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  • il y a 4 mois

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Transcription
00:00Quatre jours après la spectaculaire évasion de la maison d'arrêt de Dijon, on fait le point.
00:05Ce matin, on le rappelle, un jeudi dernier, deux détenus ont scié les barreaux de leurs cellules
00:10et se sont enfuis en posant des draps sur les barbelés pour pouvoir passer le mur d'enceinte.
00:15Alors au-delà de cette évasion spectaculaire, il y a la question des moyens pour sécuriser l'établissement.
00:19La semaine dernière, le porte-parole du ministère de la Justice confirmait d'ailleurs ici que des travaux allaient commencer rapidement.
00:25Mais est-ce que tout ça sera suffisant ?
00:28On pose la question ce matin à votre invité, Anne-Laure, c'est le secrétaire général de l'Union régionale UFAP de Dijon, le syndicat pénitentiaire.
00:35Bonjour Romain Bernier.
00:36Bonjour.
00:37Ça va péter.
00:38Ça ce sont les mots de la contrôleuse générale des prisons il y a quelques jours.
00:42C'est l'avis aussi de nombreux syndicats.
00:45Est-ce que c'est votre sentiment à vous aussi ce matin ?
00:48Ben oui, oui, c'est mon sentiment.
00:50Il y a une grogne générale qui monte et qui ne date pas d'hier.
00:53dû à l'aggravation de la situation sur des établissements entre la surpopulation pénale, le manque d'effectifs, le manque d'arsenal législatif et forcément le manque de moyens dans le cas présent sur la sécurité des structures.
01:08On va y revenir.
01:09Alors cette évasion du quartier disciplinaire qui on le rappelle est situé au rez-de-chaussée, des détenus qui s'évadent par la grande porte, ni plus ni moins par l'endroit où rentre le service, le personnel.
01:19Tout ça, ça dit quoi de l'état de nos prisons aujourd'hui ?
01:23Alors déjà, il faut faire l'injonction et ne pas prendre les choses de façon raccourcie sur le fait de sortir par la grande porte, etc.
01:32Il y a des concours de circonstances aussi qui font qu'il ne faut pas non plus avoir une analyse rapide et réductrice.
01:41Mais personne ne les a vus sortir.
01:42Voilà, à la sécurité.
01:43Ils ont pu sortir facilement quand même.
01:44Parce qu'il y a d'autres problèmes, on l'imagine.
01:47C'est un domaine particulier.
01:48Mais par contre, effectivement, le problème, si vous voulez, c'est que ce qui se passe à la maison d'arrêt de Dijon, c'est ce qui se passe sur beaucoup de structures vieillissantes, notamment.
02:00Elles ne sont plus adaptées du tout.
02:01C'est qu'en fait, les dernières décennies ont vu l'augmentation d'utilisation de nouveaux moyens, comme les drones, les projections.
02:10On a eu l'arrêt des fouilles systématiques au parloir, pour ne citer que ça.
02:14Les avancées technologiques qui font qu'aujourd'hui, il y a des téléphones qu'on ne détecte plus sur certains portiques de détection, des couteaux en céramique qui ne vont pas forcément sonner sur les portiques qui détectent les masses métalliques.
02:28Tout ça, les syndicats le dénoncent et rien n'est fait ?
02:31En fait, le problème, c'est que ça coûte de l'argent et que je pense que vous avez vu, et d'autant plus en ce moment où les questions de budget sont au cœur de l'actualité,
02:40qu'il est très difficile de faire desserrer les cordons de la bourse pour obtenir quelque chose.
02:47Je donne juste une donnée comme ça, c'est que la remise à jour sécuritaire du parc pénitentiaire en France, elle est évaluée à plus d'un milliard d'euros.
02:55Donc là, ce qui se passe avec le garde des Sceaux, M. Darmanin, certes...
03:01Oui, on va le rappeler, Romain Bernier, en effet, il va ouvrir la bourse.
03:04Vous parlez de bourse, 6,5 millions d'euros qui ont été promis pour sécuriser, faire des travaux en tout cas dans six prisons prioritaires de France, dont celle de Dijon.
03:14Est-ce que ça va suffire ?
03:15Bien sûr que non.
03:16Le problème, en fait, c'est qu'on a pris tellement de retard dans l'aspect sécuritaire et dans la mise à jour des structures
03:23qu'on a laissé les choses se délitérer au fur et à mesure, qu'aujourd'hui, le plan zéro portable à 29 millions, si je ne me trompe pas,
03:33réparti sur six établissements, qui va faire un peu plus de 6 millions pour Dijon, va amener un plus en termes d'installation et de moyens,
03:40mais ne suffira pas à tout faire ou à le rendre hermétique.
03:44Parce que le problème de base, c'est qu'il y a encore trop de détenus dans des prisons qui sont déjà surchargées et pas assez de surveillants pour les surveiller ?
03:51Si vous voulez, le problème est global et repose sur plusieurs facteurs.
03:55Il y a le facteur structurel, c'est-à-dire qu'il y a une rénovation à faire du parc pénitentiaire pour rendre les structures hermétiques,
04:04qui va demander des capitaux, c'est évident.
04:07Il y a l'aspect de la surpopulation pénale, qui continue d'augmenter, on va encore battre un nouveau record, si je ne me trompe d'ici peu.
04:14Ensuite, il y a aussi le volet humain, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, au niveau national, pour les personnels de surveillance, on a 4000 vacances d'emploi.
04:23Donc je vous laisse imaginer que des agents qui enchaînent les heures, qui ont parfois des compteurs de 400 heures sup ou 500 heures sup d'avance...
04:29C'est compliqué. Il en manquerait combien à Dijon de surveillants, par exemple, là, à peu près ?
04:32À Dijon, on est sur un taux de couverture à 87%, il me semble, donc il va nous manquer entre 10 et 15 agents.
04:40Mais le problème, c'est que dans la répétition des services, les heures supplémentaires accumulées, ou alors des services avec des postes découverts,
04:46vous avez aujourd'hui des agents qui se battent sur le terrain, faire des fouilles, à contrôler les détenus,
04:51mais le courbe de boxe est un peu déséquilibré, parce qu'ils n'ont pas forcément les moyens de le faire,
04:57et ils n'ont pas forcément le temps, parce qu'avec la surpopulation, ils sont du coup encore plus occupés à l'étage.
05:02Après, si je finis juste, il y a l'aspect humain, et enfin, le dernier levier, c'est évidemment le levier législatif.
05:11Tant qu'on n'aura pas des textes forts qui nous aideront dans l'exercice de nos missions au quotidien,
05:16par exemple un détenu qui détériore un caille-bouti, ou qui se fait livrer quelque chose,
05:22si on ne peut pas punir ce comportement-là, et avoir un retour,
05:28en fait, il y a aussi un sentiment d'impunité qui s'installe, et on continue à chaque fois.
05:32On a compris que c'était un petit peu le serpent qui se mordait la queue, en tout cas, dans la situation.
05:37Merci beaucoup, Romain Vernier, d'être venu ce matin nous en parler.
05:40On rappelle que vous êtes secrétaire général de l'Union régionale UFAP de Dijon, le syndicat pénitentiaire.
05:45Bonne journée à vous, merci.
05:45Merci.
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