00:00...
00:00Bonjour à tous, merci beaucoup d'être là et de prendre le temps d'écouter et de parler ensemble.
00:14Oui, il y a vraiment des urgences très très très grandes.
00:19Moi, j'étais moi-même dans un déni très très fort des violences que j'avais acceptées de subir,
00:26que j'avais minimisées, jusqu'à ce qu'elles se voient sur mon visage et que je ne puisse plus détourner les yeux.
00:34Et voilà, le processus que je fais, moi, de mesurer la gravité de ce que j'ai accepté, malgré moi, d'endurer,
00:43je fais vraiment un parallèle avec notre corps social et notre société.
00:47Qu'est-ce qu'il nous faut de plus pour se dire qu'il faut absolument agir et arrêter de minimiser ces violences ?
00:55Moi, voilà, elles se sont retrouvées sur mon visage et j'avais d'abord pas forcément l'intention de porter plainte.
01:02Des policiers, voilà, je suis tombée dans mon parcours judiciaire sur des policiers extraordinaires et sur des policiers terrifiants, les deux.
01:11C'est-à-dire que malheureusement, c'est encore la loterie et qu'on ne peut plus se permettre ça.
01:16Par exemple, je dis juste une chose que vous redirez peut-être,
01:18mais des mesures d'investigation minimales dans les plaintes devraient être absolument obligatoires.
01:24Il n'y a pas de raison que ça ne soit pas obligatoire.
01:26Les fouilles de téléphone, des mesures minimales.
01:29Bref.
01:30C'est vrai qu'il y a peu d'enquête.
01:32C'est-à-dire qu'on peut classer sans enquête.
01:34Ce n'est pas possible.
01:34Souvent, oui.
01:35Ce n'est plus possible.
01:37Moi, j'ai eu de la chance.
01:38Ça se voyait sur mon visage.
01:40J'ai été prise très au sérieux.
01:41Les policiers sont venus assis, arrêtés tout de suite, il y a eu une mise en contrôle judiciaire immédiate
01:48qui a été violée pendant quatre mois jusqu'à ce que je réagisse.
01:52C'est-à-dire que moi-même, j'avais peur de mettre le père de ma fille en prison.
01:59Moi, j'avais plus peur que lui des conséquences.
02:02Et souvent, je trouve qu'on a plus peur pour un père de famille que pour des victimes.
02:09La victime elle-même a plus peur de faire du mal à un homme que...
02:13Trois minutes, ça veut dire qu'il me reste trois minutes ?
02:15C'est chaud.
02:16C'est chaud de parler en cinq minutes.
02:18Excusez-moi.
02:19Donc, voilà.
02:20Moi, je suis sortie de ce déni-là.
02:22J'ai dû être harcelée, violation de domicile plusieurs fois,
02:26jusqu'à ce que ça arrive en pleine nuit pour...
02:30Enfin, là, je disais, tu vas mettre en prison le père de ta fille ?
02:33Ah, ben oui, j'avais plus peur que lui.
02:35Donc, j'avais peur de porter plainte.
02:37Et qui, sous contrôle judiciaire, soit révoqué et qu'il aille en prison.
02:40Mais c'est lui qui avait raison.
02:42Donc, comme j'avais peur que le père de ma fille aille en prison,
02:45j'ai parlé publiquement pour dire stop, tu ne m'entends pas dans la sphère privée,
02:49je le fais dans la sphère publique.
02:51Les femmes qui parlent publiquement, c'est très douloureux.
02:53On n'a pas du tout envie d'avoir cette image de victime.
02:55Nous-mêmes, victimes, on déteste les victimes.
02:57Tout le monde déteste les victimes.
02:59C'est sale.
03:00C'est incroyable.
03:00Non, mais c'est horrible.
03:02Et c'est vrai.
03:03On n'a pas envie d'être une victime.
03:04Et les victimes, on préfère quelqu'un de puissant.
03:08C'est comme ça.
03:09C'est presque naturel.
03:11C'est instinctif.
03:12Ça, il faut qu'on le déconstruise.
03:13Ça n'est pas antagoniste ?
03:15La puissance et le fait d'être une victime.
03:17Bien sûr, mais il faut qu'on déconstruise tout ça.
03:20Et donc, j'ai parlé publiquement pour juste pouvoir vivre,
03:24espérer vivre en paix sans être harcelée tout le temps,
03:27après la juge d'application des peines.
03:29Et cette parole qui est arrivée, elle vous a protégée ?
03:36Je croyais.
03:37Oui, quelque part.
03:38Moi, ce qui m'a protégée, c'est aussi d'écrire,
03:40c'est-à-dire de prendre une place dans la sphère médiatique.
03:42Mais toutes les femmes, je veux dire,
03:44quand on sait que 80% des plaintes pour violences sont classées,
03:48quand après on essaye de faire valoir, de protéger son enfant,
03:52si c'est classé, on vous prend.
03:54Malgré les chiffres terrifiants que vous avez entendus,
03:57il est plus facile de croire qu'une femme est une menteuse
04:00que de croire qu'un homme est violent,
04:01alors qu'on a des chiffres énormes, édifiants.
04:04Mais dans nos consciences,
04:05chez beaucoup, malheureusement, de juges aux affaires familiales,
04:08tant qu'on n'a pas la preuve,
04:10on va dire que Madame est aliénante,
04:12Madame manipule ses enfants.
04:14C'est terrifiant.
04:15Moi-même, j'ai été menacée par un policier
04:18du placement de mon enfant.
04:20C'est-à-dire qu'il faut savoir que les femmes
04:22sont des mères, souvent, malheureusement.
04:25Enfin, malheureusement.
04:26J'adore être mère, c'est super.
04:28Mais on paye très cher le fait de vouloir protéger nos enfants.
04:33Moi, dans mon cas, qui suis une personnalité médiatique,
04:36un policier a osé me menacer du placement de ma fille.
04:39Il me dit, le juge peut placer votre enfant
04:40si vous ne cessez pas de faire la guerre à monsieur.
04:42La guerre à monsieur, c'est réclamer que la loi soit appliquée.
04:46Voilà ce que c'est, faire la guerre.
04:48Et on est, mais alors, des milliers de mères protectrices,
04:52en ce moment, à l'Assemblée,
04:53il y a des propositions pour une commission d'enquête,
04:56il faut absolument que ça se fasse,
04:58sur le traitement judiciaire des mères protectrices.
05:01C'est un scandale terrible.
05:03Et plusieurs personnes le savent,
05:05mais on ne protège pas les femmes et les enfants.
05:08Là, on doit englober la protection de l'enfance dans ce combat.
05:12C'est un lien que vous faites, Angélique Cochy le fait aussi,
05:16Elisabeth Richard, je ne sais pas si elle est là,
05:18mais elle le fait aussi.
05:20Le lien entre la protection des femmes et celle des enfants,
05:24vous dites maintenant que c'est...
05:27Ben oui, on ne peut plus ignorer qu'il y a tant de femmes victimes
05:30et qu'elles sont aussi des mères,
05:31et que 80% des plaintes sont classées
05:34et que même des femmes qui ont, comme moi,
05:38eu des condamnations,
05:39enfin, étaient reconnues victimes.
05:42Quand il s'agit de la manifestation pour les droits des enfants samedi,
05:48une femme en pleure, comme il y en a des milliers,
05:50parce qu'elle, elle a été étranglée,
05:52son compagnon condamné, il a étranglé l'enfant,
05:55mais ça, malgré les rapports des médecins
05:57et de plusieurs médecins, de nos stéopathes,
06:00l'enfant s'est classé,
06:02donc on prend madame pour aliénante
06:04parce qu'elle a dénoncé le père
06:06et l'enfant est placé.
06:07Et plus de contact entre la mère et l'enfant.
06:09Mais des catastrophes.
06:10Et là, oui, il y a ce qu'on vit dans l'intimité,
06:13mais on est vraiment responsable en tant que société
06:16sur le traitement judiciaire
06:18et sur ce qu'on apporte officiellement
06:20au nom du peuple comme réponse.
06:22Là, il faut qu'on avance plus vite,
06:24il faut que la machine institutionnelle
06:26aille un peu plus vite
06:28parce qu'on commence à avoir tout ce qu'on dit.
06:30de conscience, mais la machine peine,
06:32c'est une machine judiciaire qui date...
06:34Le code Napoléon, on n'est pas encore très loin
06:37de la puissance paternelle qui...
06:40Oui, oui, tout à fait.
06:41Vous faites vous-même la transition
06:42avec la partie suivante.
06:46Oui, tout à fait.
06:47Donc, vaste sujet.
06:48Sous-titrage Société Radio-Canada
06:53Sous-titrage Société Radio-Canada