00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Elle est pour quelques mois encore la mère de Paris, une capitale meurtrie et sans doute changée à jamais.
00:08Il y a 10 ans, le 13 novembre 2015, Anne Hidalgo est l'invitée d'RTL Matin.
00:12Bonjour et bienvenue sur RTL, Anne Hidalgo.
00:13Bonjour Thomas Soto.
00:14Paris a tremblé, Paris a vacillé, Paris a beaucoup pleuré, mais sans oublier jamais,
00:19Paris a repris le cours de son existence depuis 10 ans.
00:22Qu'avez-vous appris, Anne Hidalgo, de cet effroyable 13 novembre 2015 ?
00:27Ça a changé nos vies, vraiment, parce que c'est vrai que je fais partie de ces générations
00:34qui n'ont jamais connu ni la guerre, ni vu des scènes d'une telle violence,
00:40avec des morts, des morts par balle, des armes de guerre.
00:46Et donc c'est vrai que c'est plonger dans un monde qui n'était pas le nôtre.
00:51Et sans doute pour Paris aussi, perdre de sa légèreté.
00:55Parce que les terroristes ont voulu attaquer aussi cette culture qui est la nôtre.
01:02C'est la culture de la joie, de la fête, du mélange, du partage, de la musique.
01:07On l'a perdu à jamais cette légèreté ?
01:08Non, je pense qu'ils ont voulu nous faire perdre tout cela.
01:13Et en fait, on l'a reconstruit avec à la fois une forme de gravité,
01:18mais en sachant où était l'essentiel et où était l'accessoire.
01:23En tout cas, pour moi, ça a fonctionné de cette façon-là aussi, en tant que maire de Paris.
01:28Et derrière, beaucoup des transformations, beaucoup des choses qui ont été pensées,
01:33y compris dans l'aménagement de la ville, dans son évolution, y compris l'engagement.
01:38Ça a joué sur tout ça en fait ?
01:39Surtout, ça a joué sur ma vie.
01:41Ça a joué aussi sur la ville et le fait de faire de Paris une ville apaisée,
01:50dans laquelle on respire, dans laquelle on peut lâcher la main de nos enfants,
01:53dans laquelle il y a des jardins, dans laquelle on a fait les jeux aussi,
01:57qui ont été le prolongement.
01:58Ça a été un pansement aussi, les jeux, par rapport aux attentats ?
02:00Ça a été peut-être pas la fin, parce que je ne suis pas sûre qu'il y ait une fin à ce traitement-là,
02:07mais ça a été quand même une façon de dire, voilà, nous on veut vivre ensemble dans la fraternité.
02:12Le sport nous a donné cette occasion de le démontrer,
02:15et de montrer que la ville, avec ses espaces, pouvait le permettre.
02:20Et oui, ça a été vraiment, pas un aboutissement,
02:25mais vraiment dans le chemin de reconstruction et de transformation,
02:29personnel et collectif, de cette communauté qu'est la ville de Paris,
02:35je pense que ça a joué un rôle essentiel.
02:37Si vous deviez garder une image, celle qui ne vous a pas quittée depuis dix ans, Anne Hidalgo ?
02:41Moi, j'ai été évidemment sur les lieux très très vite,
02:46et de voir ce Paris meurtri,
02:49de voir toutes ces personnes, notamment, qui sortaient du Bataclan,
02:54qui parlaient toutes les langues, qui étaient...
02:57Je n'arrive plus à passer dans ces lieux sans revoir cette nuit-là.
03:04Aujourd'hui encore ?
03:05Aujourd'hui encore.
03:06Et ces lieux, pour moi, même en plein jour, même en pleine journée,
03:09je ne les vois pas, je les vois à travers un filtre,
03:12qui est le filtre de cette nuit terrible,
03:15mais aussi de voir les rescapés, vraiment les survivants de...
03:21Ce qui a été incroyable, c'est aussi toute cette entraide qu'il y a eu,
03:26toute cette générosité, toute cette humanité qui s'est exprimée,
03:31et ça, pour moi, ça reste vraiment une très très belle leçon.
03:35La tour Eiffel, l'hôtel de ville, la statue de la République se sont parées de lumières bleu-blanc-rouge.
03:39Il y aura une cérémonie ce soir à 18h dans le Nouveau Jardin du Souvenir du 13 novembre,
03:43qui sera inaugurée d'ailleurs sur la place Saint-Gervais, c'est en face de l'hôtel de ville.
03:46Est-ce qu'il est prévu d'autres manifestations symboliques aujourd'hui ?
03:49Nous allons aller sur tous les lieux,
03:51parce que c'était important, avec le Président de la République d'ailleurs,
03:55et toutes les familles, qui sont nombreuses aujourd'hui pour les 10 ans,
04:00de retourner sur chacun des lieux,
04:02donc depuis le Stade de France, en passant par les terrasses,
04:06et bien sûr le Bataclan.
04:07Et ce soir, cette commémoration, nous l'avons voulu vraiment très particulière,
04:13et avec les deux associations qui représentent toutes les victimes,
04:19avec Arthur Desnouveaux et Philippe Dupéron,
04:23on a voulu faire de ce moment-là un moment qui à la fois soit grave,
04:27et bien sûr dans la commémoration de nos morts,
04:30mais qui soit aussi à l'image de ce qu'ils portaient en eux,
04:34cette joie de vivre, cette musique,
04:37l'art et les artistes seront vraiment au rendez-vous,
04:42et c'est Thierry Reboul qui a été le metteur en scène de cette soirée.
04:47La vie a repris son cours, Anne Hidalgo,
04:49avec ses difficultés, ses évolutions sociétales, économiques.
04:53L'une des plus visibles, ses évolutions économiques,
04:55se voit depuis votre fenêtre de maire,
04:56c'est le BHV qui a décidé d'ouvrir fièrement ses rayons
04:58sur 1000 m2 au Chinois-Chine.
05:00C'est le sens de l'histoire, il faut l'accepter, ça ou pas ?
05:02Non, moi je ne l'accepte pas.
05:04En tous les cas, je l'ai dit,
05:06j'avais très envie que le BHV s'en sorte,
05:08et avec un jeune dirigeant qui arrivait,
05:11il n'y avait pas de raison...
05:12Frédéric Merlin qui a dit que vous étiez une alliée dans ce projet.
05:14Non, pas du tout, surtout pas dans ce projet,
05:16je suis une alliée des entrepreneurs
05:20qui essayent de créer de l'emploi
05:24et puis de faire vivre notre ville.
05:29Mais là, ce projet-là est un projet qui n'a pas de sens,
05:32c'est un projet qui d'ailleurs heurte tout le monde,
05:36pas simplement moi comme maire de Paris.
05:38Il heurte beaucoup les salariés,
05:41auxquels je pense aujourd'hui, du BHV,
05:43mais il heurte beaucoup aussi
05:45celles et ceux qui croient dans une...
05:49C'est une faute, c'est vraiment une faute,
05:51et ça n'était pas nécessaire.
05:53Ce type de buzz ne servira à rien, malheureusement,
05:58et je pense qu'il vaut mieux aller vers du commerce,
06:01qu'il soit responsable, qu'il soit un commerce respectueux.
06:03Donc il faut sortir du BHV, c'est ça que vous aimeriez, vous ?
06:05En tous les cas, je pense que ce projet-là n'a aucun sens,
06:09et je ne le soutiens absolument pas.
06:11Anne Hidalgo, on vous entend assez peu
06:12sur les grandes questions de politique nationale.
06:13L'Assemblée nationale a voté hier la suspension de la réforme des retraites.
06:17C'était la seule bonne décision possible ?
06:19Vous la soutenez, cette suspension ?
06:20Je pense que ce qui s'est passé à l'Assemblée,
06:24et d'ailleurs le Premier ministre,
06:26avec beaucoup d'habileté,
06:28a conduit aussi la discussion vers ce compromis.
06:33C'est une culture du compromis qui nous manquait beaucoup.
06:36Elle joue sur cette question essentielle qui est celle des retraites.
06:40Pour moi, sur la question des retraites,
06:41c'est surtout la question de la pénibilité des carrières longues
06:44et des femmes qui est en jeu.
06:46Mais il y a eu, parallèlement au travail à l'Assemblée,
06:49je crois aussi une discussion très forte avec les partenaires sociaux.
06:56Donc c'est la bonne méthode, là ?
06:57C'est la bonne méthode, dialogue social et un parlementarisme
07:01où on respecte les groupes parlementaires,
07:04où la discussion se fait à l'Assemblée,
07:06sous le regard public des Françaises et des Français,
07:09où le vote enterrine ses choix.
07:12Je pense que c'est la bonne méthode
07:13qui peut nous permettre de nous en sortir,
07:15parce que notre pays a énormément d'atouts.
07:17Vous savez, je rentre de la COP de Belém,
07:20je vois bien, il y a des pays qui n'ont rien.
07:23Dans notre pays, on a vraiment énormément d'atouts,
07:25on a une chance incroyable d'être en France.
07:29Et c'est cette culture du dialogue et du compromis
07:33qui manque, qui a manqué.
07:35Et si on la trouve là, dans ce moment difficile,
07:38alors tant mieux.
07:39On va se dire quelques mots des municipales.
07:41Une certitude, vous ne serez plus maire de Paris fin mars,
07:42puisque vous avez décidé de ne pas vous représenter.
07:44Question simple, est-ce que vous soutenez, sans ambiguïté,
07:47le candidat choisi par votre camp, Emmanuel Grégoire ?
07:49Est-ce que vous allez voter pour lui ?
07:50Moi, je choisirais et je voterais pour le candidat de la gauche.
07:54Je pense qu'il faut maintenant aller vers une union de cette gauche.
07:58Et ça peut être lui ?
07:59Bien sûr, ça peut être Emmanuel Grégoire.
08:02C'est aux candidats et aux militants d'en décider.
08:07Et je soutiendrai cette alliance-là.
08:09Pour l'instant, je ne me mêle pas...
08:12Voilà, mon travail à moi, c'est de finir ma mission de maire
08:16et de conduire la ville à bon port.
08:18Et par exemple...
08:19À bon port, ça sera peut-être remettre les clés de la ville à Rachida Dati,
08:23qui est la favorisante.
08:23Ça, je n'y crois pas.
08:25D'abord, je ne crois pas aux sondages,
08:26qui ont toujours été assez peu fiables sur les municipales parisiennes.
08:34Mais elle pourrait être une bonne maire, Rachida Dati ?
08:36Non, et puis, vous savez, d'ailleurs, avec les affaires qui la concernent,
08:40avec quand même...
08:41Personne n'en parle, donc pardon d'en parler.
08:43On en parle, elle sera jugée au mois de septembre.
08:45Elle va être jugée en septembre prochain pour corruption.
08:48Ce sont des faits très graves.
08:49C'est-à-dire, elle risque vraiment une peine très, très lourde.
08:52Je n'imagine pas une seconde.
08:54Les parisiennes et les parisiens confiaient les clés à quelqu'un
08:57qui pourra être démis de ses fonctions, si la justice en décide ainsi.
09:01Elle est illégitime à se présenter aujourd'hui, vous trouvez ?
09:03Il n'y a pas d'illégitimité, puisque...
09:05D'un point de vue moral ?
09:06Mais d'un point de vue moral, ça fait longtemps qu'elle aurait dû abandonner son mandat.
09:10Parce que quand on est concerné par des affaires aussi lourdes,
09:13on prend ses responsabilités...
09:16On précise évidemment qu'elle est présumée innocente, comme tous les justiciens.
09:19Oui, d'accord.
09:19Mais enfin, il y a un jugement, il y a un procès qui est prévu,
09:23ce qui n'est pas le cas de tous les justiciables.
09:26Elle vous a beaucoup attaqué sur le braquage du Louvre,
09:28estimant que la ville n'avait pas su sécuriser le musée et ses alentours.
09:31Est-ce que vous vous sentez une responsabilité dans ce vol ?
09:34Non, pas du tout.
09:35Et d'ailleurs, ça montre bien la nature du personnage,
09:39c'est-à-dire cette capacité à ne jamais prendre ses responsabilités,
09:44à toujours essayer de porter dans le débat public quelque chose de sale,
09:51quelque chose qui attaque ses adversaires,
09:54qui considère que la faute, les fautes relèvent des autres et jamais d'elles-mêmes.
10:01Non, vous savez, en matière de vidéoprotection,
10:05et moi je me suis beaucoup engagée,
10:07j'ai créé une police municipale,
10:08je travaille très très bien avec les préfets de police,
10:11avec Laurent Nunes et aujourd'hui avec Patrice Fort.
10:14Et c'est de la compétence de la préfecture de police,
10:17et bien sûr aussi du musée du Louvre.
10:19Donc ça montre à quel point Mme Dati essaye toujours de manipuler l'information
10:25pour apporter du mensonge et de la fake news là où on a besoin de vérité.
10:32Anne Hidalgo, vous avez vous-même été épinglée pour vos notes de frais.
10:35Alors on précise, rien d'illégal sur le fond,
10:37mais beaucoup ont été choqués de voir que vous utilisiez cet argent
10:39pour acheter des robes Dior pour un peu plus de 6 000 euros,
10:42un manteau Burberry, etc.
10:43C'était une erreur, ou est-ce que vous assumez ?
10:46Vous savez, en démocratie, les élus ont une indemnisation,
10:51et c'est normal, parce que sinon la démocratie ne fonctionnerait pas.
10:55Et d'ailleurs, les frais de représentation,
10:58qui ne sont pas propres à la mairie de Paris,
11:00mais dans beaucoup, beaucoup d'élus,
11:03d'ailleurs on ne parle pas de ceux des sénateurs et des députés,
11:07qui ont aussi évidemment des indemnités,
11:10qui couvrent leurs frais de représentation,
11:11n'ont pas fait l'objet de polémiques.
11:13Il se trouve que depuis que je suis élue,
11:15c'est-à-dire depuis 25 ans à la mairie de Paris,
11:18et depuis 12 ans comme maire de Paris,
11:20j'ai fait l'objet de harcèlement permanent,
11:23d'ailleurs souvent venant d'opposants,
11:26ça c'est une chose,
11:27mais aussi, par exemple,
11:29de cette association très liée à l'extrême droite,
11:32qui a essayé de salir mon nom.
11:35Ça fait 25 ans quasiment que ça dure.
11:38Donc aucun regret sur ce sujet-là.
11:40Ça fait 25 ans que je respecte les lois de la République
11:43et le cadre qui est fixé pour mon mandat.
11:46Donc je fais honnêtement mon travail.
11:49D'autres, dans notre entourage,
11:51qui postulent à la mairie de Paris,
11:53sont eux concernés par une mise en examen
11:57et un jugement qui arrivera le 26 septembre prochain.
12:00Il s'agit de Madame Dati,
12:01pour des faits de corruption extrêmement graves.
12:03Préoccupons-nous de cette corruption
12:06qui peut vraiment démolir la démocratie,
12:10plutôt que d'aller chercher et harceler
12:12celles et ceux qui fonctionnent
12:13dans le cadre des règles de la République.
12:15Merci Nidalgo d'être venue sur RTL ce matin.
12:16Reste avec nous.
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