00:00Le film a eu droit à une standing ovation de 24 minutes devant une salle en larmes au Festival de Venise.
00:06On va vous parler cette semaine de la voix de Inhajab de Kauter Benhania.
00:09Le 29 janvier 2024, le croissant rouge palestinien basé à Ramallah en Cisjordanie reçoit le coup de fil de détresse d'une petite fille de 6 ans.
00:36Elle s'appelle Inhajab. Elle est coincée dans une voiture à Gaza qui a été mitraillée par l'armée israélienne.
00:43Une partie de sa famille est avec elle et est morte dans l'habitacle et elle appelle au secours.
00:47Panique au sein du croissant rouge palestinien. Comment elle récupérer cette petite fille alors que l'armée est autour ?
00:52Le réel ici, c'est la voix même de la petite Inde qui est retranscrit telle qu'elle à l'écran, sans aucun artifice.
01:01Et la fiction, c'est la reconstitution de ce qui se passe dans le centre d'appel du croissant rouge palestinien.
01:08Comment réagissent les différents opérateurs qui reçoivent cet appel et comment ils essayent d'organiser les secours pour aller chercher la petite fille.
01:19Ce télescopage entre réel et fiction crée quelque chose de très hyper efficace.
01:23Donc évidemment, l'émotion est très forte pendant tout le film.
01:25Prendre les enregistrements réels d'une petite fille dont on sait qu'elle est morte en janvier 2024, pour construire une sorte de thriller en huis clos.
01:36Est-ce que c'est bien moral tout ça ?
01:39Alors chacun répondra devant le film à cette question avec l'idée qu'il se fait de la morale au cinéma.
01:46À titre personnel, l'utilisation de la voix de la petite Hanoud ne m'a pas choquée.
01:53Et je tique davantage finalement sur la fiction qui est bâtie autour, que je trouve parfois un peu maladroite.
02:00Certains ont parlé de hold-up émotionnel.
02:02Je trouve que c'est l'abus de scènes de dispute, de crises de larmes, l'émotion des adultes autour, qui est certainement réelle.
02:12Mais je trouve que c'est parfois un peu manipulateur.
02:18Et ce n'est pas toujours très heureux.
02:19Les acteurs sont inégaux.
02:21Et je trouve qu'on ne comprend pas toujours le dispositif de Cauterbanania.
02:27C'est incroyable.
02:57Les détracteurs du film se disent « Mais pourquoi elle a fait une fiction à partir de cette histoire ? Pourquoi ne pas faire un documentaire ? »
03:05Je pense que la réponse de Cauterbanania, c'est qu'elle a voulu faire un film au présent.
03:09C'est-à-dire faire comme si on découvrait en direct ce qui se passait, ce que vivait, ce qu'a vécu In-Rajab.
03:15Effectivement, un documentaire aurait mis plus de distance, alors que là, on est vraiment au cœur du sujet, en immersion, avec les employés du croissant rouge palestinien et avec leur réaction.
03:28C'est-à-dire que la voix de In-Rajab que l'on entend, nous, spectateurs, c'était la voix qu'entendaient aussi les acteurs sur le plateau.
03:35Cauterbanania a tourné le film en Tunisie. Il se trouve que les acteurs sont tous des Palestiniens.
03:41Peut-être qu'ils sont peut-être plus aussi dans un registre d'empathie, puisque c'est une petite fille.
03:45Ça parle aussi de leur peuple, comme je l'ai dit.
03:47Et peut-être qu'ils sont évidemment plus sensibilisés à ce qui est arrivé à la petite In-Rajab, peut-être que n'importe qui d'autre.
03:53Cauterbanania dit dans des interviews qu'en fait, elle ne voulait pas expliquer, elle voulait qu'on sente, elle voulait sentir.
04:00Et c'est là où le film est très intéressant, parce qu'il est assez passionnant par toutes les questions qu'il pose sur comment faire pour raconter au présent, comme le disait Samuel, la guerre, l'indignation, l'impuissance.
04:18Je pense que ça part beaucoup de là, et que de l'impuissance, on peut faire des films. Est-ce que celui-ci touchera son public ?
04:26En tout cas, il fera réfléchir sur qu'est-ce qu'on peut fabriquer avec le réel.
04:32La voix de In-Rajab est un film qui prend vraiment aux tripes, et c'est très bien.
04:36La voix de In-Rajab, ça donne à réfléchir sur le cinéma, et c'est bien.
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