00:00Danser, c'est une manière d'être un homme libre.
00:04C'est une manière de résister aussi.
00:05On va reprocher de danser comme une femme,
00:07on va reprocher de danser les pas de danse féminine.
00:13Et donc, pour eux, c'est une attente à la sainte virilité.
00:18Tu vas bien ?
00:19Bien et toi ? Tu peux entrer ?
00:20Oui.
00:21Génial !
00:22Un, deux, trois, quatre !
00:24Un, deux, trois !
00:26Ouais !
00:27Je suis parmi peut-être les premiers
00:29qui ont posé un regard contemporain sur la danse traditionnelle,
00:34qui est déconstructeur à la Derrida un petit peu,
00:37et qui aime en fait jouer avec les danses et jouer avec les identités.
00:44Alors je dis-moi, est-ce que parfois,
00:45il t'arrive de donner des cours de danse orientale ?
00:48C'est l'Occident qui a créé l'Orient.
00:50Moi, je dis la danse beaucoup plus égyptienne,
00:52la danse tunisienne, la danse algérienne, la danse libyenne.
00:55On est très différents.
00:55Dans la danse tunisienne, c'est ce qu'on appelle la danse des hanches,
00:59mais pas du ventre et pas aussi des fessiers.
01:05Je deviens une personnalité publique malgré moi.
01:07Pourquoi malgré toi ?
01:08Je suis privé de beaucoup de choses en fait.
01:10D'une vie intime, d'une vie privée.
01:12Franchement, à un moment donné, j'ai arrêté.
01:15Je pense que c'est avec vous que je reprends.
01:19C'est qui Rojdi Belgesmi ?
01:21D'abord, Rojdi Belgesmi, c'est un papa de deux enfants.
01:25La danse, pour moi, n'est pas seulement amitié, c'est une vocation.
01:28C'est une manière d'être un homme libre.
01:31Parce que malheureusement, dans la société arabo-musulmane,
01:35il faut respecter les normes, il faut respecter ses traditions.
01:39Moi, j'ai refusé.
01:40Ça dérange parce qu'on sort complètement des cases.
01:42Si on est décasé, c'est-à-dire tuer quelqu'un qui n'est pas du tout respecté, malheureusement.
01:49Il y a eu même des menaces de mort.
01:52C'est vrai.
01:53Et je pense que les gens commencent à accepter.
01:56C'est parce qu'on insiste.
01:57On est toujours là.
01:59On n'a pas quitté le pays.
02:00Même si on part partout dans le monde, on revient ici.
02:04Parce que mon travail n'a pas de sens si je sors de la Tunisie.
02:07Pourquoi t'as critiqué ?
02:10Pour eux, c'est une attente à la sainte virilité.
02:15Ils disent ce qu'ils veulent.
02:17Et moi, je fais ce que je veux.
02:19Je rédige une thèse ?
02:20Ouais, sur le nôtre.
02:22La danse tunisienne n'est pas du tout une danse complètement masculine, complètement féminine.
02:27Et j'essaye de localiser cette danse dans l'espace du nôtre, un peu à la Roland Barthes.
02:33J'invente rien, moi.
02:34Baroud, par exemple, te trouve certainement une part féminine à l'intérieur de cette danse.
02:40Un peu le ying-le-yang.
02:41Un peu l'animal animus, comme disait Jung.
02:43Cette partie qui n'est pas du tout assumée par les historiens.
02:49J'essaie de développer un langage contemporain à partir de ces danses.
02:52Dernier spectacle, il s'appelle Sroll.
02:54Je l'ai monté dans Tunisie.
02:55Et donc, j'ai été accueilli par des scènes internationales, des musées, etc.
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