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  • il y a 3 semaines
Charlotte d’Ornellas parle de l’expulsion, par l’Algérie, de 34.000 migrants vers le désert.

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Transcription
00:00Oui, c'est en effet l'ONG. L'ONG s'appelle Alarm von Sahara et elle explique ces derniers jours que plus de 34 000 migrants subsahariens ont été expulsés par l'Algérie vers le désert frontalier entre l'Algérie et le Niger l'année dernière.
00:18C'est un chiffre que cette ONG table sur les personnes qu'elle a vues arriver à cette frontière au milieu du désert.
00:25Elle explique elle-même que c'est un chiffre très probablement sous-estimé puisqu'il n'y a pas de décompte officiel.
00:32Le chiffre que eux donnent est en constante augmentation depuis au moins 2014, explique-t-il, en raison des flux migratoires eux-mêmes qui augmentent d'ailleurs, ces personnes cherchant à rejoindre l'Europe.
00:44L'Algérie est un des pays de transit. L'ONG ne se contente pas de commenter les chiffres ou de donner les chiffres.
00:51Elle, évidemment, commente aussi la manière dont ces personnes sont traitées et leurs conditions de vie au moment justement de leur expulsion vers la frontière nigérienne.
01:03Alors concrètement, les Nigériens, eux, qui viennent du Niger voisin, sont acheminés par des convois officiels, donc dans des bus vers le Niger, qui est leur pays d'origine.
01:13Mais les autres nationalités africaines qui sont majoritaires parmi ces migrants sont débarquées dans une zone désertique à la frontière des deux pays,
01:21à 15 kilomètres à pied de la première ville, qui est une ville nigérienne, qui est par ailleurs un pays qui ne veut pas d'eux non plus.
01:28À 15 kilomètres à pied en plein désert, je voulais s'imaginer les températures qu'il peut évidemment y avoir.
01:34Donc ni l'Algérie ni la junte nigérienne qui est désormais au pouvoir ne les acceptent aujourd'hui.
01:40Et en avril dernier, c'est justement les autorités nigériennes qui avaient pris la parole pour dénoncer ces arrivées massives de migrants depuis l'Algérie,
01:49donc qui dénonçaient en l'occurrence la politique algérienne,
01:52parce qu'ils expliquaient que ces arrivées massives de migrants risquaient, je cite,
01:56de perturber l'équilibre sécuritaire du Niger, où le Niger est en proie à beaucoup de guerres, notamment avec le terrorisme,
02:02mais donc ils s'inquiétaient de l'immigration qui risquait de perturber l'équilibre sécuritaire du Niger.
02:07Et sur place, le gouverneur d'Agadez, qui est une ville du Niger, regrettait ces refoulements massifs qu'il reprochait à l'Algérie,
02:15et il expliquait que les centres onusiens qui s'occupent de ces migrants sur place étaient en situation de surpopulation.
02:21Ils réclamaient donc de l'ONU et du Haut Commissariat aux réfugiés qu'ils fassent rentrer le plus vite possible dans leur pays ces migrants qui se retrouvaient chez eux.
02:31Et notons par ailleurs que le Niger, dans la foulée, a supprimé la loi qui criminalisait le trafic de migrants.
02:38Ils avaient voté une loi en 2015, et l'année dernière, ils ont supprimé cette loi sur le trafic de migrants, donc de personnes humaines, au passage.
02:46Charlotte, comment est-ce que l'Algérie, de son côté, gère ces flux de migrants, et dans quel cadre juridique ?
02:54Alors voilà qui nous intéresse au premier chef, on verra pourquoi.
02:57Mais il n'y a pas de politique d'accueil, quelle qu'elle soit en Algérie, ce n'est pas un sujet politique.
03:02Il n'y a pas de cadre juridique sur un quelconque processus de demande d'asile ou de statut de réfugié.
03:09Mais pourquoi est-ce que je dis ça ? Puisque l'Algérie est à partie de la Convention des réfugiés.
03:14La Convention des réfugiés qu'on nous cite extrêmement régulièrement, vous savez, dans la jurisprudence, notamment, du droit français.
03:20La présence même des personnes en Algérie n'a aucun cadre légal, raison pour laquelle ces expulsions se font de manière absolument secrète.
03:29Personne n'en parle, c'est aussi simple que ça.
03:31Et se font sans aucun droit, le plus élémentaire qu'il soit cette fois-ci.
03:36C'est-à-dire qu'en l'occurrence, les personnes sont lâchées sans eau ni nourriture.
03:39Et que ce soit des hommes en pleine force de l'âge ou des enfants, tout ça est la même chose.
03:45Et par ailleurs, la pratique n'est pas du tout nouvelle, non plus que la dénonciation des violences à la fois dans le pays, au travail ou au niveau de ses frontières.
03:52On se souvient de Xavier Driancourt qui a été ambassadeur en Algérie et qui en parlait déjà il y a quelques années quand il en revenait.
03:58Mais le sujet est tabou en Algérie.
04:00Les autorités évidemment n'en disent pas un mot, mais les médias non plus, ils ne relaient absolument rien.
04:06Et j'en veux pour preuve, le président algérien qui avait pris la parole sur ce sujet l'année dernière,
04:10et les médias algériens, notamment pro-gouvernementaux, avaient expliqué que c'était absolument inédit en Algérie qu'il en parle.
04:18Donc c'est un fait, personne n'en parle.
04:20Alors cela pourrait les regarder, les Algériens, c'est un pays souverain, on pourrait en penser le plus grand mal,
04:26et eux défendre une politique s'ils n'ajoutaient pas à leur comportement, en l'occurrence dont on parle depuis tout à l'heure,
04:32des leçons de morale et de droit de l'homisme, j'allais dire à la France entière, c'est le cas de le dire.
04:37En effet, à la France, quand elle réclame le retour en Algérie dans des conditions absolument incomparables,
04:43je le dis et je le répète, dans des conditions absolument incomparables, de ressortissants algériens.
04:49C'est d'ailleurs ce que déclarait Didier Leschi, vous savez c'est le directeur de l'Office français pour l'intégration.
04:55Il déclarait au Figaro en avril dernier justement, je le cite,
04:59« L'Algérie cache sa politique brutale aux regards extérieurs, la presse algérienne qui n'a rien de libre n'en fait aucun écho.
05:04Cela n'empêche pas sans honte Alger de vouloir nous donner des leçons de défense des droits de l'homme. »
05:09Et il ajoutait ce qui pourrait nous éveiller un peu nos esprits,
05:13« Il y a, je le cite encore, très certainement plus de décès dans le désert qu'en Méditerranée, sans que cela n'émeuve beaucoup. »
05:19C'est vrai en France, c'est vrai dans le monde entier,
05:21« Il y a un drame humanitaire indiscutable dans ce désert qui ne sert aucun discours d'aucune association dans le monde aujourd'hui. »
05:32Pourtant, le président algérien avait évoqué le sujet l'an dernier en prônant une politique d'accueil prudente.
05:38Est-ce que ce n'est pas le signe qu'il veut faire évoluer son pays sur ce sujet ?
05:44Là, encore une fois, c'est extrêmement intéressant de voir Abdelmagil Tebboune, le président algérien,
05:49de voir la manière dont il regarde ce sujet.
05:51Je vous le disais, c'était absolument inédit.
05:53Il prend la parole.
05:54Il dit qu'il est prêt à légaliser la présence de personnes subsahariennes sans papier,
05:59notamment sur le terrain du travail.
06:01Il explique qu'il y a des métiers en tension.
06:02Donc on comprend.
06:04Mais vous allez voir à quel point la situation se ressemble.
06:06à condition qu'elle soit organisée et régulée avec la collaboration des pays de départ.
06:12Vous transvasez en France, il faut donc la collaboration et la coordination avec le pays de départ,
06:17en l'occurrence l'Algérie, pour une partie de l'immigration.
06:19Collaboration que nous ne parvenons pas à avoir, c'est peu de le dire.
06:23Il explique également que cela ne peut se faire sans une nécessaire vigilance accrue, je le cite,
06:28face au risque de terrorisme que présente le phénomène migratoire.
06:31Je le cite encore.
06:32« Sans une préparation minutieuse, nous risquons d'accueillir un travailleur qui pourrait par la suite
06:37se révéler lié à des réseaux terroristes ou à des trafics de drogue, fermez les guillemets. »
06:43Alors comment ne pas remarquer, franchement, qu'il s'agit d'un discours que l'Algérie elle-même criminalise
06:49dès lors qu'il émane mot pour mot de Paris.
06:52Alors on se souvient, j'ai pris deux exemples, l'influenceur algérien Doualemne,
06:56que l'Algérie avait refusé de reprendre.
06:58Et par ailleurs, ce sont des ressortissants algériens que l'on organise dans des procédures humaines,
07:06dont on organise le retour par des procédures humaines en Algérie, c'est-à-dire leur pays.
07:11Et l'Alger avait jugé la décision précipitée, arbitraire et abusive,
07:17prise par l'extrême droite revancharde en violation des droits fondamentaux de son ressortissant.
07:21Encore une fois, fermez les guillemets.
07:23La raison sécuritaire était également retenue par la France pour expulser certains Algériens
07:27pendant la crise de mars dernier.
07:29Souvenez-vous, c'était des personnes sous OQTF, donc rentrées illégalement,
07:32de nationalité algérienne.
07:34Alger avait reproché de ne pas respecter les droits des personnes faisant l'objet de mesures d'éloignement,
07:39droits qui étaient établis en France et qui n'existent pas en Algérie.
07:42Je le répète à nouveau.
07:43Donc tous les pays du Maghreb, parce qu'on avait parlé de la Tunisie, notamment ici aussi,
07:47la Libye évidemment, le Niger aussi dans cet exemple, s'inquiète dans le discours du risque de déstabilisation
07:54de leur pays que représente l'immigration, notamment sur le plan sécuritaire.
07:59C'est un risque qui est pensé par tous les pays du monde, à partir du moment où l'immigration
08:03n'est pas simplement une affaire d'histoire personnelle, mais évidemment de phénomènes politiques,
08:09aux conséquences politiques.
08:10Et on peut le remarquer et voir que l'Europe finalement ne fait pas exception dans l'existence de ce discours,
08:15sauf en assurant un meilleur traitement aux personnes en particulier.
08:19Et je pense que ce n'est pas anecdotique sur ce sujet.
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