- il y a 1 an
Journée anniversaire de l’élection des 33 premières femmes députées
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00:25:00Chère Aurore Berger, Madame la Présidente de la Délégation aux droits des femmes, chère Véronique Riotton, Mesdames et Messieurs les membres du bureau, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames les vice-présidentes, Messieurs les vice-présidents, Madame la première questionnaire, Madame la secrétaire, Mesdames et Messieurs les membres des familles de Mathilde Gabriel Péry, Germaine Pérol et Germaine Pérol.
00:25:28Chère Catherine Fraud, Mesdames et Messieurs, Les murs de cet hémicycle se souviennent, ils se souviennent de cette première séance de l'Assemblée constituante il y a 80 ans, lorsqu'à 15h, le président d'âge Paul Cutoli prend place au perchoir et prononce ses mots.
00:25:52Permettez-moi aujourd'hui de saluer l'Assemblée sans doute la plus hautement représentative de la communauté française qui ait jamais existé, puisque les femmes françaises y sont justement représentées.
00:26:09Mais qu'il fut tortueux et sinueux ce chemin vers l'égalité.
00:26:15Notre histoire est en effet pétrie de ce paradoxe.
00:26:20Si la France fut à l'avant-garde des droits de la femme, avec Olympe de Gouges et sa célèbre déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791,
00:26:30il fallut attendre l'ordonnance du 21 avril 1944 pour que le suffrage féminin soit enfin instauré.
00:26:39Dix ans après la Turquie, 26 ans après le Royaume-Uni, alors pourquoi ce retard ?
00:26:51Ce ne fut certes pas du fait de l'Assemblée nationale.
00:26:56Six fois entre 1919 et 1936, la Chambre vota pour le suffrage féminin à une très large majorité, voire à l'unanimité.
00:27:09Mais six fois, elle se heurta au Sénat.
00:27:13Écoutons ainsi ce sénateur radical, Alexandre Bayrard, justifiant son vote en 1919.
00:27:21Plus que manier le bulletin de vote, assura-t-il, les mains de femmes sont faites pour être baisées.
00:27:30La féministe Louise Weiss y répliquera avec une ironie mordante, en offrant au sénateur des chaussettes brodées de ce message,
00:27:38« Même si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodées. »
00:27:45Il faudra donc la résistance.
00:27:47Il faudra le sang versé pour que les visants s'imposent.
00:27:53En avril et mai 1945, les femmes votent pour la première fois au municipal.
00:27:59Près de 12 000 d'entre elles sont élues conseillères municipales, près de 3% au total.
00:28:07Le 21 octobre 1945, elles votent ensuite pour la première fois à des élections nationales pour élire la nouvelle assemblée constituante.
00:28:15310 femmes sont candidates, 33 sont élues, 33 premières, 33 pionnières.
00:28:26Elles sont ouvrières, avocates, enseignantes, employées, infirmières.
00:28:31La benjamine, Denise Bastide, à 29 ans.
00:28:36La plus âgée, Marie Texier-Lahoul, 56.
00:28:41Elles viennent du Gard pour Gilbert Roca, de la Guadeloupe pour Eugénie Éboué.
00:28:46Elles sont 17 communistes, 6 socialistes, 9 du mouvement républicain populaire et 1 du Parti républicain de la liberté.
00:28:55Au-delà de leur clivage, un point commun les unit, forgé dans le fer et le feu, la résistance.
00:29:05Sur les 33 élus, 27 combattirent dans l'armée des ombres, 8 furent déportés.
00:29:13C'est à leur vaillance, à leur intrépidité, que notre exposition « Résistance et combattante » rend un hommage vibrant et nécessaire.
00:29:22Mesdames et Messieurs, aujourd'hui, parmi ces 33 pionnières, nous en aurons trois.
00:29:32Trois résistantes, trois vice-présidentes de l'Assemblée nationale.
00:29:39Je commencerai par Mathilde Gabrielle Péry.
00:29:42Son histoire est celle de la plus absolue des résiliences.
00:29:46Fille d'ouvriers agricoles, ouvrières elles-mêmes, militantes communistes.
00:29:52Elle apparaît forcément suspecte aux yeux des autorités françaises, en pleine débâcle, à l'heure où la France réclame des boucs émissaires.
00:29:59C'est donc derrière les barbelés du camp de Rieux-Croc, en Lausère, qu'elle apprend le 15 décembre 1941 l'insoutenable.
00:30:12Son époux, le héros communiste de la Résistance, Gabrielle Péry, a été fusillé par les nazis au Mont-Valérien.
00:30:21Cependant, d'une force d'âme incroyable, et malgré la maladie, elle s'échappe pour gagner le maquis du Vercors.
00:30:32À la Libération, membre de l'Assemblée consultative provisoire, puis élue le 21 octobre 1945 à l'Assemblée constituante,
00:30:41elle devient la voix des sans-voix, famille de fusillés, veuves, orphelins.
00:30:47Elle dépose pour eux près de 25 textes de loi.
00:30:50Cette fille du peuple sut se faire un prénom à l'Assemblée nationale.
00:30:55Elle engravit les échelons jusqu'à la vice-présidence, où elle fut élue en 1950 et réélue en 1951.
00:31:04Elle présida 59 séances dans cet hémicycle.
00:31:08Et c'est elle que le général de Gaulle choisit pour prononcer un des quatre discours de la victoire en mai 1945.
00:31:14Ce jour, elle proclame l'avènement d'une femme nouvelle.
00:31:20Ce texte historique que vous allez entendre tout à l'heure, porté par la voix de Catherine Fraud, que je me remercie chaleureusement.
00:31:28Mathilde Gabriel Péry s'éteignait le 16 décembre 1981.
00:31:32Très exactement 40 ans et un jour après le martyr de Gabriel Péry.
00:31:40Leur cher André Taurigna, vous qui êtes la petite fille de Mathilde Gabriel Péry, je sais, la petite nièce, excusez-moi.
00:31:49Je sais combien ce destin familial vous tient à cœur.
00:31:51En juillet 2024, en ouverture de cette 17e législature, l'ordre alphabétique vous plaça sur le siège de Gabriel Péry.
00:32:01Aujourd'hui, vous êtes juste à côté de celui de Mathilde.
00:32:05Ce n'est plus un hasard, c'est un hommage.
00:32:08En ce 21 octobre, Mathilde et Gabriel Péry se retrouvent désormais réunies par-delà la mort, consacrées par ces deux plaques honorant ce couple posthume de la République.
00:32:21Mesdames et Messieurs, la deuxième femme que nous honorons est Germaine Pérol.
00:32:28Née dans une famille de réfusardes, elle avait l'habitude d'être une pionnière, car elle fut l'une des toutes premières femmes à s'inscrire au barreau de Paris.
00:32:38Avocate de conviction, défenseur de l'état de droit, c'est sans hésiter qu'elle rejoint la résistance.
00:32:45Elle mène des actions de sabotage et créa un réseau d'évasion pour les aviateurs alliés, hébergeant un officier du Special Operation Executive Britannique.
00:32:56Quand son mari, Georges, lui aussi féministe, avocat et résistant, est arrêté, elle se rend au siège de la Gestapo et, par sa seule audace, convainc un officier SS de son innocence.
00:33:07Auréolée de gloire et décorée de la médaille de la Résistance, elle poursuit, après la guerre, son engagement au centre-droit.
00:33:16Élue députée MRP de Seine-et-Oise, elle fut aussi élue vice-présidente de l'Assemblée nationale à quatre reprises, en 1946, 1947, 1948 et 1951.
00:33:28Première femme vice-présidente de l'Assemblée nationale sous la Quatrième République et la deuxième de notre histoire parlementaire après Madeleine Braun,
00:33:37elle présida pas moins de 111 séances et elle devint vite célèbre pour ses rappels à l'ordre, ferme et autoritaire, à l'encontre de députés indisciplinés.
00:33:48Son fils, l'écrivain Gilles Perrault, a raconté la condescendance de ses hommes et de leur petit sourire en coin.
00:33:56Certains allaient jusqu'à lui lancer « Les femmes, pas vous Germaine, bien sûr, mais dans les campagnes, elles sont dans la main du curé ».
00:34:06Mais Germaine Perrault n'était pas une femme à se laisser intimider.
00:34:10Défenseur de la liberté du travail face à ses adversaires communistes, elle porta aussi une haute vision de l'intégrité parlementaire
00:34:18et proposa avec d'autres de remédier aux failles de la Quatrième République en supprimant la double investiture.
00:34:27N'oublions jamais où les affres du nationalisme avaient plongé l'Europe, elle fut enfin une fervente partisane du fédéralisme.
00:34:35Elle prit ainsi la parole au Grand Congrès de l'Europe à La Haye en 1948, sous la présidence de Winston Churchill, et lança cet avertissement en 1951.
00:34:46Il y a un choix à faire, ou bien un monde concentrationnaire dont Moscou est le cerveau et le moteur, ou bien un monde libre qui n'est uni que par la notion d'un péril commun.
00:35:00Pour ne pas avoir à faire l'enjeu de cette option, il faut faire l'Europe. C'est une nécessité vitale.
00:35:10Pionnière, Germaine Perrault savait donc également être visionnaire.
00:35:16Mesdames et Messieurs, nous honorons enfin Germaine Poinceau-Chapuis.
00:35:23Enfant surdouée, major de sa promotion à la faculté de droit, elle s'inscrit au Barreau de Marseille en 1921.
00:35:32Elles ne sont alors que trois avocates face à 200 hommes.
00:35:36Et quelle émotion de voir, chère Marie-Dominique Poinceau-Portal, que vous êtes aujourd'hui, un siècle après, la bâtonnière du Barreau de Marseille.
00:35:46Dans la cité phocéenne, votre grand-mère, vite surnommée « L'As du Barreau », se fait l'avocate de tous,
00:35:53mais en particulier des femmes, en étant toujours guidées par cette devise « Sœur pour le meilleur ».
00:36:00La naissance de son fils, Maurice, atteint d'un handicap, et à qui nous pensons, fera d'elle une avocate infatigable des enfants, et en particulier des plus vulnérables.
00:36:13Puis vient la guerre, l'étrange défaite, l'armistice.
00:36:17Pour Germaine Poinceau-Chapuis, nulle hésitation.
00:36:21Aucun d'entre nous en famille, ditait-elle, n'avait pu accepter les discours sinistres de Pétain.
00:36:26Sa fiche de police vichyste mentionnera qu'elle pense mal, et depuis longtemps.
00:36:35Elle cache des Juifs, s'occupe d'orphelins, planifie l'évasion de résistants.
00:36:39Elle vole même le tampon d'un juge pour fabriquer de fausses ordonnances de non-lieu.
00:36:44Son héroïsme lui valut à la fois la médaille de la résistance et la reconnaissance des Marseillais,
00:36:49qui l'élurent en mai 1945 au Conseil municipal, puis la portèrent à la députation.
00:36:57A l'Assemblée, membre de la Commission de la justice, puis de la famille et de la santé publique,
00:37:02elle s'investit contre le fléau de l'alcoolisme et pour améliorer la santé des enfants.
00:37:07C'est aussi en cette année 1945 si symbolique qu'elle vous donne naissance, cher Jean-Marie Poinceau.
00:37:14En 1947, l'histoire frappe à la porte de votre mère.
00:37:17Réveillée à une heure du matin par le président du Conseil, Robert Schumann,
00:37:24elle apprend sa nomination comme ministre de la santé et de la population.
00:37:28Et sa première réaction, ensommeillée, entre dans les annales.
00:37:33La belle affaire, ce n'était pas la peine de me réveiller pour ça ?
00:37:36Puis elle réalise qu'elle devient la première femme ministre de plein exercice de l'histoire de France.
00:37:45La seule avant Simone Veil.
00:37:47Au ministère, tirant profit de son intelligence et de sa force inouïe de travail,
00:37:52elle sera surnommée la patronne.
00:37:54Elle dépose 13 projets de loi sur la vaccination obligatoire,
00:37:58le statut des infirmiers ou la protection de l'enfance.
00:38:01Et elle affronte tous les fléaux, sous-alimentation, mortalité infantile, pauvreté, notamment des femmes, alcoolisme.
00:38:09Ce dernier point lui vaudra d'ailleurs la haine tenace d'un autre Marseillais, un certain Paul Ricard.
00:38:17Dans cette salle des séances, sa prestance et son caractère impressionnent.
00:38:21Le président du Conseil, Paul Ramadier, lui lance même un jour.
00:38:25Madame, vous êtes le seul homme de cette Assemblée.
00:38:28Elle fut pourtant sacrifiée par son propre parti, qui publia au printemps 1948, sans la prévenir,
00:38:37un décret qui portait son nom et qui promouvait l'école libre.
00:38:41Abasourdie et la mort dans l'âme, elle quitte le gouvernement, mais pas l'Assemblée nationale.
00:38:48Car comme vice-présidente, en 1949 et 1950, elle poursuit une activité parlementaire soutenue.
00:38:55Elle préside 68 séances, dépose pas moins de 37 propositions de loi sur la protection de l'enfance et la santé publique.
00:39:03Alors, mesdames et messieurs, en 1945, elles étaient 33.
00:39:11En 1958, elles n'étaient plus que 8.
00:39:17En 1993, elles n'étaient encore que 35.
00:39:24Cela nous prouve que l'égalité n'est pas un long fleuve tranquille.
00:39:29Elle subit de violents refus et de ressacs.
00:39:32L'actualité nous le démontre chaque jour, avec ces terribles régressions, notamment aux États-Unis, en Iran, en Afghanistan et en France, à l'Assemblée nationale.
00:39:46Sommes-nous vraiment et totalement exemplaires ?
00:39:49Certes, d'immenses avancées ont pu être obtenues en 30 ans.
00:39:54Mais la parité est encore loin d'être une réalité aujourd'hui, puisque 208 femmes élues députées en 2024, le taux de féminisation plafonne ainsi à 36%.
00:40:07Presque deux hommes pour une femme.
00:40:11Alors, dès lors, il nous faut continuer à agir, sans relâche, pour que la parité ne soit plus une exigence, mais devienne une évidence.
00:40:20Et pour cela, il faut, comme nous le faisons aujourd'hui, rendre visibles les femmes, inscrire leur nom dans la pierre.
00:40:28C'est un acte éminemment politique.
00:40:31C'est offrir aux jeunes filles des rôles modèles dont la science sociale a montré toute l'utilité.
00:40:37Et c'est pourquoi Simone Veil a enfin son buste dans nos jardins.
00:40:41Et Olympe de Gouges, un bâtiment à son nom.
00:40:44Et c'est pourquoi nous avons inauguré, il y a un an de cela, les dix statuts de femmes en or dans la cour d'honneur de l'Assemblée nationale.
00:40:52Et c'est pourquoi, aujourd'hui, 80 ans, jour pour jour, après leur élection, trois nouvelles plaques sont apposées,
00:41:00en l'honneur de Germaine Poinçot-Chapuis, Germaine Pérol et Mathilde Gabriel Péry.
00:41:04En trois ans, nous aurons ainsi plus que doublé le nombre de plaques honorant des femmes,
00:41:13après celles apposées en l'honneur de Rachel l'Empereur, Marie-Madeleine Dienesch, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Madeleine Braune.
00:41:22Afin que les filles qui visitent cet hémicycle, en voyant ces noms, se disent « Oui, c'est possible, elles l'ont fait, je le ferai aussi. »
00:41:33Mesdames et Messieurs, ce combat pour la parité et pour l'égalité, 80 ans après, nous devons continuer à le mener,
00:41:40et notamment dans nos territoires, alors que seulement deux maires sur dix sont des femmes.
00:41:46Et c'est pour cela que le Parlement a voté, cette année, pour instaurer le scrutin de listes paritaires aux élections municipales
00:41:53dans les communes de moins de 1 000 habitants, soit 25 000 communes de France.
00:41:58Car oui, cette lutte est une lutte politique, mais c'est aussi une lutte économique.
00:42:05Dans trois jours, nous célébrerons justement un autre anniversaire,
00:42:10les 50 ans de la grève générale des femmes en Islande,
00:42:13qui arracha l'adoption de lois fondatrices pour l'égalité, notamment salariale.
00:42:18Ce combat, nous le menons aussi en France, avec par exemple la loi Rixa,
00:42:24qui impose 40% de femmes aux postes de direction dans les grandes entreprises d'ici 2030.
00:42:29Et en la matière, nous avons encore beaucoup de retard,
00:42:33car seules quatre entreprises du CAC 40 sont dirigées par des femmes, 4 sur 40.
00:42:40Alors voilà pourquoi ce 21 octobre doit résonner, non seulement comme un appel à nous souvenir,
00:42:47mais aussi comme un appel à agir, à s'engager, à se présenter aux élections.
00:42:54Mesdames et messieurs, je vais laisser le dernier mot à l'une de ces 33 pionnières,
00:42:59Germaine Perrol, qui s'exprima depuis cet hémicycle sur le vote des femmes en ces termes.
00:43:05Il arrive bien souvent dans l'histoire des peuples un moment
00:43:10auquel le recul du temps donnera l'importance d'un événement décisif.
00:43:16J'ai la conviction que c'est un de ces moments-là que nous sommes en train de vivre.
00:43:23Ce moment, 80 ans après, c'est le nôtre.
00:43:27Continuons à nous en saisir pour nous souvenir et pour agir.
00:43:33Je vous remercie.
00:43:35J'ai la joie et vraiment le bonheur d'inviter maintenant Catherine Fraud,
00:43:54qui va interpréter trois textes pour chacune de ces pionnières.
00:44:00Merci beaucoup Catherine.
00:44:00Merci à vous de m'avoir conviée.
00:44:05Interpréter, c'est un bien grand mot, car il s'agit d'une lecture, mais un peu quand même.
00:44:12Mais j'ai bien aimé votre manière de lire, j'avoue.
00:44:15Alors, discours de Mathilde Gabriel Péry, le 15 mai 1945, sur la femme nouvelle après la guerre.
00:44:29Monsieur le Président, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les députés, chers collègues,
00:44:40« Quelle française n'aurait pas été soulevée d'enthousiasme en parlant de la capitulation des armées allemandes, mettant fin au carnage des hommes et des femmes ? »
00:44:53Pourtant, cet enthousiasme n'était pas sans mélange.
00:44:57Et dans cette journée d'allégresse, comment chaque femme de France n'aurait-elle pas regretté de ne pouvoir se laisser aller à la même euphorie
00:45:08qui, en 1918, s'est emparée des Français quand le Carillon annonça le 11 novembre la défaite des armées de Guillaume II ?
00:45:19Car ils avaient alors l'illusion que ce serait la dernière guerre.
00:45:25Hélas, la mort a frappé trop de foyers, l'angoisse étreint encore trop de Français depuis que les troupes alliées ont brisé le silence de l'enfer des camps nazis.
00:45:38La malfaisance de cette idéologie démoniaque s'est gravée sur bien des visages, s'est inscrite sur les pierres des ruines.
00:45:50Dans la sanglante épreuve que nous avons traversée, chaque Française, plus ou moins cruellement atteinte, a été emportée par la tourmente.
00:46:00Les femmes ont partagé les peines glorieuses des hommes de chez nous.
00:46:04Et comme les hommes, pied à pied, ont eu à défendre la France sur notre sol et dans le terrible exil allemand,
00:46:12d'eux-mêmes, les femmes de France ont gravi le terrible calvaire.
00:46:19Les femmes ont lutté, souffert, travaillé.
00:46:23Dans la solitude douloureuse ou dans l'exaltation de la lutte, un grand nombre de femmes, étrangères à toute politique,
00:46:32ont compris que la guerre n'est pas un cataclysme de la nature, que la guerre est déterminée par les hommes.
00:46:39Mais après cinq ans de guerre, il y a bien des simples gens, des femmes, qui n'avaient jamais fait de politique
00:46:50et qui comprennent que Hitler a battu, l'égoïsme demeure.
00:46:56Au lendemain de la capitulation hitlérienne, les Françaises sont surprises de voir encore impunies les mains qui ont semé la ruine et le deuil.
00:47:05N'avons-nous donc pas assez souffert ? N'avons-nous donc pas assez payé pour n'être plus aveugle ?
00:47:14N'avons-nous pas assez appris pour reconnaître, avant qu'il soit inévitable, les malheurs nouveaux et ceux qui pourraient les déchaîner ?
00:47:23Si dans la lutte nationale, nous avons gagné quelque chose, nous avons gagné la lucidité.
00:47:33Et quand je dis « nous », je veux dire les femmes.
00:47:37Il a surgi de ce chaos une femme nouvelle.
00:47:41Elle s'est dégagée des vaines lamentations précisément à cause de la conscience politique qu'elle a acquise pendant la résistance.
00:47:49Elle a compris cette vérité qui a été si bien formulée par le théoricien militaire prussien Klaus Witz.
00:47:55« La guerre est la continuation de la politique de temps de paix par d'autres moyens ».
00:48:03Cette nouvelle femme française, tous lui rendent justice, puisque l'Assemblée d'Alger, puis notre gouvernement, lui ont accordé des droits que l'ennemi de la vraie démocratie avait si longtemps refusé à ses devancières.
00:48:17Aussi, cette nouvelle française, ses nouveaux devoirs civiques, l'incitent à s'intéresser plus encore à l'enchaînement des problèmes sociaux.
00:48:31D'ailleurs, la première expérience du vote des femmes, le 29 avril 1945, est concluante.
00:48:37Les femmes, dans ce vote, ont fait côté des hommes et avaient que signifié que leur volonté était bien d'aller de l'avant.
00:48:47Les femmes, ce jour-là, ont donné un démenti éclatant aux pêcheurs en eau trouble qui comptaient sur leur inexpérience politique pour fausser l'expression de la volonté française.
00:48:58Dans cette volonté française, les femmes ne se séparent plus des hommes, de même que la France entend ne pas se séparer des autres peuples qui, avec elles, ont payé un si haut prix le droit d'exprimer cette volonté.
00:49:14Et des cloches de l'armistice, si les femmes de France tirent une leçon, ce sera de s'engager résolument, pareil à leurs compagnons, dans la reconstruction d'un monde où le bonheur ne soit plus, à la merci de l'égoïsme de puissances obscures, et les petits-enfants jetés dans la chaux-vive.
00:49:38Germaine Perrol, discours de Germaine Perrol comme vice-présidente de l'Assemblée nationale le 29 novembre 1947 sur le respect dans les débats parlementaires.
00:49:59Madame la présidente de séance, madame Germaine Perrol, mesdames et messieurs les députés, chers collègues, veuillez me laisser présider ce débat.
00:50:14Il devient à la mode, dans cette Assemblée, de s'adresser des insultes les plus variées.
00:50:22Certaines sont prononcées si souvent, non seulement contre des parties, mais contre des personnes, qu'elles perdent, pour ainsi dire, leur caractère insurieux,
00:50:32au point que les personnes ou les groupes à qui elles sont adressées ne demandent même plus, comme ils pourraient le faire, le rappel à l'ordre,
00:50:41le rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal, la censure ou la censure avec exclusion temporaire.
00:50:47Je ne veux pas rappeler des paroles précises qui sont pourtant dans ma mémoire et qui ont été adressées,
00:50:55soit à ceux qui occupaient le fauteuil de la présidence, soit à des collègues siégeant sur divers bancs de cette Assemblée.
00:51:03Je dis bien divers bancs.
00:51:06Je ne veux pas rappeler non plus par qui ces paroles ont été prononcées, ni à qui elles sont adressées.
00:51:13Elles ont été adressées.
00:51:14Il est également devenu à la mode, dans cette Assemblée, de s'insulter en invoquant la résistance.
00:51:22Moi qui suis une femme et qui ai le droit aussi, comme l'orateur qui est à la tribune,
00:51:28comme des collègues siégeant sur tous les bancs de cette Assemblée, de parler de notre résistance,
00:51:33je vous dis que c'est très mal, entre Français, de se battre et de s'insulter au nom de cette résistance
00:51:41qui avait fait de nous des frères de combat.
00:51:44Au début, même dans des débats passionnés, quand vous parliez de résistance, un certain silence planait dans l'hémicycle.
00:51:58Quelle que soit la colère dont vous étiez saisis les uns et les autres,
00:52:02vous vous taisiez, vous observiez un moment de silence en pensant à cette époque de la résistance.
00:52:08De même, si blasé et si mauvais qu'il soit devenu, le souvenir de son enfance et de sa maman
00:52:16ramène toujours un peu de pureté dans le cœur d'un homme.
00:52:20Oui, madame Rabaté, vous avez parlé ainsi hier et vous m'avez émue.
00:52:30Vous parliez en femme.
00:52:32Je parle en femme et j'en ai bien le droit.
00:52:35Et en maman, j'en ai bien le droit également.
00:52:38Et on ne me le refusera tout de même pas.
00:52:40J'estime donc qu'il est mal de tirer parti de la résistance pour se battre, qu'il est mal de se lancer des insultes de ce genre.
00:52:49Je désire signaler à votre attention quelques-uns de ces principes, et d'abord celui-ci.
00:53:00Les hommes et les femmes sont égaux devant la loi.
00:53:04Il arrive bien souvent dans l'histoire des peuples, comme d'ailleurs dans la vie de chacun,
00:53:08un moment qui, sur l'heure, peut être comparé à celui qui l'a précédé ou à celui qui va le suivre,
00:53:13qui ne provoque aucun trouble et qui ne fait pas plus de bruit qu'un fruit qui tombe à l'automne,
00:53:18à qui, cependant, le recul du temps donnera l'importance d'un événement décisif.
00:53:24J'ai la conviction que c'est un de ces moments-là que nous sommes en train de vivre,
00:53:29que les Françaises, en tout cas, vivent aujourd'hui.
00:53:35Pour vous, messieurs, aujourd'hui marque l'aboutissement d'une longue tradition
00:53:39qui, depuis les premières conquêtes de nos communes et de nos cités franches
00:53:44jusqu'au combat de la libération de Paris,
00:53:46ces combats que nous avons célébrés hier avec ferveur et enthousiasme
00:53:51et jalonnés au cours des siècles par des faits
00:53:55et illustrés par des noms qui sont dans toutes les mémoires.
00:54:00Aussi, lorsque votre commission est appelée à réfléchir
00:54:04et à vous soumettre une constitution qui, je l'espère,
00:54:08et nous sommes nombreux à l'espérer,
00:54:09est présente et durable de notre Assemblée.
00:54:14Sa première phase est-elle pour renouveler l'affirmation solennelle des droits
00:54:18et des libertés du citoyen.
00:54:21Mais la deuxième phase de son préambule est tout aussi pour proclamer,
00:54:26non moins solennellement,
00:54:26que les hommes et les femmes sont égaux devant la loi.
00:54:31Peut-être aurions-nous, en définitive, préféré la rédaction primitive
00:54:36qui garantissait à la femme les mêmes droits économiques, politiques et sociaux que ceux de l'homme.
00:54:42C'est peut-être une question de rédaction qui pourrait être revue.
00:54:47N'empêche que, sur le fond, nous avons complète satisfaction
00:54:51et que par ce texte, et du même coup,
00:54:55les Françaises reçoivent à la fois leurs droits et leurs libertés.
00:55:01Je dis que c'était un événement,
00:55:04j'ai dit que c'était un événement,
00:55:06et je suis sûre que lorsque ce préambule sera soumis à votre suffrage,
00:55:10aucune voix ne s'élèvera pour contester cette égalité
00:55:14que, hier encore, pourtant,
00:55:16la Troisième République à son déclin
00:55:18avait refusée.
00:55:22Or, l'expérience de plusieurs scrutins depuis la libération
00:55:26a montré que la Française
00:55:27avait ressenti l'intérêt et le prix de stabilité qu'elle comporte.
00:55:32Au moment où la majorité du corps électoral,
00:55:35pour 54%,
00:55:36est constituée par les citoyennes de ce pays,
00:55:39la proportion des abstentions
00:55:41par rapport au scrutin d'avant-guerre,
00:55:44bien loin d'avoir augmenté,
00:55:46a au contraire diminué.
00:55:48C'est la démonstration par l'évidence
00:55:50que la décision prise sur la terre d'exil
00:55:53par le général de Gaulle
00:55:55était inspirée non seulement
00:55:57par une justice évidente,
00:55:59mais encore par l'intelligence
00:56:01des aspirations des Françaises
00:56:03et par une confiance
00:56:04qui s'est révélée justifiée
00:56:07dans leur civisme.
00:56:12Madame Germaine Poinceau-Chapuis,
00:56:16discours de Germaine Poinceau-Chapuis
00:56:19sur la justice sociale
00:56:21à l'Assemblée nationale
00:56:22le 18 septembre 1951.
00:56:26Mes chers collègues,
00:56:31dans tous les rapports parlementaires,
00:56:34comme dans votre discours,
00:56:35nous trouvons cette préoccupation prédominante
00:56:38de répondre à des besoins actuels
00:56:40qui peuvent se résumer en ceci.
00:56:44Il faut garantir
00:56:46un pouvoir d'achat minimum
00:56:48aux classes les plus défavorisées
00:56:50et parmi elles,
00:56:51à la classe laborieuse.
00:56:53Il est incontestable
00:56:55que si nous ne portons pas
00:56:57aujourd'hui notre premier effort
00:56:59sur la revalorisation
00:57:00du pouvoir d'achat,
00:57:02nous aboutirons
00:57:04à l'étranglement,
00:57:05à l'écrasement
00:57:06de notre production
00:57:07et par suite au chômage
00:57:09dans un délai plus ou moins long.
00:57:12En premier lieu,
00:57:13nous devons penser
00:57:14le problème des salaires.
00:57:17Tout se joue ici.
00:57:20Et cette question
00:57:20se réglera d'abord
00:57:21à l'échelon national,
00:57:23car c'est à l'État
00:57:25de garantir
00:57:26un minimum de justice
00:57:27à l'ensemble des citoyens.
00:57:30À l'État.
00:57:32Mais pourquoi pas aux entreprises ?
00:57:33Ajoutera-je.
00:57:35Car laisser jouer librement
00:57:36au sein de chaque entreprise
00:57:37des lois économiques,
00:57:39c'est transposer
00:57:40sur le plan de l'entreprise
00:57:41les injustices
00:57:42et les inégalités
00:57:43qui existent actuellement
00:57:45sur le plan des hommes.
00:57:47Car c'est accepter
00:57:48que certaines catégories
00:57:50de travailleurs appartenant
00:57:51à des entreprises défavorisées
00:57:53ne bénéficieront même pas
00:57:55du minimum vital.
00:57:59Reprenant la formule
00:58:00toujours vraie
00:58:01de l'accord d'air
00:58:02qu'entre le fort
00:58:03et le faible,
00:58:04la liberté,
00:58:06c'est l'oppression,
00:58:07je dirais
00:58:08que le rôle de l'État
00:58:10est précisément
00:58:11d'intervenir
00:58:12pour que cette liberté
00:58:13ne soit point assez totale
00:58:15pour se traduire
00:58:16en oppression
00:58:17envers le plus défavorisé.
00:58:20Qu'il s'agisse
00:58:22du travailleur
00:58:22ou de la catégorie
00:58:24d'entreprise
00:58:24qui groupe
00:58:25les travailleurs.
00:58:27Il faut donc
00:58:28un salaire minimum
00:58:30national
00:58:31garanti.
00:58:32Cette solution
00:58:33n'exclut point
00:58:34au contraire
00:58:35qu'à l'intérieur
00:58:36de chaque entreprise
00:58:37les travailleurs
00:58:38soient associés
00:58:38à la vie de celle-ci,
00:58:40à sa production,
00:58:41à son effort
00:58:41de productivité.
00:58:42Cette forme
00:58:45de rémunération
00:58:46qu'on a appelée
00:58:46le salaire proportionnel
00:58:48peut parfaitement
00:58:49s'ajouter,
00:58:50se juxtaposer
00:58:51au salaire minimum
00:58:52et à l'échelle
00:58:54mobile applicable
00:58:55au salaire minimum.
00:58:57Mais
00:58:57nous voulons
00:59:00à la base
00:59:01la garantie
00:59:02que personne
00:59:03en France
00:59:03ne sera conduit
00:59:04à mourir de faim
00:59:05pendant que d'autres
00:59:07auront plus
00:59:07que le nécessaire.
00:59:10Vous voyez bien
00:59:11que j'ai insisté
00:59:12surtout
00:59:13sur les aspects
00:59:14économiques
00:59:15du problème.
00:59:17Je n'ai pas voulu
00:59:17dans un débat
00:59:19que nous avons tous
00:59:20désiré sérieux
00:59:22étayer
00:59:22sans surenchère
00:59:24jeter cet élément
00:59:25humain
00:59:26qui a pourtant
00:59:26à nos yeux
00:59:27tant de prix.
00:59:28Cet élément
00:59:29qui domine encore
00:59:31les réalités économiques
00:59:32mais
00:59:32qui ne saurait
00:59:34les mépriser
00:59:35sous peine de porter
00:59:36lui-même à faux.
00:59:38Faire à l'homme
00:59:39sa place
00:59:40dans l'économie.
00:59:42Lui donner
00:59:43ce qui lui est dû
00:59:45de cette richesse
00:59:46dont il est
00:59:47le véritable promoteur
00:59:48et le créateur
00:59:50de tous les instants.
00:59:52En somme
00:59:53permettre à l'homme
00:59:55en lui donnant
00:59:56ce qui lui est dû
00:59:57de devenir
00:59:58chaque jour
00:59:58plus pleinement
00:59:59lui-même
01:00:00de se développer
01:00:01en même temps
01:00:02que nous développons
01:00:03les richesses économiques.
01:00:05Favoriser
01:00:06le développement
01:00:07de l'homme
01:00:08cette extension
01:00:09des possibilités
01:00:10de l'homme
01:00:10trouvant enfin
01:00:12les moyens
01:00:13de se réaliser
01:00:14grâce à l'accroissement
01:00:16de ses ressources
01:00:16matérielles.
01:00:18Ce n'est pas aller
01:00:19contre le réalisme
01:00:20contre l'intérêt
01:00:21bien entendu
01:00:22de chacun.
01:00:23Ce n'est pas aller
01:00:24contre la solidité
01:00:26des structures économiques
01:00:27contre l'avenir
01:00:28du pays.
01:00:30En terminant
01:00:31je vous citerai
01:00:32ce mot
01:00:33de Clémenceau
01:00:34en accroissant
01:00:36l'homme
01:00:37nous accroissons
01:00:38la patrie.
01:00:39Voilà.
01:00:42Applaudissements
01:00:43Sous-titrage
01:01:13Merci.
01:01:43Applaudissements.
01:02:13Applaudissements.
01:02:43Applaudissements.
01:03:13Applaudissements.
01:03:43Applaudissements.
01:03:55Applaudissements.
01:04:25Applaudissements.
01:04:41Applaudissements.