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  • il y a 3 jours

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00:00...
00:00On avait décidé, avec les organisatrices du Think Tank Marie-Claire,
00:12de faire un focus sur l'exemple espagnol,
00:14parce qu'on en entend parler toute la journée de cet exemple.
00:19Le laboratoire espagnol, c'est une politique publique
00:23qui fait ses preuves, qui fait vraiment ses preuves.
00:25Il y a une diminution du nombre de féminicides en Espagne.
00:28Les femmes sont beaucoup mieux prises en charge.
00:31Donc, il est vraiment intéressant.
00:34Vous nous racontiez, Charlotte,
00:35vous êtes la présidente du centre Hubertine Nauder,
00:37le centre francilien pour l'égalité hommes-femmes.
00:40Vous avez publié un rapport en 2020
00:43sur les politiques publiques espagnoles.
00:46Comment l'Espagne est-elle devenue
00:49le pays le plus protecteur au monde ?
00:53Un des pays les plus protecteurs.
00:54Alors, un des pays.
00:55Il y a eu une prise en considération en 1997.
01:00Il y a eu un décès qui a vraiment créé
01:02un mouvement dans la société espagnole.
01:05C'est le décès de Ana Orentes.
01:09Un assassinat, on peut dire.
01:10Un assassinat, oui, tout à fait.
01:12Un féminicide, même.
01:13qui a créé, en fait, un sursaut national,
01:16mais de la même manière que le procès Mazan
01:18a créé aussi ce sursaut national
01:20sur la soumission chimique en France il y a quelques mois.
01:24Et on espère que nous aussi,
01:26on aura un rapport cadre suite au procès Mazan
01:29qui sera annoncé dans les prochains mois.
01:31Et donc, en Espagne...
01:32Attendez, je relate juste cette femme Ana Orentes
01:36qui, avec ses enfants, a vécu un calvaire
01:38de 30 ou 40 ans.
01:4040 ans.
01:4140 ans auprès de son mari,
01:43qui était vraiment, je ne sais pas, un monstre.
01:46Cette femme Ana Orentes n'en peut plus
01:49et elle décide d'aller porter sa parole
01:53à la télévision et elle donc donne une interview
01:57massivement regardée par le public espagnol.
02:01C'était donc en 97.
02:02C'était en 97 et 13 jours après la diffusion,
02:06elle est assassinée par son ex-compagnant.
02:08Qui, en fait, ils vivaient toujours dans la même maison
02:11puisque c'est toujours des problèmes de logement,
02:13enfin, on en parlait tout à l'heure.
02:15Ils vivaient toujours dans la même maison.
02:17Lui, au premier et elle, au rez-de-chaussée.
02:18Elle rentre avec sa petite fille.
02:20Elle avait ému toute l'Espagne.
02:22Et il la voit et il la torche vivante
02:25devant les yeux de sa petite fille.
02:28Et ce fait divers, là, enfin, ce fait divers,
02:30je ne sais pas comment je peux nommer ces choses-là comme ça,
02:32mais cet assassinat a donné à l'Espagne,
02:36a saisi l'opinion publique espagnole
02:38qui a, du coup, interpellé le politique.
02:41Et c'est une dynamique qu'on espère en France.
02:45Oui, c'est un réel sursaut national, en fait,
02:47qui s'est déroulé en Espagne
02:48et qui a donné naissance en 2004
02:51à une grande loi cadre en Espagne
02:53qui a pris en charge
02:54les femmes victimes de violences conjugales.
02:58Et ça a été un moment très fort dans la société espagnole.
03:00C'est ce qui permet à l'Espagne,
03:0320 ans plus tôt,
03:04de prendre en charge cette question.
03:06Et nous, en effet,
03:07on démarre un peu plus tard.
03:08On démarre, en effet, un peu plus tard.
03:10Et donc, cette loi cadre,
03:11ce qu'elle change,
03:12c'est qu'elle prend en charge, dans sa globalité,
03:15le sujet des violences conjugales en Espagne.
03:17C'est un peu une proposition d'un guichet.
03:21Je n'aime pas trop ce mot guichet,
03:23mais c'est un guichet unique, en fait,
03:25pour les femmes victimes de violences conjugales en Espagne.
03:28Nous, chez nous, la difficulté,
03:29c'est qu'une femme victime de violences,
03:31elle va devoir aller taper à plusieurs portes,
03:33alors qu'en Espagne, aujourd'hui,
03:36elle est prise en charge dans sa globalité.
03:38C'est-à-dire que les services sociaux se mettent en place,
03:40la juridiction se met en place,
03:41la justice se met en place très rapidement,
03:44la police également.
03:45En Espagne, ce n'est pas des pôles spécialisés,
03:47c'est des juridictions.
03:47C'est des juridictions.
03:48C'est des tribunaux spécialisés.
03:50Alors, nous aussi, on y arrive,
03:52avec les cellules mises en place.
03:53Tout à l'heure, Isabelle Rome en parlait,
03:55et je sais qu'elle appelait également de ses voeux
03:57à ces tribunaux spécialisés.
03:58Les cellules, c'est un peu le début
04:00de ces tribunaux spécialisés,
04:01même si, nous, au centre Hubertine-Auclair,
04:04on reste persuadés que les tribunaux spécialisés,
04:06ça nous permettra d'être beaucoup plus réactifs encore
04:08que les cellules.
04:10Mais on y arrivera.
04:11On parle des pas qui sont faits.
04:14C'est bien.
04:14Exactement.
04:15Il y a des pas qui sont faits,
04:16typiquement quand on prend l'ordonnance de protection.
04:18L'ordonnance de protection, aujourd'hui, en France,
04:20elle est mise en place.
04:22Elle est valable pendant 6 mois.
04:24En Espagne, elle est valable entre 7 jours et 6 mois.
04:27Elle est renouvelée tous les 30 jours,
04:28et il y a une réévaluation entre 7 jours et 6 mois
04:31de la situation de chaque femme.
04:33Nous aussi, ce suivi, en tout cas, on l'appelle de nos voeux,
04:36aujourd'hui, c'est ce qui nous manque.
04:38On n'a pas ce suivi parce qu'en effet,
04:40il n'y a pas assez de cellules juridictionnelles mises en place
04:44et qu'il n'y a pas ce suivi en cohérence
04:47entre la police et la justice.
04:49Nous, on le sait au centre Hubertine-Auclair
04:50parce qu'on forme les forces de l'ordre en Ile-de-France.
04:52Et donc, on le voit aujourd'hui,
04:56même les forces de l'ordre, dans l'évaluation des dangers,
04:58nous le disent, en fait, nous, ce qu'on met en place,
04:59l'évaluation des dangers qu'on nous oblige à avoir,
05:01il n'y a pas forcément toujours le suivi aussi réactif.
05:04Mais les policiers, moi, que j'ai pu interviewer
05:07il y a quelques temps sur divers plateaux,
05:10m'expliquaient que la seule formation
05:16qu'ils avaient sur les féminicides,
05:20c'était le visionnage du film Mon Roi,
05:24ensemble, voilà, avec un petit débrief
05:27après ce visionnage.
05:29Donc, là aussi, on avance.
05:32Non, je vous assure que c'était le cas,
05:33mais il y a longtemps en France.
05:34D'accord.
05:35Donc, on avance.
05:36On avance quand même, oui, oui.
05:38Très sincèrement, aujourd'hui,
05:39les forces de l'ordre,
05:41elles ont d'une part une formation
05:42en école de police nationale.
05:44Alors, oui, en effet, on ne va pas se mentir,
05:47les policiers qui sont en fonction
05:49depuis très longtemps
05:49n'ont pas forcément la chance d'être formés.
05:52Nous, en Ile-de-France, on les forme
05:53avec des associations spécialisées
05:56parce qu'on est assez persuadés
05:57que sans les associations spécialisées,
05:59on ne leur donne pas les bonnes clés.
06:01C'est ces associations spécialisées,
06:02CIDFF ou autres,
06:04qui vont leur donner les clés
06:05et surtout une vision locale
06:07sur leur territoire.
06:09Ce qui différencie aussi la France de l'Espagne,
06:11c'est que quand il a un bracelet,
06:14les bracelets anti-rapprochement,
06:17les hommes, en France,
06:19peuvent parfois s'en servir
06:20parce qu'ils savent que la réponse
06:21ne sera pas forcément immédiate et rude,
06:26peuvent s'en servir pour pratiquer encore,
06:28Isabelle, le contrôle coercitif,
06:30c'est-à-dire faire peur, terroriser la femme,
06:33elle sait qu'il est là,
06:34elle sait qu'il arrive, qu'il est dans le coin.
06:36En Espagne, pas du tout,
06:37c'est-à-dire que si vous l'outre-passez,
06:40vous êtes mis en taule directe.
06:41Non, il faut le dire.
06:42Oui, il y a un côté exécutif très rapide,
06:45mais là encore, on est dans une réactivité
06:47parce qu'en fait, c'est tout l'échelon,
06:49c'est la prise en charge globale
06:51qui permet d'être beaucoup plus réactif
06:52et c'est ce qui nous manque.
06:53Est-ce que vous pouvez nous parler
06:54du dispositif Viogen en Espagne ?
06:56Oui, le dispositif Viogen,
06:59c'est exactement le sujet
07:01des tribunaux spécialisés,
07:02c'est-à-dire que ça permet aujourd'hui
07:04de prendre en charge très rapidement
07:05dans la globalité,
07:06c'est-à-dire une réelle communication
07:08entre le pénal,
07:09le juge aux affaires familiales,
07:10et c'est exactement ça,
07:11le dispositif Viogen,
07:13ça permet une réactivité au maximum.
07:15Et c'est ce qui est en train
07:16d'essayer de se mettre en place
07:17avec ces fameuses cellules
07:19dont on parlait tout à l'heure.
07:21C'est-à-dire que, notamment,
07:22tout est entré dans un même dispositif,
07:23Isabelle, c'est ça ?
07:24C'est-à-dire qu'en fait,
07:26quand une femme porte de nouveaux plaintes,
07:30etc.,
07:30policiers, magistrats, etc.,
07:33ont accès à tout le dossier
07:35et à tout l'historique,
07:36parce qu'on n'est pas forcés,
07:38les policiers, parfois,
07:40ne savent pas qu'elle en est
07:42à sa 12e plainte, etc.
07:43Qu'est-ce qu'il y a d'autre de notable ?
07:45Il y a un investissement massif, aussi.
07:49Oui, alors là-dessus,
07:51on va pas se mentir,
07:52beaucoup de retard.
07:54Aujourd'hui, c'est 16 euros
07:55par habitant par an
07:57engagé par l'Espagne
07:58pour protéger les femmes
07:59victimes de violences,
08:00quand nous,
08:01on est encore à peine à 5 euros.
08:03Donc, on a un réel progrès à faire
08:06et en ce sens,
08:08on le sait, je pense que...
08:09C'est 5 milliards d'euros,
08:10je crois, en Espagne,
08:11sur plusieurs années,
08:13sur 5 ans, je crois.
08:14C'est massif,
08:15c'est un investissement massif.
08:18Ben oui.
08:19Et c'est ce qui fait aussi la différence.
08:20Ben, bien sûr.
08:21Merci beaucoup, Charlotte.
08:23Juste un dernier petit mot,
08:25je pense que ce qui est aussi important,
08:26pour revenir sur ce que disait
08:27Isabelle Rome tout à l'heure,
08:29c'est la prise en charge des enfants
08:30et notamment, là,
08:31le dernier sujet de l'Espagne,
08:33c'est la mise en place
08:34de cette loi vicariante
08:35qui permet de reconnaître
08:36aujourd'hui les enfants
08:37comme de réelles co-victimes
08:39quand nous,
08:40on ne les prête pas encore.
08:41Alors, ça, c'est très important
08:41pour Elisabeth Richard,
08:43on va en parler tout à l'heure.
08:46La loi vicariante,
08:47oui, c'est un nouveau mot,
08:49c'est pour dire que,
08:50en fait,
08:51considérer la famille
08:52comme une globalité,
08:54c'est ça ?
08:54La famille est prise en charge
08:55dans sa globalité
08:56et ça la reconnaît, en fait,
08:57comme victime.
08:58Et aujourd'hui,
08:59la prise en charge des enfants
09:00comme de réelles co-victimes,
09:01c'est une obligation
09:02qu'on doit avoir
09:03parce qu'on permettra
09:05à beaucoup d'enfants
09:05de se reconstruire
09:06de cette manière aussi.
09:07On en parle tout à l'heure,
09:08Elisabeth.
09:09Alors, si l'État avance,
09:11merci beaucoup, Charlotte.
09:12Sous-titrage Société Radio-Canada
09:15Sous-titrage Société Radio-Canada
09:20Sous-titrage Société Radio-Canada

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