00:00Exposés dans la collection permanente du Musée Carnavalet,
00:06institution consacrée à l'histoire de Paris,
00:09ces objets ont été collectés en 2015, dans la rue,
00:12après les attaques terroristes de Charlie Hebdo et du Bataclan.
00:18Marques de soutien aux victimes,
00:20ils avaient été déposés par des anonymes sur les lieux des tragédies,
00:24des objets hétéroclites qui raniment l'émotion des visiteurs.
00:30Je suis beaucoup touchée par la guitare électrique
00:35et par le dispositif avec la baguette de batterie et le vinyle,
00:39parce que ça fait directement écho aux attentats du Bataclan.
00:42Je trouve ça assez touchant et émouvant d'utiliser des supports,
00:46des objets qui rappellent ce qui a été attaqué directement.
00:49Et là, je pense que c'était lié plutôt à l'aspect,
00:52le fait de prendre du plaisir à aller à un concert, attaquer des artistes.
01:00Et donc, elle a été repeinte avec des dédicaces de plusieurs personnes.
01:05Je pense qu'il y a au moins deux personnes qui ont écrit des choses.
01:07On a des sortes de traces de mains, de rouges à lèvres, d'empreintes.
01:10Donc, on sent que c'est une guitare qui est passée par plein de mains différentes.
01:14Ça représente l'innocence, pour moi.
01:25Ce sourire innocent par rapport à la gravité des faits.
01:30Cet homme qui est passé là pour protéger, en fait,
01:33et qui s'est retrouvé tué par l'injustice de la vie.
01:38Ce qui m'a touchée, c'est son sourire.
01:44Son sourire, ses yeux, et sa façon d'être.
01:54Une espèce de transformation de l'émotion en un objet.
01:57Instinctivement, on pense à des enfants.
02:00Et je sais que moi, mes cousines qui étaient parisiennes,
02:03elles étaient toutes petites quand ça s'est produit.
02:05Et j'ai tout de suite pensé à elles en me disant,
02:07mais qu'est-ce que ça va être pour elles de grandir dans une ville
02:09où elles n'auront peut-être pas complètement confiance alors qu'elles sont si jeunes.
02:12Et si jeunes confrontés à une telle violence.
02:15Et au final, voir ça aujourd'hui, dix ans après,
02:19quand je repense à comment elles ont grandi et les personnes qu'elles sont devenues,
02:22je me dis que ces petites Edibert, ces petites peluches,
02:25ça représente aussi toute leur résilience et toute leur force.
02:27Donc, je trouve ça assez touchant.
02:28La mémoire collective de cette vague d'attentats se tisse entre les souvenirs individuels,
02:38subjectifs, et les efforts d'archives,
02:41comme cette collecte scientifiquement rigoureuse organisée par les archives de Paris.
02:46Un travail essentiel pour les générations futures
02:48et pour se préserver des récits alternatifs ou complotistes.
02:53Le gros risque, ce qui a déjà été présent au milieu des années 2010,
02:57c'était d'amalgamer très rapidement le terrorisme à l'islam de manière générale.
03:01Donc, je pense qu'il y a beaucoup de prévention à faire vis-à-vis de ça
03:03pour éviter les préjugés, des choses comme ça, de fait.
03:06Et de fait, ce serait intéressant que cette salle contextualise un peu plus cette question-là, je pense.
03:12Quand on voit le nom d'Amed Mehrabet,
03:14on imagine sans difficulté que c'est quelqu'un qui est issu de l'immigration.
03:17Et vu, malheureusement, la popularité de certains propos plutôt liés à l'extrême droite,
03:25en tout cas à un discours anti-immigration qui a suivi, sans surprise, les attentats,
03:30c'est assez beau et forcément, en tout cas, pas anodin de voir une œuvre qui dit « Je suis Ahmed ».
03:36Les personnes issues d'immigration, elles ne sont pas à être réduites à certains discours extrémistes.
03:42Mais au contraire, des personnes qui se sont aussi battues
03:45et des personnes qui font partie de notre pays.
03:47et qui étaient tout aussi touchées, voire plus touchées que nous par les attentats.
03:51Ça, par exemple, il y a une photo extraordinaire, mais ça, c'est des instants qui ne durent rien.
03:55Là, ça dure une semaine, un mois, six mois.
03:59C'était super intéressant parce que même le procès du 13 novembre,
04:02c'est quand même des gens qui ont été meurtrés dans leur chair, dans leurs âmes,
04:05qui expliquent en fait que ça a été trop beau.
04:07Ce moment où la France se rejoint dans cette idée de solidarité,
04:13après, ils se sont dit qu'on était tous seuls, quoi.
04:14Enfin, on était tous seuls avec nos griffes, avec nos peines, avec nos blessures.
04:18Je pense que tout ce qui rend un pays fort, avec une vision commune, avec une direction commune,
04:25et avec l'idée que chacun puisse vivre un peu sa vie comme il l'entend, c'est vraiment l'état de droit.
04:30Donc voilà, des institutions judiciaires dans lesquelles on croit,
04:35des institutions judiciaires qui ne sont pas remises en question par nos hommes et nos femmes politiques.
04:40Les choses positives et encourageantes d'une salle comme celle-ci, ça passerait plutôt par cette photo, je pense,
04:50avec la chaleur que ça dégage, le recueillement, le silence.
04:54Et derrière cette photo, il y a ce moto parisien, fluctuate, nec merguitour,
04:59battu par les flots, mais ne coule pas.
05:01Et ce café qui avait été créé à Repu, qui est un lieu où on se retrouve,
05:07qui est un bar, un café, un truc où on se retrouve, et la réponse, c'est ça.
05:10Ce slogan qui est quelque chose pour nous rassembler, pour célébrer une force,
05:16la force de Paris, qui, battu par les flots, va rester solide.
05:20On se retrouve là ensemble, et puis on boit des coups ensemble,
05:23on parle et puis on fait du lien, qui est plutôt la clé, je pense, pour affronter ce qui nous attend.
05:32Perpétuer la mémoire passe également par la construction de lieux de recueillement permanents,
05:37comme le jardin du 13 novembre, inauguré cette année.
05:40Il est situé juste derrière l'hôtel de ville de Paris,
05:43conçu pour représenter la dureté de l'événement,
05:47tout en entretenant les symboles de vie et d'avenir.
05:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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