00:00Elle aurait pu rester ingénieure dans l'aéronautique, mais une série télé l'a convaincue de se lancer en politique.
00:06D'abord conseillère municipale, mon invitée est devenue ensuite députée et même ministre.
00:10Elle siège aujourd'hui au sein du groupe Renaissance à l'Assemblée.
00:27Bonjour Olga Giverney.
00:28Bonjour.
00:29En octobre 2024, c'était deux semaines je crois à peu près après votre entrée au gouvernement, dans le gouvernement de Michel Barnier.
00:37Ce n'est pas la ministre qui s'est rendue à l'école polytechnique, mais c'est l'étudiante en master. On va voir ça en image.
00:44L'executive master m'a apporté d'abord un apprentissage, une remise à jour de mes connaissances technologiques et scientifiques.
01:04Elles sont importantes dans l'action et la mission que je mène aujourd'hui.
01:09Et puis elle m'a permis également d'accéder à une mission plus importante, celle de pouvoir être membre du gouvernement sur les sujets énergétiques.
01:16Et cela, ça n'a pas de prix.
01:17Alors, une ministre qui se retrouve sur les bancs de l'école, c'est surprenant. Est-ce que vos gardes du corps vous ont accompagné ce jour-là, le jour de la remise des diplômes ?
01:27Alors, pas le jour de la remise des diplômes, puisqu'on était déjà après ma sortie du gouvernement.
01:31Mais le jour où j'ai passé ma soutenance, effectivement, c'était au mois d'octobre.
01:35Et je me suis retrouvée au tableau à passer le dernier examen qui m'a permis d'obtenir cette exécutive master.
01:41Avec les gardes du corps dans la salle.
01:42Qui était effectivement dans la salle et mon équipe.
01:45Et ça a dû surprendre vos camarades de promotion d'avoir une ministre à leur côté.
01:49Évidemment, j'étais déjà députée et c'était important pour moi de continuer de la formation continue.
01:53Oui, parce que vous avez commencé cette formation. Vous étiez députée et en chemin, vous êtes devenue ministre.
01:58Et en chemin, je suis devenue ministre. J'étais sur la fin de cet exécutive master qui dure une année en parallèle de notre activité professionnelle.
02:07Puisque l'ensemble de mes camarades de classe étaient eux-mêmes soit dirigeants ou engagés par ailleurs.
02:13Qu'est-ce qui vous a motivé dans ce choix de reprendre un peu vos études en cours de carrière ?
02:18Alors l'objectif, comme je le dis dans la vidéo, c'est de pouvoir être à jour des questions technologiques et scientifiques.
02:23Je suis ingénieure, mais bon, vous voyez bien, les technologies évoluent très très vite.
02:28Je suis également membre de l'OPEX, l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques à l'Assemblée nationale.
02:34Ce qui nous nécessite un engagement évidemment politique, mais aussi de compréhension technique.
02:40Et donc je trouvais que c'était plutôt pertinent de pouvoir le mener.
02:43Est-ce qu'il y avait aussi cette idée qu'il faut se préparer à la suite, le jour où votre mandat de député prendra fin, retourner sur le marché du travail ?
02:51Alors oui, moi j'ai toujours pensé que le mandat politique, aussi long qu'il puisse être, pouvait aussi se terminer.
02:58C'est peut-être juste une parenthèse dans une carrière professionnelle.
03:02Et il faut pouvoir aussi retrouver du travail derrière.
03:04J'ai un certain nombre de collègues qui ont déjà passé le pas et l'objectif, c'est d'avoir toutes ces connaissances toujours à disposition.
03:13Le retour sur le marché du travail, il peut être compliqué pour des anciens députés ?
03:16Parce qu'on se dit que quand même, ça doit ouvrir des portes d'avoir fait de la politique, on a un réseau.
03:21Ça peut en ouvrir, mais ça peut aussi en fermer.
03:24Donc la question de revenir dans le privé est toujours un questionnement, effectivement.
03:30C'est-à-dire qu'il y a des anciens députés qui se retrouvent au chômage ?
03:32Qui se retrouvent au chômage, évidemment, comme tout un chacun, avec plusieurs mois, le temps de retrouver quelque chose qui puisse leur permettre de se relancer.
03:41Alors vous expliquez que ce diplôme vous a aidé à être nommé ministre délégué à l'énergie.
03:46Ce gouvernement, il n'a duré que trois mois.
03:49Est-ce que ça laisse vraiment le temps de prendre la mesure de ce que c'est qu'être ministre ? Trois mois ?
03:53Alors ça va très très vite.
03:54Quand on est parlementaire, on a déjà accès aux ministres, au cabinet ministériel.
03:58Donc on comprend comment ça fonctionne, mais vu de l'intérieur, effectivement, il faut monter son équipe très vite quand on sait que c'est assez instable.
04:06Et l'objectif, c'est de prendre tout de suite les sujets en main.
04:10Je travaillais déjà sur l'énergie à plusieurs titres.
04:13J'ai fait un rapport sur la sobriété énergétique.
04:15J'ai l'implantation de nouveaux réacteurs EPR2 sur mon département de l'Ain.
04:20Et par ailleurs, très engagé aussi sur tous les types de production énergétique.
04:25Donc au niveau technique, c'était plutôt acquis.
04:28En revanche, il faut créer ces liens avec l'ensemble des acteurs et faire avancer les sujets.
04:34Et est-ce que ce n'est pas un peu difficile de revenir à l'Assemblée quand on a goûté à une fonction exécutive ?
04:39C'est frustrant, surtout quand ça a duré aussi peu de temps.
04:42Et qu'il faut tout de suite passer la main, les dossiers comptent se poursuivre.
04:46Et on est toujours engagé, vous le savez.
04:48Mais effectivement, on peut se dire que pour faire de la politique, il vaut mieux avoir un peu de long terme.
04:54Alors pendant longtemps, vous n'êtes pas du tout intéressé à la politique.
04:58Vous avez commencé votre carrière dans l'aéronautique après un diplôme d'ingénieur en électronique et en informatique.
05:03Et à peine diplômée, vous avez décidé de partir en Nouvelle-Zélande. Pourquoi ?
05:07Oui, parce que c'était il y a plus de 20 ans.
05:09Parce qu'on n'avait pas un marché du travail aussi propice.
05:12À l'époque.
05:14Et donc, j'avais pris la décision de m'expatrier, aller voir comment ça se passait ailleurs.
05:20D'abord avec des petits boulots.
05:21Et puis, j'ai eu l'opportunité de trouver, avec la compagnie aérienne nationale, Air New Zealand, un travail dans mon domaine d'activité.
05:29Ingénieur, avionique, ça veut dire quoi ?
05:31Voilà. Avionique, ça veut dire les systèmes électroniques embarqués dans les avions.
05:35D'accord. Et trois ans après, vous êtes revenue en France.
05:37Alors là, on vous voit sur le tarmac en Nouvelle-Zélande.
05:40Avec mon équipe, oui.
05:41Trois ans après, vous êtes revenue en France.
05:43Vous avez trouvé un emploi à l'aéroport de Genève.
05:45Et c'est comme ça que vous vous êtes installée de l'autre côté de la frontière, dans l'Ain.
05:49Et à l'époque, la politique ne vous intéressait toujours pas ?
05:52Ben non, en fait.
05:53Je continuais mon travail.
05:55Et puis après, on s'installe.
05:57Je me suis mariée.
05:58J'ai eu des enfants et j'ai commencé à m'impliquer très localement sur des sujets, notamment à l'école.
06:05Quand on met un pied dedans, finalement, ça nous attrape et on a envie de faire plus pour les concitoyens.
06:11Le côté parents d'élèves qui vous a mis un peu un pied à l'étrier.
06:14Oui.
06:15Et puis alors, c'est surtout, si j'ai bien compris, une série télé, une série danoise.
06:20Oui.
06:20Borgen, qui est une série télé sur la politique.
06:25Et j'ai trouvé intéressant.
06:27Alors évidemment, elle est première ministre.
06:30Mais quand on voit, en fait, l'engagement que ça demande et puis le fait de pouvoir trouver des solutions,
06:36faire face aussi à des situations de crise nationale ou internationale, on a envie d'y participer.
06:43Donc ça a été le déclic, si on peut dire.
06:46Ça a été le déclic, oui.
06:46Donc vous vous êtes présentée au municipal sur la liste du maire de votre commune à Saint-Jean-y-Pouilly.
06:53Et à l'époque, vous étiez au Modem.
06:54Sauf qu'un an plus tard, au moment des régionales, vous vous êtes présentée sur la liste d'union de la gauche dans la région.
07:00Pourquoi ?
07:00Tout à fait.
07:01Et bien parce que mon engagement sur Saint-Jean-y-Pouilly était plutôt une tendance de gauche.
07:06Et puis moi, je ne voulais pas faire, même si je suis vraiment très centriste, je ne voulais pas faire de grand écart.
07:11Et donc, il y a eu cette opportunité de pouvoir m'engager auprès de Jean-Jacques Quéran sur les régionales.
07:19On a perdu, mais j'ai quand même été élue d'opposition, ce qui est une très bonne école de la politique quand on est élu d'opposition, surtout à la région.
07:26Alors, tout est allé très vite, parce qu'après, il y a eu, en 2016, donc un an après, législatif partiel.
07:312017, là, vous vous présentez sous les couleurs de La République en marche et vous êtes élue députée.
07:35Ça vous fait, j'ai compté, quatre élections.
07:37Vous vous êtes présentée à quatre élections en trois ans.
07:39Oui.
07:39Ça a été un coup de foudre, la politique ?
07:41Oui, écoutez, moi, j'adore rencontrer les gens sur les marchés, aller parler.
07:46Vous savez, quand on s'engage en premier lieu et qu'on n'a jamais fait de politique avant,
07:49le premier tract qu'on tend à quelqu'un, de manière publique, en fait, c'est un passage.
07:54Ce n'est pas si facile que ça.
07:56Et qu'est-ce qui vous a plu à ce point-là ?
07:57On s'affiche, parce qu'en fait, finalement, d'avoir des convictions, de vouloir trouver des solutions
08:03et de vouloir faire adhérer et rassembler des personnes autour de ces convictions.
08:07Donc, oui, j'aime les campagnes électorales, parce que je pense que c'est comme ça qu'on est au plus proche du public.
08:13Il faut trouver toujours des nouveaux formats.
08:15Il y a les marchés, bien sûr.
08:16Il y a les formats porte-à-porte.
08:18J'ai même fait des giret-débats de chez vous au moment des conférences que nous faisons.
08:24Donc, il faut trouver toujours des formats différents, pas que sur les réseaux sociaux, mais en direct avec les personnes aussi.
08:30Vous avez donc été élue à l'Assemblée en 2017.
08:32Comment se sont passés vos premiers pas à l'Assemblée ?
08:34Est-ce que ça ressemblait un peu à Bourgogne ?
08:37Alors, je ne dirais pas ça, plutôt une rentrée scolaire, en fait.
08:40On était tous là, tous nouveaux.
08:42C'est déceptif.
08:44Alors, non, ça veut dire qu'on va prendre en main des sujets, une organisation.
08:50Il a fallu qu'on comprenne aussi comment ça fonctionne.
08:54On était un peu quand même des petits nouveaux, il faut le voir, mais on était beaucoup dans ce cas-là.
08:59Et les intrigues, les coups-bas à la Bourgogne, ils sont arrivés un peu après, rapidement ?
09:03On ne les voit pas tout de suite, parce qu'on ne comprend pas tout de suite comment ça fonctionne.
09:08Est-ce qu'il y a vraiment des intrigues et des coups-bas où, oui, en fait, on veut faire passer nos sujets.
09:13Donc, il faut être parfois plus rapide que les autres, il faut se positionner.
09:17Et ça, on l'apprend au fur et à mesure.
09:18Moi, j'ai mis un peu de temps.
09:19Donc, c'est un vrai apprentissage que l'on fait.
09:23Un pied à Paris et un pied en circonscription.
09:26Vous avez travaillé sur des sujets très variés.
09:28Il y a eu la politique énergétique, la régulation des jeux d'argent.
09:31Et puis, les violences conjugales dans le cadre du Grenelle, qui a été organisé sur ce sujet.
09:36Alors, on parle souvent des victimes de violences conjugales.
09:38Et vous, vous avez choisi de mettre l'accent sur les auteurs de ces violences.
09:41Pourquoi ?
09:42Oui, parce que j'ai une situation un peu personnelle, puisque j'ai accueilli, il y a plus de 10 ans,
09:48des enfants qui avaient perdu leurs parents dans des circonstances de féminicide.
09:54Donc, c'est un sujet sur lequel j'ai voulu quand même travailler.
09:57Il y a beaucoup de choses qui sont faites sur les victimes.
09:59Et il faut poursuivre toujours ce soutien, notamment à libérer la parole.
10:04Mais il faut aussi se penser que 50% du problème, c'est les auteurs de violences conjugales.
10:08Et donc, si on ne les traite pas, d'une manière ou d'une autre,
10:11et si on pense juste qu'il faut les mettre en prison, on ne pourra pas garder tout le monde en prison,
10:14ça ne fonctionnera pas.
10:15Donc, c'est un travail que j'ai mené pour faire des propositions de prise en charge des auteurs,
10:19pour éviter la récidive et éviter d'aller jusqu'au coup fatal.
10:24Et cette histoire personnelle, vous en parlez très peu.
10:26Je crois que vous en avez parlé, une fois sur LCP et une fois dans un journal suisse.
10:31Pourquoi ?
10:32Parce que mon expérience personnelle vient enrichir, évidemment, les convictions que je peux avoir
10:39et les travaux que je mène.
10:42Mais je ne veux pas en faire un totem.
10:44D'abord, par respect pour l'entourage que j'ai.
10:46Et j'essaie de protéger aussi ma famille et mes proches.
10:50Cet engagement que j'ai eu il y a plus de dix ans a nourri, évidemment.
10:54Je me suis dit, en fait, un jour, il y a des gens qui ont besoin de nous, à titre personnel,
10:58et pourquoi ne pas le poursuivre à titre public, à travers la politique, oui.
11:05On va passer à notre quiz à présent, avec des phrases que je vais vous proposer,
11:08que vous allez devoir compléter.
11:09Rouler en voiturette sans permis sur l'autoroute, c'est ?
11:14Ce n'est pas encore possible.
11:17Mais vous le souhaitez ?
11:18Mais je le souhaite sur les voies rapides, pas sur l'autoroute.
11:20Ah, pas sur l'autoroute.
11:21Vous avez été caricaturé.
11:22Parce qu'on s'est un peu moqué de vous sur cette proposition de loi que vous avez portée
11:25et qui avait notamment une proposition sur les voiturettes.
11:28Oui, parce qu'il y a des voiturettes rapides qui montent jusqu'à 90 km heure
11:33et qui devraient pouvoir accéder typiquement aux périphériques ou à des voies rapides.
11:38Pas sur l'autoroute, il y a un différentiel trop important avec la vitesse qui est sur les autoroutes.
11:44Donc oui, ça a été caricaturé.
11:46Parce que votre texte de loi visait à alléger un peu le poids des véhicules.
11:50Oui, bien sûr.
11:51Pour des questions écologiques.
11:52Et on voit que ces voiturettes reviennent à la mode, notamment par les jeunes qui s'en saisissent.
11:56Entre piloter un planeur ou barrer un trimaran de compétition, je choisis.
12:03Ouh là, c'est difficile.
12:05Je vais dire le trimaran.
12:10Parce que ce sont deux de vos passions, une peut-être plus ancienne, je crois.
12:13Le planeur, vous avez un brevet de...
12:15Oui, j'ai un brevet de pilote planeur.
12:17Le brevet de pilote planeur, c'est ça.
12:18Que je fais quand j'étais étudiante.
12:20Alors c'est un peu la même chose.
12:21C'est de l'aérodynamisme.
12:23C'est un peu de la communion avec la nature également.
12:27J'ai une tendance en faveur de l'écologie et de l'environnement.
12:31Mais là, c'est difficile de choisir.
12:32La voile, vous êtes instructrice ?
12:34Alors j'ai été monitrice, effectivement.
12:36Et régulièrement, sur mon temps libre, je...
12:40Vous choisissez quoi ?
12:41Allez, la voile.
12:42La voile.
12:43Enfin, si Coluche était vivant ?
12:44Si Coluche était vivant, je crois qu'il débriderait quand même encore l'humour aujourd'hui.
12:55On ne peut plus dire tout ce qu'on voudrait dire par l'humour.
12:59Parce que je crois que c'est un de vos humoristes préférés.
13:01Ah, je ne le cite pas souvent.
13:05Mais effectivement, je crois qu'il a...
13:06Et il a même eu, à un moment donné, un engagement en politique.
13:09C'est vrai.
13:09Donc il a été attiré...
13:10Il n'est pas allé jusqu'au bout.
13:11Il a été attiré par le fait de pouvoir faire bouger les choses aussi.
13:14Merci beaucoup, Olga Giverney, d'être venu dans La Politique et moi.
13:17Merci.
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