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  • il y a 4 semaines
En 1986, lors de l'édition du rallye Paris-Dakar, le chanteur Daniel Balavoine, qui menait une opération humanitaire, trouve la mort dans un accident d'hélicoptère aux côtés de Thierry Sabine. Nicolas Mathieu, son assistant, Léo Missir, son directeur artistique, SAS Albert de Monaco et Charles Belvèze évoquent le parcours de l'artiste et ses engagements politiques et humanitaires. Pierre Fauque et Anne Amado retracent les derniers moments de sa vie, de son arrivée à Tamanrasset le 6 janvier jusqu'au jour de son décès dans le désert, en pleine tempête.

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Transcription
00:00Musique
00:00Voilà, alors, moi je m'appelle Balavoine, je suis navigateur et pilote, et lui ?
00:25Et moi je m'appelle Jean Lucroix, je suis pilote et navigateur.
00:28Voilà.
00:28Je participe au Paris-Dakar à mon avis pour à peu près les mêmes raisons que les trois quarts des gens qui le font,
00:33c'est-à-dire pour le sport, pour le voyage, pour l'aventure, pour l'amour de la voiture, pour l'Afrique, pour la beauté du paysage,
00:40pour rencontrer des gens différents, pour, je ne sais pas, pour vivre autre chose, pour prendre des vacances, pour prendre de l'air,
00:45pour ne pas avoir de téléphone dans la voiture, pour plein de choses, pour conduire vite, pour essayer de naviguer et aider mon camarade à conduire vite.
00:51Qu'est-ce que je peux vous faire d'autre encore ?
00:53Aller vite, conduire vite, vivre vite.
00:58Mais le 14 janvier 1986, tout s'arrête dans le désert malien, à bord d'un hélicoptère éclaté sur le sable.
01:06Daniel Balavoine et quatre autres passagers viennent de disparaître.
01:09Il y avait à bord Thierry Sabine, Jean-Paul Le Fur, le radio, François-Xavier Bagnou, le pilote,
01:22Daniel Balavoine et Nathalie Audan du journal du dimanche, et tous les cinq sont morts.
01:30Et pourtant, je veux vivre sans poème, sans blesser tout ce que j'aime, être heureux, malheureux,
01:43Le pari d'Acar en deuil, Thierry Sabine, Daniel Balavoine et trois autres personnes sont mortes dans un accident d'hélicoptère.
02:08Le chanteur Daniel Balavoine et Thierry Sabine ont trouvé la mort dans l'accident d'hélicoptère
02:16qui a fait au total 5 morts sur le rallye Paris-Dakar.
02:19Tout s'est écroulé, c'était deux personnes avec un charisme tellement énorme
02:22que voilà, c'était mon premier boulot et j'y croyais pas, j'y croyais pas.
02:33On avait un confrère qui, en mettant sa radio, a écouté son antenne
02:37et d'un seul coup il devient tout blanc, il nous dit l'hélico s'est craché.
02:40Là on s'est regardé, on dit quoi ?
02:42Il nous dit oui, l'hélico s'est craché avec tous, alors on me dit c'est pas possible.
02:51Ça m'a un peu plus coupé les pattes que réellement effondré.
03:00Je savais plus quoi faire.
03:02Quand il est mort, j'ai dit maintenant ça suffit, je ne découvrirai jamais plus une personnalité
03:13avec une telle intelligence et avec un tel talent.
03:16Alors je préfère terminer ma carrière sur Daniel
03:19que de continuer, je ne me trouverai sûrement personne après.
03:23Au moment de sa mort, Daniel Balavoine a 34 ans, le désert africain le fauche en pleine gloire.
03:51Son dernier tube, l'Aziza, vient d'être consacré disque d'or.
04:03Il représente une chanson populaire au texte porteur de sens pour toute une jeunesse en mâle de contestation.
04:10A l'image du jeune homme qui a commencé sa carrière au milieu des années 70,
04:15après une jeunesse passée à Biarritz et des débuts de chanteurs dans la région.
04:19Il avait cette capacité d'avoir des répartis semi-humoristiques
04:25qui étaient un ton qui ne se pratiquait pas avec la hiérarchie à l'époque.
04:29Et un parler curieusement, je dirais, légèrement banlieusard alors qu'il n'y a jamais vraiment habité.
04:36Et une façon d'interpeller les gens qui étaient un peu décidés avant-coureurs de la génération des Coluches ou autres.
04:42La façon de s'exprimer, si vous voulez, avec humour.
04:44En fait, Daniel Balavoine a été très marqué par mai 68.
04:49A cette époque, il n'a que 16 ans, mais le discours contestataire le captive.
04:54Il s'intéresse à la politique et voudrait devenir député.
04:58Il approche même les leaders étudiants de la contestation qui organisent des tournées en région,
05:03mais il sera très rapidement déçu.
05:05On se faisait une image d'eux absolument extraordinaire.
05:11Et puis finalement, quand on les voyait arriver, on n'entendait que des conneries, que des bêtises.
05:16Ça m'a complètement démobilisé.
05:18Et j'ai eu un petit peu le dégoût de tout.
05:20Et comme à ce moment-là, mon frère faisait médecine et avait une guitare,
05:24il a laissé tomber la guitare et continuait la médecine.
05:26Et moi, j'ai arrêté mes études et pris sa guitare.
05:27Avec sa guitare, sa voix et ses tripes, Daniel Balavoine va rapidement sortir de l'anonymat et des galères.
05:35Après des débuts de choristes avec Catherine Ferry et Patrick Juvé, une rencontre sera déterminante.
05:41Geneviève Salama, une attachée de presse, lui présente le directeur artistique le plus influent de chez Barclay.
05:48Il est frappé par la particularité du jeune chanteur.
05:52C'est surtout le timbre de sa voix, au départ, qui m'a séduit.
05:58Il dit que je veux absolument le voir.
05:59Et Geneviève Salama m'a dit, moi, je veux bien te l'emmener, mais je t'avertis, c'est un grand rebelle.
06:05Ça m'étonnerait beaucoup qu'il veuille travailler avec toi.
06:08Parce qu'il sait ce qu'il veut, il est très dur dans tout ce qu'il fait.
06:13Mais j'ai dit, mais ça m'est égal, amène-le-moi.
06:15Je suis chanteur, je chante pour mes copains, je veux faire des tubes et que ça tourne bien, tourne bien.
06:24Il rentre dans mon bureau et je lui dis, est-ce que tu aimerais bien travailler avec moi ?
06:31Il m'a dit, écoutez, monsieur le ministère, moi, je vais déjà vous donner mes conditions.
06:37Voilà.
06:38Et ensuite, si vous avez des accrédités, on va voir.
06:40Alors, mes conditions sont très simples, je veux faire déjà 1,33 tour par an.
06:46Je veux enregistrer dans le studio qui me plaît, avec le preneur de son qui me plaît, avec les musiciens qui me plaisent.
06:54C'est moi qui dois tout choisir dans le répertoire que je dois faire.
07:00Et allez savoir pourquoi, sans hésiter une seconde, je lui ai dit, d'accord.
07:06Il m'a regardé, il me dit, mais c'est pas possible, vous êtes d'accord sur tout ce que je viens de vous dire ?
07:13J'ai dit, je suis d'accord sur tout ce que tu viens de dire.
07:17Il m'a dit, bon, amenez-moi le contrat, je vais le signer.
07:21Je lui ai dit, mais tu veux pas savoir combien de pourcentages tu vas toucher ?
07:24Non, non, je m'en fous de tout ça.
07:25A partir du moment où je suis libre de faire ce que je veux faire, à ce moment-là, je suis d'accord pour signer avec vous.
07:31Au début, ça n'a pas marché.
07:44Les deux premières années étaient catastrophiques, parce qu'on dépensait une fortune pour faire ces disques.
07:50Et j'avais peur toujours que M. Barclay ne me dise, par contre, maintenant, Léo, on a assez dépensé d'argent, il faut peut-être arrêter.
07:56Pourtant, la persévérance de Léo Missyre finira par s'avérer payante.
08:07Moi, je croyais vraiment que ça allait marcher.
08:09J'étais même sûr, je disais, c'est pas possible que ce garçon n'y arrive pas.
08:13Des concerts de 100 000 personnes
08:15Je lui ai dit, écoute, le jour où tu vas vendre 300 000, 45 tours, je vais couper un garbiche.
08:22Et quand le chanteur est sorti, et que ça a commencé à marcher, un jour, je l'appelle, je lui ai dit, bien, Daniel, viens, viens, j'ai quelque chose à te montrer.
08:32Et il arrive, il me voit, il me dit, j'ai vendu 300 000, je lui ai dit, oui, ce matin, tu es arrivé à 300 000 et j'avais coupé.
08:42Je suis allé couper ma barbiche, le jour où c'était une expérience.
08:46Et ça, il me semble le voir, si vous voulez, encore ce moment-là.
08:50Il y a des moments comme ça qui me restent, qui me sont restés dans la tête.
08:52Cette même année, 1978, s'enchaînent les rencontres avec Michel Berger, France Gall et le succès de Starmania auquel ils participent.
09:08Les tubes se succèdent, vivre ou survivre, je ne suis pas un héros, mon fils, ma bataille.
09:14Daniel Balavoine semble alors sur la voie d'un certain bonheur.
09:18Oui, c'était un homme heureux, mais c'était un éternel perfectionniste, encore une fois.
09:22Et c'était quelqu'un qui se révoltait pour ce qui l'importait.
09:27Je m'emporte pour ce qui m'importe.
09:29C'est toujours ce qu'il disait, c'était vraiment ça.
09:31Et comme c'était un type honnête, il ne faisait pas semblant.
09:33Donc là aussi, la com, il ne savait pas ce que c'était.
09:36C'est un type qui n'était pas maîtrisable, dans le bon sens du terme.
09:40Un certain 19 mars 1980, il provoque un incident télévisé devenu mythique.
09:46Nous avons à parler avec Daniel Balavoine aussi.
09:48Permettez.
09:50Je voudrais dire que, limité...
09:52Ça fait trois quarts d'heure que je suis là et que je m'ennuie à entendre le petit.
09:56Alors maintenant, si je ne peux rien dire avant la fin de l'émission, je ne parle pas pour vous, M. Mitterrand,
10:00parce que moi j'avais pris plein de notes en venant dans votre information.
10:03Non, je n'aurais pas le temps. Je le sais déjà que je n'ai pas le temps.
10:05J'ai juste le temps de me mettre en colère.
10:06Vous voulez commenter ce matin ?
10:07Non, c'est le système de l'information française qui fait comme ça.
10:09J'aurai le temps, une minute, de m'énerver.
10:12Juste de m'énerver, de paraître pour un petit merdeux, un petit jeune de plus qui fout la pagaille partout.
10:15Je préfère m'en aller tout de suite.
10:17Si j'avais su que je n'aurais pas rien dire, j'aurais dormi beaucoup plus tard.
10:19Je vous remercie.
10:20Je voudrais en souhaiter votre présence, Daniel Balavoine, dans ce studio pour parler des problèmes de la jeunesse.
10:25Je pense que nous aurions eu le temps d'en parler.
10:29C'était nous, nous n'avons pas de chansons.
10:31Rappelez-vous cette image incroyable de ce type, qui a les cheveux un peu en touffe, mais à l'époque on l'avait tous.
10:37Mais surtout qu'il vit en blouson.
10:39La télévision était très normative à l'époque.
10:42On venait en cravate, on venait en costard, on parlait poliment.
10:45Et tout d'un coup, il va parler d'ailleurs sans vraiment regarder tout le monde.
10:49Et il va foncer comme un petit taureau, comme quelqu'un qui se rebelle.
10:54Et Mitterrand qui s'arrête, qui enlève ses lunettes et qui reste comme ça de regarder.
10:59Je peux vous dire une chose importante.
11:00Vous avez parlé pendant dix minutes au moins de l'affaire Georges Marché, dont tout le monde se fout strictement.
11:05Je vous signale que la jeunesse française se fout strictement de ce que M. Marché faisait pendant la guerre.
11:09Ça lui est complètement égal.
11:10Ce que je peux vous dire, c'est que la jeunesse se désespère.
11:13Elle est profondément désespérée parce qu'elle n'a plus d'appui.
11:17Elle ne croit plus en la politique française.
11:18Et moi, je pense qu'elle a en règle générale, en résumant un peu, bien raison.
11:22Ce que je peux vous dire, c'est que le désespoir est mobilisateur.
11:26Et que lorsqu'il devient mobilisateur, il est dangereux.
11:28Je l'ai trouvé formidable.
11:29J'en revenais moins.
11:30Je vous dis très sincèrement, j'en revenais pas.
11:33Du culot qu'il a pu avoir et de la force qu'il a eue à ce moment-là, là, je l'ai complètement félicité.
11:41Le talent musical, le génie du coup de gueule et une autre passion qui habite Daniel Balavoine depuis longtemps, l'automobile.
11:49La passion pour les automobiles, elle est venue à l'âge du permis.
11:56Je lui ai donné un peu le virus parce que quand il a eu 18 ans et qu'il a gagné ses premiers sous, il a acheté une auto.
12:01C'était une mini à l'époque, enfin une hostine.
12:02Et comme aucune auto ne le satisfaisait vraiment, un beau jour, je lui ai dit écoute, on va acheter un garage, Daniel, ça va aller plus vite.
12:09Parce que comme de toute façon, au bout de trois mois, elle ne te plaît plus.
12:12Et c'est un peu comme ça que notre association a aidé.
12:17La bagnole, si vous voulez, il conduisait moyen.
12:18Et puis finalement, il a appris et puis finalement, c'est devenu plutôt un bon pilote.
12:22Le Paris-Dakar, c'est l'épreuve phare des années 80.
12:33500 concurrents lancés dans le désert, dans un décor digne des plus grands films hollywoodiens.
12:39Épreuve contestée, voire décriée, elle attire pourtant de nombreux adeptes et personnalités.
12:44Daniel Balavoine fait partie de ceux qui veulent se lancer dans l'aventure.
12:52Daniel était quelqu'un qui aimait la vitesse, qui aimait la compétition, qui aimait les sports mécaniques.
12:59Et je crois que le Dakar était un prétexte à découvrir l'Afrique.
13:02Et d'une autre manière, bon, y aller en voyage organisé ou autrement, ça ne le tentait pas trop.
13:07Et le fait de participer à une épreuve comme le Dakar, qu'il faisait, je pense, rêver aussi,
13:12c'était le moyen de joindre l'utile et l'agréable.
13:14Un jour, il me dit ça, je dois vous avouer que je ne l'ai pas encouragé.
13:17Et il me dit, Léo, j'ai envie de faire le Paris-Dakar.
13:22Alors, je savais quand même que c'était quelque chose qui était très, très dangereux.
13:27Là, je vous avouerai, là, on sait, il n'y a pas eu de prise de bec.
13:30Attention, je ne lui ai pas dit non, il ne faut pas le faire.
13:33Mais j'ai dit, moi, personnellement, je ne te recommande pas particulièrement de faire ce genre de choses.
13:36Mais en 1983, Daniel Balavoine, obstiné comme à son habitude, participe à l'épreuve pour la première fois avec un équipier du sud-ouest.
13:46Mais la voiture est mal préparée.
13:49Moi, j'étais un des seuls, je pense, à le prévenir en amont, en lui disant, écoute, je le sens mal, ton affaire.
13:55Et si tu peux t'en retirer, je pense que ce serait mieux parce que tu cours à la galère, tu cours au carnage.
14:01Il m'a dit, écoute, j'ai tellement envie d'y aller que j'y vais, même en connaissance de cause.
14:05Le Paris-Dakar, je suis complètement inscrit et complètement impliqué dans l'affaire maintenant.
14:09Il n'y a pas de doute, enfin, à moins que je me casse une jambe ou un bras ou quoi que ce soit d'ici là.
14:13Tout le monde essaie de me décourager maintenant que j'ai dit oui.
14:15Personne n'y arrive, d'ailleurs, cela dit.
14:17Je ne sais pas, c'est quelque chose que je ne connais pas et que je voudrais connaître parce que ça me fascine.
14:23Je trouve ça formidable.
14:24Puis c'est quelque chose qui fait bouger le corps, je veux dire, et qui fera fatalement au bout d'un moment,
14:29au bout de peut-être 3, 4, 5, 6 jours ou 10 jours, c'est-à-dire au bout de 7000 ou 8000 kilomètres,
14:33ça fera peut-être aussi bouger la tête.
14:35Et donc, il y est parti, et malheureusement, j'avais raison, puisqu'il a abandonné dans la première étape chronométrie.
14:44Daniel sera déçu, bien sûr, mais sa voiture, une fois réparée, il continuera par le chemin des Écodiers jusqu'à Dakar.
14:51Cela lui permet de découvrir l'Afrique et sa pauvreté.
14:55C'est de cette découverte qu'est né son engagement pour le Sahel et sa volonté de s'impliquer dans des actions concrètes
15:00qui vont peu à peu et de manière inexorable ancrer le destin de Daniel Balavoine.
15:06Et là, il a reçu un grand coup dans la gueule, comme il le disait, un choc incroyable, un choc de civilisation, un choc de culture.
15:15Voir ces gens si pauvres et ayant si besoin d'eau, si besoin de choses fondamentales, je crois qu'il a été choqué, interpellé.
15:23Et il s'est dit, dès ce moment-là, à mon avis, il s'est dit, il faut faire quelque chose.
15:27L'idée, après, de s'occuper de cette histoire de pompe qui est devenue la Fondation Balavoine,
15:33c'est un peu la rencontre de l'Afrique, de ses couleurs, de ses odeurs et de ses paradoxes
15:40qui a fait qu'un jour, il s'est dit, est-ce qu'on ne peut pas amener de l'eau à ces gens-là ?
15:43Daniel Balavoine sera donc profondément marqué par les traversées des villages très pauvres du Niger et du Mali.
15:49Il n'aura également de forts liens d'amitié avec l'organisateur du rallye Paris-Dakar.
15:54Ça m'a fait aussi découvrir un monsieur pour lequel je garde une grande, grande admiration,
15:58un grand respect, qui est Thierry Sabine, qui est le monsieur qui organise ce rallye.
16:04Et puis ça m'a fait connaître plein de gens que j'aime et que je respecte.
16:09Les rapports de Daniel avec Thierry étaient effectivement excellents.
16:12Je crois qu'ils s'estimaient beaucoup, tous les deux.
16:14Daniel appelait souvent Thierry Baden-Powell ou le chef des scouts
16:18ou ce qu'on veut, pour se moquer de lui et de son côté, chef de caravane.
16:22Et là aussi, j'emmène ma bande avec moi dans le désert.
16:24Mais il savait que c'était une organisation absolument remarquable.
16:28Et surtout, je crois qu'ils partageaient ensemble cet amour de l'Afrique, vraiment.
16:35Thierry Sabine, l'homme en blanc, dans son hélico blanc.
16:39Les concurrents avec humour le surnomment Dieu ou Big Brother.
16:42Il dirige et surveille la course, omniprésent, vigilant.
16:45Il y a deux endroits, il y a plusieurs endroits où ils peuvent couper.
16:53Il se rend également sur les lieux des accidents sur le rallye,
16:56réconforte les blessés, organise les secours.
17:00Il aime aussi rencontrer les Africains, toujours curieux,
17:03et pour lesquels le rallye est un événement important.
17:07C'est les galets, il va bien, il est là.
17:10Daniel Balavoine a attrapé le virus Paris-Dakar,
17:21succombé à une Afrique envoûtante,
17:24mais aussi dérangeante, choquante de dénuement.
17:27Sa carrière de chanteur, enregistrement, tournée,
17:30l'empêche de participer à la course de 1984.
17:34Il retrouve le rallye en 1985,
17:36déterminé à effacer l'échec de sa première participation.
17:40Il est enfin préparé.
17:41L'amateur a cédé la place à un véritable concurrent.
17:44Ce qui m'a le plus frappé chez Daniel,
17:46c'est son professionnalisme.
17:47Parce que dans son rôle de copilote,
17:49il travaillait mais vraiment comme un fou.
17:50Il ne voulait surtout pas qu'on perde du temps,
17:52qu'on s'égare à cause de lui.
17:53Donc il préparait le roadbook d'une manière extrêmement minutieuse.
17:56Il allait voir les copilotes professionnels.
17:58Il était obnubilé par le fait de vraiment ne commettre zéro erreur.
18:02Et dans ce Paris-Dakar 1985 difficile,
18:06Daniel ne commettra en effet pas beaucoup d'erreurs de navigation.
18:09Il s'avère également être un coéquipier solide
18:12qui tient psychologiquement le choc.
18:14On est dans une situation de fatigue qui est extrême,
18:16de tension qui est extrême.
18:18Il y a un enjeu, il y a un danger quand même,
18:19il faut le dire.
18:20Il y a un éloignement.
18:22Je crois que la nature sera toujours plus forte que nous,
18:24plus forte que l'homme.
18:25Et comme le disait toujours Thierry,
18:26c'est l'Afrique qui commande,
18:27c'est l'Afrique qui veut bien nous accueillir.
18:29Qui que vous soyez, soyez modeste avec le désert.
18:33Soyez modeste.
18:35C'est une leçon de modestie avant toute chose.
18:37S'il nous accepte qu'aujourd'hui, ça sera clean.
18:39Sinon, Inch'Allah.
18:42Inch'Allah en effet, avec de grosses surprises
18:45comme ici en Mauritanie,
18:47où malgré les moments pénibles d'un ensablement collectif,
18:50Daniel conserve son sens de l'humour.
18:52Il terminera 30e à Dakar malgré les difficultés.
18:57Deux heures qu'on est là et en fait on est dans une poche.
18:59C'est du sable très mou.
19:03Ça nous a réussi jusque là.
19:06Et là on est...
19:07C'est armoire qu'on me dit chez moi.
19:10C'est une armoire normande.
19:12J'ai le souvenir d'une chose qui m'avait impressionné.
19:15Je le connaissais en tant que chanteur.
19:17Et quand on était planté dans cette grand tergue-là,
19:22à un moment donné, on arrive à sortir sa voiture du grand tergue.
19:25Et c'est Jean-Luc Roy qui la sort de là.
19:28Et il part assez vite.
19:29Il ne fallait pas qu'il s'arrête.
19:30Mais il ne savait pas trop où il allait.
19:31Et là, Balavoine lui a hurlé la direction.
19:35Et j'ai réalisé qu'il avait vraiment une voix de chanteur.
19:37Parce qu'il a poussé une phrase,
19:39mais avec une telle force que vraiment c'était très impressionnant.
19:42C'était un chanteur.
19:46Un chanteur en effet aux multiples projets.
19:49Le calendrier de la star est plein longtemps à l'avance.
19:52Daniel, sans compter avec le destin,
19:55parle de son planning professionnel en janvier 1985
19:58au moment du rallye, un an avant sa mort.
20:01Ses prévisions s'étendent sur plus d'une année.
20:04Ensuite, je vais aller deux mois chez moi,
20:06c'est-à-dire à Biarritz en fait.
20:08Où là, pareil, je vais transporter tout mon matériel de musique.
20:10Tout ça pour écrire l'album que je dois enregistrer en juin, juillet et août.
20:15Après ça, je vais faire la promotion de cet album.
20:17Après ça, je vais partir en Angleterre six mois
20:19pour faire un album avec un groupe.
20:22Et après ça, je vais revenir en France.
20:24Ça fait qu'on est déjà à 86, mi-86, mine de rien.
20:27Je vais revenir pendant l'été 86 pour répéter
20:29et faire au Palais des Sports un spectacle en octobre 86.
20:33Voilà.
20:34Mais ce planning sera quelque peu perturbé.
20:37En effet, Daniel Balavoine, durant l'année 1985,
20:40va lancer avec Thierry Sabine une importante opération humanitaire,
20:44Paris-Dakar, Paris-Ducœur,
20:46qui se déroulera en janvier 1986.
20:49Il s'agit d'implanter 40 pompes à eau dans le Sahel.
20:52Tout au long de l'année 1985,
20:55Daniel va s'engager et préparer cette opération.
20:57Il ne voulait pas le faire d'une manière médiatique.
21:03C'était vraiment s'impliquer, pouvoir vraiment comprendre
21:05ce dont avaient besoin ces populations.
21:07Il aimait sincèrement ces gens-là,
21:10qui sont sans artifice.
21:13Je pense que c'est pour ça qu'il les aimait,
21:14pour leur simplicité, pour leur gentillesse naturelle.
21:17On sentait qu'il se sentait bien en Afrique.
21:20Et en plus, avec une vraie mission
21:22de pouvoir bien faire les choses au niveau de l'humanitaire,
21:27ce n'était pas non plus une opération de promotion,
21:29c'était vraiment son projet à lui.
21:33Daniel décide même de donner les droits d'une chanson
21:36de son nouvel album sorti en octobre 1985
21:39pour financer une partie du projet.
21:42Le titre de la chanson,
21:44L'enfant assis attend la pluie.
21:471986, comme chaque année,
21:58le départ du Paris-Dakar a lieu un 1er janvier,
22:01sans Daniel Balavoine.
22:02Cette année-là, il n'est plus concurrent.
22:05Il rejoindra le rallye plus tard,
22:06pour l'opération des pompes.
22:08Pour l'instant, il s'occupe de la promotion
22:10de son dernier album,
22:12passe du temps avec ses copains,
22:13et fête l'anniversaire de son ami Jacques Duruti.
22:16Est-ce que cette soirée a été aussi exceptionnelle que ça ?
22:19J'en sais rien,
22:20mais il s'avère que comme c'est la dernière que j'ai passée avec lui,
22:23c'est une qui est pour moi de l'importance.
22:25Et après, il ne savait pas,
22:27quand je l'ai ramené le lendemain à l'aéroport,
22:29s'il allait au Dakar ou s'il n'y allait pas.
22:32Et en fait, il est allé par-dessus.
22:33Le 6 janvier 1986,
22:39Daniel Balavoine rejoint le rallye
22:41à Taman Rasset, en Algérie.
22:43L'opération Paris-Dakar, Paris du Coeur,
22:46doit démarrer le surlendemain
22:47à Agadez, au Niger.
22:49Je sais que Daniel Balavoine était sur le rallye
22:52pour une opération humanitaire,
22:54à laquelle aussi,
22:55bon nombre de concurrents,
22:56dont je faisais partie,
22:58participaient.
22:59Et ça montrait un petit peu
23:01la dimension humaine de cette épreuve.
23:05Et je crois que c'était tout à fait normal
23:06d'essayer d'aider les pays traversés
23:08et les populations locales.
23:11Avant de démarrer l'opération humanitaire,
23:13Daniel a un souhait particulier
23:15qui lui tient à cœur.
23:16Un souhait dont il a parlé avec Thierry Sabine.
23:19Lorsque Daniel arrive sur le rallye,
23:21Thierry lui promet d'essayer
23:23de l'emmener en hélico sur une étape
23:25de manière à lui permettre
23:25de découvrir le rallye,
23:27forcément de la plus belle des manières,
23:28puisque l'hélico est partout à la fois
23:30et de surcroît partagé ces moments-là
23:32avec lui, avec Thierry,
23:33ce qu'il n'a pas eu l'occasion de faire.
23:35Donc c'est vrai que c'est une occasion exceptionnelle.
23:38La C-Crème,
23:39un des plus beaux massifs du Hogar.
23:41Une très belle étape du rallye
23:43que malgré sa demande,
23:44Daniel, premier signe du destin,
23:46ne pourra pas parcourir
23:48dans l'hélicoptère de Thierry Sabine.
23:50Thierry lui avait répondu
23:51avec grand plaisir,
23:52mais pour l'instant,
23:53on ne peut pas le faire
23:54à ce moment-là,
23:54quand on était dans la C-Crème,
23:55puisqu'il y avait un hélicoptère
23:57de France 2,
23:59de la télévision,
23:59qui s'était craché,
24:01heureusement,
24:02sans gravité.
24:10Thierry avait pris avec lui
24:11dans l'hélicoptère
24:12l'équipe d'antenne 2,
24:13en attendant
24:13qu'un autre appareil
24:15revienne de Paris.
24:16L'étape suivante,
24:18c'est Agadès au Niger,
24:20l'une des villes sacrées
24:21des Touareg,
24:22aux portes du désert
24:23du Ténéré.
24:24C'est tout près d'Agadès
24:25que doit se faire
24:26le lancement
24:26des premières pompes à eau.
24:28Daniel, un peu anxieux,
24:30se pose encore
24:30quelques questions.
24:31Il était parfaitement
24:33impliqué dans le projet
24:34et il voulait le faire
24:35avec la meilleure volonté
24:37du monde
24:37et il ne savait
24:38simplement pas très bien
24:39de quelle manière
24:40ça allait être accueilli
24:41ou par la presse française
24:43ou par les Africains.
24:44Est-ce que je me commets
24:46dans ce truc-là ?
24:46On va me taxer
24:47d'opportunisme, etc.
24:50Après, il a balayé tout ça
24:51et il a dit
24:51c'est pour eux,
24:52je le fais pour eux
24:53et puis c'est tout.
24:54Je me fous de...
24:55C'est bien infidèle
24:56à son caractère d'ailleurs.
24:57Je me fous de ce qu'on me dira de moi.
24:58Je le fais pour eux
24:59et puis voilà.
25:00Il s'agit au départ
25:01d'implanter 40 motopompes
25:03ou pompes solaires
25:04au Niger et au Mali
25:05en utilisant
25:06l'infrastructure du rallye.
25:10La première pompe
25:11a été inaugurée
25:11à Agadès.
25:12Là, c'est une pompe solaire
25:15pour irriguer tout un champ.
25:20Les camions étaient déjà sur place.
25:23On avait pris un petit taxi.
25:26On s'est retrouvés dans la palmerie.
25:28C'était la première fois
25:29que Daniel pouvait rencontrer
25:30les populations
25:31dans un contexte vraiment humanitaire.
25:34Ils ont mis une canalisation
25:37pour quand ça déborde.
25:38C'est très marrant.
25:39Daniel était très surpris
25:45de l'accueil,
25:45tout à fait ravi
25:47parce qu'il ne s'imaginait pas
25:48que ça allait être comme ça.
25:49Il pensait que ça allait être
25:50très officiel.
25:52Mais en fait, non,
25:53c'était une grande fête.
25:55Une grande fête.
25:57Une grande fête de village africain.
25:59Je ne pense pas
26:00que c'était un rôle.
26:02Il était vraiment content
26:03de faire ça.
26:03Il était simplement
26:04juste heureux de faire ça.
26:05Les techniciens
26:07travaillaient déjà
26:09depuis une dizaine de jours
26:10pour la mettre en place.
26:12Quand l'eau est sortie,
26:13Daniel était un petit peu
26:14comme un enfant.
26:16On le voit,
26:17il prenait des photos.
26:19Des journées,
26:20il s'était présent,
26:21il nous racontait.
26:22Voilà,
26:23c'était plusieurs mois de travail
26:24et le démarrage
26:26de tout un programme.
26:28Daniel,
26:29cinq jours avant sa mort
26:30dans ce qui est probablement
26:31sa dernière interview,
26:33fait comme toujours
26:33preuve de détermination.
26:35Tous les gens,
26:36à un moment de leur vie,
26:37ont envie de faire
26:38quelque chose,
26:39des choses comme ça.
26:41Et je crois que malheureusement,
26:42les gens laissent
26:43trop souvent passer l'envie.
26:47Et je crois que c'est
26:48quand on a envie
26:48qu'il faut les faire.
26:49Parce que peut-être
26:50que dans un an
26:51ou dans deux ans,
26:51je n'aurai plus envie
26:52pour diverses raisons.
26:53Je ne sais pas.
26:53Parce que devant l'impuissance,
26:55parce que c'est une goutte d'eau
26:56dans le désert,
26:58ou devant le dégoût
27:00de l'attitude de certains,
27:01de gens qui ont des fois
27:03l'esprit négatif.
27:04Quant à ses activités,
27:06alors je sais qu'en ce moment,
27:07j'ai envie de le faire.
27:08Et tant que cette envie
27:09me soutiendra,
27:10je continuerai.
27:12C'est banal.
27:13C'est très banal.
27:15Enfin, je trouve.
27:15Après la pose des premières pompes,
27:19le trajet du rallye doit opérer
27:20une grande boucle
27:21pendant trois jours
27:22dans le Ténéré.
27:24Le Ténéré,
27:25c'est le désert des déserts
27:26en langue touarelle.
27:27Certainement l'une
27:28des plus belles étapes du rallye,
27:30si ce n'est la plus belle.
27:31Immensité,
27:32pureté des dunes,
27:33un spectacle unique
27:34que là encore,
27:35Daniel voudrait pouvoir
27:36contempler dans l'hélicoptère
27:38avec Thierry Sabine.
27:39Pourtant,
27:40une fois de plus,
27:41Daniel Balavoine
27:42ne pourra pas réaliser son rêve.
27:44L'épreuve est particulièrement difficile.
27:46Il y a trop de casses
27:47et de nombreux accidents.
27:49Thierry Sabine est débordé
27:50et l'hélicoptère sans arrêt
27:52sollicité par les égarements
27:53des concurrents
27:54et les secours aux blessés.
27:58Malheureusement,
27:59il y a énormément de blessés
28:00très graves.
28:02Je me rappelle notamment
28:02de Véronique Anctil,
28:03la petite boulangère de Rouen,
28:06c'est ainsi qu'on l'appelait,
28:07qui était défigurée
28:08parce qu'elle avait tapé son...
28:09Elle était à moto,
28:09elle avait tapé son guidon.
28:12Il y avait eu notamment
28:13Jean-Michel Baron,
28:14un motard officiel
28:15de l'équipe Honda
28:15qui était dans le coma,
28:17dans un coma très très très profond.
28:19Et là,
28:20il faut aussi rendre hommage
28:20à Patrick Fourty,
28:21qui était le pilote
28:22qui se pose dans des conditions
28:23absolument acrobatiques
28:24pour évacuer Jean-Michel,
28:25etc.
28:27Donc,
28:27il y a eu énormément
28:28d'événements très importants.
28:30Tous ces événements
28:31ont donc pour la seconde fois
28:32empêché Daniel Balavoine
28:34de monter dans l'hélicoptère
28:35de Thierry Sabine.
28:36Petit à petit,
28:36le destin se précise.
28:39Étrangement,
28:39Daniel n'était pas à l'aise
28:40avec la notion d'avenir.
28:42Ce qui m'intéresse,
28:43moi,
28:43c'est l'heure.
28:44L'heure,
28:44le moment.
28:45Je veux dire que le passé,
28:46moi,
28:46je ne vis pas de ça,
28:47ça ne me nourrit pas.
28:48Et l'avenir,
28:48je ne sais pas de quoi il est fait
28:49puisque je ne sais pas
28:50combien j'en ai devant moi
28:51d'avenir.
28:52Une des chansons de Daniel Balavoine
28:57est particulièrement significative
28:59à cet égard.
29:00Et j'ai souvent souhaité
29:04de partir avant les miens
29:09pour ne pas hériter
29:17de leur flamme
29:20qui s'éteint
29:23et mon arrêt.
29:33Le 13 janvier 1986,
29:35la veille de sa mort,
29:36Daniel rejoint Niamé,
29:38la capitale du Niger,
29:39l'une des étapes du rallye.
29:41C'est un jour de repos,
29:42une journée de détente
29:43pour tous les participants.
29:45C'était une journée
29:46assez cool.
29:47On était allé à l'hôtel,
29:49on avait traîné à la piscine
29:51et Daniel a pu revoir
29:54plein de copains,
29:55les gars avec qui
29:56il avait fait le rallye
29:57pour la première fois
29:57du Sud-Ouest,
29:59Jean-Luc Roy.
30:01Ça a été à l'hôtel,
30:03c'était le...
30:03Voilà,
30:04il a passé son temps
30:05à aller voir du monde.
30:07C'était très sympa.
30:09Le souvenir, avant tout,
30:10c'est ce coup de téléphone.
30:12Bon, c'est vrai
30:12qu'il avait appelé sa famille,
30:14mais le coup de téléphone
30:14avec son attaché de presse
30:15qui lui dit,
30:16écoute, on te demande
30:17à Paris en télé,
30:18la ZISA et disque d'or,
30:20il faut que tu reviennes
30:21plus tôt, quoi.
30:24L'hôtel Gaoué à Niamé,
30:26c'est l'un des points
30:26de ralliement du Paris-Dakar.
30:28L'endroit où les dirigeants
30:29des équipes de sponsors
30:31des écuries ou de la presse
30:32peuvent venir de Paris
30:33directement rejoindre le rallye.
30:36Gérard Merigaud,
30:40à l'époque directeur
30:41des sports d'Antenne 2,
30:42arrive donc à l'hôtel
30:43pour rencontrer
30:44les équipes de la chaîne
30:45qui couvrent l'épreuve.
30:48Le lendemain,
30:4914 janvier,
30:50il doit monter
30:51dans l'hélicoptère
30:51avec Thierry Sabine
30:52puisque l'hélicoptère
30:54d'Antenne 2
30:54s'est craché
30:55dans la sécrème.
30:56Le soir de son arrivée,
30:58il dîne
30:58avec Daniel Balavoine,
31:00Thierry Sabine
31:00et son équipe.
31:01On a une bonne quinzaine
31:03vers toute l'équipe
31:04du Dakar
31:06autour de Thierry,
31:08Daniel,
31:09quelques journalistes
31:11qui suivaient
31:13et qui faisaient partie
31:15un peu du noyau
31:16du noyau dur
31:17de l'épreuve,
31:18des anciens
31:19et l'ambiance
31:21était formidable.
31:22Mais j'ai appris
31:24dans la nuit
31:24de ce 13 janvier
31:25par l'intermédiaire
31:28de Thierry
31:30que ma mère à Paris
31:31était décédée
31:32et que
31:33partant de là,
31:36j'avais plus
31:36personnellement
31:37envie de suivre
31:38l'événement
31:39de près.
31:40Pour moi,
31:41tout ça devenait
31:41un peu futile
31:42malgré tout.
31:43Donc,
31:44j'ai laissé
31:45Thierry décider
31:46de qui il voulait
31:47prendre avec lui
31:48dans l'hélicoptère
31:49à ma place.
31:50Mais une fois encore,
31:52le soir va se jouer
31:53de Daniel Balavoine.
31:55Ce matin du 14 janvier,
31:56il ne peut monter
31:57dans l'hélicoptère
31:58avec Thierry Sabine
31:59car il a rendez-vous
32:00avec le gouverneur
32:01de la province
32:02de Gao
32:02pour mettre en place
32:03la distribution
32:04des pompes à eau.
32:06Il se rend sur place
32:07en avion
32:08avec l'équipe
32:09des pompes.
32:09À partir du moment
32:10où on a décollé,
32:11qu'on se rapprochait
32:12de Gao,
32:13on a commencé
32:13à être quand même
32:14bien bousculé.
32:17Au niveau visibilité,
32:19il y avait quand même
32:19déjà un gros vent de sable
32:21et c'est vrai
32:21que dans l'avion,
32:23ça bougeait pas mal.
32:24Sur le terrain
32:27du rallye,
32:27en effet,
32:28un terrible vent de sable
32:29s'est levé.
32:30L'épreuve ce jour-là
32:31doit se jouer
32:32en deux parties chronométrées.
32:34La première
32:34de Niamey à Gao,
32:36la seconde
32:37de Gao à Gourmar à Rousse.
32:39La course
32:40devient de plus en plus difficile.
32:41Au départ,
32:48il y avait eu
32:49un vent de sable gigantesque
32:51et même certains
32:53commençaient à vouloir
32:55ruer dans les brancards
32:56et à vouloir faire
32:57que le départ
32:57ne se fasse pas.
32:58C'est la folie
32:59de faire partie du monde
33:00avec une vente
33:00contre la sable.
33:02Il faut être seulement fou.
33:05C'est impossible.
33:06Vous voyez là,
33:07il met là
33:07les ventes de sable.
33:08Comme c'est possible
33:09de faire partie
33:10avec une compétition
33:11comme ça,
33:13ça veut dire
33:13d'envoyer
33:14les gens à la mort.
33:21Certains
33:21veulent annuler
33:22la course.
33:23C'est sans compter
33:23avec l'obstination
33:24de Thierry Sabine
33:25pour qui le vent de sable
33:27fait partie de l'épreuve.
33:29Pas question d'annuler,
33:31mais par contre,
33:32la course
33:32prend beaucoup de retard
33:33dans cette première partie.
33:40On quittait la piste
33:46parce qu'il y avait
33:47des petits villages.
33:48La piste était cachée.
33:50Donc après,
33:51on se perdait.
33:52On tombait dans des champs
33:54qui n'étaient pas cultivés.
33:56Mais après,
33:57on était obligés
33:57de rentrer
33:58dans ces gros épineux
34:00et on crevait.
34:01Je me rappelle
34:02qu'il y avait des voitures
34:02de partout.
34:03On ne trouvait plus
34:10les chemins.
34:11À un moment donné,
34:12une branche
34:13a traversé l'habitacle.
34:14Ça avait été
34:14incroyable.
34:17Une étape
34:17ahurissante.
34:23C'est d'ailleurs
34:24dans cette étape
34:25que le prince Albert
34:26de Monaco
34:27va abandonner la course
34:28avec son coéquipier
34:30Jean-Pierre Marsan.
34:31Nous avons rejoint Gao
34:34dans le camion balai.
34:37Et oui,
34:38on a dû abandonner
34:39le véhicule sur place
34:40qui après a été récupéré.
34:43J'ai effectivement
34:43connu
34:44les affres
34:46du camion balai.
34:54À Gao,
34:55les avions du rallye
34:56se sont posés
34:56malgré les conditions météo.
34:58Daniel Balavoine
34:59rencontre le gouverneur
35:01avec son équipe.
35:02Mais en dehors
35:03des pompes à eau,
35:04le gouverneur
35:05a une autre préoccupation.
35:07Dans l'esprit du gouverneur,
35:08il y avait une chose
35:09qui était vraiment importante,
35:10c'était le match de football.
35:11C'était la finale
35:12de la coupe du Mali.
35:12Donc c'était quand même
35:13très très grave pour eux.
35:15Et il fallait
35:16que Thierry soit là.
35:17Tout ce qui était
35:17sur le terrain,
35:18les filets des buts,
35:20les ballons,
35:21le sifflet de l'arbitre
35:22et les chaussettes,
35:22tout ça,
35:23ça venait de Thierry.
35:25Et il s'était engagé
35:26à donner non seulement
35:28le coup d'envoi
35:28du match de football,
35:29mais aussi à remettre la coupe.
35:31Mais Thierry Sabine
35:32est retenu sur l'épreuve.
35:33Il s'arrête souvent
35:34sur la piste.
35:35Il finira tout de même
35:36par atteindre l'arrivée
35:38de la mi-étape
35:38pendant que le gouverneur
35:40l'attend
35:40pour le match de football.
35:41On arrive à la fin
35:44de cette demi-étape
35:45où on retrouve
35:45l'hélicoptère de Thierry
35:46avec Thierry.
35:49Je n'avais pas vu
35:50Daniel Balavoine
35:51à ce moment-là.
35:53On avait dit d'ailleurs
35:54à Thierry
35:55qu'il allait exagérer
35:56sur la difficulté
35:56de son parcours.
35:57Il riait comme d'habitude
35:58en disant
35:59« Mais vous êtes là pour ça ? »
36:00C'était vrai.
36:01Pendant que Thierry Sabine
36:03est sur la piste,
36:03le retard s'accumule.
36:05Daniel Balavoine
36:06et son équipe
36:07l'attendent toujours à Gao.
36:08Avec Daniel,
36:11on est arrivés
36:11à l'aéroport.
36:12On s'échangeait
36:13des cassettes
36:13et j'avais fait
36:16une cassette
36:16d'un groupe
36:17qui s'appelle
36:17Even Seventeen.
36:20C'est la dernière cassette
36:21qu'il a écoutée
36:23avant de partir
36:24dans l'hélico.
36:27Thierry arrive.
36:29Il faut faire vite.
36:29Il est en retard.
36:30On doit aller
36:31au match.
36:33Quand on est arrivé
36:34sur place,
36:34tout le monde
36:35était un petit peu
36:36impatient.
36:37Le gouverneur
36:38le match
36:40allait démarrer
36:41en retard.
36:42Thierry a salué
36:43tous les joueurs.
36:46Le ballon
36:46a été placé
36:47au milieu du terrain.
36:49Il a donné
36:49le coup d'envoi
36:50et on a dû regarder
36:50à peu près
36:51cinq minutes du match.
36:52On a repris
36:53le taxi Bruce
36:53et on a filé
36:54à l'aéroport.
36:55C'est à ce moment-là
36:56où Thierry
36:59dit à Daniel
37:00« Écoute,
37:00je t'avais promis,
37:01c'est vrai,
37:01un tour d'hélicoptère
37:02dans le Ténéré
37:03et ça n'a pas été possible.
37:05Tu sais,
37:06il y a une place de libre
37:06dans l'hélico.
37:08Si tu veux,
37:09pars avec moi
37:10jusqu'à la prochaine étape. »
37:13Daniel a dû prendre
37:13la décision
37:15très rapidement
37:15parce que
37:16l'hélico
37:17attendait.
37:18On est arrivés
37:19sur place.
37:20Daniel me dit
37:21« Tiens,
37:22tu sais où sont
37:22mes affaires ? »
37:23Je me souviens,
37:24le rotor tournait déjà.
37:26J'ai couru
37:27à l'avion
37:27prendre son sac.
37:29Je lui ai ramené.
37:30Il a fallu
37:31se décider
37:32très rapidement.
37:32Sur l'aéroport,
37:36Jean-Luc Croix
37:37qui doit partir
37:38en avion
37:38est également là
37:39au départ
37:40de l'hélicoptère
37:41de Thierry Sabine.
37:42On continue
37:43à discuter
37:43un petit peu
37:43et le temps passe
37:45et la luminosité
37:46commence déjà
37:47à tomber beaucoup.
37:48Le vent de sable
37:48est toujours
37:49très très oppressant
37:50vraiment
37:50et le pilote
37:52et tout le monde
37:53dit « il faut que vous y alliez,
37:54il faut que vous y alliez
37:55parce que sinon
37:55vous allez être obligés
37:56de voler de nuit. »
37:57Ce qui est impossible
37:58avec ce vent de sable.
37:59tout le monde
37:59finit de s'attacher.
38:01Moi, je continue
38:02à discuter
38:02et à sortir
38:03trois âneries
38:04comme on fait d'habitude
38:05et on se quitte
38:07sur ça,
38:07on se quitte
38:08sur des âneries
38:08et je ferme
38:09la porte de l'hélico
38:10et je m'éloigne
38:10parce que effectivement
38:11les pales commencent
38:13à tourner
38:13et l'hélico
38:14commence à être en portance.
38:15On a vu décoller
38:16l'hélicoptère devant nous,
38:18on leur a fait au revoir,
38:19on a vu l'hélicoptère
38:21partir
38:22à travers ce vent de sable.
38:29« J'ai très nettement
38:30dans la tête
38:31la vision de la bulle
38:32de l'hélicoptère
38:33comme ça
38:33avec François-Xavier Bagnou
38:34aux commandes,
38:35avec Daniel
38:36qui faisait au revoir
38:38d'un air
38:39« Moi, j'y suis pas vous
38:42et c'est bien fait pour vous,
38:43etc. »
38:43C'est une image
38:46qui est terrible
38:47parce que
38:48c'était devenu un ami
38:50depuis un mois
38:51et puis c'est quelqu'un
38:51qu'on n'a jamais revu
38:52et puis à qui j'aurais aimé
38:54dire beaucoup,
38:55beaucoup,
38:55beaucoup de choses.
38:56En quittant l'aéroport
38:58de Gao,
38:58l'hélicoptère de Thierry Sabine
39:00doit se rendre
39:00à l'arrivée
39:01à Gourmar-Arus.
39:03La visibilité
39:03n'est pas très bonne
39:04bien que le vent de sable
39:05se soit un peu apaisé.
39:07Mais l'hélicoptère
39:08va s'arrêter
39:09au passage
39:09du départ
39:10de la deuxième épreuve
39:11chronométrée de la journée.
39:12« Au départ
39:13de la deuxième tronçon,
39:14il était là.
39:14Quand nous,
39:15on est partis,
39:16Thierry était là
39:16avec son hélicoptère. »
39:18« On a un peu discuté
39:20avec Thierry
39:22comment les tapéter
39:24si elle était aussi dure
39:25que la première
39:26et puis nous,
39:29on avait Nathalie Audan
39:30qui était notre marraine
39:31qui est venue me voir.
39:33Elle m'a dit
39:33« Pierre, c'est chouette,
39:34je pars en hélico
39:35avec Thierry.
39:37C'est la première fois
39:37que je monte en hélico. »
39:40Et la jeune journaliste
39:41du journal du dimanche,
39:42Ravi,
39:43prend alors
39:44la dernière place
39:44disponible dans l'hélicoptère.
39:46Il est environ 18 heures
39:48et le jour
39:49commence à tomber.
39:50Jean-Luc Roy,
39:54quant à lui,
39:55quitte l'aéroport
39:55de Gao
39:56pour se rendre
39:57à Tombouctou
39:58car les avions
39:58ne peuvent se poser
39:59à l'étape
40:00de Gourmand-Harrousse
40:01où il n'y a pas
40:01de terrain d'aviation.
40:03« Lorsque nous décollons,
40:04c'est à peu près
40:05un quart d'heure
40:06après que l'hélico
40:06soit décollé
40:07et comme nous sommes
40:08en l'air
40:08et qu'on voit
40:09le jour qui décline
40:10et le soleil
40:11qui rougeoit,
40:12on se dit
40:12« l'hélico
40:12ne va pas pouvoir arriver. »
40:14Donc là-haut,
40:14on a conscience
40:15que c'est absolument impossible
40:16et que cet hélico
40:17doit se poser
40:18qu'ils n'ont plus
40:19de visibilité.
40:20Effectivement,
40:21après avoir survolé
40:22quelques concurrents
40:23sur la piste du rallye,
40:25la nuit est pratiquement tombée.
40:27L'hélicoptère se pose.
40:29Il est environ 19h,
40:30peut-être 18h45.
40:32Vers la fin de la spéciale,
40:34au milieu de la piste,
40:36j'ai trouvé Thierry
40:37qui m'a arrêté.
40:38Pourtant,
40:38on était quand même
40:39dans les premiers
40:40et il m'a fait signe
40:42de m'arrêter
40:43parce qu'à cette époque-là,
40:44comme aussi dans les hélicos,
40:46ils n'avaient pas
40:46de GPS
40:47et il m'a juste
40:48ouvert la porte
40:50et il m'a dit
40:51« Où on est ? »
40:52On est à 21 km
40:53de l'arrivée
40:54et je me suis retourné
40:56vers Thierry.
40:57Je lui ai dit
40:57« Mais il y a un problème ? »
40:58Il m'a dit
40:59« Non, non, tout va bien. »
41:01Il dit
41:01« Il vient de nous chercher.
41:02On reste ici. »
41:04Visiblement,
41:05l'hélicoptère
41:06n'avait pas de problème
41:07parce que
41:08aussi bien le pilote
41:09que son mécanicien
41:11était dehors
41:12à quelques mètres
41:13de l'appareil.
41:14Donc, il y avait l'hélico,
41:16il y avait le pilote,
41:18je revois le pilote
41:19et le mécanicien.
41:21Nathalie,
41:24qui était un petit peu
41:25à ma gauche
41:26en arrière,
41:28Daniel Balavoine
41:29et Thierry
41:30à ma porte.
41:32Et il m'a tapé
41:34sur l'épaule
41:35et il m'a dit
41:35« Continue ta course,
41:37qu'il vienne nous chercher. »
41:38Puis nous,
41:39on est rentrés
41:39de suite au bivouac,
41:40on a été voir
41:41le patron d'Africa Tour
41:43et il m'a dit
41:44« Il faut que tu ailles
41:45chercher Thierry
41:46à 21 km. »
41:47Bernard Dillot,
41:48le patron d'Africa Tour,
41:49se propose
41:49et il commence
41:50à décharger
41:51l'un de ses Toyotas
41:52qui est lourdement chargé
41:53pour prendre la piste
41:54à contresens
41:54et revenir chercher
41:55les occupants de l'hélicoptère.
41:57À ce moment-là,
41:58pourtant,
41:58l'hélicoptère va redécoller.
42:00Impatience,
42:01blessure,
42:02accident,
42:02le mystère
42:03ne sera jamais résolu.
42:05Il faut savoir
42:05que dans un hélicoptère
42:07non équipé
42:07pour voler de nuit,
42:09les seuls repères visuels
42:10ne peuvent être
42:10que des lumières extérieures
42:12comme les feux
42:12d'une voiture par exemple.
42:14C'est là
42:14qu'on s'est rendu compte
42:15au bout de quelques kilomètres
42:16que l'hélico nous suivait.
42:19On avait son petit phare
42:19qui balayait
42:20de temps en temps
42:21la piste devant nous.
42:22On ne savait pas
42:22que l'hélico
42:23ne pouvait pas voler de nuit.
42:24Tout ça,
42:24pour nous,
42:24était normal.
42:26Juste au moment
42:27où,
42:28on va dire,
42:318-10 kilomètres
42:32de l'arrivée,
42:34sur notre avant-droit,
42:37on a vu passer
42:38l'hélicoptère
42:38avec une vitesse horizontale
42:40très rapide.
42:41Il nous a paru
42:41très rapide.
42:42On a vu l'hélicoptère,
42:44surtout,
42:45on a vu ces feux
42:45de position.
42:47Et il y a eu
42:48ce crash
42:48qui était
42:49sur notre avant-droit.
42:50Pour vous dire
42:51la distance,
42:51je ne saurais pas trop
42:52entre 20 et 50 mètres,
42:54on va dire,
42:54mais très proche.
42:56Ça fait un bruit
42:58comme une explosion,
43:00comme une implosion,
43:02comme quand vous jetez
43:03une allumette
43:04dans un barbecue
43:05plein d'essence.
43:07Ça fait un vouf
43:08très très fort,
43:09sans flammes.
43:10et juste à la fin,
43:12une gerbe d'étincelle
43:13qui, je pense,
43:14venait de la fin
43:15de rotation du rotor.
43:17Là, sur le coup,
43:18avec Jackie,
43:18on se dit,
43:20tiens,
43:20on nous jette
43:20une balise
43:21pour nous signaler
43:22qu'on n'est pas
43:22sur la bonne piste.
43:23Puis très rapidement,
43:24on se dit,
43:24non, c'est l'hélico
43:25qui est tombé.
43:26Donc, on s'est rapproché
43:29tout de suite
43:29du lieu du drame.
43:32Et là,
43:33dans nos phares,
43:35on a vu des débris.
43:36on a réalisé
43:40qu'on ne pouvait
43:41rien faire,
43:41on n'avait rien
43:42pour aider qui que ce soit.
43:43On n'a rien
43:44dans la voiture
43:44qui permet de sauver
43:45des gens.
43:47Et en même temps,
43:47il y avait une odeur
43:48de kérosène
43:49tellement intense,
43:50mais très très très forte,
43:51odeur de kérosène,
43:53qu'on a eu peur
43:53que ça nous pétait
43:54la gueule.
43:56Et à ce moment-là,
43:58notre raisonnement
43:59était, écoute,
44:00on est à 8 km
44:01de l'arrivée,
44:02on note le kilométrage,
44:03on se dépêche
44:04d'aller à l'arrivée
44:04chercher du secours.
44:05Et c'est ce que
44:06nous avons fait.
44:07Et là,
44:07quand eux arrivent,
44:08le Toyota n'est pas encore
44:09reparti en sens averse
44:10et ils disent
44:10l'hélico s'est craché.
44:12Et personne ne les croit
44:13parce que Pierre Lartigue
44:14et Bernard Giroux
44:15sont là.
44:15Mais non,
44:16ils sont posés là-bas.
44:17Donc il y a un hiatus
44:18à ce moment-là,
44:19il y a une discussion.
44:20Et c'est vrai
44:21que l'étape avait été très dure,
44:22on pouvait avoir
44:22quelques visions peut-être,
44:25mais on n'en nous croit pas
44:25parce qu'en effet,
44:27on a appris après,
44:28l'hélicoptère était censé
44:29être posé
44:29et avoir envoyé quelqu'un
44:30pour aller les chercher.
44:31On comprend bien
44:32que les derniers,
44:33malheureusement,
44:33chronologiquement,
44:34ont raison.
44:35Et donc des voitures
44:36sont affrétées
44:37et reprennent la piste
44:38à contresens
44:38en faisant attention
44:39parce que je rappelle
44:40qu'on est en pleine spéciale
44:41et qu'il y a plein de concurrents
44:42qui continuent à arriver
44:43évidemment et qui passent
44:44les uns à côté
44:45ou d'autres
44:46sur les lieux du drame.
44:53Sur place,
44:54à Gourmar-Arousse,
44:56à 8 km seulement
44:57du lieu de l'accident,
44:58c'est la consternation.
45:00Les quelques membres présents
45:01de l'organisation
45:02ne veulent pas diffuser
45:04la nouvelle trop rapidement
45:05avant au moins
45:06que les familles
45:07des victimes
45:07soient prévenues.
45:09Pourtant,
45:10sur le bivouac,
45:11la nouvelle du crash
45:12de l'hélicoptère
45:13commence à se répandre.
45:15Les concurrents
45:15sont incrédules.
45:18À Gao,
45:18où est resté basé
45:19sur l'aéroport
45:20le gros de l'organisation
45:22du rallye,
45:23la nouvelle n'est vraiment
45:24certifiée
45:24qu'au matin du 15 janvier.
45:26Pour beaucoup,
45:27comme Nicolas Mathieu,
45:29c'est la stupéfaction.
45:30J'arrive à l'aéroport
45:32pour avoir des nouvelles
45:33des camions
45:34à la radio
45:35et là,
45:37il y avait
45:39une quinzaine
45:39de journalistes
45:40qui viennent me voir
45:41et qui me disent
45:42est-ce que
45:43Daniel est monté
45:45dans l'hélico de Thierry ?
45:46Je leur dis
45:47oui, oui,
45:47Daniel est parti
45:48dans l'hélico de Thierry
45:49pour aller à Gourmar-Arousse,
45:51mais je ne comprenais pas
45:52pourquoi il me demandait
45:53toutes ces questions.
45:54Et là,
45:54je monte dans l'avion
45:55de transmission,
45:56je vois Christian Boudas
45:57qui était en train
45:58d'annoncer
45:58le décès
45:59de toutes les victimes.
46:00C'est vrai que tout a basculé.
46:02Il pouvait tout arriver
46:03sur ce rallye
46:04sauf
46:04l'accident
46:06de l'hélico de Thierry.
46:07J'ai pris conscience
46:10que Daniel était mort aussi.
46:13Je me souviens,
46:14tout le monde était en larme.
46:15Il y avait même
46:15le prince Albert
46:16qui était là.
46:17À un moment,
46:18il me prend dans ses bras
46:19et il me dit
46:19ouais,
46:20le pilote,
46:21c'était mon cousin.
46:22Dans cette tragédie,
46:24je l'ai ressentie
46:26encore plus personnellement
46:27puisque mon cousin,
46:30François-Xavier Bagnon,
46:32était le pilote
46:33de l'hélicoptère
46:34et que je connaissais
46:37très très bien
46:37et avec qui j'avais
46:38partagé
46:41beaucoup de
46:42beaucoup de très beaux moments
46:44dans notre jeunesse
46:45et donc
46:45c'était
46:47pour moi
46:48particulièrement difficile.
46:52Dès lors,
46:53la nouvelle se répand
46:54très rapidement,
46:55reprise par tous les médias.
46:58Presque sitôt dans la presse
47:00naît la polémique.
47:01Qui pilotait l'hélicoptère ?
47:03Le jeune pilote surdoué
47:04François-Xavier Bagnon
47:06ou Thierry Sabine ?
47:07Et surtout,
47:08pourquoi l'hélicoptère
47:09a-t-il redécollé
47:10après s'être posé ?
47:12On ne voit pas une raison
47:16même vis-à-vis de Thierry
47:17d'avoir redécollé
47:19pour se rendre à l'arrivée
47:21alors qu'ils avaient pris
47:22la précaution
47:23de s'arrêter
47:23et de demander
47:23une voiture
47:24de venir le chercher.
47:25Donc ça,
47:25c'est une question
47:27qui restera vraiment
47:28posée à jamais.
47:29La réponse n'existe pas
47:30à cette question.
47:31Qu'est-ce qui s'est passé ?
47:32On ne le saura jamais.
47:33Ça peut être
47:35une défaillance
47:36du pilote.
47:38L'autre pilote,
47:40ils étaient deux pilotes.
47:41Alors un pilote
47:42qui dort,
47:43l'autre pilote
47:43qui s'endort également.
47:44Pourquoi pas ?
47:44On a tout vu.
47:45C'est comme en voiture.
47:46On voit des erreurs.
47:48C'est ça,
47:48les facteurs humains.
47:50C'est la défaillance
47:50de l'homme.
47:50Ça peut être
47:52un passager arrière
47:54qui ne sait pas
47:54que la commande principale
47:56c'est le pas général.
47:58Il met son pied dessus
47:58et l'hélicoptère tombe
47:59de 50 mètres.
48:01Ça peut être
48:01une défaillance mécanique.
48:02Pourquoi n'en a-t-on
48:04jamais parlé ?
48:05C'est triste ça.
48:07Les défaillances mécaniques,
48:08ça existe aussi en aviation.
48:10Une surestimation
48:11de la météo
48:13qui se dégrade facilement.
48:14Mais il y a tellement
48:15de réponses.
48:35Quelques jours plus tard,
48:37Daniel Balavoine
48:38est enterré à Biarritz
48:39où il a passé sa jeunesse.
48:42Daniel le chanteur,
48:43Daniel le poète,
48:44Daniel le révoltait.
48:46Une foule nombreuse
48:47l'accompagne
48:48pour son dernier voyage.
48:54Comme souvent,
48:55on en avait parlé,
48:56pas de la mort
48:58ni de l'enterrement,
48:58que je sais qu'il aimait
48:59beaucoup cette région.
49:00J'ai expliqué
49:01à ses frères et sœurs
49:02qui n'étaient pas dans le coin
49:03à l'époque
49:03que je pensais quand même
49:05que c'était là
49:07que ça devait se faire.
49:09Ça n'a pas du tout
49:10été un enterrement
49:11showbiz du tout.
49:13Il y avait
49:137, 8, 10 personnes connues
49:15et puis beaucoup de monde,
49:19mais des anonymes,
49:20des inconnus,
49:21des gens de la région
49:22qu'ils trouvaient sympathiques
49:23et où cette disparition
49:25traumatique
49:25de quelqu'un de gentil,
49:27ils avaient l'impression
49:29que c'était bien
49:29d'aller manifester.
49:30Je crois que l'injustice
49:37de cet accident-là
49:38dans ces circonstances-là
49:39et dans les raisons
49:40pour lesquelles
49:41il était sur le terrain
49:42a frappé beaucoup de personnes
49:43et puis je crois
49:44que c'était quelqu'un
49:44de tellement authentique
49:45et les gens le ressentaient
49:47comme tel
49:47qu'il y a eu
49:48un sentiment de révolte
49:49et donc ses amis,
49:51sa famille,
49:52ses très nombreux fans
49:53ont dit
49:54ça ne peut pas
49:54s'arrêter comme ça.
49:55Une association,
49:58la Fondation Daniel Balavoine
50:00est créée par
50:01Bernard et Claire Balavoine,
50:03le frère
50:04et la sœur de Daniel.
50:05Ils participent également
50:06pendant plusieurs années
50:08Jean-Luc Roy
50:08et Nicolas Mathieu.
50:10Depuis la mort de Daniel,
50:12une trentaine de pompes
50:13ont été installées au Mali,
50:15essentiellement
50:15pour cultiver le riz.
50:18On a pu,
50:18autour des proches de Daniel,
50:20remettre en place
50:21des motopompes
50:23sur des villages
50:23où aujourd'hui
50:24on peut manger à sa faim
50:26ou il y a une vraie structure
50:27économique
50:27qui sont recréées
50:28et c'est vrai que
50:30quand on voit ça,
50:31je crois que c'est peut-être
50:31le plus beau cadeau
50:32qu'on aurait pu donner
50:33à Daniel et à Thierry,
50:35c'est que grâce
50:36à ces motopompes,
50:37il y a des gens aujourd'hui
50:38qui mangent
50:39et qui sont autonomes,
50:42qui n'ont pas besoin
50:42des autres pour vivre.
50:47À coups de poing dans l'âme
50:49J'ai trouvé la trame
50:53qu'il faut
50:54pour mourir
50:56célèbre
50:57il ne faut rien emporter
50:58C'est extraordinaire.
51:01Il est presque plus présent
51:03maintenant
51:04dans le show business
51:06que ce qu'il était
51:07la veille de sa mort.
51:10C'est inimaginable.
51:11Ça prouve la qualité
51:13de ses chansons
51:14et le talent
51:16qu'avaient ces garçons.
51:17C'était un monsieur délicieux,
51:25un monsieur
51:25que ses chansons traduisent.
51:29Un homme tellement sincère,
51:31tellement vrai,
51:33tellement arrogant.
51:35Mais il avait le droit
51:36d'être arrogant
51:36parce qu'il était plus beau.
51:37Sous-titrage Société Radio-Canada
52:07Sous-titrage Société Radio-Canada
52:12Sous-titrage Société Radio-Canada
52:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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