00:00Elle a transformé les épreuves de sa vie en combat politique.
00:04Mon invité se bat contre les cancers pédiatriques et la soumission chimique.
00:08Deux sujets qu'elle connaît intimement.
00:10Elle siège aujourd'hui au sein du groupe Démocrate à l'Assemblée.
00:27Bonjour Sandrine Jossot.
00:29Bonjour.
00:29Le 14 novembre 2023, vous vous êtes rendu chez un ami, le sénateur Joël Guériot,
00:34qui voulait fêter sa réélection au Sénat.
00:37Et à partir de là, la soirée a viré au cauchemar pour vous.
00:40On va revoir cela.
00:42Dès hier, Joël Guériot a été mis en examen pour administration de substances classées comme stupéfiants
00:48afin de commettre un viol ou une agression sexuelle.
00:52Mardi dernier à son domicile parisien, il est en compagnie de cette députée du Modem, Sandrine Jossot.
00:57Au policier, elle explique s'être sentie mal après avoir bu un verre de champagne.
01:02De l'ecstasie a été retrouvée dans ses analyses.
01:04Ce jour-là, vous avez donc été victime de soumission chimique.
01:08Absolument.
01:09Quel souvenir est-ce que vous gardez de cette soirée ?
01:12Un souvenir très difficile, très douloureux.
01:16En fait, j'allais voir un ami et j'ai découvert un agresseur.
01:20Donc, ça a été pour moi un traumatisme.
01:22Et vous expliquez que c'est un ami député qui, à ce moment-là, vous a dit
01:26« Mais surtout, va faire des prélèvements, il faut que tu fasses faire des analyses ».
01:31Sans ce conseil-là, vous n'auriez aucune preuve de quoi que ce soit aujourd'hui ?
01:36Oui, comme la majorité des victimes de soumission chimique.
01:39Heureusement que j'ai eu un collègue qui connaissait les modes opératoires des prédateurs
01:44et qui m'a donné les bons conseils ce soir-là.
01:47Par la suite, vous avez pris la parole publiquement, très facilement.
01:51Pour vous, la question ne se posait même pas.
01:53Ça allait de soi de prendre la parole pour dénoncer ?
01:57Pour moi, ce n'était pas facile parce que j'étais en plein psychotraumatisme.
02:02Mais j'ai souhaité le faire parce qu'au nom de mon mandat, comme je suis députée,
02:06je me suis dit que pour toutes les victimes de l'ombre, il fallait vraiment se battre
02:12parce que la soumission chimique, j'avais remarqué que finalement,
02:17c'était complètement passé sous les radars, que c'était vraiment un sujet de santé publique
02:21et que c'était un fléau.
02:23Alors ce combat, justement, vous le menez politiquement en tant que député.
02:26On vous a confié une mission gouvernementale sur ce sujet de la soumission chimique.
02:31Vous vous êtes aussi investi dans une association qui s'appelle Mandorpa,
02:34aux côtés de Caroline Darian, qui est la fille de Gisèle Pellicot.
02:38Est-ce que votre combat politique, il a produit des résultats concrets déjà ?
02:44Aujourd'hui, bien sûr, déjà cette mission gouvernementale,
02:48elle a mené à des recommandations que je suis tous les jours.
02:54Par exemple, là, il va y avoir dans quatre régions de France
02:59une expérimentation qui va permettre aux victimes de soumissions chimiques
03:03d'avoir des prélèvements de sang et d'urine et de cheveux,
03:07c'est-à-dire de pouvoir accéder à des preuves sans porter plainte.
03:10Et j'espère que cette expérimentation se diffusera dans toutes les régions
03:15dans un second temps.
03:16Alors, au-delà de la soumission chimique,
03:18vous êtes engagée sur les questions d'égalité entre les hommes et les femmes.
03:22En particulier, dans le domaine de la santé, vous avez, par exemple,
03:25fait voter une loi pour mieux prendre en charge
03:28les femmes qui ont été victimes de fausses couches.
03:30Comment est-ce que vous expliquez que beaucoup de sujets,
03:33beaucoup de problématiques qui sont liées à la santé des femmes
03:35et aient longtemps été ignorées ?
03:38Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que c'est aussi dû au fait
03:41qu'il faut avoir beaucoup d'empathie pour nos concitoyens
03:46et que la politique, ce n'est pas que des sujets froids.
03:49Il y a aussi des sujets de politique sociétale
03:51qui sont parfois un petit peu plus difficiles
03:54parce que c'est vrai que ça remue ce genre de sujets.
03:57Les fausses couches, les maladies des enfants,
04:01la soumission chimique, l'inceste, les viols,
04:04ce ne sont pas des sujets faciles à aborder.
04:06Donc, il faut, je pense, une vraie volonté.
04:09Il faut quelque chose de l'ordre du dépassement.
04:13Il y a un autre combat qui vous tient à cœur
04:14et un combat qui est même à l'origine de votre engagement en politique.
04:17C'est un combat lié au cancer qui a touché une de vos filles.
04:20Quand elle avait 4 ans, alors, elle est en rémission aujourd'hui.
04:24Elle est guérie aujourd'hui.
04:24Elle est guérie.
04:25Mais à l'époque, vous lui avez fait une promesse.
04:29C'est vrai que je me suis engagée à l'occasion, malheureusement,
04:32de cette épreuve-là avec les médecins, les associations
04:36et les parents d'enfants malades.
04:38Et un jour, nous sommes allés à l'Élysée.
04:40On avait été reçus.
04:42C'était sous François Hollande avec Valérie Trier-Veller.
04:45Et en quittant l'Élysée, je suis passée avec ma fille.
04:48Elle est devant les colonnades de l'Assemblée nationale.
04:51Et je lui ai dit, un jour, j'irai là pour tous ceux qui ne peuvent pas se battre.
04:57Et vous êtes devenue députée.
05:00Vous avez tenu votre promesse puisque vous avez travaillé
05:02sur une commission d'enquête parlementaire consacrée au cancer pédiatrique
05:06et aux liens qu'il peut y avoir avec l'environnement.
05:09Quelle conclusion cette commission d'enquête a tiré ?
05:12Est-ce que vous avez des éléments d'explication
05:14sur ce qui se passe notamment dans votre département,
05:17par exemple à Sainte-Pazanne ?
05:18Elle voit beaucoup de cancers pédiatriques.
05:20Oui.
05:21Ce qu'il faut comprendre, c'est que les cancers pédiatriques
05:23sont dus à plus de 95% à l'exposition à l'environnement.
05:29Donc ça, c'est quand même important de le comprendre,
05:31le lien entre les cancers pédiatriques et l'environnement.
05:34Il y a plein de causes qui viennent s'additionner.
05:37Ça fait des effets cocktail.
05:39qui, si vous avez une sensibilité, vous allez avoir plus de riz de développer des maladies.
05:44Donc il faut être proactif, mettre des mesures en place pour protéger et avoir des bons réflexes
05:50et faire en sorte que les politiques publiques sur les territoires préviennent mieux ces pathologies.
05:55Alors on va revenir un peu sur votre parcours politique.
05:58Vous faites partie de ces personnalités issues de la société civile, comme on dit,
06:02qui ont répondu à l'appel d'Emmanuel Macron parce que vous étiez, avant de devenir députée,
06:07diététicienne.
06:08Qu'est-ce qui vous avait fait choisir cette voie-là ?
06:10J'ai été toujours intéressée par le bien-être.
06:14Pour moi, c'est important.
06:15Puis j'ai eu, pendant mon enfance, une maman qui était aussi malade d'une pathologie liée à un problème digestif.
06:22Donc j'ai été sensibilisée sur le fait que je me disais que la première alimentation,
06:28la première médecine, c'est notre alimentation.
06:30C'est le fameux serment d'Hippocrate.
06:33Alors vous venez de la société civile, mais vous aviez quand même déjà un pied en politique en 2017
06:37parce que vous êtes présentée au municipal à Herbignac en 2014.
06:41C'est bien cela ?
06:42Oui, je viens de la ruralité, et donc à Herbignac, qui est une commune tout près de Guérande.
06:49J'ai été élue conseillère municipale.
06:51Ça m'a permis de comprendre aussi les liens, comment on peut faire avancer certains sujets
06:58en étant engagée sur ma commune.
07:02Et puis ça m'a donné envie d'aller plus loin pour mener des combats un petit peu plus nationaux.
07:07Sauf qu'en 2017, quand vous avez décidé de rejoindre Emmanuel Macron,
07:11visiblement vos collègues avec qui vous aviez été élue à l'époque à Herbignac,
07:15ils l'ont plutôt mal vécu.
07:17Ils ont refusé de vous soutenir et ils ont dénoncé, je les cite,
07:20vos nombreux dérapages et votre comportement inapproprié dans le passé.
07:24Qu'est-ce que vous leur avez fait pour qu'ils réagissent comme ça ?
07:28Alors, vous savez, après, moi j'ai ma personnalité,
07:32j'ai toujours cru en la liberté et s'affirmer parfois, c'est déplaire.
07:37Et je crois que ce qui est important, c'est d'être en accord avec ces valeurs.
07:41Je n'aime pas les faux-semblants, j'aime vraiment être authentique
07:44et mon authenticité a créé aussi une vraie détermination chez moi
07:49et j'ai voulu continuer à porter aussi de manière, on va dire, naturelle,
07:55beaucoup de combats dès mes premiers pas en politique et localement.
08:02Alors, votre authenticité, elle a aussi déclenché une polémique
08:05quand vous avez été élue députée, parce que dès le premier jour,
08:10vous expliquez que vous aviez prévu de faire un tennis avec vos enfants
08:13et que vous n'iriez pas tout de suite à l'Assemblée.
08:15Et alors là, ça a créé une sorte d'incompréhension générale.
08:20Vous ne doutiez pas qu'en disant cela, vous alliez déclencher une polémique ?
08:23Je pense qu'il faut resituer dans le contexte.
08:25En fait, moi, ce que j'ai compris, c'est que j'étais dans un territoire
08:29très, quand même, avec quand même des personnes qui étaient là,
08:34mais plutôt des hommes en politique.
08:36Donc, je sentais déjà la misogynie et le fait que je ne venais pas du Serail.
08:42Donc, ce n'est pas parce qu'on est une femme politique
08:45qu'on oublie d'être une maman.
08:46Donc, j'ai subi, on va dire, peut-être, le manque d'expérimentation
08:52avec, en face de moi, des personnes très expérimentées
08:55qui ont su me mettre des bâtons dans les roues.
08:58Mais ce n'est pas pour ça que ça m'a empêchée d'avancer.
09:01Et d'être élue en 2022 et en 2023.
09:03Voilà. Je dirais toujours ce que j'ai envie de dire.
09:06Je crois que la liberté de parole, c'est aussi ce qu'on attend aussi des politiques.
09:11Pour continuer sur l'importance, pour vous, de cette dimension société civile,
09:14vous avez fondé une association pour défendre à la fois la place des femmes
09:18et la place des personnes de la société civile au poste à responsabilité en politique.
09:22C'est une association qui s'appelle les Simonnes, je crois.
09:26C'est-à-dire qu'en gros, vous avez été déçue par vos premières années à l'Assemblée.
09:30Vous avez eu le sentiment que la promesse initiale, elle n'a pas été tenue, celle du macronisme ?
09:35C'est très difficile, en fait, d'arriver de la société civile parce qu'on n'a pas les codes.
09:41Donc, évidemment, on est, on va dire, un peu mis de côté, mis dans l'ombre, un peu invisibilisés.
09:49Donc, il a fallu qu'on puisse se dire qu'il y avait un constat.
09:55Je n'étais pas seule à faire ce constat-là.
09:57C'est pour ça que j'ai monté cette association.
09:58Et cette association, elle avait vraiment pour but de retrouver le pouvoir d'agir
10:03pour les députés de la société civile, mais pas que.
10:07Et que l'engagement, il dépasse aussi les partis.
10:11Est-ce que c'est pour ces raisons-là, précisément, que vous avez quitté Renaissance,
10:17enfin, LREM, La République En Marche, en 2019, pour rejoindre le MoDem ?
10:21Ce qui me gênait, en fait, à La République En Marche, c'était, par exemple,
10:27le fait qu'on n'était pas assez attentionnés vis-à-vis de la ruralité.
10:32Moi, je viens de la ruralité.
10:34Ça, je sentais qu'on était vraiment loin de tout ça.
10:36Donc, toutes ces valeurs de proximité avec les citoyens,
10:40c'est quelque chose qui, quelque part, ne me satisfaisait pas dans ce mouvement-là
10:46et dans ce parti-là.
10:48Et comme j'aime être en accord avec ce que je fais,
10:51parce qu'on a beaucoup plus d'énergie de cette manière,
10:54eh bien, j'ai fait un pas de côté.
10:56Néanmoins, je suis contente aujourd'hui d'être toujours alliée aussi
11:00de La République En Marche et maintenant de Renaissance.
11:06Il y a beaucoup de personnes bien dans ce parti-là.
11:08Notamment, M. Gabriel Attac, qui m'a beaucoup soutenue
11:11lorsque j'ai eu ce rapport pour ma mission gouvernementale.
11:16On va passer au quiz de La Politique et moi, à présent.
11:20Alors, le principe est simple.
11:21Je vous propose des débuts de phrases que vous allez devoir compléter.
11:25Je n'ai pas repris la ferme de mes parents, car...
11:27Pour moi, c'était peut-être stagné.
11:32Moi, j'avais envie de mettre ma pierre à l'édifice
11:34pour des choses qui me dépassaient.
11:36Et je pense que le dépassement, c'est quelque chose qui me guide dans ma vie.
11:41Quand on est députée, la diététique ?
11:44Ah oui ! J'ai toujours des bons réflexes.
11:47Moi, je fais du jeûne intermittent
11:48et j'ai souvent des collègues qui me conseillent.
11:51Mais c'est une discipline, en fait, être en forme et avoir la ligne.
11:55Mais vous constatez chez vos collègues, parfois, quand même,
11:57qu'après un ou deux ans de mandat, il y a un petit relâchement sur la ligne, non ?
12:00Enfin, moi, je le constate, en tout cas, en général.
12:03C'est dur d'avoir une hygiène de vie quand on est députée.
12:05Je crois qu'il y a un effort et une discipline à avoir.
12:09Ce n'est pas toujours facile, mais ça vaut le coup,
12:12parce que pour être députée, il faut être un peu marathonien,
12:15il faut être en forme.
12:16Enfin, j'aurais réussi mon mandat si...
12:19Si, à la fin de mon mandat, si je demande à mes enfants
12:26s'ils veulent aussi que je continue à être députée,
12:30s'ils me disent oui, à chaque fois, je demande à mes enfants...
12:33Donc, on en revient à votre famille, à vous ?
12:35Tout à fait.
12:35À chaque fois, je demande à mes proches,
12:37est-ce que vous voulez que je continue ?
12:38Parce que sans le soutien des proches, de nos amis,
12:44c'est très difficile parce que les gens ne se rendent pas compte,
12:48mais être députée, c'est difficile dans le sens
12:53où on est très souvent jugé,
12:57alors qu'il y a beaucoup de députés qui font les choses
12:59avec beaucoup, beaucoup de cœur.
13:01Et ça, moi, je tiens à continuer à le faire
13:04et aussi avec beaucoup de plaisir pour les autres.
13:07Merci beaucoup, Sandrine Jossot, d'être venue dans La Politique et moi.
Commentaires