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  • il y a 3 mois

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00:00André Manoukian, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Votre album, La Sultane, sorti le 10 octobre dernier, est inspiré de votre sœur et de votre mère.
00:08Qu'est-ce que ce mot évoque pour vous aujourd'hui, ce titre évoque aujourd'hui ?
00:12Et pourquoi ce titre à l'album ?
00:13En fait, je me suis rendu compte il n'y a pas si longtemps que ma mère se précipitait sur ma petite sœur
00:19quand elle était bébé en disant « Ma sultane, ma sultane ».
00:22Et moi j'étais mon pacha.
00:23Et tout d'un coup, je me suis dit « Mais en fait, ce sont des mots turcs que les mères arméniennes employaient
00:29pour signifier leur amour débordant pour leurs enfants ».
00:33Et aujourd'hui, je dirais, en vieillissant un petit peu, j'ai envie de mettre le doigt sur ce qui rassemble
00:40plutôt que sur ce qui sépare.
00:42On sait très bien le contentieux arméno-turc, on sait très bien que c'est le premier génocide du XXe siècle,
00:49il n'a jamais été reconnu.
00:50Mais aujourd'hui, je me dis « Mais finalement, les Arméniens étaient un peuple qui vivait, je dirais, heureux dans l'Empire Ottoman.
01:00Et si on se rappelait des bons souvenirs plutôt que des mauvais, il y a suffisamment de gens qui veulent nous séparer aujourd'hui.
01:08Et le rôle d'un musicien, quand vous faites de la musique, en réalité, vous êtes obligés d'être dans l'empathie.
01:13Et puis, voilà, la musique arménienne m'inspire maintenant depuis une quinzaine d'années.
01:20J'ai découvert ça presque par hasard pour un documentaire.
01:24Et quand j'ai entendu ces nouveaux sons, je me suis dit « Tiens, pour une fois que mes ancêtres m'amènent autre chose que des névroses, je vais en profiter ».
01:29Et me voilà lancé sur cette route de l'Orient, mais qui ne m'inspire pas que moi, qui a inspiré beaucoup de musiciens avant moi.
01:38Et des classiques, et de Bussi, et Ravel, et Satie, et tout ça.
01:41Donc, en Orient, il se passe quelque chose autour de la mélancolie.
01:45Un musicien, quand il se met au piano, il a plutôt envie d'être d'abord sur l'accord mineur.
01:50Je ne sais pas pourquoi.
01:50Bref, cette route vers l'Orient m'amène maintenant sur une route de réconciliation, je dirais.
01:58J'ai été épargné de la haine des Turcs parce que mes parents, mon père, ne nous a rien raconté.
02:04Et aujourd'hui, j'ai envie de me dire « Et si tout ça s'achevait un jour ? Et si on essayait de se parler à nouveau ? »
02:10Et en tout cas, c'est le rôle du musicien.
02:12Alors, même si on ne vous en a pas parlé, de cette non-reconnaissance par la Turquie,
02:17est-ce que quelque part, vous en souffrez quand même aujourd'hui ou encore aujourd'hui ?
02:22Non, je vais même vous dire un truc.
02:24J'habite un quartier à Paris, cosmopolite, où il y a plein de restos turcs, où il y a plein de restos kurdes.
02:31Et je me dis qu'on partage la même bouffe, qu'on partage la même musique.
02:35Et que dès que je vois un Turc ou un Kurde, il me salue, il sait très bien d'où je viens.
02:44Et quelque part, quand on se retrouve en Occident, même si moi, maintenant, ça fait plus de trois générations,
02:52mes grands-parents sont arrivés ici en 1920, il y a quelque chose de ce pays, de cet imaginaire qui nous relie.
02:59C'est ça qui est fou, c'est qu'il y a un endroit à Paris qui s'appelle le Consulat Voltaire,
03:04où vous avez des musiciens kurdes, grecs, turcs, arméniens, qui jouent tous ensemble.
03:09Quand vous réfléchissez deux secondes, vous vous dites, en fait, ces pays sont en conflit depuis si longtemps.
03:14Mais quand on se retrouve ailleurs et quand on voit cette jeune génération de trentenaires qui partage ça,
03:20qui a été éduquée à la musique classique et qui remet le sel de ses origines, on se dit, le futur, il est là.
03:27Alors, c'est un message que vous envoyez aussi au monde quand vous dites ça,
03:30qu'aujourd'hui, tout le monde peut vivre ensemble, il suffit de le vouloir ?
03:33Non, ce n'est pas un message, je ne me sens pas non plus comme un messager,
03:37je dis juste que la fonction du musicien, si vous êtes un musicien digne de ce nom,
03:43vous êtes obligé d'ouvrir vos oreilles, donc vous êtes obligé d'écouter l'autre,
03:47donc vous êtes obligé d'être en empathie, d'être en résonance et de raisonner avec l'autre.
03:54La musique arménienne, c'est quoi ?
03:55C'est une partie de toute cette musique qui existe en Orient.
03:58L'Orient, ça ne veut rien dire, c'est vaste, il y a plein de particularités,
04:03mais en tout cas, il y a quelque chose qui circule.
04:06Et moi, j'ai juste envie de dire, ouais, peut-être le message que je ferai, c'est à nos politiques,
04:10c'est embaucher des musiciens dans le gouvernement.
04:13Non, ça ne peut pas être pire, en tout cas, parce qu'au moins, on sera à l'écoute.
04:18Justement, quand on écoute votre album, chaque morceau raconte une histoire.
04:23Est-ce que vous composez cet album d'abord avec une image, un souvenir ou une émotion,
04:29ou les trois en même temps, parce que c'est indissociable ?
04:31Ah, c'est une bonne question, ça, très bonne question.
04:34En fait, le conseil que je donne, moi, à un compositeur, c'est qu'il ne faut penser à rien.
04:40En réalité, quand vous composez, enfin, voilà, moi, c'est comme ça, c'est le matin,
04:45c'est le rapport avec l'instrument, et c'est une rencontre, et il se passe quelque chose.
04:51Et puis ensuite, une fois que le morceau est là, il ne faut pas penser.
04:54Si vous pensez, c'est un petit peu l'ennemi de la musique.
04:58La musique, c'est vraiment quelque chose qui se passe ailleurs.
05:01Ce n'est pas quelque chose de stupide parce qu'on ne pense pas.
05:04Au contraire, c'est quelque chose au-delà du langage.
05:06C'est une espèce de rencontre spirituelle, un mélange de mathématiques, de spiritualité, d'érotisme.
05:13Il y a tout ça dans la musique.
05:15Bref, c'est un rapport qui est sensuel, qui est charnel.
05:18Et puis, par contre, une fois que vous avez créé,
05:22tiens, vous ne vous retrouvez qu'un morceau, il faut l'appeler celui-là.
05:25C'est comme le bébé qui vient de naître.
05:26Mince, comment on va l'appeler ?
05:28Il ressemble à qui ?
05:29Puis à sa mère, puis à son père.
05:30OK, comment on va l'appeler ?
05:32Et c'est après qu'il y a ce travail, qui est presque un travail intellectuel.
05:35Tiens, comment je vais l'appeler, celui-ci ?
05:37Ah ben, celui-ci, il me fait penser à...
05:40Et puis voilà, il y a un morceau que j'ai appelé, c'est Miramis,
05:42parce que c'est une légende arménienne.
05:45Quand j'étais petit, avec cette reine de Babylone
05:47qui a envie de se taper un prince arménien
05:48qui refuse parce qu'il était marié.
05:51Moralité, elle va lui faire couper la tête.
05:52Comme quoi, être fidèle, parfois, ça peut être dangereux.
05:55Alors, on sent une continuité dans vos albums,
05:58presque comme une fresque familiale.
06:01Anouche en 2022, La Sultane, le 10 octobre dernier.
06:05Est-ce que, dès Anouche, vous saviez qu'il y aurait une suite ?
06:09En fait, le tout premier album d'inspiration arménien,
06:12il était chez Blue Note et il s'appelait Inkala.
06:14Inkala, c'était une berceuse que me chantait ma grand-mère.
06:18Et puis derrière, je crois qu'il y a eu Méloncologie,
06:21ou l'art de la mélancolie.
06:23Et puis derrière, il y a eu Apatride,
06:25parce que j'avais trouvé ça sur les papiers de mon grand-père,
06:28au décès de mon père, Apatride.
06:30Et je trouvais que c'était une belle définition aussi,
06:34une sorte d'appartenance.
06:36Et puis ensuite, Anouche, la grand-mère, la Sultane.
06:40Bref, vous savez, cette route de l'Orient,
06:44en réalité, c'est une inspiration qui est infinie.
06:47Pourquoi ? Parce qu'en musique classique,
06:50on a deux gammes, la majeure et la mineure.
06:53Dans le jazz, il y en a sept.
06:54En Orient, vous en avez cinquante.
06:56Et maintenant, si vous allez en Inde,
06:57il y en a mille et c'est des ragas.
06:59Donc, ça vous donne une combinaison qui est infinie.
07:02Déjà, à la base, la musique, c'est infini.
07:04Si on réfléchit deux secondes, il y a sept notes
07:06pour faire une mélodie.
07:07Si on est dans le système tonal,
07:09regardez les millions de mélodies
07:10qui ont été composées avec sept notes.
07:12Et il y en a encore des millions à venir.
07:13Donc, je suis sur une route vers l'infini
07:16en essayant de m'accrocher aux branches
07:18pour ne pas devenir fou.
07:20Mais en tout cas, c'est assez plaisant
07:23de construire soi-même ses propres gammes
07:28en s'inspirant de l'Orient,
07:30en s'inspirant des musiciens classiques
07:33qui m'ont inspiré quand j'étais gamin
07:36parce que c'est ça aussi ma première éducation.
07:38Lesquelles, par exemple ?
07:39C'est Jean-Seb, c'est le dieu des musiciens.
07:43Je parle de Bach, bien sûr.
07:44Bien sûr, Jean-Seb, c'est Bach.
07:45Des inventions que jouait mon père
07:47qu'il a donnait au piano
07:49et c'est ça qui m'a donné envie d'y aller.
07:51Alors, bien sûr, le piano reste central
07:52dans l'album, c'est votre instrument.
07:54Quels autres instruments vous avez voulu
07:56mettre en collaboration
07:58et qui vous ont particulièrement marqué
07:59dans cet album ou inspiré ?
08:01Alors, le plus bel instrument,
08:02pour moi, c'est la voix.
08:04Et là, j'ai appelé une chanteuse arménienne
08:06qui s'appelle Harpi Alto.
08:07Alto, c'est un peu son pseudo, évidemment.
08:11Mais l'alto, chez les femmes,
08:13c'est la note la plus...
08:14C'est la voix la plus grave.
08:16Il y a mezzo et alto, c'est encore plus bas.
08:19Et du coup, c'est une voix qui est incroyable,
08:21qui résonne.
08:22Et voilà.
08:23Et puis ensuite, sur cet album,
08:24j'avais besoin aussi de cordes.
08:28Les violons, je trouve que ça fait longtemps
08:30que je voulais faire un beau disque
08:31avec des violons.
08:33J'ai trouvé un super orchestre.
08:34C'est l'orchestre de Mathieu Herzog,
08:36un orchestre à cordes de 22 jeunes
08:38qui jouent tellement bien ensemble
08:40que du coup, je les ai réunis deux jours
08:43dans un studio, un super arrangeur
08:45qui s'appelle Simon Cochard.
08:46Une fois que tout était fait,
08:48et puis aussi, je dialogue avec un tablaïste indien.
08:52Alors, les percussions indiennes,
08:54c'est incroyable, c'est comme un vocabulaire.
08:56On les apprend d'abord.
09:00Ce sont des phrases qu'on apprend tout enfant
09:03et puis ensuite, on les joue au perc.
09:05Vous êtes bien sûr amoureux de la musique.
09:07On l'entend, des mots également.
09:10Mais qu'est-ce qui prime chez vous ?
09:11Est-ce que la musique est une façon
09:13de dire quelque chose
09:14que les mots ne pourraient pas dire ?
09:16C'est une continuité pour vous ?
09:18Oh là, mais vous ne me posez
09:19que des bonnes questions philosophiques ce matin.
09:21Comment j'ai fait pour m'en sortir ?
09:23On est en cours.
09:24Être court, vous avez compris que ce n'était pas mon fort.
09:28En réalité, j'ai autant de plaisir
09:30à improviser avec des mots
09:32qu'avec des notes de musique.
09:36Simplement, je dirais que je tiens ça à mon père
09:41qui était tailleur pour dames,
09:43qui a été un autodidacte
09:44et qui a la culture des autodidactes,
09:46c'est-à-dire une culture un peu foutraque
09:48avec ce qu'on appelle l'associationnisme.
09:51Tout d'un coup, d'un mot,
09:53vous dérivez sur un autre
09:54et peut-être que ça, c'est assez oriental.
09:56Au fond, vous savez,
09:58c'est aussi chez Razade.
10:00Vous racontez une histoire
10:01et puis si jamais vous arrêtez l'histoire,
10:04vous pouvez être mort.
10:05Donc, du coup, vous continuez.
10:07La digression, quoi, en fait.
10:08Ce n'est pas la digression,
10:09c'est un fil
10:11ininterrompu qui vous emmène partout.
10:14Chez Deleuze, mon philosophe préféré,
10:16il appelle ça le rhizome.
10:17Le rhizome, c'est ses racines
10:19qui sont sous le sol
10:20et qui font que les arbres communiquent entre eux.
10:23Il n'y a pas de début,
10:23il n'y a pas de milieu,
10:24il n'y a pas de fin.
10:24C'est quelque chose d'infini.
10:26C'est un réseau dense comme ça
10:27qui nous relie tous.
10:29Et je crois que j'ai autant de plaisir
10:31avec la musique
10:32qu'avec la littérature.
10:35Bon, alors justement,
10:35la littérature,
10:36vous êtes en plein
10:37dans l'écriture d'un livre.
10:39Qu'est-ce qu'il va raconter ?
10:40Qu'est-ce qu'il raconte ?
10:41C'est quoi cette histoire ?
10:43C'est l'histoire de la grand-mère
10:46que j'ai découvert il n'y a pas longtemps.
10:48Mon père, un peu avant de s'en aller,
10:50à 95 ans,
10:51m'a tendu pudiquement une feuille de papier
10:53en me disant
10:53« Tiens, si tu veux savoir ».
10:54Encore une fois,
10:55il ne nous a rien raconté.
10:56Et dessus, j'ai vu le calvaire d'Anouche,
10:58ma grand-mère,
10:59qui a été déportée avec cette sœur,
11:01qui a pris la tête du commandant turc
11:04qui la déportait
11:05parce qu'elle a vu qu'il était pieux.
11:07Elle lui a dit
11:07« Au nom de ta foi,
11:08comment peux-tu ? »
11:09Du coup,
11:10comme elle lui a parlé son langage,
11:13il lui a dit
11:13« Écoute, tant que je serai commandant de ce convoi,
11:15tu seras sous ma protection. »
11:18Elle a échappé au viol en faisant la folle.
11:20Je veux dire,
11:21du coup,
11:22moi, cette grand-mère
11:23qui, honnêtement,
11:24qui faisait les feuilles de vines farcies,
11:26les tomates farcies,
11:27les courgettes farcies,
11:28à la fin,
11:28on était bien farcies,
11:29je me suis rendu compte
11:30qu'elle était une héroïne.
11:31Donc, j'ai voulu raconter son histoire
11:33et je me suis aperçu
11:34que le grand-père,
11:35lui, pendant ce temps,
11:36il était déporté en Sibérie
11:38parce qu'enrôlé dans l'armée ottomane,
11:40il s'était fait prisonnier par les Russes,
11:42déporté en Sibérie en 1915.
11:45Vous imaginez ?
11:46Il s'en est sorti,
11:46il s'est évadé,
11:47il a été en Chine,
11:48il est revenu,
11:49la révolution russe.
11:50Bref,
11:50c'est Corto-Maltès
11:51avec Rosa Bonheur.
11:54Je raconte leur histoire
11:55en la mêlant un peu de la mienne
11:58parce que c'est aussi
12:01ça qui me construit quelque part.
12:03et voilà.
12:04Et je ne vous dis pas la saga.
12:06Oui, alors justement,
12:07cette saga,
12:08on parle énormément avec vous
12:10du versant féminin de votre famille,
12:13votre grand-mère,
12:14votre soeur,
12:15votre maman,
12:16un peu moins du côté masculin.
12:18Vous en avez parlé à l'instant
12:19de votre papa,
12:20mais pourquoi ?
12:21Une forme de pudeur,
12:22de retenue
12:22où vous idolâtrez
12:25votre maman
12:27ou votre grand-mère ?
12:29Alors,
12:29j'ai été élevé
12:30qu'avec des gonzesses.
12:31Et c'est vrai
12:35que mon père
12:35était un peu à l'écart,
12:37mais il n'était pas à l'écart
12:38parce qu'il n'était pas là.
12:40Il était à l'écart
12:40parce qu'il était dans l'étude,
12:42parce qu'il était dans...
12:43Et peut-être
12:45que c'est aussi oriental,
12:47ça,
12:47c'est-à-dire qu'à la maison,
12:48c'est les femmes,
12:49les patronnes,
12:49si vous voulez.
12:51Et donc,
12:52il y avait des sujets...
12:53Il n'intervenait pas
12:54dans la vie domestique.
12:55Par contre,
12:56dans ma vie intellectuelle,
13:00alors là,
13:01ça a été...
13:01Oui,
13:01c'est un apport,
13:02mais que je peux...
13:04Non seulement
13:04que je ne peux pas renier,
13:06mais au contraire,
13:07je lui dois beaucoup.
13:08Très souvent,
13:09je dis...
13:09Lui,
13:10il m'a transmis
13:10trois valeurs.
13:12La philosophie,
13:13la musique
13:14et la montagne.
13:15C'est pas mal.
13:16Ça vous fait
13:16une belle colonne vertébrale.
13:18Musique,
13:19philosophie,
13:20montagne.
13:20Oui,
13:20parce que du coup,
13:22je suis né à Lyon
13:23et du coup,
13:25j'ai passé
13:25toute mon enfance
13:26à Chamonix.
13:27Alors,
13:28un peu de ma faute
13:29puisque j'ai viré
13:30ma cutie.
13:30Là,
13:31je vous raconte
13:31ma vie sexuelle,
13:32mais ça n'a rien de sexuel.
13:35En fait,
13:35on appelait comme ça
13:37le vaccin contre la tuberculose.
13:38Moi,
13:38plutôt sympathique.
13:40Je l'ai accueilli
13:40avec bonheur,
13:41ce petit bacille,
13:42et j'ai commencé
13:42à faire un début
13:43de tuberculose
13:44à cause du vaccin.
13:45Donc,
13:46du coup,
13:46le Toubib,
13:46il a dit
13:47maintenant,
13:47c'est la montagne.
13:49Il n'y a plus la mer.
13:50Du coup,
13:50papa,
13:51ça l'arrangeait bien.
13:51Maman était plutôt
13:52méditerranée,
13:53mais par amour,
13:54on s'est tous retrouvés.
13:55On a passé
13:56toute notre enfance
13:57et toute notre adolescence
13:58et il y a quelque chose
13:59de commun
14:00entre la montagne,
14:01la musique
14:02et la philosophie.
14:03C'est une forme
14:03de spiritualité
14:04et surtout,
14:05c'est une initiation.
14:07C'est-à-dire que
14:08si on ne vous a pas éduqué,
14:10vous ne pouvez pas y aller
14:11parce que c'est pénible
14:12de marcher.
14:13Vous voyez ce que je veux dire ?
14:14Quand vous êtes enfant,
14:15vous ne faites que râler.
14:15Du coup,
14:18qu'est-ce qu'il fait ?
14:19Votre père,
14:19il vous raconte des histoires
14:20pour que vous teniez le coup.
14:22Et là,
14:22on se retrouve encore une fois
14:23dans Chez Razade.
14:24C'est en racontant des histoires
14:25qu'on tient un gamin
14:26et qu'à la fin,
14:27on arrive en haut
14:28et puis on dit
14:29ok,
14:29c'est super beau.
14:30Et puis,
14:30quand vous avez compris
14:31que finalement,
14:33ce qu'il y avait là-haut,
14:34ce n'était pas si important que ça,
14:35que le plaisir,
14:36il est de mettre un pied devant l'autre,
14:38c'est la même chose en musique.
14:39Quand vous avez compris,
14:40quand vous commencez
14:41à prendre du plaisir
14:42à faire des gammes,
14:43ce qui est plutôt un truc de torture,
14:46vous êtes sauvés.
14:47Et quant à la philosophie,
14:48je veux dire,
14:50quand vous marchez,
14:51vous vous mettez à gamberger,
14:52à discuter,
14:53à parler.
14:54Et là aussi,
14:55c'est une éducation.
14:56La philosophie,
14:58ça peut simplement consister
15:00à questionner.
15:02C'est ce que faisait Socrate
15:03au fond,
15:04la maïétique.
15:05J'essaye d'accoucher
15:06la vérité
15:08de la bouche des gens,
15:10même s'ils sont très simples
15:12et qu'avec leurs mots,
15:12ils trouvent quelque chose.
15:14Ça,
15:14c'est la philosophie.
15:17Votre album,
15:18La Sultane,
15:18qu'on entend en ce moment même.
15:20Alors,
15:20tenez,
15:20pour clore cette interview,
15:22si La Sultane
15:23était une couleur,
15:24une odeur
15:25ou un paysage,
15:26ce serait quoi ?
15:27Waouh !
15:27Une couleur,
15:28je dirais,
15:29plutôt dans les ocres,
15:30ocres,
15:31tendance un peu dorée.
15:34Un paysage,
15:35ouais,
15:36le Bosphore.
15:37Oui,
15:37forcément.
15:37Le Bosphore,
15:38c'est Constantinople,
15:40c'est une ville
15:40magique.
15:42Vous savez,
15:42quand je me suis baladé
15:43là-bas la première fois,
15:45j'en menais pas large
15:46avec mon passeport.
15:47Je me croyais
15:48dans Midnight Express.
15:49Je me suis dit,
15:50oh là là,
15:51le douanier turc,
15:51il va voir mon nom,
15:52je vais me retrouver en tôle.
15:54Enfin bref,
15:55puis tout d'un coup,
15:56voilà,
15:56les Arméniens ont ce traumatisme-là,
15:58on s'est barrés de ce pays.
16:00Et du coup,
16:02j'ai découvert une ville
16:03merveilleuse.
16:05Et surtout,
16:05quand je me baladais
16:06dans le bazar d'Istanbul,
16:08les gens m'arrêtaient,
16:09on disait,
16:09hey,
16:09from where are you ?
16:10Tu es d'où toi ?
16:11You look like a Turkish,
16:13tu ressembles à un Turc.
16:14J'étais là,
16:14écoutez,
16:15si vous le dites.
16:17Ok.
16:18Et la boucle est bouclée.
16:19Il manque juste l'odeur.
16:20Si la sultane était une odeur,
16:22ça serait ?
16:22Ah là là,
16:23ça serait un mélange de cannelle
16:25et de...
16:26Ouais,
16:27la cannelle et un peu de musc.
16:29Ouh là,
16:30c'est chelou ça, non ?
16:31Non,
16:31ça peut s'associer.
16:33En tout cas,
16:34cet album,
16:34on l'entend en ce moment.
16:36La sultane à découvrir absolument.
16:38Signé André Manoukian,
16:40le livre Avenir.
16:40Avenir quand exactement ?
16:42Quand est-ce qu'on se pose...
16:42Et j'espère le finir en décembre
16:44et puis ce sera pour 26-27.
16:46Eh bien,
16:47vous revenez nous voir.
16:48Merci beaucoup.
16:48Avec plaisir.
16:49Merci d'être venu ce matin.
16:50Très bientôt.
16:51À bientôt.

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