00:00...
00:00Je salue les parlementaires, je salue les anciennes ministres Isabelle Rome et Bérangère Couillard,
00:13qui pilotent maintenant à la fois l'ambassadrice en charge des droits humains et présidente du Haut Conseil à l'égalité.
00:20L'éco-présidente, évidemment, sans laquelle nous ne serions pas là ce matin, cher Gwenaëlle et cher Choupa.
00:25Merci à vous pour ces rendez-vous qui rythment comme ça nos années et qui permettent que de manière très récurrente,
00:32nous puissions échanger, nous retrouver et espérer surtout avancer et progresser.
00:37Puis je salue à la fois les représentants du monde de l'entreprise qui sont exprimés ou qui sont dans la salle
00:41et puis surtout, évidemment, les représentants et représentants du monde associatif qui permettent de nous bousculer
00:47et d'avancer autant que cela doit être nécessaire.
00:50Si nous sommes réunis ici à Matignon, ce n'est justement pas pour commenter l'état du monde,
00:56c'est plutôt pour essayer de le transformer, pour regarder en face ce qui a trop longtemps été minimisé,
01:01déformé ou occulté, pour dire ensemble que nous refusons de nous habituer à l'inadmissible.
01:07Et je veux avant tout, évidemment, saluer le signe et d'où tant que Marie-Claire agir pour l'égalité.
01:12Parce que vous construisez, vous expérimentez, vous documentez et vous bousculez.
01:17Et tant mieux, parce que c'est nécessaire et votre engagement est évidemment précieux.
01:21Et je veux sincèrement vous en remercier toutes les deux.
01:24Alors que la semaine prochaine sera placée sous le signe du 25 novembre,
01:28Journée internationale pour l'éradication des violences faites aux femmes,
01:31nous devons tenir ensemble un regard clair, presque implacable, sur la réalité.
01:35Car les violences sexuelles ne sont ni des faits divers, ni des secrets de famille,
01:40ni des histoires honteuses que l'on rangerait dans les marges.
01:43Ce sont des faits de société et ce sont donc des faits politiques.
01:47Ils disent quelque chose de profond sur la manière dont notre pays considère les femmes et aussi les enfants.
01:53Les violences frappent partout et dans tous les milieux.
01:55Dans les foyers, dans les entreprises, à l'université, dans la rue, sur les réseaux sociaux,
01:59dans les hôpitaux, dans les transports, dans le sport, dans la culture,
02:02dans les lieux de pouvoir, comme dans les lieux du quotidien.
02:06Et ces violences se transforment, se diversifient, se glissent dans toutes les interstices.
02:11Physiques, sexuelles, psychologiques, économiques, numériques, sous soumission chimique,
02:16sous contraintes, sous emprise, sous sidération.
02:19Nous devons donc adapter sans cesse nos outils, renforcer nos lois, nos moyens,
02:24mieux protéger, mieux accompagner, pour mieux condamner.
02:27Car comme toute violence systémique, les violences faites aux femmes et aux enfants évoluent,
02:31et nous devons évoluer plus vite qu'elles.
02:34Depuis 8 ans, nous avons franchi des étapes majeures.
02:37Nous avons enclenché des progrès décisifs pour mieux protéger,
02:39mieux accompagner les victimes et leurs enfants, et dans tous les territoires.
02:43Nous avons formé massivement, mieux caractérisé les délits et les crimes,
02:47mieux sanctionné.
02:49Et je veux mettre l'accent sur 3 dispositifs très concrets du quotidien qui changent la vie.
02:53L'aide universelle d'urgence que nous avons créée avec Bérangère Couillard fin 2023,
02:57qui a déjà été versée à plus de 60 000 femmes victimes de violences conjugales.
03:02Le Pacte Nouveau Départ, qui coordonne enfin tous les acteurs autour des victimes,
03:06expérimenté maintenant dans 12 départements, en vue de sa généralisation à l'ensemble du pays.
03:11Le dépôt de plaintes à l'hôpital,
03:13et le recueil de preuves sans plainte immédiate en cours de déploiement dans tous les départements.
03:18Encore aujourd'hui, trop de victimes renoncent à porter plainte,
03:21parce que le chemin est long, parce qu'elles ont peur, parce que l'appareil judiciaire leur semble loin, froid, inaccessible.
03:29Et comme le montre d'ailleurs le dernier rapport du HCE,
03:32si 217 000 personnes déclarent avoir subi une agression sexuelle en 2022,
03:36dont 91% sont des femmes,
03:39elles sont pourtant moins de 8% à porter plainte pour dénoncer ces faits.
03:43L'objectif du dépôt de plainte dès l'hôpital est clair,
03:46lever les freins justement, garantir un accès simplifié à la justice,
03:49et assurer une prise en charge médico-sociale immédiate et adaptée.
03:54Ce dispositif permet aussi, et c'est fondamental,
03:57un recueil précoce des preuves dès le constat des violences,
04:00et ce sans forcément que les victimes aient à porter plainte immédiatement,
04:04parce qu'il faut toujours protéger et respecter le temps des victimes.
04:08Ces outils ont un point commun,
04:09ils sauvent des vies,
04:11ils protègent,
04:12ils redonnent de la dignité,
04:13et ils rallument une lumière,
04:15souvent dans l'obscurité.
04:16Dans notre combat contre les violences,
04:18des avancées concrètes ont pris forme ces toutes dernières années.
04:21Je veux d'abord parler de la loi du 6 novembre 2025,
04:24qui a inscrit au cœur de notre code pénal
04:26ce principe fondamental de justice et de dignité.
04:30Le consentement doit être libre,
04:32éclairé, spécifique, préalable et révocable.
04:36C'est une avancée majeure.
04:38Il fallait le dire dans notre droit.
04:40Ne pas dire non n'a jamais voulu dire oui.
04:43Ne pas crier, ne pas se débattre,
04:46ne pas fuir,
04:47ce n'est pas consentir.
04:49Le silence n'est pas un accord.
04:52La sidération n'est pas un choix.
04:54La peur n'est pas une autorisation.
04:57Et cette clarification était urgente.
05:00Nous avançons aussi sur d'autres fronts essentiels.
05:02La proposition de loi que j'avais déposée quand j'étais députée
05:05sera de nouveau examine dans les prochaines semaines.
05:07Elle étend aux victimes majeures de viols
05:09le mécanisme de prescription glissante
05:11introduit par la loi de 2021.
05:14Parce que lorsqu'une victime trouve enfin la force de parler,
05:17elle ouvre la voie pour que d'autres puissent,
05:19à leur tour, obtenir justice.
05:21Cette proposition de loi prolonge les délais de prescription
05:23aux civils pour les viols commis sur les mineurs.
05:26Mais je le dis ici et partout,
05:28je continuerai de me battre pour l'imprescriptibilité
05:30des crimes sexuels commis sur les enfants.
05:32Parce que la mémoire traumatique n'obéit pas
05:35aux injonctions du calendrier.
05:37Parce qu'il faut parfois des années,
05:38parfois même des décennies,
05:40pour que la parole puisse enfin se libérer.
05:43Enfin, et pour la première fois,
05:45notre droit s'apprête aussi à reconnaître
05:46le contrôle coercitif.
05:48Car les violences conjugales,
05:50ce ne sont pas seulement des coups.
05:51Et en fait, ça ne commence jamais par des coups.
05:54Nous devons mieux caractériser pour mieux sanctionner
05:57ces comportements, les regards, les mots,
06:00les interdictions, les humiliations,
06:02qui peuvent s'accumuler pour former
06:04une relation oppressive et dégradante
06:06dans laquelle ensuite
06:07toutes les autres violences peuvent naître.
06:09Ces avancées sont essentielles
06:11et nous irons plus loin.
06:13Le combat contre toutes les formes de violences
06:14nécessite une vision globale,
06:16un cadre cohérent,
06:18une architecture plus solide et mieux partagée.
06:21C'est pourquoi j'ai réuni un groupe
06:22de travail parlementaire
06:23assensuant toutes les forces politiques
06:25représentées à l'Assemblée nationale et au Sénat.
06:27Ensemble, nous voulons bâtir des consensus
06:29pour lutter efficacement
06:30contre toutes les violences sexuelles
06:32et intrafamiliales commises sur les majeurs
06:34comme sur les mineurs.
06:36Parce que sur ce sujet,
06:37il ne peut y avoir ni camp,
06:39ni posture,
06:40ni calcul partisan.
06:41Il n'y a qu'une seule position possible,
06:43la responsabilité,
06:45et qu'une seule voie envisageable,
06:47l'unité.
06:48Il y a la loi,
06:49il y a la culture,
06:50celle qui la porte
06:51ou qui l'empêche.
06:53La culture du viol,
06:54c'est cette voie qui murmure encore aujourd'hui.
06:56Pourquoi n'a-t-elle pas crié ?
06:59Pourquoi n'est-elle pas partie ?
07:01Pourquoi en parle-t-elle seulement maintenant ?
07:04Aujourd'hui encore,
07:05un Français sur cinq
07:06et près d'un tiers des 18-24 ans
07:08déclarent, je cite,
07:10que les femmes peuvent prendre du plaisir
07:12à être forcées.
07:13Prend-on seulement la mesure de ces chiffres ?
07:15Un Français sur cinq,
07:17un tiers des 18-24 ans,
07:19aujourd'hui, en 2025,
07:21continuent à le penser.
07:23Qui pense derrière aux vies humaines
07:24qui sont broyées ?
07:25Ce chiffre n'est pas une opinion.
07:27Ce chiffre, c'est un symptôme.
07:29Le symptôme d'un système
07:30qui confond violence et désir,
07:32domination et sexualité.
07:34Un poison qui façonne les imaginaires
07:36de nos enfants et adolescents
07:37et justifie encore trop souvent
07:39l'injustifiable.
07:41La culture du viol,
07:42c'est ce poison insidieux
07:43qui imprègne nos sociétés.
07:45Elle est là
07:46chaque fois qu'une victime
07:47est réduite au silence,
07:49chaque fois qu'un agresseur,
07:50lui, est excusé,
07:51chaque fois qu'un nom
07:52est interprété comme un « peut-être ».
07:55Elle est là
07:55quand on enseigne à nos filles
07:57à avoir peur et à se méfier
07:58plutôt qu'à nos garçons
08:00à les respecter.
08:02Quand on insinue
08:02que la jupe était trop courte,
08:03l'attitude trop provocante
08:04ou l'heure trop tardive,
08:06quand on cherche
08:06à justifier l'injustifiable
08:08et qu'après tout,
08:09elle l'a bien cherchée.
08:10Mettre fin à cette culture,
08:12c'est éradiquer
08:13les mécanismes de domination.
08:15C'est refuser la complaisance,
08:17le déni,
08:18la banalisation.
08:19C'est donc éduquer autrement,
08:21enseigner le respect,
08:22valoriser l'écoute,
08:23la liberté,
08:24la responsabilité.
08:25C'est dire clairement
08:26et dire définitivement
08:28« la honte n'est pas du côté
08:30des victimes,
08:31jamais.
08:32Elle est du côté
08:32de ceux qui violent,
08:34de ceux qui minimisent,
08:35de ceux qui détournent
08:36le regard
08:37et qui laissent faire. »
08:39Avant de conclure,
08:40je souhaite vous partager
08:40une dernière conviction.
08:42Nous ne vaincrons
08:43les violences sexuelles
08:44que si nous avançons ensemble.
08:46Les pouvoirs publics seuls,
08:47États,
08:47collectivités locales,
08:48parlementaires
08:49ne suffiront pas.
08:50Les associations seules
08:51ne suffiront pas.
08:53Les entreprises seules
08:54ne suffiront pas.
08:55Les citoyens seuls
08:56ne suffiront pas.
08:58Mais ensemble,
08:58oui, ensemble,
09:00nous pouvons changer
09:00le cours des choses
09:01parce que nous n'abandonnerons pas,
09:03parce que nous n'hésiterons pas,
09:05parce que nous n'accepterons plus
09:06que le silence protège
09:07les agresseurs
09:08et avec cela
09:09condamne les victimes.
09:10pour que plus jamais
09:11une femme ne se demande
09:12si c'est elle le problème,
09:14pour que plus jamais
09:15un enfant
09:16ne grandisse dans la peur,
09:18pour que plus jamais
09:18une société
09:19ne banalise
09:20l'inacceptable.
09:22Le temps de l'action collective
09:23n'est pas
09:24un horizon lointain,
09:26il n'est pas
09:26à inventer,
09:27il est en fait
09:28à amplifier,
09:29et il commence ici,
09:31ensemble
09:31et maintenant.
09:32Je vous remercie.