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00:00Il est 21h30 à Paris et c'est l'heure de la question qui fâche.
00:11Nous sommes le vendredi 28 novembre et l'orge-lorge tourne.
00:14Il reste précisément 25 jours aux députés et sénateurs français pour adopter un budget pour 2026.
00:20Mais la tâche s'annonce quasi impossible. Les désaccords sont beaucoup trop nombreux.
00:25On a pu le voir ces dernières semaines dans l'hémicycle où chaque camp jouait sa propre partition sans réelle recherche de compromis.
00:32Mais alors sommes-nous les seuls à ne pas réussir à nous entendre pour construire un budget solide ?
00:36Nos voisins européens s'en sortent-ils mieux ? Y aurait-il une exception française ?
00:41On va tenter d'y voir plus clair avec vous Stéphanie Villers.
00:44Bonsoir, vous êtes économiste et conseillère économique chez PWC France.
00:49Il y a un dicton français que l'on attribue à Talleyrand et qui dit
00:52« Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console. »
00:55Alors dites-nous, est-ce qu'on peut se consoler en regardant ce qui se passe ailleurs ?
01:00Non, non. On est bel et bien le plus mauvais élève de la classe de la zone euro.
01:06On est les seuls à avoir un tel niveau de déficit public sur l'année 2025.
01:13On sera aux alentours de 5,4% du PIB, sachant que l'ensemble des 19 autres pays qui font partie de la zone euro
01:22affichent bon en mal en un déficit autour des 3%.
01:27Il y a même des pays qui font des excédents budgétaires.
01:30Donc en fait, on s'est un peu isolés.
01:32On devient un pays incapable de respecter ses engagements vis-à-vis de Bruxelles.
01:39Je vous rappelle qu'on s'est collectivement engagés à aller vers un déficit aux alentours de 3%.
01:45Il n'y a pourtant des difficultés budgétaires que rencontrent d'autres pays.
01:51Je voudrais vous faire écouter à ce sujet un manifestant aujourd'hui en Italie.
01:55C'était jour de grève car il s'oppose, ces manifestants, au gouvernement de Mélanie
02:01qui impose une loi de finances marquée par une hausse des dépenses militaires,
02:05une baisse de l'impôt sur le revenu, une taxation des banques et des coupes massives dans la santé, l'éducation, les services sociaux.
02:10On va écouter ce manifestant.
02:15Nous manifestons contre les nouvelles lois approuvées par le gouvernement en ce moment.
02:19Il y a de nombreuses coupes budgétaires dans les domaines de la santé et de l'éducation
02:23et en même temps en dépensent 35 milliards de dollars dans la défense.
02:27Nous sommes contre ça.
02:28Nos écoles s'effondrent et on ne peut pas tolérer d'autres guerres.
02:31Alors les Italiens, bon ou mauvais élèves ?
02:41Non, en fait, ils passent des budgets qui sont rigoureux.
02:46Ils ont un déficit aux alentours de 3% et ils s'y tiennent.
02:52Et pour ça, en fait, ils prennent des décisions un peu dures,
02:57notamment en matière de réduction des dépenses publiques,
02:59sachant que, collectivement, on fait face aux mêmes problèmes.
03:03Il faut que nos budgets de la défense progressent.
03:08Pour maîtriser un budget, il faut bien que d'autres postes de dépenses se réduisent.
03:14Et c'est bien le problème, en fait, en France.
03:17C'est qu'on ne se résout pas à cette problématique comptable.
03:22Pour améliorer nos comptes publics, il faudrait à la fois faire des réductions dans nos dépenses,
03:31faire un effort aussi dans nos recettes.
03:35Et on n'arrive pas à imposer par la loi, en fait, à faire passer un budget
03:40qui puisse améliorer la situation de notre déficit public.
03:45Mais alors, est-ce que c'est lié, cette incapacité, à des contraintes purement internes
03:51ou externes, qui ne dépendent pas du pays ?
03:56Alors non, non, là, c'est purement interne.
03:59Il faut...
04:01L'externe, en fait, pour l'instant, est plutôt résilient,
04:06puisqu'ils acceptent de financer notre dette sans refiner.
04:12Il n'y a pas eu véritablement de tensions sur les marchés financiers avec des hausses de taux.
04:17Donc, il faudrait...
04:18Il faut arriver à être d'accord en interne, au niveau local, pour faire des efforts.
04:28Alors, bien sûr, c'est des moments toujours douloureux.
04:31Les pays du Sud, après la crise de la dette souveraine dans les années 2010,
04:35ont dû, en fait, on leur a imposé des efforts drastiques.
04:41Et ils savent ce que c'est, parce qu'ils ont déjà vécu cette période compliquée
04:46où ils ont dû revoir leur copie avec des moindres dépenses,
04:50des dépenses publiques, avec des hausses de TVA, des hausses d'impôts.
04:56Et aujourd'hui, en fait, ils tiennent bon.
05:00En fait, ils ne veulent pas revivre ce qu'ils ont vécu par le passé.
05:03Donc, ils sont assez rigoureux.
05:04Mais c'est ce qui nous attend, selon vous ?
05:07C'est ce qui nous attend, selon vous ?
05:08Alors, la question, c'est quand ça va nous arriver.
05:14Mais bel et bien, il n'y a pas d'autre façon de réduire nos déficits publics
05:20en faisant des efforts.
05:22Alors, ce ne sera peut-être pas avant 2027,
05:25puisque, bien sûr, on le sait, on n'a pas de majorité au Parlement
05:29qui pourrait nous permettre d'avoir un budget qui aille dans ce plan.
05:35Donc, il ne faut pas attendre grand-chose d'ici 2027.
05:38Mais il n'empêche qu'un jour, en fait, on va devoir adopter un principe de réalité.
05:44On ne va pas pouvoir reculer indéfiniment la nécessité d'aller vers plus de rigueur budgétaire.
05:50Je voudrais qu'on poursuive un peu notre tour d'horizon des pays européens.
05:54L'Espagne, c'est un cas assez fascinant parce qu'ils n'ont pas de budget depuis trois ans.
05:59Ils n'ont pas réussi à en voter un parce qu'il n'y a pas de compromis possible au Parlement.
06:05Et pourtant, l'économie affiche une croissance de 3,5% en 2024.
06:09Comment c'est possible, ça ?
06:11Oui, alors on voit que le fait de ne pas pouvoir passer un budget d'année en année,
06:18donc ça fait effectivement trois budgets que l'Espagne reprend celui qui a été voté,
06:26c'est-à-dire celui de 2023, ça ne pose pas de problème
06:29parce que celui de 2023 avait pu maintenir un déficit aux alentours de 3%.
06:35Donc en fait, il n'y a pas de crainte de la part de Bruxelles ou des marchés financiers.
06:41Ils voient que l'Espagne reste dans les clous en matière budgétaire.
06:47Le budget reste contraint par le fait qu'il n'y ait pas de mesures possibles qui soient prises
06:54parce qu'il n'y a pas de votes, donc il n'y a pas de dépenses supplémentaires,
06:57il n'y a pas non plus de hausse d'impôts,
06:59ce qui fait que l'Espagne arrive à avoir une croissance très honorable.
07:07D'ailleurs, ça devient le moteur de la croissance de la zone euro.
07:09Il faut aussi rappeler quand même que l'Espagne, tout comme l'Italie,
07:13ont pu bénéficier des fonds européens qui, depuis la fin de la crise Covid,
07:21ont quand même stimulé l'économie locale, c'est-à-dire l'économie espagnole.
07:26Mais s'il n'y a pas de dépenses supplémentaires, il n'y a pas de nouveaux investissements,
07:31il n'y a pas de nouveaux projets possibles, ça, ce n'est pas un frein à terme à la croissance ?
07:35Alors là, je parle de la dépense publique,
07:39et il n'y a pas de dépenses supplémentaires, notamment dans la dépense sociale.
07:46C'est ça que ça signifie.
07:50La part de l'investissement qui doit être réalisé par le secteur public,
07:56comme je vous ai dit, en Espagne, a été maintenu et soutenu par le fonds européen,
08:03EU Next Generation.
08:05L'Espagne a pu bénéficier, a été le deuxième destinataire le plus favorisé par ce fonds européen.
08:13Ils ont pu obtenir à peu près 140 milliards d'euros,
08:16et ça, ça, bien sûr, ça stimule l'économie interne, l'économie locale.
08:21On passe de l'Espagne à l'Allemagne.
08:23Là, le modèle est encore différent, puisque le pays a adopté son budget 2025,
08:28en septembre seulement, donc il a mis un peu de temps pour mettre au point ce budget.
08:33Et qu'est-ce qu'on peut en dire ?
08:36Est-ce que c'est le signe que, finalement, ça ne va pas très bien non plus,
08:40et qu'on peut le comparer à la France ?
08:42Alors, l'Allemagne est dans une situation complètement différente,
08:47parce que l'Allemagne est toujours très rigoureuse d'un point de vue de ses finances publiques.
08:54Donc, jusqu'à présent, elle a fait très attention à la dette publique sur son PIB
09:00aux alentours de 64 %, quand on est à 115 %.
09:04Donc, on voit à quel point ils tiennent à avoir un budget public strict et rigoureux.
09:14Mais ça fait deux ans, en fait, que l'Allemagne fait face à une récession économique
09:19qui a été déclenchée avec, notamment, la crise énergétique et la guerre en Ukraine.
09:24Et on voit bien que le nouveau chancelier, Friedrich Merch, a fait une espèce de révolution copernissienne
09:30et a annoncé un vaste plan de relance qui commencera l'année prochaine,
09:37qui sera à hauteur de 500 milliards d'euros pour simuler l'économie allemande,
09:42qui en a bien besoin, notamment en matière de infrastructures,
09:45mais elle a besoin aussi de construire sa défense.
09:48Et alors, pour ça, l'Allemagne va déroger un peu à son habitude.
09:52Et dès l'année prochaine, va avoir un déficit public de 4 %.
09:57Mais ce sont des dépenses supplémentaires qui vont aller dans la production, en fait.
10:06Et donc, ça va stimuler la croissance.
10:10Donc, ça, c'est véritablement de l'investissement supplémentaire.
10:13Alors que nous, les Français, lorsqu'on emprunte sur les marchés financiers,
10:18c'est essentiellement pour financer nos dépenses sociales,
10:22c'est-à-dire les retraites, notre santé, ces postes-là.
10:27C'est sur cette question, justement, que je voudrais vous faire réagir.
10:29Pour terminer, la plupart des pays européens ont choisi de repousser l'âge de départ à la retraite.
10:35En France, on freine des quatre frères.
10:37Et c'est véritablement l'un des enjeux de ce budget 2026.
10:42J'ai une petite idée de votre réponse, mais qui a raison, qui a tort dans cette histoire ?
10:47Non, mais enfin, on connaît la situation de notre démographie.
10:52On subit exactement les mêmes freins que l'ensemble des autres pays européens.
10:56On est une population vieillissante.
11:00Pour ça, en fait, la dépendance, les dépenses dans la dépendance
11:05coûtent de plus en plus cher.
11:07Il va falloir faire face à ces dépenses.
11:10Il y a de plus en plus de seniors aussi qui vont à la retraite.
11:14Les baby-boomers arrivent à l'âge d'être à la retraite.
11:20Donc, tout ça, en fait, on n'a pas d'autre option que de tenir compte de ces critères
11:25comme de l'ensemble des autres pays européens.
11:27Je rappelle qu'ils partent à la retraite, eux, en moyenne, entre 65 ans et 67 ans,
11:33quand nous, on part, à priori, actuellement à 63 ans.
11:41Merci beaucoup, Stéphanie Villers, pour cet éclairage sur les budgets de nos voisins européens.
11:48Merci.
11:49Merci.
11:50Merci.
11:51Merci.
11:52Merci.
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