l'emprise,
00:59:23il y a aussi chez les collègues.
00:59:24C'est-à-dire si on cherche à t'isoler,
00:59:25si on cherche à te dévaloriser, etc.
00:59:28C'est un fameux violentomètre aussi,
00:59:30qui est quand même très utile.
00:59:31Moi, que j'ai eu dans les mains
00:59:32et qu'aujourd'hui,
00:59:32je distribue à tous mes élèves
00:59:34que je mets dans mes salles de conservatoire.
00:59:37Un violentomètre.
00:59:38Oui.
00:59:39Violentomètre, en fait,
00:59:39où tu as du vert, du jaune,
00:59:41du orange, du rouge.
00:59:43Le vert, c'est...
00:59:44Tu es dans une relation saine,
00:59:46tout va bien.
00:59:46Le jaune, on commence un petit peu à...
00:59:49Il va un petit peu mal te considérer, etc.
00:59:53Donc là, on commence un petit peu à te méfier.
00:59:56Le orange, il va fouiller dans tes affaires,
00:59:59etc.
01:00:00Et puis le rouge,
01:00:01c'est tout ce qui est violence,
01:00:02il te menace.
01:00:04Donc avec Marc, c'est...
01:00:05Dans le vert, il n'y a aucun problème.
01:00:08C'est le vert.
01:00:09Et donc, c'est quoi le secret de votre amour ?
01:00:11Le secret, là, aujourd'hui,
01:00:13la liberté, le respect de...
01:00:16Enfin, ouais, le respect de l'autre.
01:00:18L'un et de l'autre,
01:00:18et puis d'aider l'autre à être vraiment lui-même.
01:00:21Je crois que c'est...
01:00:21L'accompagner dans sa révélation de soi, en fait.
01:00:24C'est ça.
01:00:25C'est de se dire, je suis vraiment moi
01:00:27et je veux qu'elle soit elle.
01:00:29En tout cas, c'est une belle histoire d'amour
01:00:33et c'est merveilleux que vous puissiez dire à l'autre
01:00:37que j'ai envie que tu deviennes ce que tu es.
01:00:40C'est le plus beau cadeau qu'on puisse offrir à quelqu'un, je crois.
01:00:42Je pense que c'est ça, l'amour, en fait.
01:00:45Merci d'avoir témoigné
01:00:47et d'être entrée à ce point dans l'intime.
01:00:51J'aime bien terminer par un petit jeu.
01:00:54On va effeuiller la marguerite.
01:00:57Un peu, beaucoup, passionnément à la folie.
01:01:00Alors, est-ce qu'il y a des moments, Marc,
01:01:02où il t'est arrivé d'avoir un peu honte d'Ingrid ?
01:01:06Jamais.
01:01:07Non, vraiment jamais.
01:01:09Après, Ingrid, elle ose des choses que moi, je n'ose pas.
01:01:11Donc, peut-être que c'est une audace
01:01:14d'aller vers quelqu'un.
01:01:16Moi, je n'aurais jamais osé.
01:01:18Donc, ça te gêne parfois ?
01:01:19De faire quelque chose.
01:01:20Ce n'est pas que ça me gêne pour elle,
01:01:23mais c'est plutôt moi en me disant
01:01:25« Waouh, je n'aurais jamais osé, moi. »
01:01:27Et toi, Ingrid, je te vois réfléchir.
01:01:29Oui, je réfléchis parce que je ne vois pas.
01:01:30Non plus, je ne vois pas de moment.
01:01:32Je n'ai jamais eu honte de Marc.
01:01:33Au contraire, je suis tellement fier de ce qu'il est,
01:01:35de ce qu'il est devenu.
01:01:37Est-ce qu'il arrive à Ingrid de faire quelque chose beaucoup trop ?
01:01:40Beaucoup trop, prendre son temps.
01:01:43Un petit défaut.
01:01:45Elle prend son temps.
01:01:46Tu voudrais qu'elle soit plus rapide ?
01:01:48Elle est en retard ?
01:01:50Oui, elle est souvent en retard.
01:01:53Et toi, Ingrid, qu'est-ce que Marc fait beaucoup trop ?
01:01:56Il réfléchit.
01:01:59Il n'est pas assez dans le...
01:02:00Mais il le sait.
01:02:02Comme il intellectualise beaucoup, beaucoup, beaucoup les choses,
01:02:05c'est vrai que des fois, c'est trop, trop, trop.
01:02:07Et du coup, il en perd presque l'essence même du truc.
01:02:11Passionnément, comment vous entretenez la passion
01:02:13que vous avez l'un pour l'autre ?
01:02:15Tous les jours, par des petits mots, par des petits gestes,
01:02:19des petites attentions.
01:02:21Moi, je suis la spécialiste du post-it.
01:02:22Beaucoup de mots d'amour.
01:02:24Oui.
01:02:25Des petites phrases aussi.
01:02:27Et des petits post-it, des fois de talks.
01:02:29Ingrid, des attentions aussi ?
01:02:31Ah bah oui.
01:02:32Tout le temps ?
01:02:33Tout le temps.
01:02:34Des petits gestes.
01:02:35Parce que la tendresse, ça passe par des...
01:02:38Voilà.
01:02:38Ça peut être juste un effleurement d'épaule,
01:02:40un effleurement de cuisse.
01:02:42Et puis, on essaye.
01:02:45Dans notre vie très active,
01:02:47de s'octroyer une soirée
01:02:48où on vit un moment tous les deux,
01:02:52au resto.
01:02:54Voilà.
01:02:54Donc ça, c'est un truc qu'on essaie de se dire.
01:02:57Allez, hop.
01:02:58Ça, il n'y a pas les enfants.
01:02:59Les copains, c'est chouette aussi.
01:03:00Mais c'est bien d'être tous les deux
01:03:01et de pouvoir...
01:03:03Donc ça, c'est très important pour nous.
01:03:04Il y a des choses que vous êtes capables de faire
01:03:06à la folie ?
01:03:10Aller au bout du monde.
01:03:11On aimerait aller au Vietnam, en fait.
01:03:12Je remonte parce qu'on est passionnés
01:03:13de psychogénéalogie tous les deux.
01:03:14Et donc, on remonte nos arbres généalogiques,
01:03:17dont le mien.
01:03:19Et je rêve d'aller au Vietnam
01:03:20sur les traces de mon arrière-grand-mère.
01:03:23Et alors, est-ce qu'il y a des choses
01:03:24que vous ne partagez pas du tout ?
01:03:26Si, peut-être les lectures,
01:03:28parce que lui, il est...
01:03:28Ah oui, oui.
01:03:29Moi, je suis dans la philosophie,
01:03:33beaucoup, donc philosophie, théologie,
01:03:35donc peut-être pas les mêmes goûts littéraires.
01:03:39Je ne lis une page,
01:03:39je ne comprends rien de ce qu'il lit.
01:03:40Qu'est-ce que je peux vous souhaiter ?
01:03:42De continuer à être aussi proche l'un de l'autre
01:03:47et de s'aimer comme on s'aime.
01:03:48Et puis, de revoir tes enfants,
01:03:51qui doivent te manquer beaucoup,
01:03:53je l'imagine.
01:03:55Ça fait partie des choses...
01:03:56Qui sont douloureuses encore.
01:03:58Oui, qui sont super douloureuses.
01:03:59Mais tu sais, le temps,
01:04:01on dit toujours ça,
01:04:02mais c'est vrai,
01:04:03je pense que le temps,
01:04:05le fait qu'elles fassent leur vie aussi,
01:04:07à un moment donné,
01:04:08elles reviendront vers toi.
01:04:10Merci d'avoir témoigné.
01:04:11Je trouve que votre histoire est belle
01:04:13et très inspirante aussi
01:04:15pour vous qui nous regardez.
01:04:18Vous savez, en tout cas,
01:04:19si vous êtes dans leur situation
01:04:21victime d'un pervers narcissique,
01:04:23de violences conjugales
01:04:24ou d'un chemin
01:04:26qui n'est pas le vôtre,
01:04:28parce qu'on parlait de la prêtrise,
01:04:29mais ça peut être autre chose aussi
01:04:31que vous pourrez peut-être trouver conseil
01:04:33auprès de Marc et d'Ingrid.
01:04:36En tout cas,
01:04:37vous pouvez réagir à ce témoignage.
01:04:38Vous pouvez liker, commenter,
01:04:41partager,
01:04:41en parler autour de vous.
01:04:45Et puis, si vous avez envie
01:04:46de venir sur ce canapé
01:04:47ou de témoigner,
01:04:48vous êtes les bienvenus.
01:04:50Vous tapez
01:04:51casting sophie d'avant
01:04:52arrobas gmail.com
01:04:54et je vous accueillerai avec plaisir.
01:04:57Merci à tous les deux.
01:04:58Merci Sophie.
Commentaires