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  • il y a 5 semaines
Elle a transformé les épreuves de sa vie en combats politiques.
Sandrine Josso se bat contre les cancers pédiatriques et la soumission chimique. Deux sujets qu'elle connaît intimement.
Elle siège au sein du groupe Démocrate à l'Assemblée.

Pourquoi s'engage-t-on en politique ? Comment tombe-t-on dans le grand chaudron de l'Assemblée ?
Chaque jour, Clément Méric, dans un entretien en tête à tête de 13 minutes, interroge un parlementaire sur les personnalités, les évènements - historiques ou personnels - qui l'ont conduit à choisir la vie publique.
Car on ne naît pas politique, on le devient !

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Transcription
00:00Elle a transformé les épreuves de sa vie en combat politique.
00:04Mon invité se bat contre les cancers pédiatriques et la soumission chimique.
00:08Deux sujets qu'elle connaît intimement.
00:10Elle siège aujourd'hui au sein du groupe Démocrate à l'Assemblée.
00:27Bonjour Sandrine Jossot.
00:29Bonjour.
00:29Le 14 novembre 2023, vous vous êtes rendu chez un ami, le sénateur Joël Guériot,
00:34qui voulait fêter sa réélection au Sénat.
00:37Et à partir de là, la soirée a viré au cauchemar pour vous.
00:40On va revoir cela.
00:42Dès hier, Joël Guériot a été mis en examen pour administration de substances classées comme stupéfiants
00:48afin de commettre un viol ou une agression sexuelle.
00:52Mardi dernier à son domicile parisien, il est en compagnie de cette députée du Modem, Sandrine Jossot.
00:57Au policier, elle explique s'être sentie mal après avoir bu un verre de champagne.
01:02De l'ecstasie a été retrouvée dans ses analyses.
01:04Ce jour-là, vous avez donc été victime de soumission chimique.
01:08Absolument.
01:09Quel souvenir est-ce que vous gardez de cette soirée ?
01:12Un souvenir très difficile, très douloureux.
01:16En fait, j'allais voir un ami et j'ai découvert un agresseur.
01:20Donc, ça a été pour moi un traumatisme.
01:22Et vous expliquez que c'est un ami député qui, à ce moment-là, vous a dit
01:26« Mais surtout, va faire des prélèvements, il faut que tu fasses faire des analyses ».
01:31Sans ce conseil-là, vous n'auriez aucune preuve de quoi que ce soit aujourd'hui ?
01:36Oui, comme la majorité des victimes de soumission chimique.
01:39Heureusement que j'ai eu un collègue qui connaissait les modes opératoires des prédateurs
01:44et qui m'a donné les bons conseils ce soir-là.
01:47Par la suite, vous avez pris la parole publiquement, très facilement.
01:51Pour vous, la question ne se posait même pas.
01:53Ça allait de soi de prendre la parole pour dénoncer ?
01:57Pour moi, ce n'était pas facile parce que j'étais en plein psychotraumatisme.
02:02Mais j'ai souhaité le faire parce qu'au nom de mon mandat, comme je suis députée,
02:06je me suis dit que pour toutes les victimes de l'ombre, il fallait vraiment se battre
02:12parce que la soumission chimique, j'avais remarqué que finalement,
02:17c'était complètement passé sous les radars, que c'était vraiment un sujet de santé publique
02:21et que c'était un fléau.
02:23Alors ce combat, justement, vous le menez politiquement en tant que député.
02:26On vous a confié une mission gouvernementale sur ce sujet de la soumission chimique.
02:31Vous vous êtes aussi investi dans une association qui s'appelle Mandorpa,
02:34aux côtés de Caroline Darian, qui est la fille de Gisèle Pellicot.
02:38Est-ce que votre combat politique, il a produit des résultats concrets déjà ?
02:44Aujourd'hui, bien sûr, déjà cette mission gouvernementale,
02:48elle a mené à des recommandations que je suis tous les jours.
02:54Par exemple, là, il va y avoir dans quatre régions de France
02:59une expérimentation qui va permettre aux victimes de soumissions chimiques
03:03d'avoir des prélèvements de sang et d'urine et de cheveux,
03:07c'est-à-dire de pouvoir accéder à des preuves sans porter plainte.
03:10Et j'espère que cette expérimentation se diffusera dans toutes les régions
03:15dans un second temps.
03:16Alors, au-delà de la soumission chimique,
03:18vous êtes engagée sur les questions d'égalité entre les hommes et les femmes.
03:22En particulier, dans le domaine de la santé, vous avez, par exemple,
03:25fait voter une loi pour mieux prendre en charge
03:28les femmes qui ont été victimes de fausses couches.
03:30Comment est-ce que vous expliquez que beaucoup de sujets,
03:33beaucoup de problématiques qui sont liées à la santé des femmes
03:35et aient longtemps été ignorées ?
03:38Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que c'est aussi dû au fait
03:41qu'il faut avoir beaucoup d'empathie pour nos concitoyens
03:46et que la politique, ce n'est pas que des sujets froids.
03:49Il y a aussi des sujets de politique sociétale
03:51qui sont parfois un petit peu plus difficiles
03:54parce que c'est vrai que ça remue ce genre de sujets.
03:57Les fausses couches, les maladies des enfants,
04:01la soumission chimique, l'inceste, les viols,
04:04ce ne sont pas des sujets faciles à aborder.
04:06Donc, il faut, je pense, une vraie volonté.
04:09Il faut quelque chose de l'ordre du dépassement.
04:13Il y a un autre combat qui vous tient à cœur
04:14et un combat qui est même à l'origine de votre engagement en politique.
04:17C'est un combat lié au cancer qui a touché une de vos filles.
04:20Quand elle avait 4 ans, alors, elle est en rémission aujourd'hui.
04:24Elle est guérie aujourd'hui.
04:24Elle est guérie.
04:25Mais à l'époque, vous lui avez fait une promesse.
04:29C'est vrai que je me suis engagée à l'occasion, malheureusement,
04:32de cette épreuve-là avec les médecins, les associations
04:36et les parents d'enfants malades.
04:38Et un jour, nous sommes allés à l'Élysée.
04:40On avait été reçus.
04:42C'était sous François Hollande avec Valérie Trier-Veller.
04:45Et en quittant l'Élysée, je suis passée avec ma fille.
04:48Elle est devant les colonnades de l'Assemblée nationale.
04:51Et je lui ai dit, un jour, j'irai là pour tous ceux qui ne peuvent pas se battre.
04:57Et vous êtes devenue députée.
05:00Vous avez tenu votre promesse puisque vous avez travaillé
05:02sur une commission d'enquête parlementaire consacrée au cancer pédiatrique
05:06et aux liens qu'il peut y avoir avec l'environnement.
05:09Quelle conclusion cette commission d'enquête a tiré ?
05:12Est-ce que vous avez des éléments d'explication
05:14sur ce qui se passe notamment dans votre département,
05:17par exemple à Sainte-Pazanne ?
05:18Elle voit beaucoup de cancers pédiatriques.
05:20Oui.
05:21Ce qu'il faut comprendre, c'est que les cancers pédiatriques
05:23sont dus à plus de 95% à l'exposition à l'environnement.
05:29Donc ça, c'est quand même important de le comprendre,
05:31le lien entre les cancers pédiatriques et l'environnement.
05:34Il y a plein de causes qui viennent s'additionner.
05:37Ça fait des effets cocktail.
05:39qui, si vous avez une sensibilité, vous allez avoir plus de riz de développer des maladies.
05:44Donc il faut être proactif, mettre des mesures en place pour protéger et avoir des bons réflexes
05:50et faire en sorte que les politiques publiques sur les territoires préviennent mieux ces pathologies.
05:55Alors on va revenir un peu sur votre parcours politique.
05:58Vous faites partie de ces personnalités issues de la société civile, comme on dit,
06:02qui ont répondu à l'appel d'Emmanuel Macron parce que vous étiez, avant de devenir députée,
06:07diététicienne.
06:08Qu'est-ce qui vous avait fait choisir cette voie-là ?
06:10J'ai été toujours intéressée par le bien-être.
06:14Pour moi, c'est important.
06:15Puis j'ai eu, pendant mon enfance, une maman qui était aussi malade d'une pathologie liée à un problème digestif.
06:22Donc j'ai été sensibilisée sur le fait que je me disais que la première alimentation,
06:28la première médecine, c'est notre alimentation.
06:30C'est le fameux serment d'Hippocrate.
06:33Alors vous venez de la société civile, mais vous aviez quand même déjà un pied en politique en 2017
06:37parce que vous êtes présentée au municipal à Herbignac en 2014.
06:41C'est bien cela ?
06:42Oui, je viens de la ruralité, et donc à Herbignac, qui est une commune tout près de Guérande.
06:49J'ai été élue conseillère municipale.
06:51Ça m'a permis de comprendre aussi les liens, comment on peut faire avancer certains sujets
06:58en étant engagée sur ma commune.
07:02Et puis ça m'a donné envie d'aller plus loin pour mener des combats un petit peu plus nationaux.
07:07Sauf qu'en 2017, quand vous avez décidé de rejoindre Emmanuel Macron,
07:11visiblement vos collègues avec qui vous aviez été élue à l'époque à Herbignac,
07:15ils l'ont plutôt mal vécu.
07:17Ils ont refusé de vous soutenir et ils ont dénoncé, je les cite,
07:20vos nombreux dérapages et votre comportement inapproprié dans le passé.
07:24Qu'est-ce que vous leur avez fait pour qu'ils réagissent comme ça ?
07:28Alors, vous savez, après, moi j'ai ma personnalité,
07:32j'ai toujours cru en la liberté et s'affirmer parfois, c'est déplaire.
07:37Et je crois que ce qui est important, c'est d'être en accord avec ces valeurs.
07:41Je n'aime pas les faux-semblants, j'aime vraiment être authentique
07:44et mon authenticité a créé aussi une vraie détermination chez moi
07:49et j'ai voulu continuer à porter aussi de manière, on va dire, naturelle,
07:55beaucoup de combats dès mes premiers pas en politique et localement.
08:02Alors, votre authenticité, elle a aussi déclenché une polémique
08:05quand vous avez été élue députée, parce que dès le premier jour,
08:10vous expliquez que vous aviez prévu de faire un tennis avec vos enfants
08:13et que vous n'iriez pas tout de suite à l'Assemblée.
08:15Et alors là, ça a créé une sorte d'incompréhension générale.
08:20Vous ne doutiez pas qu'en disant cela, vous alliez déclencher une polémique ?
08:23Je pense qu'il faut resituer dans le contexte.
08:25En fait, moi, ce que j'ai compris, c'est que j'étais dans un territoire
08:29très, quand même, avec quand même des personnes qui étaient là,
08:34mais plutôt des hommes en politique.
08:36Donc, je sentais déjà la misogynie et le fait que je ne venais pas du Serail.
08:42Donc, ce n'est pas parce qu'on est une femme politique
08:45qu'on oublie d'être une maman.
08:46Donc, j'ai subi, on va dire, peut-être, le manque d'expérimentation
08:52avec, en face de moi, des personnes très expérimentées
08:55qui ont su me mettre des bâtons dans les roues.
08:58Mais ce n'est pas pour ça que ça m'a empêchée d'avancer.
09:01Et d'être élue en 2022 et en 2023.
09:03Voilà. Je dirais toujours ce que j'ai envie de dire.
09:06Je crois que la liberté de parole, c'est aussi ce qu'on attend aussi des politiques.
09:11Pour continuer sur l'importance, pour vous, de cette dimension société civile,
09:14vous avez fondé une association pour défendre à la fois la place des femmes
09:18et la place des personnes de la société civile au poste à responsabilité en politique.
09:22C'est une association qui s'appelle les Simonnes, je crois.
09:26C'est-à-dire qu'en gros, vous avez été déçue par vos premières années à l'Assemblée.
09:30Vous avez eu le sentiment que la promesse initiale, elle n'a pas été tenue, celle du macronisme ?
09:35C'est très difficile, en fait, d'arriver de la société civile parce qu'on n'a pas les codes.
09:41Donc, évidemment, on est, on va dire, un peu mis de côté, mis dans l'ombre, un peu invisibilisés.
09:49Donc, il a fallu qu'on puisse se dire qu'il y avait un constat.
09:55Je n'étais pas seule à faire ce constat-là.
09:57C'est pour ça que j'ai monté cette association.
09:58Et cette association, elle avait vraiment pour but de retrouver le pouvoir d'agir
10:03pour les députés de la société civile, mais pas que.
10:07Et que l'engagement, il dépasse aussi les partis.
10:11Est-ce que c'est pour ces raisons-là, précisément, que vous avez quitté Renaissance,
10:17enfin, LREM, La République En Marche, en 2019, pour rejoindre le MoDem ?
10:21Ce qui me gênait, en fait, à La République En Marche, c'était, par exemple,
10:27le fait qu'on n'était pas assez attentionnés vis-à-vis de la ruralité.
10:32Moi, je viens de la ruralité.
10:34Ça, je sentais qu'on était vraiment loin de tout ça.
10:36Donc, toutes ces valeurs de proximité avec les citoyens,
10:40c'est quelque chose qui, quelque part, ne me satisfaisait pas dans ce mouvement-là
10:46et dans ce parti-là.
10:48Et comme j'aime être en accord avec ce que je fais,
10:51parce qu'on a beaucoup plus d'énergie de cette manière,
10:54eh bien, j'ai fait un pas de côté.
10:56Néanmoins, je suis contente aujourd'hui d'être toujours alliée aussi
11:00de La République En Marche et maintenant de Renaissance.
11:06Il y a beaucoup de personnes bien dans ce parti-là.
11:08Notamment, M. Gabriel Attac, qui m'a beaucoup soutenue
11:11lorsque j'ai eu ce rapport pour ma mission gouvernementale.
11:16On va passer au quiz de La Politique et moi, à présent.
11:20Alors, le principe est simple.
11:21Je vous propose des débuts de phrases que vous allez devoir compléter.
11:25Je n'ai pas repris la ferme de mes parents, car...
11:27Pour moi, c'était peut-être stagné.
11:32Moi, j'avais envie de mettre ma pierre à l'édifice
11:34pour des choses qui me dépassaient.
11:36Et je pense que le dépassement, c'est quelque chose qui me guide dans ma vie.
11:41Quand on est députée, la diététique ?
11:44Ah oui ! J'ai toujours des bons réflexes.
11:47Moi, je fais du jeûne intermittent
11:48et j'ai souvent des collègues qui me conseillent.
11:51Mais c'est une discipline, en fait, être en forme et avoir la ligne.
11:55Mais vous constatez chez vos collègues, parfois, quand même,
11:57qu'après un ou deux ans de mandat, il y a un petit relâchement sur la ligne, non ?
12:00Enfin, moi, je le constate, en tout cas, en général.
12:03C'est dur d'avoir une hygiène de vie quand on est députée.
12:05Je crois qu'il y a un effort et une discipline à avoir.
12:09Ce n'est pas toujours facile, mais ça vaut le coup,
12:12parce que pour être députée, il faut être un peu marathonien,
12:15il faut être en forme.
12:16Enfin, j'aurais réussi mon mandat si...
12:19Si, à la fin de mon mandat, si je demande à mes enfants
12:26s'ils veulent aussi que je continue à être députée,
12:30s'ils me disent oui, à chaque fois, je demande à mes enfants...
12:33Donc, on en revient à votre famille, à vous ?
12:35Tout à fait.
12:35À chaque fois, je demande à mes proches,
12:37est-ce que vous voulez que je continue ?
12:38Parce que sans le soutien des proches, de nos amis,
12:44c'est très difficile parce que les gens ne se rendent pas compte,
12:48mais être députée, c'est difficile dans le sens
12:53où on est très souvent jugé,
12:57alors qu'il y a beaucoup de députés qui font les choses
12:59avec beaucoup, beaucoup de cœur.
13:01Et ça, moi, je tiens à continuer à le faire
13:04et aussi avec beaucoup de plaisir pour les autres.
13:07Merci beaucoup, Sandrine Jossot, d'être venue dans La Politique et moi.
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