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  • il y a 1 semaine
La neige tombe comme autrefois, avec cette lenteur qui donne l’impression que le monde prend enfin son temps.
Je la regarde par la fenêtre, les mains posées sur le rebord froid, comme lorsque j’étais enfant et que je croyais encore
que tout était simple.
Transcription
00:00La neige tombe comme autrefois, avec cette lenteur qui donne l'impression que le monde prend enfin son temps.
00:07Je la regarde par la fenêtre, les mains posées sur le rebord froid,
00:11comme lorsque j'étais enfant et que je croyais encore que tout était simple.
00:17A cette époque, la neige n'était pas un problème, ni pour la circulation, ni pour le travail.
00:23C'était juste un miracle blanc qui transformait la ville en terrain de jeu secret.
00:27Les trottoirs devenaient des pistes, les voitures des montagnes endormies et les poubelles, les châteaux improvisés.
00:36Je sortais en courant, le manteau trop grand, l'écharpe mal enroulée, les gants toujours mouillés.
00:43Dans la cour, on se retrouvait tous sans se donner rendez-vous, comme si la neige nous appelait par nos prénoms.
00:50On fabriquait des bonhommes bancales avec des yeux en cailloux et un nez en carotte tordue.
00:55On riait de leurs airs idiots, fiers de nos œuvres éphémères.
01:02Puis venait la bataille, les mains gelées, les joues brûlantes, les cris, les chutes, les fuites maladroites.
01:09Tomber ne faisait pas peur, on se relevait toujours heureux.
01:13Les adultes regardaient depuis les fenêtres.
01:16Ils parlaient de demain, de factures, de travail, de choses lourdes.
01:20Je ne comprenais pas vraiment.
01:23Leurs mots glissaient sur moi comme la neige sur un toit.
01:26Pour moi, le futur se limitait au prochain lancé de boule, au goûter chaud qui m'attendait à peine.
01:34Je rentrais trempé, les chaussures pleines d'eau, et l'odeur du chocolat chaud m'enveloppait comme un câlin.
01:40Ma mère râlait un peu, mais elle souriait quand même.
01:43Elle savait que ces moments-là ne se commandent pas.
01:47Mon parrain était là parfois.
01:49Il regardait tomber la neige avec un air sérieux, presque triste.
01:53Il disait, regarde bien, on croit que ça dure toujours, mais ça passe vite.
01:59Je ne comprenais pas comment quelque chose d'aussi beau pourrait disparaître.
02:04Aujourd'hui, je comprends mieux.
02:06Je sais que rien ne s'efface vraiment, que la blancheur est un mensonge doux, qu'elle cache juste les fissures.
02:14Je sais que la vie ne s'arrête pas pour jouer.
02:17Elle pousse, elle presse, elle réclame.
02:19Je regarde encore la neige derrière une vitre, mais je ne sors plus pour courir.
02:25Il y a des horaires, des responsabilités, des douleurs qui restent.
02:29Au loin, le chasse-neige bruyant, efficace, il racle la magie pour remettre le réel en place.
02:37Le gris revient, patient, fidèle.
02:40Pourtant, parfois, je ferme les yeux et je suis de nouveau cet enfant maladroit, les gants trempés, le cœur léger.
02:47J'entends encore les rires, je sens le froid sur mes joues, je vois mon parrain sourire.
02:52Alors, je me dis que tout n'est pas perdu, que la neige tombe encore quelque part en moi,
02:57et que même si le monde ne redeviendra jamais simple, je garderai ce pays blanc dans ma mémoire comme un refuge.
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