00:00...
00:00Merci d'être fidèle à Préface, l'actualité du livre.
00:17Et nous avons la joie de recevoir aujourd'hui Laurent Nunez.
00:19Bonjour.
00:20Bonjour.
00:20Merci d'avoir accepté cette invitation pour venir nous parler de votre actualité.
00:24J'allais dire ce nouveau roman, ce nouveau livre.
00:26Tout ira bien, vous êtes publié chez Rivage.
00:28On vous connaît bien dans le monde du livre.
00:30Vous êtes journaliste, vous êtes critique littéraire, vous êtes vous-même éditeur, traducteur.
00:35Ça fait des années maintenant que vous gravitez dans cet univers du monde de l'édition.
00:39Et puis vous êtes également auteur.
00:41Vous avez déjà, c'est votre huitième titre en publication.
00:44On va bien sûr parler de ce livre.
00:46C'est quoi votre lien à l'écriture ?
00:47Pourquoi ce besoin de l'écriture chez vous ?
00:50Dès que je le sais, j'arrête d'écrire.
00:54Non, moi j'ai toujours écrit.
00:56Je sais que j'ai retrouvé dans la maison familiale, là, j'ai retrouvé quand j'avais 6-7 ans,
01:02j'avais un petit journal que je diffusais à 2-3 exemplaires, parce que je ne les photocopie même pas.
01:07J'ai toujours écrit.
01:09Une évidence ?
01:09Oui, voilà.
01:10Maintenant j'écris et du coup j'ai la chance que ce que j'écris soit publié.
01:14Vous écrivez et puis là vous avez eu envie, ce n'est pas la première fois d'ailleurs, mais c'est, vous avez eu envie de parler de votre famille.
01:20Et je sais bien préciser, enfin non d'ailleurs ce n'est pas précisé, ce n'est pas marqué roman sur le livre.
01:24Ce qui veut dire que c'est bien une histoire, une histoire vraie que vous allez nous raconter.
01:27Tout est vrai et tout sort aussi peut-être un peu de vos souvenirs d'enfance.
01:31Avec ce couple, Antoinette et Louis, ce sont vos parents.
01:34Mais on va aussi revenir un peu sur vos grands-parents, tout ce petit monde qui vivait là-bas, de l'autre côté de la Méditerranée, au Maroc, Tanger, Casa.
01:41Et puis un jour il a fallu revenir en France.
01:43Et puis on a gardé quand même quelques vieilles habitudes, notamment ce besoin d'être entouré par des gris-gris, par des amulettes, par tout un tas de petites choses qui peuvent porter bonheur.
01:52Qui étaient-ils ces personnages ? Qui sont-ils ces personnages qui vivent encore en vous ?
01:55Non, mais en effet, il faut dire qu'en effet, c'est un livre où tout est vrai, même ce qui semble impossible.
02:01Je ne dis pas mal que c'est une sorte d'autobiographie qui ressemble à la science-fiction.
02:05C'est-à-dire que j'avais décidé d'arrêter, d'écrire.
02:08J'avais déjà fait un livre, un premier livre, qui s'appelait Les Récidivistes, sur ma famille.
02:13Et puis à force, j'étais plus dans la fiction.
02:15Très clairement dans la vraie fiction, où rien n'était vrai.
02:20Et puis la vie a fait, on le voit à la fin du livre,
02:23que j'étais presque obligé de revenir dans le réel.
02:27Et donc de publier un livre sur cette famille.
02:30Peut-être parce que justement, elle commençait à disparaître.
02:33Mais sur cette famille qui était à la fois formidable et absolument folle, à peu près.
02:40C'est vrai qu'il y a des passages qui sont absolument surréalistes.
02:43Et on se dit, mais ce n'est pas possible de vivre ça.
02:44Et pourtant, c'est ce que vous dites dans votre livre, tout est vrai.
02:47On va parler de la famille, on va parler du déracinement,
02:52on va parler de la perte des êtres chers.
02:54Et puis on va parler aussi de cette fatalité du quotidien-t-il qu'il est,
02:59puis comment on essaye parfois de le conjurer.
03:01Parce que, et ça c'est la première partie du roman,
03:04tout ce que font les membres de votre famille pour essayer de conjurer le mauvais sort.
03:08Et ça, vous avez gardé aussi cette habitude ?
03:10Alors, j'essaye un petit peu de m'en défaire.
03:12Mais, en fait, moi j'ai appris, la vie m'a appris qu'en fait, vivre c'est aussi faire avec.
03:18C'est-à-dire que moi, pendant très longtemps, ma famille était folle,
03:21au point où quand moi j'étais enfant, je pensais que j'avais une grande chance
03:24parce que tout le monde avait les solutions pour tout.
03:27C'est-à-dire qu'en fait, il y a des choses très simples.
03:29Je savais que je n'allais jamais mourir de faim parce que si on voulait avoir de l'argent,
03:34il suffisait de manger des lentilles le premier du mois.
03:37Donc, vous voyez, il y a un problème, une solution évidente.
03:41Et tout ira bien.
03:41Voilà, et tout ira bien.
03:42Quand on voulait que quelqu'un nous apprécie, un patron, un banquier,
03:46si on avait un prêt à faire, il suffisait de mettre un vêtement rouge.
03:50Donc, vous voyez, moi, j'ai vécu une enfance assez géniale
03:53parce que je savais que l'avenir allait être parfait.
03:56Et en fait, spoiler de la vie, j'ai appris lentement que non, ça ne marchait pas comme ça.
04:02J'ai appris que non, les solutions trouvées et données par ma famille,
04:06donc par des adultes à des enfants, n'étaient pas les bonnes.
04:10Voilà, ils étaient démesurément superstitieux.
04:13Et ils avaient tout un arsenal de trouvailles, d'astuces, d'amulettes, de formules
04:21pour que dans la vie, tout aille bien.
04:24J'ai dû me résoudre à l'idée que ça ne fonctionne pas vraiment comme ça.
04:27Mais finalement, vous racontez aussi et surtout l'histoire d'une famille où l'on s'aime.
04:32Alors, des fois, on ne sait pas toujours très bien se le dire.
04:34On ne sait peut-être pas toujours très bien se le montrer.
04:36Mais en tout cas, l'amour dans la famille, il est bien là.
04:39Et c'est peut-être ça aussi qui aide à conjurer le mauvais sort.
04:42Ah oui, moi, j'en ai beaucoup, j'en ai longtemps voulu à ma famille.
04:45D'ailleurs, je ne vais pas écrire.
04:46Mais j'ai essayé dans ce livre de comprendre pourquoi on m'avait menti.
04:51En tout cas, pourquoi on m'avait promis que c'était si simple.
04:53Et en fait, en effet, c'est une grande preuve d'amour.
04:56D'autant s'inquiéter.
04:58Mais toute ma famille avait...
04:59Parce que la superstition, c'est lié quand même à une peur.
05:02Et mes parents et ma famille avaient peur de tout.
05:04À un moment, vous avez même interdit de sortir de la maison
05:06parce que votre tante, je crois, avait vu quelque chose
05:09et il fallait conjurer le mauvais sort.
05:10Il ne fallait pas que le petit Laurent sorte de chez lui.
05:11Oui, il y avait un cadre.
05:12Dans la superstition, quand le cadre de quelqu'un tombe,
05:16c'est très mauvais signe.
05:17Et un jour, en effet, chez ma tante,
05:19ma tante la lit, le cadre de moi communiant est tombé.
05:23Et ma tante a appelé ma mère en raison.
05:24Attention, il est arrivé quelque chose à Laurent.
05:26Et pendant toute une semaine,
05:27c'est la semaine des vacances de la Toussaint, je pense,
05:30pendant toute une semaine, j'ai dû rester chez moi,
05:31enfin, dans ma chambre, pour qu'il ne m'arrive rien.
05:34En effet, il ne m'est rien arrivé.
05:35Sauf que c'est une semaine absolument très, très, très ennuyeuse.
05:38Je pense que le cadre voulait me prévenir de ça.
05:40J'avais passé une très mauvaise semaine.
05:41Et en effet, c'est ce qui s'est passé.
05:43Alors, on l'a dit, ce n'est pas un roman.
05:44Et pourtant, tout ce que vous racontez de l'un livre est très romanesque.
05:48Je le disais, on parle du déracinement,
05:49puisque votre famille va être obligée de quitter le Maroc au début des années 70.
05:53Et puis après, il y a comment avancer dans la vie de tous les jours,
05:56comment se reconstruire, notamment à Orléans,
05:59dans une nouvelle vie, comment on avance dans tout cela.
06:02Il y a cette envie aussi de conjurer le mauvais sort.
06:05Il y a la religion également qui est très présente dans le livre,
06:07notamment dans les dernières pages,
06:08avec votre rencontre avec le frère Jean Renaud.
06:10Et on sent que ça aussi, c'est très important.
06:13Et puis, je ne trahis rien.
06:15Mais on l'a dit, dans la famille, il y a ceux qui arrivent,
06:18il y a ceux qui partent, ceux qui disparaissent.
06:19Il y a tout un passage aussi sur l'absence, sur la perte.
06:23Votre livre est à la fois très drôle.
06:25Et puis, on sent que des fois, cette drôlerie,
06:27elle est là peut-être pour cacher un peu plus de tristesse.
06:31Oui, oui.
06:31Moi, j'ai essayé de faire un livre drôle
06:33au moment où j'étais le moins drôle, vraiment, de ma vie,
06:37au moment où j'étais le plus triste.
06:38J'ai essayé de faire un livre drôle, quand même,
06:41de replonger dans l'enfance, dans cette enfance folle,
06:44puisqu'en effet, j'ai vécu un deuil.
06:46Or, je vous rappelle, c'était impossible.
06:47Je ne pouvais pas vivre un deuil,
06:48puisqu'en fait, tout le monde avait tout prévu
06:50pour qu'il n'arrive rien de mal aux gens de ma famille.
06:54Or, c'est arrivé.
06:56Cette écriture, j'ai presque d'abord voulu l'écrire par rancœur,
06:59en disant, je vais l'écrire pour montrer
07:01que ma famille s'est entièrement trompée.
07:03Mais ensuite, évidemment, j'étais absorbé par mon enfance,
07:05par cette enfance absolument incroyable,
07:08où on est, c'est une sorte de cocon.
07:09Les superstitions, c'est une sorte de cocon.
07:11Et au fur et à mesure où je racontais mon enfance,
07:14en effet, je me suis aperçu qu'il manquait quelque chose.
07:17Une enquête que j'ai faite, c'est pourquoi ?
07:19Pourquoi ils étaient si superstitieux ?
07:21Et qu'est-ce qu'ils craignaient autant ?
07:24Qu'est-ce qu'ils avaient subi dans le passé
07:25pour autant craindre l'avenir ?
07:28Et en effet, c'est là que j'ai enquêté,
07:29que j'ai découvert qu'ils avaient subi un dépaysement.
07:33Ils avaient quitté le pays qu'ils pensaient le leur,
07:36le Maroc, pour aller en France,
07:39qui était le pays de leurs papiers,
07:41mais absolument pas de leurs rites, de leurs coutumes,
07:43de leur manière de voir la vie.
07:45Ils avaient été vraiment balottés par l'histoire,
07:49d'un monde à un autre.
07:50Et ils avaient tellement peur que ça arrive aux autres,
07:53aux enfants et tout,
07:54qu'ils ont tout fait pour nous couver.
07:56Ce qui veut dire que ce livre parle de votre famille,
07:59mais ce qui est formidable,
08:00c'est qu'à la lecture,
08:01chacun pourra s'identifier,
08:04s'y retrouver,
08:05que ce soit les relations avec les parents,
08:06que ce soit les relations avec les autres membres de la famille,
08:09les frères et sœurs, les autres, les tantes,
08:10le déracinement,
08:12tout ce dont on vient de parler,
08:13tout ce qu'on vient d'évoquer.
08:14Chaque lecteur pourra s'approprier votre livre.
08:16Vous aviez conscience de ça dans l'écriture
08:18ou, puisque vous employez parfois le mot de colère,
08:21votre écriture était assez égoïste,
08:23vous aviez simplement besoin d'être face à vous-même
08:25dans l'écriture de ce livre,
08:26dans quel état d'esprit est-il ?
08:27Non, moi j'essayais justement d'atteindre,
08:31je ne veux pas dire d'atteindre l'universel,
08:32c'est très orgueilleux,
08:34mais de dépasser vraiment l'idée d'une famille.
08:36À chaque fois que j'écrivais,
08:37je me disais,
08:38écoute, ce n'est pas compliqué,
08:39tu as deux choix,
08:40soit tu as un bon fils,
08:41soit tu as un bon écrivain.
08:42Mais les deux ne peuvent pas concorder parfaitement.
08:45Ce n'est pas possible.
08:45Je ne vais pas faire une chronique familiale
08:47qui serait lue que par ma famille,
08:48ça ne m'intéresse pas,
08:49ils connaissent l'histoire.
08:50Il faut que je fasse autre chose
08:52qui touche les gens
08:53et je pense qu'en effet,
08:55la peur que les adultes ont,
08:56la crainte qu'ils ont
08:58de ce qui peut arriver de mal à leurs enfants,
09:00ça c'est universel.
09:02L'idée qu'un adulte va tout faire,
09:05même ce qui est irrationnel,
09:06pour que son enfant aille bien,
09:08ça c'est assez universel.
09:10Vous savez, il y a quelques jours encore,
09:11j'étais en librairie pour mon livre
09:13et il y a une femme qui achète mon livre
09:15et qui me dit,
09:16moi je ne suis pas superstitieuse,
09:17mais c'est vrai que quand mon fils
09:19il a passé le bac,
09:20c'est vrai que j'ai mis des feuilles de laurier
09:21dans la poche de son jean.
09:23Vous voyez, j'écris pour ça.
09:25Pour ceux qui ne sont pas superstitieux,
09:26mais ça ne peut pas faire de mal
09:29quand même de faire d'autres petits trucs
09:31pour qu'il n'arrive rien à ceux qu'on aime.
09:33Voilà en tout cas un livre
09:34dans lequel chacun d'entre vous,
09:36chacun d'entre nous pourra se retrouver.
09:38Un livre sur la famille,
09:40un livre sur l'absence,
09:40un livre sur le déracinement,
09:41un livre qui parle de nous au quotidien.
09:44Lisez-le et vous verrez,
09:45tout ira bien.
09:46C'est votre actualité, Laurent Nunez.
09:47Vous êtes publié aux éditions Rivage.
09:49Merci beaucoup.
09:50Merci à vous.
09:50Sous-titrage Société Radio-Canada
09:54Sous-titrage Société Radio-Canada
09:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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