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  • il y a 2 jours
Il n'avait pas prévu de faire du handicap son principal combat, mais son élection a changé la donne. Sébastien Peytavie est le premier député en fauteuil roulant. Il siège au sein du groupe écologiste à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Il n'avait pas prévu de faire du handicap son principal combat, mais son élection a changé la donne, une charge pas toujours évidente à assumer.
00:08Il siège au sein du groupe écologiste à l'Assemblée.
00:25Bonjour Sébastien Peitavi.
00:26Bonjour.
00:27Quand vous avez été élu député, tous les regards se sont tournés vers vous pour une raison toute simple, c'est que vous êtes le premier député en fauteuil roulant assiégé sous la Vème République.
00:36Vous êtes évidemment venu avec votre fauteuil qui est là, ici, et on va voir que dès le premier jour, ça a posé des problèmes très concrets à l'Assemblée.
00:46Premières heures dans l'Assemblée et déjà premiers obstacles à dépasser.
00:51Alors, on est très sportif, parce que si on se loupe, c'est le mur qui nous arrête.
00:55Avec Sébastien Peitavi, le Palais Bourbon connaît son premier député en fauteuil, d'où de nécessaires aménagements.
01:03La maison est ancienne à l'époque, il y avait des chaises à porteur.
01:07Et il n'y a plus ?
01:08Non, pas malheureusement.
01:10Comme je ne peux pas accéder dans les rangs, donc je vais être à côté des ministres tout à fait en bas.
01:15On voit que vous en riez, qu'on peut avoir de l'humour sur son propre handicap.
01:21On est dans une société qui n'a pas été pensée pour des personnes en situation de handicap, qui malgré la 20 ans de loi n'a pas trop évolué.
01:34C'est-à-dire qu'il y a une loi votée depuis longtemps sur l'accessibilité des bâtiments publics, et votre élection a montré qu'elle n'était pas appliquée à l'Assemblée.
01:42Oui. Ils y avaient pensé, évidemment, parce que quand la loi a été votée, mais comme jamais la situation s'était présentée, ils n'avaient pas fait les travaux.
01:53Alors l'Assemblée a donc engagé des travaux pour vous, sauf que les bonnes volontés ne suffisent pas toujours.
02:00Il y a eu un incident en juillet 2024 à l'occasion de l'élection à la présidence de l'Assemblée.
02:06Ça vous a mis en colère. Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là ?
02:09On avait demandé avec mon équipe si toutes les dispositions avaient été prises pour pouvoir voter.
02:14On nous avait garanti que c'était le cas.
02:16Et en fait, c'est un huissier qui s'était proposé pour pouvoir voter à ma place.
02:22Parce que l'urne était installée en haut de la tribune.
02:26Et donc, je ne pouvais pas monter.
02:28Donc, plutôt que de descendre ou de mettre une urne en bas pour que tout le monde puisse voter au même endroit.
02:33Donc, l'idée était qu'un huissier, en sachant que je n'avais pas fait de délégation de vote, que ce n'était pas un député, que ce n'était pas quelqu'un à qui je pouvais donner mon pouvoir pour voter.
02:41Donc, je pense qu'il y a plein de choses qui n'allaient pas.
02:43Et ça n'a pas été pensé.
02:44Donc, bon, j'ai été pris de court, on va dire, sur le premier scrutin.
02:50Entre le premier et le deuxième premier tour, j'ai demandé à ce que l'on puisse modifier.
02:55On nous a dit que comme nous avions commencé d'une certaine manière, on ne pouvait pas.
03:00Et puis, sur le troisième tour, je me suis bloqué devant les marches.
03:03J'ai refusé de donner mon bulletin pour qu'il descende l'urne, tout simplement.
03:07C'est l'image qu'on voit là, l'urne qui est descendue.
03:09Alors, on ne vous voit pas au pied de la tribune, mais on voit vos collègues vous applaudir pour avoir fait ce geste, pour pouvoir voter vous-même personnellement.
03:20Alors, une place a été aménagée pour vous, juste à côté des ministres.
03:24C'est une position stratégique d'être juste à côté des ministres ?
03:27Est-ce que vous avez pu, je ne sais pas moi, surprendre des conversations confidentielles à cette occasion ?
03:32Il n'y a pas tellement de conversations confidentielles, mais ça permet de discuter.
03:36Et est-ce que ça a permis de sympathiser avec certains ministres ?
03:40Ça permet de porter des sujets.
03:42Quand on a un problème avec la fermeture de la maternité de Sarla et que l'on a le ministre de la Santé à proximité, on peut en discuter assez rapidement.
03:50Votre élection a suscité beaucoup d'espoir chez un grand nombre de personnes handicapées.
03:54Sauf que vous, au début en tout cas, vous ne vouliez pas être réduit à cette cause du handicap.
03:59Vous étiez là pour défendre les services publics, pour lutter contre le réchauffement climatique.
04:03Comment est-ce que vous avez géré cela, cet écart entre les attentes qui est porté sur vous et vos propres objectifs politiques ?
04:11Quand je suis candidat en 2022, enfin la question du handicap n'est pas du tout un sujet que je mets en avant.
04:17Je crois qu'on ne me voyait même pas en fauteuil sur l'affiche.
04:20Et quand j'arrive et quand j'apprends, parce qu'en fait j'ai découvert que j'étais le premier député en fauteuil roulant,
04:27en arrivant ici, je ne le savais pas, et j'ai reçu je ne sais combien de messages de personnes en situation de handicap
04:34qui, dans tous les problèmes rencontrés dans le quotidien, n'avaient pas de solution et n'avaient pas une voix qui était portée.
04:42Donc on se retrouve, malgré soi, à devoir porter ces sujets.
04:48Il y a 16% de la population qui a un handicap, et il n'y a que 0,1% des élus qui sont en situation de handicap.
04:55Donc on a besoin en fait de rentrer, et je crois que c'est un des seuls moyens, hélas, de faire bouger les choses,
05:01puisque les lois qui sont adoptées sur les questions de handicap ne sont pas appliquées.
05:05Alors vous avez remporté plusieurs victoires, vous avez notamment obtenu le remboursement intégral des fauteuils pour les personnes handicapées.
05:15Et puis, une victoire peut-être plus symbolique, mais dans le fonctionnement de l'Assemblée, vous avez obtenu la fin de ce qu'on appelle le vote assis-debout.
05:22C'était important pour vous ça ?
05:24C'était une situation complètement absurde.
05:27Je me suis retrouvé, parce qu'on l'utilise souvent, pour exclure par exemple un camarade.
05:34Et donc, là c'était le cas, la présidente revient et dit qu'on va procéder à un vote assis-levé.
05:40Je lui dis, bon, mais en fait, comment je fais ?
05:43Et donc là, elle me dit, t'as qu'à lever la main.
05:45Je lui dis, mais en fait, c'est pas possible que dans l'hémicycle, dans la maison du peuple, en fait, tout le monde ne puisse pas voter de la même manière.
05:52Et donc je lui avais demandé à ce qu'on puisse changer le règlement intérieur.
05:55Elle m'avait expliqué que c'était compliqué, qu'il y avait un risque de changer beaucoup d'autres choses avec.
06:00Mais là, pour les 20 ans de la loi du handicap, ça me semblait important que l'on puisse porter symboliquement.
06:07Parce qu'effectivement, c'est un symbole.
06:09Mais on voit que c'est un symbole qui n'est pas si simple, parce que le Sénat a voté contre.
06:12C'est vrai.
06:13Le Sénat s'est opposé à ça.
06:14Le Sénat s'est opposé à ça et a dit que c'était à la personne en situation de handicap de trouver un moyen pour pouvoir voter.
06:20En tout cas, au sein de votre groupe, on voit cette image.
06:23Les choses sont évidentes.
06:23C'est-à-dire que quand vous participez à une conférence de presse, vos collègues députés s'assient à vos côtés.
06:28Vous voyez, derrière, le pupitre n'est absolument pas adapté.
06:32On ne peut pas en régler la hauteur.
06:33Je suis rarement invité sur les plateaux télé parce qu'ils ne sont pas adaptés.
06:38On a dû effectivement adapter un peu la situation pour vous recevoir.
06:42On est ravis de le faire, mais c'est vrai que ce n'est pas pensé pour.
06:45Non, ce n'est pas pensé pour.
06:48Moi, je pense à un enfant qui peut être en situation de handicap.
06:53Comment lui va se projeter dans la vie qu'il va avoir ?
06:55Et c'est vrai que quand on ne voit personne ou pas grand monde sur les plateaux télé,
07:00si on se dit que l'Assemblée n'est pas un endroit qui est prévu et adapté pour,
07:05et pour de multiples métiers,
07:07en fait, ça vient aussi bloquer les imaginaires et le champ des possibles.
07:11Et je crois que là-dedans, ce n'est pas du tout raccord avec la promesse républicaine.
07:15Ce handicap, vous vivez avec depuis l'âge de trois ans, je crois,
07:19à la suite d'une opération chirurgicale qui a mal tourné.
07:21Comment vous-même et comment votre famille a réagi à l'époque ?
07:27C'est un drame familial, évidemment.
07:32Mais mes parents, à cette époque-là, quand on était en situation de handicap,
07:37on allait dans un foyer, enfin dans un centre pour handicapés,
07:41on grandissait là-dedans.
07:42Il est évident que les perspectives d'une vie étaient de suite coincées dans une institution.
07:48Mes parents ont refusé à ce que j'aille dans une institution.
07:51Donc, j'ai grandi à la campagne, dans la maison familiale.
07:56Je suis allé à l'école publique du village.
07:59Vous dites que je ne me suis jamais dit, ça, je ne peux pas le faire.
08:02Vous n'êtes pas fixé de limites du fait de votre handicap.
08:04Non, forcément, ça vient modifier notre manière d'appréhender et de vivre dans le monde.
08:10Mais jamais je me suis dit que je ne pouvais pas pratiquer quelque chose
08:15parce que j'étais en situation de handicap.
08:16Bon, après, j'ai voulu faire psychologue, ça ne m'empêchait pas,
08:20même si des conseillers d'orientation m'avaient dit que ça pouvait être difficile.
08:24Enfin, je ne voyais pas en quoi ça pouvait l'être pour pouvoir écouter et accompagner des gens.
08:29Mais voilà.
08:30Donc, oui, ça s'est fait sans entrave.
08:33Vos parents, ils ont décidé de devenir famille d'accueil pour enfants placés.
08:37Est-ce que c'est quelque chose qui a pu aussi compter dans votre propre construction personnelle ?
08:42Peut-être dans votre façon de vivre, votre handicap ?
08:45Je ne sais pas si ça a changé la manière de vivre le handicap.
08:50Je pense certainement que l'arrivée de mon handicap a modifié aussi dans ma famille le fonctionnement.
08:57Parce que vos parents faisaient d'autres métiers et effectivement, ils ont décidé de...
09:00Mon père est devenu éducateur.
09:03Oui, enfin, c'est ma mère qui a créé la structure.
09:06Parce que ça a été famille d'accueil, après, ils ont créé un lieu de vie.
09:09Donc, en fait, et avant qu'un bâtiment, la grange familiale soit rénovée pour pouvoir accueillir ses enfants,
09:15en fait, on a partagé avec mes frères et sœurs notre chambre, notre maison,
09:19notre quotidien avec des enfants placés par l'aide sociale à l'enfance.
09:24Et effectivement, c'est très riche et puis très certainement que le chemin qui a été le mien de devenir psychologue par la suite
09:31n'est pas sans lien avec ça.
09:33Il y a cette dimension commune d'avoir le goût des autres entre la politique et être psy.
09:38Et puis, ça, vous l'avez toujours eu.
09:41Oui, enfin, je ne suis pas sûr que dans la politique, il y ait toujours le goût des autres.
09:45Mais ça devrait nous animer.
09:46Ça devrait nous animer, oui.
09:49Vos combats à l'Assemblée, ils ne se limitent pas au handicap.
09:52On va le voir avec votre collègue Marie-Charlotte Garin.
09:54Vous avez, par exemple, défendu une proposition de loi pour créer un congé menstruel pour les femmes qui ont des règles douloureuses.
10:00Et alors, vous avez eu une idée assez originale pour convaincre vos collègues masculins de voter cette loi.
10:03On va voir ça en image.
10:04Dans cette vidéo de sensibilisation, ces députés de tous bords politiques, tous des hommes, se sont mis quelques instants dans la peau des femmes.
10:15Ils testent un simulateur de règles douloureuses et voici leur réaction.
10:19Ah, stop, stop, stop !
10:20Ah, la vache !
10:23Ah, putain !
10:28Ça fait super mal, en fait.
10:31Alors, ça a l'air très douloureux. Vous l'avez testé vous-même ?
10:34Moi, je n'ai pas de sensibilité à cet endroit-là, donc ça n'aurait pas fonctionné.
10:36Donc, vous n'êtes pas passé au simulateur ?
10:38Mais ça n'a pas suffi à faire voter la loi ?
10:41En fait, elle n'est pas passée dans l'hémicycle, parce que c'était lors d'une journée de niche parlementaire.
10:46Elle n'a pas pu être...
10:47Et on a perdu à égalité en commission.
10:51Et en fait, mon texte n'a pas pu être présenté en hémicycle.
10:54Donc, voilà, mais je pense que ça aurait été intéressant, parce qu'il y a beaucoup de personnes
10:58qui l'ont testé et qui ont été convaincues, qui n'étaient pas en commission des affaires sociales
11:02et qui étaient prêts, et notamment Clément Bonne, qui étaient prêts à voter pour.
11:05Et qui... Donc, voilà.
11:07Mais c'est un sujet qui est important, parce qu'il y a quand même énormément de femmes
11:10qui, aujourd'hui, quittent le salariat parce qu'elles ont des règles trop douloureuses
11:16et ont peur d'être impactées, soit dans leur carrière, soit dans leur possibilité de répondre au travail.
11:22Et donc, pouvoir aménager le temps de travail permet à des personnes d'y rester.
11:27On va conclure l'émission avec le quiz de La Politique et moi.
11:29Alors, ce sont des phrases que je vais vous proposer que vous allez devoir compléter.
11:33Quand je joue au rugby... Parce que vous êtes joueur de rugby fauteuil, hein ?
11:38Quand je joue au rugby, le problème, c'est que là, je n'y joue pas, je n'y joue plus, on n'a pas le temps.
11:42Je n'ai absolument pas le temps.
11:43J'ai fait le coup d'envoi de la finale de rugby fauteuil au mois de juin, à Cahors, là où j'ai joué.
11:52Et donc, j'ai revu tous les camarades avec qui j'ai pu jouer.
11:55Et ça démangeait terriblement de pouvoir remonter sur mon fauteuil et puis d'y aller.
12:04En fait, c'est tellement fort de jouer dans un sport collectif.
12:09Je crois que vous avez été champion de France de D2 en 2018, c'est ça ?
12:11Et vous avez gagné la Coupe de France ?
12:13Oui, oui, tout à fait.
12:14Ensuite, la vie de couple quand on est député, c'est compliqué ?
12:20C'est compliqué, c'est très compliqué.
12:21Enfin, quand on voit le temps que l'on passe, enfin, moi, j'habite à 5 heures de train de Paris.
12:27Donc, déjà, il y a 10 heures de train aller-retour chaque semaine.
12:32J'arrive le lundi soir, je repars le jeudi soir et je suis dans une circonscription rurale.
12:38Il y a 182 communes.
12:39Donc, en fait, le temps de répondre un petit peu à toutes les invitations, ça fait qu'il y a à peu près une demi-journée de repos par semaine.
12:46Donc, là-dedans, en fait, c'est du temps qui est très difficile quand on est célibataire pour pouvoir rencontrer quelqu'un.
12:54Et quand on est en couple, pour avoir du temps à consacrer à l'autre.
12:59En fait, c'est quelque chose qui est très compliqué.
13:00Enfin, quand on aime le foie gras et qu'on siège chez les écologistes, c'est compliqué ?
13:06C'est compliqué. Je crois que c'est un très grand sujet.
13:10Il y a la question de la souffrance animale qui est un sujet.
13:14Mais moi, je suis très malheureux quand j'arrive à Paris, quand je mange à l'Assemblée.
13:18Il n'y a rien de saison.
13:19Moi, j'ai la chance, en Dordogne, je vais à la boutique des producteurs qui a 10 km de chez moi.
13:24Et tout ce que je mange est à 30 km aux alentours.
13:27Et donc, je sais d'où ça vient.
13:28Et je sais que quand je mange du foie gras, il vient d'une petite ferme.
13:31Et je sais la manière dont c'est produit et la qualité qu'il y a.
13:36Merci beaucoup Sébastien Peitavi d'être venu dans La Politique et moi.
13:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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