00:00C'est une réflexion qui recoupe des réflexions plus larges
00:17sur l'utilisation de la matière première,
00:21que ce soit du bois à chevalet ou plein d'autres choses.
00:24On est aussi mal habitué parce que la ressource semble infinie,
00:31la belle ressource semble infinie alors qu'en fait elle ne l'est pas.
00:36Et il y avait historiquement différentes gammes d'instruments à l'époque de Mircourt.
00:43Par exemple, ce qu'on appelle aujourd'hui des Mircourt ou des petits Mircourt,
00:46c'était avec de l'érable très simple qui fonctionnait très bien comme ça
00:50et on n'avait pas besoin de couper des érables centenaires
00:55avec des ondes incroyables pour faire des violons quarts ou demi.
00:59On utilisait ce qu'on avait sous la main comme érable qui était local
01:02et ça fonctionnait très bien comme ça.
01:04Il n'y avait pas d'onde et ça ne posait aucun problème.
01:07Aujourd'hui, comme la ressource n'est pas encadrée,
01:13il y a plein d'érables, de très belles érables ondées
01:15qui partent massivement en Chine pour être utilisées sur des instruments d'enfants.
01:21C'est des bois qu'on devrait garder normalement
01:23pour les très beaux instruments professionnels fabriqués par des luthiers,
01:28aguerris disons.
01:31Mais c'est pour la lutherie, c'est comme pour les chevalets,
01:34c'est comme pour bien des choses en fait.
01:36On a un rapport à la ressource qui est faussé
01:40parce qu'on a eu trop l'habitude d'avoir trop tout en fait,
01:44d'avoir trop tout tout le temps.
01:45Donc si effectivement à travers cette démarche-là,
01:49qui est celle de Despio,
01:50ça peut permettre de faire prendre conscience
01:54d'abord avec le chevalet,
01:57puis de manière un peu plus globale,
01:58que cette ressource-là n'est pas infinie,
02:01qu'il faut y faire attention
02:03et que peut-être ce qu'on a imaginé pendant très longtemps
02:05n'étant pas utilisable,
02:07finalement c'est parfaitement utilisable
02:09et ça fonctionne aussi bien que ce qu'on pouvait imaginer avant
02:15comme étant une qualité optimale,
02:17faisons-le bien sûr.
02:19Il y a un an environ,
02:20j'ai fait un violon avec une table
02:24avec un peu des défauts,
02:27avec des tâches un peu bleutées dedans,
02:29qui étaient assez anciens
02:30et puis visuellement ça me plaisait,
02:32il y avait une matière là que j'aimais bien.
02:35Et au moment où on a commencé à travailler cette table-là,
02:38il y a un marchand de bois qui est passé à l'atelier.
02:40Qui voit ça et qui me dit
02:41« Tu vas utiliser ça ? »
02:43Oui, on verra bien après tout.
02:46On voit aussi des instruments anciens
02:48avec des bois totalement
02:50qu'on n'utiliserait jamais aujourd'hui,
02:52pourtant qui fonctionnent très bien.
02:53Donc après tout, il ne faut pas avoir de préjugés.
02:57Et le marchand de bois ajoute
02:59« De toute façon, tu as raison d'essayer,
03:01il va falloir s'habituer à utiliser des bois comme ça. »
03:04Donc c'est quand même qu'il se passe quelque chose
03:07et que même s'il est l'utile,
03:08on n'en a pas forcément conscience aujourd'hui
03:09parce qu'on a toujours le choix
03:11entre des quantités de bois assez étonnantes.
03:17Manifestement, eux qui sont en amont
03:18sentent déjà quelque chose.
03:21Ils savent quel est le marché,
03:22ils savent à quoi ressemblent les forêts.
03:23C'est une connaissance que nous, on n'a pas toujours.
03:27Donc les archetiers ont évidemment un problème très conséquent
03:32avec le bois de pernambouc.
03:34Est-ce que dans pas longtemps,
03:35on ne va pas être soumis aux mêmes contraintes ?
03:37Je n'en ai aucune idée.
03:39On a fait une copie d'un strad,
03:421703.
03:44Le fond, il n'y a quasiment pas d'onde.
03:46Il y a deux ondes qui se battent en duel
03:49en bas,
03:50un espèce de résidu d'onde au milieu.
03:54Et pour trouver un bois comme ça,
03:55un peu pauvre en ondes,
03:57j'ai mis un an et demi.
04:00J'ai mis un an et demi
04:01parce que le même marchand de bois
04:03qui m'avait dit
04:03« mais tu ne vas pas utiliser ce bois-là »,
04:05me dit « mais en fait, ton bois,
04:07on n'en a pas.
04:07On n'en a pas parce que personne ne veut utiliser ça. »
04:10Donc, c'est sur un stradivarius
04:12qui doit probablement valoir 10 millions.
04:13Et ça marche très bien.
04:16Mais par contre,
04:17aujourd'hui, nous,
04:17on n'utilise pas ces bois-là.
04:20Il y a quand même un peu
04:21des questions à se poser.
04:22Je ne crois pas
04:23qu'on ait besoin
04:24de ces bois-là.
04:28Et d'ailleurs,
04:28moi, j'avoue que j'aime bien
04:29aussi utiliser des bois
04:30sans ondes
04:32ou avec des petits nœuds,
04:33parfois des petites irrégularités.
04:35Je trouve que ça,
04:36il se passe quelque chose.
04:38On se doit
04:39de préserver un peu
04:40cette ressource,
04:42de penser un peu
04:42aux générations futures
04:44de luthiers,
04:45d'archetiers
04:46et de faire attention.
04:48Si ça peut commencer,
04:50si la prise de conscience
04:50peut commencer
04:51à travers
04:52ce que propose
04:54d'espion,
04:56pourquoi pas ?
04:57Et si aujourd'hui,
04:58on réussit à utiliser
05:00des chevalets,
05:02à monter des chevalets
05:02sur des instruments
05:03comme celui de Perrine,
05:04par exemple,
05:04qui fonctionne très bien,
05:06chevalets qui auraient été
05:07déclassés
05:08ou même pas utilisés
05:09du tout
05:10il y a 15 ans,
05:10très bien,
05:12allons-y.
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