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  • il y a 11 mois

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00:00La grande interview sur CNews et Europain, mon invité a été commissaire européen en charge du marché intérieur, également ministre, ancien ministre de l'économie.
00:14Bonjour et bienvenue Thierry Breton.
00:15Bonjour.
00:16Merci de votre présence ce matin. Vous êtes également l'auteur de ce livre, Les 10 renoncements qui ont fait la France aux éditions Plon.
00:21Et justement, il dénonce les renoncements de l'Europe.
00:24Steve Bannon, qui a fait la campagne de Donald Trump en 2016, stratège du mouvement Baga, a livré au JDD une analyse sans concession de la situation de la France et de l'Europe.
00:33Crise institutionnelle, finances publiques, immigration. Pour lui, Thierry Breton, c'est la fin du mythe mondialiste et européiste.
00:40Si l'Europe ne se réveille pas, dit-il, elle risque l'effacement, évoquant même un risque de guerre civile en France. Il a raison.
00:47Les bras m'en sont tombés. Moi qui suis un, j'allais vous dire, ce n'est ma boucle, un amoureux des Etats-Unis.
00:54Toute ma vie, j'ai évidemment travaillé beaucoup pour France. Je suis français et évidemment, mon pays par-dessus tout.
01:02Mais j'ai beaucoup travaillé aux Etats-Unis aussi. Et quand je vois ce que sont devenus les Etats-Unis d'Amérique, on parle de guerre civile.
01:08Mais la guerre civile, bien sûr, on ne peut en parler de ce qui se passe en Europe et en France.
01:13Mais la guerre civile aux Etats-Unis. Pensez donc que désormais, l'armée va dans les villes.
01:19L'armée va à Los Angeles. L'armée va à Detroit.
01:20Pour maintenir la sécurité.
01:22Oui, mais enfin, c'est quand même invraisemblable. Encore une fois, ça ne veut pas dire qu'il faut qu'on fasse des efforts et des progrès nous-mêmes.
01:29Mais s'il y a un pays aujourd'hui qui est malade, vraiment malade, ce sont les Etats-Unis d'Amérique.
01:35Et donc, je dirais qu'avant de faire la morale au monde entier, commençons chacun par travailler chez nous et en particulier nos amis américains.
01:46Et ils ont beaucoup à faire, croyez-moi.
01:48Je prends une phrase, par exemple, de ce qu'il a dit.
01:49On ne peut pas maintenir un État-providence tout en ouvrant un pays sans limite, dit-il sur le plan de l'immigration. C'est faux ?
01:55Mais il a raison. Il a raison, mais là encore. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis.
02:00Je voudrais vous donner quelques... Parce qu'il faut quand même que nos téléspectateurs et nos auditeurs aient conscients de ce qui se passe.
02:05Aux Etats-Unis, on a le droit... Vous savez, moi j'ai été professeur également aux Etats-Unis.
02:08J'ai été professeur dans une grande université.
02:10Et on veille à ce qu'il y ait des équilibres entre différents représentants ethniques, y compris.
02:17Parce qu'on a le droit aux Etats-Unis d'en parler.
02:19Alors on appelle les Caucasiens, on appelle les Latinos, on appelle les Asiatiques.
02:24Et ça, on a le droit aux Etats-Unis.
02:25J'ai regardé un petit peu, y compris pour préparer notre entretien, ça vient à Mabrouk.
02:32En 1960, il y avait 86% de la population qui était d'origine caucasienne.
02:37Et il y en avait 3% qui étaient d'origine hispanique.
02:40La population afro-américaine, elle est toujours aux alentours de 10 à 13%.
02:46En 2024, c'est-à-dire aujourd'hui pratiquement, les hispanos, les latinos, comme on dit, ils sont à 22%.
02:53Les Caucasiens sont descendus à 55%.
02:56Et tenez-vous bien, en 2050, si jamais il n'y a plus d'immigration, vous voyez, si jamais Donald Trump ferme toutes les portes, on sait que ce ne sera pas possible, mais c'est s'il les ferme.
03:05Il en prend le chemin, en tout cas.
03:06Eh bien, on sera à 49%.
03:07On sera à 49% de Caucasiens.
03:09Donc, conclusion ?
03:09Et on sera pratiquement à 30% de...
03:11Voilà pour les Caucasiens et les Hispaniques, et pour l'Ouest ?
03:13Non, mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que lui, qu'est-ce qu'il dit ?
03:15Il dit que précisément, parce qu'en fait, ce sont notamment la population hispanique, il y a beaucoup de migrants, évidemment, qui traversent la fameuse frontière.
03:24Et il dit qu'il désigne ceci comme étant à l'origine du mal-être et de l'insécurité américaine.
03:30Donc, ce que je veux dire, je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire.
03:32Entendons-nous bien.
03:33Je dis simplement qu'avant de faire la morale au monde entier, qu'ils regardent un peu ce qui se passe.
03:37Parce que pourquoi ? Parce que les suprématistes, les suprémacistes, les suprémacistes qui sont à la base, à la base, je dirais, de l'idéologie maga.
03:46Je crois qu'il faudrait aussi qu'ils s'interrogent.
03:49Moi, ça ne me dérange pas, ce que je viens de dire là.
03:52Eux, visiblement, ça les interroge.
03:53Vous avez récemment réagi, Thierry Breton, sur le fameux document de la National Security Strategy,
03:58qui dit en somme la même chose que ce que dit Steve Bannon.
04:01Et en particulier sur la partie qui nous concerne l'Europe.
04:04Vous dites l'Europe est l'ennemi, c'est écrit noir sur blanc.
04:08Ce n'est pas écrit dans le document.
04:10Ah si, si, si.
04:11Non, attention, ce n'est pas l'Europe.
04:13Ce sont les institutions européennes.
04:14Mais ce n'est pas écrit que c'est l'ennemi.
04:15Donc, les institutions européennes, il faut, au contraire, il faut les mettre à bas.
04:19Voilà, donc ça veut dire que c'est l'ennemi.
04:20Il dit exactement que les institutions européennes doivent être, aujourd'hui, démantelées, modifiées profondément.
04:28Oui, pour un sursaut.
04:28Et finalement, pour quoi faire ?
04:30Pour refaire émerger l'Europe des nations.
04:33Effectivement.
04:34Et pour un sursaut, il est écrit.
04:35Voilà.
04:35Et pour un sursaut, contre, évidemment, les institutions européennes.
04:38Est-ce que quand vos amis vous disent dans la vie que ça ne va pas, vous les considérez comme vos ennemis ?
04:44Non, pas du tout.
04:45Pas du tout.
04:45Et vous voyez, je viens de vous dire au contraire.
04:47Moi, je dis que ça ne va pas aux Etats-Unis.
04:49Mais moi, je considère les Etats-Unis comme mes amis, vous voyez.
04:51J'aimerais bien qu'ils se comportent de la même façon.
04:53Vous y voyez un risque d'ingérence, avec notamment la prise de parole de Steve Bannon et d'autres,
04:59d'ingérence dans la politique française, peut-être en vue de 2027 ?
05:03Alors, s'ils nous disent que ça, ce n'est pas de l'ingérence.
05:05Si on s'en tient à ce document de la National Security Strategy, ce n'est pas une ingérence.
05:12Si en revanche, et c'est là, il va falloir être très vigilant, à l'occasion des différentes élections.
05:17Vous savez, on a des élections pratiquement tous les six mois en Europe.
05:20Nous, on va en avoir bientôt des très importantes.
05:23Si en revanche, là, il y a vraiment de l'ingérence et de l'ingérence politique, alors là, ce n'est pas acceptable.
05:28Par exemple, si quelqu'un, si Steve Bannon ou quelqu'un d'autre soutient un candidat, c'est de l'ingérence ?
05:34Non, Steve Bannon, il peut faire ce qu'il veut.
05:36Si Bannon, c'est une personnalité, on a le droit de dire ce qu'on veut.
05:39Chez nous, en Europe, la liberté d'expression, c'est absolument cardinal.
05:43Alors, où vous mettez la limite de l'ingérence par rapport à la campagne ?
05:46L'ingérence, c'est évidemment, par exemple, je vais vous dire les choses,
05:49c'est par exemple, évidemment, avoir des financements.
05:53Ça, évidemment, c'est de l'ingérence.
05:56C'est, par exemple, ne pas respecter...
06:00Vous voyez, vous êtes une grande station de radio et de télévision.
06:05Il y a des obligations chez nous de pluralisme.
06:09C'est, par exemple, sur des grands vecteurs, des grands diffuseurs de médias,
06:12ne plus respecter le pluralisme.
06:15Et donc, je rappelle que chez nous, notamment sur les réseaux,
06:18et notamment sur les réseaux sociaux,
06:20la parole est totalement libre, et je le répète, mais en revanche...
06:23Donc, par exemple, Elon Musk, qui soutient un candidat,
06:26ce n'est pas de l'ingérence ?
06:26Non, lui, il a le droit de faire ce qu'il veut.
06:28Alors, qui n'a pas le droit ?
06:29Mais, encore une fois, c'est le respect de nos lois et de nos lois démocratiques.
06:34Je viens de le dire, chez nous, le pluralisme,
06:37c'est une vertu et une valeur cardinale.
06:39Eh bien, sur tous les vecteurs qui vont permettre de nous exprimer,
06:43les uns et les autres, au cours des prochaines campagnes,
06:46il faut veiller au pluralisme.
06:47Si jamais un vecteur ne le veille pas, alors, à ce moment-là, on se met hors la loi.
06:51Pluralisme, Thierry Breton, et d'où chacun parle.
06:54Vous permettez qu'on pose toutes les questions ce matin.
06:56L'une des questions qui ne vous est pas régulièrement posée,
06:59mais parfois, ça plane au-dessus de votre prise de parole,
07:02en intégrant le conseil de la Bank of America il y a quelques mois.
07:05Est-ce que vous, vous parlez toujours avec cette même liberté, y compris ce matin ?
07:09Mais bien entendu, et d'autant plus, je le redis encore une fois, j'aime les Etats-Unis.
07:12Les Etats-Unis, c'est un pays où j'ai passé pratiquement la moitié de ma vie professionnelle.
07:17Et j'estime qu'il est extrêmement important de continuer à avoir des relations intimes, étroites.
07:23Ce n'est pas parce qu'effectivement, je participe, notamment avec un certain nombre d'autres personnalités,
07:29à ce conseil, qui n'est pas un conseil d'administration, encore une fois.
07:33Ce n'est pas la même chose.
07:35Un conseil d'administration, c'est peut-être un peu différent.
07:37C'est un conseil consultatif.
07:38J'estime au contraire que c'est très important, y compris parce que, vous savez ce que je fais,
07:41Seigneur Mabouk, au sein de ce conseil consultatif ?
07:42J'imagine que vous parlez de la France et de l'Europe.
07:44Exactement. Je fais valoir la position de la France et de l'Europe.
07:47Je vois certaines personnalités, je vois Sarah Knafot et d'autres qui vous interrogent sur ce sujet.
07:50Est-ce que vous seriez, par exemple, prêt à débattre avec elle ?
07:53Figure, je sais que vous êtes quasiment en totale opposition sur votre vision de l'Europe.
07:57Ce serait intéressant.
07:58Mais si, par exemple, je crois qu'Éric Zemmour, qui est le président de son parti, veut débattre avec moi,
08:05bien sûr, je suis prêt à débattre, évidemment, avec tous les présidents de partis.
08:09Et quelle est votre vision de l'Europe ?
08:11Vous en avez récemment débattu également, Thierry Breton, avec Arnaud Montebourg.
08:14Est-ce que c'est une Europe des nations, fondée sur les souverainetés nationales,
08:17versus une Europe fédérale, supranationale, avec justement des commissaires européens ?
08:22Où est-ce que vous mettez le curseur ? Quelle est l'Europe de Thierry Breton ?
08:25C'est l'Europe des pères de l'Europe.
08:28C'est-à-dire préserver ce qui est essentiel pour nous, nations européennes.
08:31Nous avons nos cultures, nous avons nos différences, nous avons nos traditions.
08:35Et ça, c'est préservé.
08:37Et c'est préservé notamment dans tout ce qui concerne la souveraineté.
08:39En particulier la souveraineté de défense et la souveraineté sur tous les aspects diplomatiques.
08:45Et que reste-t-il de cette souveraineté ?
08:46Eh bien, il reste.
08:4765% de nos lois sont d'inspiration d'origine européenne.
08:50Alors, je finis parce que ça, je disais d'abord ce qui était très important de préserver,
08:55y compris par parenthèse la souveraineté fiscale.
08:57Et puis, ensuite, tout le reste que l'on peut mettre ensemble, mais à une condition,
09:01soignez Mabrouk, c'est que l'on soit plus fort ensemble.
09:04Et donc, les deux, c'est pas où, vous voyez, la politique.
09:08L'Europe, c'est pas où, l'Europe, c'est et.
09:10Alors, c'est intéressant.
09:11Par exemple, sur le plan de la défense, la France a donc annoncé par la voix du président
09:14la construction d'un nouveau porte-avions.
09:16Il faut aller plus loin, selon vous, en partageant, dites-vous, Thierry Breton,
09:19des infrastructures communes de défense.
09:22Donc, par exemple, le prochain porte-avions, on le partage.
09:24Non, je fais...
09:25On est plus fort.
09:25Là encore, j'essaie de me projeter, Sonia Mabrouk.
09:28Vous savez, nous avons aujourd'hui la plus grande zone d'exclusivité maritime au monde,
09:33nous, les Européens, la plus grande.
09:34Et c'est à la fois, je dirais, extraordinairement important, parce que ça regorge de potentialité,
09:41de richesse, mais c'est aussi une obligation pour nous de le défendre.
09:44Il n'y a pas un seul pays européen qui peut le défendre, et même pas la France,
09:48avec son porte-avions ou ses deux porte-avions.
09:49Les États-Unis ont 11 porte-avions, la Chine en a 3.
09:53Si on se projette à 2040, puisque c'est la projection, effectivement,
09:58où va nous amener la construction de ce nouveau porte-avions, que moi, j'appelle de mes voeux,
10:02eh bien, je le dis de façon très claire.
10:05Vous voyez, quand on dit partager...
10:06Mais jusqu'où ?
10:07Partager, je vais aller.
10:08Partager, ça veut dire que, bien sûr, il faut que certaines nations,
10:10et nous, c'est très important, parce que nous avons aussi notre souveraineté nucléaire,
10:13qui, elle, et je le redis à votre micro ce matin...
10:15Ce n'est pas de dissuasion nucléaire européenne pour tirer vos...
10:17On dit ça, mais quand on commence à partager nos infrastructures de défense,
10:21jusqu'où on va ?
10:21Jamais, jamais.
10:22Jamais.
10:22Non, mais je le dis, vous m'interrogez, en tout cas, c'est ma conviction.
10:26Maintenant, sur le reste, est-ce qu'on ne peut pas penser de même
10:29que nous avons maintenant une infrastructure commune de satellites
10:32pour, précisément, nous protéger sur les théâtres d'opérations ?
10:35Face à Starlink.
10:36Vous le savez, c'est Starlink, c'est Elon Musk, et nous avons,
10:39et j'ai porté ça, vous vous en souvenez,
10:41j'étais commissaire aussi aux affaires de défense et à l'espace,
10:43donc la constellation Iris au carré, Iris Square,
10:47pour pouvoir, encore une fois, être maître de notre destin
10:49sur les nouveaux théâtres d'opérations.
10:50Et ça, on le partage ensemble.
10:52Eh bien oui, je dis qu'il faut aussi réfléchir, peut-être,
10:54à avoir, bien sûr, des porte-avions nationaux,
10:56mais aussi, peut-être, maintenant, une flotte de porte-avions européens,
10:59sous pavillons européens, pour aller défendre...
11:00Et malgré tout, vous défendez une Europe souveraine ?
11:02Bien sûr, parce que ça, il s'agit...
11:04Parce que, Sonia Mabrouk, il s'agit quoi, un porte-avions ?
11:06Il s'agit d'avoir des plateformes
11:07qui nous permettent de nous projeter sur les mers
11:10qui sont des mers européennes,
11:11où la souveraineté européenne doit s'exercer.
11:14Et vous voyez, c'est un exemple type
11:15où il faut, effectivement, à la fois garder
11:18notre souveraineté nationale,
11:20mais aussi savoir, comme on l'a fait pour Iris au carré,
11:24comme on l'a fait aussi pour Galiléo,
11:26vous savez, notre constellation
11:27qui nous permet désormais d'avoir
11:29le positionnement par satellite
11:32le plus performant au monde
11:33et ne plus passer par le GPS américain.
11:36C'est tellement important aussi,
11:37y compris pour guider nos missiles,
11:39que de l'avoir en européen.
11:40Eh bien, c'est partagé aussi par nous, les Européens.
11:44Voilà des exemples
11:44où il faut qu'on partage ensemble
11:46un certain nombre d'éléments
11:47pour être plus fort.
11:48Alors, est-ce que c'est le cas de l'agriculture ?
11:50Ah voilà, alors ça, c'est un très bon exemple.
11:51Eh bien, c'est le contre-exemple.
11:53Et vous m'avez entendu ?
11:54Je suis contre cet accord du Mercosur.
11:55Mais je vous ai entendu aujourd'hui,
11:56mais pas depuis 2019,
11:57jusqu'à la période où vous étiez commissaire européen.
12:00Et pourtant, j'ai cherché, hein,
12:01terriblement.
12:02Je n'ai pas trouvé une déclaration
12:03contre le Mercosur,
12:04une déclaration sur les clauses de sauvegarde,
12:06une déclaration sur les clauses miremoires.
12:07Alors, je n'étais pas commissaire
12:09ni à l'agriculture,
12:10ni au commerce extérieur.
12:11J'avais pratiquement tout le reste.
12:12Vous êtes un patriote français,
12:14si je puis dire.
12:14Ah oui, mais je me suis toujours exprimé,
12:16toujours, je vais vous le dire sincèrement,
12:17vous ne l'avez peut-être pas trouvé,
12:18mais je me suis toujours exprimé
12:19sur le fait que l'accord du Mercosur,
12:21aujourd'hui,
12:22ne correspondait pas à nos besoins
12:24dans son volet, évidemment,
12:26industrie agroalimentaire et agriculture.
12:28Je ne cesse de le dire,
12:29je le redis encore,
12:30et je soutiens la position de la France
12:32qui est contre cet accord aujourd'hui,
12:34dont j'estime, encore une fois,
12:35que les clauses de sauvegarde
12:37ne sont pas suffisantes
12:38pour garantir ce que nous devons garantir
12:41pour nous, les Français.
12:43Qui a raté nos intérêts dans cette affaire ?
12:45Qui a reçu mandat ?
12:46C'est Mme Ursula von der Leyen,
12:48elle a reçu vraiment mandat des 27
12:49pour discuter en notre nom.
12:52Voilà le partage européen.
12:52Mais Mme Abrux, ça fait partie du traité,
12:54effectivement, aujourd'hui,
12:56le traité dit quoi ?
12:57Et c'est une bonne chose.
12:58Le traité dit que sur les discussions
13:00de commerce international,
13:02parce que nous sommes plus forts à 27,
13:05on a donné le mandat
13:07à la Commission
13:08de négocier en notre nom.
13:10Mais négocier en notre nom,
13:11ça ne veut pas dire négocier
13:12pour une partie seulement.
13:13C'est-à-dire l'Allemagne ?
13:14Là, on le voit,
13:15et puis il ne faut pas appeler
13:16un chat un chat,
13:16ce n'est pas moi qui le dis,
13:17encore une fois,
13:18je ne veux jeter l'anathème sur personne,
13:19mais tout le monde voit bien
13:20qu'aujourd'hui,
13:21nous avons des institutions,
13:23en particulier la Commission,
13:24qui fait beaucoup trop,
13:25la part belle, évidemment,
13:27à un seul pays.
13:28Et ce n'est pas bien,
13:29parce que nous sommes encore une fois 27,
13:30et qu'on a besoin,
13:32en particulier,
13:32d'un couple franco-allemand
13:33qui souhaite équilibré.
13:34On a encore le mot couple,
13:36aujourd'hui, franco-allemand ?
13:37Oui, parce que c'est aussi
13:37l'histoire qui est la nôtre,
13:39parce que c'est comme ça,
13:39encore une fois,
13:40qu'on s'est reconstruit.
13:40C'est comme ça qu'on s'est reconstruit,
13:43encore une fois,
13:43après-guerre.
13:44Je dirais que cet équilibre,
13:45appelons-le plutôt équilibre,
13:47plutôt que couple,
13:48je suis d'accord avec vous,
13:49cet équilibre est consubstantiel,
13:50encore une fois,
13:51de la raison pour laquelle
13:53nous avons voulu nous mettre ensemble,
13:54après-guerre.
13:55Mais aujourd'hui,
13:55il y a une autre raison,
13:56Soné Mabrouk,
13:56c'est que nous sommes entourés
13:57d'empires,
13:58qui sont des empires
13:59qui ne nous veulent pas du bien,
14:01d'empires qui veulent plumer,
14:02pardon cette expression,
14:03l'Europe.
14:04Je parle, bien entendu,
14:05de la Russie,
14:06c'est évident.
14:06Là, c'est l'Allemagne
14:07qui veut nous plumer.
14:08Non, non, non,
14:08l'Allemagne ne veut pas nous plumer.
14:10L'Allemagne est un pays européen.
14:11Je parle de la Chine,
14:13mais je parle aussi désormais,
14:14hélas,
14:14et je le regrette,
14:15et j'espère qu'on va inverser
14:16des choses,
14:17des Etats-Unis d'Amérique.
14:18Et plus largement,
14:19Thierry Breton,
14:20d'une même voie,
14:20vous avez déclaré
14:21que l'ancien ministre
14:22Arnaud Montebourg,
14:23ou du moins,
14:23vous sembliez d'accord pour dire
14:24que nous, la France,
14:26justement,
14:26sommes les vassaux industriels
14:27de la Chine
14:28et les vassaux numériques
14:30des Etats-Unis.
14:31Au final,
14:31cette phrase,
14:32quand même,
14:33elle fait mal au cœur.
14:34Nous finirons pauvres
14:35et enchaînés.
14:36Alors ça,
14:37c'est Arnaud Montebourg
14:37qui le dit,
14:38c'est pas moi.
14:38Vous vous en avez d'accord,
14:39je vous voyais au fini du chef.
14:40C'est Arnaud Montebourg
14:41qui le dit,
14:41donc je vais lui laisser.
14:42Vous seriez responsable
14:42d'une telle situation ?
14:43Mais si jamais on ne bouge pas,
14:45ça risque de terminer comme ça.
14:46Et pourquoi on n'a pas bougé avant ?
14:47Ah ben voilà,
14:48ça c'est la très bonne question.
14:49Pourquoi on n'a pas bougé avant ?
14:50Mais c'est vrai aussi.
14:52Pourquoi les Etats-Unis
14:52n'ont pas bougé avant
14:53pour être là où ils en sont ?
14:55C'est vrai.
14:55C'est pas parce qu'encore une fois,
14:57on regarde le passé
14:57qu'il ne faut pas désormais
14:59se retrousser les manches
15:00et construire le présent
15:02et l'avenir ensemble.
15:03Eh bien cet avenir,
15:04c'est une Europe
15:05qui doit se réindustrialiser,
15:07c'est une Europe
15:07qui doit être plus maître
15:08de son destin,
15:09c'est une Europe
15:09qui doit reprendre le contrôle
15:10de son espace informationnel
15:12et de son espace numérique.
15:13C'est ce que j'ai essayé de faire,
15:14vous vous en souvenez,
15:15notamment en bâtissant
15:16un certain nombre de règles
15:17sur notre espace informationnel.
15:18Mais comment on peut être
15:19comme vous ?
15:19Vous avez été le champion aussi,
15:21si je ne me trompe pas,
15:22Thierry Breton,
15:22de l'ultralibéralisme économique
15:24et comment on peut aujourd'hui
15:25venir se plaindre
15:25du manque de protection
15:26de nos actifs stratégiques ?
15:27Je n'ai jamais été le champion,
15:28je ne renie pas du tout,
15:29mais je n'ai jamais été le champion
15:30de l'ultralibéralisme,
15:31comme vous le dites.
15:31En tout cas, certains
15:31vous ont présenté un certain nombre.
15:32Peut-être, mais souvenez-vous
15:33la position, puisque je sais
15:35que vous suivez ça attentivement,
15:36que j'avais prise
15:37lorsque Mittal avait fait
15:39une opéa hostile sur Arcelor.
15:41On en parle du reste
15:42avec Arnaud Montebourg.
15:43Vous savez que j'étais hostile.
15:43J'avais fait, souvenez-vous,
15:45des bons, on appelle ça
15:46du reste les bons bretons.
15:47C'était des bons que j'avais initiés
15:49et qui ont été votés
15:50par l'Assemblée
15:50lorsque j'étais ministre
15:51pour pouvoir lutter
15:53précisément contre les opéas hostile.
15:55Et Alstom alors ?
15:56Vendu à la découpe,
15:56où étiez-vous ?
15:57Alstom, je n'étais plus là.
15:58J'étais en train d'enseigner
15:59à Harvard.
15:59Donc on ne peut pas non plus...
16:01Ça n'empêche que vous avez
16:02votre parole toujours
16:03en patriote français
16:04pour défendre la...
16:05C'était sous Nicolas Sarkozy
16:07et puis ensuite
16:09sous François Hollande.
16:10Oui, c'est vrai.
16:10Voilà, je le regrette.
16:12Et on poursuit,
16:14pour conclure,
16:15Thierry Breton,
16:16et merci d'ailleurs
16:17de ce langage de vérité,
16:19que répondez-vous encore une fois
16:20à ceux qui vous mettent en cause
16:21parfois et mettent en cause
16:22votre bilan,
16:22la tête de grands groupes
16:23et des florons justement
16:24dont nous parlons
16:25comme Atos,
16:26Thomson et France Télécom.
16:27Que leur répondez-vous ce matin ?
16:29Mais il faut préciser la question
16:31peut-être sur Dama Brouk.
16:32Alors certains estiment
16:32que vous avez mis en faillite
16:33ces boîtes.
16:34Ah ben, aucune d'entre elles.
16:36Je les ai toutes,
16:36au contraire,
16:37redressées.
16:38Toutes les entreprises
16:39dans lesquelles j'ai été,
16:40ont été des entreprises
16:41que j'ai non seulement redressées.
16:42Mais voyez-vous,
16:43et si on parle de la dernière,
16:45Atos,
16:45j'étais extrêmement fier.
16:46C'est sans doute
16:47ce dont je suis le plus fier
16:48parce que nous avons créé,
16:49en disant,
16:50une entreprise sans endettement.
16:52Il n'y avait pas de dette nette
16:53lorsque je suis parti.
16:55Sans endettement donc nette,
16:57ce qui est absolument exceptionnel
16:58et qui était leader sur quoi ?
17:00Sur les supercalculateurs,
17:02sur la cybersécurité
17:03et sur tous les serveurs
17:05qui sont utiles à quoi ?
17:07À l'intelligence artificielle.
17:08Il faudrait que la France
17:09prenne le chemin d'Atos.
17:10Après, je vais vous dire une chose,
17:11Sonia Mabrouk.
17:12Après, on n'est pas responsable,
17:14hélas, de ses successeurs.
17:15Mais vous savez,
17:16c'est vrai en politique,
17:17c'est vrai dans l'entreprise,
17:18c'est vrai aussi pour les journalistes.
17:19On est toujours le prédécesseur,
17:21le successeur de quelqu'un dans la vie.
17:22Vous savez ce qu'on dit ?
17:22On dit que vos prédécesseurs
17:26étaient des incompétents,
17:27vos successeurs des intrigants.
17:28Voilà, je ne vais pas reprendre ça pour moi.
17:30C'est pour ça qu'il y a des renoncements
17:31qui ont fait la France.
17:32On revient à votre livre.
17:33Vous les dénoncez en tous les cas,
17:34ces dix renoncements.
17:36Comment on en est arrivé là ?
17:37Vous l'expliquez en détail
17:38aux éditions Plon.
17:39Merci Thierry Breton.
17:40Merci d'avoir été notre invité.
17:41Merci.
17:41Merci.

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