Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 mois

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:037h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le général Jean-Paul Paloméros.
00:08Bonjour général Paloméros.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue sur Europe 1, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, ancien SACTI également.
00:14Alors SACTI c'est le commandant suprême des forces alliées en charge de la transformation de l'OTAN
00:19parce qu'il y a deux commandements stratégiques à l'OTAN, il y a le SACIUR et le SACTI.
00:24C'était donc le poste que vous occupiez et qui est actuellement occupé par l'amiral français Pierre Vendier.
00:28Alors général Paloméros, la Pologne a annoncé hier avoir abattu des drones russes dans son espace aérien
00:34au cours d'une attaque que la Russie livrait contre l'Ukraine.
00:3719 objets volants repérés, apparemment des drones de type Shahed, les drones de fabrication iranienne.
00:43C'est la première fois qu'un pays membre de l'OTAN subit autant d'incursions sur son territoire ?
00:49Oui, oui, c'est une première manifestement.
00:52Il faut avouer que les Russes jouent avec le feu depuis un certain temps
00:56et là, ils font prendre un risque global, je dirais, à la fois à l'OTAN et à la Russie.
01:04Mais c'est quoi d'après vous ? C'est un test stratégique ?
01:06Est-ce que l'OTAN va réagir ? Ou un test tactique ?
01:10Combien de temps l'OTAN va-t-elle mettre à réagir ?
01:12Comment vous regardez ce qui s'est passé hier ?
01:14La réaction de l'OTAN a été instantanée, puisque les mécanismes opérationnels qui sont en place,
01:21de commandement, de délégation d'autorité, d'emploi de la force, ont joué.
01:26On sait qu'il y a eu des avions néerlandais qui sont intervenus.
01:30Tout ça est en place.
01:31A fortiori, avec la guerre en Ukraine, évidemment, l'OTAN a renforcé sa présence et sa réactivité sur ce front.
01:38Donc, tout est en place.
01:41Maintenant, effectivement, il faut absolument dissuader Poutine de recommencer ce genre d'aventure,
01:46parce que ça va se terminer très mal.
01:49Comment on pourrait l'interpréter ?
01:51Est-ce que ça veut dire que les Russes se disent, après, par exemple, la rencontre avec Donald Trump en Corée, en Alaska,
01:57que peut-être la volonté de défense de l'OTAN aurait faibli sous influence américaine ?
02:03Est-ce que c'est peut-être ça que se disent les Russes, selon vous, Général Paloméros ?
02:07C'est difficile de spéculer, parce que là, on a quand même une attaque,
02:13ou en tout cas une pénétration qui, sans être massive, est quand même importante.
02:17On a vu, par le passé, des incidents, des drones qui avaient un peu perdu leur chemin,
02:22un missile qui s'était égaré, mais là, ça ne donne pas cette impression.
02:27Donc, il faut absolument que M. Poutine revienne à la raison, c'est-à-dire celle qui prévalait avant,
02:32cette espèce d'équilibre par la force entre l'OTAN et la Russie,
02:37mais qui, jusqu'à présent, en tout cas, avait été préservée.
02:40Alors, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a demandé hier au pays de l'OTAN d'activer l'article 4 du traité de l'Atlantique Nord.
02:48C'est quoi cet article 4, Général ?
02:50Oh là, le traité de l'Atlantique Nord, créé en 1949 à Washington, il est très clair, il est limpide.
02:57Il a un certain nombre d'articles, le plus connu, c'est l'article 5, puisque c'est la défense collective,
03:02mais avant ça, ses pères fondateurs avaient imaginé qu'il y ait des étapes pour préparer, en quelque sorte, l'article 5, si nécessaire.
03:10L'article 4, c'est simplement un pays qui se sent menacé, peut demander des consultations et des réunions spécifiques aux membres de l'OTAN,
03:21pour réfléchir, effectivement, à l'adaptation des postures et faire prendre conscience de la menace telle qu'il la ressent.
03:27C'est on convoque une réunion, en quelque sorte.
03:29Ce n'est pas l'activation de la défense collective, c'est on... allons en parler tout de même.
03:34Oui, oui, c'est quand même très spécifique.
03:36C'est-à-dire qu'un pays sent une menace plus imminente,
03:40au-delà de l'appréciation permanente de la menace qui est faite, bien sûr, au sein de l'OTAN,
03:45qui dit, attention, moi, j'ai été... je sens que je suis vulnérable.
03:50Et là, la Pologne a raison de déclencher cet article, qui est un article préparatoire,
03:55et qui, quelque part, permet peut-être de faire monter d'un cran la posture de défense de l'OTAN,
04:02peut-être avec plus d'anticipation, peut-être avec de nouvelles règles d'engagement,
04:06si les moyens, c'est très important.
04:08Alors, il faut dire aussi que sur cette frontière orientale de l'OTAN, la Pologne, c'est un peu le point dur.
04:12C'est le pays, quand même, d'Europe qui consacre la part de PIB la plus importante à son effort de défense.
04:16On est à plus de 4%. C'est une armée de terre extrêmement puissante,
04:21qui a jeté plus de 1000 chars coréens depuis le début de la guerre en Ukraine.
04:26Ce n'est pas anodin que ce soit la Pologne qui soit testée,
04:29mais plus généralement, Général Paloméros, le long de cette grande frontière orientale,
04:33qui s'étire quand même de la Finlande jusqu'au sud de l'Europe, jusqu'à la frontière de l'Ukraine,
04:37Quelle est la situation aujourd'hui entre l'OTAN et la Russie, Général Paloméros ?
04:43Il y a des signes, comment dirais-je, de tensions.
04:48Au-delà de la pénétration de ces drones hier en Pologne,
04:52on a vu des drones « espions », entre guillemets,
04:57de surveillance,
04:59des frontières, voire un tout petit peu à l'intérieur.
05:02Régulièrement, des avions russes sur la mer Baltique
05:09sont repoussés par les avions de l'OTAN,
05:11dont les Français qui prennent leur tour.
05:15C'est vrai aussi pour les sous-marins.
05:17Donc on sent que la Russie a une posture assez agressive
05:20et qui fait monter d'un ton les risques.
05:24C'est ça le fond du problème.
05:25Il faut absolument que l'OTAN montre ses muscles d'un côté
05:28pour ne pas avoir à s'en servir, en quelque sorte.
05:31C'est un peu l'essence de l'OTAN.
05:32Mais il faut qu'il y ait des actions concrètes,
05:34c'est-à-dire du repositionnement.
05:35Et on attend dans ce sens la réaction, évidemment, de Washington.
05:39Que va faire M. Trump ?
05:40Qui est un allié proche de la Pologne, il faut le souligner.
05:44Et qu'à ce tweet bizarre cette nuit,
05:45« Qu'est-ce qui se passe avec la Russie
05:47qui viole l'espace aérien polonais avec des drones ?
05:49C'est parti », écrit-il.
05:51Il semble découvrir la situation d'une certaine manière.
05:54Et il y a ce « c'est parti »,
05:55on ne sait pas trop ce que ça veut dire.
05:56Oui, s'il voulait se persuader que tout ça n'était pas risqué, c'est fini.
06:03Il faut qu'il prenne conscience de la réalité de la situation.
06:08Il est clair que si l'OTAN ne montre pas, comme je disais à l'instant, ses muscles,
06:12ça va ouvrir la porte à Poutine pour poursuivre sa guerre psychologique,
06:17sa guerre hybride, comme on l'appelle maintenant.
06:19Mais là, on est quand même dans du concret.
06:22Et demain, on peut avoir des morts dans un pays de l'OTAN
06:26suite à une attaque de cette nature.
06:28Ce qui ferait monter encore d'un cran l'attention,
06:31ce n'est pas le but.
06:32Donc absolument ramener M. Poutine à la raison sur ce point-là.
06:36Merci, Général.
06:37Jean-Paul Palomero s'est avec nous ce matin sur Europe 1,
06:39ancien commandant suprême des forces alliées en charge de la transformation de l'OTAN.
06:42Bonne journée à vous.
06:43Bonne journée.
Commentaires

Recommandations