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  • il y a 1 an
"Mon enfant est tombé du 5ème étage il n'a pas survécu"

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Sport
Transcription
00:00Il a pris une chaise sur laquelle il est monté, il est tombé par la fenêtre.
00:04Donc on a été, mon mari et moi, interrogés par les policiers.
00:08Je crois qu'ils ont interrogé aussi le gardien et peut-être des voisins, je ne sais pas.
00:12Je me suis refait mille fois la scène dans ma tête.
00:18Alexandra ?
00:19Thibaut ?
00:20Merci beaucoup d'avoir fait le déplacement de Pipari.
00:22Bah écoute, merci de m'avoir invitée.
00:23Aujourd'hui on va parler de ton livre, du coup, Antoine, mon fils.
00:26Je te propose qu'ensemble on raconte, du coup, toute ton histoire autour de la perte d'un enfant,
00:30la reconstruction de la famille, le rôle du mari, des enfants, des frères et sœurs.
00:34Je pense que c'est une vidéo qui va toucher beaucoup de personnes.
00:36On va rentrer direct dans le vif du sujet.
00:39Est-ce que tu peux raconter l'accident, du coup, de ton fils Antoine ?
00:42C'était un soir de juin, c'était en 2020, donc l'année Covid où on a été plusieurs fois confinés.
00:47Il faisait très chaud.
00:48J'étais à la maison avec deux de mes filles et deux de leurs amis.
00:52Mon mari travaillait, il était au service, il est restaurateur.
00:55Donc il n'était pas à la maison.
00:56J'ai couché à Antoine et j'ai installé les filles pour la soirée.
01:01Et moi je me suis mise à la cuisine pour, enfin voilà, enfin tranquille pour la soirée.
01:05Et en fait, à un moment donné, il s'est levé de son lit en cachette.
01:09Il est sorti du lit, il a traversé ma chambre, il est allé dans mon bureau.
01:13Il a pris une chaise sur laquelle il est monté, il est tombé par la fenêtre.
01:17On habite au cinquième étage, il n'a pas survécu à sa chute.
01:20Il est décédé sur le coup ?
01:21Il est décédé dans l'ambulance qu'il amenait à l'hôpital.
01:23Qui s'en est rendu compte ?
01:25En fait, j'ai été prévenu par le gardien de l'immeuble qui a sonné à ma porte
01:29en me disant qu'il y a un enfant dans la cour et il est mort.
01:32Je suis descendu, en l'occurrence il n'était pas encore mort à ce moment-là.
01:36Il y avait déjà des personnes qui avaient appelé les secours, qui sont arrivées très vite.
01:39Mais voilà, c'était...
01:40Est-ce qu'on peut parler d'un choc ou c'est encore pire que ça ?
01:42Oui, évidemment.
01:44Je me suis installée à 21h.
01:46J'avais un fils qui allait très bien et qui m'a rappelé trois fois pour que je lui sente sa chanson du soir.
01:53Et à minuit, il était décédé.
01:54Donc oui, c'est un très très gros choc.
01:57C'est violent sur tous les aspects.
01:59Et bien sûr, on n'est pas préparé à ça.
02:00Personne n'est préparé à ça.
02:01Pas du tout.
02:03Est-ce qu'il y a eu une enquête qui a été ouverte suite à l'accident ?
02:05Oui, il y a eu une enquête puisqu'il est formellement décédé sur la voie publique.
02:11Dans ce cas-là, il y a systématiquement une enquête.
02:13Donc on a été, mon mari et moi, interrogés par les policiers.
02:17Je crois qu'ils ont interrogé aussi le gardien et peut-être des voisins, je ne sais pas.
02:22En tout cas, les policiers ont été très bienveillants avec nous.
02:25Ils nous ont séparés, ils nous ont fait raconter la manière dont on avait vécu l'un et l'autre la situation.
02:30Mon mari est arrivé après les secours, mais avant qu'il soit évacué à l'hôpital.
02:35Donc voilà, on a raconté et on a dû attendre que formellement l'enquête soit terminée
02:40pour que l'enterrement ait pu avoir lieu.
02:42Et là, du coup, j'imagine que c'est toute une organisation qui se met en place.
02:45Parce que ça, il faut préparer la cérémonie, etc.
02:48Et c'est du stress en plus.
02:49C'est du stress, mais à la fois, c'est aussi un moment où tous nos amis, notre famille sont venus nous voir,
02:57nous ont soutenus, nous ont épaulés.
03:01Le fait de préparer la cérémonie, paradoxalement, ça aide aussi à canaliser l'énergie sur quelque chose.
03:10Parce qu'évidemment, on est obligé de se mettre en mode survie, de se faire à manger, etc.
03:15Là, le fait qu'on ait beaucoup de gens à la maison, ils nous nourrissaient,
03:20ils s'assuraient qu'on était pris en charge sur nos besoins basiques, on va dire.
03:25Et le fait de préparer cette cérémonie, ça nous a permis de penser à ce qu'on souhaitait faire passer comme message,
03:31y compris pour nous, y compris à nos enfants, de préparer les chansons,
03:36ce qu'on a fait avec en particulier les sœurs de mon mari qui sont venues.
03:40Donc, il y a eu des moments, on ne peut pas dire qu'ils étaient joyeux,
03:43mais qui, en tout cas, étaient vraiment des moments familiaux, chaleureux.
03:47Nécessaires.
03:47Et en fait, on ne l'a pas du tout vécu comme une contrainte, mais plutôt comme un moyen de nous canaliser
03:54dans ce moment qui était évidemment extrêmement douloureux.
03:57Est-ce que tu t'es senti coupable de l'accident ?
04:00Alors, ça, c'est peut-être la question la plus difficile.
04:03La réponse, c'est oui, je me suis senti coupable.
04:05Je me sens toujours coupable.
04:07J'étais la seule responsable ce soir-là.
04:09Il était sous ma responsabilité.
04:10Donc, évidemment, je me suis refait mille fois la scène dans ma tête.
04:15Et si, et si, j'avais fait différemment.
04:19Je l'avais couché ailleurs.
04:20J'avais laissé la fenêtre fermée, etc.
04:23Après, peut-être que ça se serait passé quand même un règlement.
04:26Avec des scies, avec des scies.
04:28Peut-être que ça aurait été sur la responsabilité de quelqu'un d'autre,
04:31que je n'aurais peut-être pas moi-même réussi à pardonner.
04:34Donc, assez vite, rationnellement, on se rend compte que ces scies,
04:38ça ne change pas la situation.
04:39En fait, de toute façon, mon fils est décédé.
04:42Il faut que je vive avec ça.
04:45Donc, je dois me rappeler régulièrement qu'il faut que je me pardonne.
04:49Ce que la plupart du temps, je réussis à faire.
04:51Il y a une chose qui m'a aidée par rapport à ça.
04:54C'est que dans notre famille proche, on a eu un drame qui n'est pas comparable,
04:58mais qui est assez similaire.
05:00Une noyenne, en l'occurrence.
05:01Et je sais que de très nombreuses fois, je me suis dit que ça devait être dur pour eux.
05:04Mais à aucun moment, je me suis dit quelque chose du style,
05:07quand même, ils auraient pu mieux la surveiller.
05:10Ça m'a beaucoup aidé, moi, de ne pas avoir porté de jugement, en fait.
05:13Donc, c'est ce dont je me souviens quand je me dis qu'il ne faut pas que je m'en veuille plus.
05:18Ah, bien sûr.
05:19Un accident, malheureusement, c'est horrible à dire, mais c'est la faute à pas de chance.
05:22À chaque fois, c'est cette phrase qui paraît bénigne,
05:24mais face à ça, on est impuissant.
05:26Face à ça, ça aurait pu être un accident de voiture ou quoi.
05:28Là, malheureusement, on ne peut rien y faire.
05:30Je donne une anecdote, mais j'ai sauté d'un pont un jour dans une séance de canyoning
05:35et je me suis fait très mal au dos, je me suis fracturé une vertèbre.
05:39Et je suis arrivé à l'hôpital en disant, mais c'est quand même un accident vraiment bête.
05:43Et l'infirmière m'avait dit à ce moment-là, vous savez, il n'y a pas d'accident intelligent.
05:47Tous les accidents sont bêtes, malheureusement.
05:49Comment réussir à se pardonner ?
05:51Je l'ai dit en partie, il faut accepter de le faire, déjà,
05:55parce que ce n'est pas forcément si facile que ça.
05:59Et puis les autres m'aident beaucoup.
06:01Mon mari, ma famille, mes amis,
06:04ils sont avec nous pour nous aider dans l'épreuve et dans notre vie d'aujourd'hui
06:08et pas pour nous juger, quoi.
06:10Donc ça a beaucoup aidé, ça aussi.
06:11Comment ton mari, lui, a vécu cet accident, ce pardon aussi ?
06:15Et est-ce que, du coup, votre relation a connu un avant-après ou pas ?
06:18En fait, on en a parlé, pas très souvent.
06:21On en a parlé, il m'a dit qu'il comprenait que je m'en veuille
06:26et que c'était naturel que ce soit le cas, mais que lui, il ne m'en voulait pas.
06:29Il ne me l'a dit qu'une seule fois, mais c'était important qu'on ait cette discussion
06:34et c'est vraiment bien qu'il le dise.
06:36Est-ce que notre relation a eu un avant et un après ?
06:39Alors, mon mari est formidable, c'est écrit sur la quatrième de couverture.
06:43D'ailleurs, il m'a dit, on aurait pu s'arrêter là, en fait.
06:46Dans le livre, ça aurait suffi.
06:47Il est aussi hyper agaçant et parfois très pénible.
06:51Donc, on se dispute beaucoup, on s'est toujours disputé beaucoup.
06:54Mais cet événement, c'est un peu un exemple de ce que je vais dire.
06:57Mais dans les moments difficiles, on se serre les coudes malgré tout.
07:00On sait se dire ce qui est difficile à entendre, mais on est là l'un pour l'autre.
07:04Et là, il est là pour moi. J'espère que je suis là pour lui aussi.
07:07Est-ce que vous en parlez aujourd'hui encore de cette histoire ?
07:11On parle d'Antoine.
07:12Pas tout le temps, pas tous les jours, mais ça nous arrive d'en parler.
07:16Et ça nous arrive aussi, quand il y a des moments où on ne se sent pas très bien, de nous le dire.
07:22Mais ça reste un sujet qui est difficile à aborder, même entre nous, en fait.
07:26Ça vient parfois naturellement.
07:28Et puis, parfois, il y a beaucoup de temps qui s'écoule sans qu'on en parle.
07:31Tu penses qu'à terme, ça restera un peu un sujet tabou ou à force des années ?
07:36Je pense que le temps qui passe nous aide à en parler plus sereinement et à plutôt se remémorer les souvenirs.
07:42Les bons souvenirs.
07:43C'est ça, exactement, qui a parlé du deuil.
07:46Et puis, on était à un événement, par exemple, il y a deux semaines, qui était le mariage de sa cousine,
07:52qui était la grande sœur de la petite fille dont j'ai parlé, qui est décédée, noyée.
07:56Ça a remonté, évidemment, pas mal de choses.
07:58On a réussi à s'en parler.
08:00On ne s'en est pas non plus parlé pendant tout le mariage.
08:02On s'est juste dit, c'est un peu chargé.
08:05Bien sûr, c'était puissant.
08:06Du coup, tu m'as dit que tu avais d'autres enfants.
08:08Tu avais trois filles, c'est ça ?
08:09Oui, tout à fait.
08:10Comment elles ont vécu, du coup, cette épreuve ?
08:12Alors, c'est assez difficile pour moi de répondre à cette question,
08:15parce que je ne suis pas forcément la personne à qui elles disent tout.
08:19Mes filles ont aujourd'hui 15, 13 et 9 ans.
08:22Donc, autant te dire que celles de 15 et de 13, je ne suis pas sûre d'être leur principale confidence.
08:26Elles ont été dévastées, extrêmement tristes.
08:30Elles l'ont exprimée plus ou moins naturellement.
08:32La petite, peut-être plus naturellement que les deux autres.
08:34La cadette a exprimé beaucoup de colère, de tristesse, etc.
08:39L'aînée a beaucoup parlé, écrit sur le sujet.
08:44Je pense qu'elle a moins exprimé à moi sa tristesse,
08:47mais pour autant, elle était assez enfouie.
08:49Elle est ressortie à plusieurs moments de manière un peu violente.
08:52Aujourd'hui, elles vivent leur vie, mais c'est difficile de savoir.
08:56Enfin, voilà, à 13 et 15 ans, on a plein de problèmes.
08:58On n'est pas tout le temps content de notre vie pour plein de raisons.
09:01Bien sûr, c'est l'âge où on ne se sent pas à notre place, c'est l'adolescence.
09:05Donc, savoir, évidemment, le décès de leur frère est un marqueur dans leur existence.
09:11Savoir à quel point ça pèse, est-ce que ça leur pèse justement ou est-ce que ça les aide,
09:15c'est très difficile à savoir.
09:16Donc, on est vigilant, on essaye d'être à l'écoute.
09:19On essaye aussi de s'assurer qu'elles aient d'autres personnes à qui parler le cas échéant.
09:23Bien sûr.
09:23Mais je ne sais pas complètement répondre.
09:25Ok, très bien.
09:25En tout cas, je pense qu'elles regarderont peut-être cette vidéo.
09:28Donc, on leur fait un coucou.
09:29Est-ce que suite à cette histoire, tu es devenue surprotectrice ?
09:33Alors, quand il y a un événement comme ça qui survient,
09:36alors je pense que c'est en particulier vrai pour les accidents,
09:38mais en fait, je pense qu'un décès en général, ça crée ça.
09:42Il y a un peu la tendance naturelle à vouloir mettre tout le monde sous la cloche.
09:45Et juste après le décès d'Antoine,
09:49quand mes filles sortaient, achetaient des bonbons ou quoi,
09:52c'était vraiment très, très dur pour moi de les laisser sortir.
09:56Je les voyais écrasés dans la rue.
09:58C'était horrible.
09:59Tu voyais le mal partout.
09:59Je voyais le mal partout, exactement.
10:01Ça s'appelle l'état d'alerte.
10:02C'est un truc qui est lié au traumatisme.
10:04Visiblement, c'est assez naturel.
10:06Et inversement, en fait, ça n'a tellement pas de sens un accident comme ça
10:10qu'il peut y avoir aussi le côté...
10:13De toute façon, ça ne sert à rien que je m'évertue
10:15à essayer de les protéger.
10:17Même en faisant mon max, le pire est arrivé.
10:21Il faut trouver le juste équilibre pour réussir à revenir.
10:23Donc, ce qu'on essaye de faire, c'est de revenir dans un équilibre
10:26qui était plus ou moins celui d'avant.
10:29Et puis, en plus, maintenant, on a des adolescentes.
10:32Donc, de leur laisser le bon degré de liberté
10:35pour qu'elles fassent des choses et qu'elles vivent leur vie.
10:37Et puis, à la fois, de les alerter, de les protéger.
10:41Ce n'est pas facile.
10:42Je pense que c'est facile pour aucun parent.
10:44Et puis, avec ça, dans le paysage, le décès de leur petit frère,
10:47c'est vrai que ça pose encore d'autres questions.
10:49Bon, on espère trouver l'équilibre.
10:51OK.
10:52Ça viendra de ça avec...
10:53Après l'adolescence, tout ça, ça va venir...
10:55Est-ce que vous avez déménagé ?
10:56Alors, non, on n'a pas déménagé.
10:58C'est drôle.
10:59C'est une question que nous ont posé beaucoup de gens.
11:02Alors, évidemment, l'appartement, c'est l'endroit d'où il est tombé.
11:06C'est un endroit qui est très chargé à cause de ça.
11:08Mais c'est aussi, en fait, l'endroit où Antoine a passé toute sa vie.
11:11En fait, on a aménagé dans cet appartement juste avant sa naissance.
11:15Donc, il y a tous les souvenirs de sa vie aussi dans l'appartement.
11:18Et puis, il est très cool, cet appartement.
11:21À part qu'il est situé au cinquième étage.
11:23Mais ça fait aussi partie du fait qu'il est cool.
11:25On en a parlé en famille, etc.
11:26Et on a choisi de rester en se disant que s'il y a un moment donné,
11:29pour les uns ou les autres, ça devenait trop pesant,
11:31on se poserait la question.
11:33Mais plutôt avec une raison des vivants.
11:35Parce qu'il faut qu'on déménage ailleurs.
11:37Ou parce que c'est devenu trop grand.
11:40Un jour, les filles s'en vont, etc.
11:43Une raison logique.
11:44Une raison logique, voilà.
11:46Ou alors vraiment parce que c'est devenu trop pesant.
11:48Mais on s'est tous dit que c'était à ce stade, en tout cas.
11:50D'accord.
11:51Mais c'est intéressant ce que tu dis.
11:52C'est vrai que ce n'est pas juste le lieu d'un drame.
11:54C'est aussi le lieu où ils rigolaient,
11:57ils passaient des bons moments et tout.
11:58Exactement.
11:58Je te dis que c'est intéressant parce que moi,
12:00j'ai la fille d'un très bon pote d'enfance à moi
12:02qui s'était malheureusement suicidé dans une maison.
12:05Et en fait, je me suis toujours posé la question
12:06pourquoi les parents n'avaient jamais déménagé ?
12:08Et maintenant, peut-être que j'ai une partie de la réponse
12:10qui est de dire qu'il n'y a pas que du négatif.
12:12Il y a aussi des bons moments.
12:13Peut-être pour se souvenir un peu de tout ça.
12:15Oui, tout à fait.
12:16Quelle a été la réaction de la famille, des proches et des amis ?
12:19On a eu, je pense, et on a encore aujourd'hui,
12:22énormément de chance.
12:24L'oncle de mon mari m'avait dit
12:25vous verrez, vous aurez des copains formidables.
12:28Et c'est vrai.
12:28Ils ont été là, ils sont encore là.
12:31Certains très présents, certains même plus qu'avant,
12:33certains un peu moins, qui se sont fait plus discrets.
12:35Mais que ce soit notre famille ou nos amis,
12:41on n'a eu que du soutien et des réactions
12:46qui allaient vers nous et pour nous aider.
12:49Ils étaient présents ?
12:50Ils étaient présents, oui.
12:51Très bien.
12:52Quelles sont les étapes par lesquelles on passe
12:54quand on fait le deuil d'un enfant ?
12:55Alors, traditionnellement, on parle des étapes,
12:58c'est les mêmes pour tous les deuils,
12:59qui sont le déni, la colère.
13:01La colère, la résilience, etc.
13:04La culpabilité aussi.
13:05Alors moi, en fait, je ne me suis pas trop reconnue
13:08dans ces étapes-là.
13:09Ni tellement la colère, ni même le choc.
13:14Enfin, a posteriori, peut-être je me suis dit un peu,
13:16mais je ne me suis pas trop reconnue
13:18dans ces étapes traditionnelles du deuil.
13:19Et en revanche, j'ai vécu plein de choses
13:21dont personne ne m'avait jamais parlé.
13:24Par exemple, le deuil, c'est physique.
13:26Les douleurs qu'on ressent ou les choses qu'on ressent,
13:29elles se ressentent physiquement.
13:30On a du mal à dormir.
13:32Il y a des gens qui perdent leurs cheveux.
13:34Mon mari, il a fait ce qu'on appelle dans la famille
13:36une Édouard Philippe.
13:38Une alopécie, là, c'est ça ?
13:39Il a eu la barbe qui a blanchi.
13:41Et en fait, on est vraiment physiquement très impacté.
13:44J'ai une amie d'amis qui a perdu son fils
13:46qui m'a dit, en fait, la première année,
13:48je l'ai passé à prendre soin de moi
13:50parce que je me suis rendu compte
13:52que mon corps souffrait vraiment.
13:54Ça, par exemple, c'est quelque chose
13:54qu'on ne m'avait jamais dit.
13:56Enfin, en tout cas, que j'avais peut-être entendu,
13:57mais que je n'avais pas intériorisé.
13:59Et donc, en fait, je ne me retrouvais pas trop
14:01dans les phases traditionnellement décrites du deuil.
14:04Et j'ai une connaissance.
14:07Un ancien prof qui s'appelle Robin
14:09qui est très présent dans le livre.
14:11En fait, il m'écrivait chaque jour
14:12une petite anecdote
14:14qui finissait à chaque fois
14:15par une petite phrase de soutien.
14:18Encore un pas.
14:19Et en fait, au travers de ce qu'il m'écrivait,
14:22j'ai réussi à analyser
14:25des sentiments que je vivais.
14:26Donc, en fait, petit à petit,
14:28j'ai commencé à lui répondre
14:30et à construire, à écrire au départ pour moi
14:33ce que je ressentais en réponse
14:35à ce qu'il m'écrivait.
14:37Je donne juste un exemple.
14:38Par exemple, à un moment donné,
14:39il m'a écrit quelque chose
14:41sur la ressaca,
14:42qui est le nom de la gueule de bois
14:44en espagnol,
14:45qui veut en faire dire le ressac.
14:47Donc, les vagues qui vont
14:48dans un sens et dans l'autre.
14:49Et en fait, j'ai trouvé
14:50que cette image des vagues
14:52était très, très bonne
14:53pour décrire ce qu'on ressent dans le deuil.
14:55Parce qu'en fait, on a l'impression
14:56qu'on est toute la journée
14:58chez nous, apathique ou à pleurer.
15:00En fait, ce n'est pas du tout ça qui se passe.
15:01Il y a des moments
15:02où on a l'impression d'aller très bien.
15:04Et puis, l'instant d'après,
15:05on a besoin de s'asseoir,
15:07on s'effondre en larmes,
15:09on oublie quelque chose,
15:10on y pense et ça nous serre la poitrine.
15:13Enfin, en fait,
15:13il y a tout un mélange d'émotions
15:14qui est très proche des vagues,
15:16qui, avec le temps,
15:18s'espacent et deviennent
15:19un peu moins violentes.
15:21Mais du coup, typiquement,
15:22et à chaque anecdote
15:23qui m'envoyait,
15:24ça me donnait une clé de lecture
15:25de mes propres émotions.
15:27Donc, je n'ai pas du tout répondu à la question,
15:28mais je ne m'en suis pas reconnue
15:29dans les phases de deuil classiques.
15:31En revanche,
15:32j'ai trouvé d'autres choses.
15:33C'est l'une des choses
15:35qui m'a poussée à écrire,
15:36c'est que ce n'était pas du tout
15:37la manière dont j'avais perçu
15:39le processus de deuil jusqu'à ce moment.
15:41Est-ce que, justement,
15:42écrire un livre,
15:43ça t'a aidé dans ton deuil ?
15:45Comment ?
15:46Alors, clairement,
15:47ça m'a beaucoup aidé.
15:48On a une ancienne nounou
15:49qui est venue nous voir
15:51juste après le décès d'Antoine.
15:53Elle, à elle,
15:54ce n'est pas du tout la même histoire,
15:55mais elle a perdu un bébé.
15:57Elle attendait des jumeaux
15:58et elle a perdu un des deux jumeaux
15:59à la naissance.
16:00Et quand elle est venue nous voir
16:01après le décès d'Antoine,
16:03qu'elle avait gardé,
16:03en l'occurrence,
16:04elle a apporté aux filles
16:05un espèce de journal intime
16:08absolument affreux,
16:09rose,
16:09avec un crocodile dessus,
16:11en moumoute,
16:12affreux.
16:12Mais en nous disant,
16:13moi, j'ai beaucoup écrit,
16:14j'ai dessiné, etc.,
16:16après le décès de mon bébé,
16:18et ça m'a aidée.
16:19Et en fait, je me suis dit,
16:20moi aussi, je peux essayer.
16:22Et vraiment, au début,
16:23c'était comme une catharsis.
16:25C'était vraiment pour sortir de moi
16:27toutes ces émotions
16:28que j'avais du mal à comprendre,
16:29qui étaient très envahissantes.
16:31Donc ça, ça m'a aidée
16:32d'une première manière.
16:33La deuxième chose,
16:34c'est que ça a été un moyen
16:35pour moi très vite
16:36de sanctuariser,
16:38d'écrire les souvenirs
16:39que j'avais d'Antoine.
16:40J'avais besoin d'écrire
16:41tout ce que j'avais vécu avec lui.
16:43J'avais peur de les oublier.
16:44Donc j'avais vraiment besoin
16:45de les fixer.
16:47Et puis la troisième chose,
16:48c'est qu'au fur et à mesure
16:49que j'écrivais,
16:49je me disais,
16:50mais en fait, tout ça,
16:51alors évidemment,
16:52je ne l'aurais peut-être pas lu avant,
16:54mais j'aurais aimé
16:55qu'on m'en parle,
16:57qu'on me le dise,
16:58qu'on me l'explique.
16:59Je ne suis pas une scientifique,
17:00je n'ai pas les clés du sujet,
17:01mais de se dire
17:02qu'en fait,
17:03je ne suis pas seule
17:04à ressentir ça,
17:04je ne suis pas en train
17:05de devenir folle
17:06et qu'en tout cas,
17:07il y a plein d'autres gens
17:07qui ressentent ce type d'émotion.
17:09Je me suis dit,
17:10en fait,
17:10ça peut servir à la fois
17:12aux personnes qui sont en deuil
17:13et puis aussi à leur entourage
17:14qui souvent est un peu
17:16dans l'incompréhension
17:17ou à ne pas savoir
17:18comment réagir.
17:20Donc, petit à petit,
17:21ça m'a aidé aussi
17:21en me disant,
17:22c'est aussi un moyen
17:23de passer des messages
17:25sur une épreuve
17:26dont on ne parle pas beaucoup.
17:28Comment on le fait aujourd'hui ?
17:29Est-ce que suite au livre
17:30que tu as sorti,
17:31du coup,
17:32Antoine, mon fils,
17:32il y a beaucoup de gens
17:33qui t'ont écrit,
17:34envoyé des messages,
17:35des lettres peut-être
17:36ou sur les réseaux,
17:37des commentaires ?
17:37Alors oui,
17:38j'ai eu pas mal d'échanges
17:39suite au livre,
17:41essentiellement des parents
17:42qui étaient passés
17:44par des épreuves,
17:45enfin, en gros,
17:46qui avaient perdu un enfant.
17:48On a eu l'occasion
17:49d'échanger sur les réseaux,
17:50voire dans certains cas
17:51de se rencontrer.
17:52Ça fait partie des choses
17:54que je trouve vraiment intéressantes.
17:56D'abord,
17:57de savoir qu'on n'est pas seul,
17:59qu'en fait,
17:59c'est un événement
18:00qui survient,
18:01pas forcément le côté accidentel,
18:03mais la mort d'un enfant
18:04plus souvent qu'on le pense.
18:06Donc, il y a énormément
18:06de gens autour de moi,
18:08mais y compris
18:08dans mon cadre professionnel
18:10et amical,
18:10dont j'ai appris
18:11qu'ils avaient perdu un enfant,
18:12ou un frère,
18:13ou une sœur
18:14et avec qui on a pu échanger
18:15là-dessus
18:16alors qu'on ne l'avait jamais fait
18:17auparavant.
18:18Donc, c'était bien.
18:20Est-ce que ça fait du bien
18:20de sentir qu'on n'est pas seul
18:22à avoir vécu ce genre d'épreuve ?
18:23Bien sûr.
18:24C'est malheureusement
18:25difficile à dire
18:26parce que ça veut dire
18:27qu'il y a d'autres gens
18:28qui ont traversé
18:28ce type d'épreuve,
18:30mais oui, ça aide.
18:31Et encore une fois,
18:32ça aide à savoir
18:33comment est-ce qu'ils traversent
18:35les choses.
18:36Ce qui est plus compliqué,
18:38je trouve,
18:38c'est les messages
18:39qui peuvent être négatifs,
18:41alors je ne parle pas
18:42de jugement,
18:43etc.,
18:43mais des personnes
18:44pour qui,
18:45en tout cas,
18:45moi, c'était très dur
18:46au début,
18:47qui viennent et qui disent
18:48à 50 ans après,
18:50c'est toujours aussi douloureux
18:51pour moi
18:51ou qui viennent me voir
18:53en me disant
18:53oui, mon frère a perdu son fils,
18:54il ne s'en est jamais remis.
18:56Ça, c'est dur.
18:57Là, je me dis oui,
18:57mais OK, merci beaucoup.
18:59Mais moi,
18:59j'aimerais bien que...
19:01Réussir à me relever,
19:02avancer.
19:02Réussir à me relever
19:03parce que,
19:04enfin voilà,
19:04encore une fois,
19:05j'ai trois filles,
19:06j'ai une famille.
19:07Bien sûr.
19:08C'est indispensable en fait.
19:09Bien sûr.
19:10C'est la partie
19:11qui peut être un peu plus...
19:12Un peu, ouais,
19:13un peu dure.
19:14difficile à entendre.
19:14OK, je comprends.
19:15Comment s'autoriser
19:16à rire de nouveau,
19:17à avoir du bon temps
19:19après un drame pareil ?
19:21À quel moment
19:21on a ce déclic-là
19:22de se dire
19:23j'ai le droit
19:23d'avancer dans la vie,
19:25j'ai le droit
19:25de...
19:26la vie n'est pas finie ?
19:27Voilà, comment...
19:28Alors d'abord,
19:29d'après moi,
19:30ce n'est pas un droit,
19:31c'est un devoir en fait.
19:32Alors ça peut être conscient
19:33ou non,
19:34et ce n'est pas vraiment
19:35un choix,
19:35mais en gros,
19:37soit on fait le choix
19:38de la mort,
19:40soit on fait le choix
19:40de la vie.
19:41Si on fait le choix
19:41de la vie,
19:42autant y aller jusqu'au bout,
19:45le faire à moitié,
19:46en restant sans arrêt
19:49emprisonnée
19:49dans la douleur,
19:51c'est d'après moi
19:52pas viable en fait,
19:54pas acceptable.
19:56Typiquement,
19:57mes filles,
19:58elles ont déjà vécu
19:59le décès de leur frère.
20:00si elles peuvent éviter
20:01d'avoir en plus
20:02des parents déprimés
20:03à la maison,
20:04ce serait quand même
20:04pas mal pour elles.
20:05Bien sûr.
20:06Et puis,
20:06il y a autre chose aussi,
20:08c'est que la douleur,
20:09on ne peut pas la contourner,
20:11elle existe,
20:12elle est là.
20:12On n'a pas à se sentir
20:13obligé d'être tout le temps
20:15dans cette douleur.
20:16Il y a plein d'autres manières
20:18de rester en contact
20:20avec la personne
20:21qui est décédée,
20:22en fait,
20:22d'en parler avec le sourire,
20:24de s'en souvenir différemment.
20:26Et en fait,
20:27c'est ça que vraiment,
20:28j'ai essayé de faire
20:29en écrivant le livre
20:30et en faisant d'autres choses.
20:31On a été planter un arbre
20:33chez des amis
20:34sur leurs conseils.
20:35Mais en fait,
20:36c'est d'autres manières
20:37de se souvenir
20:38et d'ancrer les choses
20:40qui sont positives
20:41et qui ne sont pas
20:42que dans la douleur.
20:42Donc,
20:42je ne réponds pas complètement
20:43à la question encore une fois.
20:45Je ne sais pas comment on fait
20:46pour y arriver,
20:47mais moi,
20:47en tout cas,
20:47je l'ai vécu
20:48comme une obligation absolue.
20:50De ne pas rire à nouveau,
20:53pour moi,
20:53c'est indispensable.
20:54En fait,
20:55pendant la cérémonie
20:56d'enterrement,
20:57on a chacun parlé.
20:58Mon mari,
20:59moi et ma fille aînée
21:00a parlé également.
21:01Et en fait,
21:01pendant que j'ai parlé,
21:02alors mon mari a parlé d'amour
21:04et moi,
21:04j'ai plutôt parlé
21:05de la mémoire
21:05et du souvenir.
21:07Et en fait,
21:07il y a un moment donné
21:08où j'ai parlé de mon mari
21:08et où j'ai dit,
21:09comme je l'ai fait aujourd'hui,
21:11qu'il était à la fois formidable
21:12et très agaçant.
21:13Et en fait,
21:13je l'ai entendu dans la salle,
21:15alors qu'il y avait 500 personnes
21:16qui étaient bien entendues
21:17à un enterrement
21:18d'un enfant.
21:19Donc,
21:20c'était évidemment très dur.
21:21J'ai entendu
21:22un petit brouissement
21:23du sourire de la salle.
21:24Et en fait,
21:25je me suis dit,
21:26c'est bien
21:26parce que les gens sont là
21:28à un moment
21:28qui est évidemment très dur.
21:30Mais déjà,
21:30tout le monde était habillé
21:31en couleur et en blanc.
21:33Et donc,
21:33c'était aussi le côté
21:35la vie reprend.
21:36Parfois,
21:36quand il y a un décès
21:38ou un accident,
21:39on se rend compte.
21:40Donc là,
21:41je pense à un truc
21:41qui n'a rien à voir,
21:42mais on a un ami
21:43qui s'est blessé
21:44un soir de 31 décembre.
21:46Pour le coup,
21:46un truc vraiment débile.
21:47On s'est tous retrouvés
21:48à l'hôpital
21:48et c'était un peu chargé.
21:50En plus,
21:51les infirmières
21:51étaient assez mécontentes
21:53d'être dérangés
21:54un 31 décembre
21:54pour une bêtise.
21:56Et en fait,
21:57il avait un trou
21:57dans sa chaussette
21:58et c'est resté un peu
22:00le truc de...
22:01En fait,
22:02plus rien n'était grave.
22:04Je pense qu'il faut...
22:06On se rend compte
22:07que très vite,
22:07on revient à des choses
22:08qui sont...
22:09Banales.
22:10Banales, en fait.
22:11Et c'est aussi ça
22:12qui permet
22:12de se remettre à rire,
22:13de se remettre dans le quotidien.
22:15Pas rester tout le temps
22:16dans la tristesse
22:16et tout,
22:17sinon on n'avance pas.
22:17Et en fait,
22:18pour le coup,
22:18elles m'aident les trois.
22:20Alors,
22:20elles peuvent m'agacer aussi
22:21pour d'autres raisons,
22:22mais elles vivent leur vie.
22:24De temps en temps,
22:24elles se font des fous rires,
22:26etc.
22:26Donc en fait,
22:26ça nous remet nous aussi
22:27dans le côté...
22:28La vie continue, quoi.
22:29La vie continue.
22:30Alors,
22:30on fait des bisous,
22:30on les aime fort.
22:31Est-ce qu'il y a un jour
22:31après cet accident
22:32où tu n'arrivais pas
22:33à te lever du lit,
22:34par exemple ?
22:35À quoi tu pensais
22:35à ce moment-là ?
22:36Je pose ce genre de questions
22:37parce que malheureusement,
22:38je pense que beaucoup
22:39de personnes vivent des deuils.
22:40Ils sont peut-être
22:40dans cette situation-là.
22:41Qu'est-ce qui t'aidait justement
22:42à te lancer dans la journée ?
22:44Alors,
22:51Alors,
22:52pas forcément à ressasser,
22:53etc.,
22:54mais des moments
22:55où je me réveille
22:56et je n'arrive pas
22:56à m'en rendormir.
22:57Ça ne m'arrivait jamais avant.
22:59Et effectivement,
23:00ce côté,
23:00pas au point de ne pas réussir
23:01à me lever,
23:02mais vraiment d'avoir envie
23:03de rien,
23:04de se sentir épuisée physiquement,
23:06d'avoir...
23:07Je l'avais beaucoup au début,
23:08je ne l'ai quasiment plus aujourd'hui,
23:10mais une pierre dans la poitrine
23:11en permanence,
23:13la gorge nouée.
23:14En fait,
23:15c'est les autres,
23:16je pense qu'ils m'ont
23:18vraiment beaucoup aidée.
23:20Donc,
23:20mes filles,
23:21j'en ai parlé,
23:22mais mes amis aussi
23:23qui m'ont très régulièrement
23:25écrit,
23:27qui m'ont proposé des choses
23:29qu'au début,
23:30j'ai parfois refusées,
23:31parfois acceptées.
23:32Et puis,
23:33à ce côté,
23:34en fait,
23:35il y a deux choses.
23:36Un,
23:37de temps en temps,
23:38il faut se botter les fesses
23:39et se dire,
23:39ok,
23:40en fait,
23:40si je n'y arrive pas,
23:43en fait,
23:43je vais m'emprisonner
23:45dans ce truc-là.
23:46Et puis,
23:47donc,
23:47se botter les fesses,
23:48un petit peu.
23:49Et aussi,
23:49s'autoriser de temps en temps
23:51à aller et pas bien.
23:52Donc,
23:53il y a des moments
23:54où j'ai fait la sieste,
23:56où je me suis posée,
23:57où je suis rentrée chez moi.
23:59Et typiquement,
24:00le 25 novembre,
24:02qui est le jour
24:02de l'anniversaire d'Antoine,
24:04ceux qui ont eu lieu
24:04depuis son décès,
24:06je ne suis jamais allée travailler.
24:07Parce que c'est impossible pour moi.
24:08Je sais que je commence
24:09à pleurer dès le matin.
24:11En plus,
24:11il y a des gens
24:11qui m'écrivent.
24:12Donc,
24:12parfois,
24:13ça me fait sourire.
24:14Parfois,
24:14ça me fait pleurer.
24:15Mais t'es forcément très chargé.
24:16Du coup,
24:17je reste chez moi.
24:18Et puis,
24:18c'est très bien comme ça.
24:19C'est la journée à toi
24:20où t'es tranquille.
24:21Et à lui,
24:22un peu aussi.
24:22Ouais,
24:23bien sûr.
24:23Il y a beaucoup d'humour
24:24dans ton livre.
24:25Est-ce que l'humour,
24:26peut-être l'humour noir,
24:27le second degré,
24:28ça t'a aidé ?
24:29Alors,
24:29clairement,
24:30oui.
24:30L'humour,
24:31ça m'aide à un peu
24:32surmonter mes émotions.
24:35Moi,
24:35quand je suis gênée,
24:38quand je n'arrive pas
24:38à exprimer quelque chose,
24:40le contourner
24:41avec une petite blague,
24:42ça rend les choses
24:42plus faciles,
24:43y compris pour moi,
24:44pour les dire.
24:45Et puis,
24:46encore une fois,
24:47c'est aussi ça
24:48qui permet de remettre
24:48un pied dans la vie.
24:51Je ne pense pas
24:51avoir fait d'humour noir
24:52à proprement parler,
24:54mais par exemple,
24:55quand on est parti
24:56planter le cerisier
24:57en Normandie,
24:58on était encore confinés.
25:00Donc,
25:00ça faisait,
25:01je ne sais plus quoi,
25:01la troisième fois
25:02qu'il y avait un confinement,
25:03mais étaient autorisés
25:04à l'époque,
25:06je ne sais pas quoi,
25:06les cultes,
25:07les rassemblements
25:09pour cultes
25:10de moins de 30 personnes.
25:12Donc,
25:12on avait prévu,
25:13si jamais on se faisait arrêter,
25:14de dire que c'était
25:15pour un culte,
25:16ce qui était vrai,
25:16puisque quelque part,
25:17on allait faire une cérémonie.
25:19On a pris
25:19un engagement solennel
25:22entre nous
25:22de faire pleurer
25:24les policiers
25:24si jamais ils nous arrêtaient.
25:25C'était assez drôle,
25:27ce moment,
25:27en fait.
25:28Ils ne nous ont pas arrêtés
25:28donc on n'a pas pu tester
25:29si ça avait fonctionné.
25:31Mais en fait,
25:31à la fois,
25:32on savait tous
25:33que cette cérémonie,
25:34elle était très chargée
25:35émotionnellement,
25:36que c'était à la fois
25:37doux et dur,
25:39mais ce côté,
25:41on en rit aussi,
25:42ça permettait
25:43de la rendre agréable
25:44pour tout le monde.
25:45Je ne crois pas
25:46que ce soit de l'humour noir,
25:47c'est plutôt
25:47un peu de légèreté,
25:48un peu de légèreté,
25:49exactement,
25:50dans des moments
25:51qui sont compliqués.
25:52Est-ce que tu as été déçue
25:53de certaines personnes
25:54pendant cette épreuve ?
25:56Ou alors d'une institution
25:57ou je ne sais pas,
25:59de paperasse,
25:59de papier,
26:00un truc qui ne t'a pas aidé
26:01à faire ce deuil ?
26:02Alors, globalement, non.
26:04Il y a des personnes
26:04qui ont pu être maladroites
26:05à certains moments,
26:07mais moi,
26:07je l'ai été aussi
26:08et je le suis encore.
26:10Les seules qui ont pu
26:11me rendre un peu triste,
26:12c'est ceux qui se sont
26:12vraiment éloignés,
26:13mais vraiment,
26:14il n'y en a pas eu beaucoup.
26:15Après,
26:16sur les institutions,
26:19j'ai plutôt eu
26:19des bonnes surprises.
26:20Je vais donner un exemple
26:21qui est très trivial,
26:22mais quand j'ai dû renouveler
26:24mes cartes famille nombreuses,
26:25j'ai dû mentionner
26:27le décès d'Antoine
26:28parce qu'il faut envoyer
26:29une photo à jour
26:31et une copie
26:33du livret de famille.
26:34Ils m'ont laissé mes cartes
26:35comme si j'avais quatre enfants.
26:37Je pense que c'est la personne
26:38qui a traité le dossier.
26:39Je ne suis pas sûre
26:39que ce soit un truc
26:41de la SNCF,
26:42mais j'ai trouvé
26:43que c'était un geste touchant.
26:44En revanche,
26:45j'ai eu des problèmes,
26:46des petits soucis administratifs
26:48avec la sécurité sociale,
26:50par exemple,
26:50j'ai eu une anecdote
26:51qui est assez horrible.
26:53On a écrit à mon mari
26:54pour lui annoncer
26:56qu'on était désolés
26:57pour mon décès.
26:58Ah ouais ?
26:59En fait,
26:59j'ai dû appeler
27:00la sécurité sociale
27:01pour dire que ce n'était pas moi
27:02qui était décédé,
27:03mais mon fils.
27:04Ah ouais ?
27:04Donc ça avait été mal enregistré,
27:06etc.
27:06Et ça,
27:07c'était évidemment
27:08un moment qui était
27:09très difficile,
27:11même si on en a aussi
27:12un peu rigolé
27:13parce que c'était...
27:14Ça a plu un peu trop moche.
27:15On m'imaginait en train
27:15d'appeler la sécurité sociale
27:17et de dire
27:17qu'en fait,
27:18je n'étais pas mort.
27:18Bonjour.
27:19Tous les sujets administratifs
27:20sont super durs à gérer
27:21dans ces moments-là.
27:23Moi,
27:23j'ai délégué
27:24sur toute ma famille.
27:25C'était sûrement
27:26très très dur
27:26pour eux aussi,
27:27mais c'était carrément
27:29impossible pour moi
27:30d'appeler l'école,
27:31le centre aéré,
27:32etc.
27:33Donc ils l'ont fait pour nous.
27:34Ça, c'est vrai
27:35que c'est super dur.
27:36C'est un travail d'équipe,
27:37quoi.
27:37Vraiment un travail d'équipe.
27:38Et c'est vrai
27:38que si jamais
27:39vous avez des deuils
27:40dans votre entourage
27:41et des gens
27:42qui sont très touchés,
27:43essayez de les aider
27:44sur cet aspect administratif.
27:45Ça peut être très très aidant
27:47parce que c'est vraiment difficile.
27:48Du coup,
27:48tu as fait quelques interviews
27:50télé et j'ai vu
27:51qu'il y avait un commentaire
27:52qui revenait de temps en temps.
27:53C'est les gens
27:53qui te reprochaient
27:55de sourire.
27:56Oui.
27:56Quand tu parlais,
27:57en fait,
27:57ils disaient
27:58pourquoi tu souris
27:59alors que tu parles
28:00du décès de ton fils ?
28:01Ils ne comprenaient pas.
28:01Qu'est-ce qu'on peut répondre ?
28:02Qu'est-ce que tu peux répondre
28:03à ces personnes-là ?
28:04D'abord,
28:04je ne le fais pas exprès.
28:06Là,
28:06je viens de le faire.
28:07Quand je suis gênée,
28:08quand je ne suis pas bien,
28:09quand je suis un peu
28:09submergée par mes émotions,
28:11en fait,
28:11j'ai une forme de réflexe
28:14qui est de sourire.
28:14C'est comme ça.
28:15Après,
28:15quand j'ai eu ces commentaires-là
28:16et tout ça,
28:17je me suis dit
28:17qu'il faut que je fasse un effort
28:19pour prendre une tête d'enterrement
28:21par rapport à tout ce que j'ai dit
28:23sur le rire,
28:24sur l'importance d'eux.
28:25Non,
28:25je crois que tant que tu justifies,
28:26c'est bon.
28:27Je me suis dit
28:27que je n'avais pas envie
28:29de le faire à l'envers.
28:31Donc,
28:31c'est comme ça.
28:33Bien sûr.
28:34Non,
28:34c'est intéressant ce que tu dis,
28:35puis ce n'est pas à toi
28:35de t'adapter aux gens.
28:36C'est les gens
28:36qui doivent comprendre,
28:37qui ne sont pas passés
28:38par là où tu passes.
28:39Et comme on dit,
28:40les commentaires,
28:41tu ne vas pas adapter
28:41ton caractère
28:42aux commentaires des réseaux.
28:44Après,
28:44il y a un commentaire
28:45de mamange,
28:47de mamange
28:48qui ont perdu leur enfant
28:49que j'ai souvent dit.
28:49De mamange,
28:50on dit ?
28:50Oui,
28:51c'est plus employé
28:53pour les mamans
28:54qui ont perdu un enfant
28:56pendant leur grossesse
28:57ou juste après.
28:58D'accord, mamange.
28:58Donc,
28:58c'est un terme
28:59qui est employé régulièrement.
29:01Bref,
29:02beaucoup de ces mamange
29:03témoignent du fait
29:04qu'à partir du moment
29:05où elles sourient,
29:06les gens pensent
29:07qu'elles vont bien.
29:07Et en fait,
29:08sourire,
29:09c'est aussi justement
29:10re-rentrer dans la vie,
29:11y compris dans la vie sociale,
29:13etc.
29:13Et ça ne veut pas forcément dire
29:14que tout va bien à l'intérieur.
29:16Et je pense que,
29:16indépendamment du deuil,
29:17il y a plein de personnes
29:19qui sourient
29:20parce que...
29:21Par politesse.
29:22Par politesse
29:23ou parce que c'est plus facile
29:24aussi de communiquer
29:25avec les autres
29:26et qui,
29:27pour autant,
29:27sont pour diverses raisons
29:29un peu ravagées à l'intérieur,
29:30qui souffrent,
29:31etc.
29:31Donc,
29:31globalement,
29:32aller un peu au-delà de ça,
29:34c'est pas mal dans l'absolu.
29:36Ouais,
29:36c'est pas vrai.
29:37Il faut aller au-delà
29:37de la façade,
29:38juste du sourire
29:39et s'intéresser aux gens,
29:40vraiment.
29:40Est-ce qu'aujourd'hui,
29:41tu parles encore avec ton fils ?
29:43Peut-être par la manière
29:43de la prière
29:44ou une autre façon,
29:45je ne sais pas.
29:46Alors oui.
29:48Ah non ?
29:48T'as un problème de Dieu ?
29:49Sois pas gênée.
29:50Alors,
29:50je ne suis pas très religieuse.
29:53Je suis agnostique,
29:54je ne sais pas très bien
29:55si je crois en Dieu
29:57ou pas.
29:58Mais en tout cas,
29:58dans ma famille,
30:00on a toujours eu
30:01pour habitude
30:02de communiquer
30:03avec nos morts.
30:04On va nous prendre tous
30:04pour des fous.
30:05Non, non, non,
30:05on n'est pas là pour Dieu,
30:06je ne t'inquiète pas.
30:07À parler avec nos grands-parents
30:10décédés.
30:11Ma grand-mère,
30:12quand mon grand-père est mort,
30:14nous disait régulièrement
30:15« Je me dispute toujours
30:16avec lui,
30:17mais maintenant,
30:17parfois,
30:18j'ai le dernier mot. »
30:19Ah, j'ai...
30:19Et donc,
30:20oui,
30:20ça m'arrive
30:21de discuter avec Antoine.
30:23En fait,
30:24quasiment tous les matins,
30:26je lui sens une petite chanson
30:27qui était la berceuse
30:28que je lui chantais
30:29très très faux
30:30tous les soirs,
30:31qui est petit garçon.
30:32Et puis,
30:32ça m'arrive
30:33quand je suis toute seule
30:34en voiture
30:34ou quand je suis
30:36aux toilettes beaucoup,
30:37de lui parler.
30:38Mais à lui
30:39et à d'autres personnes
30:40de mon entourage
30:41qui sont décédées
30:42en fonction des sujets.
30:44Ça peut être
30:45ma grand-mère
30:46parce qu'on a fait un plat
30:47qu'elle faisait
30:49quand elle était encore en vie,
30:51en lui disant
30:51qu'on en avait bien profité,
30:53etc.
30:53Donc,
30:53ce n'est pas vraiment
30:54des prières,
30:54mais c'est plutôt
30:55une manière de penser à eux.
30:57Bien sûr,
30:58c'est génial.
30:58C'est à vous haute
30:59ou c'est plutôt à l'intérieur ?
31:00Alors,
31:00c'est le plus souvent à l'intérieur,
31:02mais quand je suis seule
31:03en voiture,
31:03ça m'arrive même.
31:04Ah, dingue !
31:05Donc voilà,
31:06je suis vraiment folle.
31:07Trop bien,
31:08trop bien,
31:08trop bien.
31:08Non,
31:08c'est trop bien.
31:09Est-ce que discuter
31:10et être au contact
31:11d'une psychologue,
31:12ça t'a aidé,
31:13toi ?
31:13Alors,
31:13oui.
31:15Donc,
31:15moi,
31:15j'ai vu une psychologue
31:17plusieurs fois après le décès
31:19d'Antoine,
31:20en gros.
31:20De toi-même
31:21ou on t'a conseillé ?
31:22On me l'a conseillé,
31:23mais de moi-même,
31:25ça m'a été indispensable
31:27à un moment donné
31:28de parler,
31:30d'échanger.
31:31Ça s'est tuolé avec le temps
31:32et là,
31:32ça fait plus de deux ans
31:33que je n'ai pas revu
31:35de psychologue.
31:36Ce qui m'a beaucoup aidée aussi,
31:38et c'est l'une des raisons
31:39aussi pour laquelle
31:39j'ai écrit le livre,
31:40c'est de lire
31:41des témoignages
31:42à propos du deuil,
31:44des livres plutôt
31:45de type essai
31:46par un ou des psychologues.
31:48En particulier,
31:49les ouvrages
31:49de M. Foré
31:51m'ont pas mal aidé,
31:52mais aussi des témoignages.
31:54Ça m'a aidée
31:54à comprendre
31:55les mécanismes.
31:56Donc,
31:56ce n'est pas que
31:57la psychologue
31:58qui m'a aidée,
31:59c'est aussi
31:59d'autres témoignages.
32:01D'accord,
32:01c'est vraiment un travail
32:02de la psychologue,
32:03de toi,
32:04de lecture.
32:05Et mes amis aussi.
32:06Ils m'ont beaucoup
32:07servi de psy,
32:09évoquer des sujets,
32:10poser des questions
32:11ou vers des thématiques.
32:14Voilà,
32:14c'est mes psy.
32:16Une discussion,
32:17voilà.
32:17Sur la couverture,
32:18on peut lire
32:18« Quand on perd un enfant,
32:20le cœur ne rétrécit pas,
32:21il se casse ».
32:22Qu'est-ce que tu as voulu
32:23du coup dire par là ?
32:24Bon,
32:25alors,
32:25cette phrase,
32:25elle est un peu violente.
32:27Donc,
32:27on a eu quelques discussions
32:29avec mon éditrice,
32:31parce que hors contexte,
32:32elle est assez forte.
32:33Le contexte,
32:34c'est que,
32:35alors,
32:35le côté rétrécir,
32:36c'est parce qu'il y a
32:38un truc assez bizarre
32:39qui se passe
32:39quand on a plusieurs enfants.
32:40C'est qu'une fois
32:42qu'on a un enfant,
32:43on se dit qu'on n'aura pas
32:44la place pour en avoir
32:46un deuxième,
32:46tellement on aime le premier,
32:48on se dit que ça ne va pas.
32:49Et en fait,
32:50il y a un truc qui se passe
32:51quand on a un autre enfant,
32:53c'est comme si le cœur
32:54s'élargissait.
32:55Ce mûle d'amour
32:56se multiplie.
32:57Robin,
32:58qui dialogue
32:59dans la deuxième partie
32:59du livre,
33:00parle de parts de tartes
33:02et il dit que
33:02l'amour pour ses enfants,
33:03ça ne se partage pas
33:04comme des parts de tartes,
33:05c'est autre chose.
33:07C'est une deuxième tarte.
33:07C'est une deuxième tarte
33:09qui apparaît exactement.
33:10Et en revanche,
33:10quand on perd un enfant,
33:12ça ne part pas
33:13dans l'autre sens.
33:14Vraiment,
33:15ça se casse.
33:16Alors en français,
33:17le truc,
33:17c'est que les expressions,
33:18c'est soit ça me fend le cœur
33:20et en fait,
33:21cette expression,
33:21elle n'est pas suffisamment
33:23forte pour exprimer
33:25ce qui se passe.
33:26Ou alors,
33:26on dit,
33:27j'ai le cœur brisé.
33:28Et là,
33:28ça sous-entend que
33:29c'est en mille morceaux
33:30et que c'est complètement
33:31irréparable.
33:32Et en fait,
33:32moi,
33:33j'aime bien
33:33l'expression anglaise
33:34« heartbroken »,
33:35« cassé ».
33:36Parce qu'en fait,
33:37oui,
33:37c'est cassé,
33:38mais ce que j'espère
33:40et c'est ce que j'essaye
33:41de passer comme message
33:43aujourd'hui
33:44et puis dans le livre aussi,
33:45c'est que c'est réparable.
33:46Alors sûrement
33:47qu'on voit les...
33:49Les pansements.
33:50Voilà,
33:50c'est ça,
33:51les endroits
33:51où ça a été réparé,
33:53mais y compris...
33:53Les cicatrices.
33:55Exactement.
33:55Dans la culture asiatique,
33:56c'est à l'endroit
33:57où on peut mettre du doré.
33:59Ça fait autre chose,
34:00un autre objet,
34:01mais ça fait partie
34:02de l'histoire de l'objet.
34:03Donc c'est ça,
34:04l'histoire de la phrase
34:05et de le contexte.
34:06Tu as dit dans une interview
34:07que j'ai regardée
34:07qu'au sein de la famille,
34:09chacun ne vit pas le deuil
34:11de la même façon
34:11et que par exemple,
34:12le cas concret,
34:13les photos d'Antoine,
34:14qu'est-ce qu'on en fait ?
34:15Est-ce qu'il faut les cacher ?
34:16Est-ce qu'il faut les mettre
34:17en évidence ?
34:17Quelle a été la discussion,
34:19vous, du coup,
34:19dans votre famille ?
34:20C'est une discussion
34:21qui est un peu toujours en cours.
34:22Il y a des perceptions
34:24du sujet
34:25qui sont assez différentes
34:26en fonction des personnes.
34:27Il y en a qui ont envie
34:29que les photos soient très visibles
34:31dans un endroit
34:32que tout le monde voit.
34:33D'autres qui souhaitent plutôt
34:35les avoir dans leur chambre,
34:37voire dans un album
34:38qu'on doit ouvrir
34:40quand on en a envie.
34:41Alors moi,
34:42je n'avais pas très envie
34:43que ce soit au milieu
34:43de mon salon par exemple,
34:45mais je trouvais
34:45qu'avoir un endroit
34:46dans la maison,
34:47en l'occurrence,
34:48il y a des photos
34:49sur la cheminée,
34:50que c'était bien,
34:52mais encore une fois,
34:53on n'était pas tous d'accord.
34:54Donc il y a autant
34:54de sensibilité
34:55que de personnes.
34:56Donc on a essayé
34:57de trouver un compromis
34:58qui convienne
34:59plus ou moins
35:00à tout le monde
35:01avec des tableaux
35:03qui disent sans dire,
35:06quelques photos
35:06mais qui sont à des endroits
35:07où on peut aller les voir
35:08si on le souhaite
35:09mais qu'on n'est pas obligé
35:10d'avoir devant nous
35:12en permanence.
35:12Donc on est allé
35:13sur un compromis.
35:14Ok, ça ne peut pas être facile.
35:15C'est vraiment compliqué.
35:17C'est un sort de contrat
35:18un petit peu,
35:19chacun avance ses arguments.
35:20Quelle place du coup
35:21occupe Antoine
35:22aujourd'hui dans la maison ?
35:23Est-ce que vous en parlez
35:24au quotidien ?
35:25Ou de temps en temps ?
35:26Donc dans la maison,
35:27du coup,
35:27il a des photos.
35:29À certains endroits,
35:29c'est devenu un peu plus naturel
35:31qu'au début
35:32quand on en parlait.
35:33Il y a donc une toile
35:35à un endroit dans la maison
35:36qui est une toile
35:37que mes parents,
35:38mes frères et soeurs
35:39nous ont offert
35:39pour un Noël
35:41qui a été fait
35:42par un artiste vie,
35:43qui est une toile
35:45de beluga
35:45parce que c'était son surnom.
35:47Donc ça,
35:47c'est un petit clin d'œil
35:48qui, quelque part,
35:49concerne que nous.
35:50On sait,
35:50mais on n'est pas
35:52de savoir.
35:53Et après,
35:53dans nos conversations,
35:54je trouve que progressivement,
35:56il revient plus naturellement.
35:58Dans ma famille,
35:59dans celle de mon mari,
36:01de temps en temps,
36:01on parle de lui
36:03ou on se dit même
36:04avec les filles,
36:05« Ah tiens,
36:06quand Antoine était là,
36:07ça aurait fait ça. »
36:09Il a sa place.
36:09Est-ce que tu aurais
36:10un message à adresser
36:11aux personnes
36:13qui vont regarder cette vidéo,
36:14que ce soit aux enfants,
36:15aux frères,
36:16aux soeurs,
36:16aux parents
36:17qui ont perdu
36:17un être cher ?
36:19Qu'est-ce que tu aurais aimé
36:20entendre toi
36:21à ce moment-là
36:22ou qu'est-ce que tu aimerais
36:22leur dire ?
36:23La première chose,
36:24c'est qu'on n'est pas
36:25obligés de souffrir.
36:27La douleur,
36:27ce n'est pas le seul moyen
36:28de garder le lien
36:29et il y en a plein d'autres.
36:31C'est ce que j'essaye
36:31d'exprimer
36:32via le livre,
36:34l'arbre,
36:36etc.
36:36Il y a eu
36:37beaucoup de témoignages
36:38de sympathie aussi
36:39lieu après
36:40les différentes interviews
36:42et après le livre.
36:43Il y a plein de moyens
36:44dans un deuil
36:45de le vivre,
36:46je mets beaucoup de guillemets,
36:47mais positivement.
36:49Pour autant,
36:49et c'est le deuxième message,
36:51c'est douloureux.
36:52Il faut savoir le dire,
36:54il faut savoir demander de l'aide,
36:55il faut savoir l'accepter
36:56quand on nous l'amène
36:57et prendre tout ce
36:58qui nous est proposé.
37:00La troisième chose
37:01que j'aurais aimé
37:01qu'on me dise,
37:02c'est l'aspect physique
37:03que j'ai évoqué
37:04un peu plus tôt.
37:05En fait,
37:05ça atteint vraiment
37:07physiquement,
37:08donc il faut essayer
37:08de prendre soin
37:09physiquement de soi,
37:11surtout dans les mois,
37:13voire années
37:14qui suivent le deuil
37:15parce que ça pèse beaucoup.
37:18Il y a une très bonne chaîne vidéo
37:20pour se tenir en forme.
37:22Bien sûr,
37:22exactement,
37:23faire le sport,
37:24le sport peut aider peut-être.
37:25C'est ça,
37:25exactement.
37:26la dernière chose,
37:27je pense la quatrième,
37:29c'est laissez-vous du temps.
37:29Ça prend du temps,
37:30on me l'avait dit,
37:31ça m'avait un peu révoltée
37:32au début,
37:33mais c'est normal
37:34que tout ne se passe pas bien
37:37tout de suite,
37:38c'est normal
37:39que ça fasse des vagues.
37:41Donc laissez-vous
37:42tout le temps qui veut.
37:43Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter
37:44pour la suite alors ?
37:44Si j'ai le droit à trois vœux.
37:46Bien sûr.
37:47Plein d'amour,
37:48ça fait un peu bisounours,
37:49mais je pense que c'est très important.
37:50Des rires,
37:51on en a parlé,
37:52et que mes enfants soient épanouis.
37:53Trop bien,
37:54trop, très bien.
37:54On te souhaite tout ça alors
37:55et que ça se réalise.
37:56Merci.
37:57Trop bien.
37:57Où est-ce qu'on peut retrouver ton livre alors du coup ?
37:59Sur toutes les plateformes,
38:01donc Cultura,
38:02Fnac,
38:02Amazon,
38:03et puis dans n'importe quelle librairie,
38:05avec un peu de chance,
38:06le poche sera en rayon
38:07et puis sinon sur commande.
38:08Très bien.
38:09Et bien écoutez,
38:10je vous invite à lire
38:11et à découvrir du coup
38:14dur à lire
38:15pour les âmes
38:16un peu plus sensibles.
38:17Clairement,
38:18il y a des ascenseurs émotionnels
38:20et des parties qui sont difficiles.
38:22Après,
38:22à partir du moment
38:23où vous avez réussi
38:24à venir jusque-là dans la vidéo,
38:26il n'y a rien de plus difficile,
38:28je pense,
38:28dans le livre.
38:29Je l'ai écrit en fait
38:30en me disant
38:30qu'avant ce drame,
38:32j'aurais peut-être pas ouvert
38:32un livre comme celui-là.
38:34Donc je l'ai écrit
38:35en pensant au moi-même d'avant.
38:36Donc j'espère
38:37avoir préservé les sensibilités
38:39autant que faire se peut.
38:40Très bien.
38:41Parfait.
38:42Top.
38:42Merci beaucoup.
38:43Merci Thibaut.

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