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00:00Il est 10h à Paris, bienvenue si vous nous rejoignez sur France 24 dans Parlons-en.
00:07A la une de l'actualité, Donald Trump poursuit sa tournée asiatique.
00:10Étape du jour, le Japon pour une rencontre avec la nouvelle première ministre Sanae Takeshi.
00:16Il mettra ensuite le cap sur la Corée du Sud pour un face-à-face crucial avec Xi Jinping.
00:20Objectif, trouver un compromis commercial avec Pékin.
00:25Et puis quel avenir institutionnel pour la Nouvelle-Calédonie ?
00:29Question cruciale au cœur d'élections provinciales dans l'archipel.
00:32Sauf que le scrutin prévu fin novembre ne cesse d'être reporté.
00:36Une commission mixte paritaire se réunit aujourd'hui pour enteriner un report a priori à juin 2026.
00:42En creux, l'explosive question du droit de vote qui oppose indépendantistes et loyalistes.
00:47On en parle pendant les 45 prochaines minutes avec Patrick Roger, journaliste,
00:51auteur de l'archipel de la Discorde aux éditions du Cerf.
00:54Avec Claudine Véry, journaliste à la Revue des Deux Mondes, ancienne correspondante de l'AFP en Nouvelle-Calédonie.
00:59Et avec nous également par visioconférence, Isabelle Merle, directrice de recherche au CNRS.
01:05Bonjour à toutes et à tous, bienvenue, c'est Parlons-en.
01:07En Nouvelle-Calédonie, c'est un scrutin qui cristallise la colère, celui des élections provinciales,
01:26cruciales pour l'avenir institutionnel de l'archipel.
01:29Leur tenue est tentée par un débat violent sur les accords de Bougival qui posent les bases d'un État calédonien,
01:34mais prévoit aussi d'élargir le corps électoral.
01:38Alors pour les partisans du texte, impossible d'organiser le scrutin tant que cette question explosive du droit de vote n'est pas réglée.
01:45Ils réclament donc le report des élections.
01:46Qui devrait être enterrinée aujourd'hui en commission mixte paritaire avant un dernier vote dans chaque chambre ?
01:52Quels sont les enjeux de ce report pour la démocratie ?
01:55Quelles conséquences va-t-il avoir sur la paix sociale dans le territoire ?
01:58Et surtout, que reste-t-il de Bougival à ce stade ?
02:01Ce sont les questions qui nous occupent aujourd'hui dans Parlons-en.
02:04On va justement en débattre avec nos invités autour de cette table.
02:07Mais d'abord, explication en image avec Sophie Samaï.
02:10Mai 2024, la Nouvelle-Calédonie s'embrase.
02:17En cause, un projet de réforme constitutionnelle qui vise à élargir le corps électoral pour les élections provinciales.
02:24Les indépendantistes y voient un risque de marginalisation du peuple autochtone kanak.
02:30Résultat, des centaines de commerces sont détruits, 14 personnes sont mortes.
02:35Et les dégâts sont estimés à plus de 2 milliards d'euros.
02:38Un an plus tard, le sommet de Bougival réunit des leaders indépendantistes, des loyalistes et l'État français
02:47pour tenter de proposer un retour à la stabilité pérenne sur le caillou.
02:52Après 10 jours de discussion à huis clos, les principales forces politiques néo-calédoniennes parviennent à un accord.
02:58Ils prévoient la création d'un État de Nouvelle-Calédonie inscrit dans la Constitution française via une loi fondamentale.
03:04Le texte introduit notamment une nationalité néo-calédonienne en plus de la nationalité française, des compétences
03:12en relations internationales et la possibilité de demander le transfert de certaines compétences régaliennes.
03:18Le dégel du corps électoral à l'origine des émeutes et un pacte de refondation économique accompagnent eux aussi l'accord de Bougival.
03:26L'Élysée parle alors d'un pari sur la confiance.
03:29Nous sommes donc à l'aboutissement d'un processus, celui entamé il y a presque 40 ans lors des accords de Matignon et de Nouméa.
03:37Et je vous le dis, le chemin que vous avez réussi à construire collectivement est inédit et il force le respect.
03:43Mais le 13 août dernier coup de théâtre, le FLNKS, le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste,
03:51rejette l'accord, pourtant signé un mois plus tôt.
03:53Le principal mouvement indépendantiste estime que l'accord n'est finalement pas conforme
03:59et qu'il est contraire aux droits inaliénables du peuple kanak.
04:04D'abord Patrick Roger, merci d'être avec nous.
04:07Vous signez donc une enquête magistrale pour tout comprendre sur ce territoire,
04:12ce territoire que vous appelez, on le voit ici à l'écran, l'archipel de la discorde.
04:17Vous commencez votre enquête par, dites-vous, ce qui a fait office de détonateur de l'explosion sociale en Nouvelle-Calédonie,
04:23à savoir la réforme du corps électoral pour ces fameuses élections provinciales.
04:28Vous dites de cette question qu'elle est, je cite, totémique et source dans le territoire depuis 80 ans.
04:36Oui.
04:37C'est vraiment ça qui met le feu aux poudres ?
04:42C'est au cœur de ce qui se passe.
04:43Le terreau était favorable, compte tenu des tensions qui s'étaient accumulées depuis les trois derniers référendums
04:51sur l'accession à la pleine souveraineté.
04:54Mais effectivement, il y a eu sur cette question du dégel du corps électoral,
05:02on reviendra et on expliquera de quoi il retourne,
05:05une focalisation du mouvement indépendantiste et en particulier du FNKS
05:11et de sa principale composante, l'Union calédonienne.
05:16Des tensions qui n'ont cessé de prendre en ampleur depuis le mois de décembre 2023
05:23et avec des manifestations qui ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes.
05:31Si on cumule d'un côté des manifestations loyalistes,
05:34d'autre côté les manifestations indépendantistes,
05:3715 000 personnes à l'appel du FNKS à Nouméa, c'était quasiment de l'inédit.
05:45Et effectivement, à ce moment-là, on est arrivé à une sorte d'acmé des oppositions
05:52qui a fait que quand le texte, le projet de loi constitutionnel
05:58révisant le corps électoral est arrivé en discussion à l'Assemblée,
06:04ça a été une explosion de violence.
06:08Mai 2024 ?
06:10Qui pouvait être le 13 mai 2024.
06:1214 morts, 2 milliards d'euros de dégâts.
06:14Mais dont personne n'avait prévu l'ampleur.
06:18Et ça a été ensuite un déferlement de violence organisé.
06:25Ce n'est pas spontané.
06:26Sur ça, il faudra peut-être y revenir.
06:29Ce n'est pas une explosion comme ça, spontanée.
06:33Mais qui a mis l'économie calédonienne et la population calédonienne à genoux.
06:39Et vous documentez très précisément toutes les étapes qui ont mené à cette explosion dans votre livre.
06:46Claudine Véry, d'abord, pour poser les choses et que nos téléspectateurs comprennent bien,
06:51aujourd'hui, qui peut voter en Nouvelle-Calédonie et qui ne peut pas voter ?
06:55Alors, moi, je voudrais d'abord dire qu'en Nouvelle-Calédonie, il y a deux barils de poudre,
07:00le nickel et le corps électoral.
07:01Tous les événements depuis les années 80, c'est la question du corps électoral qui est à l'origine des violences.
07:09Pourquoi ? Parce que la Nouvelle-Calédonie, à la base, a été une colonie de peuplement.
07:14C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens de l'extérieur qui sont arrivés.
07:18Et notamment dans les années 70, au moment du boom du nickel,
07:22de sorte que, politiquement, les Canaques se sont retrouvés minoritaires.
07:26Et à partir du moment où ils ont vu qu'ils perdaient le contrôle politique,
07:31que leur destin leur échappait, si vous voulez,
07:34il y a eu la montée en puissance de la revendication indépendantiste.
07:38Et donc, le fait qu'on ait une communauté, pour schématiser une blanche et une noire, à peu près,
07:44de poids équivalents, fait de l'enjeu du correctorale un enjeu crucial.
07:49C'est-à-dire qu'ils ont considéré qu'à chaque fois qu'il y avait des populations nouvelles qui arrivaient,
07:53on ne pouvait pas les inscrire sur le corps électoral et les faire voter
07:57parce que, forcément, politiquement, ça mettait les Canaques en minorité.
08:03Donc ça, c'est vraiment un principe qu'il faut avoir en tête.
08:06C'est quelque chose... On ne peut pas toucher au corps électoral
08:08sans avoir la main qui tremble en Nouvelle-Calédonie.
08:11Alors, qui peut voter actuellement, compte tenu du gel, en gros, depuis l'accord de Nouméa ?
08:16Toute personne arrivée après 1998 ne peut pas participer aux élections provinciales, locales.
08:25Donc, qui peut voter et qui ne peut pas voter ?
08:27Tous les gens qui...
08:28Est-ce qu'on a des chiffres, à peu près, sur...
08:30Il y a à peu près... Alors, ça varie, mais autour de 30 000 personnes, c'est ça,
08:34qui sont exclues du corps électoral, mais...
08:36Les loyalistes disent 42 000 personnes, 42 000 électeurs,
08:40sauf qu'on a quand même une grosse incertitude,
08:43d'autant plus qu'il y a eu quand même, depuis ces dernières années, pas mal de départs.
08:48On a un gros doute sur le fait que les listes électorales soient à jour.
08:54Donc, on est plutôt sur une estimation de 25 000 à 30 000 personnes.
08:58Il y a beaucoup d'autres qui sont encore inscrits sur les listes,
09:01mais qui sont partis depuis très longtemps en Nouvelle-Calédonie.
09:04Donc, effectivement, il y a un problème de...
09:06On va retrouver Isabelle Merle, qui est avec nous, par visioconférence.
09:11Bonjour.
09:12Isabelle, cette question du droit de vote, elle est totémique et source ?
09:18Vous partagez l'analyse de Patrick Roger ?
09:23Elle est, bien sûr, elle est centrale, puisqu'elle est historique, surtout.
09:27C'est une question qui remonte au projet initial de colonisation de peuplement,
09:33d'écartement de la société Canaq jusqu'à 1946.
09:40Ensuite, on a aligné les choses, mais au moment où est montée la revendication de l'indépendance,
09:45c'était souligner le fait que le pays devait maîtriser son corps électoral
09:50et qu'il ne le maîtrisait pas, puisque l'entrée des nouveaux ressortissants,
09:56enfin des nouveaux arrivants, pouvait voter librement jusqu'aux événements de 1984.
10:01Et donc, tout le dispositif mis en place à partir de Matignon et surtout à partir de Nouméa,
10:08de l'accord de Nouméa de 1998, un dispositif que connaît très bien l'ONU dans ce cadre-là,
10:17c'est de constituer des corps restreints aux populations concernées historiquement.
10:22Donc, tout l'enjeu de 40 ans de paix, ça a été de construire l'idée d'un destin commun
10:28et d'une expression pour les principales élections,
10:33c'est-à-dire pas les législatives, pas les municipales, pas les présidentielles,
10:37mais les provinciales et l'autodétermination.
10:41C'était de constituer un corps restreint pour les populations qui formaient un socle historique.
10:48Donc, si vous touchez à ça, vous touchez à l'équilibre du pays et c'est extrêmement problématique.
10:55C'est surtout problématique si ça n'est pas consensuel,
10:58puisque les indépendantistes étaient d'accord depuis 2019 pour revoir les listes et intégrer les natifs,
11:05c'est-à-dire les enfants, les petits-enfants, des gens qui étaient citoyens calédoniens.
11:10Je vous rappelle que tout ça a été inscrit pour défendre une citoyenneté calédonienne
11:15ayant des droits particuliers et des possibilités d'expression particulière
11:19eu égard à les intérêts qu'ils avaient dans le pays,
11:25le fait qu'ils étaient véritablement intéressés par l'avenir du pays.
11:29Donc, les indépendantistes n'étaient pas contre,
11:31qui avaient même tenté de demander à l'État de régler cette question des natifs.
11:36On aurait pu d'ailleurs trouver un compromis au moment du dégel du corps électoral
11:40sur cette question des natifs.
11:42Ça a été refusé à l'Assemblée, puisque tout l'enjeu des loyalistes
11:46c'était d'augmenter leur part électorale
11:49via l'intégration des ressortissants présents depuis 10 ans.
11:55La prochaine élection, selon Bougival, ça sera 15 ans pour 2026.
11:59Mais c'était effectivement misé sur le fait que ça touchait des gens
12:05qui n'étaient pas originaires du pays et qui n'étaient probablement pas pro-indépendance.
12:09C'est ça l'idée.
12:11Et c'est ce rapport de force-là, qui n'étant pas négocié,
12:15n'étant pas discuté, étant imposé de Paris,
12:19qu'a mis le feu aux poudres.
12:20C'est un élément historique, fondateur en fait,
12:24de tout le processus historique et le processus politique mis en place depuis Nouméa.
12:31D'où la remise en cause de cet accord de Nouméa
12:34qui reste un socle pour les indépendantistes,
12:37mais je crois aussi pour une large partie des Calédoniens,
12:40un socle très solide sur lequel il faut s'appuyer.
12:44Et qui a été peut-être remplacé par les accords de Bougival.
12:48On y reviendra dans une seconde partie de cet échange.
12:52Sur cette révision du corps électoral,
12:56vous dites, Patrick Roger, dans votre livre,
12:58qu'elle est pourtant inéluctable aujourd'hui.
13:00Oui, parce qu'il y a quand même une évolution démographique
13:07de la Nouvelle-Calédonie.
13:11Je suis en accord avec les éléments qui ont été apportés.
13:16Mais aujourd'hui, il faut se poser la question
13:21de comment peut-on continuer à priver des gens
13:28qui vivent là depuis plusieurs dizaines d'années du droit de vote
13:33sur des élections qui concernent le territoire.
13:39Encore une fois, les natifs,
13:41ils ont été intégrés dans les listes électorales
13:46pour les consultations en référendaire,
13:49c'est-à-dire celles qui concernent l'accession du territoire
13:53ou non à la pleine souveraineté.
13:56Là, on parle des élections, strictement des élections provinciales,
14:00c'est-à-dire celles qui déterminent la composition
14:03des assemblées de province,
14:06du congrès de la Nouvelle-Calédonie
14:09et, par ricochet, du gouvernement.
14:12Or, si on continue à geler cette liste électorale
14:22à la date de 1998,
14:25vous voyez un petit peu le gouffre qui se crée.
14:28Et puis, à terme, ça veut dire que c'est une dépossession
14:32des affaires concernant le territoire.
14:40Donc, et je rappelle une chose,
14:42c'est que l'accord de Nouméa, au départ, dans sa version initiale,
14:47prévoyait l'accès aux droits de vote pour les élections provinciales
14:52aux résidents qui avaient 10 ans de présence sur le territoire.
15:00Ce n'est qu'en 2007
15:01que le corps électoral pour les provinciales a été gelé.
15:07Je pense que, et je rappelle aussi une chose,
15:12c'est que quand les discussions ont commencé
15:15après le troisième référendum entre les délégations,
15:19enfin, entre l'ensemble des composantes
15:21et le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer de l'époque,
15:24Gérald Darmanin,
15:26la délégation du FLNKS, à ce moment-là,
15:31a...
15:32Qu'est-ce qui se passait ?
15:33C'est que les loyalistes proposaient 3 ans de résidence,
15:37le gouvernement proposait 7 ans de résidence,
15:41et les indépendantistes,
15:44la délégation indépendantiste consultée à ce moment-là,
15:48a dit, mais nous, on ne peut pas accepter moins de 10 ans.
15:51Et ils ont signé un document disant,
15:55bon, ben, pour nous, le minimum, c'est 10 ans.
15:58Donc, vous voyez aussi que,
15:59chez les indépendantistes même,
16:02chez les indépendantistes,
16:03cette question du corps électoral évolue largement.
16:07Et toute une partie, aujourd'hui,
16:09du mouvement indépendantiste,
16:11dit, finalement, 10 ans de résidence,
16:14on est d'accord,
16:15mais à condition que ça s'intègre
16:17dans un accord politique global.
16:19Donc, il n'y a pas de fermeture totale,
16:23globale du mouvement indépendantiste
16:25sur cette question des 10 ans de résidence.
16:28Il ne faut pas déformer la réalité.
16:31Vous précisez, je cite juste votre livre,
16:34aucun régime démocratique,
16:35aucune convention internationale
16:36ne peut admettre l'exclusion du droit de vote
16:38de personnes résident sur un territoire
16:40depuis plus d'un quart de siècle.
16:42Effectivement, on comprend que ça pose question
16:44et aussi des questions du point de vue de la démocratie.
16:48Claudine Véry, ce scrutin des élections provinciales
16:52qui devront décider de la composition
16:55du prochain congrès calédonien,
16:57qui devra, je le précise,
16:59discuter de la mise en œuvre de ces accords de Bougival.
17:01C'est donc un scrutin crucial
17:03pour l'avenir institutionnel de l'archipel.
17:06Ce scrutin, il était initialement prévu en mai 2024.
17:10Il a été reporté à deux reprises en mai 2024,
17:12on l'a dit, à cause des émeutes.
17:14Il a été reporté ensuite jusqu'au 15 décembre 2024
17:20dans le cadre de la réforme constitutionnelle
17:22du dégel du corps électoral,
17:24donc ça on l'a dit,
17:24et une seconde fois jusqu'au 30 novembre 2025,
17:27donc là, à la fin du mois de novembre.
17:30En raison cette fois de la crise de 2024,
17:32de la crise de mai 2024,
17:33pourquoi là un troisième report ?
17:35On se dit, qu'est-ce qui va se passer ensuite ?
17:38Est-ce que ce troisième report,
17:39il est purement politique ?
17:40Disons que si on tenait les élections provinciales à l'heure,
17:45c'est-à-dire au mois de novembre,
17:47c'est sûr qu'on va se retrouver dans une campagne
17:49où tout le monde va se déchirer autour de l'accord de Bougival.
17:52Donc ça va être pour ou contre l'accord.
17:54Dans la mesure où on est toujours dans l'optique
17:57de mettre en place ces accords,
17:59il paraît nécessaire de reporter les élections.
18:04Cela dit, quel avenir pour l'accord de Bougival ?
18:06Il ne faut quand même pas oublier que le FLNKS a refusé,
18:11est opposé à cet accord.
18:13Donc ce qui reste, c'est que rien ne peut se passer
18:15en Nouvelle-Calédonie sans consensus.
18:16Donc on a beau refaire l'histoire de l'accord de Bougival,
18:18ils ont donné leur signature, ils l'ont piré.
18:21Bon, essayez d'expliquer.
18:22La base fondamentale, c'est que s'il n'y a pas un consensus
18:25entre les loyalistes et les indépendantistes,
18:27ça ne marchera pas.
18:29Il y a eu la paix en Nouvelle-Calédonie en 88
18:31parce qu'on est parti de la fameuse méthode de Rocard
18:34qui a été celle du dialogue et du consensus.
18:36Donc il est indispensable de ne jamais perdre ça de vue
18:41en Nouvelle-Calédonie.
18:42Et donc là, est-ce que Bougival est mort ?
18:45Je ne crois pas.
18:46Il est mal en point, évidemment.
18:48Pourquoi ?
18:49Parce que le FLNKS est notamment sa composante historique
18:54et principale qui est l'Union calédonienne.
18:56D'ailleurs, aujourd'hui, il reste dans le FLNKS,
18:59l'Union calédonienne et d'autres partis indépendantistes,
19:02on va dire de moindre importance.
19:04Mais les autres formations, comme le Palika,
19:07notamment, qui était l'autre poids lourd du FLNKS,
19:10est parti.
19:11Mais bon, rien ne se fera...
19:12On ne peut pas imaginer d'accords politiques en Nouvelle-Calédonie
19:16sans l'Union calédonienne.
19:18Donc c'est Christian Théens, etc.
19:20Pourquoi ?
19:20Parce que c'est le plus vieux parti de Nouvelle-Calédonie.
19:23C'est le parti historique des indépendantistes.
19:26C'est le parti des morts.
19:27C'est Jean-Marie Dubahou, c'est Yéouené, Yéouené.
19:30C'est les militants d'UVEA.
19:34Qui ne savent pas leur part.
19:35Dans les 80.
19:37On ne fera pas d'accord politique en Nouvelle-Calédonie
19:39si l'Union calédonienne ne souscrit pas à cet accord.
19:43Donc de toute façon, là, je pense qu'il faut remettre
19:47l'ouvrage de Bougival sur le métier.
19:50Donc Isabelle Merle, compte tenu de ce que vient d'exposer Claudine Véry,
19:56ce que je comprends, c'est que ce report, il est légitime.
20:00Selon vous, on a LFI qui dénonce quand même un passage en force
20:04pour modifier ce corps électoral.
20:06C'est le cas, selon vous ?
20:07C'est un passage en force ou bien c'est légitime de le reporter ?
20:12D'abord, je ne sais pas si le mot légitime est très adapté.
20:15Si on parle de démocratie, je ne vois pas un exemple.
20:18Je n'arrivais pas à trouver qu'on puisse maintenir un mandat
20:22au-delà de deux ans supplémentaires pour des élus sans élection.
20:28Le pays a énormément besoin d'un retour aux urnes,
20:32d'autant que ses élus en poste depuis 2019 ont traversé une crise majeure,
20:38ce qui a ouvert des positionnements, on le sait, assez clivants,
20:42et qu'on n'arrive pas à savoir exactement aujourd'hui.
20:44Vous l'avez même dit, sur le nombre d'électeurs qu'il y aura,
20:48on n'a pas un paysage clair du paysage politique tel qu'il est à l'heure actuelle.
20:55Donc ce report ne me semble pas du tout légitime, il est problématique.
21:00Les Calédoniens n'ont pas à dépendre de notre instabilité ici
21:04pour le jeu normal de la démocratie.
21:07Le jeu normal de la démocratie, comme nous l'a rappelé M. Lecornu
21:11quand il a refusé le report du référendum en 2021,
21:16c'est les élections en France se tiennent à leur heure.
21:19Alors appliquons la devise, les élections se tiennent à leur heure,
21:22les Calédoniens ont droit à des élections.
21:24Mais d'un point de vue politique, c'est aussi intéressant,
21:27parce que ça permettra de mesurer les rapports de force,
21:31et par exemple, ce qui revient de la force du mouvement contre le rejet,
21:37enfin pour le rejet, plus exactement, de bougies barrières.
21:40C'est-à-dire qu'on avance à l'aveugle, là, on ne sait pas très bien, en fait,
21:43quel est le paysage politique qu'on a devant nous.
21:46Donc je trouve ça extrêmement dangereux,
21:48d'autant que tous les échos qu'on a du terrain,
21:51c'est vraiment une demande de retour aux urnes.
21:54Le retour aux urnes a aussi un avantage,
21:57c'est qu'il donne un souffle démocratique
21:59qui relance un débat démocratique plutôt que l'affrontement.
22:04Je le signale au passage.
22:05Mais la question qu'on se pose, c'est est-ce encore une élection démocratique
22:08si une partie des habitants ne peuvent pas voter ?
22:10Alors, sur cette question-là, je suis quand même très mal à l'aise
22:15parce qu'on est sur un chemin de décolonisation
22:18dans un contexte d'une colonisation et d'une post-colonisation
22:21où le principe était de faire arriver des Français des nouveaux arrivants.
22:27C'est ça le socle historique de ce pays.
22:30Après, on pourrait dire qu'on a énormément de mal, nous, en France,
22:34à donner le droit de vote à des étrangers
22:37qui payent des impôts depuis des années.
22:38Enfin, il y a un problème.
22:40C'est-à-dire que ce n'est pas une question qu'on peut traiter comme ça
22:43en jouant du mot démocratie, pas démocratie.
22:48Je le répète, l'ONU sait très bien
22:50quelle est la situation de la Nouvelle-Calédonie.
22:53Il y a eu des discussions sur ces corps électoraux
22:56qui ont été acquises.
22:58Certes, les choses ne sont pas verrouillées.
23:00On le dit, on l'a dit.
23:01Mais le gel du corps électoral en 2007,
23:05c'était pour des raisons de fidélité aux discussions
23:09qui avaient été faites en 1998.
23:13Ce n'est pas sorti d'un chapeau comme ça.
23:16Donc, c'est vraiment une question qui doit être discutée
23:19avec un code de la citoyenneté calédonienne
23:22qui pourrait être mis en frontière,
23:24qui a été réfléchi.
23:26Les Calédoniens ont le droit d'avoir la maîtrise
23:30de leur corps électoral pour penser le pays de demain.
23:33Ça, c'est démocratique quand même.
23:35Le problème, c'est que les accords de Nouméa
23:39effectivement se sont achevés.
23:41Il y a eu les trois référendums.
23:43Et aujourd'hui, cet accord de Nouméa,
23:45il ne prévoit rien après ces trois référendums.
23:48Est-ce qu'on n'est pas dans une zone
23:48crise institutionnelle, Patrick Roger ?
23:51L'accord de Nouméa prévoyait qu'en cas d'échec,
23:55enfin, en cas de non à l'indépendance au troisième référendum,
24:01les parties concernées se revoyaient pour examiner la situation ainsi créée.
24:08Donc voilà, l'accord de Nouméa s'est terminé sur une sorte de point d'interrogation.
24:14Et depuis 2021, le troisième référendum, même s'il est contesté par une partie des indépendantistes,
24:25les discussions n'ont cessé d'achoper, surtout parce que les interlocuteurs n'arrivaient pas
24:34à se mettre ensemble autour d'une même table.
24:40Bougival, et c'est là ce qu'il faut souligner,
24:45c'est le résultat d'un processus de négociation entamé six mois plus tôt,
24:51qui s'est maintenu pratiquement sans discontinuer.
24:57Le ministre des Outre-mer, Emmanuel Valls, a effectué plusieurs déplacements en Nouvelle-Calédonie,
25:02mais il y a eu également des rencontres ici à Paris, des visioconférences, etc.
25:09C'est le fruit de six mois de discussions, de négociations,
25:15et qui ont abouti à ce compromis qui ne remplace pas l'accord de Nouméa,
25:24mais qui s'inscrit dans la continuité de l'accord de Nouméa.
25:29Oui, Nouméa, c'est un processus de décolonisation qui est mis en œuvre,
25:35mais qui est un processus inachevé aujourd'hui encore.
25:39Bougival, c'est, et on y reviendra certainement,
25:43mais c'est aussi la création, la reconnaissance d'une citoyenneté,
25:49d'une nationalité même calédonienne,
25:51plus qu'une citoyenneté, une nationalité calédonienne.
25:54Et donc, effectivement, là, je reviens sur cette question du corps électoral,
26:01du droit de vote.
26:03Le droit de vote, il est lié à cette citoyenneté et cette nationalité calédonienne.
26:10C'est pour ça qu'on revient sur le fait que, bon,
26:18peuvent participer aux discussions, aux débats démocratiques concernant le territoire,
26:24ceux, effectivement, qui, parce qu'eux aussi, ils ont des intérêts,
26:29ce qu'on appelle des intérêts matériels et moraux, là-bas, sur le territoire,
26:34accèdent à, non seulement maintenant,
26:39si Bougival allait à son terme,
26:41non seulement à cette citoyenneté calédonienne,
26:44mais à cette nationalité calédonienne.
26:46Mais pour l'instant, c'est bloqué.
26:48Face à la perspective, donc, du report de ces élections provinciales,
26:52Claudine Véry, est-ce qu'on peut, est-ce qu'on doit s'attendre
26:55à de nouvelles émeutes dans l'archipel ?
26:58Ça, c'est difficile de dire.
26:59Vous connaissez, vous avez couvert la Nouvelle-Calédonie pendant 20 ans,
27:02que vous connaissez très bien.
27:03Oui, je sais qu'à chaque fois qu'on a essayé de passer en force politiquement
27:06et qu'on a fait fuir du consensus, comme ça a été le cas lors des émeutes de mai 2024,
27:12effectivement, on n'est jamais à l'abri d'une explosion de violence à Nouvelle-Calédonie
27:16où, malgré tout, la paix est fragile.
27:21Donc, il faut faire très attention.
27:23Moi, je pense qu'il ne faut pas passer en force, il faut continuer à discuter.
27:27Mais pour revenir à ce que disait tout à l'heure Isabelle Merde,
27:29c'est vrai qu'on peut regretter quand même que le dossier calédonien se retrouve très souvent
27:33otage de la situation politique nationale.
27:38C'est notamment quelque chose qui avait pesé dans le maintien de l'organisation du 3e référendum
27:44au mois de décembre parce qu'il y avait l'échéance prévidentielle en mai.
27:47Enfin, on a voulu un petit peu...
27:49Il y a eu des enjeux de politique nationale qui ont pesé sur le maintien de cette élection.
27:53Là, une nouvelle fois, la Nouvelle-Calédonie, on l'a vu,
27:58Isabelle Lecornu a dit que c'était une des priorités.
28:00Bon, Manuel Valls, qui a réussi, qui a eu d'abord une connaissance historique profonde
28:06de la Nouvelle-Calédonie, qui a réussi à mettre tous les partenaires autour d'une même table,
28:10ce qui n'était pas gagné, qui a fait un accord qui doit...
28:13Bon, qui a pour le moment un petit peu de plomb dans l'aile.
28:15Et qu'est-ce qu'on fait ? Il n'est plus ministre de l'Outre-mer, on le décharge du dossier
28:20et il se répand d'ailleurs dans les médias pour expliquer à quel point il se...
28:25On sent bien une certaine frustration de sa part de ne plus être en poste.
28:29C'est un mélange de reprendre ses mots, de mesquinerie et de cynisme.
28:32Donc, une nouvelle fois, on voit que voilà, c'est finalement la Nouvelle-Calédonie
28:35qui va encore faire les frais de rivalité politique personnelle,
28:39de situation politique nationale.
28:41Et ça, effectivement...
28:43Ça, c'est le cas, de toute façon, sur presque tous les dossiers.
28:46Oui, mais justement, les accords de Nouvelle-Calédonie devraient rejoindre...
28:48Avec la Nouvelle-Calédonie, il faut faire attention, parce qu'il y a quand même eu au VA en 88
28:52où là, la Nouvelle-Calédonie, effectivement, s'est retrouvée otage de la situation politique française
28:59avec les élections présidentielles et on a vu où ça menait.
29:01Et ça a quand même été une crise majeure. Donc, il faut se méfier.
29:05Isabelle Merle, je voudrais vous interroger sur ce constat
29:10que vous livrez dans votre enquête, Patrick Roger.
29:13Vous rappelez que le CCAT, une organisation indépendantiste canaque,
29:17pour laquelle je vous lis, le projet de loi sur le corps électoral
29:21est un projet d'extermination progressive, programmée, du peuple canaque.
29:27Est-ce que c'est le cas, selon vous, Isabelle Merle ?
29:32Est-ce que vous comprenez cette prise de position ?
29:34Pour le CCAT, qui est, je le précise pour nos téléspectateurs, une organisation indépendantiste canaque,
29:43donc, le projet de loi sur le corps électoral est un projet d'extermination programmée du peuple canaque.
29:48Voilà, c'est ce qu'ils disent.
29:49Il faut le prendre au niveau symbolique.
29:55C'est-à-dire que le projet...
29:56Les mots sont quand même assez forts.
29:58Les mots sont forts, mais les pressions de l'État depuis 2021 sont très fortes.
30:03Et l'histoire de la Calédonie, personne ne peut l'ignorer.
30:08L'histoire est très forte aussi.
30:10Donc, il faut rester dans cette mémoire-là, parce que sinon, on ne comprend pas ce pays.
30:15On ne comprend pas les gens, et on ne comprend que trop bien les continuités de l'État français
30:21qui cherchent à maintenir absolument la Calédonie dans le giron de la France,
30:25sans proposer, ou en grande difficulté, pour proposer des solutions équilibrées.
30:30Je vous rappelle qu'il y a eu quand même une proposition qui avait fait,
30:34qui avait réuni, enfin, autour de la table, et dans un accord,
30:38les indépendantistes et les modérés du côté des loyalistes.
30:42C'était l'accord de débat, qui était l'idée d'un État associé.
30:46Alors, l'idée n'était pas développée, c'est regrettable, parce que ça n'a pas été poussé.
30:50Mais c'était l'idée d'un partenariat équilibré,
30:54où il y avait l'idée de délégation de souveraineté,
30:59mais avec véritablement l'idée d'un État associé,
31:02comme on connaît dans d'autres situations.
31:06La droite ultra n'a pas voulu de ça.
31:08Donc, on est revenu en arrière en disant,
31:11bon, puisqu'elle ne veut pas de ça, on repart sur Bougival.
31:14Bougival est lu comme un recul,
31:17parce que Bougival verrouille un certain nombre de choses
31:20et propose des lignes qui sont très problématiques pour le pays,
31:23comme l'hyperprovincialisation, la fiscalité,
31:27le pacte nickel, d'autres choses à très particulières.
31:30Donc, les auditeurs ne sont peut-être pas assez difficiles.
31:35Justement, en tout cas, ça a été considéré comme une avancée,
31:38les accords de Bougival.
31:40Est-ce qu'on peut encore le sauver ?
31:42Est-ce qu'il faut repartir d'une page blanche totalement ?
31:44Je rappelle qu'ils jetaient les bases d'un État calédonien,
31:48d'une nationalité calédonienne.
31:49Il n'y avait pas rien dans cet accord.
31:51Oui, il y a une idée,
31:54sauf qu'il y a beaucoup d'ambiguïté.
31:56C'est un texte de 13 pages qui est peu préparé,
31:59qui est insuffisamment préparé.
32:01Et je vous rappelle que la nationalité calédonienne ainsi créée
32:04est indexée à la nationalité française,
32:06donc extrêmement subalterne.
32:09Non, c'est une double nationalité qui est proposée
32:11dans les accords de Bougival.
32:13Oui, mais si vous renoncez,
32:15ça n'est pas une pleine nationalité.
32:17C'est une nationalité qui offre les mêmes spécificités,
32:21au fond, que la citoyenneté,
32:22c'est-à-dire des avantages précis par rapport au pays
32:26mais ça n'est pas une pleine nationalité.
32:28Donc c'est une nationalité indexée, si vous voulez.
32:32Mais c'est parce qu'on parle d'un État dans l'État
32:34et que justement c'est une spécificité institutionnelle inédite.
32:37Oui, on parle d'un État dans l'État.
32:38On est bien d'accord, c'est un État dans l'État
32:40qui n'a pas les attributions d'un État.
32:43Donc les critiques sont fortes
32:45sur le type de choses verrouillées qu'on a proposées.
32:48Parce qu'il y a énormément de verrou
32:49pour les derniers transferts de compétences
32:53et les négociations, la manière dont elles seront amenées.
32:57Donc c'est ça qui crée des crispations très fortes
32:59parce qu'on a proposé un projet
33:01qui est que, pour beaucoup d'indépendantistes,
33:04c'est un recul par rapport au chemin
33:06qui était offert par Nouméa.
33:08Et même récemment, Paul Nioutin,
33:11dans l'Assemblée de la Provinciale,
33:12a dit que Bougival n'est pas dans la continuité de Nouméa.
33:15Alors actuellement, on ne comprend pas bien
33:20ce que veut faire le gouvernement de Bougival,
33:23ce nouveau gouvernement.
33:24En tout cas, le premier pas de cet accord,
33:27c'est le report des élections provinciales.
33:29Le fait de les reporter,
33:31comme ça va être enterriné aujourd'hui
33:33par la commission mixte paritaire,
33:36pardon Patrick, Roger,
33:37c'est une première application finalement de cet accord
33:39qui est loin de faire l'unanimité.
33:41On l'a entendu avec les explications d'Isabelle Merle.
33:44Oui, vous disiez tout à l'heure,
33:45est-ce que Bougival est un accord politique ?
33:49Oui, bien...
33:52Est-ce que le report de ces élections
33:55est un acte politique ?
33:58Oui, bien évidemment.
33:59Ça s'inscrit, c'est une première étape
34:01dans le processus d'acter à Bougival
34:06par l'ensemble des délégations.
34:09Contrairement à des VAR.
34:11Des VAR, on ne peut pas mettre les choses
34:14totalement sur le même plan.
34:16Des VAR, qu'est-ce qui se passait ?
34:17Il y a eu un projet qui a été mis sur la table
34:20effectivement par Manuel Valls
34:22et il y a eu blocage
34:24d'une partie des loyalistes.
34:28Et à ce moment-là,
34:29il n'y a pas eu d'accord à des VAR.
34:31Contrairement à Bougival
34:33où là, au matin du 12 juillet,
34:37l'ensemble des délégations,
34:39les six délégations,
34:40dont celle de l'UCFLNKS,
34:42s'est réjouie de la signature de cet accord.
34:46Et simplement, moi je voudrais rappeler une chose,
34:49ce que déclarait Emmanuel Jibahou
34:52le 12 juillet à...
34:54Donc Emmanuel Jibahou,
34:56qui conduisait la délégation de l'UCFLNKS
35:01le 12 juillet après-midi
35:02à l'Élysée.
35:04Je cite ce que...
35:06Le Front de Libération Nationale Kanak Socialiste.
35:08Je précise que c'est la FLNKS
35:10pour nos téléspectateurs.
35:11Et Emmanuel Jibahou disait
35:14« Ce rendez-vous aujourd'hui est historique
35:17parce que pour nous, peuple kanak,
35:19il nous permet d'envisager des perspectives
35:21dans lesquelles on chemine
35:23vers une trajectoire que l'on choisira ensemble. »
35:27Et il ajoutait,
35:29« Quand on va passer la porte,
35:30on va se faire insulter et menacer
35:32parce que nous avons choisi un chemin différent
35:35qui n'était pas nécessairement
35:37le maintien indéterminé dans la République
35:39et qui n'était pas l'indépendance immédiate. »
35:42Parce qu'effectivement...
35:44Voilà.
35:44Fin de citation.
35:46Ce pari de la confiance
35:49que représentait l'accord de Bougival
35:52est dire effectivement
35:53« On a deux visions totalement opposées,
35:56deux projets totalement opposés.
35:58Les uns veulent le maintien dans la République,
36:02les autres veulent l'indépendance. »
36:05Mais là, Bougival,
36:06c'était ouvrir un chemin en commun
36:10qui permette effectivement
36:14de se retrouver,
36:16de retrouver cette idée d'un destin commun
36:18qui a été largement fracassé
36:21par les émeutes du 13 mai
36:24et de cheminer ensemble.
36:29C'était ça l'idée
36:30et le principe de Bougival.
36:32Et c'est ça qu'il faut préserver absolument.
36:36Même si aujourd'hui,
36:38oui, il faut parvenir à remettre
36:41le FLNKS qui est,
36:44ce qui reste maintenant du FLNKS,
36:47parce que le FLNKS d'aujourd'hui
36:49n'est pas le FLNKS de 1988,
36:52n'est pas le FLNKS de 1998,
36:55et n'est même pas le FLNKS de 2018.
36:58Il faut bien mesurer cet aspect-là.
37:00Mais n'empêche que
37:01ce qui reste aujourd'hui,
37:03ce FLNKS recomposé
37:04avec ces différents groupuscules
37:07qui ont été intégrés
37:09après le 13 mai,
37:11qui parfois étaient également opposés
37:15à l'accord de Noumé en 1998,
37:18même s'ils s'en revendiquent aujourd'hui,
37:21eh bien, il faut, oui,
37:23reprendre les discussions
37:24pour faire en sorte
37:25que ce processus puisse aboutir.
37:28Et si possible,
37:29avoir effectivement ce temps
37:31de la discussion,
37:32parce que malheureusement,
37:33la situation, l'instabilité
37:35de la situation politique hexagonale
37:38menace à tout moment
37:40de balayer cet édifice fragile.
37:43Mais ce pari de la confiance
37:44que vous décriviez,
37:46il relève d'une volonté politique
37:49mise à mal par l'instabilité,
37:51effectivement,
37:52qu'on connaît en métropole.
37:54Claudine Véry,
37:55compte tenu de ces deux interventions,
37:57celle de Patrick Roger
37:58et un peu plus tôt,
37:59celle d'Isabelle Merle,
38:00sur la précarité
38:03ou non de ces accords
38:04de Bougival.
38:05Quel est votre regard ?
38:07Est-ce qu'on peut encore
38:07les sauver ?
38:08Qu'en reste-t-il concrètement
38:09au sein de la société calédonienne ?
38:11Alors, au sein de la société calédonienne,
38:13je ne sais pas,
38:13puisque je n'y vis plus.
38:14Bon, c'est vrai que le texte
38:15a été publié au journal officiel.
38:18Bon, moi, j'ai l'impression
38:19que cet accord,
38:21pour le moment,
38:22il est sur le papier.
38:24C'est tout, quoi.
38:24Il n'est pas du tout
38:25dans la réalité,
38:26ni dans la réalité politique.
38:27Tant que ça n'a pas été validé
38:29par l'ensemble
38:31du monde politique,
38:32enfin, moi,
38:32j'ai vécu
38:33la discussion
38:34sur l'accord de Noumé
38:36en 1998,
38:37ce n'était pas du tout
38:38la même ambiance
38:39ou les mêmes échos
38:41qu'on avait.
38:42Tout le monde soutenait,
38:43il y avait un vrai consensus,
38:44tout le monde le défendait,
38:46il y avait vraiment,
38:47à part des partis minoritaires
38:49qui étaient discordants,
38:50je veux dire,
38:51les deux blocs
38:52avec effectivement
38:53des représentants,
38:54des leaders politiques
38:55qui avaient une légitimité
38:56sur leur camp.
38:57Ce qui est aujourd'hui
38:58la grande difficulté
38:59en Nouvelle-Calédonie,
39:01c'est qu'on a une classe politique
39:03complètement fragmentée
39:04avec effectivement
39:05des gens
39:06qui n'ont pas du tout,
39:08comme du temps
39:08de Jacques Lafleur
39:09et de Jean-Marie Djibahou,
39:10des personnalités
39:11qui ont autorité
39:12sur leur trou.
39:14C'est ça qui manque
39:15pour justement
39:16créer le vivre ensemble.
39:16C'est ça qui rend
39:17la difficulté,
39:19parce que c'est vrai
39:19qu'il y a eu
39:19la déclaration
39:20d'Emmanuel Djibahou,
39:21mais Emmanuel Djibahou
39:23est président
39:23de l'Union calédonienne
39:24depuis un an,
39:25je crois.
39:26Donc,
39:28c'était évident
39:28pour bien connaître
39:30comment fonctionne
39:31le monde canaque.
39:32S'il n'y a pas,
39:33on ne peut pas
39:33juste dire
39:34le leader
39:35l'a dit,
39:36s'il n'y a pas
39:36une validation
39:37par le groupe,
39:39par la base,
39:41ça ne fonctionne pas.
39:43Donc,
39:43c'est évident
39:44qu'il fallait attendre
39:45et bon...
39:47Et manifestement,
39:48ce n'était pas le cas.
39:49Quand il est rentré,
39:50la base l'a rejeté
39:50complètement.
39:51Voilà, la base l'a rejeté.
39:52Isabelle Merle,
39:53donc pour vous,
39:54ce pari de la confiance,
39:56d'un destin commun
39:57nécessaire
39:58à l'avenir serein
39:59de la Nouvelle-Calédonie,
40:01il ne passera pas
40:02par les accords
40:02de Bougival,
40:03si j'ai bien compris
40:04votre position.
40:06Ah oui,
40:06puis alors,
40:07je dirais que ça ne relève
40:09pas que de dissensus,
40:11parce que c'est un accord
40:12qui crée des dissensus,
40:14mais il faudrait aussi
40:15que de notre côté,
40:16enfin du côté français,
40:17cela soit clair,
40:18puisque Manuel Valls
40:20a lui-même déclaré
40:22que c'était un projet
40:23d'accord
40:23et non pas un accord.
40:25Et qu'au matin,
40:26où il a été signé
40:27dans des conditions
40:28quand même extrêmement...
40:29les historiens
40:32s'y pocheront
40:32à nouveau,
40:33je pense,
40:33c'était des conditions
40:34de contrainte
40:35extrêmement fortes,
40:37les gens sont partis
40:38avec l'idée
40:38qu'ils rentraient
40:39avec un projet d'accord.
40:41Et depuis,
40:42évidemment,
40:43les signataires,
40:44une partie s'est retirée,
40:45donc je le signale
40:46quand même,
40:46parce qu'en dépit
40:48des déclarations
40:48faites à 6h du matin
40:50après un rang
40:52de politique
40:52extrêmement épuisant,
40:54les choses se sont remises
40:56dans un autre sens.
40:58Je rappelle,
41:00comme le dit
41:01très bien
41:02ma collègue là,
41:03c'est que l'accord
41:04de Néa
41:04était beaucoup plus
41:06consensuel
41:08et transparent
41:09que l'ensemble
41:10des textes
41:11suffisaient à eux-mêmes,
41:12qu'il y a eu
41:12un préambule,
41:13un accord
41:14et des orientations
41:16très précises
41:16d'un lourd texte.
41:18Ce n'était pas
41:1913 pages
41:19comme l'accord
41:21de Bougival
41:21qui préparait,
41:24qui était en mesure
41:24de lancer
41:25une loi organique spéciale,
41:27celle qui mettra
41:28en œuvre l'accord
41:29très complète
41:30qui a été votée
41:31en 99
41:32en fidélité
41:34avec ce qui avait
41:35été posé.
41:36Donc on était
41:37dans un travail
41:37beaucoup plus conséquent
41:39et qui,
41:40effectivement,
41:40rendait les choses
41:41beaucoup plus consensuelles
41:43à l'époque.
41:44C'était un accord,
41:46si on peut parler
41:47d'accord historique,
41:47on peut parler
41:48d'accord de Nouméa.
41:49Et d'ailleurs,
41:50pour la France,
41:51c'était aussi historique
41:52parce que le préambule
41:54de l'accord de Nouméa,
41:54je le rappelle,
41:56c'est la première fois
41:57que la France
41:57met vraiment,
42:00suite à une longue période,
42:02enfin,
42:03la possession
42:04d'un territoire
42:05aussi long,
42:06mais les ombres
42:07et lumières,
42:07clairement,
42:08écrit un très beau texte
42:09qui acte
42:09le fait colonial.
42:11Bon,
42:11ce n'était pas rien
42:12à l'accord de Nouméa.
42:13Mais surtout,
42:13il faut rappeler
42:14que c'était transparent.
42:16Les textes eux-mêmes
42:17étaient suffisamment
42:19dans ces explicatifs
42:21pour que les gens
42:22n'aient pas de surprises
42:23dans le vote
42:24de la loi organique
42:25et sa préparation.
42:26Ce qui n'est absolument pas
42:27le cas.
42:28Et puis,
42:28il y avait ces figures
42:30emblématiques
42:31dont parlait Claudine Véry.
42:33On arrive bientôt
42:34à la fin
42:34de ce débat.
42:36Simplement,
42:37pour conclure,
42:39ce que vous dites,
42:40Isabelle Merle,
42:41c'est qu'il faut tout
42:43reprendre
42:43d'une page blanche.
42:45C'est bien ça.
42:46Mais comment faire aussi ?
42:48Parce que si on n'a pas
42:48ces figures...
42:50Dites-nous.
42:51Dites-nous comment sortir
42:51de l'impasse, selon vous.
42:52Non, c'est pas tout
42:54reprendre d'une page blanche.
42:55Les négociations,
42:57les discussions...
42:58En tout cas,
42:58l'accord de Bougival
42:59tel qu'il a été négocié,
43:00si je vous comprends bien.
43:02Voilà.
43:02Ce qui pose problème
43:03dans le report
43:04des élections,
43:05c'est qu'il y a des moments
43:06où peut-être
43:07il faudrait reculer un peu
43:08et retourner
43:10vers le pays lui-même.
43:11Et qu'il reprenne
43:13un peu sa voix,
43:14c'est-à-dire
43:15de reposer des élections.
43:16C'est pour ça que moi,
43:17je ne suis pas favorable
43:18à ces successifs reports...
43:20Mais un pays amputé
43:21d'une partie de ses électeurs.
43:22C'est le problème.
43:24C'est tout le problème.
43:24C'est la question
43:26du dégel du corps électoral.
43:29Donc vous êtes favorable
43:30au statu quo.
43:32Pour l'instant,
43:33je suis favorable
43:34à ce qu'il y ait
43:35des élections provinciales
43:38qui redonnent
43:40une légitimité
43:41au personnel politique
43:43qui aura apporté
43:45l'application
43:46de l'accord de Bougival
43:47si celui-ci se fait
43:48ou aux amendements
43:50et aux négociations
43:51qui sont appelées,
43:52d'ailleurs,
43:53par un certain nombre
43:53de groupes,
43:54y compris, par exemple,
43:55les socialistes chez nous.
43:56Donc il n'est pas gagné
43:58parce qu'y compris
43:59au Parlement,
44:00on n'est pas
44:00dans un consensus.
44:02Non, non, il y a d'ailleurs
44:04une commission mixte paritaire
44:05pour justement essayer
44:06de surmonter tous les blocages.
44:07Donc vous,
44:08je retiens votre position,
44:10Isabelle Merde,
44:11c'est le retour aux urnes.
44:12Patrick Roger ?
44:14À ce stade, simplement,
44:16je voudrais rappeler une chose
44:17que prévoit le projet d'accord
44:20de Nouméa.
44:20Je suis d'accord
44:21pour en parler de projet.
44:23Mais c'était une série d'étapes
44:27bien précises,
44:28à savoir, effectivement,
44:29le report des élections provinciales
44:32pour permettre
44:33que la discussion se poursuive.
44:36Nouméa, vous parlez de Bougival,
44:38là, pas de...
44:38De Bougival, oui.
44:40Oui, oui, vous avez dit Nouméa.
44:41Pardon.
44:42Parlez bien de Bougival, oui.
44:44Pour permettre
44:45que les discussions se poursuivent,
44:48justement,
44:49autour du projet de loi constitutionnelle
44:52qui doit être mis en discussion
44:55ensuite au Parlement,
44:56qui transcrit l'accord
45:01de...
45:01le texte de Bougival,
45:05comme ça avait été le cas
45:06pour Nouméa,
45:06et surtout l'étape suivante
45:08qui était prévue au printemps,
45:12je ne sais pas si ce calendrier
45:13va pouvoir être tenu,
45:15c'est la consultation
45:16des électeurs calédoniens,
45:20des électeurs
45:20qui ont été admis
45:22à participer
45:23aux trois précédentes consultations
45:25sur l'accession
45:26à la pleine souveraineté.
45:28Là, il n'y a pas de dégel
45:29du corps électoral.
45:30C'est ce corps électoral
45:31qui est appelé
45:32à se prononcer
45:34sur le texte de Bougival,
45:40enfin, sur le projet
45:41de loi constitutionnelle
45:42qui en aura été
45:43la transcription.
45:45C'est ça,
45:46le processus démocratique
45:47qui était prévu
45:48par Bougival,
45:49et avec, donc,
45:52une consultation
45:53des électeurs.
45:55Je crois que c'est
45:56le moment de vérité.
45:58Il doit être là,
45:59avant les élections provinciales.
46:00Et c'est un dossier
46:01extrêmement complexe
46:02que j'invite
46:02tous nos téléspectateurs
46:04à découvrir,
46:04notamment dans votre livre
46:05L'archipel de la Discord.
46:07On arrive à la fin.
46:08Malheureusement,
46:08on n'a plus le temps
46:09de ce débat.
46:11Merci Patrick, Roger,
46:12Claudine Véry
46:13et Isabelle Merle
46:13de nous avoir éclairés
46:15sur ce dossier
46:16très complexe calédonien.
46:18On nous en revient
46:19dans une quinzaine de minutes.
46:21Restez avec nous
46:21sur France 24.
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