00:007h-9h, Europe 1 Matin.
00:02Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko vous recevez ce matin le journaliste spécialiste du crime organisé, Frédéric Ploquin.
00:09Bonjour Frédéric Ploquin.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue sur Europe 1, ça chauffe au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieille.
00:17C'est l'une des prisons qui rassemblent les plus gros narcotrafiquants du pays.
00:20Ils ont entamé lundi une grève de la faim pour se plaindre de leurs conditions de détention.
00:24Ils ont même rédigé un communiqué, on l'entendait dans le journal il y a quelques minutes, signé du super cartel de Vendin-le-Vieille.
00:32C'est si dur que ça le nouveau régime carcéral des narcos à Vendin-le-Vieille, Frédéric Ploquin ?
00:38Écoutez, il y a quelques semaines, ou plutôt quelques mois, quand le ministre de la Justice avait annoncé son projet,
00:44j'avais dit qu'il y a deux solutions.
00:46Soit si on réunit les plus gros trafiquants de stupéfiants français sous un même toit,
00:51soit ils vont s'entretuer, soit ils vont s'entraider et former une forme de cartel à la française.
00:57On y est, on y est, c'est-à-dire qu'en fait, ils ont eu l'intelligence,
01:01ils ont l'intelligence visiblement de jouer la solidarité plutôt que chacun dans son coin.
01:06C'est plus un syndicat de détenus qu'un cartel à proprement parler, Frédéric Ploquin.
01:10Écoutez, dans un premier temps, on verra plus tard, une fois qu'ils seront remis en liberté,
01:14mais dans un premier temps, bon l'idée, c'est vrai que le régime carcéral,
01:18en fait, ils ont tous grandi, ils ont allé entre 20 et 35 ans,
01:24ils ont grandi dans un univers carcéral relativement, entre guillemets, cool,
01:29où ils continuaient plus ou moins à faire la loi.
01:32C'est-à-dire, si on regarde, par exemple, les conditions de détention d'un Mohamed Hamra,
01:35lorsqu'il s'était évadé, je le rappelle, en causant la mort de deux surveillants,
01:40il avait dans sa cellule une batterie de téléphone portable, sa chicha, etc.
01:44Donc, on passe de ces conditions où un peu d'enfant gâté, on va dire, de la prison,
01:50à tout d'un coup, on leur dit, maintenant, on va vous punir, mais vous allez être vraiment punis.
01:54C'est un peu comme un enfant avec qui vous auriez dit régulièrement,
01:58retourne dans ta chambre, mais tu gardes tes jouets.
02:00Et là, tout d'un coup, on leur dit, non seulement tu ne vas pas retourner dans ta chambre,
02:03mais on va te supprimer tes jouets.
02:04Donc, tu n'as plus de téléphone portable, on va t'allumer la lumière dans ta cellule toutes les deux heures.
02:09Et plus de contact, ça c'est important aussi, physique, avec ceux qui leur rendent visite.
02:14C'est-à-dire qu'en fait, ça se passe, comme avec les grands voyous autrefois,
02:18il y a une espèce de vitre qui ne les sépare, on ne peut plus toucher, on ne peut plus transmettre,
02:22on ne peut plus donner, on ne peut plus...
02:24Je rappelle quand même que dans les parloirs, il y a aussi souvent la possibilité de relations sexuelles, notamment.
02:30Donc, tout ça, tout d'un coup, ce sont des...
02:33C'est la prison comme dans les films, Frédéric Ploquin, finalement.
02:36C'est la prison telle que les Français se la figuraient et qu'on a découvert que ça n'était pas le cas.
02:39On pouvait avoir une piscine gonflable dans les piscines françaises.
02:43Disons que c'est l'apprentissage brutal de ce que j'appelle la frustration.
02:49Et c'est extrêmement compliqué pour eux parce qu'ils ne l'ont pas connu précédemment.
02:53Effectivement, je ne dis pas qu'ils étaient gâtés, ils étaient quand même en prison,
02:55mais ils avaient l'habitude d'une prison où on pouvait éventuellement s'évader,
03:00où on pouvait éventuellement corrompre, acheter des surveillants,
03:04où on pouvait en gros continuer à faire ce qu'ils avaient l'habitude de faire avec leur commerce dans le deal,
03:12c'est-à-dire de faire la loi et d'imposer un peu ces critères.
03:16Et je pense que l'administration, d'une certaine manière, avait laissé s'installer ce système-là aussi
03:21pour avoir une forme de paix.
03:24Et tout d'un coup, on leur dit non, on ne leur a jamais dit non.
03:28Donc effectivement, ils vont tout essayer.
03:30Si l'évasion n'est pas possible, il y a cette arme de la grève de la faim qui est une forme de chantage.
03:36Et ça marche, parce qu'on en parle.
03:38Pardon ?
03:39Je dis ça marche parce qu'on en parle.
03:40Parce qu'on en parle et pendant qu'on se parle, on a aussi une batterie d'avocats,
03:45les meilleurs pénalistes de France qui vont multiplier les recours
03:50et peut-être d'ailleurs obtenir par le droit satisfaction.
03:53Parce que Gérard Darman n'en a pas fini de voir, si ce n'est les juridictions françaises
03:59et les juridictions internationales européennes, saisies contre ce régime carcéral nouveau et inhabituel.
04:05Il y a des chances que ce régime de détention soit contraint d'être assoupli par la force des tribunaux ?
04:16La différence, dans les années 70, je le rappelle quand même,
04:1970-80, il y avait eu un mouvement de révolte très important contre ce qui s'appelait les QHS,
04:25les quartiers de haute sécurité.
04:27Là, à l'époque, les détenus s'étaient rebellés, il y avait eu des mutineries,
04:31on avait dû envoyer, je rappelle quand même, les forces de l'ordre à l'intérieur des prisons
04:35pour rétablir l'ordre à l'époque, donc ça ce n'est pas nouveau.
04:38Mais il y avait, dans cette révolte-là contre les QHS, une partie de la société civile qui les soutenait.
04:46Il y avait des journaux qui les soutenaient, il y avait une partie de la classe politique qui les soutenait.
04:51Là, aujourd'hui, je pense qu'ils sont un petit peu plus isolés.
04:54D'un point de vue politique, on n'a pas encore, on va dire, une force politique
04:58qui a pris fait et cause ouvertement et publiquement pour, on va dire, l'adoucissement des mesures carcères.
05:05On n'en est pas encore là, mais il reste le droit.
05:07Et sur le plan du droit, là, on n'est pas effectivement à l'abri qu'une cour européenne intervienne
05:13et exige de la France un assouplissement du régime carcéral.
05:20Alors, je vous pose aussi une question ce matin, Frédéric Ploquin, sur ce qui se passe à Marseille.
05:24Vous allez sortir dans quelques semaines un livre consacré à l'insécurité
05:27qu'on a écrit avec le grand flic Frédéric Lauz.
05:32Marseille, cet homme qui brandit un couteau, qui est à deux doigts de tuer des gens,
05:36qu'on abat en pleine rue, que les policiers sont en train d'abattre en pleine rue.
05:39Et il y a ces paroles de Marseillais qu'on entend ce matin sur Europe 1.
05:42La ville aujourd'hui de Marseille est devenue dangereuse.
05:45C'est un propos qu'on entend aussi chez les Grenoblois, on l'a entendu chez des Lyonnais, etc.
05:49Dans un grand nombre de villes de France.
05:51Qu'est-ce que ça nous dit de la France d'aujourd'hui, selon vous, Frédéric Ploquin ?
05:55Écoutez, le constat que fait Frédéric Lauz dans ce livre, qui n'est pas encore sorti,
05:59qui sort dans un mois, le 1er octobre, le constat qu'il fait, c'est qu'effectivement,
06:03il y a une dégradation.
06:05Mais ce qui est intéressant dans le travail que nous avons fait avec ce commissaire,
06:10qui est le patron, le secrétaire général du syndicat des commissaires de police,
06:13ce qui est intéressant, c'est qu'émergent un certain nombre, justement, de solutions.
06:18En gros, ce n'est pas un livre qui est là pour désespérer totalement.
06:23Le constat est terrible.
06:24Le constat est terrible.
06:25Il est connu des Français.
06:26Effectivement.
06:27Il est connu, justement, pas forcément en détail.
06:30Les faits sont connus.
06:31Après, les raisons qui sont explorées dans le cadre de ce livre vont probablement vous surprendre.
06:37Mais il y a, en fait, ce que porte ce livre, c'est la nécessité d'un sursaut et la possibilité d'un sursaut, surtout.
06:46Et c'est là où il y a un certain nombre de points très précis qui seront mis sur la table en matière de contrôle de l'immigration.
06:55On aura l'occasion d'en parler.
06:56Merci beaucoup, Frédéric Ploquin, grand reporter.
06:58Le livre à sortir, donc, c'est dans trois semaines, un mois.
07:01Insécurité, stop à la descente aux enfers, co-écrit avec Frédéric Lohse.
07:04Merci d'être venu ce matin sur Europe 1.
07:06Frédéric Ploquin, bonne journée.
07:07Merci à vous.
07:07Bonne journée à vous.
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