00:00...
00:00Amphibondé, bâtiment délabré et poste précaire pour jeunes chercheurs,
00:18en Europe, les facs publics sont à court d'argent
00:20et ce sont les étudiants qui en payent le prix.
00:24Alors, comment les universités font-elles face à la crise budgétaire ?
00:30Que vous soyez étudiant ou non, impossible de passer à côté, c'est l'heure de la rentrée.
00:36Dans la plupart des pays européens, on retourne ce mois-ci sur les bancs de la fac
00:40en se demandant surtout dans quel état on risque de les retrouver.
00:45Car oui, ce ne sera une surprise pour personne,
00:47les universités publiques manquent cruellement de moyens, en particulier en France,
00:51mais pas que. Le problème se retrouve à l'échelle de l'UE.
00:55Pour commencer, écoutons le constat de l'Association des universités européennes.
00:59Elle rassemble plus de 850 établissements sur le continent.
01:02This has been matched with dramatically rising costs, energy costs, staff costs,
01:10material costs, investments and infrastructure.
01:15And that means that actually, if you only look at the budgets,
01:20it doesn't give you the real picture.
01:22And the real picture, we think, is rather dramatic
01:25in terms of also when projecting this into the future.
01:29Résultat, dans les campus de Berlin à Paris,
01:33les étudiants ont un peu l'impression d'être sacrifiés sur l'hôtel des économies.
01:43Voici le slogan des étudiants de l'Université libre de Berlin contre les coupes budgétaires.
01:47Et pour eux, leur université a besoin en urgence.
01:50Mais cette année, dans le land de Berlin, le budget alloué à la science va être amputé de 250 millions d'euros.
02:15La moitié de cette somme concerne les universités.
02:19Ce qui aura plusieurs conséquences.
02:20Moins de place pour les étudiants, moins de personnel et moins de moyens pour les équipements et la recherche.
02:27Un cas loin d'être une exception.
02:28Même Rengen en France, on ne compte plus les slogans et les manifestations, notamment ici à Paris.
02:42Les universités étant dans le rouge, profs et étudiants réclament plus de soutien de la part de l'Etat.
02:49Il n'y a clairement pas assez de fric avec les dernières coupes budgétaires de plus de 1 milliard d'euros.
02:54Ça commence à être dramatique. Les universités et les laboratoires sont déjà en déficit.
02:59Le déficit va s'accroître.
03:01Et pourtant, le paradoxe, c'est que si d'un côté, il y a de moins en moins d'argent pour l'enseignement supérieur,
03:07de l'autre, il y a de plus en plus d'étudiants, toute filière confondue.
03:12La preuve, aujourd'hui, on recense plus de 18 millions d'étudiants dans l'Union européenne.
03:16Et de manière générale, la population est aussi davantage diplômée.
03:20En 2014, on comptait 26% de personnes titulaires d'au moins un diplôme universitaire.
03:27Dix ans plus tard, c'est un tiers des Européens.
03:31On pourrait presque se réjouir de cette success story.
03:34Après tout, cela prouve que l'idéal de démocratisation du savoir,
03:38soit rendre les études accessibles au plus grand nombre, c'est possible.
03:42Mais si pour l'UE, c'est un droit fondamental à protéger dans les faits,
03:46pour les présidents d'universités, c'est une autre histoire.
03:49Il y a un paradoxe, en fait, entre ce qu'on demande à la recherche,
03:57ce qu'on demande à l'innovation, et ce que l'on investit dans nos universités.
04:03On est encore malheureusement loin du 3% du PIB qui avait été évoqué un temps.
04:08Et on sent bien que le financement de l'université est à la fois protégé,
04:16en tout cas dans les discours, malheureusement pas toujours dans les faits,
04:21et évidemment en concurrence avec d'autres besoins d'investissement fort.
04:27Le chiffre magique est lâché, 3% du PIB, c'est l'objectif fixé par l'Union Européenne.
04:34Cela veut dire que les États membres devraient consacrer 3% de leur richesse nationale
04:38à la recherche et à l'innovation, et donc en partie à l'enseignement supérieur.
04:43Mais seuls 5 pays ont atteint ce seuil.
04:46La Suède, la Belgique, l'Autriche, la Finlande et l'Allemagne.
04:48Et on le sait tous, niveau budgétaire, les crises se succèdent et se font concurrence,
04:54au point que face aux enjeux de sécurité ou au changement climatique,
04:58pour les États, l'éducation n'est plus qu'une priorité parmi d'autres.
05:02Problème en Europe, le système de l'enseignement supérieur repose principalement sur des fonds publics.
05:08L'Association des universités européennes a réalisé une étude auprès de 168 établissements
05:14situés dans 34 pays du continent.
05:16L'année dernière, ces universités étaient financées aux trois quarts par des fonds publics,
05:2274% exactement.
05:24Des financements nationaux, régionaux, mais aussi internationaux.
05:285% d'entre eux provenaient de l'Union européenne.
05:31Les contributions des étudiants représentaient quant à elles 13% du budget,
05:35dont 2% provenant des étudiants étrangers.
05:38Les 13% restants émanent de contrats avec des entreprises liées à la recherche et à l'enseignement,
05:42des services proposés par les universités ou encore de dons.
05:48Et le risque, c'est que pour boucler leur budget, les universités finissent par se tourner vers des financements privés.
05:54C'est en tout cas la stratégie clairement assumée par l'Espagne.
05:57A Madrid, par exemple, la situation est dramatique.
06:02Un projet de loi prévoit que le financement public des écoles ne devra pas dépasser les 70%.
06:07Les universités vont donc devoir trouver 30% de fonds privés,
06:11une annonce qui a poussé les étudiants dans la rue.
06:14Si dans le pays, justement, les universités privées prennent de plus en plus d'importance,
06:35on demande désormais aux établissements publics de trouver leurs propres investisseurs,
06:39quitte à assumer un risque, la perte d'indépendance.
06:42Il faut que l'université protège, et ça c'est de notre responsabilité aussi,
06:49savent protéger nos chercheurs en leur laissant la liberté de recherche,
06:54ne sacrifient pas non plus des pans de recherche parce que ça plaît moins politiquement.
07:01On ne compte pas qu'on passe, il est important que ça se soit clairement mentionné,
07:05qu'on ne peut pas travailler pour obtenir des résultats particuliers,
07:08qu'on ne peut pas être conditionné par la source de financement.
07:17Je pense qu'il faut maintenir l'autonomie des universités.
07:20En clair, pas question de sacrifier la liberté académique pour attirer des fonds.
07:25Mais les facs ont finalement assez peu de marge de manœuvre.
07:28L'autre option, c'est d'augmenter les frais d'inscription.
07:31En France, pour une licence ou un master, l'année coûte quelques centaines d'euros
07:35pour les étudiants français et européens.
07:37Mais si vous voulez traverser la Manche et faire vos études au Royaume-Uni,
07:41il faudra débourser plusieurs milliers d'euros chaque année.
07:45Car elles ont beau faire rêver, les universités de Londres, d'Oxford ou de Cambridge
07:49sont elles aussi en période de disette.
07:51Le gouvernement britannique ne finance que 25% du budget des universités,
07:56bien en dessous de la moyenne européenne.
07:59Alors, les facs misent sur leurs étudiants et en particulier sur les étrangers.
08:04Dans les universités publiques comme celle du Kent,
08:07les étudiants nationaux payent environ 11 000 euros par année.
08:11Pour les étudiants étrangers, la facture est multipliée par deux, voire trois.
08:15Benjamin et Hélène, tous deux français, ont terminé leur semestre avant cette nouvelle règle.
08:20Mais les perspectives sont sombres pour ceux qui voudront venir étudier ici à l'avenir.
08:25À 18 000 pounds, je ne pense pas que j'aurais pu.
08:28Surtout, sachant qu'on a 9 heures de cours par semaine.
08:31C'est vraiment dommage, c'était vraiment une bonne opportunité de partir plusieurs années à l'étranger,
08:36d'améliorer son niveau d'anglais, de connaître un autre mode de vie.
08:42Par contre, les jeunes qui peuvent se le permettre sont devenus une mine d'or pour les universités britanniques.
08:47Elles mettent tout en œuvre pour les attirer.
08:51Aux Pays-Bas aussi, on a longtemps courtisé les étudiants internationaux,
08:56au point de proposer une bonne partie des cours en anglais.
08:59Mais le gouvernement actuel ne voit plus les choses de la même manière.
09:03Composé de partis de droite et d'extrême droite,
09:06il a fait de la lutte contre l'immigration le cœur de sa politique.
09:10Et les étudiants étrangers sont dans son viseur.
09:12Surtout que, là aussi, les universités font leur rentrée
09:15avec plusieurs centaines de millions d'euros d'argent public en moins.
09:21L'heure est au bière pong et aux compétitions sportives.
09:24A la haie, l'ambiance du début de semestre est apparemment détendue.
09:27Une semaine d'intégration idéale pour les étudiants étrangers
09:30afin de s'acclimater en douceur.
09:33Tous ont de bonnes raisons d'être là.
09:35Mon plan A, c'était Sciences Po, un peu la France, tout ça et tout.
09:38J'avais fait les concours, mais après, on n'a pas grand-chose en France sinon.
09:41Et ici, on m'a dit qu'aux Pays-Bas, c'était très bien pour l'anglais.
09:44Et en effet, ici, près de la moitié des cours de licence sont dispensés en anglais.
09:49Mais le gouvernement a décidé de les limiter,
09:52ce qui a entraîné de vives protestations au semestre dernier.
09:56Il y a beaucoup de peur et de décontent.
09:58Ça nous affecte et ça affecte les gens qui, comme nous,
10:03voudraient venir étudier à l'université.
10:05Tous les établissements doivent supprimer des cours.
10:08Ceux en anglais sont les premiers visés.
10:11À l'université de Leïde, c'est la licence de psychologie qui va disparaître.
10:14Une décision qui inquiète les experts.
10:16C'est indéniable, il y a des défis à relever.
10:32Car le nombre d'étudiants étrangers fait grimper les prix des loyers
10:35et les salles de cours débordent.
10:38Mais ce débat nuit à la course au talent.
10:40Reste un problème.
10:59Cinq ans après le diplôme,
11:00seul un étudiant étranger sur quatre vit encore sur le sol néerlandais.
11:03Cela devrait bientôt changer puisque les élèves seront tenus d'apprendre la langue du pays.
11:08Du moins, c'est ce que défend le ministre de l'Éducation.
11:11Reste une certitude, si les universités ont besoin d'argent,
11:38elles ont aussi besoin de stabilité.
11:41Et en ce moment en Europe, c'est également une denrée rare.
11:44Pour investir dans l'éducation des générations futures,
11:47il faut avant tout être capable de penser sur le long terme.
11:50C'est l'avis de Thomas Esterman.
12:08Et tout ça, sans compter l'impact sur les principaux concernés, les étudiants.
12:24Et tout ça, sans compter l'impact sur les principaux concernés, les étudiants.
12:36Vous vous souvenez peut-être de ces files d'attente
12:38pour des distributions de colis alimentaires sur les campus pendant la pandémie de Covid.
12:43Si l'on en parle moins aujourd'hui, elles n'ont pas vraiment disparu.
12:46Alors, pour prolonger le sujet, je vous conseille de jeter un coup d'œil
12:49à notre décritage sur la précarité étudiante
12:52où quand étudier est une question d'argent.
12:55A voir sur Youtube et RT.tv.
12:57Bon visionnage et bonne rentrée.
12:58Tchis, à bientôt.
13:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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