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  • il y a 3 semaines
Transcription
00:00J'allais dans la rue, je disais « Vous voulez voir un film ? Vous voulez voir un film ? »
00:02J'embarquais des gens.
00:05Ça ne nous intéresse pas ! Arrêtez ça !
00:07Arrêtez, ça nous intéresse pas !
00:08Quand on a fait « Papy », si ça n'avait pas marché, j'aurais été désespéré
00:16parce que je me suis énormément amusé à tourner le film.
00:20C'était vraiment excitant, surtout que c'était mon premier film à grand spectacle.
00:26Donc c'était la première fois que je faisais du cinéma, du cinoche.
00:30Et évidemment, là, d'avoir des voitures, d'avoir des chars, d'avoir des figurants,
00:36de faire courir des gens partout, c'était absolument... c'était magique. Magique.
00:44Tirez-vous, on est foutus !
00:46Excusez-nous, mais quand on est énervé, ça soulage.
00:52J'ai entendu plein d'histoires sur ce qu'on avait écrit sur ce papy.
00:57De Funès adorait la comédie, adorait les acteurs de comédie et allait voir toutes les pièces de comédie à Paris.
01:04Et il se passionnait pour le travail des autres acteurs. Il connaissait tous les acteurs.
01:09Donc il leur trouvait beaucoup, beaucoup de talent.
01:11J'avais une, j'allais dire, une complicité énorme avec De Funès.
01:16En fait, en réalité, je me suis aperçu que c'était moi qui dirigeais Oscar parce que j'étais la seule personne qui riait.
01:21Quoi ?
01:23Oh non ! C'est pas possible !
01:26Toute l'équipe était lugubre, on le détestait.
01:29Il faut dire qu'il avait été odieux avec l'équipe.
01:31Donc il y avait des rapports atroces, des rapports de chiottes.
01:34Un jour, j'étais lugubre parce que j'avais eu un lapin d'une personne dont j'étais amoureux.
01:41Donc je me foutais du film, je me foutais de Funès.
01:43Je me voulais me suicider parce que ça se passait pas bien.
01:45Donc je faisais la gueule sur mon tabouret au bout du plateau.
01:49Et d'un coup, j'ai entendu un nombre de prises incroyable.
01:5238, 39.
01:54Je dis, mais qu'est-ce qui se passe ?
01:55Et je vois les yeux paniqués de Funès sur moi parce que moi, je ne m'occupais plus de lui.
02:00Je faisais juste la gueule au fond du truc.
02:04Et j'ai dit, ah merde, il attend que je ris.
02:06Alors j'ai fait...
02:07Et elle a dit, celle-là est bonne.
02:10Et en fait, j'ai dit, c'est moi qui suis le thermomètre.
02:12En fait, il ne regarde que moi pour savoir si moi, je me marre.
02:18Donc c'était déjà moi le metteur en scène en fait.
02:21Donc j'aurais adoré travailler avec Louis, qui avait d'ailleurs dit oui, sans lire.
02:27Il voulait juste que ça ne soit pas trop long.
02:29Il a dit, je veux 15 jours, 3 semaines, mais pas plus.
02:31Et puis, il ne voulait pas qu'on lui écrive de scènes de Funès, pétaradant, courant, criant, etc.
02:41Il venait de faire un infarctus.
02:43Il avait peur.
02:45Et il voulait un rôle plus posé, d'ailleurs de son âge.
02:50Donc on avait pensé à Papy.
02:52Et puis il est mort tout de suite.
02:53Et d'ailleurs, ça a été désastreux.
02:57Michel Serrault devait jouer le rôle de Villeray, en fait.
03:00Qu'il n'a pas compris.
03:01Il a trouvé ça drôle.
03:04Moi, je respecte beaucoup les comédiens.
03:07Je respecte beaucoup leur refus, en fait.
03:09Je ne dis pas que ça me fait plaisir.
03:11Je pense que souvent, quand ils vous refusent,
03:13c'est qu'ils pensent qu'ils ne sauront pas le faire.
03:16Ils n'arrivent pas à s'intégrer au personnage.
03:18Michel Serrault m'avait dit
03:20« C'est pas tellement drôle, ça. »
03:22« C'est pas drôle. »
03:23« Si, c'est de le pleurer. »
03:25« Non, c'est pas drôle. »
03:26« Je trouve que c'est pas drôle. »
03:28Je dis « Michel, je pourrais dire que vous avez raison,
03:31mais il se trouve qu'au théâtre,
03:33Roland Angérault chantait « Vous, les femmes » »
03:35de Rolio Eglésias.
03:36Et c'était le plus gros rire de la pièce.
03:43Assez tard, en fait, parce que
03:45le film a marché pas mal.
03:48Il ne faut pas se plaindre non plus.
03:50J'avais un million, trois, un truc comme ça.
03:52Donc, c'est pas si mal.
03:53Mais enfin, d'abord, il est sorti en mois d'août,
03:56pleine canicule.
03:59D'abord, le Père Noël aurait dû sortir à Noël
04:00et pas en pleine mois d'août.
04:02Je passais aux Champs-Elysées
04:03et tout le monde était dehors avec des bières et des glaces.
04:06Ah, là, là, là, il n'y avait personne dans les cinémas.
04:08Donc, j'avais été horriblement déçu
04:09parce que je ne m'attendais pas à ce score-là.
04:12Moi, je mettais des micros dans toute la salle.
04:15Et puis, j'enregistrais.
04:17Et après, j'avais...
04:18À l'époque, il y avait un appareil qui s'appelait le Walkman
04:20dans lequel on enfilait une cassette et on écoutait.
04:23Et j'entendais si ça riait ou pas.
04:26Et quand ça toussait, je disais déjà, si ça tousse...
04:28Une toux, c'est hop !
04:31Je faisais des previews
04:33bien avant que les Américains ne vous imposent des previews
04:36alors que moi, j'écoutais simplement les gens.
04:38Et j'allais, au pire, les chercher dans la rue.
04:41Il m'est arrivé d'aller...
04:42Il n'y avait pas assez de monde dans la salle.
04:43J'allais dans la rue, je disais, vous voulez voir un film ?
04:45Vous voulez voir un film ?
04:46Et puis, j'embarquais des gens.
04:49Donc, c'était des inconnus.
04:50Ils ne savaient même pas ce qu'ils allaient voir.
04:51Quand j'écoutais les rires,
04:53ça riait autant que les cassettes que j'avais faites
04:56avec la 7e compagnie
04:58qui avait quand même fait 4 millions et quelques spectateurs.
05:02Donc, je m'étais dit, on va faire 4 ou 6.
05:05Mais dans le cul, 1 million de 150 000.
05:09Même les premières projections,
05:10spécialement chez les gens jeunes.
05:12J'avais fait un tabac, mais c'était monstrueux.
05:15Et le producteur était très rassuré.
05:16Il pensait que j'étais un magicien
05:18parce qu'on était derrière dans ce truc.
05:21Et puis, il entendait les répliques
05:22et à un moment, je faisais comme ça.
05:23Et...
05:25Alors, j'ai l'impression que c'était moi
05:27qui fabriquais les rires.
05:29C'est la vidéo qui a changé tout.
05:32Et après, le relais a été pris à la télévision.
05:34Et à partir du moment où ça a été à la télé,
05:36évidemment, le film est devenu totalement indispensable.
05:41Et donc, ça fait partie de ces films qui sont des miracles.
05:48C'était un court-métrage.
05:50Ça se terminait par une musique triste.
05:51Il partait dans la forêt.
05:52Je crois que la prière,
05:53je l'avais plus ou moins écrit déjà
05:54dans le court-métrage
05:55de la prière qu'il fait sur la route.
05:56Il pense que quelque chose est arrivé.
05:59Qu'une civilisation, des aliens
06:01ou je ne sais pas quoi sont arrivés.
06:02D'ailleurs, le film commence par ça.
06:03On parle des forces du mal.
06:05Quand j'ai relu ce texte,
06:07qui n'avait pas marché,
06:08c'est un miracle que je l'ai retrouvé d'ailleurs.
06:10C'était dans des notes avec un truc.
06:13Généralement, on les jette,
06:13des trucs qui ne marchent pas.
06:14Et là, j'ai dit...
06:15Mais au fond, c'est stupide.
06:17C'est le moment où ça commence à être marrant.
06:18Je me dis qu'ils arrivent dans un McDo.
06:22C'est la scène du McDo,
06:23mais on aurait pu la faire.
06:25J'ai proposé à Clavier.
06:27Et il a ri.
06:28Donc j'ai confiance en son expertise.
06:30Beaucoup plus que dans un producteur
06:31qui a une tête de notaire
06:32et qui n'est pas marrant.
06:34Une personne vous dit que ce n'est pas bien.
06:36Ça vous agace.
06:37La deuxième, ça vous agace.
06:40Donc en réalité,
06:40j'aurais pu être dégoûté
06:42par la réaction des producteurs.
06:45Le sourire de Christian,
06:46son envie de le faire,
06:48fait qu'évidemment,
06:50ça m'a donné le courage.
06:52En tant que producteur, évidemment,
06:53de braver la foule
06:54parce qu'il a fallu que je dise
06:57« Très bien, je vous quitte tous
06:58et je vais ailleurs. »
07:00Alors là,
07:00t'es sûr que tu veux faire ça ?
07:02Un des financiers qui m'a dit
07:04« En vieux français,
07:06pourquoi pas en chinois ? »
07:08Oui,
07:09sauf qu'il n'avait pas compris
07:11parce que j'avais acheté
07:12un lexique du vieux français.
07:14C'est un pavé comme ça.
07:16Bon, c'est insupportable.
07:17Je l'ai donné à ma secrétaire.
07:20Je lui ai dit
07:20« Voilà, je te donne un marqueur.
07:22Tu fais du stabilo
07:24sur tous les mots
07:26que tu comprends. »
07:27Mais une souplette ?
07:29« Allez, à table ! »
07:30« Oui, la souplette,
07:31la bonne souplette ! »
07:32« Oui, monsieur Jacouille. »
07:35C'est facile à comprendre.
07:36« Souple, souplette. »
07:37Alors elle marquait
07:37parce que le vieux français
07:39est incompréhensible.
07:40« Alors ce n'est pas
07:41ce gueux enrichi
07:42qui m'empêchera de l'acheter. »
07:43« Non, mais pour qu'il se prend,
07:44on est en république,
07:45bordel de merde ! »
07:47« C'est quoi, bordel ? »
07:48Je me suis gouré
07:49un peu sur certains
07:50parce qu'il y a des...
07:51Certains mots,
07:51par exemple,
07:52à un moment on dit
07:52« Je suis votre fidèle abonné. »
07:54« Je vais te récompenser
07:55de ta bravoure. »
07:57« Sire,
07:57je suis votre éternel abonné. »
07:59Et en fait,
07:59ça veut dire
08:00« Je suis votre...
08:01votre fidèle. »
08:03Un abonnement,
08:03c'est la fidélité.
08:05Bon.
08:05Donc il y avait des choses comme ça
08:06et j'étais obligé
08:07de sous-titrer
08:07parce que les gens
08:08ne comprenaient pas.
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