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  • il y a 22 heures

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Transcription
00:00Tenez hier, c'était la journée d'hommage en mémoire des victimes de la Shoah.
00:04A Dijon, une nouvelle plaque a été inaugurée à l'école Paulette Lévy pour honorer les victimes de la rafle Dijonès de fin février 1944.
00:12Une plaque où figure le nom de Paulette Lévy, jusque-là seul rescapé connu de la rafle,
00:17et auquel s'ajout désormais celui de Gilbert Kahn.
00:20Un autre rescapé identifié grâce aux recherches de notre invité, sachez-le.
00:24Il est docteur en histoire, spécialiste de la seconde guerre mondiale et professeur d'histoire au lycée Charles de Gaulle à Dijon.
00:29Bonjour Dimitri Vauzel.
00:31Bonjour.
00:31Alors la question qu'on se pose tous ce matin, c'est comment vous avez retrouvé la trace de ce Gilbert Kahn ?
00:36Qu'est-ce qui a été le déclencheur de votre enquête ?
00:39Alors le déclencheur, c'est un document de police, donc de 1945.
00:44Donc après la seconde guerre mondiale, dans tous les départements, vous avez la recherche de ce qu'on appelle les crimes de guerre.
00:49Aujourd'hui on dirait crime contre l'humanité, pour ce dont on parle.
00:52Et donc il y a une liste qui est rédigée concernant la rafle de fin février 1944.
00:58Donc il y a tous les noms, des personnes arrêtées à Dijon et en Côte d'Or.
01:03Et à côté des noms, il y a deux fois la mention revenu.
01:08Donc il y a la mention revenu pour Paulette Lévy dont vous avez parlé.
01:11Et puis il y a également la mention revenu pour Gilbert Kahn.
01:13Donc forcément ça fait...
01:14Et c'est ça, c'est cette mention revenu qui est en fait le point de départ de tout.
01:18Oui, puisque donc ça signifie qu'il a survécu.
01:20La police en règle générale, quand elle fait une enquête, elle est assez précise.
01:24Et donc derrière, il y a une recherche qui va débuter le concernant.
01:27Alors justement, par quoi commencent vos recherches ?
01:30Donc la recherche, c'est déjà de vérifier dans les sites qui existent.
01:34Donc il y a en particulier le site du mémorial de la Shoah où sont répertoriés tous les déportés.
01:38Vous y allez régulièrement, plusieurs fois par an ?
01:40Oui, j'y vais au mémorial de la Shoah aussi régulièrement.
01:42Et puis donc sur le site, il est bien répertorié comme ayant survécu, comme étant survivant.
01:47Et donc ensuite, le deuxième point, c'est de rechercher est-ce qu'il a un dossier de déporté ?
01:51Et oui, il a un dossier de déporté qui est donc à Caen.
01:53À Caen, vous avez la division des archives des victimes des conflits contemporains.
01:56Donc il y a toutes les archives de déportation.
01:58Souvent les personnes ne le savent pas, donc vos auditeurs le sauront.
02:01Ainsi, ils ont un grand-père, un arrière-grand-père, une grand-mère, une arrière-grand-mère qui a été déportée pour X raisons.
02:06Le dossier, il est à Caen.
02:07Et il est donc bien sûr librement accessible.
02:09Et donc, c'est grâce à ça que vos recherches, au fur et à mesure, c'est un travail de fourmi, véritablement,
02:15vous amènent jusqu'à la nièce de ce Gilbert Caen.
02:18Alors la nièce, c'est plus récent.
02:20La nièce, c'est même très très récent.
02:22Parce qu'en fait, Gilbert avait deux frères et une sœur.
02:26Avec mes recherches, notamment dans son dossier,
02:28j'avais bien sûr compris que ses deux frères avec qui il a été déporté, eux, avaient été assassinés.
02:32Par contre, la sœur était décédée dans les années 1970.
02:35Donc jusqu'alors, ma conclusion était qu'il n'y avait pas de descendants, il n'y avait pas de survivants.
02:40Et donc, il y a maintenant un mois et demi, deux mois,
02:44il y a eu un document, comment j'allais dire, un peu banal,
02:50qui est arrivé aux archives du départemental de la Côte d'Or,
02:52où il y avait la présence, justement, il était mentionné,
02:54que quelqu'un recherchait des informations sur son oncle Gilbert Caen.
02:58Et c'est cette Patricia qu'on a entendue dans le journal de 7 heures ?
03:01Donc, Patricia, c'est une rencontre exceptionnelle.
03:05Incroyable.
03:05Parce qu'elle m'a apporté des documents.
03:08Alors, elle a découvert des informations qu'elle ne connaissait pas, bien sûr.
03:11Mais elle a aussi apporté, en particulier, moi, j'accorde beaucoup de prix aux photos.
03:15Donc, j'ai eu la grande chance, depuis un mois maintenant,
03:18de connaître le visage de Gilbert, Gilbert adolescent,
03:23le visage de ses frères, le visage de son père.
03:26Vous reconstituez, en fait, la vie, le passé de se rescaper.
03:30Oui, le passé et puis la vie un peu après la guerre,
03:34puisqu'en fait, il revient, lui, donc à Dijon en 1945,
03:38à la fin du printemps 1945.
03:41Il est encore à Dijon en 1946.
03:43Ça, ce qu'il prouve, ce sont les recensements de la ville de Dijon.
03:46Donc, ils habitaient rue du Vieux Collège.
03:48Ce sont des réfugiés de 1940, les Cannes.
03:51Ils venaient de Thionville, donc ce sont des Mosellans.
03:54Et donc, il est encore là en 1946.
03:56Et après, ils vont retourner à Thionville,
03:58donc à Thionville, dans la même maison où ils étaient,
04:00lorsqu'ils l'ont quitté, donc au printemps 1940.
04:03Et également, ce qui est intéressant, c'est que j'avais retrouvé,
04:06avant de retrouver Patricia, des personnes de Thionville qu'il avait connues.
04:09Et notamment, j'avais eu, alors c'est pas très...
04:12C'est un peu morbide, mais j'avais eu la photographie de sa tombe.
04:15D'accord, c'est comme ça.
04:16Donc, c'était aussi une preuve supplémentaire,
04:19parce que la question qu'on se pose, c'est est-ce que c'est juste un élément ?
04:21Il faut toujours, en tant qu'historien, recroiser les choses,
04:24les recouper, comme journaliste, en fait.
04:25C'est exactement...
04:26Enfin, c'est pas que ça fait le même métier,
04:27mais il y a les mêmes bases.
04:28On croise les informations, en tout cas.
04:29Alors, on l'imagine, avec cette histoire, on se rend bien compte
04:32à quel point le poids du silence a étouffé une partie de notre histoire,
04:37et que c'est très, très important, aujourd'hui,
04:39de continuer, tant qu'on peut, à faire des recherches
04:42et à faire vivre la mémoire de ces victimes.
04:44Oui, c'est juste, parce qu'en réalité, il y a beaucoup d'histoires,
04:47je pense, encore à écrire.
04:49Il y a beaucoup de personnes, des familles,
04:52dont les ancêtres ont été déportées,
04:54qui ne savent pas l'histoire,
04:55ou qui ont, parfois, je mets des guillemets,
04:58une sorte de légende.
05:00Donc, il y a des choses qui se sont transmises
05:02par les grands-parents, par les parents,
05:04et ça ne correspond pas toujours à la réalité.
05:06Donc, c'est important de retrouver dans les archives
05:09des parcours de vie.
05:10Et c'est vrai que pour Patricia,
05:12ça a été très, très émouvant,
05:13parce qu'elle est venue à Dijon au mois de décembre,
05:15avant les vacances de Noël.
05:16C'est très fort émotionnellement, on l'imagine bien.
05:18Oui, elle est allée sur les lieux,
05:19donc elle est allée sur les lieux en particulier
05:20où habitaient sa mère, ses oncles, ses grands-parents,
05:25donc un rue du Vieux Collège, dans le quartier Saint-Michel.
05:27Elle est allée également dans l'école Paulette-Lévis,
05:30où ses oncles ont été internés,
05:32pendant plusieurs jours,
05:33donc en février et début mars 1944.
05:36Et puis, on a retrouvé aussi,
05:37on a mis du temps à trouver,
05:39mais on a retrouvé la tombe,
05:40puisque son grand-père, Marcel Kahn,
05:42il est au cimetière des Pégeos, en fait.
05:44Donc on a retrouvé également la tombe,
05:46donc il y avait beaucoup d'émotion pour elle.
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